Prise de conscience
Quelques temps plus tôt …
À la suite de la bataille de Poudlard, où Voldemort avait enfin perdu définitivement la vie, l'école avait subi de gros dégâts. Toutefois, l'aile hospitalière était restée intacte et c'était grâce à cela que plusieurs « héros » avaient pu rester sous la garde vigilante de Poppy Pomfrey. Bien des Médicomages de St Mangouste avaient voulu avoir l'immense honneur de soigner le Sauveur mais ce dernier avait clairement signifié qu'il ne voulait être soigné par nul autre de celle qui était en poste à l'école. Ça les avait fait râler mais Harry n'en avait pas démordu.
A ses côtés se trouvait Hermione. Un sort de Découpe dans la cohue avait dangereusement touché sa colonne vertébrale. Immobilisée, elle ne pouvait bouger sous peine d'aggraver son cas. Les Médicomages avaient dû se déplacer pour l'examiner. Et les résultats ne semblaient pas très bons.
Harry laissa son regard errer vers la porte qui menait dans les chambres particulières. C'était dans l'une d'entre elles que se trouvait Severus Snape. Encore en sang et vidé de sa magie après son combat contre Voldemort, le brun avait alpagué Neville pour qu'ils se rendent tous les deux vers la Cabane Hurlante. Ils y avaient trouvé le maître de Potions agonisant et l'avaient difficilement rapatrié vers l'infirmerie. Mrs Pomfrey avait heureusement en stock l'antidote au venin de Nagini, que le maître de Potions lui avait confié depuis qu'Arthur Weasley s'était fait mordre au Département des Mystères.
-Monsieur Potter, salua Poppy.
La Sorcière promena sa baguette sur le jeune homme puis nota ses résultats dans un carnet enchanté.
-Est-ce qu'il serait possible que je me rende quelque part ? demanda Harry
-Cela dépend où, hésita Poppy. Votre niveau de magie est encore trop bas pour que vous puissiez l'utiliser sans risques.
-Je voudrais aller à Gringotts, révéla Harry.
-Pourquoi ? demanda sincèrement Poppy
-J'aimerai avoir des nouvelles vraies de ce qui se passe dans le monde Sorcier, lâcha Harry. Ce n'est pas avec ce que nous racontent nos visiteurs qu'on peut se faire une idée objective.
Poppy ne pouvait que concéder ce fait. Molly Weasley, la principale visiteuse – mais l'infirmière la qualifiait bien volontiers d'harceleuse – donnait des nouvelles du monde extérieur mais il était clair que c'était de fausses nouvelles puisqu'elles n'apprenaient rien.
-Vous pouvez toujours les contacter, proposa Poppy. Mais si les Gobelins vous proposent un entretien, j'aimerai me permettre de leur envoyer un courrier en même temps que votre réponse pour leur signaler les précautions qu'il leur faudra prendre. Vous pourrez la lire bien entendu.
Ce n'était pas pour rien qu'elle le lui proposait. Depuis qu'Harry était à l'infirmerie, de nombreuses « connaissances » avaient voulu lui faire signer divers documents. Après les trois premiers jours, Mrs Pomfrey avait fermé les portes de son antre et seules les personnes proches étaient acceptées.
-D'accord, fit Harry.
-Je vous apporte du parchemin et une plume, sourit Poppy.
Une heure plus tard, la lettre était prête. L'infirmière lui prêta gracieusement son propre messager pour envoyer le pli et le brun se recoucha. Il ne s'attendait toutefois pas à recevoir une réponse aussi rapide. Il la lut.
-Ils me proposent d'utiliser le réseau de Cheminée, résuma Harry. Ils peuvent ouvrir leur cheminée exceptionnellement, puisque j'ai demandé le secret de ma visite.
-Si cela ne vous dérange pas, j'aimerai vous accompagner, fit Poppy.
