Bonjour tout le monde ! J'espère que ce deuxième chapitre vous plaira.
Réponses aux reviews :
Athina : Merci pour tes deux reviews ! Ne t'en fais pas, il l'aura sa conquête amoureuse. (En fait, j'hésitais à en inclure une dans cette fic, et ta demande m'a convaincue !)
Oromis ouvrit les yeux.
Le sombre plafond voûté était couvert de tuiles ornées de motifs complexes, bleu, rouge et or, qu'il reconnaissait. La lueur orangée qui émanait d'une source invisible derrière lui était suffisante pour révéler la forme octogonale de la pièce, mais peinait à dissiper les ombres tapies dans les recoins.
La mémoire lui revint d'un coup et il réalisa où il se trouvait. Il était à Urû'baen, prisonnier du roi, dans une salle antique, celle de Parle-Vrai. L'elfe eut un sourire ironique : nul doute que Galbatorix ait choisi une telle salle pour y enfermer des prisonniers.
Il était étendu sur de la pierre probablement la fameuse pierre où s'asseyait l'oracle, mais il était difficile d'en être tout à fait sûr, d'autant plus que Galbatorix pouvait très bien avoir créé une illusion.
Des entraves lui enserraient les poignets et les chevilles une épaisse lanière de cuir lui maintenait la tête contre la dalle, l'empêchant de la relever ou de la tourner.
Il tira sur ses liens, mais ils étaient trop solides.
Oromis inspira profondément et expira, plusieurs fois, jusqu'à ce que la panique ait été éliminée, puis ferma les yeux, continuant à se concentrer sur sa respiration. Lorsqu'il fut prêt, il commença à renforcer ses barrières mentales, dissimulant au fond de son esprit toutes les informations qui pourraient nuire aux elfes et aux Varden, les secrets auxquels Galbatorix n'avaient jamais eu accès ainsi que le lien entre Glaedr et lui, les protégeant d'un mur impénétrable. Ensuite, il continua à trier le reste de ses souvenirs, plaçant ceux sans danger à la surface de son esprit, derrière les premiers murs, qu'il fortifia également. Lorsque sa tâche fut achevée, son esprit était bien protégé.
L'attente commença alors. Oromis ne sut pas combien de temps s'écoula. Il ne sentait guère que la faim et la soif, l'épuisement parfois aussi. Il dormit peu, d'un sommeil agité et inquiet. Lorsqu'il était éveillé, il occupait son esprit en récitant des poèmes qu'il avait appris par le passé
Un bruit sourd l'arracha à sa récitation mentale.
Il entendit derrière lui le raclement d'un verrou qu'on tire, le grincement d'une porte tournant sur ses gonds.
L'elfe se concentra à nouveau sur sa respiration. Pour autant qu'il put en juger, plus d'une journée s'était écoulée depuis qu'il avait repris conscience. La soif était intolérable, sa langue gonflée et pâteuse, son corps douloureux à force d'être maintenu dans la même position pendant si longtemps.
Il entendit des pas, comme lorsque quelqu'un descend des marches, le frottement de semelles souples sur des dalles de pierre… Un arrêt. Un tintement de métal. Il ne chercha pas à essayer de deviner ce que portait l'inconnu, se contenta d'écouter les pas qui approchaient.
Un homme corpulent, vêtu d'une tunique de laine grise, entra dans son champ de vision. Il portait sur un plateau en argent du pain, du vin et de l'eau, et déposa le tout au pied du mur avant de trotter vers lui d'une démarche vive, précise, presque gracieuse. Une démarche qui ne semblait pas appartenir à un simple mortel. Étrange.
Lorsqu'il s'approcha de la couchette de pierre, Oromis remarqua son étrange apparence la tête de l'homme avait une curieuse forme de calebasse, renflée en haut et en bas, étroite au milieu, avec des dents fermées comme les mâchoires d'une pince qui avançaient anormalement, donnant à sa bouche proéminente l'aspect d'un museau. Il était rasé de près et presque chauve, à part une mince couronne de cheveux noirs coupés court. Il avait le front luisant, des joues rougeaudes, des lèvres aussi grises que sa tunique et des yeux bruns rapprochés. Son haleine chargée avait des relents d'oignon. Affamé comme il était, Oromis en fut écœuré.
