Thème : Tears / Larmes

Résumé : Deux ans après la défaite de Xéhanort, Xion, en couple avec Kairi et Naminé se croit heureuse. Mais subsiste en elle ce sentiment qu'elle n'est pas complètement humaine. La preuve, elle est incapable de pleurer.

Tout public / Univers Canon


6. Tears / Larmes

Deux ans après la défaite de Xéhanort

Even regarda d'un œil curieux la jeune fille qui se tenait devant elle. S'il s'attendait à ce que cette petite brune lui rende visite un de ces jours, et encore moins de lui poser cette question.

− Tu peux me répéter ce que tu viens de dire ?

Xion soupira, elle semblait visiblement mal à l'aise. Cet homme n'était pas complètement son créateur, mais il possédait les souvenirs de son simili Vexen. Et il restait un scientifique qui pouvait l'éclairer. Encore fallait-il qu'il la prenne au sérieux.

− Pensez-vous qu'il m'est possible de pleurer ? Je veux dire, mon corps est comme celui d'un humain. Mes besoins de boire et manger, ainsi que le reste pour fonctionner sont pareils. Mais à la base, je ne suis qu'une simple marionnette, une poupée en plastique. Cela fait maintenant deux ans que je suis revenue. J'ai souvent vu mes comp… mes amies pleurer dans diverses circonstances. Même Naminé qui était pourtant une simili à la base.

− En effet, c'est un phénomène intéressant que tu soulèves là. Les similis ne sont pas censés éprouver des émotions. Mais des cas uniques comme Naminé et également Roxas seraient des sujets d'études intéressants, prouvant qu'un cœur peut se constituer de lui-même.

La brune serra les dents. Elle ne se souvenait pas tellement de Vexen, puisqu'il était mort avant qu'elle ne commence à se souvenir de sa vie. Il devait mener de biens drôles d'expérience pour en venir à la créer, elle mais également Néo. Et tout ça dans un but scientifique, de la pure curiosité, ou bien à des fins plutôt méprisables. Son humain d'origine semblait de la même trempe avec sa soif de connaissance. L'un comme l'autre ne lui inspiraient pas la sympathie. Elle n'appréciait pas non plus qu'on lui parle d'expérience sur l'une de ses compagnes ou sur son meilleur ami.

− Ce n'est pas ce que je demande. Je ne suis pas complètement humaine, mais je ressens des choses. Et pourtant, je n'ai jamais versé une seule larme. Se pourrait-il que ça me soit impossible ? Pourrait-on…comment dire… m'opérer pour que je puisse en produire ?

− Voilà une bien drôle d'interrogation. Ce genre de choses ne se commandent pas, elles sont liées aux émotions, et donc au cœur. Le cœur de chaque personne est unique. Prenons par exemple nos deux héros, Sora et Riku. Ce benêt de Sora a la larme facile, au contraire de Riku qui est beaucoup plus robuste.

Pourtant, Xion avait déjà cru voir une fine larme sur la joue de Riku, pendant les moments les plus sombres de la bataille contre Xéhanort, lorsque tout le monde avait cru Sora perdu pour de bon. Kairi s'était effondrée, Naminé n'en menait pas large non plus. Seule elle était restée stoïque, bien qu'attristée. Du moins le pensait-elle ? Qu'avait-elle ressenti lorsque Sora avait disparu ? Elle n'en était plus très sûre.

Elle ne s'était pas posée la question jusqu'à récemment. Xion entretenait une liaison avec Kairi et Naminé depuis plus d'un an. Les trois jeunes filles s'entendaient à merveille. Elles partageaient tant de choses ensemble qu'elles avaient fini par ne plus pouvoir se passer l'une de l'autre. Le reste avait naturellement suivi et Xion pouvait se considérer comme heureuse. Du moins, elle suggérait que c'était du bonheur. Chaque moment passé avec ses compagnes semblaient toujours plus beau, surpassant même ses réunions avec ses amis Roxas et Axel − enfin Lea − au sommet de la gare à la Cité du crépuscule.

