Les Enseignements de la vie

L'hiver déposait son manteau de neige sur le pays. Ce jour-là, Harry avait eu une pause dans son emploi du temps plein à craquer où il avait réussi à caser une séance d'Occlumencie avec le désormais Seth S. Prince. Ça avait été un peu compliqué de ne pas donner de justifications aux Malfoy mais il avait ainsi pu libérer trois créneaux d'une heure et demie. Quand on savait qu'il travaillait de huit heures du matin à dix-neuf heures trente le soir avec seulement une heure pour le déjeuner, c'était vraiment un miracle !

-Vous sachant hors de Poudlard, j'aurais cru vous voir plus souvent dans les journaux, railla gentiment Severus.

Leur relation s'était adoucie au fil des séances. Les souvenirs qu'il avait donnés quand il avait cru mourir avaient fait comprendre à Harry que Severus Snape était bien plus complexe qu'on ne pouvait le croire et paradoxalement très enfantin dans sa haine. Ils avaient discuté à cœur ouvert – et surtout, avec une bonne dose de Veritaserum, vu les personnages – et maintenant, ils pouvaient discuter sans se sauter à la gorge et même se lancer des piques sans le prendre au premier degré.

-Je passe mon temps enfermé dans le manoir des Malfoy, haussa des épaules Harry. Comme les protections ont été restaurées, je défie Skeeter de venir espionner. Quoique, un scarabée grillé doit être pas mal …

-Que dit Lucius de vos progrès ? demanda Severus

-Il dit que j'apprends très vite, sourit Harry. Il ne sait pas que l'Occlumencie aide vachement aussi.

-Je n'aurais bientôt plus rien à vous apprendre, rappela Severus. Vous avez atteint un niveau auquel je ne vous imaginais pas voir arriver. Dire que c'était le lien avec Voldemort qui vous empêchait de développer vos capacités …

-Laissons les morts où ils sont, fit Harry. De toute façon, je vous ai déjà dit que deux de vos séances seront données aux Gobelins pour les cours de gestion. Je compte toujours vous emmerder une fois par semaine.

-Langage, prévint Severus.

-Comment ça se passe pour Seth Prince ? demanda Harry en passant outre l'avertissement

-Les journaux anglais ont noté la ressemblance physique avec moi mais c'est tout, fit Severus. La Guilde de Potions a accepté de me faire passer la maîtrise juste avant Yule.

-Mes félicitations, sourit Harry.

-Rien n'est joué, déclara Severus.

-Vous plaisantez ? ricana Harry. Vous êtes sûrement le pire professeur que j'ai rencontré mais vous êtes incollable sur les Potions. Ce ne sera qu'une formalité.

-Si vous le dites, dit Severus. Je reviens sur votre détestable habitude de faire la une des journaux. Comment se fait-il que vous n'y soyez plus ?

-Disons que j'ai demandé innocemment à Lucius s'il touchait des droits à l'image de la part des journaux anglais. Quand il m'a répondu que oui mais qu'il a compris que moi, non, il a proposé que son avocat se mette en relation avec le mien pour « régler mes dettes ». Ils ont posé un ultimatum en mon nom : soit toutes les personnes qui ont utilisé mon nom et mon image sans mon autorisation me reversaient toutes les sommes qu'ils me devaient et faisaient une jolie lettre d'excuses qu'ils publieraient, soit je les traînais au tribunal et je leur prenais au minimum le double de ce qu'ils me devaient. Trois auteurs et deux éditeurs sont déjà ruinés et me doivent encore de l'argent et les autres réfléchissent sérieusement à ce qu'ils vont faire.

-Vous ne faites pas dans la dentelle, sourit Severus.

-Je commence à en avoir assez de devoir ménager le monde Sorcier, grogna Harry. Vous connaissez leur dernière lubie ? Ils veulent me voir marié dans les plus brefs délais ! Ils ont même fait le classement de celles qui me conviendraient le mieux !

-Quel journal ? demanda Severus

-Et ça vous fait marrer en plus, pesta Harry. Demandez à Hermione, c'est elle qui les collectionne.

