La Constitution Sorcière d'Angleterre

-Merci d'être venus, sourit Hermione.

La jeune femme en avait marre de tourner en rond. Parmi les nombreux livres qu'Harry lui avait apportés –qui étaient soigneusement rangés dans une bibliothèque magique extensible cachée par magie aux soigneurs – elle s'était beaucoup intéressée à ceux sur le droit Sorcier. Plusieurs choses lui semblaient assez aberrantes mais comme les connaissances d'Harry avaient des limites, elle avait préféré s'adresser à quelqu'un d'autre.

En l'occurrence, Neville.

Ce dernier, avouant son ignorance comme son intérêt, avait proposé de contacter d'autres personnes qui pourraient les renseigner.

Ce qui expliquait la présence de Théo Nott et de Blaise Zabini.

Les deux anciens Serpentards, d'après ce que Neville avait révélé à Hermione, étaient connus pour rédiger les contrats en vogue dans leur maison. D'ailleurs, les études d'avocat de Blaise pouvaient singulièrement les aider.

Hermione avait eu une permission pour sortir et avait invité les trois jeunes hommes dans un salon de thé non loin du quartier magique. Heureusement pour elle, Harry avait des voitures et des chauffeurs qui l'avaient aimablement conduite au point de rendez-vous. Le fauteuil n'avait pas posé de problème car comme c'était un établissement Moldu, il pouvait s'adapter au handicap de ses clients.

-C'est … différent, fit Théo en observant les alentours.

Sang Pur, il n'avait jamais mis les pieds dans le monde Moldu et il était clair qu'à ses yeux, il manquait quelque chose.

-Dès que je serais sur pied, je te ferai visiter, affirma Hermione.

-Je pensais que les Médicomages affirmaient que ton état était définitif, s'étonna Blaise.

Hermione serra fortement le poing. A peine avait-elle quitté l'infirmerie qu'elle avait découvert que les Médicomages qui l'avaient examiné avaient donné une interview pour révéler son état. Autant pour le secret médical …

-Le monde Sorcier a montré ses limites, pas le monde Moldu, ricana Hermione. J'imagine qu'ils attendent avec impatience que mon nom apparaisse dans la rubrique nécrologique ?

-Ils ont osé te dire qu'il valait mieux pour toi de mourir ? fronça des sourcils Théo

-Non, ils l'ont dit derrière la porte qui n'était pas fermée, déclara Hermione, écœurée. Pour eux, il est plus facile de vénérer une martyre que de regarder une héroïne handicapée.

-Encore et toujours les apparences, siffla Neville.

-Mais nous ne sommes pas là pour cela, fit Hermione en chassant l'angoisse sourde qui s'emparait d'elle quand on parlait de son état de santé. Pour ne pas m'ennuyer, je me suis plongée dans les lois Sorcières. C'est moi ou c'est un vrai bordel ?

-C'est un vrai bordel, confirma Blaise. Rien n'est classé, tout est fait selon la situation du moment. Honnêtement, j'ai parlé avec des Sorciers qui voulaient être avocat comme moi et ils m'ont dit qu'il n'y avait que les Gobelins qui pouvaient s'y retrouver.

-Je suis tombée sur des lois qui datent de plusieurs siècles et je ne comprends pas comment ça se fait qu'elles n'aient pas été abrogées plus tôt, s'exclama Hermione.

-Parce que quand on veut le faire, il y a toujours une application de cette loi, haussa des épaules Théo. Si elle est appliquée au même moment, on ne peut y toucher. Et quand tu regardes bien, c'est pour plusieurs années et on oublie.

-Je suis curieuse de savoir comment font les autres pays, fit Hermione.

-Si tu as du temps à perdre, je peux te le fournir, proposa Blaise.

-Merci, sourit Hermione. J'avais une autre question. J'ai cru comprendre qu'il y avait des lois pour le Sorcier commun et d'autres pour les Sang Pur ?

-C'est exact, confirma Neville. Notamment les règles d'héritage. Cela fait partie des privilèges qu'il serait fou de toucher.

