Chalut à toutes !

Je ne parlerais pas de retard… je remercie juste celles qui me lisent et qui continuent à suivre cette fic malgré le délai de publication

Elle aura une fin c'est promis : elle est écrite !

Et même une suite… (ça vaut mieux)

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Bonne lecture !

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Fusco pesta une énième fois contre cette route à peine carrossable qui faisait cahoter durement son véhicule. Le type qui lui avait indiqué le chemin aurait pu le prévenir ! Il parvint enfin à destination et déboula dans une cour de terre battue entourée de bâtiments de bois. Des écuries de chaque côté et une sorte de bureau sur la gauche. Un autre bâtiment s'élevait à l'arrière, un peu en retrait, « une grange apparemment » songea l'inspecteur en examinant les lieux. Une brouette abandonnée attendait prés d'un box. Un gros chat blanc se lovait au soleil installé sur une botte de paille. Tout semblait calme et étonnement propre. Un cheval bai passa la tête hors de sa stalle et observa le visiteur qui quittait son véhicule, avec curiosité. Les autres box semblaient vides mais Fusco avait longé de nombreux pâturages où de magnifiques chevaux s'ébattaient en liberté et il en déduit que tout les pensionnaires du ranch devaient être aux prés. « Enfin sauf un » corrigea t-il pour celui qui continuait de l'observer. Il fit quelques pas et aperçu alors un homme d'un certain âge assit à l'ombre sur un vieux billot de bois, occupé à nettoyer une selle de cuir. Une autre attendait à ses pieds. Aux bruits de pas il leva les yeux pour examiner le visiteur d'un air moqueur. Fusco le détailla. Il avait la peau tannée de ces gens qui vivent le plus souvent au grand air, mal rasé, habillé comme un cow boy de western, chapeau compris. L'inspecteur eut l'impression d'être de retour au far West « Espérons qu'il ne me prenne pas pour un indien » ironisa t-il pour lui-même en s'approchant de lui.

-« Bonjour » salua t-il « Inspecteur Fusco, police criminelle »

-« Ah vous êtes flic ! » s'exclama l'autre « Je comprends mieux ! »

-« Qu'est ce que vous comprenez ? »

-« Pourquoi vous arrivez par la route des fournisseurs » Lionel lui adressa un regard interloqué « Si vous vouliez aller au ranch y'a une autre voie pour les visiteurs. Ce chemin là c'est pour les livraisons » précisa le vieux « Et avec tout les fourgons qui passent dessus elle est bien abimée ! »

-« Je vois » grogna Fusco avec une pensée furieuse pour son indicateur

-« Ce n'est pas très bien indiqué dans le coin »

-« Faut connaitre. Et si vous avez demandé votre route y valait mieux pas dire que vous êtes flic. Sont pas trop appréciés par ici »

-« Je m'en souviendrais » marmonna l'inspecteur « Je voudrais voir les proprio »

-« Faut aller au domaine »

-« Et c'est par où ? » interrogea Fusco, s'efforçant de rester patient

-« En voiture faudra refaire un tour complet »

-« Et sinon ? »

-« A pied vous avez qu'à contourner le bâtiment d'élevage par là » indiqua le vieux avec un geste de la main désignant l'immeuble de gauche

-« C'est sur où vous aussi vous n'appréciez pas les flics ? » interrogea Lionel suspicieux. L'homme haussa les épaules

-« J'ai pitié, je vais pas vous la faire deux fois de suite »

-« Trop aimable » jugea Fusco en s'éloignant dans la direction indiquée

-« Après la grange c'est à gauche » cria le vieux « Mais ce sera visible ! »

Fusco suivi le chemin et compris la réflexion du vieux cow boy en voyant la vaste bâtisse blanche qui s'étendait un peu plus loin. Tout autour s'étalait des pâturages et tout à fait à l'opposé de l'endroit où il se trouvait était aménagé quelques pistes d'entrainement. Tout cela dénotait une certaine opulence mais tout était étonnement silencieux. Un peu vieillot aussi, comme un retour dans le passé, au temps des planteurs. L'inspecteur fit la moue devant la distance qui le séparait de l'habitation

-« Bon. C'est parti pour une promenade de santé » s'encouragea t-il en se remettant en route. Il parvint à destination sans avoir croisé personne ce qui était tout de même surprenant sur un si grand domaine. Il gravit les marches du large perron pour parvenir à la grande porte d'entrée à double battant, entourée de colonnades au décor alambiqué. De loin, la façade semblait épurée, mais de près elle avait visiblement été ornée par un obsédé d'arabesques. Fusco sonna et attendit que l'on vienne ouvrir tout en jetant un regard vexé à la large allée de macadam qui se déroulait devant ses yeux, constituant le véritable accès au domaine. Un majordome guindé se présenta et le toisa d'un air hautain

-« Monsieur ? » interrogea t-il du bout des lèvres, visiblement mal disposé envers l'intrus

« Décidemment » songea Lionel « Il y a de drôles d'autochtones dans le coin »

-« Inspecteur Fusco, Police de New York » récita t-il. L'homme leva un sourcil étonné et perdit un peu de sa hauteur « Je cherche Castille d'Almeida »

-« Il n'y a personne de ce nom ici »

-« C'est bien le ranch d'Almeida ? »

-« En effet. Mais Madame Olivia d'Almeida est la seule à résider en ces lieux »

-« Olivia D'Almeida ? C'est la propriétaire ? »

-« C'est exact »

-« Elle devrait savoir où se trouve sa fille Castille alors ? »

-« Je vous le répète inspecteur. Il n'y a personne de ce nom ici » rétorqua le majordome, très raide. Fusco fronça les sourcils

-« Et bien si ça ne vous ennui pas je préfère m'en assurer auprès de la maitresse de maison »

-« Madame est absente. Elle est à la foire de Boston »

-« Et elle rentre quand ? » demanda Lionel, contrarié

-« Après demain »

-« Votre patron alors ? »

-« Monsieur est en voyage d'affaires »

-« Ok » affirma Fusco agacé « Il y a quelqu'un d'autre ? »

-« Uniquement le personnel inspecteur »

-« Alors je suppose que je repasserais après demain » soupira celui-ci, contrarié

-« Madame ne reçoit que sur rendez vous » affirma aussitôt le majordome

-« Et bien vous n'avez qu'à noter »

-« L'agenda de Madame est complet inspecteur. Il y a trois semaines d'attente »

-« Il s'agit d'une affaire criminelle mon gars, ça n'attendra pas trois semaines ! » s'énerva Fusco. L'homme lui adressa un regard choqué « Prévenez votre patronne que je reviendrais dans deux jours avec un mandat s'il le faut mais je dois lui parler ! »

-« Si vous le souhaitez » bafouilla l'autre, perturbé par le ton du visiteur. Il n'était sans doute pas habitué à tant de familiarité. Fusco salua et entreprit de refaire le chemin à l'envers pour retrouver sa voiture, râlant sur ce contretemps dans cette enquête qu'il aurait voulu boucler très vite !

