Thème : Solitude
Résumé : Kairi ferait n'importe quoi pour ne plus jamais revivre l'affreux sentiment de solitude enduré par le passé. Tandis qu'elle fait des recherches sur l'inconnue qui siège dans le cœur de Sora, elle réalise la présence de Naminé en elle, chaleureuse et réconfortante, qui chasse ses craintes et l'aide dans sa mission.
Tout public / Univers Canon
Note de l'auteur : J'avais commencé à écrire ce chapitre lors du thème précédent avant de décider de l'utiliser ailleurs (sinon le thème Give up aurait été bien trop long). KH3 sort dans une semaine et je tenais à le poster avant étant donné que j'évoque des choses qui risquent de se produire mais qui bien sûr seront différents). Histoire de ne pas trop partir dans le canon divergeant.
Bonne lecture.
8 - Solitude
Kairi n'aimait pas la solitude. Elle avait passé bien trop de temps à attendre le retour de Sora et Riku, assise sur la plage. Pendant un an, elle était restée seule, inquiète, incomprise de ceux qui l'entouraient. Les gens n'avaient aucun souvenir de la chute des îles du destin. Elle avait été peinée de voir les parents de Sora et Riku arpenter l'île chaque jour à la recherche de leur fils disparus. Elle avait été longuement questionnée. Tous savaient qu'ils étaient inséparables tous les trois. A ce moment-là, elle ne s'était jamais sentie aussi abandonnée. Ils devaient partir à l'aventure tous les trois, et finalement elle restait seule derrière.
Kairi ne voulait plus jamais revivre ça. Elle avait décidé d'apprendre à combattre, à manier son arme pour ne plus être laissée en arrière. Mais Kairi n'aimait pas tellement les combats. Malgré son entrainement avec Lea, son niveau restait médiocre. Pour sûr que ce n'était pas naturel chez elle, au contraire des garçons qui se battent depuis l'enfance pour s'amuser. En revanche, elle s'en sortait bien en magie, et elle excellait dans les sorts de soin. Même si ce n'était pas grand-chose, elle savait qu'elle était un soutien. Elle ne se sentait pas inutile, et surtout elle n'était pas laissée de côté. Yen Sid lui avait même confiée une mission, à elle et à Lea. Ils devaient découvrir l'identité de cette inconnue qui logeait dans le cœur de Sora. Une fille aux cheveux brun, au visage similaire au sien. Leur seul indice : elle portait le manteau de l'organisation.
Lea eut l'idée de chercher des indices à l'ancienne citadelle encore désertée. Le drôle de duo se sépara pour mener au plus vite cette tâche. Kairi craignait de se retrouver larguée toute seule pour sa première mission. Elle n'était pas débrouillarde comme les garçons. Mais très rapidement, elle comprit qu'elle n'avait plus besoin d'être avec quelqu'un.
Tout au long de cette mission, Kairi fut frappée par de nombreux instincts. Comme celui de se rendre dans la salle blanche à la cité du crépuscule. Elle sentait ses pas guidés par une petite voix en elle, comme si une entité la menait. C'est comme cela qu'elle atterrit dans la pièce où Naminé avait œuvré pendant plusieurs mois. Kairi ne connaissait rien de sa simili, mais Riku lui en avait parlée. Elle savait juste qu'elle était une jeune fille calme et persécutée, mais qui savait exactement ce qu'elle voulait.
La pièce portait bien son nom. Tellement immaculée que Kairi en fut presque éblouie. D'emblée, sa poitrine s'emballa lorsqu'elle pénétra complètement. Elle savait pourtant qu'elle n'avait pas peur. Cet endroit lui semblait paisible, et les quelques sans-cœurs qu'elle avait croisés dans la forêt étaient de faible niveau. Cette angoisse ne lui appartenait pas. C'était comme si son cœur entrait en résonnance. Elle se souvint alors qu'en elle résidaient les vestiges de Naminé. Tout s'expliquait. C'était Naminé qui chuchotait sur son cœur pour la guider, et c'était donc elle qui l'avait menée ici. C'était logique. Elle ne connaissait même pas ce manoir. Pour sûr qu'elle ne serait jamais venue ici d'elle-même. Cette découverte laissa une douce chaleur dans sa poitrine. Elle ne pouvait pas communiquer avec sa simili, mais maintenant qu'elle y pensait, Kairi ressentait sa présence. Elle était rassurée, satisfaite, étrangement heureuse bien qu'elle ne connaisse pas cette petite blonde qui l'avait aidée lorsqu'elle était prisonnière et qu'elle avait immédiatement suivie. Pendant un instant, Kairi oublia sa mission. Les deux mains posées sur sa poitrine, les yeux fermés, elle s'imaginait mentalement se retrouver en face d'elle, lui donner une accolade amicale, enlacer ses épaules pour la remercier des risques qu'elle avait pris pour la délivrer. S'introduire dans le repaire de l'organisation n'était quand même pas une mince affaire.