L'elfe voulut parler, demander de l'eau, mais sa gorge parcheminée n'émit qu'un son rauque.
L'homme en gris le fit taire d'un claquement de la langue puis, à sa totale stupéfaction, se mit à défaire ses liens.
Dès qu'il fut libéré, il s'assit sur la dalle et eut un mouvement de recul lorsque l'homme l'agrippa de ses doigts. Il le tira à bas du bloc de pierre, et Oromis sentit ses jambes se dérober sous lui. L'elfe resta suspendu à la main de l'homme comme une poupée de chiffon, le bras tordu au-dessus de la tête. Il inspira profondément et se remit sur pied cette fois, ses jambes acceptèrent de le porter.
L'homme le guida, le soutenant à demi, vers une petite porte qu'il n'avait pu voir lorsqu'il gisait sur la pierre. À côté, une courte volée de marches menait à une autre porte, plus large – probablement celle par laquelle le geôlier était entré. Elle était fermée, mais par une grille métallique en son milieu, Oromis aperçut une tapisserie bien éclairée accrochée au mur.
L'homme poussa la petite porte et conduisit le prisonnier dans un cabinet d'aisances exigu. À son grand soulagement, il le laissa seul. L'elfe examina la pièce mais ne vit que de la poussière, de la sciure, et des traces de sang séché, lesquelles le firent frissonner.
Il se soulagea donc, et, quand il ressortit, le geôlier le reprit par le bras et le ramena à sa couchette de pierre. Oromis tenta de se débattre, mais l'homme le gifla à toute volée. Un éclair blanc jaillit derrière ses yeux, il crut que tout explosait autour de lui. Sa tête bascula violemment en arrière, ses dents s'entrechoquèrent, et une onde de souffrance courut de son cou jusqu'à la base de sa colonne vertébrale.
Quant il retrouva une vision normale, il constata que le geôlier n'avait pas bougé. L'homme le traîna à nouveau et, arrivé à la pierre, le souleva comme il l'aurait fait d'un enfant, lui pressa les épaules contre la pierre et referma les entraves sur ses chevilles et ses poignets. Puis il lui enserra le front dans la lanière de cuir, qu'il fixa assez fort pour le maintenir, mais sans lui faire mal.
L'elfe s'attendait à le voir commencer à manger, mais ce n'était pas l'intention du geôlier puisque celui-ci alla chercher le plateau et lui offrit du vin coupé d'eau.
Il lui était difficile d'avaler, allongé sur le dos. Il dut laper à petites gorgées le liquide dans le gobelet pressé contre sa bouche. Le vin dilué coulant dans sa gorge desséchée lui procura une intense sensation de fraîcheur.
Quant le gobelet fut vide, l'homme trancha des morceaux de pain avec un petit couteau et les lui tendit, le fixant d'un regard vide qui fit se hérisser ses cheveux sur sa nuque.
Le prisonnier ne représentait rien pour lui. Il était indifférent, dépourvu de la plus petite étincelle d'empathie ou de haine. Il le tuerait du même geste qu'il le nourrissait, sans la moindre émotion.
Oromis ouvrit la bouche, permettant à l'homme d'y placer le morceau de pain, et réprima son envie de lui mordre les doigts.
Il lui donna la becquée, comme à un enfant. Il posait chaque morceau de nourriture dans sa bouche avec autant de précaution que s'il s'agissait d'une perle de verre. L'elfe se sentit gagné par un profond dégoût. Passer de rôle de défenseur, de l'un des derniers Dragonniers, de protecteur de l'Alagaësia à… à celui de prisonnier, d'animal même…
Il haïssait l'homme penché sur lui, haïssait son insistance à l'alimenter quand il aurait pu le faire lui-même, haïssait que Galbatorix fît en sorte de le dépouiller de sa fierté et de sa dignité. Mais par-dessus tout, il se haïssait lui-même de le laisser réussir dans une certaine mesure.
