Thème : Dark / Ténèbres-Obscurité
Résumé : Trois filles esclaves, vendues et humiliées, se pelotonnant l'une contre l'autre dans ces cales pour se réconforter et s'aimer, jusqu'à atteindre le bout du voyage.
R-16 / Lemon léger / Univers alternatif – époque moyen age, vie d'esclave
Note de l'auteur : Ce thème m'a beaucoup inspiré. Il est clairement plus long que le précédent, j'espère qu'il vous plaira.
Bonne lecture.
3- Dark / Ténèbres-Obscurité
Dans la pénombre d'une cale de bateau, trois jeunes filles s'adossaient à la paroi. Elles se pelotonnaient les unes contre les autres à la recherche de chaleur, mais surtout de maigre réconfort. L'une d'elle, une brune qui se faisait appeler Xion, tremblait, frigorifiée et fiévreuse. Elle ne mangeait plus depuis deux jours et toussaient fortement, tellement qu'elle s'en coupait la respiration. Malgré la fraîcheur des lieux, elle transpirait. Les symptômes révélaient une fin proche. Dans cette prison, aucun espoir de guérison, et ce malgré ses deux compagnes qui l'encerclaient et tentaient de lui donner leur ration de nourriture.
− Gardez-les. C'est foutu pour moi, mais vous, vous devez survivre. Prenez ma ration, je n'arrive pas à l'avaler de toute façon.
La pauvre enfant subissait le même sort que nombre d'entre elles qui n'avaient pas survécu au voyage, à l'humidité de leur cage, à la puanteur, au manque d'hygiène et de soin. Les vivres et l'eau qu'on leur distribuait n'étaient clairement pas suffisants pour leur garantir une santé convenable, sans parler de leur qualité plus que douteuse. Pneumonie, scorbut, fièvre rebelle, intoxication avaient eu raison de la moitié de leur compagne de voyage. Certaines même s'étaient suicidées, préférant la mort au traitement inhumain qu'elles subissaient. Toutes ces jeunes femmes n'ayant pas atteint la vingtaine, avec une histoire et un nom, vendues et humiliées. Il était difficile de savoir combien elles étaient à présent. Plusieurs corps inertes étaient remontés au cours de cet interminable voyage. Dans ces cales, impossible d'avoir la notion du temps, les heures qui défilent, et combien de jours cela allait-il encore durer. Elles n'avaient plus vu la clarté du jour depuis bien longtemps. Leurs bourreaux actuels leur bandaient toujours les yeux et les ligotaient lorsqu'ils venaient les chercher pour les remonter à la surface et leur faire subir les pires immondices. Attouchement, viol, maltraitance, soumission étaient leur quotidien depuis plusieurs semaines. Chaque jour, elles priaient pour ne pas être choisies. Elles se cachaient au fond des cales afin de ne pas être emmenées. Certaines mourraient des suites d'infection, d'hémorragie, de commotion cérébrale, d'autres ne redescendaient même pas, probablement tuées à la surface puis jetées à la mer comme de simple ordure.
− Gardons espoir, peut-être tomberons-nous sur un maître clément, avait dit la rousse qui se faisait appeler Kairi.
Leur vie ne leur appartenait plus. Au bout du chemin, elles seraient chacune revendues à des hommes en quête d'esclave qui pourront faire ce qu'ils veulent d'elles. La blonde, qui se faisait appeler Naminé, avait bien envie de mourir. Elle faisait partie des favorites. Son corps délicat et ses cheveux dorés attiraient les hommes, pervers et pédophiles, qui la choisissaient souvent pour son allure candide. Sa peau blanche était aujourd'hui couverte d'hématome, son sexe totalement endolori, sa bouche dégoûtée de tout depuis qu'on l'avait forcée avec du sperme. Contrairement à sa compagne, elle avait perdu tout espoir, d'autant plus qu'elle se pensait enceinte de ces porcs. Elle connaissait bien cet état pour avoir vu sa mère engrossée plusieurs fois après elle. Nausées, dégoût, douleur à la poitrine, arrêt de ses saignements, et surtout la présence d'une légère rondeur à son bas-ventre, alors que le reste de son corps apparaissait totalement amaigri. Elle n'était pas la première. Nombre d'entre elles avaient même tenté de s'avorter avec les moyens du bord, et quasiment toutes en mourraient.
