L'attente n'est pas souvent agréable. Surtout quand un prof sexy se trouve de l'autre côté du mur. Impatient, Alec fut tenté de toquer à nouveau à la porte mais celle-ci s'ouvrit enfin.

Magnus apparu dans l'entrée, les yeux écarquillés. Toujours aussi magnifique. Il n'était vêtu en tout et pour tout que d'un peignoir bordeaux – très certainement en soie -. Magnus n'aurait jamais parié revoir son étudiant dans la soirée. Ni deviné ce qui allait se passer par la suite.

Alec attrapa son col de chemise, le poussa à l'intérieur de ses quartiers et écrasa sa bouche contre la sienne. La porte se referma derrière eux.

Il s'écarta légèrement de son professeur, dans le regard de Magnus quelque chose s'était mis à briller. Avant de céder à la tentation, Alec ressentit le besoin de s'exprimer.

« Je ne sais pas encore ce qui va se passer entre nous. Mais je serais un abruti de ne rien essayer. »

Magnus le prit par les épaules avant de le repousser. Ses traits avaient totalement changé. Il prit quelques minutes pour lui répondre pendant lesquelles Alec ne savait plus quoi faire.

« Tu es beaucoup trop jeune, ça ne pourra jamais marcher. J'ai déjà essayé, il y a quelques heures… » Alec se remit à penser à leur premier baiser. Il eut un frisson. Magnus continua :

« ça n'a rien produit de bien. Tu devrais rentrer dans ta chambre et oublier toute cette histoire. »

Alec resta pétrifié sur place. Incapable d'effectuer le moindre geste. Essayant d'arrêter le tremblement de ses mains. S'était-il tout imaginé ? Doute.

« Tu m'entends ? Va-t'en ! ».

Claquement de porte.

Virage à gauche.

A droite ?

Des centaines et des centaines d'escaliers gravis.

Dortoir.

Clary était assise sur le canapé en train de réviser. Elle leva la tête pour apercevoir un Alec totalement déboussolé. Elle l'interpella. Sa question resta sans réponse.

Quand Alec arriva dans sa chambre, Jace était attablé en train de rédiger une lettre à leurs parents. Leurs regards se croisèrent et Jace ne sut quoi dire. Tout était déjà dit au travers des yeux de son frère. Alors, sachant qu'il serait vain de poser une question il s'installa sur son lit prêt à passer les prochaines heures à parler de sa mésaventure.

Alec était essoufflé, il avait rejoint ses quartiers avec une telle rapidité. Il ne s'en était même pas rendu compte. Tout ce qui avait compté, avait été de retrouver Jace avant que ce que lui avait dit son professeur se fraye un passage jusqu'à son cerveau. Chose extrêmement compliquée. Ses yeux commençaient à lui piquer. Il ravala sa peine pour donner une explication à ce désastre.

« Il, il… Il n'a jamais voulu de moi. Il s'est ri de mes sentiments. Jamais je ne m'étais senti aussi nul. Aussi inutile. Je ne veux plus jamais entendre parler de lui. Je ne veux plus jamais avoir à faire à lui. Je le déteste. Je le hais. »

Parfois la frontière entre la haine et l'amour est très fine. Alec avait constaté à quel point c'était vrai. Il se posa sur son lit, jeta le recueil de poème sous son celui-ci avec violence et expira un grand coup.

Alec avait planté ses yeux noisettes dans ceux de son frère. Son regard avait changé. Comme si le fait de s'être confessé avait effacé l'existence de Magnus dans sa vie. Jace eut un hoquet douloureux, c'était certainement le cas.

« Je… Je ne peux pas recoller les morceaux. Mais je veux bien essayer quelque chose que tu m'as supplié de faire depuis plusieurs années. Juste avec le regard. »

Alec ne comprit pas immédiatement de quoi il s'agissait. Il était totalement déboussolé il fallait dire. Procrastiner. Voilà ce qu'il allait faire. Jusqu'à la prochaine fois où il serait contraint de voir son professeur. Il allait feindre d'aller bien jusqu'à que la douleur disparaisse. Jusqu'à que Magnus ne lui fasse plus le moindre effet. Certainement jusqu'à la fin de l'année scolaire…

« Tu m'écoutes ? »

Alec releva la tête complétement perdue. Oui, c'est vrai, son frère lui avait dit quelque chose. Quand les phrases qu'il avait prononcées se frayèrent un passage jusqu'à son esprit, il lui demanda.

