Généralement quand Perry prend sa douche, il ferme la porte, mais là c'est entrouvert. Je passe un bout de truffe mais y a rien d'intéressant à voir, le rideau de douche est fermé, et tout c'que j'entends c'est l'eau qui coule. Perrryyyyy-hyyy….je m'ennuuuuiiiiiiie. J'aboie un petit coup, pour voir.
― Y a un problème… ?
Il passe la bouille hors de la douche, et je lui fais un grand sourire. D'un point de vue extérieur, je dois avoir la langue pendante, la gueule ouverte, et la queue qui remue, bref, l'expression même du chien content, et Perry sourit un peu même s'il lève, encore, les yeux au ciel.
― J'arrive, j'arrive…
Il me fait un signe de la main genre attend moi plus loin, et je repars au salon mais en emportant son calbar dans ma gueule. Ça lui fera les pieds, éhé. Je me tiens assis tout droit, fier de mon coup, et j'attends que mon coloc rapplique, ce qui ne tarde pas. Il est complètement à poil. Nan, j'déconne, l'a une serviette autour de la taille, mais quand même, la vue est sympa. Il est un peu enrobé, ouais, mais y a quand même pas mal de muscles livrés avec, et puis ça va avec sa carrure.
― Rends-moi ça.
Viens le chercher ! Je recule un peu.
― Harry, bordel, donne-moi ça. Tu baves, mon vieux.
Ouais, dans tout les sens du terme. Il essaye de récupérer son précieux sous-vêtement, mais je ne lâche pas le morceau, et il perd la bataille en même temps que sa serviette. Hum, il n'a vraiment pas à être embarrassé de se promener à poil, il a tout ce qu'il faut là ou il faut, et plus encore. Mais il n'a pas l'air de cet avis et se recouvre rapidement, avant de récupérer définitivement mon précieux butin.
Adieu l'calbar, je t'aimais bien… Il va le fourrer dans la malle à linge, et j'ai le temps de lui reluquer un peu le cul quand il se retourne et juste…Bon ok, y a plus à sourciller là, j'suis bi. Ou hétéro Perryophile. Zut, il m'a capté.
― J'rêve ou bien c'est un regard intéressé, ça ?
Je fais l'innocent avant de me rendre compte que j'ai une putain de réaction inattendue et gênante. Merde, merde, merde, Harry pense à autre chose…Madame Brown en string, n'importe quoi d'autre que le petit cul super bandant de Perry…Ok ça marche pas. Ça empire même, y a un genre de connexion entre moi et Wolffy, et j'ai des images de sa petite vie de cabot vachement perturbantes. Je ne veux rien savoir de ta vie amoureuse mon pote, argh…
Je pense cul, il pense cul. Ahhh, putain, c'est dégueulasse, pas de vue rapprochée de sa dernière conquête canine…Garde tes pensées pour toi, Wolffy. Je suppose qu'il a les miennes aussi, tiens…Je me demande si y trouve ça dégueulasse lui ? Je crois qu'il s'en fou. Je me barre derrière un fauteuil, avant que Perry remarque mon petit problème. Sauf qu'évidement, il se demande ce qui se passe, mon très cher coloc attentionné…Il me poursuit, avec sa mine inquiète.
― Qu'est-ce t'as ? Harry… ? Oh…
Oui, oh. Et c'est ta faute, foutu beau gosse. Bon ok, un peu de la mienne aussi…
― Ok, je veux rien savoir de ça, tu…fais ton ptit truc tout seul, t'évites de t'exciter sur mes pieds de chaise et on oublie ça au plus vite.
L'a facile à dire lui. Comment tu veux que j'fasse mon affaire tout seul…Bon, j'serais assez souple pour me retourner et…Yeurk, non, c'est crade. Je veux même pas y penser alors j'attends que ça passe. Quelle vie de chien, j'te jure…
Une fois que mon petit problème à disparu, je vais rejoindre Perry. Il se retient de sourire, l'enfoiré, mais je lui pardonne parce qu'il s'est resapé et est à nouveau en train de faire des recherches sur ce qui m'arrive. J'aime son air concentré quand il bosse, j'lai déjà dis ?