-Tu m'aurais dit ça quand j'ai fondé la SALE, j'aurais hurlé au meurtre, sourit Hermione. Mais entretemps, j'ai compris que les Sang Pur avaient un rôle dans le monde Sorcier qu'il me fallait découvrir avant de me battre contre eux.

-Merci Merlin, tu as enfin compris ce qu'on se tue à dire, soupira Théo.

-Vous pensez que ce serait mal pris si je faisais un code des lois Sorcières et Sang Pur ? hésita Hermione

-Tu as quoi exactement en tête ? demanda Blaise

-Je voudrais qu'on abroge toutes les lois injustes ou complètement farfelues, même à vos yeux, soupira Hermione. Mais je ne connais pas la procédure …

-Ce ne serait pas une mauvaise idée, réfléchit Théo. La moitié du Magenmagot a dû être renouvelé à cause de la guerre. Nous sommes donc moins de personnes à être attachées au passé, surtout quand on regarde à quoi ça nous a menés. Tu te doutes que ça ne se fera pas en un claquement de doigts ?

-Je sais, assura Hermione. Mais il est temps que ce pays arrête d'être figé dans le passé, vous ne croyez pas ?

-Si, sourit Neville. On te laisse faire alors.

-Merci, sourit Hermione.

§§§§§

Avec les nouveaux documents que les trois Sorciers avaient apportés, Hermione ne chômait plus. Avec son efficacité coutumière, elle classa rapidement les lois en plusieurs catégories, prenant soin de laisser celles avec une application strictement Sang Pur de côté. Comme l'avait dit Théo, elle avait fini par comprendre que les Sang Pur étaient une classe à part et que si c'était le cas, c'était pour une raison valable. Avant de faire des bêtises, elle préférait se renseigner au préalable.

Très vite, les lois discriminatoires à l'encontre des créatures magies formèrent une pile assez conséquente. Comment, avec tout ce que les Sorciers avait fait contre eux ces cent dernières années, ils n'avaient pas pris les armes contre eux pour défendre leur droit à la vie qui leur était retiré parce qu'ils étaient différents, voire leur adhésion pure et simple aux actes barbares de Voldemort ? En voyant cela, la jeune femme avait honte d'être Sorcière.

Pire encore, quand Blaise avait fini par lui apporter les codes de lois de la France, de l'Espagne ou de la Russie, l'Angleterre apparaissait comme étant la plus arriérée de tous ! Comment expliquer que la Russie, considérée comme étant la nation Sorcière la plus traditionnaliste d'après Théo, accepte toutes les créatures magiques dans ses écoles ou que les Nés Moldus soient pris en charge dès leurs premiers éclats de magie voire qu'ils disposent d'un orphelinat qui leur était spécialement dédié alors que c'était loin d'être le cas en Angleterre ? Que les familles de Nés Moldus soient immédiatement soumises à un serment inviolable de ne pas dévoiler quoi que ce soit sur les pouvoirs de leur enfant et le monde auquel il appartenait réellement ? Hermione se souvenait parfaitement de son cas. Minerva McGonagall s'était présentée à son domicile après la réception d'une lettre assez ambigüe, leur avait montré que la magie existait, leur avait indiqués comment accéder au Chemin de Traverse puis au quai 9 ¾.

Et c'était tout.

Pas de mise en garde par rapport au secret qui devait être gardé ou autre précaution du même acabit. Certes, le bon sens avait voulu que ses parents se taisent sur les pouvoirs de leur fille sous peine d'être considérés comme fous mais quand des parents sont moins scrupuleux ? La Loi du Secret est violée et les Oubliators interviennent.

Toujours après que le délit soit commis.

Qu'est-ce qui empêchait l'Angleterre de mettre en place des mesures de prévention comme en France ? C'était inscrit dans la loi que les proches des Nés Moldus devaient être mis sous serment !

-Tu m'as l'air particulière remontée, constata Harry en arrivant.

-Comment peut-on vivre dans un monde aussi … rétrograde ? cracha Hermione en désignant ses notes. Je savais que le monde Sorcier était loin d'être avancé mais par rapport aux autres pays, c'est une honte !

-A ce point ? s'étonna Harry

-Tu savais que si on avait dû suivre les lois, Teddy aurait dû être tué ! siffla Hermione. Tout cela parce que les loups garous n'ont pas le droit de procréer en Angleterre !