-Dois-je m'attendre à y voir figurer en première place cette chère Ginny Weasley ? ricana Severus

-Aucune chance, grogna Harry.

Flash-Back

Ragnok avait demandé à le voir immédiatement. Surpris, Harry s'était excusé auprès de Narcissa, puisqu'il devait écourter une leçon de danse, et se rendit séance tenante à Gringotts.

-Que se passe-t-il ? demanda Harry

-Molly Weasley vient de demander l'activation du contrat de mariage, gronda Ragnok.

-Vous avez trouvé des solutions pour le casser ? pressa Harry

-A l'instant, souffla Ragnok.

-Est-ce que j'ai besoin de la présence de Ginny ? demanda Harry

-Non, répondit Ragnok.

Harry avisa un calendrier. Le Poudlard Express était en train de traverser le pays pour ramener les élèves vers leurs familles. Un timing parfait, en somme.

-Que disent vos espions à propos des préparatifs ? demanda Harry

-Le Burrow a subi un grand coup de neuf, ricana Ragnok. Un mage marieur a été engagé pour Yule. Molly Weasley a fait confectionner une magnifique robe de mariée pour sa fille. A vos frais, bien entendu, comme l'exige le contrat.

-J'ai bien envie de me servir de ce contrat pour porter plainte contre elle, grommela Harry.

-C'est possible, concéda Ragnok. Mais je ne suis pas sûr que vous souhaitiez vous engager dans un débat aussi ardu que les mariages arrangés Sang Pur.

-C'était une idée en l'air, sourit pauvrement Harry. Bien, dites-moi comment annuler cette aberration …

Le brun comprit que si le contrat existait, c'était que Molly l'avait créé quand Harry avait atteint ses dix-sept ans, âge de sa majorité et où il pouvait librement signer tout document en son nom. Seulement, il s'avérait que c'était le point faible de l'entourloupe. Comme Harry était majeur, son consentement devait être total dans son sang. Un simple rituel – autorisé par le Ministère, par chance – permettait de le vérifier et quand la signature devint grise – signe que le consentement n'était pas là – Harry sourit machiavéliquement. Il attendit que Ginny rentre au Burrow ainsi qu'Arthur avant de s'y présenter.

-Harry ? s'étonna Ginny qui avait ouvert la porte. Je ne savais pas que tu venais !

-Je lui ai envoyé une lettre, sourit Molly qui arrivait derrière elle. Entre, mon chéri.

Le brun eut un sourire figé et obéit. Hermione avait pu lui faire lire la lettre que la matrone lui avait envoyé – la sienne s'était bizarrement enflammée aux premiers éclats de voix colériques – et il savait qu'elle était contre le fait qu'ils ne poursuivent pas leur scolarité à Poudlard. Si on ajoutait le fait que quand elle avait débarqué à Grimmaurd Place, il avait refusé qu'elle vienne s'y installer « pour veiller sur lui » et lui enseigner les us et coutumes Sang Pur, alors on comprenait que Molly Weasley n'aurait jamais dû être enjouée de la présence d'Harry Potter.

-Installe-toi, nous devons parler, sourit Molly. Toi aussi Ginny, ça te concerne.

Ginny, surprise, jeta un coup d'œil à Harry, ne voyant qu'une seule raison pour que sa mère ait attendu son retour pour lui parler mais Harry semblait serein en s'asseyant. Tous les deux refusèrent la tasse de thé et même Arthur était curieux de ce qui allait se passer.

-Peu avant que le professeur Dumbledore ne meure, il avait accepté de signer un contrat de mariage en ton nom, Harry, pour que tu épouses Ginny, révéla Molly. J'étais ravie de la situation et lui aussi parce qu'avec Ginny, il pouvait être sûr que tu serais protégé des vautours qui en auraient à la fortune des Potter et ma fille aurait été à l'abri du besoin.

Harry applaudit mentalement Molly. L'une des premières leçons de Lucius avait porté sur les unions magiques. Le mensonge de la matrone était très bien ficelé car les contrats de mariage signés par les tuteurs n'étaient que très rarement examinés par les enfants, puisque les parents leur expliquaient dans les moindres détails toutes les clauses négociées puis les documents étaient laissés dans les coffres des tuteurs jusqu'à leur mort.

-Maman … souffla Ginny. Je ne veux pas épouser Harry !

-Mais qu'est-ce que tu racontes ? houspilla Molly. Nous en parlions encore avant que tu ne partes et tu le voulais encore !

-Non, maman, réfuta Ginny. Je t'avais dit que j'aimais Harry, mais que s'il ne m'aimait pas et que si j'en avais la possibilité, je ne l'épouserai pas !

-Tu vas faire ce que je te dis ! siffla Molly

Ginny allait bondir sur ses pieds mais Harry posa sa main sur la sienne et l'enjoignit au calme.

-La question ne se pose pas puisque vous vous aimez, menaça Molly. Vous avez de la chance que je sois si prévoyante, le mage va vous marier dans trois jours, à Noël.

-Pourquoi aussi vite ? fit Arthur qui reprenait péniblement ses esprits. Un mariage s'organise et surtout, il faut l'accord des principaux intéressés ! Même s'ils sont sortis ensemble, ne crois-tu pas qu'il faudrait qu'ils soient en couple pour qu'ils puissent envisager leur avenir ensemble, qu'il y ait un contrat ou pas ? D'ailleurs, cela m'étonne que le professeur Dumbledore n'ait pas laissé de possibilité à Harry de se rétracter s'il trouvait l'amour.

Harry concéda ce point. Albus Dumbledore portait l'amour en très haute estime – surtout quand on voyait le baratin qu'il lui avait sorti comme quoi c'était l'amour de sa mère qui l'avait protégé du sortilège de la mort et qui empêchait Voldemort de le posséder – et il n'aurait jamais oublié de laisser une échappatoire à Harry dans le cas où il tomberait amoureux.

Pour les détails, ce n'était pas encore ça …

-Le contrat dit qu'ils doivent se marier, s'irrita Molly en commençant à monter dans les aigus.

Harry décida qu'il était temps d'arrêter cette mascarade.

-QU'EST-CE QUE TU FICHES ICI ? rugit une voix. FAUX FRERE, ESPECE DE …

Le brun ne s'embarrassa pas de scrupules et lança sans baguette un sort de Silence et un autre de Pétrification. Il se leva souplement et se mit devant le rouquin.

-Tu devrais savoir que j'ai horreur qu'on me crie dessus, déclara froidement Harry. Concernant Poudlard, je te rappelle que tu ne nous as pas demandé une seule fois si nous allions y revenir. Pourtant, Hermione et moi t'avons laissé assez d'indices pour que tu le comprennes ou au moins, que tu aies des doutes. Mais non, tu étais persuadé que nous allions y aller et tu étais bien l'un des seuls ! Avant que tu ne me le demandes, si je ne réponds pas à tes lettres, c'est parce que les Elfes de maison ont pour ordre de détruire toutes les Beuglantes qui me sont adressées. Donc tu sais ce qui te reste à faire maintenant …

Harry se tourna vers la matrone en sortant le fameux dossier de sa poche. Elle le reconnut aussitôt et commença à blêmir. Elle devint totalement blafarde quand le brun le déchira sous ses yeux.

-C'est un contrat magique … balbutia Molly.

-Il n'a de magique que le nom que vous lui donnez, siffla Harry. Je dois avouer que votre histoire était crédible, mais il y a certains points que vous ne connaissez pas. D'abord, le professeur Dumbledore ne s'est jamais rien permis de faire quoi que ce soit en mon nom, même me retirer de l'argent. Alors un contrat de mariage ? Aucune chance. Ensuite, le contrat semble dater de l'année de mes quinze ans, âge auquel je devais être encore sous la tutelle du professeur. Or, il le savait, tout document fait en mon nom devait avoir sa signature et la mienne tant que j'étais mineur, selon les règles de la famille Potter. En feuilletant ce document, je me suis aperçu que celle du professeur Dumbledore était curieusement absente. Enfin, les Gobelins sont particulièrement attentifs sur les contrats que signent des héritiers Sang Pur qui viennent d'obtenir leur majorité, surtout avec qui ne sont pas du tout à leur avantage. Ils ont voulu en discuter avec moi et quand ils ont compris que je n'étais même pas au courant, un simple rituel validé par le Ministère a achevé de les convaincre qu'il s'agissait d'un faux.