- Ça va pas être simple…y a énormément de choses sur la réincarnation, mais pas grand-chose sur ce qui t'es arrivé…Et la plupart des témoignages sont sûrement de la pure invention…Difficile à dire.
Oh, je comprends, s'il n'avait pas la preuve sous les yeux que tout ça est réel, il n'y croirait pas une seconde. Je mets les pattes sur sa chaise et la truffe contre sa main libre, l'autre étant là-haut sur le bureau, inaccessible. Ma façon de l'encourager. Je ne peux pas faire grand-chose de plus. Perry me gratouille distraitement la tête, concentré sur ce qu'il lit, mais ne me fais pas signe de venir sur ses genoux, et hum, très sincèrement, je ne peux pas vraiment lui en vouloir.
Je me couche à ses pieds, prévoyant de pioncer un peu pour passer le temps.
- Attend…
Mmh ? Il se lève et…va me chercher une couverture ? Attentionné, vraiment…Le mec idéal. Dire que ça pourrait être le mien, sans toute cette affaire. Si je m'en sors, j'essayerai. Je peux pas dire que ça va marcher, j'ai jamais été avec un mec, et l'idée m'attirait pas spécialement (c'est rien d'le dire !) mais…Avec Perry c'est différent. Et j'peux certifier ne jamais avoir ressentit ce que je ressens pour lui pour un pote.
Pas que j'ai pas eu de potes attentionnés et cool. Moui, j'avoue, ils étaient pas légions. Et Chook Chutney est rayé de la liste. Mais même, sur les peu qui étaient super cool, j'ai jamais pensé à leur fourrer la langue dans la bouche. Jamais de jamais. C'est un signe, ça, non ?
Je finis par pioncer je sais pas trop combien de temps, quelques heures au moins, parce que dehors il fait nuit. Comment j'le sais ? Les grandes baies vitrées qui me l'ont dit. Perry a des poches sous ses valises, et je parie qu'il a pas quitté l'écran depuis tout à l'heure. J'lui gratouille la jambe de la patte histoire de lui faire prendre conscience qu'il serait temps de se pieuter pour lui aussi.
― Mmh ? T'as faim ?
Ah. En option, oui aussi. C'est de la cuisine éclair cette fois, omelette avec des restes de truc, des pâtes, des champignons, du salami, du fromage. J'ai droit à une sacrée part, sans doute que lui est trop claqué pour avoir la dalle. Faudra que j'lui dise de pas faire trop d'excès de zèle, la situation est plutôt urgente, mais ils vont pas non plus me couper le jus demain. Et ce serait pas nous rendre service de finir aux urgences par excès de boulot.
― J'prends congé.
Parfaitement, c'est ce que je disais…Ah bon ?!
― Faut que je m'occupe de toi, eh. Enfin de ton affaire…C'est le plus urgent. Le reste attendra.
J'lui fais la fête, du genre à sautiller tout autour et à me frotter dans ses jambes.
― Arrêtes ça, tu vas me filer le mal de mer Harry…
Il fuit mon trop plein d'énergie et repasse par la case salle de bain faire un brin de toilette, et il y est depuis quelques minutes quand il m'appelle. J'accoure ma poule !
Quand j'arrive, il a le grand sourire de celui qui a encore raison sur un truc pour la dixième fois et il brandit une espèce de truc blanc. Un os ? Wolffy commence à déteindre sur moi là…
― Tu changeras jamais, nh.
Oh, ma brosse à dents, éhé. Un petit oubli…Ma valise est là aussi, en fait. C'est un voisin qui l'a récupérée et qui est venue la rapporter à Perry, brave type. Elle est dans un coin de la salle de bain en attendant, et c'est pas demain la veille que je pourrais l'ouvrir je crois. Bon…ba il me reste qu'à aller dormir, encore. Je trottine dans le sens inverse, vers le canapé. J'ai pas sommeil…et puis je me sens un peu, je sais pas…triste.