Il ferma les yeux, se concentra une nouvelle fois sur sa respiration, mais aussi sur le trajet des aliments dans sa bouche puis sa gorge, pour se calmer. Il lui était devenu simple, songea-t-il amèrement, d'éprouver de la compassion pour les autres, et particulièrement ceux qui souffraient, mais quant à vivre lui-même ce genre de dégradation… Il lui restait encore bien des choses à apprendre.
Mais il apprendrait, et il survivrait, avec sa dignité intacte. Il en ressortirait plus fort. Cette idée le réconforta et il termina son repas avec appétit.
Quand il eut terminé, l'homme emporta le plateau et s'en aller.
Oromis écouta ses pas s'éloigner, la porte s'ouvrir et se refermer derrière lui, le verrou claquer, une barre retomber en travers du battant avec un bruit sourd.
Il était seul de nouveau, sans rien d'autre à faire qu'attendre et essayer de planifier une tentative d'évasion.
Il suivit un moment les lignes peintes au plafond, admirant les motifs colorés, mais finit par s'en lasser et sombra dans un sommeil agité.
Le claquement de la porte le réveilla en sursaut, le cœur battant. Son estomac se contracta quand l'homme passa devant lui : il portait un brasero en cuivre empli de charbon, qu'il installa sur un trépied à quelques pas de la couchette de pierre. Trois longs fers étaient posés sur les charbons. Un autre homme posa un coffre de bois sombre renforcé de métal à côté du trépied et repartit. Le geôlier resta.
L'heure qu'Oromis redoutait avait sonné.
Sans le regarder, le geôlier tira une pierre à briquet d'une bourse pendue à sa ceinture et alluma un petit tas de brindilles au centre du brasero. Des étincelles jaillirent, et le bois crépita. L'elfe détourna les yeux et reprit ses exercices de détente, faisant le vide dans son esprit, prêt à affronter ce qui arriverait inévitablement.
Peu de temps après le départ du geôlier, des bruits de pas retentirent à l'extérieur de la pièce. La porte se referma sourdement. Trois personnes descendirent l'escalier. Il vit un bras placer un siège de bois sculpté à la limite de son champ de vision.
Galbatorix s'y assit.
Oromis sentit son cœur rater un battement avant d'accélérer de nouveau.
Le deuxième homme, vêtu d'un pourpoint et de jambières rouge sombre brodés de fils d'or, s'approcha du brasero et se mit à tisonner les braises, le dos tourné. La troisième personne, une jeune fille, resta debout derrière le roi.
Galbatorix parla, mais l'elfe ne se laissa pas émouvoir par sa voix grave.
- « Ainsi nous nous rencontrons de nouveau, Oromis de la maison Thrándurin. Bienvenue chez moi. Voilà bien longtemps qu'un invité aussi distingué ne nous a honorés de sa présence. J'ai dû employer jusqu'ici mes énergies ailleurs, mais sois sûr qu'à partir de cet instant je ne négligerai plus mes devoirs d'hôte. » Oromis ignora la note de menace dans ses derniers mots et répondit avec un sourire ironique :
- « J'ai connu des hôtes plus agréables, mais j'imagine qu'ici, je ne peux espérer mieux. Après tout, ne serait-il pas malvenu de critiquer la façon dont on m'accueille ? » Le traître se renfrogna et s'approcha. L'elfe sentit son souffle contre son oreille.
- « Je sais que ce sera douloureux, Oromis, douloureux au-delà de ce que tu peux imaginer. Tu devras te défaire de toi-même avant que ta fierté t'autorise à te soumettre, mais au bout du compte tu te soumettras, comme tous ceux qui t'ont précédé en ce lieu.
- Non, je ne me soumettrais pas. La mort me prendra avant que je ne devienne ton esclave. » Un long rire sonore résonna sous la voûte.