-TU DEVAIS TE MARIER AVEC ELLE ! hurla Molly

En réponse, la magie d'Harry explosa en vagues menaçantes, oppressant tout le monde.

-J'entends aujourd'hui faire mes choix seul, pas qu'on me les impose, gronda Harry. Si Ginny et moi devions nous marier, ce sera notre choix et non votre volonté. Chacun d'entre nous avons un libre-arbitre que nous entendons bien utiliser à notre guise. Vous aviez d'autres projets pour nous ? Oubliez-les. Je ne suis pas votre faire-valoir et je ne le serais jamais. Je vous ai toujours considéré comme un membre de ma famille mais désormais, vous pouvez oublier ce titre.

Harry tourna les talons et sut que c'était la dernière fois qu'il mettrait les pieds ici.

Fin Flash-Back

-J'ai déjà discuté avec Ginny cet été et nous sommes d'accord que nous deux, ça ne se fera pas, déclara Harry en sortant de ses pensées.

-Et pour le reste ? railla Severus

-Qu'elles aient les couilles de venir, provoqua Harry. Je les recevrais.

Severus ne voulut pas s'avouer qu'il n'avait plus un naïf Gryffondor sous les yeux mais bien un Sorcier qui boufferait bien du lion.

-Sinon, j'aurais un service à vous demander, fit Harry.

-Vous ne pouvez vraiment plus vous passer de moi, ricana Severus.

-Parlez-moi de Voldemort, dit Harry.

Severus se figea.

-Pourquoi ? gronda Severus

-Est-ce que vous trouvez cela normal qu'on m'ait obligé à l'affronter sans me dire pourquoi ? déclara pensivement Harry en regardant dehors. Oui, il a fait des centaines de morts mais pourquoi je ne sais pas pourquoi il le faisait ? Qu'est-ce qu'il disait pour avoir autant de supporters ? Qu'est-ce qu'il vous a dit pour vous convaincre de vous rejoindre ? Parce que même si vous étiez fou de colère et haineux contre le monde entier, vous ne vous seriez pas engagé dans quelque chose d'aussi grand sans qu'il y ait de solides arguments derrière. Vous êtes trop intelligent et bien trop méfiant pour ça.

-Pourquoi maintenant ? demanda finalement Severus

-Parce que j'ai des projets, avoua Harry. Je ne veux pas que, parce qu'ils sont trop ambitieux pour les Sorciers anglais, on m'accuse de reprendre le flambeau de Voldemort. Je veux savoir s'il avait raison de faire trembler le pays sur ses fondations.

-Je veux en faire partie, ordonna Severus.

Harry se tourna vers lui, interrogatif.

-Dumbledore était dans la même position que vous quand il a vaincu Grindelwald, s'expliqua Severus. Il avait la possibilité de réformer le monde Sorcier, porté par la reconnaissance que lui vouait le peuple. Il avait des idées mais très vite, il s'est pris pour Dieu. A mes yeux, parce qu'il a fait ses plans seul. Et il a fait des erreurs qui ont plongé notre monde dans le chaos et qui nous a fait perdre des personnes qui nous étaient chères. Qui ont transformé votre vie en enfer.

-Vous voulez être mon garde-fou ? comprit Harry en souriant

-Oui, avoua sans honte Severus. Si le monde doit être changé, il faut que vous compreniez qu'il doit l'être par une équipe provenant de différents horizons, pas par un seul homme.

-J'aime votre vision des choses, sourit Harry.

Et ils scellèrent leur accord par une poignée de mains.

§§§§§

-Tu as compris ce que je voulais dire ? demanda Andromeda

-Il faut dire que tu as des méthodes percutantes pour le faire, marmonna Harry en se redressant sur ses jambes.