-Pourquoi ? s'étonna Harry
-Oh, pas pour l'entretien en lui-même, rit Poppy. Uniquement pour votre voyage par cheminée. Une fois que je serais assurée que le voyage n'aura pas de conséquences sur vous, je repartirai. Et quand vous aurez fini, vous n'aurez qu'à m'appeler, je viendrais et je vous accompagnerai au retour.
-Pourquoi ? demanda Harry
-Votre niveau de magie est très bas, rappela Poppy. Et utiliser des transports magiques, même passifs comme la Cheminée, pourrait être dangereux. En étant avec vous, je pourrais intervenir immédiatement.
-D'accord, sourit Harry.
Il avait confiance en l'infirmière car, outre le fait qu'elle savait ce qui se passait derrière les murs du 4, Privet Drive, elle était la seule à avoir voulu le soigner et à vouloir enrailler ses carences. Depuis sa première année, il avait un traitement qu'il avait soigneusement caché à ses camarades. Hermione avait découvert le pot aux roses en troisième année, quand elle avait remarqué qu'il ne prenait pas les potions habituellement préconisées parce qu'elles ne réagissaient pas bien avec ses traitements. Ron, en revanche, n'avait jamais rien vu. Pas qu'il s'en souciait, d'ailleurs.
-Quand irons-nous ? demanda Poppy
-Maintenant ? sourit piteusement Harry
La Sorcière éclata de rire.
-Laissez-moi simplement vérifier l'état de mes autres patients pendant que vous vous habillez, sourit Poppy. Aurez-vous besoin d'aide ?
-Ça ira, merci, fit Harry.
Dix minutes plus tard, après avoir passé la Cheminée, que l'infirmière ait vérifié son état et qu'elle soit repartie, deux Gobelins se dressèrent devant Harry. Ce dernier reconnut Gripsec mais le second lui était parfaitement inconnu.
-Je suis Ragnok, le directeur de Gringotts Grande Bretagne, annonça le deuxième Gobelin. Nous allons parler affaires, monsieur Potter.
§§§§§
Poppy Pomfrey étudiait des résultats d'analyses.
La pauvre Hermione Granger avait été touchée par un sort de Découpe dans le dos. Malheureusement, la Médicomagie n'était pas assez avancée pour traiter avec certitude ce qui touchait de près ou de loin à la colonne vertébrale. La paralysie n'était pas une pathologie courante et peu d'études avaient été faites. Il était plus sûr qu'elle demande d'autres avis médicaux mais elle était certaine de ce qu'elle avançait.
Poppy n'avait plus eu de cas aussi graves depuis la première guerre et surtout, depuis qu'elle avait quitté St Mangouste. Mais c'était toujours aussi difficile d'anéantir les espoirs de quelqu'un.
Armée de tout son courage, elle ferma le dossier et se rendit dans l'une des chambres particulières. En effet, Hermione et Harry avaient émis la demande d'en bénéficier d'une après que Molly Weasley soit venue une nouvelle fois leur rendre visite et leur assurer – encore une fois – qu'ils étaient les bienvenus dès à présent chez elle et qu'elle leur ait sous-entendu – encore une fois – qu'elle s'occuperait bien mieux d'eux que l'infirmière. Malheureusement pour elle, quand un patient était en chambre privée, c'était ces derniers qui décidaient qui ils voulaient recevoir, contrairement à la salle principale où ils subissaient les visites.
Elle frappa donc à la porte et attendit qu'on l'invite à entrer pour le faire.
Les deux bruns avaient préféré rester ensemble. Ce n'était pas courant que deux personnes du sexe opposé occupent la même chambre mais connaissant la profonde amitié qui les unissait, Poppy ne s'y était pas opposée.
-J'aimerai parler à mademoiselle Granger au sujet de ses résultats d'analyses, annonça Poppy.
-Je peux m'en aller, proposa Harry.
-Non, reste, pria Hermione. Je n'ai pas envie de tout te répéter.