« Qu'est-ce que tu comptes faire ? »

Jace eut un frisson. Il n'en revenait pas de ce qu'il s'apprêtait à faire pour son frère. Mais dans le regard douloureux d'Alec, il voulait apercevoir un brin de joie. Parce que ça, ça n'avait pas de prix.

« Je… Je vais aller tout dire à Clary. Suis-moi. »

Il se leva péniblement, prit un vêtement au hasard, et essaya – en vain – d'arrêter les spasmes qui le secouaient. Alec lui emboîta le pas. Il se cacha derrière le pilier central de l'escalier en colimaçon et s'assit sur les marches. Seul Jace continua son chemin.

Clary était là, près du feu, les sourcils froncés par la concentration. Elle était sur un chapitre de potion particulièrement dur et important. Quand Jace s'avança, elle redressa la tête et lui offrit un charmant sourire. Panique pour notre jeune prétendant.

« Ça va ? Tu es un peu pâle ! Ça à rapport avec le fait qu'Alec soit rentré sans me dire bonsoir ? »

Jace se mordit la joue intérieure pour se focaliser sur ce que disait Clary. Il essaya de calmer sa respiration et bredouilla :

« Ça va… Et euh… Oui enfin non, enfin je sais pas. »

Il soupira un bon coup avant de reprendre. « En fait, il faut que je te dise quelque chose. C'est vraiment pas simple pour moi et… » Il se perdit dans une explication douteuse. Les mots n'étaient définitivement pas son truc. Comment avouer tout à Clary sans être capable de faire une phrase correctement. « Sujet, verbe, complément. » C'était si simple pourtant.

Et puis un éclair de génie le frappa. Pourquoi n'y avait-il jamais pensé ? Certainement parce que c'était un zéro, un loser, un cancre en amour. Aussi délicatement qu'une plume, sans aucun mot, il posa une main sur le visage de Clary. Elle ne se dégagea pas, ne le gifla pas, ne se mit pas à rire.

Elle resta là. Pire, elle s'approcha également les yeux mi-clos. Quand leurs lèvres s'unirent, des milliers de décharges parcouraient tout leur être. La suite resta inconnue pour Alec.

Il avait regagné sa chambre, s'était changé et s'était installé confortablement dans son lit. Il fixa sa montre qui indiquait minuit et demi.

Il haussa les épaules, ce début de journée était moins pire que ce qu'il avait imaginé. Beaucoup moins pire.

Il s'endormit avec un demi sourire aux lèvres. Et un souvenir de larme sur sa joue.

Jace était monté dans sa chambre sur la pointe des pieds et avec un sourire béat, traduisant le bonheur pur, sur son visage. Alec s'était endormi. Il le remercia mentalement avant de s'installer dans son lit. Il ne l'avait pas quitté du regard et un sentiment au goût sucré l'assaillit.

« Izzy ! Il m'a volé mon goûter ! ».

Sa sœur est assise sur un muret, un livre en main. Elle regard Jace et lève les yeux au ciel. Alec se contente, quant à lui, de le regarder. Aucune émotion dans ses yeux. Comme à son habitude.

« Ah oui, pardon, je ne pensais pas qu'on pouvait avoir des problèmes d'enfant de 5 ans quand on en a 11. »

Touché.

Izzy est froide. Elle a raison, mais il aurait préféré qu'elle le soutienne. Comme une grande sœur. Il ne peut pas lui en vouloir. Il n'y arriverait pas de tout manière. Alors il ravale sa fierté et s'assoit avec son frère et sa sœur.