Comme Narcissa l'avait proposé, Harry avait demandé à Andromeda si elle pouvait lui donner des cours pour pouvoir obtenir ses ASPIC sans problèmes. L'aînée des Black avait commencé mi-novembre, car elle devait s'occuper d'un Teddy Lupin qui digérait mal la mort de ses parents. Ces leçons privées avaient eu pour conséquences de permettre à Harry de voir plus souvent son filleul, s'étant déjà résolu à ne le voir par intermittence pendant toute l'année. Tous les trois avaient fini par faire le deuil de leurs morts et se voyaient avec plaisir.

A la plus grande surprise d'Harry, Andromeda avait adopté la même politique que Lucius. Elle vérifiait rapidement que les sorts appris à Poudlard étaient maîtrisés avant de passer l'essentiel de son temps sur ceux mis de côté. Pour sa plus grande hilarité, elle avait commencé par les sorts purement ménagers, notamment ceux de nettoyage, parce qu'elle ne perdait pas une seule occasion de lui fourrer Teddy dans les pattes.

Harry avait également été choqué d'apprendre que les sœurs Black étaient toutes les trois des duellistes accomplies. Un jour, alors que Lucius avait montré son scepticisme concernant les aptitudes en Duel aussi bien d'Andromeda que de Narcissa, ces dernières avaient voulu lui faire une démonstration. Pour l'occasion, Draco avait accepté de faire équipe avec Harry, tous les deux étant reconnus comme de bons duellistes.

Ils s'étaient fait battre à plates coutures.

Même si les deux sœurs ne s'étaient plus entraînées ensemble depuis leur enfance, il était clair qu'elles savaient se battre avec un coéquipier, qui plus est un membre de leur famille. Quand Andromeda avait appris la mésentente entre les deux plus jeunes, elle les avait pris entre quatre yeux et leur avait rappelé que le même sang Black coulait dans leurs veines même s'ils n'en portaient pas le nom et que puisqu'ils étaient les nouveaux chefs de leurs familles respectives, ils seraient amenés à travailler ensemble, que ce soit pour les affaires ou au Magenmagot, et qu'il était impensable qu'ils perdent tout ce qu'ils avaient sur des histoires enfantines. Donc, sans qu'ils aient eu leur mot à dire, Harry et Draco avaient deux heures de Duel par semaine et outre le fait qu'ils en profitaient pour se défouler, ils apprenaient également à se connaître sans le carcan des maisons de Poudlard et de leurs préjugés tenaces.

Ce jour-là, Andromeda avait décidé de tester Harry dans ses aptitudes en magie sans baguette. Quand la Sorcière avait vu ce qu'il pouvait faire, le brun avait été surpris qu'elle ne réagisse pas plus que cela. Elle lui avait alors répondu que contrairement aux croyances du Ministère, il s'agissait d'une aptitude souvent présente parmi les Sang Pur et que ce n'était pas qu'une question de puissance mais aussi de façon d'appréhender la magie. Les Sang Pur enseignaient dès le plus jeune âge à ses descendants que la Magie était Une et que tout était possible avec elle. L'école fermait volontairement cette porte pour que les enfants ne se mettent pas en danger. C'était pour cela qu'il y avait très peu de Nés Moldus capables d'user de magie sans baguette parce que depuis qu'ils étaient entrés dans le monde Sorcier, on leur avait toujours seriné qu'il y avait des choses impossibles à faire avec la magie. Quand Harry avait révélé ce point à Hermione, cette dernière avait grommelé que les mensonges éducatifs étaient levés dès que possibles dans le monde Moldu mais que le monde Sorcier se complaisait à cumuler erreurs sur erreurs avec les jeunes Sorciers. Andromeda avait toutefois mis un bémol sur la capacité de magie sans baguette, comme sur toutes les capacités dites hors normes pour le Ministère. Pour les Sang Pur, ça avait beau être courant et connu, ce n'était pas pour autant qu'on les voyait souvent. Pour la magie sans baguette, par exemple, Harry était le seul à développer le don complètement, Severus Snape n'en ayant eu qu'une maîtrise limitée. La Métamorphomagie, que possédaient Nymphadora Tonks et maintenant son fils Teddy Lupin, n'avait plus été vue depuis près de cent ans et le Fourchelangue, depuis cent cinquante, le tout en Grande Bretagne. Ces dons étaient bien plus répandus dans le reste du monde.