Dans la cour il retrouva le vieux cow boy, toujours occupé à cirer le cuir des selles, mais cette fois en discutant avec un jeune palefrenier à l'allure plus moderne, hormis le chapeau, qui le dévisagea d'un air soucieux

« Encore un qui n'aime pas les flics » jugea Fusco. Il croisa le regard amusé du vieux

-« OK. Je suppose que si vous m'avez indiqué le bon chemin c'est parce que vous saviez que cela ne servirait à rien ? » Constata t-il

-« Peut être bien » gloussa l'homme

-« Je reviendrais dans deux jours » annonça Lionel « A moins que votre patron ne rentre avant ? » suggéra t-il, réalisant qu'il n'avait pas demandé cette information

-« Le patron ? Si c'est lui que vous veniez voir il va falloir être patient »répondit le vieux, l'air encore plus amusé de la situation

-« J'aimerais savoir ce qu'il y a de drôle ? »

-« Le patron ça fait des années qu'il est parti en voyage d'affaires. Pour maintenant je suis pas sur qu'il va revenir un jour » s'esclaffa l'autre. Fusco lui adressa un regard perplexe « Si c'est lui que vous cherchez l'enquête va pas avancer ! »

-« Evidemment » marmonna l'inspecteur « En fait c'est sa fille que je cherche » précisa t'il « Castille d'Almeida ». Le vieux cow boy cessa instantanément de rire tandis que le jeune relevait la tête

-« Melle Castille ? »

-« Oui. Je pensais la trouver ici, c'est sa dernière adresse connue »

-« Et qu'est ce que vous lui voulez ? » demanda le jeune d'un ton vaguement agressif

-« Je veux juste l'interroger concernant une affaire où elle avait témoigné » L'autre l'observa avec méfiance, le vieux secoua la tête

-« Faut pas l'embêter »

-« J'ai juste quelques questions à lui poser » plaida Fusco « Elle est ici ? »

-« Peut être bien » concéda le vieux

-« Le majordome a dit le contraire »

-« Forcement » s'emporta l'homme « Ce crétin c'est le toutou de madame » affirma t-il en crachant son tabac pour bien marquer son dégout

-« La vérité c'est que Miss Castille elle est trop bien pour eux »

-« C'est pour cela que le majordome a dit qu'il ne la connaissait pas ? »

-« Le jour où elle est partie du domaine pour vivre comme elle voulait Madame l'a rayé de sa vie. Elle est comme ça la patronne »

-« C'est pas un peu radicale ? » remarqua Lionel

-« Soit tu obéis et tu restes dans le rang, soit tu dégages » commenta le vieux

-« Et elle est revenue quand même ? » tenta Fusco

-« Ouais. Pour s'occuper du petit. Il avait besoin d'espace ce pauvre mioche. Mais Madame n'en voulait pas au domaine alors elle les a collé au pavillon ! »

-« C'était une façon de se donner bonne conscience non ? »

-« Ouais aussi ! Comme ça on pouvait pas lui reprocher d'avoir laisser tombé son petit fils. Mais en vrai elle est pas allée le voir une seule fois ! » Grogna l'homme

-« Tu parles trop Buggy » le reprit son collègue

-« Et après ? Je dis tout haut ce que tout le monde pense tout bas »

-« Tu pourrais le regretter » jugea le jeune avec un regard circulaire comme s'il voulait s'assurer qu'ils étaient seuls

-« Et alors ? A mon âge ils vont me faire quoi ? »

-« Te virer »

-« La belle affaire » grogna le vieux « Ils ont besoin de mon expérience pour faire les nuits quand c'est la saison du poulinage ! »

-« Mais ce pavillon c'est quoi au juste ? » demanda Fusco

-« Le pavillon des invités. A l'entrée du domaine. Celle que vous avez pas trouvée » se moqua le vieux

-« Merci du renseignement » grinça Lionel « Je vais y passer. Il y a un moyen de rejoindre la route ? » demanda t-il, redoutant le chemin par lequel il était arrivé

-« Faut contourner » grogna l'autre en reprenant son ouvrage un instant délaissé. Le jeune s'approcha

-« Vous pouvez prendre à droite et contourner les bâtiments. Vous pourrez rejoindre la voie » indiqua t-il. Puis il ajouta en fixant le visiteur « J'espère que vous n'allez pas lui causer des ennuis ? Elle en a déjà assez eu comme ça ! » Constata t-il et Lionel sentit la menace voilée sous les mots

-« Je ne fais qu'enquêter. Si elle n'a rien à se reprocher tout ira bien » affirma t-il en regagnant sa voiture. Il vit que l'autre le suivait des yeux tandis qu'il s'éloignait dans la direction qu'il lui avait indiqué et Fusco songea qu'il faudrait peut être se méfier de ce type là.

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Reese fixait la jeune femme devant lui d'un air impassible. Il plissa les yeux comme pour mieux jauger l'ennemi : qu'avait-elle entendu de leur échange ? Il réfléchit rapidement. Tout dépendait de ce qui était perceptible hors des vestiaires et depuis combien de temps elle se trouvait dans ce couloir. Il bénie la parfaite maitrise de Finch qui n'élevait jamais la voix même lors de leurs disputes et opta pour l'offensive. Un sourire ironique étira ses lèvres

-« A quel titre ? » demanda t-il tranquillement en fixant son regard dans le sien. Tania parut désarçonnée par son attitude parfaitement calme et en perdit un peu de son assurance

-« Pardon ? » bredouilla t-elle. John s'avança. Il stoppa près d'elle et se pencha, rapprochant leurs visages

-« A quel titre ? » répéta t-il. Impressionnée malgré elle par son attitude désinvolte, Tania recula machinalement. Elle avait perçu les éclats de la dispute et elle avait bien remarqué son air perturbé au sortir des vestiaires même si cela n'avait duré que quelques secondes. Elle s'attendait donc à le trouver plus vulnérable… « Nous ne sommes pas en affaires il me semble ? » poursuivit l'ex agent « Et pas fiancés non plus » provoqua t-il. La jeune femme se reprit et lui adressa un regard sévère

-« Vous m'aviez dit que cet homme est votre ami ! » riposta t-elle « Mais j'ai vu son expression lorsqu'il a quitté sa table ! »