Vendue par sa famille contre quelques maigres sous, Naminé n'avait pourtant rien fait de mal. Elle était juste née petite et faible, inutile, une bouche de trop à nourrir. Elle ne savait ni lire, ni écrire, mais elle aimait dessiner sur le sol, à l'aide d'un bâton ou de ses doigts. Son père l'avait d'ailleurs frappée le jour où il l'avait surprise à faire une activité sans intérêt, une des rares choses qui lui procurait du plaisir. Rêveuse et jolie, elle espérait être repérée par un gentil garçon qui l'épouserait, mais c'était bel et bien se bercer d'illusion. Dans son village, elle n'était entourée que de pécores bourrus, la plupart alcooliques et illettrés. Ses parents, du même acabit que les autres, négocièrent sa virginité contre une bonne somme d'argent, mettant en avant la beauté de leur fille. Elle avait refusé qu'on lui vole son innocence et s'était cachée pour échapper au rendez-vous. Elle ne savait pas compter, mais elle ne devait même pas avoir atteint quinze ans. Furieux qu'elle refuse de faire le tapin, ils l'avaient vendue pour se débarrasser d'elle. Ils lui avaient expliquée qu'elle devait partir travailler car ils ne pouvaient plus subvenir à ses besoins, elle qui pourtant mangeait si peu. Ce qu'elle avait cherché à défendre, son nouveau patron le lui avait arraché dès le premier jour. Elle avait hurlé dans son bâillon, tandis qu'on lui déchirait son intimité encore vierge. Jetée dans la cale, elle sanglotaient sans arrêt et s'attiraient les remontrances de ses voisines. Puis la rousse lui avait posé une main sur son épaule et lui avait dit d'un ton doux.
− Je t'ai vu dehors. Tu es si jolie, tu ne devrais pas pleurer. Viens, je vais te soulager.
A ce moment, Naminé aurait accepté n'importe quel réconfort, du moins jusqu'à ce que cette inconnue passe la main sous son jupon et vienne caresser délicatement son sexe. Elle s'était repliée, ne souhaitant plus qu'on la touche.
− N'aie pas peur, ma chérie. Ils reviendront et te violeront encore. Mais moi, je ne te veux aucun mal. Laisse-toi faire. Tu vas voir, c'est agréable quand c'est fait avec douceur.
Naminé était trop abattue pour se défendre. Elle avait laissé la rousse lui embrasser le visage et le cou tandis que ses mains caressaient ses cuisses puis remontaient sur ses hanches. Puis les doigts fins s'étaient aventurés sur son intimité, glissant délicatement de haut en bas en superficie, suffisamment longtemps pour que la blonde sente enfin son corps se détendre et sa douleur disparaître.
− C'est bien ma chérie, apprécie, lui avait dit Kairi qui avait encore ses lèvres dans son cou. Les femmes ne devraient pas être traitées autrement.
Les doigts avaient écarté les lèvres du fruit interdit pour le caresser plus profondément. Naminé avait tremblé d'appréhension et d'un plaisir nouveau alors que l'autre fille lui stimulait son clitoris. Elle ignorait qu'il y avait une zone si sensible à cet endroit. Elle ne saurait dire si c'était agréable ou non. C'était juste sidérant, suffocant, tout son corps vibrait.
− Tu aimes ? Je vais te faire du bien encore. Laisse-toi faire. Je te le répète, je ne te ferai jamais de mal.
Les paroles douces la réconfortaient, et Naminé aurait tout cédé à cette inconnue, même de la laisser poser sa langue sur son sexe. La sensation l'avait électrisée jusqu'au bout des doigts, et elle avait gémi. Des grognements la ramenèrent à la réalité, lui rappelant qu'elles n'étaient pas seule.
− Arrête, pitié.
− Ne te soucis pas des autres. Nous sommes toutes pareilles. Chacune de nous cherche une consolation quelconque. Laisse-toi aller, je ne te ferai jamais de mal.
L'entendre répéter ça l'apaisait, et pour la première fois de sa vie, Naminé jouit. Elle vivait une extase nouvelle, alors qu'elle se retrouvait prisonnière d'une prison bien sinistre.
− Merci, avait-elle dit tout doucement.
− De rien ma jolie. Je ne pouvais pas laisser une si mignonne demoiselle comme toi dans un tel état.
Elle avait une façon de parler fort correct, pour sûr qu'elle n'était pas du même rang social.
− Qui es-tu ? Où as-tu appris à faire ça ?
− Aujourd'hui, je suis une esclave, comme toi. Hier encore, je m'appelais Kairi et j'étais la fille d'un noble.
− Comment est-ce possible que quelqu'un comme toi se retrouve dans ce trou à rats ?
− J'ai commis un grave péché. Enfin, ça c'est au yeux des autres, car pour moi je n'ai rien fait de mal.
Kairi avait seize ans, elle était une fille de bonne famille ayant grandi dans la dentelle et les draps de soie. Elle avait toujours porté de somptueuses robes, une femme de chambre était là pour la coiffer et l'aider à s'habiller. Elle aimait la lecture et jouer du piano. Son père l'avait fiancée jeune à un bon parti. Son avenir tout tracé, elle n'avait à s'inquiéter de rien. Seulement, arrivée à l'âge où l'on devient une femme, Kairi découvrit seule le plaisir féminin. Se toucher était interdit, mais elle savait se montrer discrète. Ses doigts sur son sexe la rendaient folle, et elle ne parvenait plus à s'en passer, obsédée par la découverte de nouvelle zone érogène.