L'une comme l'autre trouvait toujours quelque chose à faire lorsqu'elles étaient ensemble. Récemment, Kairi les avait emmenées au cinéma. Certaines scènes étaient tellement émouvantes qu'elles avaient arraché des larmes à la rousse. Encore plus récemment, Naminé avait également pleuré, de tristesse cette fois, parce qu'elle avait été recalée à un concours auquel elle participait. Kairi l'avait consolée, elle n'avait rien fait, ne sachant comment faire pour la réconforter. Puis encore la semaine dernière, Kairi était venue à leur rencontre, les larmes aux yeux et son diplôme d'étude secondaire en main. Naminé en avait pleuré de joie elle aussi, heureuse d'apprendre que la rousse allait pouvoir se rendre plus disponible maintenant. Xion était également contente. Oui, elle l'était sûrement. Pourquoi ne le serait-elle pas ? Mais malgré tous ces ascenseurs émotionnels, rien n'était venu. Pas la moindre humidité sous ses paupières. Se puisse t'il qu'elle soit parfaitement incapable de pleurer ?

On ne lui avait fait aucune remarque, mais Xion ressentait le besoin d'être comme les autres, de se sentir complètement humaine. Aujourd'hui encore, elle avait peur qu'on la jette comme un vulgaire jouet cassé.

− Pourquoi te préoccuper d'une chose aussi insignifiante ? reprit Even. Les larmes sont le signe d'un bouleversement du cœur, en positif ou négatif. Je dirai que c'est plutôt une bonne chose que tu en sois physiquement incapable. Pleurer te brouille la vue, t'empêche de lire ou de travailler sur des projets minutieux.

Mais pourquoi était-elle allée demander à cet homme qui ne voyait que par ses expériences de scientifique ? Elle avait été idiote de penser qu'il pourrait lui apporter une réponse, voire l'aider. Là, Xion avait juste l'impression de le déranger.

− C'est vrai, désolée du dérangement. Bonne journée à vous, s'inclina la jeune fille avant de tourner les talons.

− Connais-tu Pinocchio ?

Xion avait déjà croisé ce garçonnet espiègle et joueur dans les rues du Jardin radieux. Son père, qui paraissait bien âgé pour avoir un enfant si jeune, travaillait durement à la reconstruction de ce monde grâce à son métier de charpentier et sculpteur. Pourquoi Even lui parlait-il de lui ?

− Tu ne l'as toujours connue que comme un humain, mais cet enfant était une marionnette autrefois. Un pantin fait de bois. Un brin de magie lui a donné la vie et il a su développer son propre cœur grâce à l'amour de son père, ainsi que l'amitié de Jiminy Criquet. Il est un sujet d'expérience très intéressant, mais tu penses bien qu'on ne me laisse pas l'approcher. Je ne lui veux pourtant aucun mal, juste lui poser des questions.

D'accord, Pinocchio serait donc un peu comme elle.

− J'ai tout de même eu l'occasion de lire les rapports de ce drôle d'insecte. Jiminy cricket entretient des notes propres et détaillées des aventures de Sora. Une vraie mine d'or. Mais dans ses journaux les plus anciens, il raconte son quotidien avec Pinocchio, et il parle clairement d'une marionnette triste, qui regrette ses actes et qui pleure.

− Vraiment ?

− Oui, alors qu'il n'était encore qu'un simple pantin de bois. Tu devrais aller le lui demander. C'est bientôt l'heure de la sortie des classes. Ah, et si en passant tu pouvais le questionner sur ses relations et ses actes du temps où il n'était encore qu'un pantin.

Bien évidemment, le scientifique souhaitait tirer profit d'elle en échange de l'information qu'il venait de lui donner. Jusqu'où pouvait bien s'arrêter la quête du savoir ?

− Je vais essayer. Merci à vous, s'inclina Xion avant de quitter le château d'Ansem. Au revoir.

Even ne lui répondit pas. Elle n'avait pas quitté la pièce qu'il s'était déjà replongé sur son étude.


Convaincre Pinocchio de passer un peu de temps avec elle ne fut pas bien difficile. La promesse d'une glace suffit à le décider alors qu'il disait avoir des devoirs à faire et avait visiblement promis de rentrer immédiatement après l'école. Xion ne le retint pas longtemps. Elle avait elle-même un rendez-vous important aujourd'hui et elle ne tenait pas à arriver en retard.

