Deux semaines après la rentrée, Clary s'était lié d'amitié avec un élève de Gryffondor assez sympathique. D'apparence banale, il avait séduit l'équipe avec son sens de la répartie et de l'humour des plus charmants. Plus les jours passaient plus Simon, le nouveau, trouvait ses repères parmi le quintette. Alec, Izzy et Max n'étaient pas aveugles face aux éclairs qu'envoyait Jace vis-à-vis de ce rival potentiel. Même Alexander sentait une pointe de jalousie au fond de son cœur. Un stupide sentiment vu qu'il savait pertinemment que personne ne pourrait lui voler sa meilleure amie. Cette rancœur lui faisait comprendre néanmoins les émotions négatives que pouvaient ressentir son frère.

Max avait officiellement intégré l'équipe de Quidditch et il n'avait pas tardé à prendre la grosse tête auprès de ses amis. Les Poufsouffles venaient de gagner un excellent gardien, certes, mais prétentieux. Jace n'était pas inquiet, après quelques entraînements, ses chevilles désenfleraient.

Izzy s'était, quant à elle, trouvée un nouveau petit ami. Alec lui avait dit sur le ton de la plaisanterie « Encore ? Dis-moi, avec combien de personnes tu es sortie ? » Jace n'avait pas pu s'empêcher de répliquer « Demande lui plutôt combien de personnes avec qui elle n'est pas sortie ! » Tout le monde avait rigolé. Cependant, le rire d'Izzy n'avait rien de franc. Une douleur que les autres ignoraient à son sujet avait pointé le bout de son nez. Elle essaya de la chasser tout en sachant que le mal était déjà fait. Les doutes avaient commencé à apparaître.

Le mois d'octobre arrivait accompagné du vent froid de l'automne. Le rhume ne tarda pas à s'abattre sur une partie des élèves de Poudlard. Il prit pour victime Clary. Alec dut convaincre pendant plusieurs minutes Jace afin qu'il accompagne celle-ci à l'infirmerie. Mme Pomfresh déclara que Clary devait y rester toute la journée.

En apprenant la nouvelle, Alec traîna des pieds pour rejoindre son premier cours. Une journée sans Clary ressemblait à un cauchemar. La conséquence ? Il piqua du nez deux fois, tomba de sa chaise pendant un cours, fut surpris en train de dessiner. Mais le pire restait l'attitude qu'il avait eu lors du cours de M. Bane. Il fut dans l'incapacité de répondre à la question que lui avait posé son professeur tout simplement parce qu'il n'avait rien écouté. Le rouge lui était monté à la tête et il avait baissé les yeux, honteux.

A la fin du cours, il décida d'aller s'excuser auprès de son professeur. Il n'aurait jamais fait ça en temps normal mais la peur de décevoir le seul enseignant qu'il admirait, était pour lui trop difficile.

« Excusez-moi » implora-t-il

« Oui, qu'y-a-t-il ? » M. Bane n'avait pas l'air de comprendre.

« Je suis désolé de n'avoir pu vous répondre tout à l'heure… » I

ll tripotait nerveusement le bout de son t-shirt attendant la sentence de son professeur. Il s'appliquait à éviter son regard trop gêné.

« Oh pour ça, bien sûr ! » s'amusa-t-il, un sourire narquois dessiné sur son visage

« Comment ça, Professeur Bane ? » Alec ne comprenait pas ce que M. Bane insinuait.

« Bah oui, j'en ai profité pour t'interroger, tu n'étais pas du tout avec nous ! »

Le professeur se tourna à trois quarts, les bras croisés. Cependant son regard scrutait Alec afin d'observer la moindre réaction de sa part.

Piqué dans son orgueil, Alec écarquilla d'abord les yeux avant de faire volteface et de maudire pour l'éternité son professeur. Une main s'agrippa à son bras et le fit pivoter doucement.

« Attends, pardon. Je voulais dire, appelle-moi Magnus, s'il-te-plaît. Tout ça est ridicule, nous n'avons que quelques années d'écart. »

Cette réplique le laissa pantois. Ne sachant que faire, que dire, Alec hocha la tête confusément et se dirigea vers la sortie. Il circula d'un pas rapide à travers le château. Ce n'est que lorsqu'il fut dans son dortoir qu'il prit le temps de se poser sur le canapé pour faire taire les pulsations puissantes de son cœur. Clary lui avait dit. Et il se l'était répété.

Il ne fallait absolument pas qu'il tombe sous le charme de son professeur.


Quelque chose de curieux se produisit le lendemain matin avant la première heure de la journée.

Alec avait rejoint le banc près du chêne. Depuis le début de l'année, il y avait pris racine. Au début, il n'y venait que quelques fois par semaine. Puis il avait fini par en faire sa routine matinale. Cet arbre lui procurait tant de sérénité. Personne ne le dérangeait jamais ici. Et le sentiment d'être invisible, le rendait invincible. Il était en train de bouquiner un livre palpitant sur la légende du Roi Arthur quand il remarqua que quelqu'un était assis à côté de lui. Quelqu'un qui n'avait pas fait le moindre bruit et surtout qui ne lui avait pas demandé la permission de s'installer sur SON banc. Quand il se rendit compte qu'il s'agissait de Magnus, et que lui-même dévorait un bouquin, il se redressa brusquement, gêné. En voyant que son professeur ne daignait pas à lui fournir une explication, il se cala à nouveau près de lui.

Pas un mot. Aucun échange. Ni vocal. Ni visuel.

Quand les cloches annoncèrent le début des cours, Magnus se leva calmement, referma son bouquin et quitta Alec, sans rien ajouter. Simplement.

Les jours passèrent, et leur rencontre fortuite le matin, avant les cours, devint journalière. Des fois, ils se taisaient juste. A d'autre moment Magnus lançait un débat sans queue ni tête.

« Et si les balais devenaient des aspirateurs volants ? ».

« La couleur préférée de McGonagall joue-t-elle un rôle dans son accoutrement ? ».