Un jour, sa mère lui annonça la date de ses noces et lui expliqua la chose qu'elle devrait faire avec son époux. Il n'était plus question de toucher mais de pénétration. Kairi, qui n'avait toujours côtoyé que des femmes, n'étaient pas spécialement attirée, mais elle en serait forcée. Sa demoiselle de compagnie et amie d'enfance avait tenté de la réconforter. La douceur et la gentillesse de cette dernière faisaient toujours battre son cœur. Kairi avait lu suffisamment de romans pour comprendre ce sentiment. Elle était tombée amoureuse d'une autre femme. Bien vite, les deux jeunes femmes entrèrent dans une relation interdite et immorale. D'abord réticente, Selphie se laissa complètement aller aux caresses de sa maîtresse qui se démenait pour lui donner du plaisir. Son mariage approchait et Kairi vivait déjà la plus formidable des idylles. Elle en voulait plus, de plus en plus souvent, et Selphie s'abandonnait toujours à elle, devenue addicte à ces vibrations dans son ventre, ce feu dans sa poitrine. Un jour, ivre de plaisir, elle hurla de satisfaction, se sentant comblée et amoureuse, un cri qui alerta la mère de Kairi qui les surprit en plein acte. Ecoeurée d'une telle débauche, il ne fallut pas longtemps pour que la rousse soit reniée de sa famille. Baiser une femme, mais quelle calomnie ! Cette fille n'était assurément pas la leur, et elle se devait d'être punie pour avoir eu recours à un acte aussi répugnant. En peu de temps, Kairi s'était retrouvée là, vendue avec d'autres femmes, sa fausse utopie brisée, mais il y avait bien longtemps qu'elle avait ouvert les yeux sur le monde qu'elle venait.
− Ne regrette-tu pas ? lui avait demandé Naminé qui s'était appuyée contre elle.
− Non, car si je m'étais mariée, je n'aurais plus jamais été moi-même.
− N'était-ce pas mieux de se marier plutôt que de subir ça ?
− Au moins, j'ai pu te rencontrer. Tout n'est pas toujours si noir.
− Pourquoi moi ?
− Je te l'ai dit, je t'ai vu sur le port, et je t'ai trouvé magnifique. Je me sens attirée par toi, et tes pleurs m'ont touchée. J'ai envie de prendre soin de toi, je ne saurais pas l'expliquer.
− Pourquoi es-tu comme ça ?
− Je ne l'ai pas choisi, mais je ne trouve pas que ça soit mal. Si aimer les femmes m'a aujourd'hui amenée à te réconforter, alors c'est que ça devait être comme ça, et ce n'est pas une mauvaise chose.
− Qu'est devenue Selphie ?
− Je l'ignore. Après qu'on nous ait surprises, ils l'ont emmenée et je ne l'ai jamais revue. Je ne préfère pas penser au sort qu'elle a subi. Elle ne le mérite pas.
La conversation s'était arrêtée là. L'évocation de son ancienne amante faisait visiblement du mal à Kairi. Pendant leur voyage, la rousse passait son temps à câliner Naminé, à lui caresser les cheveux, lui embrasser le visage, lui murmurer des paroles rassurantes, quand cette dernière n'était pas emmenée de force. Lorsque son petit corps retombait dans la cale, Kairi venait la chercher pour la consoler, sécher ses pleurs, attendrir son intimité forcée.
− Courage ma chérie, le voyage ne durera pas éternellement. Tu dois tenir le coup.
Kairi était toujours optimiste sur l'avenir, et Naminé buvait ses paroles, se raccrochant à cette seule lueur d'espoir.
− Pourquoi ne vois-tu pas la réalité ? lui avait demandé Naminé. Pourquoi t'obstines-tu à penser que la vie sera meilleure quand on nous sortira d'ici ?
− Si je pensais l'inverse, alors je mourrai probablement.
− J'aime tes paroles. Tu as la mentalité d'une vraie guerrière.
Habituellement, personne n'osait les approchait. Les autres femmes s'écartaient même par crainte de contracter la même maladie qu'elles. On les entendait marmonner, jurer. Des mots tels que « putain » ou « abomination » flottaient dans l'air. La personne qui avait parlé se tenait juste à côté d'elles. Impossible de bien la distinguer dans cette obscurité. Elle avait une voix douce, calme et posée. Elle ne semblait pas spécialement effrayée ou dégoûtée. Au contraire elle s'exprimait avec une certaine assurance.
− Pardonne mon intrusion mais j'ai écouté ton histoire les premiers jours et ça m'a intriguée. Je ne savais même pas qu'une chose pareille existait. Mais depuis que je t'ai entendue, je me pose des questions. J'ai toujours vécu avec des hommes, et pourtant je n'ai jamais ressenti la moindre attirance pour eux. Pas même pour le meilleur ami de mon frère pourtant si populaire, qui plaisait à toutes les femmes. J'ai cru que je n'étais pas normale, mais aujourd'hui je me demande si je ne suis pas comme toi. Ca fait des jours que je sens des fourmillements lorsque je vous entends. Je me suis pensée que moi aussi j'aimerai que tu me soulages.
