On arrive à la fin du prologue en trois parties comme vous avez si bien pu le constater. Ce chapitre est plus court justement pour cette raison : c'est la fin du premier cycle, j'ai vraiment hâte de vous présenter le prochain ( qui est déjà en cours d'écriture ! ) N'hésitez pas à laisser des review, c'est ce qui me motive à écrire aussi rapidement et ça me permet d'avoir des retours sur ce que j'écris !
Chapitre III
« Et ainsi, l'enfant naquit dans les larmes »
Severus avait toujours été froid dans ses rapports avec autrui, élevé dans l'idée que toute émotion montrée était un bâton de plus pour se faire frapper, ce qu'avait confirmé son passage à Poudlard entouré des Maraudeurs comme il l'était, qui n'attendaient de lui qu'une simple faiblesse pour le faire tomber.
Il se souvenait de son père lui répétant inlassablement entre deux verres, qu'il s'enfilait comme un assoiffé s'abreuve d'eau, à quel point il était un échec, ponctuant ses paroles de coups bien placés, se fichant éperdument des marques qu'il laissait. À l'impasse du Tisseur, les enfants comme Severus étaient nombreux, c'était même plutôt une norme : il ne s'agissait là que d'un père corrigeant son fils dans l'exercice de son bon rôle de chef de famille. Quelques hématomes en échange d'un enfant bien élevé, « ils nous remercieront plus tard » entendait souvent Severus lorsqu'il traînait dans le pub de Willy.
Au début, il pleurait, hurlait de douleur, de rage et de tristesse : incapable d'exprimer ses sentiments autrement. Il faut dire que son père y mettait du sien, n'épargnant pas Severus de ses poings et des autres punitions qu'il lui faisait subir; la plus mémorable étant cette fois où il avait été enfermé dans la salle de bain pendant presque trois jours avant que sa mère ne le fasse sortir.
Cette phase où il exprimait encore ses émotions n'avait pas durée si longtemps, jusqu'à ce qu'il comprenne que cela ne changeait rien. Les larmes ne calmaient pas son père, c'était même le contraire : elles le poussaient à taper plus fort pour le faire taire. Les larmes ne faisaient plus venir sa mère à son chevet, groggy sous les coups et l'alcool comme elle l'était, l'inverse aurait été bien étonnant. Les larmes ne le faisaient pas se sentir mieux : au contraire, elles le fatiguaient et il avait mal à tête après coup.
Logiquement, dans sa petite tête d'enfant, Severus en conclut que pleurer ne servait à rien. Il ne devait donc pas pleurer. Il décida donc de ne plus le faire.
Il ne pleurait pas quand on se moquait de ses vêtements vieux et dépareillés, de son apparence malingre, de son nez trop grand, de son père qui buvait, de sa mère que tout le monde considérait comme une « pute » dans l'impasse pour une raison qu'il ignorait. Les brimades glissaient sur lui comme de l'eau.
Entre temps son père avait arrêté de le frapper et se contentait de l'ignorer, en effet un accident impliquant l'usage de sa magie instinctive qui, pour le protéger, avait fait éclater toutes les fenêtres de la maison, ainsi que tout ce qui était en verre, avait incité son père à ne pas trop chercher baston avec le futur sorcier qu'il était. Il finirait par perdre. Cela lui convenait parfaitement. En effet, la douleur physique était la plus difficile à effacer, les coups provoquaient encore chez lui de petites larmes au coin des yeux. Et si son père ne le frappait plus dessus, ce n'était pas le cas de ses autres camarades de classe. Néanmoins Severus était intelligent et concocta un stratagème, ainsi à l'aide de petits mots échangés, il répandit la rumeur comme quoi il était malade et que le toucher reviendrait à être contaminé. Ainsi plus personne n'osa l'approche, ni le frapper par voie de conséquence, et il put continuer à ne pas pleurer. Ce qui lui convenait parfaitement.
Qu'il était fier de ne pas pleurer ! Et puis Lily n'aimait sûrement pas les pleureurs : un des rares conseils que lui avait donné son père entre deux coups : les filles n'aiment pas les tapettes et il n'y avait que les tapette pour chialer comme il le faisait. Cela lui semblait logique à l'âge qui était le sien. Et puis de toute manière, il n'avait plus de raison de pleurer : il partirait bientôt pour Poudlard avec sa meilleure amie.
Il ne pleura donc pas face aux brimades qu'il recevait de la part des Maraudeurs, aussi bêtes et méchants qu'ils étaient, ce n'était pas bien différent de ce qu'il subissait auparavant. Certes, il y avait la magie mais en première année, aucun d'entre eux n'avaient les connaissances nécessaires pour lui faire vraiment mal. Et puis il y avait Lily ! Tout allait mieux à ses côtés.