− Merci Naminé. Maître Yen Sid est en train de chercher une solution pour délivrer les cœurs prisonniers dans celui de Sora. Sois-en sûre que si ça fonctionne, je compte bien te faire sortir toi aussi.
Elle était seule dans la pièce et seul le silence lui répondit. Kairi sentit soudain de nouvelles palpitations, plus rapides cette fois. Un sentiment d'effroi l'envahit. Elle frissonna et trembla malgré elle. Encore une fois, elle savait que cette émotion ne venait pas d'elle.
− Calme-toi, Naminé. De quoi as-tu peur ? C'est cette pièce qui te gène ?
Kairi examina mieux les lieux. Malgré l'apparente quiétude, la blancheur des murs lui donnait un affreux sentiment de vide. Elle imaginait Naminé assise à cette grande table, crayon en main, dans une pièce bien trop grande pour sa petite silhouette menue, sans personne pour lui venir lui parler, lui apporter un peu de réconfort et d'encouragement dans sa tâche. Juste des feuilles muettes comme seul accompagnement. La solitude la plus complète, imprégnée dans ces murs, tellement plus importante que la sienne. Kairi, elle, avait toujours eu la compagnie de sa famille et de ses autres amis sur l'île. Elle savait qu'elle ne devait pas s'attarder ici. Elle n'avait pas envie de faire souffrir Naminé. Mais cette expérience lui donna un nouvel objectif. Celui de libérer sa simili et d'apprendre à la connaître.
− Nous resterons ensemble et nous ne serons plus jamais seule.
La tension dans sa poitrine s'estompa doucement. Kairi sut qu'elle avait réussi à apaiser Naminé. Elle ne devait pas en oublier sa première mission. Elle examina chaque dessin. Beaucoup de représentation de Sora, mais également de Roxas, Axel, même elle et Riku. Ce n'était pas ce qu'elle voulait savoir. Comme guidé par un nouvel instinct, Kairi poussa la lourde table et souleva le tapis. Dessous se trouvaient d'autres dessins similaires à ceux accrochés sur les murs, sauf que Naminé la remplaçait à elle. Il y avait également Sora combattant Axel, une femme blonde puis un homme aux cheveux roses. Tous portaient le manteau de l'organisation. Sora qui aimait conter ses aventures n'avait jamais parlé de cet épisode.
Kairi continua d'examiner les feuilles colorées, puis les dessins changèrent. Elle reconnut immédiatement la mystérieuse brune aux cheveux courts comme le leur avait décrit Riku. Elle se trouvait en compagnie de Roxas et Axel. Qu'est-ce que ça signifiait ? Si seulement Naminé pouvait être là, à côté d'elle. Elle savait des choses que tous ignoraient. Elle connaissait l'identité de cette brune, son lien avec eux. Après tout, elle était une sorcière qui manipulait les souvenirs. Serait-ce possible qu'elle soit la seule à ne jamais oublier ? Ça devait être triste. De savoir des choses et que personne ne vous croit.
Kairi continua d'étudier chacun des dessins. On y voyait la fille brune combattre des sans-cœurs avec une keyblade, la même que celle de Sora. De plus en plus de mystères. Un autre la montrait endormie, entourée de coquillages. Tout cela ne l'aidait pas mais l'embrouillait encore plus. Sous la dernière feuille était justement caché un coquillage. Insignifiant et qui ressemblait beaucoup à tous ceux qui bordaient son île. A peine elle s'en saisit qu'elle fut frappée d'une vision.
Des étincelles de lumière s'envolaient dans un ciel crépusculaire. Devant elle, le visage triste de Roxas. Un regard déchirant, une expression qui vient du cœur. Kairi se jura d'être face à un humain et non simili sans cœur.