La nouvelle venue s'appelait Xion. Elle semblait robuste, aussi bien physiquement que mentalement, sage et polie.
− Naminé, c'est bien ça ? Me permets-tu ? Je pourrais aussi essayer de te réconforter après, je m'en sens capable. C'est mieux que de croupir ici et pleurer sur son sort. Enfin, c'est ce qu'aurait dit mon frère. Il était si lumineux, et j'ai l'impression de le retrouver en Kairi. Une vraie torche dans les ténèbres. Je me sens attirée par vous deux.
Xion avait quinze ans. Elle n'était ni une paysanne, ni une noble, mais n'avait pas grandi dans le besoin. Elle appartenait à une famille de chevaliers. Son père et son frère assuraient la protection d'une personne de la haute société. Elle avait toujours connu le tintement des épées qui s'entrechoquent, l'agitation d'un camp d'entraînement. Elle ne s'était jamais intéressée aux loisirs féminins, préférant les travaux physiques aux corvées ménagères. Elle avait même décidé de garder ses cheveux courts, bien moins gênants, ce qui indignaient les autres filles de son âge qui lui rétorquaient qu'elle ne trouverait jamais un mari ainsi. Son frère Sora la voyait mariée à son meilleur ami Riku. Mais si Xion appréciait la compagnie du jeune homme, un guerrier accompli, elle n'avait jamais ressenti l'envie de s'unir à lui. Travailleuse et dégourdie, Xion s'occupait jour après jour et lisait beaucoup pour stimuler son esprit. Elle voulait se rendre utile sur le champ de bataille et non pas rester bêtement dans un foyer où elle ne se sentait pas à sa place. A défaut de combattre, elle apprit à soigner les blessures superficielles, jusqu'à recoudre les plaies et même amputer. Le moindre regard ou la moindre allusion déplacée sur son sexe valaient aux soldats les foudres de Riku qui la protégeait comme une sœur. Son ami avait tué le chef d'une famille rivale. Par vengeance, au lieu de s'en prendre directement au meurtrier, ils capturèrent Xion pour la vendre à un marchant d'esclave. Elle s'était faite violer par ses kidnappeurs avant même qu'elle n'embarque. Jamais Xion n'avait pleuré, souhaitant toujours rester digne. Depuis le premier jour, elle cherchait un moyen de s'enfuir. Mais pour survivre ici bas, il fallait qu'elle se fasse aider, qu'elle se raccroche à quelque chose, et elle pensait l'avoir trouvé en Kairi.
− Touche-moi s'il te plait, j'aimerai savoir.
Xion était une merveilleuse amante. Consciencieuse et curieuse, elle recherchait le plaisir de ses partenaires avant le sien. Son agilité lui permettait d'essayer de nouvelles positions que la classique couchée sur le dos. Elle collait son corps nu contre celui de Kairi, faisait frotter leur sexe l'un contre l'autre, dévorant ses seins parfois avec douceur, parfois d'une façon plus rustique qui ne déplut pas à la rousse. Elle déposait de chastes baisers le long de sa colonne vertébrale, à l'intérieur de ses cuisses, sur son ventre, faisait pénétrer sa langue dans les aisselles et le nombril. Kairi, qui avait toujours été la dominante avec Selphie, n'avait jamais connu pareille ivresse. Dans ces cales sordides, elle avait atteint l'orgasme. Xion était pourtant inexpérimentée, mais les câlineries de Kairi eurent vite fait de la renseigner sur son orientation sexuelle. Entre les deux plus âgées était née une complicité telle qu'on aurait cru qu'elles se connaissaient depuis des années. Chacune s'accordaient à dire que Naminé devait être choyée. Lorsqu'elles ne faisaient pas l'amour, elles l'entouraient dans un geste protecteur.
Pendant les semaines de voyage, elles avaient appris à connaître les préférences de chacune. Kairi s'étonnait d'apprécier le ton rugueux, les touchers plus durs et bestiaux, les paroles obscènes. Tout le contraire de Naminé qui n'appréciait que la douceur. Cette dernière restait toujours passive. Eternellement triste et apeurée, elle se laissait bercer par ses compagnes qui accueillaient ses larmes sans jamais la juger. Cela empira lorsque la brune tomba malade. Naminé refusait catégoriquement de consommer sa portion alimentaire, mais Xion savait se montrer convaincante. Savoir que l'une d'entre elles les quitterait prochainement l'attristait encore plus que lorsque sa mère enterrait ses frères et sœur encore nourrissons, trop faibles pour avoir survécu. Elle ne voulait pas les perdre, pour rien au monde.
− Je vous aime, avait-elle dit une fois.
Kairi et Xion avait resserré leur étreinte sur elle, lâchant ensemble et le plus naturellement du monde.
− Nous t'aimons aussi. Tu dois vivre Naminé.
− Je ne veux pas vivre avec cette chose qui grandit en moi. Je voudrais bien mourir.
− Je ne te laisserai jamais mourir, avait dit Kairi.
− Je ne veux pas que vous m'abandonniez.
− Je vais partir bientôt, répliqua cette fois Xion qui avait bien du mal à trouver son air. Au final, je n'aurais pas pu dire au revoir à mes proches. Mais vous êtes là toutes les deux et j'aimerai que mes sentiments se gravent au plus profond de ton cœur. Tant que tu te souviendras de moi, je ne mourrai jamais. C'est pour ça que tu ne dois jamais abandonner.
Une quinte de toux interrompit son discours, et Naminé se remit à pleurer. La brune avait tenu plus longtemps que les autres qui avaient succombé avant elle du même mal, mais son état s'aggravait inéluctablement. Elle entendit Xion murmurer à Kairi.
− Je te la confie. Et à toi aussi Kairi, je t'offre ce que je possédais de courage. Ce n'est rien comparé à tout le plaisir que tu m'as donnée.
Epuisée par ses émotions qu'elle ne maîtrisait plus, Naminé s'endormit tout contre l'épaule de Kairi qui l'incitait à se reposer. A son réveil, Xion n'était plus là.
− Ils l'ont remontée, expliqua la rousse. Jusqu'au bout, elle t'a tenue la main.
Pour la première fois, Naminé crut sentir des sanglots dans la voix de sa compagne.
− Nous devons vivre, Naminé. Xion nous a laissées le courage nécessaire pour survivre. Cette petite chose en toi, peut-être qu'il t'aidera, même s'il a été conçu dans d'horribles conditions. Ne perds pas espoir, le voyage ne devrait plus être très long.
Kairi estimait que leur voyage durait depuis bien quinze semaines, voire même un peu plus. Elle savait le monde vaste. Elle s'était souvent demandée ce qui se cachait de l'autre côté de la mer. Elle s'était imaginée fabriquer un radeau et partir à l'aventure. Malgré leur condition actuelle déplorable, Kairi était curieuse de découvrir ce nouveau monde.
Quelques jours plus tard, Naminé se sentit fébrile et épuisée. Kairi craignait qu'elle ne soit elle aussi malade. Elle la força à manger, partageant sa ration. Les bras de la blonde n'étaient plus que des os. Seul son ventre apparaissait légèrement rebondi. Son extrême maigreur faisait davantage ressortit son état.
− Je vais pas y arriver, Kairi. Je n'en peux plus.
− Encore un effort, ma chérie. Tu dois vivre, tu m'entends. Tu as bien tenu le coup jusqu'à maintenant. Courage.
Il n'y avait plus que les paroles qui la maintenaient en vie. Naminé s'accrochait à sa sauveuse, sentant qu'elle s'affaiblissait physiquement elle aussi.
− Tu ne devrais pas me donner ta nourriture.
− Ca ira pour moi. Toi, tu dois nourrir ton enfant.
− Je n'en veux pas. Je veux crever et l'emporter avec moi.
− Aie la foi ma chérie. Pense à Xion qui caressait ton ventre avec tendresse. Ce bébé t'aidera, j'en suis certaine.
Un de leur bourreau descendit à la cale. Les filles se recroquevillèrent toute dans un coin, priant pour ne pas être emmenée. Par reflexe, Kairi se plaça devant Naminé. La blonde était beaucoup trop faible depuis le décès de Xion, que ce soit physiquement ou moralement. Ce n'était définitivement pas le moment pour elle de subir un autre viol. Et elle avait peur que la violence de ces hommes ne lui fasse perdre l'enfant qu'elle portait.
− La p'tite blonde, beugla le marin.
Anéantie, Naminé se mit à pleurer. Kairi étouffa ses sanglots avec sa main, déterminée à protéger sa compagne.
− Alors ?
− Elle est morte. Vous l'avez tuée, bande de meurtriers.
Des exclamations de surprise montèrent. Les femmes savaient ce qui arrivait aux rebelles. Le moindre mot de travers, et ç'en était fini d'elle. Aucune n'était redescendue dans la cale.
− Quoi ? Ferme ta gueule sale pouilleuse. Vous n'êtes que des merdes. Et tu sais ce que j'en fais des merdes, moi ?
− Montre-moi donc, le défia Kairi qui s'était relevée.
− Viens là, la gueuse. Je vais t'apprendre à devenir docile.
Choquée, Naminé regarda son amie se faire emmener. Elle ne croyait pas ce qu'elle venait d'entendre. Qu'avait donc fait Kairi ? Pourquoi venait-elle de se jeter au devant de la mort ? Etait-elle en train de rêver ?
− Elle va revenir, n'est-ce pas ? demanda t'elle, mais personne ne lui répondit. Ils ne vont pas la tuer…
− La ferme, gronda une autre femme. Cette idiote s'est clairement suicidée. L'imbécile, elle aurait mieux fait de penser à son propre sort. Elle avait clairement un problème celle-là. Elle voulait te défendre, et maintenant elle est morte. Tu ne la reverras jamais. Nous non plus et c'est tant mieux.