-« Et ? »

-« C'était… comme s'il voulait vous fuir ! »

-« Vraiment ? »

-« Et j'ai entendu des éclats de voix ! Vous vous disputiez ! »

-« Peut-être » estima John « Mais je n'ai pas souvenir de tels échos »

-« Ne jouez pas sur les mots ! » s'énerva Tania « Allez vous également nier qu'il soit parti en claquant la porte ? »

-« Non. Ca je l'ai entendu » répondit tranquillement Reese, ironique « Simple divergence d'opinion »

-« Vous vous moquez de moi John? »

-« Ne vous disputez-vous jamais avec vos amis Tania ? »

-« Cela ne ressemblait pas à une dispute entre amis ! » insista celle-ci, nerveuse

-« Sans doute parce que nous ne sommes pas que cela » suggéra John

-« Et quoi d'autre ? »

-« Partenaires en affaires » affirma Reese

-« Evidemment ! » grinça la jeune femme « Toujours votre boulot ! »

-« Il le faut bien. Vous n'aimeriez pas avoir un prétendant totalement désargenté ? » Tania le fusilla du regard

-« Et qu'y a-t-il de "plus important"» ? »Demanda t-elle alors

Reese se rappela que son partenaire avait ouvert juste avant d'avoir achevé sa phrase, « comme pressé de me fuir » songea t-il fugitivement. « Il y a plus important » avait-il affirmé alors et lui n'avait pas trouvé à répondre avant que la porte ne se referme, troublé par ses propos. Troublé qu'il soit prêt à négliger leur mission. Tania n'avait sans doute put entendre que ces mots. Cela le soulagea mais il n'en montra rien.

-« Nous sommes en désaccord sur la façon de traiter notre dernier client commun, c'est tout » expliqua t-il

-« C'est tout ? Et…»

-« Voulez vous que je vous fasse un cours d'économie ? » l'interrompit l'ex agent jouant l'agacement « Ou un compte rendu des dossiers de mes clients ?

-« Non » s'empressa de répondre Tania « Non, c'est… »

-« Dans ce cas nous devrions retourner dans la salle et terminer notre déjeuner » trancha Reese en l'interrompant à nouveau « Nous avons suffisamment attiré l'attention ne croyez vous pas ? » ajouta t-il comme un serveur passait la tête dans le couloir

-« Certes » concéda la jeune femme

-« Et nous risquons d'être en retard pour rejoindre Agnès ». L'argument fit mouche, Tania abandonna la lutte et se tourna aussitôt vers la porte menant au restaurant

-« Vous avez raison. Surtout que je dois encore passer me changer. Vous aussi d'ailleurs » ajouta t-elle comme Reese ouvrait devant elle

-« Je vous déposerais chez vous et je passerais chez moi »

-« Je pourrais vous accompagner ? » suggéra Tania

-« Je n'ai pas de tenue féminine dans mon dressing » ironisa John

-« J'espère bien » marmonna la jeune femme qui avait parfaitement saisit cette fin de non recevoir à peine déguisée. L'ex agent tira sa chaise et elle reprit sa place

-« Tachons de nous détendre et peut être pourrais-je vous inviter à vérifier mes propos ce soir » suggéra t-il. La perspective rendit le sourire à la jeune femme

-« Dans ce cas oublions ce léger incident » affirma t-elle. Reese approuva d'un signe de tête et appela le serveur pour commander les desserts. Il fallait en finir avec tout cela. Ce soir il emmènerait Tania à la villa et une fois sur place il se chargerait de la convaincre d'agir contre sa complice. Il était encore temps pour elle de témoigner. Et si elle s'y refusait, alors il prendrait d'autres dispositions. Mais il devait essayer de l'aider. Si elle s'obstinait alors il serait contraint de renoncer mais au moins il aurait tout tenté. Et il retrouverait Finch. Il lui ferait comprendre qu'il n'avait jamais eu de choix à faire. Des doutes peut être, sur ce qu'ils vivaient, sur leur relation, mais pas sur l'identité de l'être avec qui il voulait partager sa vie. C'était lui qu'il voulait à ses côtés et lui seul….

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Finch pénétra dans la bibliothèque et commença l'ascension du vaste escalier. La tension de ces derniers jours raidissait ses muscles et lui rendait l'exercice plus pénible qu'à l'ordinaire. Il perçu un son léger et leva la tête. Allongé sur le palier, Bear le guettait du haut des marches. Reese lui avait appris à attendre en haut pour ne pas gêner les mouvements de son second maître lorsqu'il rentrait comme aujourd'hui. Finch ne put s'empêcher de sourire et l'appela, l'autorisant à le rejoindre, ce que le malinois ne se fit pas dire deux fois. Il se précipita mais modéra son élan une fois près de lui, attentif.

-« Moi aussi je suis heureux de te voir Bear » affirma l'informaticien. Il acheva son ascension, traversa le couloir et s'arrêta un instant pour suspendre son manteau. Son regard balaya la salle pour s'assurer que tout était normal. Puis il avança et prit place dans son fauteuil avec un soupir. Il était fatigué. Et l'accrochage vécu un peu plus tôt l'avait secoué. Il avait pu mesurer l'emprise de cette fille sur son partenaire, pire que ce qu'il avait imaginé puisqu'il s'obstinait à vouloir l'aider, à vouloir rester dans son sillage tout en étant conscient qu'elle était coupable et en reconnaissant que cela ne changerait rien au destin de son amie Et comment avait-il pu croire qu'il ne serait pas blessé de son attitude ? Lui qui plaçait toujours son bien être avant toute autre considération, un peu trop parfois car c'était souvent à son détriment. Il ne pouvait pas ne pas avoir réalisé le mal qu'il lui faisait ! C'est comme s'il était dans son monde, refusant tout ce qui pouvait briser son objectif, ses illusions… « Il ne pourra pas rester dans ce déni éternellement » songea Finch « Si nous parvenons à stopper Agnès, Tania tombera aussi, et lorsqu'elle révélera sa vraie nature, il devra bien ouvrir les yeux ! » jugea t-il. Le réveil risquait d'être rude mais il serait là pour lui. Restait à savoir si John l'accepterait ou s'il passerait d'un extrême à l'autre. Il l'imaginait bien culpabiliser sur ce qu'il lui aurait fait endurer et le repousser pour se punir, même si cela les punirait tout les deux. Il y avait aussi l'éventualité que Reese ne l'aimait plus assez, mais celle là il l'a repoussait de toutes ses forces. Et les mots échangés lors de leur dernière rencontre ne traduisaient pas une fin… «Ils allaient devoir être patients » songea t-il. Et à nouveau rebâtir leur histoire après avoir sérieusement discuté de ce qu'ils venaient de vivre. Peut être serait-il bon qu'ils s'accordent quelques jours rien qu'à eux car, Finch l'avait constaté, c'était la base même de leur relation qu'ils allaient devoir rebâtir. Pour retrouver cette confiance absolue qui les avait réunis et que le temps et quelques erreurs avaient fait vaciller. Ils devraient en finir avec ces doutes et ces hésitations. John devrait retrouver confiance en lui, en eux. Et lui était décidé à tout partager à présent. Ils y arriveraient se promit-il. Il le fallait. A moins que l'un d'eux ne renonce, qu'il n'ait plus envie de poursuivre l'aventure. Mais cela ne viendrait pas de lui !