Le brun se hissa doucement dans le lit de la jeune femme et la prit dans ses bras. L'infirmière fit venir à elle un fauteuil et s'y installa.
-Je ne vais pas vous mentir, soupira Poppy. Les résultats ne sont pas bons. Votre colonne vertébrale n'est pas sectionnée mais plusieurs nerfs autour le sont. Pour moi, la Médicomagie n'est pas assez avancée pour prétendre vous soigner sans risques. Autant nous sommes capables de faire repousser un os, autant nous n'en connaissons pas assez sur la colonne vertébrale pour y penser.
-Et dans les autres pays ? fronça des sourcils Harry
-Cela reviendrait à faire déplacer mademoiselle Granger, souligna Poppy. Or, il y a plusieurs fragments d'os qui proviennent des côtes que nous avons réparées qui pourraient, avec un choc violent, sectionner définitivement la colonne vertébrale. Je ne pourrais pas lui faire prendre le risque. Quant à faire venir les spécialistes, il faudrait que j'aie l'accord de St Mangouste.
-Pourquoi ? s'étonna Hermione
-Contrairement au monde Moldu, il n'existe pas de département de la santé au Ministère, expliqua Poppy. Toute décision de santé publique est donc avisée en amont par St Mangouste qui est la seule structure hospitalière d'Angleterre.
-Que pouvons-nous faire ? demanda Hermione
-Rien ne pourra être fait tant que les spécialistes de St Mangouste ne vous auront pas examiné, déclara Poppy. Je me mets régulièrement à jour et je doute franchement qu'ils aient un avis différent du mien.
-Combien de temps pour qu'ils rendent une réponse ? demanda Harry
-Puisque mademoiselle Granger est une « héroïne de guerre », déclara Poppy avec les lèvres pincées, montrant clairement ce qu'elle pensait de ce titre, ils pourraient venir dans une semaine environ.
-Si j'appuie la demande, j'imagine qu'ils seront là dans la journée, railla Harry.
-Dans l'heure, vous voulez dire, ironisa Poppy. Que décidez-vous, mademoiselle Granger ?
-Voyons ce qu'ils ont à dire, soupira Hermione.
-Je vais les contacter, fit Poppy en se levant. Je vous laisse les résultats d'analyses. J'y ai mis des notes pour que vous puissiez comprendre.
-Merci, fit Hermione d'une voix nouée.
Comprenant qu'elle était de trop, elle referma soigneusement la porte pour que la jeune femme puisse enfin libérer ses émotions.
§§§§§§
Confiant son infirmerie à un Elfe de maison et donnant pour consigne de ne laisser entrer personne sans son autorisation expresse, Poppy quitta l'aile hospitalière. Les dégâts subis par l'école rendaient hasardeux l'utilisation du réseau interne de Cheminée donc elle évitait de le prendre. A la place, elle notait avec peine les gravats qui jonchaient les couloirs.
La bataille de Poudlard s'était déroulée voilà maintenant un mois et demi et les travaux de restauration n'avaient toujours pas commencé. Le gouvernement avait autre chose à faire, notamment juger tous les Mangemorts capturés pendant la bataille. En ce moment, le procès qui faisait le plus parler était celui des Malfoy. Draco s'en était tiré avec un sursis de cinq ans – il faut dire que le jeune homme n'avait pas hésité à montrer l'odieux chantage dont il avait été victime : soit il prenait la Marque, soit sa mère mourrait sur le champ – et ils avaient dû déclarer un non-lieu pour Narcissa puisqu'elle ne portait pas la Marque.
Poppy en était consciente, normalement, la sentence aurait dû être bien plus dure, avec tous les Sorciers qui réclamaient vengeance. Mais Harry avait tenu à témoigner avant que les procès ne commencent et avaient exigé qu'on demande sous Veritaserum leurs véritables motivations. Il leur avait déclaré que puisqu'il avait eu un lien avec Voldemort, il avait ainsi pu assister à plusieurs intronisations et il lui avait semblé clair qu'une grande partie des « heureux » élus n'était pas du tout consentante. L'infirmière était fière du jeune homme car ainsi, de nombreux abus avaient pu être évités.