« Pourquoi, sérieusement Alexander, pourquoi l'animal représentatif des Poufsouffles est un foutu blaireau ? »

Et puis, dès fois, la conversation dérapait, et Magnus voulait toujours savoir plus de choses sur Alec. Et il craquait, il se confessait. Parce que, il y avait ce stupide truc entre eux. Ce rite du matin. Toujours attendu avec la même impatience pour l'élève de septième année. Et ses questions étaient idiotes mais tellement vraies et personnelles.

« Ton livre préféré ? », « Comment s'appelle ta chouette ? », « T'es plutôt vanille ou chocolat ? », « La première chose que tu observes avant de te faire un ami ? », « Tu prends ta douche avant de te coucher ou au matin ? », « A part le Quidditch et les livres, quelque chose te plaît dans la vie ? », « Le professeur que tu aimes le moins », « Tu es de ceux qui coupent les spaghettis ? ».

Et puis parfois :

« Noir ou blanc ? »

« Chat ou chien ? »

« Thé ou café ? »

« Matin ou soir ? »

« Droitier ou gaucher ? »

« Démon ou Ange ? »

« Bruit ou silence ? »

« Chaleur ou froid ? »

« Connu ou invisible ? »

« Lettre ou chiffre ? »

Alec en était sûr, plus les jours passaient, plus ces maudites cloches sonnaient en avance le début des cours.


« Oui, maintenant c'est Raphaël ! » Izzy présenta fièrement son troisième petit ami de l'année scolaire. Il s'agissait du Serpentard qu'elle avait repéré en début d'année.

Le groupe eut la décence de ne pas taquiner Isabelle sur son nouveau copain devant lui. Ils se contentèrent de lancer des « Ravi » ou « Enchanté » bienveillants. A la grande surprise générale, il resta manger avec eux, loin de sa table et de ses amis Serpentards.

Après un repas dans la bonne humeur, Alec s'éclipsa pour aller prendre un bol d'air frais dehors. Il en avait certainement besoin. La vérité ? C'était qu'il avait besoin de réfléchir. Seul. Peut-être avec Arrow, sa chouette.

Elle virevoltait au-dessus de lui, complétement libre. C'était peut-être pour ça qu'ils s'entendaient si bien. Toujours en recherche du frisson du grand vol. Souvent, pendant la pause, il attrapait son balai pour la rejoindre dans les airs. Et partaient ensemble. Pas loin, pas haut et pas longtemps. Mais suffisamment pour sentir à quelle point leur connexion était profonde.

De temps en temps, elle piquait dans sa direction comme pour voir si tout allait bien. Chaque fois reçue par une tendre caresse et d'un murmure de son maître « ça va, ça va, envole-toi ma belle ».

Il l'avait vue pour la première fois sur le chemin de Traverse. Il avait été fasciné par son pelage bleuté et ses yeux perçants. Il lui semblait qu'il avait presque souri à cet instant.

Alec n'était pas capricieux. Il gardait pour lui tous ses désirs – ceux qui étaient stupides et aussi les essentiels –. Cependant sa mère capta son regard particulier pour cette chouette. Lors de son premier anniversaire à Poudlard, sa mère la lui avait envoyée. Bien sûr il l'avait remercié maintes et maintes fois pour ce superbe présent. Mais ces remerciements lui semblaient bien infimes par rapport à la joie qu'il avait ressenti.

Et demain serait le dernier. La dernière fois qu'Alec allait souhaiter son anniversaire à Poudlard. L'année avançait. Et curieusement Alec était nostalgique. Il aurait peut-être dû plus profiter de ses années à l'école ?

Il haussa les épaules. Il avait toute sa vie pour profiter.

Insensible au froid, il s'appuya sur un rocher, sortit un livre policier de son sac et en commença la lecture.

Seul.


De leur côté le groupe était en train de comploter contre Alec.

« Très mauvaise idée ! » se lamenta Clary, consternée

« Tu n'es jamais contente, un jeu d'échec version sorcier c'est une trop bonne idée »

Max essayait de défendre sa trouvaille. Mais l'ensemble du groupe était en accord avec Clary. Ils le connaissaient pour savoir que le plateau valserait à la moindre défaite de leur ami.

« Et pourquoi pas un nouveau balai ? »

Contre toute attente, le groupe se tourna vers la source de proposition.

« Tu es un génie, Simon ! »

Clary avait les yeux qui pétillaient. Jace ne fut pas favorable aux feux d'artifices qui dansaient dans les yeux de celle qui l'aimait.

« Ok, C, je m'occupe d'aller en acheter un au Pré-au-Lard, tu m'accompagneras Jace ? »

Izzy n'avait pas réellement posé la question à son frère. Et il l'avait très bien compris. C'est pourquoi il hocha la tête, résolu.

« Je dois vous laisser, il faut que je rende un parchemin de Métamorphose à McGonagall… Je l'ai oublié sur ma table de nuit aujourd'hui. »

Jace fourra ses mains dans ses poches

« D'accord, attends, j'arrive, je vais en profiter pour trouver un joli papier cadeau pour Alec ! Max, viens avec moi, j'aurais besoin de tes conseils esthétiques ! »

Clary était pétillante. C'était la période de l'année qu'elle préférait le plus. Elle agrippa joyeusement le bras de Max, évita précautionneusement celui de Jace et, tous les trois, allèrent en direction des dortoirs. En une petite poignée de secondes, il ne restait plus qu'Isabelle et Simon. Ils ne s'étaient jamais retrouvés seuls et auraient très bien pu ne trouver aucun sujet de discussion. Ce ne fut pas le cas. Izzy s'allongea sur le banc de la Grande Salle et expira un grand coup.

« Des fois, je me demande si Alec n'a pas raison. »

Simon fronça les sourcils tout en s'asseyant à côté de la crinière noire d'Izzy. Il se surprit à la scruter avec curiosité.

« Comment ça ? »

Il ne fallait pas être intelligent pour comprendre, d'un seul regard, qu'Alec attendait avec impatience la fin de l'année. Mais ne sachant pas de quoi Isabelle voulait parler, Simon se permit de douter.