Bear se manifesta, le tirant de ses sombres pensées

-« Tu as faim Bear ? » demanda t-il. Se résignant à se relever, il se dirigea vers la petite cuisine. Il trouva le bol de croquette du malinois encore à moitié plein et celui-ci assit devant le réfrigérateur, le fixant. « Oh je vois ! Tu me surveilles ! » Constata t-il « Mais comment sais tu que je n'ai pas déjeuné ? » A cet instant un grondement de son estomac le renseigna. « D'accord. Je vais manger un peu. Mais tu devras m'aider car je n'ai pas très faim » affirma t-il. Le chien jappa et tourna autour de son maître en guise d'encouragement. Finch ouvrit le réfrigérateur et énuméra ce qui s'y trouvait « Qu'en penses-tu Bear ? Je n'ai pas de poulet… des lasagnes peut être ? » Le chien lui donna un petit coup de museau dans le genou « Tu approuves ? » S'amusa Finch. Il prit le plat, le prépara et le mit au four avant d'aller chercher son flacon de comprimés anti douleur. La migraine le menaçait alors qu'il avait besoin de garder les idées claires. Il revint s'installer et se força à manger, Bear épiant chaque bouchée. Ses pensées dérivaient à nouveau vers son partenaire. Il posa les yeux sur un tablier pendu près du petit plan de travail. Il se remémora le jour où Fusco le lui avait offert. John avait adressé un regard circonspect au tissu bleu imprimé d'un « C'est moi le chef ! » en grosses lettres rouges

-« Ca te rappellera de me fournir en beignet » avait déclaré Lionel en riant

-« Ou pas » avait répliqué John avec une moue perplexe. Puis il s'était tourné vers lui et avait froncé les sourcils en le voyant se retenir difficilement de rire « Finch ? »

-« Désolé » avait-il répondu en se mordant les lèvres mais l'air impassible de son compagnon n'avait fait que lui compliquer la tache « Vous êtes victime de vos talents » avait-il affirmé avant de céder finalement au fou rire contagieux de leur complice. Un léger aboiement le ramena à la réalité. Perdu dans ses souvenirs, il avait cessé de manger sans s'en rendre compte et se faisait rappeler à l'ordre « Oui Bear j'obéis ! » commenta t-il en reprenant sa fourchette. Il termina son assiette et se tourna vers le chien.

-« Satisfait ? » demanda t-il. Le chien se redressa et jappa en frétillant « Quel surveillant tu fais ! » commenta l'informaticien en le caressant « Mais je ne sais pas ce que je ferais sans toi » Il enfouit un instant son visage dans la douce fourrure rousse « Reste toujours avec moi Bear » chuchota t-il « Je n'ai vraiment plus envie d'être seul » Le malinois lui lécha la main. Finch se reprit et lui donna le reste de la barquette « Tu l'as bien mérité » affirma t-il

Regagnant la grande salle, il songea à leur complice partit enquêter à l'autre bout de la ville et décida de l'appeler pour s'assurer qu'il n'avait pas d'ennui. Il doutait un peu que la piste qu'il suivait ait une chance d'aboutir à quelque chose d'instructif, toutefois il se fiait à l'instinct de l'inspecteur, il avait eu plusieurs fois l'occasion de constater qu'il était fiable.

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Une fois sur la bonne voie, Fusco trouva facilement le fameux pavillon des invités, en fait trois petits logements alignés au milieu d'un écrin de verdure. Les deux premiers étaient visiblement inhabités mais les fenêtres du troisième étaient ouvertes. Un vieux transat était installé près de la porte, plus loin une petite piscine de plastique gisait à moitié dégonflée sur la pelouse à proximité d'une balançoire jaune dont le siège bougeait doucement sous la brise. Lionel quittait son véhicule lorsque son téléphone vibra

-« Oui Finch ? »

-« Tout va bien inspecteur ? »

-« Ouais. Je suis toujours au ranch. Ils sont pas très nets dans le coin mais au moins je pense avoir localisé ma cliente »

-« Ah oui ? »

-« Je m'apprête à l'interroger. Vous voulez écouter Finch ? »

-« Je vous laisse faire inspecteur. Vous êtes doué pour les interrogatoires »

-« Merci. Mais parfois un équipier c'est utile » remarqua Fusco

-« Dans ce cas je vais me connecter à votre téléphone »

-« Je vais mettre l'oreillette que vous m'avez filé. Vous pourrez me souffler les réponses » s'amusa Fusco. Il avança et frappa à la porte. Une mince jeune femme brune vint lui ouvrir

-« Castille d'Almeida ? » demanda Lionel qui l'avait reconnu

-« Oui ? »

-« Inspecteur Fusco. Police criminelle » annonça t-il. La jeune femme eut alors une réaction inattendue

-« Déjà ? » s'exclama t-elle avec étonnement

-« Pardon ? »

-« Je ne vous attendais pas si tôt » murmura la jeune femme « Est-ce qu'elle est morte ? » interrogea t-elle. Fusco fronça les sourcils, il entendit Finch réagir dans l'oreillette

-« Pas encore » affirma t-il, jouant le jeu

-« Oh » souffla la jeune femme. Elle détourna la tête l'air déçu, ses épaules s'affaissèrent comme si un poids venait de leur être imposé

-« Je suppose que je n'ai pas assez dosé mais si j'avais agit trop rapidement le poison serait devenu trop détectable »

-« Il l'était de toute façon » risqua Lionel

-« Oui puisque vous êtes là » jugea Castille avec un petit sourire triste « J'aurais préféré que vous soyez moins perspicace pour que mon plan ait le temps de réussir ! »

-« Si vous m'expliquiez pourquoi vous vouliez la mort d'Agnès Marbery ? » tenta Fusco « C'est pour venger votre frère ? » La jeune femme hocha la tête

-« Mon frère, mes neveux… Tous ceux qu'elle a fait souffrir »

-« Ca fait un paquet je crois ! »