Il ne pleura pas non plus lorsqu'il se retrouva face à Lupin, sous sa force de loup-garou. Il avait failli mourir ce jour-là et les Maraudeurs, hors Remus qui paradoxalement était probablement le plus l'innocent de l'histoire, s'étaient amusés à le faire tomber dans un piège, espérant peut-être qu'il ne meure sous les crocs d'un loup. Ce qui était stupide lorsqu'il y repensait, quel ami voudrait transformer l'un des siens en meurtrier ?
Il ne pleura pas lorsque Lily et lui rompirent tout lien. Ce fut rude ceci dit, il se souvenait encore d'à quel point ses yeux le brûlèrent durant plusieurs jours après cet événement, celui du "sang de bourbe" comme l'appelait ses amis. Il avait eu beau s'excuser et lui envoyer de nombreuses lettres la priant de lui pardonner, cela n'avait rien changer. Severus comprenait d'une certaine manière, il n'avait jamais eu droit à de belles choses, aucune raison que cela change maintenant.
Il ne pleura pas non plus à la mort de sa mère. Il ne connaissait pas les circonstances, il pouvait supposer que son père n'était probablement pas étranger à ce triste événement, mais assista à l'enterrement et revint en cours à peine deux jours plus tard sous les regards des professeurs qui devaient prendre en pitié cet orphelin de mère aux robes trop petites. Ce fut presque avec soulagement qu'il constata que les moqueries des Maraudeurs n'avaient pas cessées.
Orphelin, il le devint rapidement puisque sans sa mère, son père n'allait pas survivre bien longtemps. Il retrouva le cadavre froid en rentrant pour noël, ce qu'il n'aurait pas fait en temps normal mais Willy l'avait invité à passer le réveillon. D'après le légiste, qui avait l'air si désolé pour lui, son patriarche s'était étouffé dans son vomi après s'être mit une race pour fêter la naissance du Christ. Charmant. Il espérait que si les religions moldues disaient vrai, ce dont il doutait, Tobias rôtirait en enfer. Très logiquement, il ne pleura pas et passa de belles fêtes de fin d'année auprès de Willy qui lui prépara du pudding au cerise et qui lui offrit une écharpe faite main. En échange, il lui avoua être un sorcier, ce qu'il lui prouva dès ses dix-sept ans en nettoyant le bar d'un simple mouvement du poignet.
Il ne pleura pas non plus lorsqu'on lui imprima la marque des ténèbres sur le bras alors qu'il n'était même pas encore considéré comme un adulte aux yeux de la communauté sorcière. Voldemort sembla pendant un temps la réponse à tous ses problèmes, le considérant pour ce qu'il était : un sorcier d'un talent et d'une intelligence rare. Il sentit pourtant là qu'il franchissait un cap et alors qu'il se mordait la main jusqu'au sang, il sentait la magie noire se graver dans sa chaire, son esprit, son sang et son âme. Aucun retour en arrière n'était à présent possible, pas qu'il le veuille à cette époque puisqu'il avait l'impression d'avoir ainsi trouvé sa place.
Il ne pleura pas à la mort de Lily, même si là encore, ce fut difficile. Très difficile. Il sentait encore ses entrailles se glacer sous le choc, l'impression d'avoir tout perdu. Là encore il intériorisa tout sentiment, il n'était après tout pas légitime de la déplorer. Il l'avait fait souffrir et était responsable de sa mort, comme oserait-il pleurer ? Assister à son enterrement ? C'était sa faute si celle qu'il considérait comme sa meilleure amie, la seule femme qu'il avait jamais vraiment aimé, était morte.
Après ce fut plus simple de ne pas pleurer : il se sentait juste vide. Il se levait, enseignait, mangeant et dormait, du moins autant qu'il était possible avec les cauchemars qui le rongeaient. Il aurait put très certainement ne concocter une des potions de son cru pour arrêter ses mauvais songes qui empoisonnaient ses nuits mais il ne le faisait pas. C'était là sa punition et il l'acceptait. Il ne pleurait plus parce qu'il n'avait rien à pleurer. Il n'était plus qu'une coquille vide qui n'attendait que la venue à Poudlard du fils de Lily, pour pouvoir le protéger, et du retour de Voldemort, qui était imminent, pour retourner l'espionner pour le compte de l'Ordre.
Severus pensait même sincèrement avoir oublié comment pleurer. Il pensait qu'il s'agissait là d'un mécanisme qu'il avait tellement enfoui qu'il n'existait à présent plus. Il n'avait pourtant suffit que d'un regard posé sur son fils, humide, rougissant et beuglant mais ô combien vivant, pour que des années de conditionnement ne se brisent comme une barrière de paille sous une tempête et qu'il ne se mette à sangloter, des larmes cascadant sur ses joues tandis que la petite chose dans ses bras gigotait.
Severus pleura à la naissance de son fils, célébrant dans les larmes la venue de Lysandre Prince Snape.