Le garçonnet, qui avait maintenant une dizaine d'année, semblait touché par ses erreurs passées. Il se souvenait simplement d'une grande douleur dans sa poitrine, même si rien ne battait à l'intérieur, et les larmes étaient venues toute seule sans qu'il ne demande rien. Y repenser le rendait visiblement triste, aussi Xion n'insista pas.

− Le plus important, c'est de ne jamais mentir. Car tôt ou tard, ton mensonge se verra et tu feras de la peine aux personnes que tu aimes.

Cette révélation semblait importante pour le gamin. Xion hocha la tête puis le raccompagna chez son père en s'excusant. Discuter avec l'ancienne Marionnette l'avait cependant rassurée. Peut-être était-elle comme Riku finalement, avec un cœur plutôt dur. Peut-être avait-elle juste besoin d'un choc suffisamment grand pour se mettre à pleurer. Sora était important, mais Xion n'osait imaginer sa peine si elle venait à perdre Kairi ou Naminé. Ce serait terrible, n'est-ce pas ? Peut-être devrait-elle demander à Even de la plonger dans une sorte d'hypnose pour lui simuler la mort de ses compagnes. Ienzo semblait avoir conservé son pouvoir d'illusion. Ah, mais elle avait oublié la demande d'Even de questionner Pinocchio. Pour sur qu'il n'en serait pas satisfait. Plus tard peut-être. Pour le moment, il y avait un endroit où elle devait se rendre.

La brune se rendit sur la place de la ville et fit apparaître son armure. Elle invoqua sa keyblade, la sienne et non pas une copie de celle de Sora, pour la transformer en un planeur qui la ramènerait jusqu'à la Contrée de départ.

A son retour à la surface, Xion fut incapable de refaire appel aux pouvoirs de Sora étant donné qu'elle ne possédait plus ses souvenirs. Mais elle avait gardé toute sa dextérité. Riku lui fit don de la keyblade étant donné qu'il était passé maître. Puisqu'elle savait déjà la manier, autant rassembler un maximum de porteur pour la bataille finale. Son arme se nommait "Mer de souvenirs". Dans les couleurs jaunes, orangées et roses, elle se décorait de plusieurs coquillages. Une allonge moyenne et un bon équilibre entre force et magie, une keyblade qui lui correspondait bien.

Son style de combat ressemblait beaucoup à celui de Sora. Mais d'expérience en expérience, elle s'était développée son propre style. Elle excellait également en magie qui avait été sa seule arme autrefois, quand elle était privée de keyblade. Aqua s'occupait de sa formation magique, ainsi que de celle de Kairi qui aspirait à devenir maître.

Arrivée à destination, Xion rencontra sa compagne qui était justement en train de combattre Terra dans le hall du château. Le grand brun, dont le cœur avait été sauvé des ténèbres grâce à la protection d'Eraqus, était aussi candidat au symbole de maîtrise. Il possédait largement le niveau pour ce statut. Lui et Riku s'entraînaient souvent ensemble et leurs combats étaient juste titanesques. Mais Terra avait tenu à reprendre sa formation là où il l'avait laissé et faire réellement ses preuves dans un vrai examen. Kairi avait bien du mal face à lui, d'autant plus qu'elle avait l'interdiction d'user de magie. La force physique était son point faible, de même que l'esquive. Bien moins habituée aux combats, Kairi optait souvent pour des attaques magiques à distance, mais ça ne suffisait pas pour passer maître.

Xion, elle, savait manier une keyblade mais ne se sentait pas prête pour passer maître. Il restait toujours au fond d'elle le sentiment que sa naissance n'avait rien de naturelle. En revanche, elle accomplissait consciencieusement les diverses missions qu'on lui confiait, ravie de visiter de nombreux mondes. Et elle s'entraînait souvent avec Riku.

Xion traversa l'entrée pour y rejoindre Aqua qui supervisait l'entraînement. Elle lui remit les potions et éthers qu'elle était allée chercher à l'atelier des mogs, la raison pour laquelle elle se trouvait au Jardin radieux. La bleue la remercie et lui précisa que Sora et Riku n'étaient pas encore rentrés mais que ça ne saurait tarder. Tant qu'ils n'étaient pas revenus, elle et Terra se chargeaient de retenir Kairi. La brune hocha la tête et monta les marches pour se rendre dans la salle à manger où Naminé et Ventus se dépêchaient pour terminer les préparations. Ah oui, et il y avait aussi Vanitas. C'était assez incroyable qu'il daigne donner un coup de main. Son homologue avait dû l'implorer. Xion avait un peu de mal avec lui et son soit disant humour. Roxas aussi ne l'appréciait pas, lui et ses blagues de mauvais goût.