― Où-tu vas comme ça, hot-dog ?
Je suis soulevé du sol par un Perry qui n'a pas l'air de trouver que je fais une bonne déco entre deux coussins sur son canapé. Bon, ok, ok, compris, je vais pas étaler tout mes poils et baver sur ton précieux, j'vais retourner sur la couverture de tout à l'heure, par terre…Dans tes bras ? Oh, dans tes bras c'est mieux ouais, mais pour aller où… ?
Oh là, dis donc, sur son plumard. Et il se déssape…
― Reluque le mur, chien pervers.
Il me pousse la trogne avec un petit sourire amusé. Bon, si ça peut lui faire plaisir…J'me retourne. Il me charrie, à tout les coups…Perry pudique…Nan, et puis quoi encore ?
― Là, c'est bon Harry.
Je note qu'il m'appelle souvent par mon prénom, même quand c'est pas forcément nécessaire. Pour me montrer qu'il me croit, et pour me remonter le moral sans doute…Et ça marche plutôt bien. Tu peux pas déprimer quand quelqu'un t'appelle de cette façon là. Je viens me coucher près de lui, le long du flanc et par dessus de la couette, mais il la soulève et me fait signe de venir plus haut. J'viens carrément mettre ma truffe quelque part dans son cou, et il passe un bras au dessus de moi, comme si j'étais une peluche. Une peluche avec des dents au bout, mais confortable tout de même.
― Pour tout à l'heure hem…J'suppose que c'était une de ces réactions animales incontrôlables…Alors s'il reprenait des petites envies à Wolffy, tu vires de mon pieu, sinon on passe par la case véto, pigé ?
Je fais une petite plainte qui lui tire un sourire. Il plaisante, mmh…Enfin j'espère bien.
― Mmh bon…Bonne nuit.
Pour une fois, ça a du bon d'être un chien…Parce que sinon, jamais Perry m'aurait fait dormir avec lui. J'ferme les yeux, commence à m'endormir quand...
― Hey Harry…
J'rouvre les yeux en grand, ce ton de confidence là, c'est annonciateur d'un truc. Peut-être que je vais avoir droit à la déclaration interrompue par madame SOS animaux en détresse ?
― Interdiction de ronfler aussi.
Merde. Tu peux toujours espérer, Harry…Je fais même pas un mini wouff pour la peine, je ferme directement les yeux. Je dors rapidement mais moins longtemps que sous ma forme humaine, et quand j'ouvre les yeux le réveil affiche un horrible huit, une heure raisonnable pour Perry mais honteusement non tardive pour le faiseur de grasse matinée confirmé que je suis.
Perry remue, me serre comme un doudou, et le Wolffy en moi étouffe un peu tandis que je suis aux anges. Bibise mouillée pour la peine…Clignement d'yeux gris et léger sourire du grand blond.
― T'es matinal…ça t'ressemble pas, Harry.
C'est pas dis sur le ton du reproche, mais je fais quand même ma mine piteuse de chien battu.
― C'est Wolffy, je suppose… ? Je devrais peut-être sortir le promener un peu, qu'il se dépense… ? A moins que l'idée de sortir…
Je fais une petite plainte malheureuse, et comment, j'ai aucune envie d'aller dehors, j'entends qu'il pleut et puis…c'est trop plein de voitures , même avec Perry pour tenir la laisse. J'ai peur aussi d'un mouvement incontrôlable de Wolffy, que mon détective favori lâche prise, et de me perdre quelque part en ville.
― Ok, on laisse tomber l'idée…
Si j'étais en mode humain, je ferais une vanne pourrie sur « laisse » et « laisse tomber » mais je le suis pas, cela dit le sourire de Perry me fait supposer que j'ai pas vraiment besoin de l'exprimer, il y pense tout seul, à mes blagues au ras des pâquerettes. C'est fou ce qu'il me connaît bien, en un peu plus d'un mois. Mieux que certains potes de longue date, parce qu'il écoutait toujours ce que je racontais, et…qu'il s'y intéressait.