Au loin, Valentine le provoque. Il lui tire la langue et mange sans aucun scrupule son casse-croûte. Pour ajouter au côté mélodramatique, il prend le temps de se lécher un à un ses doigts. Son groupe d'amis rigole. Beaucoup trop fort. Pour être sûr que Jace entende. Ce n'est pas juste, c'est Maryse, sa mère, qui lui avait préparé pour la rentrée de printemps. Elle a pris de son précieux temps. A préparé un croque-monsieur avec double ration de jambon et de fromage, comme Jace adore. Et ils l'ont regardé ensemble dorer doucement dans le four.

Soudain, Alec se tourne vers lui. Il plante ses yeux dans les siens. Et ça le surprend. Parce que malgré son adiaphorie, malgré son côté inexpressif, il a un regard profond et rempli d'amour. A qui sait le remarquer bien entendu. Et il ne peut que l'aimer pour ça.

Puis, Alec se lève. Il enlève sa veste et la range précautionneusement dans son sac, en prenant soin de ne pas abîmer les livres qu'il a emprunté à la bibliothèque. Il vérifie que ses lacets sont bien attachés, relève ses manches avec une application démesurée. Izzy a relevé la tête, elle ne rate aucune miette de ce qui se passe. Sachant très bien comment cette scène va se terminer. Elle jubile. Ça saute aux yeux.

Jace ne bouge plus. Il n'ose pas. Son frère réduit de plus en plus la distance entre lui et le groupe de Valentine. Il se plante devant le voleur de gouter. Lui sourit. Ce genre de sourire qui veut dire : je suis vraiment désolée de ce que je m'apprête à faire. Et soudain, le coup part. Sans prévenir. Puissant, imparable, violent. Il s'insère parfaitement dans la joue de Valentine. Le choc le propulse au sol.

Des cris dans la cour.

Puis McGonagall apparait.

Et Alec est redirigé vers le bureau de Dumbledore.

Un sourire aux lèvres.

Justice est faite.


Alec se réveilla avec un maudit mal de crâne. Son frère dormait encore. Il ne préférait pas le réveiller. Il s'habilla tranquillement et sortit de son dortoir. Des acouphènes puissants se répercutaient à l'infini dans sa tête. Comme un écho à sa tristesse. Il essaya de les chasser. N'y parvenant pas, il décida d'aller prendre un peu l'air frais à l'extérieur.

Personne n'avait osé sortir près de la fontaine en ces températures extrêmes. Le sol était gelé par la neige, et le soleil pâle n'arrivait pas à la faire fondre. Alec s'assit sur un banc au hasard et sortit un bouquin avec l'espoir que sa migraine passerait. Voyant que cela était inutile, il referma le livre et le rangea dans sa besace. Il massa vigoureusement ses tempes. Il releva la tête sentant une présence près de lui. Ses yeux se posèrent sur… Sur un chat noir ? Que diable faisait-il ici par ce temps ? Sans avoir besoin de l'appeler ni de l'amadouer, celui-ci s'installa confortablement sur ses genoux. Le chat le fixa de ses deux fentes couleur de feu.

« Qu'est-ce que tu fais ici, petit ? »

Sans s'en rendre compte Alec commença à le câliner, comme s'il s'agissait de son propre chat. Il se mit à ronronner.

« Ouais, t'as raison il fait froid dehors. Mais regarde c'est si beau. L'hiver, quand la neige tombe, on ne peut plus distinguer le haut du bas. La Terre et le Ciel deviennent alors un tout. Tu comprends ? »

Alec n'attendait pas vraiment de réponse. En réalité, il se sentait souvent dépassé par le sentiment de mieux comprendre la nature que les humains. Il avait ce besoin de passer du temps avec Arrow comme s'il s'agissait d'une précieuse amie. Les cloches retentirent, annonçant le début des cours.