Harry se redressa. Quand le sujet touchait la famille proche, il ne répondait plus de rien.

-Tu sais que Remus n'aura pas droit à l'Ordre de Merlin parce qu'il est un loup garou ? grinça Hermione. Alors que quand ça a été créé, toute créature douée de magie, y compris les Sorciers, pouvaient y prétendre ? C'est encore plus hypocrite que ceux qui vont y avoir droit sans même avoir mis le petit doigt sur le champ de bataille !

-Hermione … fit Harry pour tenter de calmer la jeune femme. Que peut-on faire contre ça ?

-Nott, Zabini et Neville sont d'accord pour remettre un peu d'ordre dans les lois, soupira Hermione. Ils pensent que puisque la majorité du Magenmagot a été renouvelée, il y a plus de chance pour qu'on puisse faire disparaître certaines lois.

-Tu penses que c'est possible ? demanda Harry

-C'est de la politique, déclara Hermione. Et là, ce n'est plus mon domaine. Je suis trop directe pour qu'on me prenne au sérieux.

-Tu peux me donner une copie de ce que tu es en train de faire ? demanda Harry, ayant une idée

-Fais comme chez toi, invita Hermione.

Harry fit alors apparaître une pile imposante à ses côtés qu'il rapetissa et qu'il mit dans sa poche.

-Parlons d'autre chose, veux-tu ? pria Harry en prenant place à ses côtés et en l'embrassant sur sa tempe comme à son habitude

Vaincue, Hermione partit sur un autre sujet.

§§§§§

Severus jetait un œil imperturbable sur les documents qu'Harry avait apporté quelques heures plus tôt. Penché sur la table basse avec sa propre pile, Draco les examinait lui aussi.

-Pour quelque chose qui a été fait en quelques semaines à peine, c'est du bon boulot, décréta Draco.

-Est-ce que tu te rappelles que tu complimentes Granger ? railla Severus en reposant sa feuille

-La personne m'horripile mais je ne peux que m'incliner devant son travail, renifla Draco. Qu'en penses-tu ?

-L'organisation du Ministère a joué contre la Magie, répondit Severus. Comment on pouvait se douter qu'on avait une telle bombe sous nos pieds ?

-Peu importe, balaya Draco. Personnellement, je ne peux pas croire que père ait fait voter certaines lois qui le mettaient directement en position délicate.

-C'est-à-dire ? demanda Severus en haussant un sourcil

Pour toute réponse, le blond lui tendit une feuille qu'il parcourut rapidement. La loi en question permettait la confiscation des biens d'une créature magique si elle était jugée coupable de crimes contre des Sorciers. Certes, la formulation était autre mais quand on savait lire entre les lignes, on comprenait clairement que c'était les créatures magiques qui étaient visées. Or, quand on cherchait bien, les Sang Pur avaient du sang de créatures magiques actif dans les veines. Draco avait raison, Lucius n'aurait jamais dû être favorable à cette ineptie, surtout avec la Marque des Ténèbres qui était sur son bras et le sang Vélane qui coulait dans ses veines.

-Tu penses qu'elle a eu des applications ? demanda Severus

-Il me semble … fit Draco en fouillant les documents. Voilà ! Oui, elle en a eu quelques-unes … Aucun Sang Pur mais plusieurs Sang Mêlés. Je reconnais quelques noms non favorables au Ministère … Tiens donc, je pourrais presque dire que ce n'est pas une surprise …

-Quoi donc ? fit Severus

-La loi a été appliquée sur la demande d'une certaine Dolores Ombrage, ricana Draco.

Le blond se plongea dans les documents et vérifia rapidement une information avant de passer à un autre fichier et ainsi de suite.

-Je note que la majorité des lois discriminatoires contre les créatures magiques ont été initiées par Ombrage ces quinze dernières années, déclara Draco.

-Cela ne m'étonne pas, renifla Severus. Elle ne supportait pas Hagrid et Firenze et quand Voldemort a fait main basse sur le Ministère, c'était elle qui était en charge du fichage des créatures magiques. Draco ?