− Kairi est trop grande pour jouer à la poupée. Tu peux retourner à l'usine du père noël.

− Van, gronda gentiment Ventus.

− Oh ça va. Pas la peine de se vexer pour si peu.

A y penser, Ventus était bien le seul à le supporter. Et Riku aussi, certains jours. Naminé le fusilla du regard avant de se remettre à la tâche. La blonde n'était pas une guerrière, plutôt une artiste. Si ses dessins semblaient boiteux du temps où elle tripotait la mémoire de Sora, c'était parce qu'elle manquait de temps. Marluxia puis Diz lui mettaient la pression pour qu'elle se dépêche. Mais Naminé avait un réel talent, et pas seulement pour le dessin. Elle s'était découverte une passion pour la pâtisserie. Ses créations goûteuses et originales faisaient l'unanimité. Sora en était fou, Kairi oubliait la crainte de prendre du poids. Même Riku en mangeait avec appétit, et Vanitas ne disait rien mais n'en pensait pas moins. La blonde avait réussi à trouver un chef qui en avait fait son apprentie à la Cité du crépuscule. Elle avait récemment tenté un concours mais avait perdu en demi-finale. Bien qu'elle ait été déçue, et donc pleuré de frustration, elle ne baissait pas les bras et s'améliorait de jour en jour. Entre Naminé et Kairi, Xion se sentait bien futile à côté d'elles.

Aujourd'hui, ils fêtaient la remise des diplômes de Sora et Kairi. Les concernés n'étant bien évidemment pas informés. Les jumeaux, du moins c'est ainsi qu'on les appelait, s'occupaient de décorer la salle. De son côté, Naminé se débattait avec ses entremets personnalisés en forme de keyblade, de vrais trompes l'œil. Elle avait mis la barre haute pour sa petite amie et leur héros. La chaîne royale de Sora était en réalité une tarte au citron meringuée, tandis que l'appel du destin de Kairi se composait de crème framboise, de fleurs en sucre, de fruits frais, le tout posé sur un biscuit moelleux. Elle avait également confectionné un gâteau roulé qui rappelait un diplôme. Roxas et Lea se chargeaient de ramener des boissons. Il y avait également Mickey, Donald et Dingo censés les rejoindre. Pour le moment, Kairi s'entraînait et Sora était parti en mission avec Riku à Arendelle. Officiellement, ils devaient délivrer un message à la reine Elsa, mais le vrai but était seulement de les occuper pour plusieurs heures. Ce monde se situait à l'extrême opposé de la Contrée de départ. Riku l'accompagnait pour s'assurer qu'il ne traîne pas non plus. Sora avait toujours cette fâcheuse tendance à sympathiser avec tout le monde. Il s'attardait sur toutes les missions que lui confiait Aqua tellement il passait du temps à discuter avec les gens, à explorer les mondes ou bien à résoudre les soucis des habitants.

N'ayant rien de particulier à faire, comme d'habitude, Xion se chargea juste d'apporter de l'eau aux travailleurs, et même à Vanitas qui ne la remercia même pas, ce qui lui valut un reproche de la part de Ventus :

− Il a trop peur de pleurer, dit Xion pour répondre à sa provocation de tout à l'heure. Il n'a pas l'habitude qu'on prenne soin de lui.

Le brun lui lança un regard mauvais puis un sourire narquois. Il aimait les gens avec de la répartie. Il finit par baragouiner un vague merci avant de retourner travailler. Niveau socialisation, ce n'était pas encore ça. Vanitas était un peu comme elle. Un être qui n'aurait pas dû exister, crée artificiellement, une vie qui n'était pas totalement la leur. Et l'un comme l'autre avait travaillé pour Xéhanort. Xion avait cru comprendre qu'il avait fait beaucoup de mal par le passé, rongé par les ténèbres pures de son cœur, manipulé par Xéhanort qui en avait fait son pantin. Mais il avait fini par retourner sa veste et à se ranger du côté de son original. Ventus lui avait tendu une main amicale, lui promettant qu'il veillerait sur lui comme un frère. Le blond aurait été hypocrite de l'ignorer et de le haïr. Vanitas était issue de lui, de celui qu'il était avant que Xéhanort ne scinde son cœur. Yen Sid avait émis la possibilité de les réunir, mais Ventus avait refusé. Lui et Vanitas étaient maintenant liés comme des jumeaux. Aqua et Terra s'amusaient souvent à les dénommer ainsi. Bien que ce fut difficile au début, les deux aînés s'étaient finalement bien accommodés à sa présence et agissaient maintenant naturellement avec lui. Leur méfiance s'était estompée de jour en jour, et ils faisaient confiance à Ventus, contrairement à autrefois. A leur dernier anniversaire, Xion l'avait vu. Même l'être de ténèbres avait pleuré. Enfin plus exactement, elle avait senti son émotion lorsqu'Aqua lui offrit une éclaireuse semblable aux leurs, de couleur rouge. Il avait passé rapidement une main sur ses yeux puis avait quitté la pièce, prétextant un besoin pressant. Ventus avait souri et suggéré de le laisser tranquille pour le moment. Si lui le pouvait, alors pourquoi pas elle ? Se pourrait-il qu'elle ne ressente rien ? Elle aimait Kairi et Naminé, elle éprouvait de la sympathie pour tous les sauveurs du monde. Mais tous ses sentiments seraient-ils artificiels, un peu comme elle ?

Elle n'eut pas le temps de réfléchir davantage. Les invités venaient d'arriver. Aqua entra dans la salle à manger pour signifier que Kairi était en train de se doucher. Xion vérifia que son appareil photo était bien chargé. Hormis les glaces à l'eau de mer, elle n'était pas du genre à s'offrir des petits plaisirs. Elle avait découvert le merveilleux pouvoir des photos qui figeaient les souvenirs. Il y a plusieurs mois. Kairi fut appelée de toute urgence au Jardin radieux. Un travailleur qui œuvrait sur un chantier avait découvert un vieil album dans une maison abandonnée. Kairi y figurait, visiblement très jeune, accompagnée d'une vieille femme. En interrogeant les gens, elle découvrit qu'elle s'appelait Hana. La rousse avait pleuré et conservait le recueil de photos comme un trésor, la seule preuve de sa vie avant qu'elle ne soit expédiée sur les Îles du destin, une vie qu'elle avait oubliée. Personne n'avait retrouvé la vieille dame. Beaucoup d'habitants étaient malheureusement portés disparus après l'extinction de ce monde. Mais la présence de ces photos avait permis d'ériger une tombe à la disparue sur laquelle Kairi se rendait régulièrement.

Peu de temps après cet épisode, Xion avait réuni toutes ses économies pour faire l'acquisition de cet appareil. Pour tout dire, elle n'avait plus du tout envie qu'on l'oublie. Grâce à lui, il y aurait toujours des preuves de son existence, de ses liens avec les autres.

Le goûter se passa dans une ambiance festive. Sora bondit de joie sur ses compagnons d'aventure Donald et Dingo. Kairi alla serrer Naminé dans ses bras pour la remercier de son travail. Elle demanda à Xion d'immortaliser les œuvres pâtissières avant que l'ensemble des gens présents ne dégustent les délicieux mets. On passa plus de temps à féliciter la pâtissière que les jeunes diplômés. Naminé en eut les larmes aux yeux. Elle avait été sacrément ébranlée par son flop au concours. Tous ces compliments lui redonnaient de l'énergie, de l'imagination et surtout de la motivation.

Plus tard, tandis que Xion aidait à débarrasser, elle sentit les bras de Kairi passer autour de sa taille.

− Merci beaucoup pour aujourd'hui.

− Je n'ai rien fait de particulier.

− Merci quand même.

La rousse lui embrassa doucement la joue avant de revenir vers Naminé qu'elle cajola plus longuement, la félicitant encore pour ses gâteaux. Elle semblait clairement plus amoureuse et en bien meilleure compagnie. Xion ne put s'empêcher de sentir une pointe de jalousie. N'étaient-elles pas censées être ensemble toutes les trois ? Dans leur étrange couple, elle était toujours celle qui semblait en trop. Naminé et Kairi paraissaient bien plus proches. Normal, elles avaient partagé quelques aventures où elle avait été absente.