La vision s'évapora et Kairi était de retour dans la pièce blanche. Le coquillage qu'elle tenait dans sa main quelques instants plus tôt avait disparu. Elle le chercha un peu avant de laisser tomber et de partir, non sans récupérer les précieux dessins de Naminé. Elle les montra le jour même à Lea qui parut surpris et nostalgique. Mais son attention se portait davantage sur Roxas que la jeune fille brune.
− Je me souviens que Roxas était mon ami. Enfin, celui d'Axel. Mais pas cette chose.
Axel avait disparu, mais leur nouvel ami n'avait rien de différent de l'ancien simili. A l'exception des marques sous ses yeux, Lea était tout simplement Axel, son cœur d'humain en plus. La même taille, la même démarche, le même timbre de voix, et surtout les mêmes souvenirs et les mêmes émotions. Même en étant redevenu humain, Lea semblait avoir conservé son attachement envers Roxas. C'est d'ailleurs dans l'espoir de le retrouver et de se réconcilier avec lui avec lui qu'il avait décidé de combattre aux côtés des guerriers de la lumière. Kairi l'aimait bien. Elle ne lui en voulait plus du tout de lui avoir forcée la main autrefois. Et puis il était sympathique, drôle et plutôt agréable à vivre. Son ton froid vis-à-vis de la jeune fille brune étonna Kairi.
− Pourquoi parles-tu d'elle comme cela ?
− Juge par toi-même, dit-il en lui tendant une pile de documents qu'il avait ramenée de la citadelle.
Les papiers étaient des rapports signés d'un scientifique du nom de Vexen. Un simili appartenant à l'organisation, et dont son humain d'origine trônait maintenant au Jardin radieux. Au milieu du charabia scientifique, elle comprit globalement le projet de clonage du héros de la keyblade et la création d'une marionnette censée voler ses souvenirs afin de s'approprier ses pouvoirs. Les rapports ne détaillaient pas la suite de l'expérience. Sans doute que le créateur avait eu un problème. Kairi supposait que le projet avait dû fonctionner. Cela expliquait pourquoi la brune manipulait la chaine royale tout comme Roxas et Sora. Mais pourquoi personne ne se souvenait d'elle ?
Les rapports furent montrés à Even qui mentionna l'existence d'une autre marionnette à l'image de Riku, mais ce projet-là lui était complètement inconnu.
Riku lui-même était confus. Lorsqu'il avait rencontrée l'inconnue dans le cœur de Sora, il avait eu une sensation familière, de déjà vu, et pas uniquement parce qu'elle ressemblait à Kairi.
− J'ai déjà entendu sa voix, dit-il. Je crois qu'elle me disait « Riku, arrête Roxas ».
Lea ne semblait vraiment rien savoir, mais il agissait étrangement depuis la découverte des rapports.
− Ne te souviens-tu pas d'une chose ? De la moindre petite chose ? insista Kairi.
− Je me souviens très clairement de Roxas. On se retrouvait tous les soirs au sommet de la gare pour y manger une glace à l'eau de mer et on discutait de tout et de rien. On se racontait nos missions, on se plaignait de l'intransigeance de Saïx, de la fénéantise de Demyx, des blagues douteuses de Xigbar, de la mauvaise foi de Xaldin, des jeux truqués de Luxord qui nous volait tous nos munnies.
Kairi ressentit comme une certaine nostalgie dans sa voix. Lea ne regrettait pas tant le temps où il faisait parti de l'organisation, mais plutôt ses moments passés avec Roxas. On ne savait pas encore si c'était possible de le délivrer et Kairi comprenait son anxiété qu'il dissimulait à merveille derrière son sourire et sa bonne humeur. Son autre ami Isa était devenu l'un des réceptacles de Xehanort, et Roxas n'existait pour le moment que dans le cœur de Sora. Il n'avait plus personne avec qui se sentir très proche. Kairi se dit qu'il devait lui aussi souffrir de solitude, même s'ils passaient beaucoup de temps ensemble ces temps-ci.
− Pourtant, reprit-il, depuis que j'ai lu les rapports de Vexen, j'ai un étrange sentiment. Je me souviens avoir dit certaines choses, mais ce n'était pas à Roxas.
− Lesquels ? demanda Kairi.