Le blond semblait préoccupé. Quelque chose dans ces lois n'était vraiment pas claire.

-J'ai l'impression que la formulation veut également toucher les Sang Pur, marmonna Draco.

-Connaissant le personnage, cela ne serait pas si fou, fit Severus. Mets-les de côté et tu y réfléchiras à tête reposée. Que penses-tu du projet de Granger ?

-Maintenant qu'on a ça entre les mains, déclara Draco en montrant les dossiers éparpillés, c'est loin d'être du temps perdu.

-Et visiblement, elle s'est concentrée que sur ce qui s'est fait les cinquante dernières années, releva Severus. Imagine si elle remonte plus loin. L'apocalypse se déclencherait.

-Je suis partant pour l'y aider, sourit Draco.

-Tu as des comptes à régler ? s'étonna faussement Severus. Il me semblait pourtant que le Ministère n'avait que très peu touché à ton héritage. Pour une fois, Lucius avait vraiment prévu le coup.

En effet, pour éviter que l'institution ne se remplisse les poches, le patriarche avait fait mettre toutes ses possessions au nom de Draco qui en avait l'usufruit et la gestion mais la possession que quand il deviendrait lord Malfoy. Toute ponction du Ministère devait être justifiée et les abus très chèrement payés, surtout avec une telle famille. Ainsi, le Ministère avait pu retenir une amende bien trop importante pour le crime pour lequel Lucius avait été condamné que Draco s'était empressé de convertir en don pour la fondation d'un orphelinat Sorcier, ce qui avait fait hurler toutes les personnes qui avaient voulu faire leur fortune sur le dos des Malfoy, et Ombrage en tête.

-Le Ministère est facilement corruptible, rappela Draco. Personnellement, ce n'est pas un souci mais je me dis que si un jour, je veux avoir un jugement juste, alors il faudrait régler le problème dès maintenant.

-Cela voudrait dire de changer tout le Ministère depuis ses fondations, nota Severus. Tu es sûr de vouloir le faire ?

-Si on regarde bien, ce n'est pas ce que voulait faire Voldemort ? ricana Draco. Autant se servir de ce qu'il a fait.

Severus ne put que concéder ce point.

§§§§§

Susan,
Je sais que nous n'avons pas eu l'occasion de nous parler en dehors du contexte scolaire mais j'aurais besoin de ton aide.
Enfin, pas moi, plutôt Hermione. Mais elle ne sait pas que j'ai fait appel à toi.
Pour ne pas s'ennuyer, elle s'est mise à étudier toutes les lois du monde Sorcier et au fur et à mesure de ses questions, elle a réuni autour d'elle une équipe …

Amélia Bones, directrice de la Justice Magique, était surpris par la lettre que lui tendait sa nièce. Cette dernière avait combattu à Poudlard pour la Bataille Finale et elle s'en était sortie avec plusieurs malédictions qu'heureusement, les Médicomages avaient réussi à enlever. Elle avait demandé à refaire sa dernière année et alors qu'elle était revenue chez elle depuis quelques jours à peine, Susan lui montrait ce qu'elle avait reçu deux jours avant son retour.

Intriguée, Amelia relut attentivement la lettre signée Harry Potter avant de la poser.

-Qu'en penses-tu ? demanda Susan qui se triturait les mains

-Non, toi, qu'en penses-tu ? sourit Amelia. La lettre t'est adressée, je te rappelle.

-J'ai toujours rêvé de suivre tes pas, avoua Susan. Mais ce qu'on me propose, c'est … énorme.

-Mais néanmoins nécessaire, compléta Amelia. Il est vrai que le moment est idéal pour faire le ménage dans toutes ces lois obsolètes mais le travail est titanesque. Il n'a jamais été fait depuis la création du Ministère et si quelqu'un tentait l'aventure, il était impitoyablement écrasé.