― Mais on baisse pas les pattes, ok ?
Oh, mais il me fait de l'humour Harryesque ma parole. Je l'encourage d'un petit aboiement, il se retourne pour s'habiller vite fait, et je reluque un bout de fesse autant que je peux, me demandant comment ce serait au pieu avec lui. Enfin, je connais la théorie, hein, ça va, mais j'ai jamais été avec un mec…Cependant, j'imagine sans peine ses mains glisser dans ma fourrure…ma peau ! Ah, putain…Mieux vaut pas penser à ça pour le moment de toute façon. Je descends du lit qui n'est pas très haut, puis j'accompagne Perry pour le petit déjeuner, un bol de mes céréales qu'il a encore dans ses placards, et une soucoupe de café à côté. Avec du lait et du susucre. Sucre, rrrah !
Après, c'est un long retour recherches pc, et un après-midi interminable sans Perry, parce que ce dernier est partit à la bibliothèque. Ça me parait une bonne idée, tous les héros vont chercher des réponses dans les livres, d'Hermione Granger, aux types dans la Momie…Ouais mauvais exemple pour la Momie…Mais il ne devrait pas y avoir de vieux livres sacrés dangereux à la biblio de LA. Et le côté héros…ma vie est tellement est un putain de film ou roman, Perry est juste le héros idéal. Futé, costaud, drôle et pas attiré par la nana présente dans toutes les histoires ( sauf dans celle-ci), et qui de toute façon n'aurait pas la moindre chance. Mon sort repose entièrement entre ses mains…Et moi, sur ce temps là, qu'est-ce que je fais ?
Je dors, j'arrose le palmier, et je regarde la télé. Mon coloc adoré l'a laissé en fond sonore, et d'ailleurs, je l'écoute bien plus que je ne la regarde, ma vue est pas mauvaise, mais les écrans, c'est pas tip top…
J'en suis à cinq épisodes audio des feux de l'amour, j'suis pas parvenu à changer de chaîne, quand Perry revient la mine dépitée. Il passe le restant de la journée, et une bonne part de la semaine qui suit à lire des tonnes de bouquins qui s'empile partout autour du canapé, et à gribouiller des notes dans un cahier, exactement comme quand il fait une enquête, mais il ne m'en parle pas beaucoup, ce qui est mauvais signe. Et le temps presse…
Ma mère est au courant de mon état, mais elle doit encore s'arranger pour venir, c'est pas le problème, non. Le problème c'est Wolffy, ou plutôt son esprit. C'est son corps à lui, ses instincts, ses souvenirs, et moi, j'en suis que le locataire et c'est comme si ma place se faisait de plus en plus exigüe. J'ai des absences, des moments dont je me souviens pas clairement, je mange parfois des croquettes sans y réfléchir, et Perry a finit par les enlever. Il me traite le plus possible comme un humain, et me parle énormément, il me lit parfois des morceaux de textes, et me fait « écrire » souvent, tout ce qui peut activer ma mémoire humaine, mais au fil des jours, l'esprit du chien gagne de la place. Je lui en parle évidemment, et ça l'inquiète d'autant plus qu'il ne trouve aucun cas semblablesau mien, il a au mieux, quelques fictions similaires. Il a tenté de contacter plusieurs auteurs de ce genre de récit, en leur présentant l'idée alléchante de peut-être réaliser un film à partir de leurs bouquins pour mieux les interroger. Essayer de voir d'où leur était venue l'idée, s'il avait entendu parler de faits réels du genre, et il a finit par craquer. Il a déballé ma vraie histoire, tenté d'avoir une oreille attentive, mais on lui a répondu qu'il était dingue, comme je m'y attendais, alors il a fait genre que c'était une blague. Ou une idée de script, pour voir si ça sonnerait réel…C'est un super beau baratineur quand il veut, mais tout ça ne nous a mené à rien. Pas plus que de parler à des bouddhistes et autres adeptes de la réincarnation. La réalité se résumait à : on est nulle part, et mon esprit fout le camp.