− Axel a fait… Enfin, j'ai fait deux promesses. Celle de toujours ramener mes amis quoi qu'il arrive, peu importe combien de fois ils s'enfuient. Et la seconde, j'ai promis qu'on irait à la plage sur un jour de repos. Je n'ai pas dit ces choses à Roxas, j'en suis sûr. Ce n'est pas Roxas qui aimait la plage.
Kairi fit immédiatement le lien avec le mystérieux coquillage. Probablement pas un hasard.
− Et maintenant, quand je te regarde, j'ai parfois l'impression que c'est quelqu'un d'autre qui me parle. Ça m'agace tellement de ne pas me souvenir. A croire que cette chose était juste là pour me chambouler, pour me faire oublier que ma priorité, c'est Roxas et personne d'autre.
− Personne ne te détournera de ton objectif parce que tu aimes Roxas plus que tout. Ne doute pas de ça. Mais je ne pense pas que notre inconnue t'était indifférente non plus. Il doit y avoir une raison pour que tu ne t'en souviennes pas, mais ton cœur, lui, ne l'a pas complètement oublié. Je te promets de le découvrir.
On ne peut tromper le cœur et les sentiments. Ils sont bien plus forts que les souvenirs. Cette croyance ne venait pas d'elle. Kairi sentait que sa simili tentait de lui communiquer quelque chose.
− Naminé, j'aimerai tellement que tu sois là, que tu me dises tout, que tu me racontes tout ce que tu sais. Je te croirai, quoi que tu dises.
Kairi s'étonnait de la confiance absolue qu'elle vouait à sa simili. Elles étaient connectées. Elle avait l'impression qu'elles se comprenaient parfaitement même sans pouvoir communiquer ensemble. Naminé était une petite lumière qui chassait ses peurs de solitude. Il n'y avait qu'elle qui pourrait les éclairer sur l'identité de l'inconnue.
− Tu dois vite revenir parmi nous. Cette jeune fille a besoin de toi, nous avons besoin de toi. Et moi-aussi, j'ai besoin de toi. J'ai tellement envie de te voir.
Elle avait bien envie d'ajouter qu'elle aimerait la toucher et la prendre dans ses bras. Mais elle n'avait pas besoin de parler. Naminé comprenait tout. Au lieu d'une palpitation, une douce chaleur envahit Kairi. Elle ferma les yeux et savoura cette sensation exquise dont elle n'avait plus envie de se défaire.
Durant les semaines suivantes, Kairi fut assaillie d'images, de flashs de souvenirs qui ne lui appartenaient pas, de longs rêves qui semblaient lui raconter une histoire. Elle voyait au travers des yeux de quelqu'un et ne pouvait rien faire pour intervenir. Elle se demanda si Naminé ressentait la même chose en étant prisonnière de son cœur.
Ces images la terrifiaient parfois, surtout lorsque qu'elle voyait des sans-cœurs foncer sur elle. Elle voulait se défendre mais elle ne contrôlait rien. Elle était juste spectatrice et les coups qu'elle recevait ne la blessaient pas. Elle ne ressentait même aucune douleur.
Dans ces images elle reconnut Roxas et Axel, souriants et amicaux. Elle n'était clairement pas une simple "chose" à leurs yeux. Elle était leur meilleure amie.
Il y avait aussi Saïx qui la regardait avec froideur et mépris. Même si ce n'était que des souvenirs, Kairi trembla lorsqu'il lui adressait la parole juste pour lui donner des ordres et la rabaisser.
Elle reconnut également Riku qui portait le manteau de l'organisation et un bandeau noir sur les yeux. D'abord froid et cassant, il finit par se montrer plus bienveillant, attentif et aidant, même s'il agissait avant tout dans l'intérêt de Sora.
Puis enfin, elle reconnut Naminé, dans cette pièce blanche et vide, qui lui expliquait son rôle. Son pouvoir de modifier les souvenirs, son devoir de rendre à Sora sa vraie mémoire. Et la fatalité qui pesait sur l'inconnue, qui absorbait tous les fragments de la mémoire de Sora bien malgré elle. Pour que tout rendre dans l'ordre, elle devait disparaitre et se faire oublier de tous. Un peu comme Naminé qui n'existerait plus dans la mémoire de Sora à son réveil. L'oubli pur et simple pour ces deux personnes qui ont pourtant sacrifié leur vie pour le héros de la keyblade. Deux vies manipulées, deux cœurs en souffrance. Kairi avait honte. Elle qui croyait tout connaître de la solitude, elle était tellement loin de la réalité. Cela ne fit que renforcer son désir de les délivrer toutes les deux.
A la fin, Kairi visualisa une seconde fois les étincelles de lumière et le visage de triste de Roxas. Elle fit immédiatement le lien avec les dessins de Naminé. Tout correspondait. Elle avait assisté à tous les souvenirs de cette fille brune, de Xion, c'est comme cela qu'on l'appelait, jusqu'à sa disparition.
− Comment est-ce possible ? Pourquoi moi ?
Guidé par un nouvel instinct, Kairi se rendit sur une plage et y ramassa un coquillage similaire à celui qu'elle avait trouvé dans la pièce blanche et qui avait disparu.
− Ses souvenirs n'étaient pas définitivement perdus. Ils se sont matérialisés dans ce coquillage, la seule chose qu'elle a laissé derrière elle. Puis son cœur est allé en Sora. Elle ne pouvait pas les emmener avec elle. Et maintenant, ils sont en moi. Je vais les garder précieusement jusqu'à ce qu'elle revienne.
Qu'importe comment, il lui hâtait maintenant qu'on les fasse sortir. Jusqu'à ce jour, il était impossible de libérer des cœurs sans en sacrifier l'hôte. Sora en avait déjà fait l'expérience. Il avait été obligé de se transformer sans-cœur pour elle. Il le ferait encore, mais rien ne garantissait qu'il revienne. Son retour la première fois tenait du miracle. Riku l'empêcherait forcément de se sacrifier. Ce n'était définitivement pas le moment de perdre un guerrier comme lui, et puis il tenait bien trop à Sora pour le laisser tenter une expérience aussi dangereuse. Kairi soupçonnait parfois qu'il éprouvait bien plus que de l'amitié pour le châtain. Elle n'en était pas jalouse. Même si elle adorait Sora, il était fini le temps où elle ressentait pour une lui une tendresse amoureuse. Au final, juste un béguin d'adolescente. L'étreinte chaleureuse que lui avait prodiguée Naminé était, à ce jour, la chose la plus exaltante qu'elle avait connue. Et les souvenirs de Xion étaient tellement captivants et impressionnants. Elle rêvait de les connaître enfin. Elle savait que les rencontrer mettrait définitivement fin à sa solitude.
Son souhait finit par se réaliser. A l'issue d'un long et compliqué processus, Yen Sid réussit à libérer les cœurs de Roxas, Xion, ainsi qu'une autre personne dont le corps ne se trouvait pas à la tour mystérieuse. Le vieux magicien veilla à le mettre en sécurité dans un dispositif censé le contenir le temps de retrouver son propriétaire.
Riku s'inquiéta de l'état de Sora bien ébranlé par l'opération, mais en bonne forme. Il était assez content de revoir son simili. Tout comme Kairi avec Naminé, il avait bien envie de le connaître et surtout de s'excuser. Il n'avait rien fait, mais il se sentait un peu coupable. Après tout, Roxas avait lui aussi disparu pour permettre le réveil de Sora. Seulement, il n'eut même pas le temps de le saluer que Lea se jeta sur lui. Les retrouvailles émouvantes captèrent l'attention de tous et personne ne prêta attention au corps de Xion toujours inerte.
− Cette jeune fille a bien retrouvé son cœur, mais quelque chose l'empêche de se réveiller, déduit Yen Sid.
− Naminé connait la réponse. Et puis, Naminé a aussi le droit de revenir. Maître Yen Sid, libérez-là elle aussi, implora presque Kairi.
− Je me suis douté que tu demanderais ça. Ce sera plus simple avec toi qui ne peux pas te transformer en sans-cœur. Nous allons installer cette jeune fille dans une chambre. Le temps de reprendre des forces, on s'occupera de toi et Naminé ensuite.
Kairi était prête à tout, même qu'on lui ouvre sa poitrine si cela lui permettait de serrer enfin Naminé dans ses bras. L'opération était douloureuse et elle s'étonnait que Sora n'ait rien dit. Elle serra les dents, prête à endurer les pires supplices. Si elle criait trop, Sora ou Riku risquaient d'interrompre le processus et il n'en était pas question. Au bout de plusieurs minutes, Naminé apparut à ses côtés. Lorsque les deux jeunes filles croisèrent enfin leur regard, elles se rapprochèrent immédiatement, attirées l'une vers l'autre comme des aimants. Elles restèrent longuement enlacées. Kairi ressentit à nouveau cette sensation merveilleuse. Elle n'avait plus envie de s'en défaire. Elle resta accrochée à sa simili, ignorant complètement les autres. Ces derniers décidèrent de les laisser seules un instant. Yen Sid avait lui aussi besoin de se reposer après avoir usé de son pouvoir.