«Je sais pas, ça n'a aucun sens, nous ici. Peut-être qu'après, tout sera mieux. Oui, une fois diplômés, tout ira mieux pour tout le monde. »

Les yeux d'Izzy étaient fixés sur les bougies flottantes du plafond. Être de la cire aurait été bien plus simple. Une fois brûlée, il ne reste plus rien. Dans le regard d'Isabelle, Simon vit beaucoup de mélancolie, sans réfléchir et cherchant à lui donner un peu de joie de vivre, il passa sa main dans ses cheveux. Contact doux.

« Tu sais, tu ne devrais pas penser à ça. Tu as des amis géniaux. Une famille qu'il l'est également. Et un petit ami » les yeux d'Isabelle se plantèrent enfin dans ceux de Simon.

Un sourire aux lèvres. Elle se redressa doucement, se mit face à son ami.

« Tu as raison. Même si je doute que ça dure, tu as raison. Allez viens, je n'ai pas envie de passer ma vie à ruminer dans la Grande Salle ! »

Elle poussa une main délicate sur l'épaule de Simon et se leva pour s'étirer vigoureusement.

Clary avait décidément l'œil pour trouver les bonnes personnes.


Ils allèrent au village de Pré-au-Lard le week-end même. Bien que seulement au mois de novembre, une épaisse couche de neige recouvrait le paysage. Sur le chemin, de nombreux sorciers s'amusaient à se jeter des boules de neiges. Les plus artistiques d'entre eux se contentaient de construire un bonhomme de neige. Isabelle contempla ces êtres de glaces tendrement.

« Tu te souviens, on faisait souvent des bonhommes de neige avec Alec quand on était petit. » commença doucement Izzy, nostalgique.

« Tu veux dire quand on forçait Alec à en faire avec nous ? »

Isabelle se mit à rire. Elle hocha la tête. La répulsion d'Alec à l'émerveillement était surprenante. Il avait toujours été là pour ses frères et sœurs pourtant, quelque chose s'était éteint dans son regard depuis très longtemps. Peut-être la lumière ne s'était-elle jamais éclairée dans ses yeux. Depuis leur plus tendre enfance, Izzy ne se souvenait pas d'un seul jour sans qu'Alec ne soit enfermé dans sa chambre. A la venue de leur frère Jace, cette habitude avait eu tendance à s'effacer légèrement. Mais il restait malgré tout le même. Toujours à chercher ce moment de solitude dans la journée. Peut-être n'était-ce pas uniquement lui. Peut-être que tous les Lightwood avaient besoin d'entendre le silence. Le silence profond et vital de la vie. Lorsque son esprit commença à se perdre sur des chemins abyssaux, Jace lança :

« Mais ce n'est pas pour me parler du bon vieux temps que tu m'as forcé à venir! »

« Je ne t'ai pas forcé à venir ! »

Jace planta son regard inquisiteur dans le sien l'air de dire « ne te moque pas de moi ». Ce qui fit sourire Isabelle c'était, qu'au fond de lui, Jace savait parfaitement pourquoi sa sœur lui avait dit de venir. Curieusement, il voulait l'entendre. Non, il avait besoin de l'entendre.

« Clary te plaît. Dis-lui. »

Les propos d'Isabelle, prononcés sans aucun tact, lui fit des frissons dans le dos. Juste cinq petits mots. De rien du tout. Elle aurait tout aussi bien pu prendre le dos de la cuillère pour lui dire. Ou le dire à l'aide d'une métaphore. Mais elle connaissait bien son frère. Si elle n'était pas claire avec lui, il ne le serait pas non plus avec lui-même.

« Je… je n'ai pas ton assurance… Mais je veux bien essayer »

« Oui mais tu as, toi, des sentiments forts. Ne gâche pas tout. »

Jace sentit son visage s'empourprer. Il avait pourtant l'habitude d'en parler avec son frère. Mais ce n'était pas pareil avec sa sœur. Certainement parce qu'il ne lui avait jamais dit ce qu'il ressentait pour Clary. Était-ce si évident ? Il secoua la tête. Pour le moment, il devait penser à son frère et le magasin de balai était enfin dans son champ de vision.

« Pensons pour le moment à Alec, tu veux bien ? »

« Oui et trouvons ce balai parfait pour lui ! »


17 novembre. Le jour J. Avant qu'il n'ouvre les yeux, Alec sentit un poids inhabituel sur lui. Il était sûr de lui, sa couette n'était pas aussi lourde d'ordinaire. Quand il s'habitua à la lumière, il s'aperçut que ses amis l'entouraient. Il sursauta voyant que tout ce beau petit monde n'attendait qu'une seule chose : son réveil.

« Qu'est-ce que vous foutez là les filles ? Vous n'avez pas le dro… » Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que tout le monde lui chanta « Joyeux anniversaire ».

Pas complètement réveillé, il avait totalement oublié la date du jour. Un de ses rares sourires s'afficha sur son visage. Sans qu'il s'en aperçoive, l'intégralité du groupe le fixait avec une attention toute particulière. Comme voulant capturer la précieuse image de leur ami heureux. Mais Alec ne s'en rendit pas compte. Non, son attention était focalisée sur ce poids entouré de papier cadeau.

« Est-ce que je peux l'ouvrir ? »

Des milliards de blagues fusèrent en même temps. « Bien sûr, crétin », « Non patate » ou encore « attends, je crois que c'est pour moi… ».

Quand Alec devina enfin qu'il s'agissait d'un nouveau balai, il sauta dans toute la pièce oubliant qu'il ne portait en tout et pour tout qu'un caleçon. La journée commençait très bien et il n'était pas au bout de ses surprises.

Et quelle surprise ce fut. Il eut le droit, pour le repas de midi, à un délicieux gâteau que lui avait préparé les elfes de maison à la demande d'Izzy. Max avait cru bien faire en lançant le sort Incendio sur les bougies éteintes. Mais il n'arriva qu'à embraser la table. Alec eut le bon réflexe, grâce à un sortilège, d'empêcher la table de prendre entièrement feu. Il avait passé la fin du repas à railler leur jeune frère. Celui-ci, vexé, avait fini par quitter la Grande Salle.