L'un de ses assistants avait voulu tenter le coup, alors que le pays était en période de paix. La veille du jour où il devait déposer son dossier de réforme législative, il avait été retrouvé tabassé à mort dans une ruelle. L'enquête en avait conclue à une agression Moldue mais Amelia s'était toujours dit que les Aurors avaient été invités à choisir la solution de facilité. Surtout quand on savait que la victime n'irait jamais dans le monde Moldu, pour tout l'or du monde. Depuis ce jour, elle constituait un dossier sur chaque Sorcière et chaque Sorcier qui travaillait sous ses ordres et notait chaque pas qu'il ou elle faisait dans l'institution. Un jour, elle s'était promis de faire payer toutes les personnes qui préféraient le son des espèces sonnantes et trébuchantes plutôt que de rendre justice. Mais elle était trop en vue pour cela …

-Penses-tu qu'on nous prendra au sérieux ? s'inquiéta Susan

-Le fait qu'Harry Potter soutienne le projet devrait assurer qu'on l'écoute, réfléchit Amelia. Mais que le fils Nott et le fils Zabini en soient ne le fera pas gagner des supporters. Malheureusement pour le Sorcier lambda, seuls les Sang Pur versés dans les affaires s'y connaissent correctement en législation.

Mais Susan réfléchissait à son tour.

-Et si je demandais à Padma … fit Susan.

-Qui est-ce ? demanda Amelia

-Padma Patil, l'une de mes camarades de classe, à Serdaigle, répondit Susan. J'ai déjà eu l'occasion de discuter avec elle et elle m'a dit qu'elle voulait créer une entreprise pour permettre aux Sorciers étrangers de pouvoir s'installer le plus sereinement possible en Angleterre. Elle dit que ça existe dans le monde Moldu à travers les ambassades et les associations mais quand son père a commencé à en parler autour de lui, on lui a ri au nez.

-Les étrangers sont très mal vus en Angleterre, rappela Amelia. Ce pays n'est pas ce qu'on pourrait appeler une terre d'accueil. Certaines lois n'aident pas non plus. Pourquoi veux-tu la contacter ?

-Pour que toutes les maisons de Poudlard soient représentées dans ce groupe, répondit Susan. A part cette année, on a toujours fait en sorte que les maisons se dressent les unes contre les autres, surtout les Gryffondor contre les Serpentards.

Amelia pinça les lèvres. Malheureusement, cette scission datait de l'époque où un certain professeur commençait à avoir de plus en plus d'importance, elle avait pu le voir en direct.

-Tous ensemble, on pourrait casser cette barrière qu'on nous a imposée pour que l'Angleterre retrouve sa place parmi les plus grands, sourit Susan. Nous devons commencer quelque part et la justice serait un bon début.

Amelia sourit. Oui, la justice serait un bon début, surtout pour éviter que ce qui s'était passé avec Sirius Black ne recommence. Enfermer un Sorcier sur la base des rumeurs et sans procès mais surtout, un Sang Pur, n'augurait rien de bon pour les leurs. Elle était consciente que le temps où ils régnaient sans partage sur la société Sorcière était révolu mais il serait bien qu'ils s'adaptent à la société actuelle. Nott et Susan seraient la touche Sang Pur, Patil et Zabini apporteraient leur point de vue de Sang Pur non anglais et Granger, celui Moldu. Oui, c'était équilibré.

-Tu penses pouvoir répondre favorablement à cette demande sans que ça empiète sur tes études ? demanda Amelia

-Oui, assura Susan.

-Eh bien, tu n'as pas besoin de ma permission pour faire ce que tu veux, rit Amelia. Même si je suis ta tante, tu es majeure donc libre de tes choix. Mais si tu veux quand même mon avis, sache que je serais fière de toi quoi que tu fasses.

-Merci, souffla Susan en la serrant dans ses bras.

-Allez, file ! fit Amelia. Tu as une réponse à écrire !

§§§§§

Les yeux de Severus étaient secs mais s'il s'était laissé aller, il y aurait longtemps que ses larmes auraient coulées.

Alors que son intégration dans la famille Prince et son changement d'identité se finalisaient, Ragnok lui avait remis une lettre. Il avait eu l'ordre de le faire uniquement quand il serait plus en paix avec lui-même et quand il aurait fait des choix pour lui et non pour la sauvegarde des autres. Sur ses mots énigmatiques, le Gobelin l'avait laissé repartir chez lui avec le pli que le Sorcier avait ouvert une fois bien installé.