- « Tu as mal compris. Je ne t'ai pas amené ici parce que je te veux mort. Je l'ai souhaité, lors d'accès de colère, mais malgré ton infirmité, tu m'es plus utile vivant que mort. Je veux t'avoir près de moi, Oromis, en tant que conseiller, tandis que je mets en place les ultimes étapes du vaste plan que je prépare depuis plus d'un siècle. Un nouvel ordre va s'installer sur l'Alagaësia, et je veux que tu y prennes part. Si tu survis, tu auras une chance d'accomplir bien plus que ce dont tu pouvais rêver avec les elfes et les Dragonniers. Songes-y ! En te mettant à mon service, tu contribuerais à apporter la paix à toute l'Alagaësia, et je te soignerai pour que tu puisses à nouveau pleinement utiliser la magie.
- Plutôt souffrir mille tortures que de te servir ! » cracha l'elfe.
Le rire de Galbatorix roula de nouveau dans la pièce, celui d'un homme que rien n'effraie, pas même la mort :
- « C'est ce que nous verrons. Pourquoi souffrir inutilement ? Cède ! Il n'y a pas de honte à accepter l'inéluctable. Il ne te servira de rien de t'obstiner. » Il s'interrompit dans l'attente d'une réponse, mais Oromis demeura silencieux.
- « Très bien. Comme tu voudras. Murtagh, Zarna, approchez ! Montrez-vous ! Vous êtes impolis avec notre invité. » L'homme vêtu de rouge se retourna, un rictus maussade lui déformant la bouche, et la jeune fille fit quelques pas en avant. Elle ne devait avoir guère plus de dix-neuf ans, et était d'une apparence assez commune avec sa peau claire, ses longs cheveux bruns et ses yeux marron. Elle était belle, mais de cette beauté discrète qu'on ne retient pas. Elle était vêtue d'une tunique blanche sans manches serrée à la taille par une large ceinture de cuir noir et d'un pantalon bleu. De hautes bottes noires montaient jusqu'à ses genoux.
- « Murtagh a d'abord été réticent, mais depuis est devenu un élève des plus compétents. Il a hérité des talents de son père. Quant à Zarna… elle n'a pas le mérite d'un héritage familial exceptionnel, mais ses talents sont des plus intéressants. Qui aurait cru qu'une paysanne de Carvahall me serait si utile ? » Carvahall ? nota Oromis. N'était-ce pas le village d'Eragon ?
- « Elle a un don qui me la rend plus précieuse qu'aucun Eldunarí. Imagine ma surprise le jour où une jeune fille est parvenue à mon palais, disant avoir des informations, et que j'ai découvert qu'elle connaissait le futur. J'ai eu quelques doutes au début, puisqu'un mur infranchissable protégeait son esprit, mais on ne peut mentir en ancien langage et elle n'est nullement responsable de la protection de son esprit. » Zarna resta silencieuse elle regardait le mur en face d'elle, comme gênée par la situation.
- « En temps normal, je ne l'aurais pas amenée, mais c'est elle qui m'a convaincu que ta mort entraînerait ma chute. N'est-ce pas, Zarna ? » Elle se tendit :
- « Oui, Monsieur. » Le roi désigna alors le brasero et déclara à Murtagh, sur le ton de la conversation :
- « Passe-moi un fer. » Le jeune homme se saisit d'un des fers, le sortit du brasero et s'approcha de l'elfe, qui frissonna et instinctivement tira sur ses liens.
- « Il est temps de découvrir jusqu'où ira ton courage, Oromis de la maison Thrándurin, car je souhaite que tu prennes cette décision de ton plein gré.
- Pourquoi ? demanda l'elfe.
- Parce que cela me plairait. Maintenant, pour la dernière fois, te soumets-tu ?
- Jamais.
- Tant pis pour toi. Murtagh ? »
Le fer descendit vers lui, sa pointe semblable à un rubis étincelant. Oromis n'émit pas un son, se contentant de serrer les mâchoires.