Arrow piqua soudain dans la Grande Salle. Suivie de milliers d'autres chouettes. L'heure du courrier. Il était rare qu'on écrive à Alec mais il supposait que le jour de son anniversaire déroge à la règle. Il s'empressa de récupérer la lettre ficelée autour de la patte de sa chouette avant que Jace prenne l'initiative – stupide mais hilarante pour son groupe – de lire la lettre à voix haute.

Il se détacha d'eux quelques minutes pour avoir le plus d'intimité possible.

« Mon cher Alexander,

Nous te souhaitons, ton père et moi, plein de bonheur et de merveilles pour ton anniversaire. C'est ta dernière année à Poudlard, profites-en comme il se doit. Tu as 17 ans maintenant. 17 ans.

Tu as grandi si vite, ce n'est pas juste. J'aurais aimé que tu restes le petit garçon au sourire de glace et au cœur de lion. Tu l'es encore. Mais tu es trop loin.

Et pourtant, je suis si fière de toi. Tu y es arrivé. Tu as bientôt terminé ta scolarité. Tu es devenu quelqu'un de bien, entouré des bonnes personnes.

Et tout le monde veut te faire plaisir. Parce que ton sourire est un cadeau.

Arrow est resté un moment avec nous. Elle ne voulait pas partir ce matin. Je pense qu'elle était persuadée d'être capable de te rapporter ton cadeau. Quand je pense qu'elle est, elle aussi, un cadeau. Je te l'offrirai à votre retour pour les fêtes de fin d'année. Désolée de ne pas pouvoir te l'envoyer. J'ai bien trop peur qu'il s'abîme. Et tu mérites le meilleur.

Ta maman qui t'aime,

A bientôt, mon ange. »

Alec plia tendrement la lettre. Il fouilla dans son sac, sorti un cahier quelconque et y glissa la lettre. Quand l'heure de pause prit fin, il suivit ses amis en direction de leur prochain cours, il n'était pas au bout de ses surprises.


C'était à la fin du cours de Magnus qu'Alec tomba des nues. Son professeur lui demanda de rester après l'heure. Tous les autres élèves le regardèrent bizarrement. Alec n'avait pas le souvenir d'avoir fait le moindre faux pas durant la leçon. Une boule d'angoisse se cala au creux de son estomac au fur et à mesure que la salle se vidait. Clary le regarda tendrement avant de lui glisser un « à toute, courage ». Il prit une grande inspiration. L'idée d'être seul avec Magnus était à la fois séduisante et terrifiante. Surtout qu'il ne savait absolument pas de quoi il voulait parler.

« Approche. Je… Je sais que je n'aurais pas dû fouiller dans les fiches d'informations des élèves… mais je n'ai pas pu m'en empêcher. » il frappa vigoureusement le bout de ses doigts vernis pour se punir.

Magnus était indéchiffrable. Gêne, bonheur, passion ? Alec n'aurait su le dire. Mais il voyait le cadeau qu'il lui tendait. Il était empaqueté dans un papier rouge flamboyant. L'élève hésita à faire le premier pas en avant pour récupérer ce présent. Son professeur ? Un cadeau. C'était insensé. Ses joues prirent une couleur rosée qu'il s'appliqua à cacher en baissant la tête. « Ne pas le regarder dans les yeux. Ne pas le faire. Surtout pas. » Il posa son regard sur lui. Et son sourire réapparut comme une évidence sur son visage. « Ok avance et prends le cadeau, tu as l'air stupide là. » se reprocha-t-il intérieurement.

« Je… Merci ».

Il ne lui accorda plus un regard, trop occupé à découvrir ce que cachait l'emballage. Lorsque le cadeau fut extrait, Alec découvrit un très vieux livre bordeaux. Aucun titre n'était visible sur la couverture. En oubliant même la présence de Magnus, il ouvrit pour arriver à la première page, curieux de ce qu'il allait découvrir. « Poèmes anciens ». Le papier avait vieilli, et il devina rapidement que son professeur lui avait offert un objet qu'il avait chéri pendant plusieurs années. Les pages avaient été tournées maintes et maintes fois. Alec était persuadé qu'il ne comprenait pas l'ampleur du cadeau que venait de lui faire Magnus. Celui-ci scrutait son regard intensément comme s'il cherchait à être sûr que le cadeau qu'il lui avait fait lui convenait.

« Je… Je ne peux pas accepter. Il semble beaucoup trop précieux ».

Alec ne regardait plus son enseignant. Il était focalisé sur son présent. Avec beaucoup de concentration, il referma le livre en prenant bien soin de n'abîmer aucune page. Magnus le regarda s'appliquer à ne pas détériorer le livre qui avait bercé sa jeunesse, qui l'avait suivi dans tous ses périples, qu'il connaissait par cœur. Alec tenait son cadeau avec une précaution que son professeur ne lui avait jamais vu.

« Je te le confie. J'ai trouvé quelque chose de bien plus précieux. »

Alec tiqua. Magnus avait plongé son regard dans le sien. Comme s'il essayait de sonder son âme. De manière si intense, si profonde. Alec devait partir. Maintenant. Ne plus se retrouver seul avec Magnus. L'éviter. Le plus possible. Refouler les sentiments qu'il sentait naître au fil des jours qui passaient. L'enfer paraissait bien paisible face à ce que s'apprêtait à faire Alec.