-« Vous savez ce qu'elle fait à ses clients ? »

-« Nous avons rassemblé pas mal d'éléments. Je sais qu'elle pratique le chantage. C'est ce qu'elle a fait avec votre frère ? »

-« Oui »

-« Si on discutait à l'intérieur ? »proposa l'inspecteur

-« Comme vous voulez » jugea Castille en s'effaçant pour le laisser passer

-« On dirait que c'est plus rapide que prévu » chuchota Lionel à l'attention de son complice

-« En effet inspecteur » approuva Finch, un peu perplexe de ce dénouement

La jeune femme prit place dans le grand canapé de tissu beige. Fusco s'assit dans le fauteuil en face. Il remarqua un agrandissement photo accroché au mur, un homme brun dans la trentaine posait avec deux jeunes enfants. Il se douta de qui il s'agissait. Le trio souriait franchement au photographe. Tout trois avaient les mêmes yeux bleus très clairs et les mêmes cheveux bruns foncés, coupés courts chez le père, plus long et bouclés chez le fils, et soigneusement tressés autour de la tête pour la fille. Leur complicité éclatait. C'était une image de bonheur. « Pourtant cet homme a effacé tout cela » songea l'inspecteur

-« C'est l'image que je préfère garder de mon frère et des petits » affirma Castille qui avait suivi son regard

-« Je comprends »

-« Mon frère était quelqu'un de bien vous savez ? Il n'avait jamais fait de mal à personne avant… » La jeune femme hésita « Avant son coup de folie » acheva t-elle « Il n'avait jamais levé la main sur personne même pas sur… l'autre »

-« Et vous étiez bien placée pour le savoir ? »

-« Nous étions très proche depuis l'enfance. Dans notre famille on apprend à monter avant même de savoir lire, presqu'avant de savoir marcher correctement. La première fois que je suis tombée c'est lui qui m'a remise en selle en me rassurant. Il m'a évité d'être le déshonneur de la famille et il a toujours veillé sur moi »

-« C'était un grand frère attentionné » estima Fusco

-« Oui. Il faut comprendre le contexte. A la maison seul comptait notre frère ainé, le successeur pour diriger le domaine. Par chance pour notre mère il était tout à fait conforme au rôle, obsédé par le domaine, son développement, sa rentabilité, sa renommée aussi … Mère lui a fait épouser la fille du plus riche éleveur de l'état. Ils ne s'aimaient pas mais elle avait autant d'ambition que lui »

-« Qui se ressemble s'assemble »

-« Arthur en a profité, il a eut une enfance moins surveillée et en grandissant il a pu choisir sa voie. Enfin il a quand même du s'imposer mais banquier pour notre mère c'était une situation convenable, voir utile donc elle a toléré » Affirma Castille en se penchant vers la table. Elle saisit une grande carafe et versa deux verres

-« Tenez inspecteur, je venais juste de préparer ce thé glacé : il fait tellement chaud »

-« Pas faux » Jugea Fusco mais il se contenta de prendre le verre et de le reposer

-« Ne craignez rien inspecteur il n'y a rien de suspect dans ce verre » remarqua la jeune femme, amusée « D'abord je ne vous attendais pas. Et puis je n'ai pas de raison de vous en vouloir. Vous ne faites que votre travail ! Je suis coupable alors vous m'arrêtez : c'est logique »

-« J'aimerais bien que tout les coupables soient aussi coopératifs ! » déclara Lionel faisant sourire l'intéressée « Donc ça c'est gâté entre votre mère et votre frère ? » demanda t-il pour recadrer la conversation

-« Au début, ils se sont fâchés lorsque mon frère lui a fait comprendre qu'il ne lui laisserait pas non plus choisir son épouse, c'était contraire aux usages ! »

-« C'est d'un autre temps »

-« Je sais mais notre mère n'est pas de ce siècle. Elle voulait diriger le destin de chacun de ses enfants, et c'est ce qui a achevé de les séparer. Ma sœur a épousé l'homme qu'on lui a désigné, elle n'est pas heureuse mais elle est riche, comme c'était son objectif elle s'en accommode. Mais moi je n'entendais pas obéir docilement, Arthur savait que j'étais indépendante comme lui alors il m'a aidé à fuir le domaine et il a financé mes études. Notre mère a vécu cela comme une trahison. Elle m'a rayé de son existence le jour où je me suis enfuie, mais pour Arthur elle ne pouvait pas puisqu'il était devenu le banquier familiale »

-« En étant aussi proche de votre frère vous étiez aux premières loges pour savoir ce qu'il en était de son mariage ? »

-« Oh oui j'étais la mieux placée ! Mon frère était tombé amoureux d'une jeune femme superbe, une apprentie mannequin. Ils étaient bien ensemble mais lorsque sa carrière a décollé elle l'a quitté sans hésiter en affirmant que leur relation serait trop compliquée à cause de son rythme de travail. Arthur a eu beaucoup de mal à s'en remettre et c'est là qu'un de ces amis qui venait de divorcer l'a inscrit à cette agence »

-« Mauvaise idée même si ça partait d'un bon sentiment » constata Lionel

-« Il a rencontré Tiffany. Il était fragilisé, elle l'a séduite sans peine en s'adaptant à lui. Comme par hasard ils avaient tout en commun, les même goûts, les même projets. A ce point c'était trop ! » Affirma Castille « Je crois que mon frère s'est laissé griser pour oublier Lucile. Et il l'a présenté à notre mère. A la fin de la journée lorsqu'ils ont pris congé elle leur a simplement dit : «Arthur tu devras choisir car je ne veux pas de cette fille chez moi » »

-« Elle était clairvoyante ! »

-« Pour cette fois oui » approuva la jeune femme « Tiffany a joué les éploré, incitant Arthur à se rebeller et ça il le faisait très bien ! En réponse il l'a emmené en week end à Las Vegas et au retour ils étaient mariés. Je crois que lorsqu'il a dit oui il regrettait déjà sa décision mais Tiffany était toujours la charmante compagne qu'elle avait inventé alors il a continué. Un an plus tard elle a mis au monde Sarah et Adam. Arthur était le plus heureux des hommes, mais ça n'a pas duré. A présent qu'elle avait obtenu ce qu'elle voulait, et que la naissance des jumeaux avait conforté sa position, Tiffany pouvait montrer son vrai visage. Au soir de leur troisième anniversaire de mariage ils n'avaient déjà plus rien à se dire et s'il n'y avait pas eu les enfants ils auraient vécu comme des étrangers. C'est alors qu'Arthur a évoqué le divorce. Il avait consulté un ami avocat qui l'avait efficacement conseillé. Il le fallait parce qu'à se marier dans la précipitation il n'avait pris aucune précaution. Enfin c'était surtout dans le but d'obtenir la garde des enfants et il avait accumulé de nombreuses preuves du déséquilibre de sa femme. Seulement Tiffany a fait appel à sa complice »

-« Agnès Marbery ? » Castille hocha la tête pour approuver

-« Elle lui a fait comprendre qu'en cas de divorce il perdrait tout car elle dévoilerait son passé au grand jour »

-« L'histoire des paris quand il était jeune ? » suggéra Lionel

-« Vous êtes décidément bien renseigné inspecteur ! » s'exclama la jeune femme

-« Disons que j'ai de bonnes sources ! »

-« Arthur avait 15 ans. Il voulait déjà jouer les hommes d'affaire mais cela ressemblait davantage à une escroquerie même si à la base il n'avait pas de mauvaises intentions. En tout cas celui lui a valu une condamnation et c'est le genre d'incident qui aurait considérablement nuit à sa carrière ! »

-« Je suppose qu'en tant que banquier, une condamnation pour escroquerie ça passe mal, même s'il n'était qu'un gamin »

-« Arthur a du se résigner et renoncer au divorce »

-« Elle aurait pu réclamer une rente ? Parce que ce n'était plus une vie de couple » remarqua Fusco

-«Elle trouvait plus confortable de rester. Ils avaient trouvé un arrangement. Arthur à l'appartement avec les enfants et elle dans un loft en ville avec une pension conséquente. Comme elle n'était pas du tout maternelle elle a accepté sans hésiter. Elle vivait comme une célibataire avec quelques apparitions communes de temps en temps pour entretenir l'illusion et uniquement parce que cela servait la carrière d'Arthur et par conséquent sa source de revenus »

-« Et vous vous occupiez des gamins ? »

-« Très souvent oui. Ils étaient tellement adorables » soupira Castille « Arthur voulait attendre qu'ils soient plus grand. Et aussi d'avoir économisé un maximum d'argent. Ensuite il serait parti refaire sa vie ailleurs avec eux »

-« Je vois. Donc à priori votre frère avait trouvé un équilibre avec sa… l'autre » constata Fusco « Pourtant il a craqué ? »

-« Avec la vie qu'elle menait elle a fait… des rencontres » expliqua Castille « Et elle a fini par tomber amoureuse d'un certain Jeff. Un pauvre type qui se disait artiste mais qui n'était qu'un pique assiette. Elle s'est mise à l'entretenir et il en a profité. Il est devenu de plus en plus exigeant et elle s'est trouvée très vite à cours d'argent. La pension n'y suffisait pas, elle s'est mise à réclamer toujours plus à Arthur mais mon frère refusait. Il ne voulait pas dilapider son patrimoine et celui de ses enfants pour entretenir l'amant de sa femme. Elle a eu recours au chantage mais il a tenu bon. Il a même fait savoir à certains fournisseurs qu'il ne payerai pas les dettes de sa femme s'ils lui permettaient d'acheter plus qu'elle ne le pouvait. Ils l'ont cru et ils ont réduit leurs crédits. Seulement elle était piégée, si elle ne pouvait plus assurer elle savait que Jeff la quitterait. Alors elle lui a tout raconté pour qu'il l'aide à faire céder Arthur. Evidemment l'autre a compris l'avantage qu'il pouvait tirer de tout cela et il est venu rencontrer mon frère pour lui proposer un marché. Il lui abandonnait sa femme qui commençait à lui peser et en échange il gardait son secret. Et c'est là que mon frère a perdu pied. Il a réalisé que toute sa vie il devrait payer pour une banale erreur de jeunesse, qu'il allait rater sa carrière dans la voie qu'il avait choisit, qu'il risquait de perdre ses enfants. Et il n'a pas supporté » Castille se tut quelques minutes. Fusco la laissa se reprendre. Finch glissa une remarque compatissante dans l'oreillette. « Arthur avait tout consigné dans une lettre » repris la jeune femme « Une lettre qui m'était destinée et que j'ai reçu après sa mort parce qu'il voulait qu'au moins une personne sache les raisons de son geste. Et il a mis fin à tout ça. Il a d'abord tiré sur les petits. Il leur avait donné un somnifère et il a dissimulé leurs visages sous un oreiller sinon il n'aurait pas eu le courage de tirer, mais il ne voulait pas les laisser derrière lui. Ensuite il a attendu l'arrivée de Tiffany qu'il avait attiré en lui faisant miroiter qu'il lui donnerait de l'argent, la seule chose qui pouvait la faire accourir. Il l'a abattu d'une balle en plein cœur, enfin le légiste a dit qu'elle en avait un » précisa Castille, amère

-« Et il a retourné l'arme contre lui » acheva Fusco. Castille approuva en essuyant une larme

-« Ce qu'il ne savait pas c'est que Adam était toujours vivant. Les secours ont réussi à le sauver. J'ai passé huit années près de lui et j'ai souvent pensé qu'il aurait mieux valu qu'Arthur réussisse son tir ou que les secours soient en retard. Mais même diminué ce gamin ressemblait tellement à son père ! »

-« C'est parce que vous vous occupiez de lui que vous n'avez pas cherché à agir il y a huit ans ? »

-« Oui. J'avais tenté d'alerter la police mais je n'avais pas le temps de faire des recherches et ils ne m'ont pas écouté. Je devais veiller sur Adam. Il n'avait que moi »

-« Et la famille ? » osa Lionel

-« Mère cotoyait parfois ses petits enfants mais après le drame elle a agit comme s'ils n'avaient jamais existés pour étouffer le scandale. J'ai du la menacer d'un scandale encore plus grand pour qu'elle nous accepte ici Adam et moi. Mais en huit ans elle n'ait jamais venue jusqu'ici et elle a fait en sorte que personne n'approche jamais ces lieux. Mon frère et ma sœur lui sont trop dévoués pour désobéir, ils ne sont jamais venus non plus »

-« Et votre père ? »

-« Il a quitté le domaine depuis 14 ans. Il ne supportait plus le joug de sa femme. Il n'était rien ici, juste l'époux de la patronne. Disons qu'il lui avait servi à assurer la pérennité de la famille. Alors il est parti refaire sa vie ailleurs. Il vit au Mexique. Arthur avait essayé de le contacter à la naissance des jumeaux mais il avait fait une croix sur nous. Cette facilité à oublier ses enfants lui faisait au moins un point commun avec sa femme » ricana Castille

-« Alors vous avez patienté tout ce temps puis lorsque votre neveu est mort vous avez décidé qu'il était temps d'agir ? »