Donc pas la peine qu'il prenne la grosse tête.

Andromeda vérifia la puissance mise dans les sorts, sa précision et sa rapidité avant de faire une pause. Quand le jeune homme métamorphosa deux serviettes en magnifiques fauteuils sans baguette, elle plissa des yeux.

-Où se trouve ta baguette ? interrogea Andromeda

-J'ai de plus en plus de mal à l'utiliser, avoua Harry. Ce matin, elle a failli me brûler les doigts.

-Cela arrive qu'une baguette ne soit plus en phase avec son propriétaire, expliqua Andromeda. Les baguettes produites en masse par Ollivander sont bien pour apprendre la magie mais dans les cas où les Sorciers ont gagné un apport de magie lors de leur dix-septième anniversaire, la baguette ne convient plus forcément et il est plus sûr d'en changer. Si on prend en compte le fait que peu de temps avant ton anniversaire tu as affronté Voldemort, je pense que c'était couru d'avance.

-Je ne suis pas sûr de vouloir aller chez Ollivander, avoua Harry.

-Pourquoi ? s'étonna Andromeda

-Si on oublie que dès que je ferais un pas dehors, je me ferais sauter dessus, railla Harry, c'est cette histoire de Trace qui me chiffonne.

-En quoi ? demanda Andromeda

-Quand je suis entré dans le monde Sorcier, Hagrid m'a directement conduit chez Ollivander en déclarant que c'était le seul fabriquant de baguettes du pays, songea Harry. Comme il est situé sur le Chemin de Traverse, c'est un passage incontournable. Mais il ne vend pas que des baguettes à des enfants de onze ans, j'imagine, et il ne me semble pas l'avoir vu faire de manipulations particulières avant qu'il ne me donne ma baguette. Qu'est-ce qui me dit qu'il ne va pas me vendre une baguette qui a encore la Trace ? Comment sait-on si elle ne l'a plus, surtout que c'est un moyen du Ministère de contrôler les Sorciers mineurs ? Et surtout, qui me dit que la Trace ne peut être utilisée pour me pister ? Si je ne réponds pas à leurs lettres, c'est pour une raison et je n'ai pas envie de me faire traquer.

-Ce n'est pas faux, sourit Andromeda. Mais prenons une question à la fois. J'ai un livre dans ma bibliothèque qui concerne la Trace. Il serait instructif que tu le lises pour calmer tes angoisses naissantes. Ensuite, les secrets d'Ollivander sont les siens et lui seul pourra t'affirmer ou non si la Trace est sur la baguette qu'il te vend. Malheureusement, le sort qui permet de vérifier est classé « magie noire » donc à moins de te trouver dans une demeure ancestrale dont le sort de protection de secret est activé, tu ne peux le lancer n'importe où. Pour la Trace en elle-même … malheureusement, tu as raison, elle peut très bien permettre de localiser un Sorcier. C'est une technique détenue par les Langues de Plomb et à mon souvenir, elle n'est pas utilisée. Mais qui sait ce qui se passerait si elle tombait entre de mauvaises mains …

-Ollivander est-il vraiment le seul fabricant de baguettes du pays ? demanda Harry

-Non, révéla Andromeda. C'est l'un des plus anciens et le seul qui accepte de travailler avec le Ministère. Les autres sont plus discrets parce qu'ils travaillent avec des ingrédients et des éléments jugés inacceptables par le Ministère. D'ailleurs, il cherche toujours un moyen pour les rendre hors la loi.

-Vous pensez pouvoir me mettre en contact avec l'un d'entre eux ? demanda Harry

-Bien sûr, répondit Andromeda. Pendant que j'y pense, un avantage que tu auras, c'est que personne ne saura où tu auras acheté ta baguette. Les fabricants gardent leurs secrets et leur métier même est un secret.

-Parfait, sourit Harry. Une chose de moins sur laquelle je pourrais me faire harceler.