Rien ne semblait avoir changé depuis le mois de novembre. Pourtant, Alec combattait le désir qui grandissait en lui pour M. Bane. Il n'avait plus reparlé de son attirance à personne. Gardé les petites attentions que lui avait fait Magnus. Il avait tout enfoui au fond de lui. Pourtant, il avait parcouru le livre de poème avec un appétit qu'il ignorait jusqu'alors. Il l'avait feuilleté encore et encore jusqu'à connaître le moindre mot. Décortiquant chaque phrase pour dévoiler le sens caché de chaque poème. Comme si, dans ses sentiments interdits, ce bouquin représentait la seule chose tolérée. Au fil des jours, son professeur devenait plus présent, plus proche de lui, plus attirant. Ces derniers jours avaient été un supplice, Alexander avait passé tout son temps à éviter son regard pour ne pas succomber à la tentation. Tout son être le poussait à rester avec Magnus. Le pire restait les moments privilégiés qu'il passait avec lui le matin. Il savait que tôt au tard, il devrait mettre fin à ces rendez-vous matinaux. Pourtant entendre son rire de bon matin l'aidait à surmonter l'épreuve d'une journée remplie de cours. Pourquoi avait-il fallu que cet idiot de Magnus devienne de plus en plus ambigu ? Que ses répliques deviennent taquines et provocatrices ? Il était sa bouffée d'air frais, son confident et désormais la personne qui connaissait le plus de détails insignifiants sur lui. Insignifiants, pas inutiles. Et son prof était en train de tout gâcher en lui lançant des regards brûlants. Chaque matin, l'étudiant devait se plier à un exercice de volonté qui, il le savait, dépasserait son seuil de tolérance tôt ou tard.

De leur côté, Jace et Clary ne parvenaient pas à se rapprocher. C'en était même de pire en pire. Ils avaient passé le début de leur année à faire un pas en avant puis deux en arrière. Simon s'était, un jour, jeté au pied de Clary lors de la fin de l'entraînement, lui demandant de sortir avec lui. Elle l'avait repoussé gentiment mais ce qu'elle ignorait, c'était qu'Alec avait suggéré à Jace de se confesser après cet entraînement. Un vrai désastre. Jace était revenu bredouille et frustré. Cette action l'avait totalement bloqué par la suite. Il avait dû garder la distance pendant quelques jours avec Simon.

Isabelle s'était fait larguer, une fois de plus. Elle n'avait pas pleuré. Elle n'avait pas crié. Ne s'était pas réfugiée dans sa chambre. Ni ruminer sa tristesse. Elle avait haussé les épaules. Cela lui avait été complétement égal. Elle était le genre de personne à penser que plus vite le pansement était retiré, moins il faisait mal. Elle n'avait juste plus envie de chercher une relation qui, elle le savait, ne durerait pas de toute manière. Oui, elle allait rester seule un long moment. Peut-être serait-elle enfin heureuse.

Max était le joyeux luron de la troupe. Le seul, pour ce mois de décembre. Il avait été accepté dans l'équipe de Quidditch. Il avait sauté de joie en découvrant son uniforme de sport à l'effigie de Poufsouffle. Il était monté fièrement sur son balai lors du premier entraînement – ceux qui suivirent aussi -. Il n'avait pas protesté lors de ses multiples chutes sur le terrain, ni quand Jace lui vociférait une critique. Il avait gagné en cote auprès des filles de son âge. En résumé, il était comblé. Cependant, il sentait que quelque chose pesait sur le groupe et il se mit à prier. Parce qu'il connaissait le remède pour remettre sur pied son quintette : Gagner le match de Quidditch.

Et pour ça, il ne se faisait pas de soucis. Il allait se donner à fond.


Ils étaient, tous les 5, avachis sur une table de leur dortoir. Clary essayait péniblement de faire rentrer dans leur petit crane les leçons primordiales à savoir pour leurs ASPIC. Chose extrêmement compliquée. Alec, sans aucun scrupule, avait piqué une des feuilles vierges de son amie pour dessiner un portrait de sa chouette. Jace, quant à lui, se battait intérieurement pour écouter ce que lui racontait Clary. Le premier match de Quidditch qui opposait Poufsouffle et Serpentard avait lieu dans une semaine. Et rien que pour ça, Jace perdit le fil de la leçon. Izzy était assise à côté de son amie. Elle avait prétendu avoir révisé cette matière pour ne pas avoir à subir les réprimandes de Clary. Max, lui, était en train de rédiger un long parchemin pour le cours de potion. Rogue n'épargnait personne.

Une idée germa dans l'esprit de Jace. Il releva la tête se faisant dévisager par ses amis pour cette soudaine énergie positive. Il n'eut pas besoin de crier. Pas besoin de chahuter. Il se contenta de se lever tranquillement de sa chaise et impulser son idée au groupe.

« Course ? »

Et d'un coup, une compétition féroce se profila sur le visage de chacun. Max gronda en se dirigeant péniblement – mais non sans vitesse - vers sa chambre. Le reste du groupe rejoignit la sortie des dortoirs sans la moindre hésitation. Clary dut mettre ses bottes dans la précipitation. Elle perdit quelques précieuses secondes. Pour Izzy, être en chaussette semblait ne pas l'arrêter. Jace, Alec et Izzy dévalèrent les escaliers. Puis Izzy, qui avait étudié stratégiquement le terrain, se servit de la rambarde des escaliers pour glisser le long de celle-ci. Elle prit la tête de la course. Quand ils arrivèrent enfin dans la cour extérieure, ils sortirent leur baguette dans un geste quasi synchronisé. On aurait pensé à un vrai spectacle organisé. Clary les avait rattrapés mais Max était encore un peu à la traîne. Après avoir lancé le sort « Accio », plusieurs balais filaient vers eux. La course n'était pas encore finie. Rien n'était joué.

Jace fut le premier à enfourcher son balai. Suivi de Izzy et de Alec. Ils filèrent dans le vent à une vitesse vertigineuse. La pluie fine les ciselait telle de petites lames acérées. Ils durent fermer les yeux pour continuer à avancer. Chose qui ne les aidait pas à se repérer dans l'espace. Conduire un balai aveuglément n'était pas vraiment conseillé. Quelle stupide idée avait eu Jace. Clary et Izzy se firent rapidement distancer. Leur position de batteuses dans l'équipe ne leur permettait pas de s'exercer régulièrement au sprint.

Jace et Alec avaient pris par la forêt interdite. Ils effectuaient des pirouettes audacieuses pour éviter le moindre arbre. Alec préférait de loin les manœuvres périlleuses au vent glacial et blessant.

Le terrain apparut au loin. Jace avait pris du retard sur Alec. Un attrapeur est forcément meilleur en esquive et manœuvres extrêmes. Cependant, quand celui-ci arriva à l'arrivée, il se stoppa avant de passer dans le cerceau des buts. Offrant la victoire à Jace, Alec lui sourit.