Après deux semaines, la situation était vraiment moche. Je devais me concentrer pour répondre, et parfois, Perry n'arrivait plus à rien tirer de moi, et je pouvais voir une foutue lueur de soulagement dans son regard quand je reprenais mes esprits. Je pensais à ce qui pourrait arriver si on ne faisait rien…Les pensées de Wolffy prendraient totalement la place, je serais « intégré » à sa petite mémoire de clebs, et je disparaîtrais, aussi simple que ça ? Cet « hébergement » provisoire que j'avais vu au départ comme une chance, c'était la merde, parce qu'au moins si j'étais mort, je serais peut-être ailleurs. Au paradis, ouais…Perry croit pas à ces choses là, mais moi bien, et à vrai dire, ça me faisait plutôt du bien d'y croire, j'avais un truc à quoi me raccrocher, parce que je savais que Perry et moi on allait avoir cette foutue conversation. Il a cessé de prendre des notes à un moment donné, c'est tourné vers moi, et il m'a dit le plus simplement du monde :
― Faut qu'on cause.
J'ai fais signe que oui, pas que j'en avais envie, mais c'était nécessaire parce que je ne savais pas combien de temps j'aurais encore toute ma tête.
―Tu réagis de moins en moins. Je t'apprends rien. T'es en train de devenir 'Wolffy'. J'ai pensé que…ça aurait duré plus longtemps que ça. Au départ, tu contrôlais totalement, maintenant ça s'inverse, parce que la situation n'est pas normale. Ton gentil copain a peut-être voulu t'héberger un temps, mais maintenant, il doit avoir oublié le pourquoi du comment, et la nature lui dit que tu es…comme un genre de parasite dont il devrait se débarrasser. Tu comprends ce que je dis ?
Je hoche la tête à nouveau, le laissant poursuivre.
― Harry…je ne sais pas ce qui va se passer quand ce sera totalement le cas, mais…soit ton esprit va totalement disparaître…soit il va être expulsé. Et tu vas te retrouver là, quelque part. Ce serait encore la plus positive des deux possibilités, et rien nous dit que ce sera celle-là. Sortir…ou entrer dans un corps, ça se fait que lorsque quelque meurt. Parce que tu es mort, Harry…
― Comment ça je suis mort, tu m'avais pas parlé de ça ?
― Ça m'a échappé, j'avais tellement de choses à l'esprit…ton cœur s'est arrêté, puis…ce type a réussi à le faire redémarrer avant qu'on t'embarque dans l'ambulance, je pensais que tu te réveillerais, tu aurais du te réveiller…. En fait, tout…fonctionne bien chez toi. Tout réagit, sauf la pensée, puisque ça semble lié à ton…âme, esprit, comme tu préfères.
― Et donc, tu proposes de… ?
― D'euthanasier Wolffy, ouais…Je suis désolé Harry, je ne vois pas d'autres solutions, et ça risque d'être sacrément compliqué mais…si on fait rien, on est baisés, alors autant essayer.
Je suis carrément d'accord avec ça, même si j'ai quelques sympathies pour mon pote à quatre pattes, j'en ai bien plus pour ma propre peau, et si j'ai la moindre petite chance de pouvoir réintégrer mon corps, je veux la tenter. Parce que dans les faits, si j'attends : soit l'esprit de Wolffy m'éjecte tout seul, et alors, est-ce que je serais capable de me déplacer ? De suivre Perry, d'aller à l'hôpital ? Peut-être que je « mourrais » immédiatement, que je serais…aspiré par la lumière, direction paradis ? Et si jamais son esprit ne m'éjecte pas, mais me fait complètement disparaître ? Il vaut mieux tout, sauf attendre.
― Comment tu comptes t'y prendre ?