-« Je n'avais jamais renoncé. Mais Adam n'avait que moi. J'ai quand même suivi l'histoire de cette femme. Je sais qu'elle a fait d'autres victimes, ruiné d'autres vies. J'ai enquêté sur le crime de l'année dernière, c'était le même schéma qu'avec mon frère » la jeune femme désigna une petite armoire « Là dedans vous trouverez quatre classeurs. Tout ce que j'ai accumulé contre elle. Je connais pas mal de ses chantages. Je sais qui et comment » elle se tourna vers Fusco « Enfin si ça vous intéresse »

-« Oui » affirma l'inspecteur « Je vous promet que nous allons la coffrer pour ses méfaits »

-« Ce serait bien »

-« Pourquoi n'a-t-elle pas tenté d'aller voir la police avec ses classeurs ? » souffla Finch

-« Pourquoi n'avez-vous pas essayé de montrer vos classeurs à la police ? » répéta Fusco

-« Parce que ça n'aurait servi à rien » répondit Castille « D'abord il aurait fallu que je trouve un inspecteur prêt à m'écouter. Ensuite, il serait possible de prouver la plupart des chantages recensés dedans mais les victimes préfèrent payer plutôt que de voir dévoiler leurs travers où leurs erreurs alors il y a peu de chance qu'ils se montrent bavard si on les interrogeait. Enfin je suis sure qu'avec un bon avocat elle réussira toujours à s'en tirer »

-« Peut être » jugea Lionel « Par contre, comment avez-vous fait pour l'empoisonner ? Elle n'est pas facile à atteindre »

-« Ce fut plus facile qu'il n'y parait » affirma la jeune femme « Je me suis faite embauchée dans un magasin de cosmétique. La patronne était une de ses relations. Elle y achète tous ses produits. Il m'a suffit de gagner sa confiance. Ensuite je lui ai vanté l'efficacité d'une certaine crème, un soin des mains, c'est son point faible. Elle est obsédée par la perfection de ses mains »

-« Mais cette crème vous l'aviez trafiquée ?»

-« Seulement le flacon qui lui était destinée bien sur. Et, ça c'est le plus drôle, avec son accord ! » S'amusa la jeune femme. Fusco fronça les sourcils « Je lui avais dit que je connaissais une recette de famille extrêmement efficace qui m'avait permise d'améliorer les effets de la crème. Quand j'ai laissé entendre que je lui en réserverais l'exclusivité elle est tombé dans le piège, son orgueil y trouvait son compte, elle ne pouvait pas résister »

-« Donc chaque fois qu'elle appliquait cette crème elle s'administrait le poison ? »

-« Exactement. C'était long mais cela aurait fini par payer. Seulement je me suis aperçue qu'elle était surveillée. J'ignorais par qui mais j'ai pensé que si je n'accélérais pas, mon plan échouerait, alors j'ai précipité les choses. Lors de sa dernière visite je lui ai offert une paire de gants »

-« Empoisonnée ? »

-« Oui. Cela se faisait beaucoup autrefois. C'est fiable et discret »

-« Très malin » estima Finch

-« Ca a bien failli marcher » remarqua Fusco « C'est ce qui l'a conduit aux urgences, elle avait les gants ce jour là »

-« Je regrette que cela n'ai pas fonctionné. J'avais sans doute sous estimé le dosage »

-« Et bien moi je préfère ! Pour tentative de meurtre vous risquez beaucoup moins ! » Affirma l'inspecteur. Castille haussa les épaules d'un geste indifférent « Vous ne préférez pas la savoir en prison et vous dehors ? » insista Lionel « Parce que c'est là qu'elle va finir je vous le garantie »

-« Si vous dites vrai alors oui je préfère » concéda la jeune femme « Est-ce que vous m'arrêtez maintenant ? »

-« Je suis obligé. Mais je vais m'occuper de votre affaire et on va vous trouver un bon avocat » Castille eut un petit sourire triste mais ne répondit pas

-« Bien, allons-y » affirma Lionel. Un déclic se fit alors entendre que Fusco et Finch, toujours à l'écoute, identifièrent sans peine

-« Inspecteur ? » s'inquiéta celui-ci. Il perçu alors une voix inconnue

-« Vous n'irez nulle part ! » Fusco s'était retourné au son du cran de sureté que l'on retire et il se retrouva face au jeune palefrenier qu'il avait croisé dans la cour, braquant un fusil dans sa direction. Castille s'était tournée elle aussi

-« Duke ! » s'exclama t-elle « Mais qu'est ce que tu fais ?! »

-« Je ne le laisserais pas t'emmener ! » répondit celui-ci en agitant nerveusement son arme

-« Doucement, on se calme mon gars » tempéra l'inspecteur

-« Duke baisse cette arme s'il te plait ! Ça ne sert à rien ! »

-« Pas question ! »

-« Je suis coupable Duke, il est normal que je sois punie » plaida Castille pour raisonner son ami

-« Si les types comme lui avaient fait leur boulot correctement tu n'aurais pas eu besoin d'agir pour les venger ! » contra le jeune homme

-« Tu sais combien c'était compliqué »

-« S'ils t'avaient écouté… »

-« Je n'avais pas assez de preuves au décès d'Arthur » rappela la jeune femme « Allons, lâche cette arme »

-« Soyez raisonnable » insista Fusco « N'aggravez pas les choses »

-« Je ne veux pas qu'il t'emmène » murmura Duke « Ca fait trop longtemps que je t'attends » ajouta t-il en fixant Castille d'un regard intense

-« Je sais »

-« Tu avais promis ! Mais il y a eu les études, puis ta carrière, les expositions, et ensuite ton frère et enfin le petit. Il y avait toujours quelque chose pour te retenir ! Maintenant tu es enfin là »

-« Il restait la vengeance » compléta Castille « Je suis désolée » L'homme ne la quittait pas des yeux, désespéré. Elle se rapprocha. Fusco se tenait prêt à intervenir mais il pressentait que le jeune homme ne tenterait rien. De fait il baissa son arme lorsque la jeune femme posa la main sur son bras « Je t'ai toujours fait passer en second je regrette. Mais je ne te demanderais pas de m'attendre »

-« Tu sais bien que je le ferais »

-« Je sais. Alors je te promets que cette fois rien ne se mettra entre nous »

-« Raison de plus pour être raisonnable » remarqua Lionel

-« Et j'ai besoin que tu veilles sur Tasca »

-« D'accord » soupira l'homme

-« Je te le confie »

-« Seulement si tu m'autorises à te rendre visite »