Pétrifiée, Naminé sentit sa respiration s'affoler. Elle étouffait, se sentait las et épuisée. Venait-elle vraiment de perdre sa lueur d'espoir ? Xion avait été un coup dur, mais elle ne survivrait pas à la disparition de Kairi. Au lieu de pleurer, elle s'allongea et se laissa mourir.
− Allez, levez-vous. Bougez-vous, on sort. Allez, plus vite, bande de larves.
Naminé fut réveillée par ces beuglements qui lui déchiraient l'oreille. A son grand étonnement, elle était toujours vivante, mais toujours aussi fatiguée et fébrile. Elle avait du mal à respirer. Sa gorge était irritée et ses poumons brûlants. Son ventre aussi lui faisait mal, et ses jambes tremblaient.
− Kairi ? appela t'elle.
Une grosse main la releva brusquement, lui empoignant son bras maigre sans la moindre douceur, manquant presque de lui démettre l'épaule.
− Allez, debout.
On la remonta de force à la surface, sans bandeau cette fois. La clarté du jour l'éblouit après des semaines passées dans l'obscurité, et le soleil brûlait sa peau encore plus blanche qu'autrefois.
− Tiens, mais c'est la ptite blonde. Elle n'est pas morte finalement. L'autre salope avec ses horribles cheveux rouges nous avait bien mentis.
− Avec un minois pareil, ça aurait été dommage de la perdre. Mais elle est grosse, j'espère que ça fera pas diminuer son prix.
− Ils auront qu'à l'avorter. Allez, avancez.
Naminé mit plusieurs minutes pour s'habituer à la clarté. Ses jambes engourdies la portaient tout juste. Enfin sur la terre ferme après des semaines en mer, leurs maîtres leur passèrent les fers aux poignets, bien qu'aucune d'entre elles ne semblaient avoir la force de partir en courant.
− Douze, on en a perdu plus que prévu. Heureusement qu'on ne les avait pas payées cher.
Naminé regarda autour d'elle. A vrai dire, elle ne savait pas vraiment à quoi ressemblait Kairi. Mais aucune des filles présentes, toutes des gamines comme elle, n'avaient des cheveux rouges, seul détail qu'elle connaissait de sa compagne. Les pauvres paraissaient en aussi mauvais état qu'elle. Naminé voulut demander, mais elle connaissait la réponse et elle n'avait pas envie de l'entendre de la bouche de ces hommes. Kairi était morte, probablement même qu'il l'avait torturée. Elle n'avait plus la force de pleurer. Si l'amour était né dans son cœur pendant ce voyage, un nouveau sentiment, beaucoup plus sombre que les cales, s'immergea en elle. Elle éprouva une haine farouche envers ces hommes qui avaient osé prendre la vie d'une personne aussi belle. Kairi s'était laissée emmener avec courage pour la protéger de ces brutes. Naminé n'aurait probablement pas fait la même chose à ce moment là. Kairi et Xion étaient si vaillantes, tout le contraire d'elle qui s'était laissée porter pendant tout ce temps. Maintenant seule et enfin à l'air libre, elle avait l'impression de ressentir tout l'héritage que lui avaient léguée ses compagnes. Le souvenir de tout l'amour qu'elle avait reçu, leurs paroles d'encouragement, les touchers enivrants, leur vision optimiste de l'avenir, tout cela lui redonnait des forces alors qu'elle était tout juste capable de marcher peu de temps avant. Kairi et Xion n'étaient plus, mais elles lui avaient laissée un bien infiniment précieux : l'espoir. Et même si dans son ventre grandissait le fruit de tous ces horribles viols, ce serait peut-être effectivement sa chance d'être bien traitée par ses nouveaux maîtres.
− J'abandonnerai jamais, souffla t'elle si bas que personne ne l'entendit.
Elle était visiblement la seule enceinte, du moins à un stade aussi avancé que le sien. Elle se souvint des tentatives d'avortement, le plus souvent mortelle, des autres voyageuses. Elle y avait songé également, mais ses compagnes l'en avaient toujours empêchée.
Les marins l'emmenèrent jusqu'à une place où se tenait un marché. Naminé regarda les gens de ce nouveau monde, similaire au sien. Certaines de ses camarades de voyage parlaient de s'enfuir une fois vendue et se cacher dans la foule qui s'agglutinait autour d'elles, intéressée par toutes ces nouvelles marchandises. La blonde sentit des yeux pervers braqués sur elle. Devait-elle envisager de s'enfuir elle aussi ? Mais pour aller où ? Si elle devait finir par faire le tapin ou mendier pour survivre, à quoi bon ? Elle devait garder espoir qu'une bonne âme l'achète.
− Laissez-moi voir la ptite blonde, brailla un vieil homme moustachu qui donna des frissons à Naminé.
− Avance, pouilleuse, et baisse la tête.
La brutalité de l'homme la fit chuter à terre mais on la redressa sans aucune douceur. Elle crut son sort scellé et son espoir s'envoler lorsqu'une voie féminine s'éleva dans l'assemblée.