« C'était une très belle échappatoire aux révisions tordues de Clary. Merci pour la proposition. »

« Surtout qu'il est hors de question de reprendre les révisions étant gelés. » assura Jace les cheveux trempés par la poursuite. Il frotta ses mains entre elles pour les réchauffer.

« Que tu croies ! Vous ne vous en tirerez pas comme ça ! » Clary était arrivée quelques secondes après les garçons accompagnée d'Izzy, frigorifiée. « Pour la peine tu me feras un parchemin entier sur l'importance de la potion de guérison des plaies légères ! »

Le visage de Jace s'affaissa, encore une fois, il aurait mieux fait de se taire. Alec explosa de rire sachant que son frère serait incapable de protester.

« Bande de tricheur ! Je propose qu'on rajoute une autre règle au jeu ! »

Max était – comme à chaque fois – le dernier à être arrivé. Pourtant, il avait couru aussi vite que ses amis. Il avait dévalé les escaliers quatre à quatre. Failli tombé à plusieurs reprises. Ne se rattrapa qu'in extremis. Son plus grand problème était ce temps qu'il passait à chercher son balai au fond de son armoire. Il avait beau pratiqué le sort Accio régulièrement, il était encore trop compliqué pour son âge.

« Normalement je devrais avoir un avantage par rapport à vous pas un handicap, je suis le plus petit. »

Jace s'approcha, toujours suspendu à son balai. Et malgré la hauteur à laquelle ils se trouvaient. Malgré l'éloignement de son petit frère par rapport à lui. Malgré le froid qui lui glaçait la main. Il lâcha le manche en bois trempé et fourra ses doigts dans les cheveux de son frère.

Pour les ébouriffer.


Plus que quelques jours avant le match. La pression montait. Les éclats de rire s'étaient raréfiés cette semaine et tout le petit groupe semblait concentré.

Depuis le début de semaine, Alec s'était appliqué à ne pas croiser Magnus dans les couloirs. Il passait ses heures de cours à fixer inlassablement sa feuille de note. Allant même jusqu'à chercher un autre banc le matin dans tout le château. A chaque fois que son professeur essayait d'établir un dialogue entre eux, Alec était concis, distant et froid. Quelques fois, il prétextait qu'il avait du travail ou qu'il devait rejoindre des gens avant de s'enfuir en courant sous le regard accusateur de Magnus.

« Quel périlleux exercice. » il soupira.

Dans ce monde sinistre et blessant, il savait quel était son baume miracle. Il gravit plusieurs escaliers. Prit à gauche. Encore à gauche et à droite.

Parcourut de longs couloirs glacials. Puis arriva enfin devant une porte vitrée. La pancarte était retournée face « ouverte ». Quand il pénétra à l'intérieur de la bibliothèque, il croisa le regard suppliant de Mme Pince. Ses yeux était remplis de désespoir et Alec se dirigea vers elle, heureux qu'il ne soit pas le seul au bout du gouffre.

« Je n'en peux plus, les premières années n'ont aucun respect pour les livres. Un élève m'a rendu un bouquin avec les pages cornées car, je cite « je n'avais pas de marque page sous la main ». Je n'avais jamais vu ça. » évidemment, elle en rajoutait, mais Alec savait qu'il était pénible pour Mme Pince – comme pour lui – de voir que les livres intéressaient de moins en moins de personne.

« Ça ne m'étonne pas ! Ce n'est plus ce que c'était ! Mais je ne suis pas venu pour débattre sur l'importance de la lecture chez les jeunes, j'ai une journée un peu chargée aujourd'hui. »

Il prononça ces mots avec une pointe de regret. Il aurait largement préféré passer toute sa journée en compagnie de la bibliothécaire. Il posa son sac sur le comptoir et l'ouvrit en dévoilant deux livres qu'il avait dévoré avec un appétit particulièrement vorace.

« Complétement immersifs. J'ai adoré. »

Le regard de Mme Pince se posa sur le livre qu'Alec n'avait pas pris la peine de sortir du sac. Sans gêne – ils se connaissaient depuis trop longtemps pour avoir des manières – Mme Pince attrapa ce trésor enfoui dans les profondeurs abyssales de sa sacoche. Ses yeux s'illuminèrent.

« Où as-tu trouvé ce bouquin ? »

Son regard était toujours verrouillé sur cette septième merveille du monde. Tellement captivée par cet ouvrage, Mme Pince ne se rendit pas compte qu'Alec mit plusieurs minutes avant de lui répondre. Comme si, peu importe la manière dont elle allait être formulée, la réponse lui porterait préjudice.

« C'est un cadeau. »

Sa voix avait tremblé. Il sentait ses mains devenir moites. Mme pince posa un regard captivé sur lui. Elle lui tendit son livre qu'il rangea délicatement dans son sac.

« Alors cette personne doit beaucoup t'aimer, tu n'imagines même pas le valeur de ce bouquin. »

Un rire éclata quelques rayons plus loin et Mme Pince soupira violemment. Elle posa une main sur l'épaule d'Alec, et lui sourit.

« Je suis désolée, le travail m'appelle. Ne tarde pas à revenir, le monde est sombre sans toi. »

Elle tourna les talons. Alex resta bloqué sur place pendant un petit moment. Son sac lui paraissait si lourd désormais qu'une telle perle s'y trouvait. Confusément, il se dirigea vers sa chambre. Oubliant totalement ce pourquoi il était venu. Tant pis il allait devoir se passer de livres pendant les jours qui suivaient. De toute façon il fallait qu'il pense au Quidditch.

Et pas à un stupide recueil de poème.


Mme Bibine faisait son petit speech afin que le premier match de l'année scolaire soit joué de manière fair-play. Jace faisait face à Sébastien, le capitaine des Serpentards. L'animosité qui passait dans leurs regards était palpable. La pluie glaciale, mélange de neige et d'aiguilles acérées, rendait la visibilité mauvaise. Le sol, promesse de boue en cas de chute, se trouvait dix mètres en dessous des joueurs. Le match n'avait pas encore débuté que les Poufsouffles et Serpentard sentaient leurs mains gelées sur le manche de leur balai. Le match avait tout intérêt à être court.