-« Je doute de pouvoir t'en dissuader » jugea Castille. Elle posa un baiser sur la joue du jeune homme puis se détourna « Nous pouvons y aller inspecteur » Fusco observait le jeune homme, celui-ci baissa la tête « Qu'y a-t-il ? » interrogea la jeune femme

-« Je devrais l'arrêter aussi pour avoir menacé un agent des forces de l'ordre »

-« Oh » souffla Castille

-« On va faire comme si j'avais rien vu » affirma Lionel « J'aurais déjà bien assez de paperasse » grogna t-il

-« Merci inspecteur ! » affirma la femme. Elle jeta un regard en coin à son ami

-« Merci » murmura Duke « Je suis désolé de vous avoir menacé »

-« C'est bon ça ira. Allons-y maintenant » trancha Fusco. « Je vais emmener les informations »

-« Je vous les amène » affirma Duke. Il alla à l'armoire et s'empara des quatre volumineux classeurs. Fusco hésita à menotter la coupable puis y renonça et Castille le suivi docilement. Ils étaient presque arrivés à la voiture lorsqu'elle stoppa, observant un poney qui s'était approché de la barrière

-« Juste une minute inspecteur » demanda t-elle avant d'aller le caresser. Lionel laissa faire perplexe. Il ouvrit son coffre pour que Duke y dépose les classeurs.

-« Je voulais juste lui dire au revoir « affirma la femme en montant dans la voiture

-« C'est lui Tasca ? » devina t-il

-« Oui. C'était le poney de mes neveux parce qu'il était né deux jours après eux, c'est Arthur qui avait composé son nom »

-« Composé ? »

-« Avec les initiales des prénoms de sa famille et du mien »

-« Plutôt bien trouvé »

-« Il faudrait juste pouvoir supprimer la première lettre » soupira Castille

Fusco prit place derrière le volant

-« Et ce gars c'est votre fiancé ? »

-« C'est… » Hésita la jeune femme « C'est ce qu'il était quand nous avions huit ans »

-« Ben visiblement il n'a pas changé d'avis »

-« Non »

-« Mais c'est pas réciproque »

-« Je n'avais pas vraiment le temps… Non en fait je ne voulais pas me créer d'attaches. Mais finalement je vais peut être changer » jugea Castille

-« Une telle patience ça mérite qu'on s'y intéresse » constata Fusco. Une fois en route, il interpella son complice

-« Finch ? »

-« Tout va bien inspecteur ? J'ai crains que cet homme ne se laisse pas raisonner »

-« Ca va Finch vous en faite pas. Et l'enquête est bouclée. Vous allez pouvoir dire à John de lâcher l'affaire »

-« Entendu je vais le faire. »

-« Mais ? » demanda Lionel, interpellé par son manque d'enthousiasme

-« Mais je doute qu'il accepte »

-« On a stoppé la menace ! »

-« Certes. Mais il voudra aussi mettre fin aux agissements de Miss Marbery. Et je penserais de même en d'autre circonstances » Fusco soupira à fendre l'âme

-« Têtu comme il est c'est à prévoir. Qu'est ce que je peux faire ?»

-« Rien inspecteur. Je verrais quel sera sa réaction… et son choix » ajouta Finch après une légère hésitation

-« Vous lui avez parlé ? »

-« En effet »

-« Et ? Ca ne l'a pas fait réagir ? Me dite pas qu'il est resté avec cette pouf ? »

-« Pour les besoins de l'enquête »

-« A d'autre » grogna Lionel

-« Il m'a dit qu'il n'avait pas de choix à faire entre elle et moi » avoua l'informaticien

-« J'espère bien ! » s'exclama Lionel « Tant pis, on ne lâche rien Finch ! S'il faut boucler toutes ces donzelles pour qu'il redevienne lui-même alors je les bouclerais ! On va trouver la solution »

-« Merci inspecteur »

-« Je m'occupe de notre apprentie empoisonneuse et ensuite je reprend l'enquête sur l'agence »

-« Nous aurons de nombreux éléments. Cela sera peut être rapide ? »

-« Ce qu'il nous faudrait c'est un témoignage » jugea Lionel

-« Je ne suis pas certain que nous puissions trouver quelqu'un disposé à témoigner contre Miss Marbery. Elle est puissante et la plupart de ces femmes y trouvent leur compte »

-« Il doit bien y avoir une faille ? »

-« Peut être » jugea Finch « Mais encore faut-il la trouver »

-« Lorsqu'elle sera derrière les barreaux je suis sur que certaines seront moins fidèles ! »

-« Mais il faut d'abord réussir à l'arrêter »

-« On va trouver » marmonna Fusco toujours optimiste

-« Amen » ne put s'empêcher d'approuver Castille « J'espère que mes classeurs vous aiderons »

-« Ca pourra nous faciliter la tache. Quoiqu'il en soit elle est notre prochain objectif ! » Affirma Fusco « Vous me tenez au courant Finch ? »

-« Bien sur. Rentrez bien inspecteur »

-« A plus Finch »

L'informaticien coupa la communication. Il était encore un peu surpris de la tournure des événements, ne s'attendant pas à ce que l'enquête soit bouclée aussi rapidement ! Cette pauvre fille n'avait pas l'étoffe d'un assassin et son secret devait lui être trop pesant pour qu'elle se trahisse si vite. Il estima comme son complice que c'était une bonne chose qu'ils l'aient stoppé avant que son plan ne réussisse, elle ne méritait pas de finir en prison, « Surtout pour une Agnès Marbery » songea Finch, amer

Et maintenant il allait devoir prévenir John. Il savait d'avance qu'il n'abandonnerait pas l'enquête. Devait-il lui ordonner de le faire en lui rappelant que théoriquement il était toujours son patron ? Il n'était pas certain que cela fonctionne et puis cela ne résoudrait pas le problème. Il fallait écarter ces femmes, sinon ils ne trouveraient plus jamais la paix. Pour que John sorte enfin de ce piège il fallait le soustraire à l'influence de Tania. Mais comment faire ? Le moyen le plus rapide serait sans conteste de leur faire connaitre la vérité sur la pseudo fortune de leur client, il perdrait aussitôt tout intérêt à leurs yeux. Mais la brutalité de la méthode lui répugnait, s'en serait fini de l'enquête et John le prendrait certainement très mal. Non, il devait agir plus subtilement. Il devait trouver une ruse, un argument imparable. Ou réussir à neutraliser ces femmes. Et rapidement de préférence, la situation avait assez durée ! « Et chaque heures passées nous éloigne un peu plus l'un de l'autre » songea t-il

En attendant il allait le prévenir. Il tendit la main pour saisir son téléphone et enclencha le numéro, retenant son souffle et priant pour qu'il ne se heurte pas au répondeur…