− Merci de m'avoir permis de revenir.
− Je suis si heureuse que tu sois là.
La rousse laissa échapper quelques larmes et resserra son étreinte autour de la blonde. A l'apogée du bonheur, elle osa même déposer ses lèvres sur la joue de l'autre jeune fille. Surprise, Naminé se recula vivement.
− Kairi ?
− Excuse-moi. J'attends ça depuis tellement longtemps que je me suis laissée aller. Je ne le ferai plus.
− Non, ça ne m'a pas dérangé, juste surprise. C'est la première fois que quelqu'un m'embrasse.
− Comment as-tu trouvé ?
− Humide, répondit Naminé. Mais j'ai senti mon jeune cœur vibrer. Je suppose donc qu'il a apprécié.
− Tu as pu avoir ton propre cœur toi aussi ?
− Il n'était pas complet lorsque je suis revenu en toi. Mais grâce à l'attention, à la confiance et aux sentiments que tu me portais, il est devenu entier. C'est grâce à toi que je suis ici maintenant. Merci de me permettre d'exister. Je t'en serai éternellement reconnaissante.
− C'est moi qui dois te remercier.
Elles se serrèrent encore dans les bras. Les étreintes étaient naturelles, mais Kairi espérait bien partager avec elle plus de gestes intimes.
− Je crois que quelqu'un a besoin de nous, déclara alors Naminé.
− Xion ? Tu es au courant ?
− Je voyais tout à travers toi. Je sais que tu as reçu ses souvenirs. Et je me souviens de tout. Sur elle, sur les faux souvenirs de Sora que tu as trouvé au manoir. J'ai le pouvoir de manipuler les souvenirs de Sora et tous ceux qui lui sont liés. Quand tout le monde plonge dans l'oubli, je suis la seule à me souvenir. Je sais qui est Xion, mais il sera difficile de convaincre les autres. Tu dois lui rendre sa mémoire et elle se réveillera probablement.
− Comment ?
− De la même manière que Roxas a rendu les siens à Sora. Viens avec moi.
Elle lui prit la main et la mena jusque dans la chambre où la brune dormait.
− J'ai vu sa mort. Elle était avec Roxas. Pourquoi est-ce que la chaine de ses souvenirs se trouvait au manoir ?
− Je l'ai récupérée lorsque Riku a ramené Roxas à Diz après l'avoir battu. Le coquillage se trouvait dans la poche de son manteau. Je savais qu'il comprenait les souvenirs de Xion que je n'avais pas pu sauver. Je manipule uniquement les souvenirs de Sora. Si Diz l'avait trouvé, il l'aurait détruit et nous n'aurions jamais pu la ramener. Xion a sacrifié sa vie pour que Roxas vive et pour permettre à Sora de se réveiller. Je devais les conserver quelque part, les cacher dans l'espoir de la faire revenir un jour. Elle mérite autant que nous de vivre. Elle s'est forgée d'elle-même son propre cœur au contact de ses amis.
− Que dois-je faire ?
La blonde eut un petit rire.
− Roxas aurait envie de se cacher si on lui rappelait cet épisode, et Sora rougirait si on le lui avouait. Je crois même que Riku pourrait se montrer jaloux.
− Euh…
− Tu dois connecter ton cœur au sien. Laisse-le te guider.
Kairi approuva. Elle regarda Xion, lui caressa ses cheveux noirs et sa joue. Elle avait tellement envie qu'elle se réveille pour la remercier. Après avoir vu ses souvenirs, elle ressentait une vive empathie pour elle. Elle comprenait sa souffrance, sa solitude, se tristesse, tiraillée entre rester avec ses amis où revenir en Sora, celui qui sauverait les mondes. Un terrible dilemme. Xion devait vivre, elle le méritait.