Une émotion violente traversa l'ancienne marionnette. Subitement, elle abandonna sa tâche et quitta le château des maîtres de la keyblade. Elle se rendit dans la cour, jusqu'au bord de la falaise où elle s'assit. Devant elle s'étendait les larges plaines de ce monde. Des étendues verdâtres et vides, comme elle. Rien n'allait décidément. Qu'est-ce qui clochait avec elle ? Elle ne se sentait pas à sa place. Même avec Roxas et Lea, il y avait quelque chose de différent par rapport à autrefois. Elle avait déjà du mal avec le vrai prénom du rouquin. Et en plus, ce dernier passait pas mal de temps avec Saïx, enfin Isa. Deux vieux amis qui s'étaient retrouvés, sauf que Xion avait encore de la rancune envers l'ancien réceptacle de Xéhanort. Quant à Roxas, il la délaissait également au profit d'Hayner, Pence et Olette. La brune se sentait seule. Aujourd'hui, elle n'arrivait plus à trouver sa place même auprès de ses compagnes. Elle ne parvenait pas non plus à se trouver une passion, une envie de vivre. Encore fallait-il qu'elle soit humaine. Mais elle était juste une poupée dont tout le monde s'était lassé.

Xion retira l'appareil qui pendait à son cou. A quoi bon ? Elle disparaissait des mémoires qu'elle le veuille ou non. Quelques clichés n'y changeraient rien. Elle ne savait pas vraiment ce qu'elle comptait faire, mais pour commencer, elle devait se débarrasser de cette chose, une idée stupide. Comme c'était drôle. Elle était triste, déprimée comme jamais, et pourtant aucune larme ne pointait. Son cœur était définitivement artificiel.

Xion s'apprêtait à balancer l'objectif dans le vide lorsqu'une main la retint, ferme voire carrément brute. Pour sûr qu'il ne devait s'agir ni de Kairi, ni de Naminé. Ses yeux rencontrèrent l'or de Vanitas qui la fixait avec une sorte de mépris.

− Tu as tant d'argent à dépenser que tu balances ce pour quoi tu as bossé ?

− Tu ne devais pas aider à ranger ?

− Ca me gonflait. Ventus m'a donné l'autorisation d'aller prendre l'air. Alors, tu n'en veux plus de ton appareil ? Au lieu de le balancer, je le prends.

− D'accord, mais laisse-moi vider la carte mémoire avant ça.

− T'es spéciale toi. Elles ne te plaisent pas les photos que tu as faites ? Elles avaient l'air plutôt bonnes pourtant. Ventus sera triste si tu les effaces. Les autres aussi, mais je m'en fiche des autres.

Elle avait bien envie de rire tellement sa réplique sonnait faux.

− Tu n'en as pas marre de jouer les bad boys ?

− Tu n'en as pas marre de faire ta mal-aimée ?

− Tu te soucies bien plus des autres que tu n'en donnes l'air. Sois un peu honnête.

− Tu as deux superbes copines qui partagent ta vie mais ça te suffit pas ?

− Tu as l'intention de te lancer avec moi dans un concours de réparties ?

− Pourquoi pas ? Tu ne sais pas dans quoi tu t'engages.

− Tu pourrais être surpris.

− L'idée est tentante, mais je crois que tu as de la visite.

Au loin, Xion vit arriver Kairi et Naminé, un air anxieux sur leur visage de porcelaine.

− Alors, je peux l'avoir ? demanda encore Vanitas qui ignora les deux nouvelles arrivantes.

− Tiens et fais-y attention.

− Pas de problème.

Le brun s'éloigna en faisait tourner l'appareil photo par son tour de cou. Heureusement qu'elle lui avait dit d'en prendre soin. Enfin, il pouvait bien en faire ce qu'il voulait maintenant. Kairi arriva jusqu'à elle et lui prit ses deux mains.

− Pourquoi es-tu partie ? Qu'est-ce qui t'arrives ? Tu n'as pas l'air bien depuis tout à l'heure.