− N'as-tu pas honte de maltraiter une future mère ?
− Tais-toi donc, femme, je l'ai vu en premier. Elle sera ma propriété.
− Je vous en donne trois fois son prix.
− Choisis-en une autre.
− Je recherche une fille enceinte et c'est la seule.
− Elle sera vendue au meilleur offrant.
Naminé avait gardé la tête baissée durant toutes les négociations. Toujours fébrile, l'agitation lui donna des vertiges et elle se sentit tomber lorsque des bras vinrent la soutenir, avec douceur cette fois.
− Tu viens avec moi, ma petite. On dirait que tu es mal en point. Suis-moi donc.
C'était la voix de la femme qui la soutenait par les épaules. Naminé eut bien du mal à la distinguer. L'effort fourni pour marcher jusqu'au marché avait eu raison du peu d'énergie qu'elle disposait. Ses yeux se voilaient, ses jambes flageolaient. Elle se sentit portée jusque dans une boîte à l'intérieur confortable. Elle s'endormit avant même qu'on finisse de l'installer.
A son réveil, Naminé se crut propulsée au paradis. Elle était propre, allongée dans un lit confortable, dans une chambre spacieuse et élégante, dans du linge au fort parfum floral. Elle ressemblait à la pièce que Kairi lui avait contée. Elle s'attendait à voir sa compagne passer la porte et lui sourire, lui signifiant qu'elle avait finalement succombé elle aussi, mais une quinte de toux et une douleur dans son bas-ventre arrondi signalaient qu'elle était toujours bien vivante. Sous sa poitrine amaigrie, contre ses côtes exposées, elle sentait toujours son cœur battre. Sur la table de chevet était posée une bassine d'eau que Naminé s'empressa de prendre pour boire goulûment, si vite qu'elle s'en étouffa à plusieurs reprises. Sa gorge était sèche et elle se sentait toujours fébrile, bien qu'un peu mieux qu'avant, probablement plus reposée.
La porte s'ouvrit sur une femme d'une vingtaine d'année, belle avec un sourire rassurant qui détendit la blonde. Naminé fut marquée par la couleur bleue de ses cheveux, peu commune.
− Tu es réveillée ? Tu as dormi un long moment, j'ai eu peur de te perdre. Le médecin a dit que tu souffrais d'un début de pneumonie. Nous avons tout mis en œuvre pour te soigner. Maintenant que tu es réveillée, tu vois pouvoir prendre des tisanes de thym et du miel.
Naminé crut rêver. Du miel ? Elle n'en avait jamais goûté, ce met étant réservé aux plus riches d'entre eux. Peut-être était-elle au paradis finalement. Elle ne pouvait pas croire en sa chance. Cette belle femme était-elle réellement sa nouvelle maîtresse ? La blonde resta sur ses gardes, ne sachant pas encore ce qu'on attendait d'elle.
− Tu es plus robuste que tu en as l'air si tu as survécu à un tel voyage. Comment est-il possible de traiter un être humain de la sorte ? Tu dois guérir et te renflouer. Tu n'es pas seule, tu portes une vie en toi. Je vois que tu as bu l'eau qui servait à t'éponger ton front fiévreux. Allonge-toi, mes suivantes vont t'amener une cruche d'eau fraîche et de la soupe de poulet. Je me nomme Aqua. Je suis ta nouvelle maîtresse, disons cela, mais je n'aime pas tellement cette appellation.
Naminé garda la tête baissée, n'osant pas demander quoi que ce soit. Face à son mutisme, la bleue reprit la parole.
− Quel est ton nom ?
− Naminé.
− Naminé, tu es ici chez toi, toi et ce petit être qui grandit en toi.
Pourquoi insistait-elle autant sur l'enfant qu'elle portait ? La femme semblait douce et ne lui inspirait aucune crainte. Aussi osa-t-elle demander.
− Pourquoi m'avoir achetée ? Qu'attendez-vous de moi ?
− Pour le moment, je veux que tu guérisses. Mon époux et moi viendront t'expliquer le reste plus tard. Quand tu commenceras à te sentir mieux, je te ferai faire le tour de la propriété.
La femme sortit, laissant Naminé seule, du moins jusqu'à qu'une autre femme ne vienne lui apporter des vivres. Elle n'avait jamais mangé pareil délice, n'avait jamais dormi dans un tel luxe. Les larmes se remirent à couler. Elle aurait tellement souhaité partager ce doux moment avec ses compagnes. Le lit était assez grand pour y accueillir deux autres filles. Elles auraient pu dormir, lovées l'une contre l'autre, et faire l'amour dans ce sublime décor. Au lieu de ça, elle se retrouvait seule, avec son bébé qui lui avait visiblement permis d'arriver là. La chambre disposait également d'un berceau. Kairi avait raison finalement. Être enceinte lui permettait d'accéder à un sort plutôt clément, bien qu'elle ne sache pas encore ce qu'elle allait réellement devenir.