« Je crois que j'avais besoin d'être seul ce matin, mais toi, ça va, tu es beaucoup trop mignon, merci de m'avoir écouté. »

Il le prit délicatement dans ses bras pour le reposer à terre, se permit une dernière caresse et rejoignit le cours de métamorphe de McGonagall. A sa plus grande surprise, le chat se mit à le suivre. Oh, il essaya bien de le perdre dans le labyrinthe des couloirs du château, mais rien n'y fit. Ce n'est seulement que lorsqu'il franchit la porte de salle de classe que le chat se stoppa à l'entrée comme si une force invisible l'empêchait d'avancer. Puis il disparut aussi mystérieusement qu'il était venu.


Clary et Jace était assis à côté. Evidemment. A se dévorer des yeux et en se faisant des papouilles d'amour qui écœuraient Alec, Izzy et Max.

« Je vais chercher Simon, sinon je sens que je vais vomir. »

Izzy apposa ses deux mains sur les épaules de ses frères et se leva en direction de la table des Gryffondor.

« Et peut-être que je vais rester là-bas ! » s'écria-t-elle quelques mètres plus loin.

Contre toute attente Izzy s'était fait un ami qui n'était pas devenu son copain. Et bizarrement ça lui plaisait énormément. Depuis le début de sa scolarité, elle ne s'était entouré que de ses frères. Avait repoussé le monde entier de sa vie. Pas Simon. Simon s'était, au fil des jours, battu pour leur relation. Il était venu chaque soir la récupéré après les cours. Et quand le froid avait commencé à être insupportable, ils avaient échangé leur rendez-vous entrainement Quidditch par des séances à la bibliothèque ou dans la grande salle.

Elle qui était certaine d'être un cœur de glace, elle ne s'était jamais imaginé que quelqu'un cherche à la connaître. Elle avait dû fermé les yeux sur les sentiments de Simon pour sa meilleure amie. Ne sachant pas comment lui avouer que ce n'était pas réciproque. Elle s'était contenté de recoller les morceaux, une fois le carnage fait. Et ça lui avait tellement fait plaisir de se sentir, pour une fois, utile dans ce monde. Elle lui avait expliqué par la suite, que Clary aimait Jace depuis le début de leur première année à Poudlard et vice versa. « D'où les éclairs que me lançait Jace » n'avait pu s'empêcher de dire Simon. Leur relation s'était alors renforcé. Ils avaient commencé à se raconter leur petit secret. Leur aspiration. Leurs rêves les plus fous.

Mais là, aujourd'hui, Izzy avait besoin de lui parler de ses frères. Plus que jamais. Une bonne et une mauvaise nouvelle.

« Salut Monsieur Courage ! »

« Salut Madame Loyal ! » contrecarra Simon, un sourire aux lèvres.

« Mademoiselle » Corrigea Izzy une lueur d'amusement dans les yeux.

Elle s'installa à ses côtés et piqua sans scrupule, la part de tarte aux pommes présente dans son assiette.

« Chai pleins de trucs à tdire » commença-t-elle en savourant la première bouchée du gâteau.

« Comme par exemple que MA tarte est très bonne ? » se moqua Simon avant de prendre une autre part dans le plat juste en face de lui. Il planta ses dents dedans et se senti instantanément beaucoup mieux.

Elle hocha la tête et prit le temps de finir son morceau avant de s'embarquer dans une longue conversation.

« Humhum » s'échauffa-t-elle avant de poursuivre. « Clary et Jace sont ENFIN ensembles ! »

Elle avait presque crié en prononçant cette phrase. Toutes les élèves dans un diamètre de 1 mètre d'elle s'étaient d'ailleurs retournés. Elle leva sa main pour signifier qu'elle était désolée d'avoir crié.

« Aie, j'ai bien peur qu'on ne puisse plus se moquer d'eux. » il était pensif mais un sourire timide pointait au bout de ses lèvres.

« T'inquiète pas, ils sont tellement en mode mièvre que tu as matière à. D'ailleurs si tu veux regarder un feuilleton à l'eau de rose, passe à notre dortoir. Tu ne seras pas déçu du déplacement. »

Simon failli s'étouffer avec sa part de tarte. Ils se mirent à rire et il ne put s'empêcher d'en savoir plus.

« C'est des épisodes de 20 minutes ou 40 ? »

« