Quelque part sur Terre, dans une dimension parallèle

Un jour...

Severus,

Combien de fois me suis-je imaginée écrivant cette lettre ? Le cœur encore palpitant et la main tremblant d'émotion... Combien de fois ai-je répété son brouillon, le soir avant de m'endormir, arpentant les rues ou devant mon miroir ? Combien de mois, de jours ai-je attendu ? Qu'avais-je espér ? Que désirais-je si ardemment ?

Te lire. Puis te voir. J'avais pensé ces mots bien avant de les écrire. Je souhaitais plus que toute autre chose cet instant magique où brusquement tu prends vie. Ce moment unique où le mot prend corps. Dire pour faire apparaître... La magie du cinéma. Voir les pans de ta robe virevolter, tourbillonner quand tu disparais dans la profondeur de tes cachots... Entendre le froissement de l'étoffe... Ton sourcil droit se hausse, ta lèvre frémit, un doigt caresse tes lèvres... Sarcasme. Retrouver le frisson provoqué par chacune de tes apparitions. Me laisser intimidée par ta prestance magistrale. Boire chacune de tes paroles à la source. Tout s'efface autour de moi, la salle se vide. Il ne reste que toi. Toi qui crève l'écran. Et moi qui te contemple.

Où étais-tu ? Te lire. Puis te voir. A peine le temps d'un frisson. Tu disparais avant même d'être là. Gauche, misérable. Insignifiant. Inexistant. Tu t'es laissé voler la vedette. Aujourd'hui c'est moi qui te méprise. Où étais-tu Severus ? Quel est donc cet imposteur qui a pris ta place dans cette mascarade à laquelle j'ai assisté hier, impuissante ? Il avait fière allure le Maître des Potions... Effacé devant Dumbledore (lui-même absent, c'est dire), pâle devant Lupin, muet face à Hermione, terrassé par Potter (seul, ah bon).

Cette lettre sera courte Severus, comme ta présence le fut. J'aurais aimé... J'aurais aimé. Que tu ne sois pas que ridicule. J'aurais aimé que l'on t'entende. Ta première souffrance avouée. Seul face au loup. J'aurais aimé que tu sois autre chose enfin que l'affreux Maître des potions. J'aurais aimé entendre l'adolescent que tu fus, j'aurais aimé... mais tu n'es pas venu. Il n'est resté que cette haine incompréhensible pour Potter, pour son père, pour Black... Ceux qui ne t'ont pas lu ne sauront pas.

Te lire. T'imaginer.

PS : Je ne vous en veux pas professeur... Vous n'êtes en rien responsable de ce carnage. Vous n'êtes que victime... Comme nous le sommes aussi. Pardonnez-moi cette lettre, courte et peut-être injuste, largement partiale, profondément subjective. Mais je pense que vous serez d'accord avec moi.
Vous manquiez.