Il lui fallut quelques temps pour se remettre complètement. Lorsqu'elle put de nouveau marcher correctement, la femme aux cheveux bleus l'emmena jusque dans un immense salon. Un médecin lui écouta les poumons avant de repartir, l'air totalement satisfait, énonçant des mots savants que ne comprit pas la jeune fille.
Un autre homme pénétra dans la pièce. Il était grand et costaud, mais avec un visage paisible. Il fit un signe de tête de Naminé avant de venir s'asseoir.
− Naminé, je te présente Terra, mon mari. Nous allons maintenant te dire ce que nous attendons de toi.
La blonde sentit son cœur s'accélérer. C'était maintenant si elle allait savoir si elle avait été réellement chanceuse.
− Comme tu peux le voir, nous vivons dans le confort. Terra est un chevalier, mais il appartient avant tout à une famille noble.
En quelques mots, Naminé fit immédiatement le lien entre ses nouveaux propriétaires et ses anciennes compagnes.
− J'étais également un chevalier, bien que je sois une femme. J'ai arrêté les combats après notre mariage, parce que je voulais me consacrer à une vie de famille. Seulement voilà, cela fait plusieurs années que nous sommes mariés, et pas de bébé. Je n'arrive pas à tomber enceinte. Nous aimerions avoir un héritier, si possible un garçon. C'est là que tu entres en scène.
Naminé se raidit dans son siège, comprenant la situation. Ces gens avaient l'intention de lui arracher son enfant. Pas qu'elle éprouve quoi que ce soit pour le fruit de ses viols, mais elle redoutait ce qui se passerait après la naissance.
− N'aie pas peur, nous n'avons pas l'intention de te retirer ton bébé, ne de te chasser, poursuivit Aqua qui semblait avoir saisi son trouble. L'enfant que tu portes deviendra officiellement le nôtre, mais il aura de besoin de toi, en tant que nourrice. Tu l'allaiteras et tu l'élèveras dans ce foyer. Je te l'ai déjà dit, tu es ici chez toi. Tu peux circuler où tu le souhaites, lire et faire ce que tu as envie. Juste, ne sors pas seule de la propriété.
Elle n'en avait pas l'intention de toute façon, pas du moment qu'on la traitait aussi bien. Elle voulut rétorquer qu'elle ne savait pas lire, mais il y avait une autre activité qui l'intéressait.
− Je souhaite vraiment que tu attendes un garçon, reprit Aqua qui s'était agenouillée devant elle et avait posé ses deux mains sur son ventre. J'ai le sentiment que ç'en ai un. N'aie pas peur Naminé, nous ne te ferons jamais de mal.
La blonde pleura. Elle était vraiment tombée sur de bons samaritains qui lui rappelaient vraiment trop Kairi et Xion. Son cœur s'était obscurci suite à la disparition des deux filles qu'elle avait aimées, qui lui avaient permise d'arriver jusque dans ce foyer. Leur souvenir la chagrinait plus que les funestes conditions de son voyage.
− Tu seras bien ici, tu verras.
Durant les mois qui suivirent, ses maîtres la traitèrent avec gentillesse comme si elle était leur sœur. Ils l'invitaient à leur table, à l'heure du thé, et lui offraient chaque semaine des nouvelles robes ravissantes. Aqua lui faisait la lecture, bien que souvent elle ne comprenait pas la moitié des mots. Elle lui proposa d'apprendre à lire, ainsi que les bonnes manières. La blonde avait bien du mal à se défaire de ses habitudes de paysan sans éducation. On ne lui avait jamais posée de question sur sa vie d'avant, ni même sur son voyage dans les cales sombres et humides du bateau qui l'avait emmenée jusqu'ici. Aqua n'avait pas envie de réveiller de vieux traumatismes, et la pile de dessins qui s'accumulaient sur le bureau de la chambre en disait beaucoup. C'était le seul petit caprice que Naminé avait osé énoncer : la possibilité de dessiner. Les premiers temps, seul du gris et du noir sombres ressortaient des feuilles de papier. Mais jour après jour, et tandis que sa grossesse touchait à sa fin, les couleurs apparaissaient progressivement sur ses œuvres.
Des mois plus tard, après des heures de travail et une douleur dans son bas-ventre qui ne ressemblait en rien à son ancienne souffrance d'esclave, la sage-femme, venue l'aider à accoucher, lui tendit un poupon au léger duvet blond et aux grands yeux bleus comme les siens. Elle avait réussi, elle avait mis au monde un petit garçon que ses maîtres baptisèrent Ventus. Elle qui pensait haïr ce petit être, elle pleura lorsque ses yeux croisèrent les siens. Comment avait-elle pu souhaiter sa mort ? Un instinct maternel, un amour nouveau l'envahit suite à cette naissance, et son monde redevint coloré. Quelques temps après la naissance de son fils, Naminé acheva un autre dessin qu'elle garda sur son chevet. Une image qui ne la quitterait jamais. Celle de trois jeunes filles, une rousse, une brune et une blonde, se tenant par la main.