― Je vais l'endormir un peu, qu'il soit calme. Le transporter dans une de ces cages, madame Brown m'en prêtera sûrement une si je dis que tu…que mon chien éternue et que je voudrais aller au vétérinaire. La cage dans une grande valise. Je dirais que je dois partir pour affaire, et que je profite du peu de temps que j'ai pour venir voir mon coloc dans le coma…
― C'est risqué, j'espère qu'on ne te dira pas de laisser la valise à l'accueil.
― J'espère. Si c'est le cas, je fais mine de recevoir un appel téléphonique urgent, et on rentre. Il faudra réfléchir à autre chose, mais si ça fonctionne…
― Ce sera encore plus risqué. Il faudra sortir Wolffy, le…matos pour l'euthanasier, et si une infirmière rentre à ce moment là, on est mal.
― Je vais bloquer la porte. J'ai payé pour que tu sois dans une chambre seule, et vu ton état, il y a juste des vérifications régulières mais pas rapprochées, on devrait être tranquilles.
― Et ensuite ?
― On espère que tu…vas être expulsé du corps du clébard. Dans le meilleur des cas, tu peux réintégrer le tien. Dans le pire…
― On n'en sait rien. Lumière blanche, néant, surprise…
― On n'a pas d'autres choix.
― Je sais. Et…je te remercie de faire tout ça.
― C'est la moindre des choses, p'tit gars.
Il me fait le petit signe, doigt sur le nez et vers l'extérieur. Ce que je voudrais être capable de faire juste ça…Il me laisse le temps après la conversation, pour décider quand je veux passer à l'action, et lui de son côté va chercher la cage chez madame Brown. Quand il revient, j'ai pris ma décision.
― Demain.
Je passe ma dernière nuit en tant que chien dans les bras de Perry, et on ne dort pas ni l'un ni l'autre. On a parlé toute la soirée, de conneries, du passé, de ce qu'on aime faire, des circonstances de notre rencontre, et j'ai pas pu me retenir de lui poser LA question. Quand tu sais que tu vas peut-être crever demain, aucune question n'est difficile à demander.
― Perry, est-ce que tu m'aimes ?
Il a prit son temps, comme si la chose était difficile à dire, puis il a hoché la tête doucement avant de lâcher un « oui » dans un souffle. Il n'a pas osé me demander si la réciproque était vraie, et j'ai failli ne rien dire, mais ça aurait été stupide. Quand je serais là-bas, à l'hôpital, je n'aurais aucun moyen de m'exprimer, Perry ne va pas trimbaler ma planche alphabet dans son sac, et de toute façon, on aura pas le temps pour ça. Je sais que s'il y a des choses à dire, c'est maintenant ou jamais, alors je déballe tout.
― Le soir où je suis parti, j'ai regretté d'avoir pris un appartement en ville. Je pensais déjà à revenir te voir, aux soirées télé qu'on ferait quand on se verrait et…J'avais envie d'être avec toi. J'ai jamais été avec un mec, et à priori, je pensais pas que je pourrais…tomber amoureux. Mais quand a envie de rouler une pelle à quelqu'un, c'est qu'on le considère comme plus qu'un pote, hein ? Si tu veux tout savoir…Je me suis sentis mieux ce dernier mois que dans toute ma putain de vie. Tu es…compréhensif, gentil, prévenant…Si jamais demain, je réintègre mon corps, je peux pas te promettre qu'entre nous ça marchera mais…j'aurais vraiment très envie d'essayer. Je crois que j'en pince pour toi, super détective.
C'est là qu'il m'a enroulé dans une couverture et m'a prit dans ses bras, ma planche alphabet toute proche. On a plus causé beaucoup après ça, juste un peu, de tout ce qu'on aimerait faire, mais ça faisait mal au cœur quelque part, parce qu'on n'était pas certains qu'on en aurait l'opportunité. Alors on est juste restés l'un contre l'autre, à écouter le tic tac de l'horloge et nos battements de cœur jusqu'au matin, puis lorsque l'heure qu'on attendait est arrivée, on est parti.