− Euh…

Comment leur avouer qu'elle était jalouse que leur complicité ? Qu'elle se sentait complètement insignifiante ? Quoiqu'elle dise, Xion savait que Kairi et Naminé démentiraient ses doutes, et elle se sentirait stupide. Elle n'avait pas du tout envie de se rabaisser encore. Elle préféra donc mentir.

− Je crois que je couve quelque chose, dit-elle comme excuse. Je me sens un peu fatiguée.

− On ne dirait pas que tu as de la fièvre pourtant.

Kairi lui touchait le front. Xion n'avait jamais contracté la moindre infection. Peut-être parce qu'elle était une marionnette. Définitivement, elle ne serait jamais humaine.

− Tu as accompli pas mal de missions ces derniers jours, et tu t'entraînes beaucoup aussi. Je vais demander à Aqua qu'elle te donne un peu de repos, dit Kairi.

− Non c'est bon, répondit un peu trop abruptement Xion. Je ne sais faire que ça de toute façon.

− Mais qu'est-ce que tu racontes ?

− Je ne suis pas comme vous. Je suis différente. Je ne pourrais jamais prétendre être humaine.

Ses deux compagnes lui lancèrent un regard choqué. Xion soupira, elle s'était trahie elle-même. La boule de feu était lancée, elle ne pouvait plus faire demi-tour maintenant. C'était probablement mieux qu'elle ne leur mente pas finalement. Comme le lui avait conseillée Pinocchio. Même si Xion pensait qu'elle ne valait pas grand-chose, elle ne tenait pas non plus à leur faire du mal, encore moins à ces deux magnifiques jeunes filles. Elle leur expliqua donc ses doutes, son sentiment d'infériorité, et surtout son incapacité à pleurer. A la fin de son récit, Kairi et Naminé se jetèrent sur elles dans un câlin serré. Xion s'en doutait. Ces deux personnes étaient tellement belles, et pas que physiquement. Elle leur rendit leur étreinte, guidée par son instinct, son envie de les sentir tout contre elle.

− N'écoute pas cette voix malsaine, chuchota Kairi dans une oreille.

− Laisse notre Xion tranquille, souffla Naminé dans l'autre.

− Elle est merveilleuse, forte, endurante, consciencieuse.

− Et elle prend de magnifiques photos.

− Elle sait figer la beauté des paysages, et des évènements.

− Elle devrait songer à se spécialiser.

− Et ce n'est pas important si elle ne pleure jamais. Pleurer, c'est vraie plaie.

− Ca lui donne un air trop classe, une dure à cuire. J'aimerai vraiment lui ressembler.

La rousse et la blonde se reculèrent pour la regarder sérieusement.

− Ne pense plus jamais que tu ne vaux rien, Xion, reprit Kairi avec un ton quelque peu sévère. Tu ne peux pas pleurer ? Et alors ? Tu n'en as pas besoin pour nous prouver que tu nous aimes. Tu es patiente, volontaire, tu cherches toujours à nous faire plaisir. Avec toi, nous nous sentons aimées, et nous t'aimons. On s'en fiche que tu sois une humaine, une marionnette, un simili ou n'importe quoi d'autre. Nous t'aimons, nous aimons ta personne, nous aimons ton cœur.

Kairi prit son visage entre ses mains pour l'embrasser. Puis ce fut au tour de Naminé de tourner ses yeux vers elle.

− Tu n'es pas inutile. Tu n'imagines pas tous les services que tu rends. J'ai déjà entendu Aqua dire qu'elle ne pouvait plus se passer de toi et qu'elle trouvait dommage que tu ne te décides pas à passer maître. Tu ne peux évidemment pas être douée dans tous les domaines, mais chacune de nous avons notre spécialité. Nous trouvons vraiment que tu t'en sors bien dans la photographie.

Xion ne se pensait pas spécialement douée dans ce domaine. Mais elle était assez exigeante sur la qualité des images prises. Rapidement, elle avait compris comment jouer avec la lumière naturelle pour magnifier ses clichés. Juste un coup de main, rien de bien exceptionnel. Elle y mettait tout son cœur dans chacun d'eux, un peu comme quand on offre un cadeau à quelqu'un qu'on aime. Elle reconnaissait que ça lui plaisait bien, mais c'était déjà trop tard.