Pour le moment, elle devait aider pour la tenue d'un autre procès.
Celui de Severus Snape.
Pour bon nombre de Sorciers, il était celui qui avait tué Dumbledore. Mais pour certains, elle en tête, les choses ne semblaient pas aussi évidentes. Harry et Hermione avaient également réfléchi à cette exécution – appelons un chat un chat – et ils avaient compris que le directeur avait exigé de Snape de le tuer et non d'épargner sa vie, encore plus quand on savait que le vieux Sorcier était mourant. Malheureusement, il fallait des preuves et Minerva, chargée de ranger le bureau du défunt, n'avait pas encore pu mettre la main dessus et Harry ne voulait pas utiliser les souvenirs que lui avait confiés Snape à l'agonie sans son autorisation.
Pour éviter que des Sorciers ne rendent justice eux-mêmes, Poppy avait décidé de déplacer le maître de Potions dans ses propres quartiers, dont les protections avaient tenu au contraire de celles de l'école. Là-bas, le Sorcier avait le calme qu'il recherchait et avait commencé à travailler sur le papier sur le cas d'Hermione Granger, comme elle lui avait formellement interdit de brasser des potions.
L'accès au passage secret qui desservait les appartements de Severus Snape ne se faisait que si le locataire des lieux l'avait autorisé. Mis à part Poppy, il y avait feu Albus Dumbledore, Minerva McGonagall, Draco Malfoy et plus surprenant, Harry Potter et Hermione Granger. Poppy frappa à la porte et cette dernière tourna sur ses gonds.
-Poppy, salua Severus.
-Severus, répondit Poppy. Je vois que tu n'as pas beaucoup mangé.
En effet, le plateau avait été à peine entamé.
-Pas faim, marmonna Severus. Potion de nutrition.
C'était bien le style de Severus, palier ses carences par des potions. Quoi d'autre de la part d'un maître de Potions ?
Elle commença rapidement son examen. Le venin de Nagini avait agi autant sur les tissus que sur la magie du Sorcier. Contrairement à Arthur Weasley, il avait eu le temps de se répandre dans tout son organisme et heureusement qu'il avait l'habitude de boire une gorgée de l'antidote par jour au cas où il se ferait découvrir car sinon, il serait mort.
Mais le peuple Sorcier ne savait pas s'il l'était ou pas.
Seuls Harry Potter, Hermione Granger, Neville Longbottom, Draco Malfoy et Poppy Pomfrey savaient que le Sorcier était en vie. Harry avait réclamé un procès mais il attendait la décision de Severus pour savoir si ce serait à titre posthume ou non. En tant que Severus Snape, la vie n'avait plus rien à lui offrir et personne ne voulait lui forcer la main.
-Severus, j'imagine que tu es au courant de ce qu'est en train de faire le jeune Potter, fit Poppy.
Seul un grognement lui répondit.
-Il faut qu'il sache ce que tu veux, insista Poppy. Déclarer au monde que tu es vivant ou non.
Severus soupira, las.
-Je n'en sais rien, déclara Severus.
-Tu pourrais recommencer une nouvelle vie sans le poids de l'ancienne, nota Poppy. Certes, tout le monde se souviendra de toi mais tu as une telle réputation …
-J'étais obligé, rappela Severus.
-Je sais, sourit Poppy.
La chauve-souris des cachots n'était qu'un rôle que Severus avait dû endosser alors qu'il commençait en tant que professeur de Potions. A cause de son jeune âge et de son physique ingrat, il avait dû trouver une solution pour s'imposer dans sa salle de classe et éviter les accidents. Avec succès puisqu'il terrorisait par la seule mention de son nom près de seize années d'élèves.