Les premiers échanges furent intenses. Les cognards fonçaient dans tous les sens. Bien que très jeune, Max défendit les anneaux au péril de sa vie. Entreprenant des figures audacieuses. Grâce à la complicité des deux batteuses de Poufsouffle, les deux cognards volaient dans une danse mortelle. Clary et Izzy focalisaient leur attention sur leur jeune gardien. Aucune des deux n'avaient envie que Max se retrouve à l'infirmerie pendant plusieurs semaines. 100 à 30. Serpentard était en retard. En retard, mais avec une niaque extraordinaire. Alec cherchait toujours ce maudit vif d'Or. 120 à 100. L'écart diminuait lentement. Max faiblissait ne connaissant pas encore la pression à tenir pendant les matchs. Car oui, la confrontation s'éternisait entre les deux maisons. Les assauts des Serpentards étaient toujours de plus en plus violents. De plus en plus insistants.

Soudain, un éclair jaune passa devant Alec. Avec une rapidité et une grâce impressionnante il fondit en direction du vif d'or. Il jeta un rapide coup d'œil au score. 130 à 200. Il fallait qu'il l'attrape et rapidement en prime. Valentine, l'attrapeur adverse, le percuta violemment. Alexander se redressa de justesse essayant de combler la distance que Valentine avait mis entre eux. La main gantée de son adversaire se rapprochait dangereusement du vif d'or. 150 à 280 pour Serpentard. Rien n'était encore perdu. Il réussit à le rattraper, le dépassa pour intercepter, in extremis, le vif d'or avant son rival. Il fit un rouleau pour se redresser et brandit la balle à 150 points. Le sifflet de Mme Bibine retentit dans le stade entier. « Victoire pour Poufsouffle! » scanda le présentateur. Sans s'en rendre compte, le regard d'Alexander se posa sur Magnus. Un sourire était dessiné sur les lèvres du professeur qui le regardait avec fierté. Le temps se suspendit. Toute l'équipe entourait maintenant Alec, cela coupa le contact visuel qu'il avait eu avec le professeur Bane. Sonné par cette vision, il mit pied à Terre et courut avec le reste du groupe à l'intérieur des vestiaires, sous les applaudissements du public. Sous le choc, Alec ne put entreprendre de se changer que 10 minutes plus tard.

« Allez viens Alec, on va fêter tout ça dans la salle commune ! » supplia Jace, son regard laissant apparaître clairement son bonheur. Clary l'attendait près de l'entrée, Izzy et Max dans ses bras.

« Je vous rejoins dans quelques minutes, partez sans moi ! »

Jace lui donna une tape amicale sur l'épaule et se dirigea vers la sortie.

Alexander ne pouvait plus le supporter. Trop de sentiments étaient coincés en lui. Il devait en parler avec quelqu'un. Oui, ce soir, il se confierait à son frère. Malgré le froid, il se passa de l'eau sur le visage pour apaiser son désir. Il ne l'avait évité que durant une semaine, pourtant il était persuadé que bien plus de temps s'était écoulé.

« Je voulais te féliciter en personne. Bravo, quel spectacle ! »

Alec se raidit. Cette voix était reconnaissable entre mille. Ses mains se mirent à trembler, et il n'osa pas se retourner. Les mots restèrent coincés dans sa gorge. Magnus continua son discours.

« Je pensais que tu ne pouvais pas me rendre plus fier, mais tu m'as prouvé que je me trompais. Quelle adresse ! »

Il se mit à rire. Voyant que son interlocuteur ne lui répondait pas et ne daignait pas lui faire face, il s'approcha. Il lui effleura l'épaule dans le but de le tourner face à lui, Alec le repoussa.

« Arrêtez. Ce n'est pas sympa de votre part. » Il avait murmuré en prononçant ces paroles, mais Magnus avait très bien entendu.

« Pourquoi ? »

Son ton était empli d'innocence. Alec ne savait pas trop si c'était un piège de sa part ou s'il était sincère. Aussi le silence régna un moment. A court d'idée pour l'affronter, l'attrapeur victorieux choisit la fuite. Sans demander son reste. La main de son professeur l'intercepta au vol et l'obligea à lui faire face.

« Pourquoi tu me fuis ces temps-ci ? »

« Je ne vous fuis pas » conclut Alec tout en évitant précautionneusement son regard.

« Menteur. »

Il y eut un petit silence. Magnus essayait de décrypter son élève, son pouce balayant sa lèvre inférieure. Il reprit.

« Je te plais ? »

La question de Magnus prit Alec au dépourvu. Il écarquilla les yeux, incrédule de ce qu'il venait d'entendre. Un peu désemparé également. Il plongea son regard dans le sien. Une grossière erreur. Il bafouilla.

« Pas… Pas du tout… »

« Menteur. »

Magnus fondit sur ses lèvres. Le poids sur les épaules d'Alec s'envola. Il répondit au baiser dans un moment de faiblesse. Un moment de faiblesse qui avait un arrière-goût sucré. Il passa ses mains dans ses cheveux hérissés. Même dans ses propres rêves, cela ne lui semblait pas aussi délicieux. Et Dieu sait combien de fois il avait rêvé de gouter aux lèvres de son professeur. Il avait combattu, maintes et maintes fois en ce début d'année. Il avait lutté contre ce sentiment. S'était forcé à ne pas le dévorer du regard. Et maintenant, sans même s'en rendre compte, il l'embrassait. En somme, il s'autorisa tout ce qu'il s'était interdit au cours de ces quatre derniers mois. Absolument tout. Se rendant enfin compte de l'ampleur de la tension sexuelle entre eux.

Ils laissèrent leurs sentiments déborder. Ils ne reprenaient leur souffle que lorsque celui-ci était véritablement vital. Explorant la moindre parcelle dénudée du corps de l'autre. Aucun des deux n'aurait pu dire pendant combien de temps ils étaient restés là à s'embrasser. Dans un accès de lucidité, Alec se sépara du professeur. En essayant de calmer les battements indomptables de son cœur, il bredouilla :

« Je ne peux pas. Vous êtes mon profe… Je ne dois pas… »

Ses yeux plantés dans les siens ne l'aidèrent guère. C'était déjà un miracle qu'il tienne debout face à lui. Des flammes de passions dansaient dans le regard de Magnus. Le rendant encore plus désirable.