Perry a donné un médoc pour shooter un peu Wolffy sans doute pas habitué aux transports pour qu'il ne panique pas, donc j'étais moi-même dans le coltard, et je me suis pas rendu compte de grand-chose. J'étais dans la valise ouverte pendant le voyage, et fermée une fois à l'hosto, et je me disais que j'allais clamser plus tôt que prévu si ça durait, parce qu'il n'y avait pas beaucoup d'air là-dedans. Ça a pas duré longtemps, je sais pas comment Perry s'est débrouillé, mais tout s'est passé comme une fleur alors qu'il devait avoir l'air louche, si tôt pour les visites, et avec une grosse valise comme ça.
Mais à quoi bon m'interroger ? J'étais face à mon corps, mon corps humain que toute une tuyauterie maintenait en bon état en le faisant respirer, et le moment était venu. Perry m'a sortit de la valise, m'a posé sur ses genoux, et à préparé de quoi anesthésié pour toujours mon petit pote velu. Un mélange de truc, peut-être du chloroforme, j'en savais trop rien et je m'en fichais, il m'aurait encore anesthésié à la barbapapa, je lui faisais confiance, les yeux fermés, même si je le sentais trembler comme une feuille.
― Harry…je t'aime Harry.
Je lui ai léché les doigts et j'ai relevé la tête pour le regarder, je savais que c'était un peu égoïste et que ça serait plus dur pour lui, mais…il allait peut-être être la dernière chose que je verrais jamais. Ses yeux étaient brillants et j'aurais voulu faire quelque chose, mais déjà, sa main me recouvrait la truffe avec un mouchoir imbibé de produit et le noir complet tombait sur moi. J'avais l'impression que tout allait rester noir et figé, puis j'ai tenté d'ouvrir les yeux, et j'ai vu…Wolffy. En transparent. Pas comme dans ces films, pas comme un fantôme, en transparent coloré, on aurait dit une grosse bulle de savon brillante, et il me regardait d'un air un peu paumé, quelque part au dessus de son corps de chien.
― Rentre Wolffy…allez, essaye, idiot …
Pendant que Wolffy-l'âme reniflait le Wolffy-corporel d'un air dubitatif, je regardais Perry qui regardait mon corps. Vous suivez ? Ça devient compliqué, hein…Bon. Il regardait fixement, puis il a avancé sa main sur la mienne et m'a appelé, mais évidemment, je ne pouvais pas lui répondre. Ou plutôt, il ne pouvait pas m'entendre. Alors j'ai fais ce qui me paraissait le plus logique, je me suis allongé sur mon propre corps, et je suis passé au travers, mais genre, complètement. J'voyais même les ressorts du matelas, alors je suis remonté un peu, et merde, rien, absolument rien ne se passait. J'avais beau fermer les yeux, me concentrer sur les sensations que pouvait avoir mon corps physique, c'était nada, et Perry était pâle comme un linge. Il tenait toujours le corps du chien dans ses bras, ça avait été moi pendant un long moment après tout, puis il s'est penché pour m'embrasser, et il a éteint toutes les putain de lumières de la pièce.
Avec un bisou, ouais. L'instant d'après, j'avais l'impression d'être sur les lieux de mon accident, le noir, et…la pluie. Scoop d'outre tombe, la mort, c'est tout mouillé.
-― Harry…
Mais le son est toujours bon. Oh, et c'est pas de l'intox, cette histoire, après le noir, y a la lumière blanche. Aveuglante. J'ai cligné des yeux, et j'ai réalisé.
― Je déteste ces saloperies de loupiotes d'hôpital…
― Harry !
Perry me broyait les quelques os que l'accident avaient laissés intact, dans une étreinte d'autant plus romantique qu'il y avait un clebs mort entre nous et qu'il chialait comme une madeleine. De la pluie, tu parles…
― Ça a marché, putain de putain de bordel de dieu…
J'étais parti pour sortir tout les jurons de mon répertoire quand Perry m'a fourré la langue dans la bouche. C'était…bon, chaud, humide et le meilleur de tout les advertifs : vivant.