Mon cher Severus,
Je me doute que tu es surpris de m'imaginer prendre une plume et t'écrire cette lettre.
Mais alors que la Mort s'avance pour m'inviter à ma prochaine grande aventure, il me semble important de régler certaines affaires en suspens.
Je sais qu'une part de toi m'en a toujours voulu de ne pas avoir su protéger Lily après que tu sois venu me supplier de le faire. Certes, je n'aurais jamais dû céder pour introduire Pettigrow en tant que Gardien du Secret à la place de Sirius Black mais jamais je ne me serais douté qu'il avait pris la Marque et qu'il aurait livré sans état d'âme la famille de celui qui l'avait toujours protégé pendant sa scolarité …
Je te dois également des excuses pour ce qui s'est passé pendant ta cinquième année. Avec du recul, je m'aperçois que je n'ai fait que cumuler les erreurs avec cette histoire. A ma décharge, je refusais que le jeune Lupin ne soit exécuté pour ce que je pensais être une blague qui avait mal tourné. Je n'ai pas pensé que les jeunes Black et Potter avaient besoin de comprendre qu'ils avaient failli tuer l'un de leurs camarades sur la foi de leurs préjugés et de leur haine irraisonnée.
Je n'ai jamais imaginé que tu aurais pu être traumatisé par le fait que tu as vu la mort en face à quinze ans à peine.
Je me rends compte que les Maraudeurs auraient dû être recadrés dès le début et non les laisser martyriser les Serpentards de plus en plus dangereusement, toi encore plus. Je ne peux que regretter que mes propres préjugés m'aient aveuglé sur la portée de leurs actes.
En regardant en arrière, en regardant la vie que j'ai menée, je me suis aperçu des nombreuses erreurs dont je me suis rendu coupable, surtout quand tu en as été la victime.
La première d'entre elles est certainement la plus cruelle. Quand tu es arrivé à Poudlard, j'ai vu les traces d'abus, les vêtements rapiécés, la négligence.
Mais je n'ai rien fait.
Depuis le temps, tu as dû apprendre que j'avais assez de possibilités pour protéger les enfants vivants dans les foyers défavorables. J'estime avoir trahi la confiance que tu pouvais avoir en le monde Sorcier en n'en enclenchant aucune pour toi.
Pour toi comme pour moi, je ne listerais pas ici tous les manquements à ton égard mais sache que je suis désolé de t'avoir fait autant défaut.
Tes choix ont pesé lourd dans la balance pour que tu deviennes ce que tu es mais j'assume totalement que les miens te concernant ont pesé tout autant.
Ces derniers temps, j'ai longuement réfléchi à ce que je pourrais faire pour me faire pardonner mais rien n'était assez pour réparer le préjudice que tu as subi.
Comme tu as sacrifié ta vie pour cette guerre, j'ai décidé de te léguer la mienne.
Désormais, tu es mon héritier.
Normalement, ça aurait dû être l'un des descendants de mon frère Abelforth mais après en avoir discuté avec lui, il ne veut pas que ses enfants portent le poids de mon héritage. Il a réussi à s'affranchir de ma célébrité, ce n'est pas pour que sa descendance en reprenne le flambeau.
Ne t'inquiète pas, tu n'auras pas à porter mon nom. Simplement, tout ce qui m'appartient deviendra désormais tien. Toutes mes recherches, même les plus obscures, mes livres, mes expériences, tout cela te revient, mon enfant.
A cause du chemin que ma vie a pris, je n'ai jamais pu avoir de famille et très vite, Poudlard en a fait un substitut. Jusqu'à ce que je te rencontre.
J'avoue sans honte que je t'ai fait du mal mais sache que ce n'était pas intentionnel. Malgré tout ce que j'ai fait, je t'ai toujours considéré comme un fils rebelle sur lequel je veillais avec bienveillance et amour.
P
ardonne à un vieil homme ses erreurs et son incapacité à exprimer ses sentiments.
Laisse-moi, pour une fois, écrire ces mots qui m'ont tellement brûlé les lèvres à force de les réprimer.
Severus, mon fils.
Avec tout mon amour,
Albus

-Je vous pardonne, vieux fou, rit Severus à travers ses larmes.