Quelque part sur Terre, dans une dimension parallèle
Un jour...

Professeur,

Vous devez être surpris de me voir reprendre la plume aujourd'hui après plusieurs mois de silence. J'en suis la première étonnée… Il est vrai que je vous avais tout dit, tout confié, mon amour et ses paradoxes, mes désirs et mes craintes, ma passion et ses revers… Il ne me restait plus qu'à attendre un signe de votre part, et tout pouvait recommencer.

Je dois vous avouer que vous n'êtes pas celui qui inspire ma plume aujourd'hui. La vérité est que l'écriture de cette lettre s'est imposée à moi suite à un fâcheux événement dont je fus la victime, il y a de cela quelques heures. Au moment pourtant où vous lirez ces lignes, plusieurs jours se seront écoulés…
Car voyez-vous, un misérable rat, un sombre butor drapé de son anonyme courage, m'a sournoisement dénoncée auprès des hautes instances virtuelles qui m'autorisent, en temps normal, à vous écrire ici. Or, je ne le puis plus.

Me dénoncer ? Votre sourcil se hausse en un accent de perplexité. Me dénoncer. Mais de quoi ? D'écrits illicites. Incroyable n'est-ce pas… Je sens que je vais bientôt réaliser la prouesse de vous faire sourire. Car effectivement, pouvez-vous imaginer cela un seul instant : je ne rentre pas dans la ligne éditoriale imposée. Je ricane doucement.
Vous avez appris à connaître ma plume, professeur, depuis le temps qu'elle croque votre portrait à pleines dents. Elle peut déplaire, j'en conviens tout à fait. Mais elle a toujours travaillé avec le souci permanent de la qualité, de la justesse et du respect de chacun. Elle écrit avec passion, par amour de la Lettre, des personnages qu'elle met en scène et du lecteur à qui elle se destine au point final.
Elle ne demande rien en retour. A ce détail près. Le respect mutuel. Et il y a quelques heures, une règle élémentaire du savoir-vivre, je dirais même du savoir vivre ensemble, a été bafouée. Pour quelle raison obscure un lecteur anonyme a-t-il souhaité faire disparaître ce lien virtuel qui nous unissait par l'écriture, je l'ignore. La jalousie, la malveillance, la puérile galéjade… Qu'importe sa motivation. Cette face de bubobulb a juste souhaité me voir m'évaporer de l'écran. Pour quelques jours, mais peut-être en attendait-il plus. Mais de cela même, je me contrefiche.

Savez-vous ce qui me blesse vraiment, au bout du compte, professeur ? C'est que ce non-étant virtuel représente exactement ce que j'abhorre, et plus précisément, ce que celle qui vous fit naître dénonce au fil de son œuvre. Je l'imagine, ce faux-fanatique, de l'autre côté de cette page où je ne suis pas, arpentant les couloirs de notre imaginaire poudlardien, traquant avec un plaisir malsain et ici largement dissimulé, le manquement au stupide interdit édicté par un obscur décret. Je le vois. Et il arbore sur le plastron de ses capes noires, l'écusson ô combien honorable de la garde inquisitoriale d'une ombrageuse autorité. Comme elle doit se sentir fière et utile cette graine vipérine, d'avoir œuvré pour la juste cause en me surprenant en flagrant délit d'écriture dans la salle sur commande.
Car oui, j'avoue mon impardonnable forfait : j'ai passé commande et en ai livré d'autres. On m'a mise au défi et j'ai répondu… Haro haro au hors-la-loi ! Censurons le trublion, effaçons ce mot que nous ne pouvons lire !

Cher professeur, vous avez compris que cette lettre n'est qu'un prétexte pour dénoncer la censure de l'écrit et ceux surtout qui s'en repaissent… Ceux avec qui je partage pourtant ma passion pour votre univers, ceux qui n'ont rien compris…

Professeur, permettez-moi ici, dans ces lettres qui vous sont d'habitude destinées, permettez-moi de commettre cet acte réprouvé, celui de lancer à l'oppresseur anonyme un défi à la hauteur, n'en doutons pas, de son immense talent. Je lui jette le gant : en public croisons nos plumes. Soyez ici mon témoin, je lui laisse le choix des armes. Et l'assure de mon plus profond mépris.

DREYd