− Je viens de donner mon appareil à Vanitas, dit-elle.

− Tu n'as pas fait ça ! se scandalisèrent ensemble ses deux compagnes.

− C'état une idée idiote de toute façon.

− Pas du tout, c'est même tout le contraire. Il faut que tu le récupères. Tu as travaillé dur pour te l'acheter.

− Ce n'est pas grave. Si ça me manque, je m'en paierais un autre lorsque j'aurais assez économisé.

− Pas question, on va récupérer le tien. Allez viens.

Kairi et Naminé la tirèrent jusque dans le château. L'ensemble des habitants devait être en train de finir de ranger. Mais une fois dans la salle à manger, il n'y avait plus personne. En revanche, l'appareil photo de Xion trônait seul au milieu de la grande table, avec une note à côté : « Trop compliqué ton machin. Je te le rends. »

Pas de signature, mais la vulgarité des mots ne laissait aucun doute sur l'identité.

− Vraiment qu'un mufle ce Vanitas, maugréa Naminé.

− Au moins, Xion a récupéré son bien. Ca me fait penser qu'on n'a pas encore regardé les photos de cet après-midi. Montre-nous Xion.

La brune hocha la tête puis alluma l'appareil. Elle se souvenait du dernier cliché tiré. Une photo de l'ensemble du groupe prise grâce au retardateur. Elle s'attendait à voir Vanitas tirer la grimace. Ce dernier était tout bonnement incapable d'être sérieux. Et effectivement, elle tomba immédiatement sur le brun qui s'était tiré un selfie. En fait, il en avait fait plusieurs, tous plus hilarants les uns que les autres.

Un doigt d'honneur sur une image. Sur une autre, il passait une main sur son front en signe de fatigue, alors qu'en arrière plan on voyait clairement Terra et Riku chargés comme des ânes. Sur la suivante, il imitait un "Toc Toc" sur sa tempe avec Dingo derrière lui qui semblait raconter des blagues et Sora qui s'en esclaffait. Combien en avait-il fait au juste ? Sur la suivante, toujours en selfie, il arborait une mine moqueuse tandis que derrière lui, Aqua le poursuivait d'un air sévère, sa keyblade pointée droit sur lui. Il fallait dire qu'il aimait bien chambrer la magicienne sur ses sentiments plus qu'évident envers Terra. Ces deux-là ne sortaient pas ensemble, du moins pas encore. Le grand brun souhaitait attendre de passer maître pour se permettre une relation avec sa belle promise. Kairi et Naminé rigolaient en regardant tous les drôles de clichés de Vanitas. Sur une autre photo, tout le monde pointait un doigt accusateur vers lui tandis que Ventus se frottait l'arrière du crâne en signe d'excuse. Vanitas, lui, affichait l'air du mec qui ne comprend pas pourquoi tant de haine. En même temps, il n'avait visiblement rien foutu pendant le nettoyage.

− Il est fou ce type, commenta Kairi qui n'arrêtait pas de rire.

Le dernier selfie finit de les achever. Vanitas avait une main sur sa joue et l'expression d'une adolescente en extase devant un film d'amour, tandis qu'en arrière plan figuraient les trois jeunes filles enlacées. Xion explosa de rire à son tour, n'en pouvant plus. Pour le coup, elle ne regrettait pas de lui avoir temporairement confié l'appareil. Etait-ce pour cela qu'il le lui avait demandée ? Pour s'amuser un peu ? Avait-il essayé de la réconforter à sa façon ? Il ne l'avouerait probablement jamais, mais son avis sur lui avait remarquablement changé. Dans un sens, elle était aussi contente qu'il l'ait empêchée de briser cet outil qui était en train de les faire rire si fort qu'elles en avaient mal aux côtes. Les photos avaient décidément un pouvoir magique. Xion n'avait jamais autant ri de sa vie. Malgré la douleur, ça faisait un bien fou. La tension accumulée s'envolait, et sans prévenir, des larmes de rire perlèrent dans ses yeux.


Note de l'auteur : L'idée d'introduire Pinocchio m'est venue avec l'écriture. Ca m'a fait penser au Pinocchio adulte de la série Once Upon a time et j'ai décidé de garder cette idée derrière l'oreille.