-Tu ressembles à Eileen, soupira Poppy.
Severus se redressa brusquement. Il savait que l'infirmière avait passé une partie de sa scolarité en même temps que sa mère mais n'avait jamais vraiment osé lui demander plus de détails.
-Tu as ses traits, insista Poppy. Sans ce nez cassé par Sirius Black, tu serais son portrait craché.
-J'ai toujours cru que je ressemblais à Tobias, murmura Severus.
-Plus jeune, oui, concéda Poppy. Mais en grandissant, tu as pris les traits des Prince. Et si tu en doutes, ils auraient eu comme toi d'avoir le courage de faire ce qui était juste, peu importe qu'ils doivent être du mauvais côté. Quel dommage qu'ils soient tous …
Poppy se figea.
-Poppy ? s'inquiéta Severus
-Te sens-tu assez en forme pour aller voir les Gobelins ? demanda Poppy
-Pourquoi ? demanda Severus surpris
-Même si elle avait trois ans de moins que moi, il nous arrivait de discuter, Eileen et moi, révéla Poppy. Elle m'a toujours dit que l'admission dans le clan Prince se faisait au mérite.
-C'est-à-dire ? leva un sourcil Severus
-L'une de ses grandes cousines avait épousé un riche industriel Moldu, sourit Poppy. Son grand-père l'avait accepté dans la famille d'abord pour son argent mais aussi pour sa réaction positive envers la magie. Les enfants qu'elle avait eues étaient très puissants et c'était ce qui lui avait donné l'idée de se trouver un compagnon Moldu pour avoir un enfant qui rendrait fier sa famille. Et tu es là.
-Où est-ce que cette histoire nous mène ? grogna Severus
-Il se pourrait qu'il y ait des dispositions particulières pour te faire intégrer le clan Prince, hésita Poppy.
Severus se redressa lentement.
-Tu penses que je pourrais devenir un Prince ? articula Severus
-Pourquoi pas ? haussa des épaules Poppy. Nous ne savons pas ce qui a été dit dans le testament du dernier Prince puisque ta mère n'avait pas pu assister à la lecture …
-Elle n'y avait pas été invitée, nuance, corrigea Severus.
-Je côtoie suffisamment les Sang Pur pour savoir que tous les descendants directs sont conviés à la lecture d'un testament, qu'ils y soient couchés ou non, répliqua sèchement Poppy. Les Gobelins doivent sûrement avoir des traces.
Severus secoua la tête.
-Fais-le au moins pour rassurer une vieille Sorcière, pria Poppy.
-Qu'est-ce que je ferais pour toi, soupira Severus. D'accord, conviens d'un rendez-vous avec eux.
-Tu ne seras pas déçu, jeune homme, sourit Poppy en l'embrassant sur la tête. En attendant, va dormir !
Pour toute réponse, Severus grommela.
§§§§§
L'infirmière profita que son antre était sous bonne garde pour quitter le château et se rendre chez elle. Elle se rendit immédiatement dans le sous-sol où il y avait une grande source. Distraitement, elle passa une main au-dessus de l'eau qui se brouilla.
Poppy Pomfrey avait du sang d'Elfe des bois actif, ce qui l'avait poussée à se tourner très tôt vers la guérison. Du côté de sa mère, issue d'une lignée de Cracmol, elle détenait un don de post-cognition. C'était ainsi qu'elle avait découvert tout ce que subissaient Severus puis Harry dans leurs familles respectives et qu'elle avait pu les aider du mieux qu'elle avait pu.
Son temps de vie parmi les Sorciers se réduisaient de plus en plus – oh, elle en avait encore pour une quinzaine d'années encore – mais pour autant, elle voulait que ceux auxquels elle tenait le plus puissent enfin aspirer à la vie qu'ils méritaient.
-Montre-moi l'avenir de ceux que je chéris … souffla Poppy.
