Quelque part sur Terre, dans une dimension parallèle

Un jour...

                        Severus,

J'ai décidé finalement de te tutoyer. Non par bravade, par défi. Ni même par dépit. J'ai l'impression de tellement te connaître... J'ai bien conscience de forcer malgré toi les barrières de ton intimité. Mais en te racontant, je t'offre aussi un peu de la mienne.

Je vais te faire souffrir Severus. Il n'est plus question de vengeance. Prends cela comme un présent, un don. Je n'aime que les personnages tragiques. Aucun personnage n'est entré dans l'histoire parce qu'il était heureux. On n'aime que les martyrs. Inutile d'aller très loin, vois Harry Potter. Le pauvre petit Potter. D'aucun me répondra qu'il agace tout autant. Je sais. Il n'empêche, il est là.

Je vais donc te faire souffrir. Sacrifier ton bonheur inlassablement. Sans répit, tu ne connaîtras jamais le repos. Tu n'es pas né de l'imagination fertile de Rowling pour être heureux, et quand bien même ce serait le cas, dans la mienne je t'épargnerai l'ennui du bonheur. Si une fois je t'autorise à le toucher de la main, ce sera pour mieux te l'ôter. Tu te donnes à nous en être torturé, je ne fais que prolonger le supplice. T'imagines-tu un instant couler des jours tranquilles, une retraite paisible, lisant le journal auprès du feu, les lunettes sur le bout du nez, les narines titillées par le délicat fumet qu'exhalent les petits plats que mijote ta femme vieillissante... Pardonne-moi, mais cela n'est pas l'idée que je me fais d'un Severus Rogue. Là serait la véritable torture. Si tu vieillis, ce qui n'est pas inclus d'office dans la package 'options en série', tu vieilliras seul et rongé par le remord, le chagrin, la nostalgie... Si tu vieillis... J'aime les héros sacrifiés en pleine force de l'âge. J'ai toujours rêvé de jouer Antigone sur les planches. Qui connaît son destin comprend alors pourquoi je ne t'épargnerai pas.

Quand j'y réfléchis bien, c'est toujours un rôle de martyr que nous t'écrivons. Et quand ce n'est pas le cas, c'est que tu es inexistant. Entends par là que tu demeures alors l'odieux professeur de potions aux cheveux gras qui terrorisent ses élèves. Point à la ligne. Mais quant nous t'écrivons, quand nous écrivons pour toi, alors tu deviens martyr. Ridicule ou sublime. C'est selon.

Victime du ridicule d'abord. C'en est presque trop facile. Tu es tellement sinistre et imbu de ta petite personne qu'il suffit d'un rien pour te faire sombrer. Même Rowling n'a pu résister à la tentation de la simplicité. Le bellâtre Lockhart encourageant les élèves à te consulter pour réaliser un philtre d'amour lors de la fête de la Saint Valentin... Affligeant. A ce niveau tout est permis. Et l'on te décrit dès lors aisément prenant rendez-vous avec un éminent chirurgien moldu dans l'optique d'améliorer ta disgracieuse tare tarine, enduisant ta masse capillaire d'un masque à l'huile de jojoba (certains diront de vidange, c'est selon), lorgnant le décolleté d'une Mary Sue d'un regard à faire pâlir d'envie le loup d'Avery (Tex, pas le mangemort). Bref, j'en passe et des meilleures. Tu me demanderas, je n'en doute pas, le rapport entre le cruel destin de cette chère Antigone et ces enfantillages d'auteurs irrespectueux de ton image de marque. Et bien si tu veux mon avis Severus (je suis persuadée que tu t'en moques mais tu l'auras malgré toi), c'est la même chose. Mais au lieu de te pleurer, on te moque. On te raille. On rit de toi. Tragique car l'on met en exergue toute ta souffrance, toutes tes inhibitions, tous tes complexes, tous tes tabous, tous tes paradoxes, mais par le média d'un plus ou moins habile ressort comique. Oui, je ris quand tu t'interroges sur la proéminence de ton appendice nasal, quand tu t'esclaffes intérieurement (le fameux Mouahaha !!!  me transporte à tous les coups. Ou presque), quand tu te prends les pieds dans les plis de tes robes censées virevolter avec grâce, quand tu enfiles tes charentaises, quand ton estomac gargouille, quand ton ombre t'effraie. Oui, je m'amuse de toutes ces petites choses anodines qui rendent notre ténébreux et terrifiant Maître des Potions simplement... humain. Ridicule et pathétique. Notre souffre-douleur. Mais pourtant, toujours tu en sors grandi.

Dans le deuxième cas tu seras un homme déchiré dans son corps, son cœur et son âme, rongé par les regrets d'un passé qui le rattrape toujours. La marque noire te brûle les chairs, te rappelant sans cesse les péchés que tu as commis et pour lesquels tu es condamné à souffrir. Contraint de te replier dans les ténèbres de ton mystère, sous une armure d'arrogance et de mépris, tu ne cherches qu'à dissimuler les émotions d'un cœur trop souvent meurtri. Nous sommes tes chirurgiens, nous opérons à cœur ouvert. Nous te dépouillons de tes artifices pour étaler ta misère. Mais nous ne guérissons pas. Ou rarement. Car si nous guérissons, alors nous n'y croyons plus. Nous t'abandonnons avec ta douleur mise à nue. Nous adorons cela. C'est dans ces moments que nous t'aimons le plus. Quand l'homme a rejoint la bête et qu'il la contemple, égaré. Quand la carapace cède, quand les sarcasmes te brûlent les lèvres, quand tu découvres que tu étais le premier dupe de tes mensonges. Quand tu sombres. Quand tu aimes mais que tu ne sais plus...

Quand tu te perds, je me retrouve.

PS : Cher professeur, je suis la victime consentante d'un raz-de-marée qui me submerge (dans des proportions tout à fait raisonnables, n'exagérons rien...). Je vous avais taquiné, souvenez-vous, sur les réponses que j'adressais aux lecteurs indiscrets dans ces lettres qui vous sont destinées. Le nombre de ces curieux croît sans que je ne veuille en arrêter le flux et l'intensité... Mais je ne veux en aucun cas que les messages que je leur adresse concurrencent en taille, le contenu de ce que je vous envoie. Néanmoins parce qu'ils auraient pu signer ces lettres de leurs noms, parce que je suis disposée à partager avec eux la violence de votre courroux (tant qu'à faire) et parce que je veux tout simplement les remercier d'être là, je vous livre leurs noms...

Siriel la poétesse, dont le nom heurte j'espère vos oreilles...

Csame à qui je déconseille vivement de suivre vos traces car vos admiratrices ne peuvent vous aimer que de loin...

Djeiyanna, pour les slashs voyez avec elle, sa théorie est intéressante...

Lome, dont je ne mérite pas les compliments (ce qui ne m'empêche pas de les recevoir avec plaisir)...

Kaoro, qui mérite de subir vos foudres autant que moi, partageant les mêmes opinions à votre sujet...

Poucie qui a très bien compris que l'écriture et l'art de disséquer les cervelles de mes congénères étaient deux de mes passions...

Alba que je remercie mille fois d'avoir fait exploser ma boîte !

Lisandra à qui je promets de poursuivre tant que vous m'inspirerez...

Ivrian qui comme moi a été déçue de votre piètre performance à l'écran... Vous êtes un homme de l'ombre...

Libellule dont la longue review m'a ravie...