Kairi ferma les yeux et rapprocha son visage pour coller son front au sien. Le corps froid de Xion semblait se réchauffer à son contact, et le cœur de Kairi s'emballa. Dans son dos, elle sentit la main chaleureuse de Naminé qui l'encourageait.
− Reviens parmi nous Xion, dit-elle avant de poser ses lèvres sur les siennes dans un chaste baiser.
Une larme coula de son œil pour tomber sur la joue de la brune. Kairi se redressa et assista à l'ouverture de ses yeux aussi bleu que les siens. Xion lui sourit avant de se redresser subitement et venir enlacer la rousse qui se laissa faire. Elle se sentait aussi bien autour des bras robustes de Xion que de ceux de Naminé. Cette dernière s'était approchée et avait posé sa tête entre ses omoplates. Entourée de ces deux ravissantes personnes, Kairi se sentait ivre de bonheur. Elle avait l'impression que de nouveaux sentiments étaient nés dans son cœur et qu'il gagnait en force.
− Merci Kairi, fut la première chose qu'elle dit.
− Tu connais mon nom ?
− J'ai rendu ses souvenirs à Sora, mais je me souviens des images, de toi, de Riku et des autres.
− Bienvenue parmi nous, Xion.
− Naminé ? Tu es là aussi.
La blonde et la brune s'enlacèrent également. Kairi ne pu s'empêcher de se joindre à leur étreinte, irrémédiablement attirée vers elles, ne souhaitant plus les quitter maintenant qu'elles étaient là toutes les deux. Elle se retenait de les embrasser. Sur la joue, les cheveux, l'épaule, prise d'un élan de tendresse d'une envie de contact. Elle voulait goûter à la bouche de Naminé tout comme celle de Xion juste avant. C'était son premier baiser. Même simple et léger, un immense frisson l'avait parcouru. Elle voulait en connaître davantage, mais leur embrassade fut brusquement interrompue par des pas précipités venant du couloir. Roxas et Lea déboulèrent subitement dans la chambre.
− Xion, appelèrent-ils en cœur.
La brune sourit de plus belle et quitta les bras de Naminé pour se diriger vers ses amis. En attendant le temps des explications, Naminé reprit une fois de plus la main de Kairi pour l'emmener en dehors de la chambre et laisser le trio apprécier leurs retrouvailles.
− En récupérant ses souvenirs, la mémoire est également revenue pour chaque personne reliée à son cœur, expliqua la blonde. Riku aussi doit se rappeler d'elle maintenant.
− Naminé, Roxas a-t'il lui aussi embrassé Sora pour le réveiller ?
− De la même manière que les princesses Blanche-neige et Aurore furent tirés des ténèbres du sommeil par leur prince. Seul un cœur connecté possède ce pouvoir. Bien qu'il ne sache pas toujours réfléchir, Sora a parfaitement compris ça. Ses amis sont sa force. Tant qu'ils sont là, dit-elle en montrant sa poitrine, il y aura toujours de la lumière pour le sortir de l'obscurité. L'amitié est une force, l'amour est encore plus puissant. C'est probablement pour cela que Riku a résisté aux ténèbres. Grâce aux sentiments que Sora et lui se portent. Même s'ils ne s'en rendent pas complètement compte encore.
Kairi agrippa l'épaule de Naminé et la plaqua sur le mur, sans réelle brutalité mais elle s'étonna de sa force. Elle oubliait qu'elle avait passé ces dernières semaines à s'entrainer.
− Dans ce cas, laisse-moi sceller nos liens. Je ne veux pas te perdre, Naminé. Je ne veux plus jamais que nous soyons seules, toi, moi et Xion. Un lien indestructible nous unit, j'en suis convaincue.
Kairi posa tendrement ses lèvres sur celles de Naminé qui ne se recula pas cette fois, appréciant la sensation humide et chaleureuse qui renforçait son cœur. Elle s'unissait à Kairi, tout comme Kairi s'était liée à Xion quelques minutes auparavant. Naminé songea qu'elle voudrait bien se souder avec la brune également. Pour l'heure, elle ferma les yeux et savoura juste ce moment qui chassa définitivement la solitude de son cœur.
Note de l'auteur : Merci d'avoir lu et désolée pour le léger retard.
Il y a une autre fiction que j'aimerai écrire avant la sortie de KH3, et donc je pense que je vais me concentrer sur elle cette semaine et non sur ce recueil (à moins que je trouve une idée pour un thème très court et léger).