Le reflet changea et il lui montra Harry Potter portant fièrement sa tenue de lord avec une Hermione Granger rayonnante sur ses deux jambes et un Severus Snape métamorphosé avec les robes de lord Prince.
Elle sourit. Inquiète pour Severus, elle avait demandé à la Source de lui montrer l'avenir de Severus alors que Voldemort approchait de plus en plus de l'école. Elle avait pu ainsi voir sa mort par le venin de Nagini et s'était empressée de demander au maître de Potions de constituer des réserves d'antidote. Une ou deux fois, elle avait pu traiter à temps quelques empoisonnements accidentels d'Harry – par exemple, le placard puis la chambre du brun étaient couverts de peinture au plomb, particulièrement toxiques, et comme il y vivait en permanence pendant les vacances d'été, il avait été gravement touché. Le pire, c'était que la Source lui avait dévoilé que les Dursley avaient enlevé la peinture incriminée partout dans la maison sauf dans la chambre d'Harry – sans pour autant lui révéler la cruelle vérité.
Cette Source était littéralement une mine d'informations.
-Ils sont en danger, fit une voix.
Poppy ne se retourna pas. Il y avait qu'une seule autre personne qui pouvait être en ces lieux et elle avait toute confiance en elle. Enfin, « personne », façon de dire …
-Je sais, Adelaïde, soupira Poppy. Je ne peux que les guider dans la bonne direction …
Adelaïde Kerrias, épouse Lovegood, était la mère de Luna. Morte à la suite du sabotage de son laboratoire de Potions, elle était le lien entre la Source et Poppy lorsqu'elle se trouvait à l'école, du fait de son ascendance Sylphide. En échange, Poppy avait pris sous son aile Luna pour comprendre et maîtriser son lien avec la Nature et la Magie et son don de Voyance.
-Le monde Sorcier doit se reconstruire, déclara Adelaïde. Étant donné leur position, ils sont les plus à même de la mener.
-Heureusement qu'Albus n'est plus de ce monde, grommela Poppy.
Bien qu'elle ait le plus grand respect pour le défunt Sorcier, elle n'avait jamais cautionné certaines actions qu'il avait menées. La marginalisation des Serpentards, par exemple, l'avait poussé à se dresser ouvertement contre lui. Mais la façon dont il avait géré l'incident de la Cabane Hurlante avec les Maraudeurs et Severus Snape qui avait failli perdre la vie – elle ne se souvenait plus du nombre de fois où le jeune homme s'était faufilé dans son antre pour ne pas dormir seul, n'ayant que très peu confiance en ses camarades – et le placement du jeune Harry après la mort de ses parents – les Dursley, par Merlin ! L'une des pires familles réfractaires à la magie et ils ne se cachaient même pas d'être odieux avec tout le monde – lui avait fait perdre toute confiance en lui quand il s'agissait du bien-être des autres.
-J'ai vu que tu avais poussé Snape et Potter à reprendre leurs titres, fit Adelaïde.
-Ce n'est pas en restant dans les rôles qu'on leur a imposé qu'ils pourront faire ce qu'ils veulent de leur vie, s'irrita Poppy. Autant leur donner les armes auxquelles ils ont toujours eu droit.
-Et Granger ? demanda Adelaïde
-Je ne sais pas comment elle pourrait faire pour remarcher, avoua Poppy. La Source dit qu'elle le fera mais je ne vois aucune solution magique.
-Laisse le temps faire son office, conseilla Adelaïde. Tu as aguillé les deux autres vers leur destin, elle trouvera sans doute le sien sans que tu aies à intervenir. Contente-toi de la soutenir.
-Tu as raison, comme toujours, soupira Poppy. Je ferai mieux d'y aller, mes patients m'attendent.
-Bonne journée, Poppy, sourit Adelaïde.
-A toi aussi, Adelaïde, répondit Poppy.