« Pourtant, tout en toi me dit que tu me veux. N'est-ce-pas ? »

Il faillit céder à cette question tentatrice. Laisser déborder tous ses sentiments. Dans un ultime effort de survie, Alec se dégagea de son magnétisme et s'enfuit jusqu'à son dortoir.

Magnus n'avait pas bougé d'un millimètre, encore sous le choc de ce qui venait de se passer. Il passa ses doigts vernis sur ses lèvres. Quand son être fut remis, Magnus regagna ses quartiers. Aussi mystérieusement qu'il était apparu.


Quand Alec regagna son dortoir, l'endroit avait été décoré. D'énormes banderoles intitulées « Poufsouffles vainqueurs » étaient attachées de part et d'autre de la salle. Tous les élèves de la maison formaient un cercle autour des membres de leur équipe de Quidditch. Jace aperçut Alec et lui fit signe de les rejoindre au centre. Il attira l'attention de son auditoire en criant « Et voici, le meilleur attrapeur de cette année ! ». Alec, encore perdu par ce qu'il venait de se passer entre son professeur et lui, ne put que faire un simple salut de la main. Son sourire était figé et ses mains tremblaient. A son plus grand soulagement, personne ne le remarqua. Tout le monde était beaucoup trop heureux d'avoir remporté le premier match de l'année.

Quand l'effervescence retomba, Alec put enfin s'affaler sur son lit afin de faire taire sa maudite poitrine. Il devait parler de ce qui s'était passé à son frère. C'était vital. Quand le concerné remonta dans la chambre, un sourire béat était peint sur son visage. Il ne put s'empêcher de lui poser la question.

« Qu'est-ce qu'il t'arrive, Jace, c'est la victoire qui te rend comme ça ? » Jace tressaillit en entendant la remarque de son frère. Pourquoi ses sentiments se peignaient-il si facilement sur son visage ?

« Je… Je viens d'enlacer Clary… J'ai même eu le droit à un bisou sur la joue ! »

« Super ! La prochaine fois tu pourras peut-être lui tenir la main pour l'amener à l'école ! » ne put s'empêcher de plaisanter Alec.

Il s'attira les foudres de Jace. Comprenant qu'il avait ôté une partie du bonheur de son frère, Alec s'excusa.

« Surtout que… moi aussi il faut que je t'avoue un truc… » commença timidement Alec.

Il ne savait pas comment s'y prendre. Est-ce que son frère comprendrait ses sentiments vis-à-vis de son professeur ? De plus, il ne l'avait dit qu'à Clary et cela remontait au premier cours qu'il avait eu. Il triturait sa couette à l'aide de ses mains, nerveux.

« Tu vas me parler de M. Bane c'est ça ? »

Jace se retrouva devant un Alec au regard interrogateur. Il soupira, son frère était tellement prévisible. Ou du moins, Jace n'avait jamais vu Alec dans cet état pour qui que ce soit. Il en avait été, par conséquent, plus facile d'en déduire que leur professeur lui plaisait. Il commença son monologue, répondant à toutes les questions d'Alec sans que celui-ci n'ait besoin de les formuler.

« Oui, je dois le savoir depuis le premier cours. Ou tout du moins, depuis la première semaine. Tout le monde le sait dans le groupe, et je pense que même si quelqu'un était aveugle, il le saurait aussi. Je sais aussi qu'il t'a offert ça. »

Il désigna le livre de poèmes déposé délicatement sur la table de nuit de son frère.

« Il ne faut pas être né de la dernière pluie pour comprendre que tu as reçu ce livre le jour où il t'a convoqué dans son bureau. M. Bane a cette manie de ne pas cacher le fait qu'il t'apprécie, et toi tu as cette manie de cacher – très mal soit dit en passant – tes sentiments. Tu ne sais pas à quel point c'est gênant parfois d'écouter son professeur en cours et de s'apercevoir qu'il est en train de te dévorer des yeux. Je serais à ta place, Alec, j'irais toquer à ses quartiers ce week-end et je lui dirais que j'ai envie d'essayer pour voir ce que ça donne. Je sais que je suis mal placé pour te dire ça vu que je me contente de « tenir la main de Clary pour l'amener à l'école » mais tu n'es pas comme moi. Tu ne te dégonfles pas. Tu écoutes ton cœur – bien qu'en ce moment tu dois encore être en train de lutter contre -. Agis, ne fais surtout pas comme moi. Ou la situation stagnera à jamais. »

Il s'était enfin arrêté de parler. Alec l'avait écouté avec attention. Buvant ces paroles comme à une source sacrée. Il avait craint pendant tout ce temps le jugement de son frère alors qu'il s'agissait d'une bénédiction. Au-delà du fait que Magnus soit son professeur, il avait été terrifié de la sentence de son groupe d'ami. Il se rendait enfin compte qu'il s'était totalement gourré. Il n'avait jamais repoussé Magnus à cause de son statut mais uniquement parce qu'il avait peur de l'incompréhension de son frère à son égard. Il se mordit les lèvres, pourquoi avait-il attendu si longtemps avant de lui dire ? Toute cette souffrance, toutes ses fuites, il les trouvait maintenant ridicules. Il se leva précipitamment. Posa les yeux rapidement sur son recueil de poème. Acceptant enfin qu'il s'agissait du cadeau le plus beau qu'on lui ait fait et lança à Jace :

« Merci. Je dois y aller maintenant. »

Jace lui afficha un sourire entendu. Il était 22 heures 34, l'opération semblait périlleuse. Mais Alec n'avait plus peur de rien. Il enfila des vêtements sombres. Et se glissa dans les couloirs de Poudlard telle une ombre.

Par chance, il ne croisa pas Rusard. Et fut en quelques minutes face à la porte de son professeur.

Silence.

Puis.

Toc toc toc.