― Je t'aime, crétin d'New Yorkais. J'ai cru que…ça a pris longtemps…
― Content de te voir, chéri.
J'allais lui rouler un autre patin quand le poids de Wolffy sur mes genoux s'est rappelé à mon bon souvenir. J'étais plus qu'heureux d'être en vie, et je ne pouvais pas dire que j'étouffais sous le remord, mais…Il avait fait son possible pour moi, et j'étais vraiment triste que les choses se terminent comme ça. Perry a fait mine de le prendre pour le poser sur le côté, mais je l'ai tenu contre moi, et j'ai regardé un long moment ce corps qui avait été le mien.
― Ça va aller, Harry ?
― Mmh…je veux qu'on l'enterre. Dans un cimetière pour chiens, ça existe ce genre de trucs…
― On le fera. On fera tout ce que tu voudras…
Je me suis blottit contre lui, et là où j'étais, j'ai vu qu'il avait bloqué la porte avec des chaises pour qu'on ne soit pas dérangés. Je me rappelais pas de ça, mais ça n'avait aucune espèce d'importance, jusqu'à qu'une infirmière se mette à brailler derrière. Je me demandais ce qui allait la choquer le plus, qu'on soit un couple homo (oui, il reste des crétins que ça choque), que je sois sorti du coma, ou le chien mort dans le lit. Je penchais pour la dernière…
Perry a déplacé les chaises, ouvert la porte, et ça a gueulé comme pas possible. C'était un mélange de cris de surprise, d'effroi, de joie, j'étais en vie quand même, de remontrances à propos du règlement, d'aboiements et de mots vulgaires que je n'avais jamais entendu dans la bouche de Perry. Aboiements…
― Wolffyyyy !
La dose que Perry lui avait donnée avait fait arrêter son cœur, et pourtant…Je me disais qu'il avait du me voir réintégrer mon corps, et qu'il avait du m'imiter et se coucher sur le sien et…Je sais pas. Je crois que je ne saurais jamais et je m'en fou. C'est mon chien revivant à moi.
Ce qui s'est passé à l'hôpital ensuite n'a pas beaucoup d'intérêt. J'ai passé des tests interminables pour prouver que j'allais bien. Et quand tout à été fini, je suis rentré chez moi. Chez nous…Tous les trois. J'ai téléphoné à ma mère, qui n'a pas annulé son voyage et devrait venir me voir bientôt. Je lui ai dit pour moi et Perry, et elle m'a coupé avec un « c'est merveilleux », ce qu'elle n'arrêtait pas de dire depuis un quart d'heure à propos du fait que je sois en vie. Je suppose qu'elle réalisera une fois ici, mais je ne me tracasse pas vraiment. Je profite de chaque instant, surtout des instants au lit avec Perry, je crois que…j'avais jamais autant fait l'amour de ma vie. Risquer de mourir amplifie la libido et guérit de l'avarice, prend en bonne note. Perry a payé pas mal des frais d'hôpitaux, que j'aurais pas été capable de payer tout seul, et moi, j'ai tenu ma parole, j'ai payer la nourriture de toutes les bestioles de madame Brown pour six mois, et un carnet à Wolffy. Des croquettes, des vaccins, des jouets…Oh heu, juste un truc que j'ai refusé tout net, la castration. J'ai laissé le choix à Perry…Des enfants, ou des chiots. Il était pas chaud pour adopter.
Voilà. Si vous vous demandez comment Perry est entré si facilement à l'hôpital, c'était un gros coup de chance, la réceptionniste, Sally, était une de ses anciennes clientes. Le genre, qui lui devait beaucoup. Elle a fermé les yeux sur l'heure matinale et la grosse valise. Jusqu'à ma chambre, là, ça a été du total hasard, de la chance. Parfois il suffit de pas grand-chose…
Alors heu, je crois que j'ai finis. J'ai tout dit…si pas, vous m'excuserez, faites travailler un peu votre imagination pour combler les blancs, mon détective chéri m'appelle.
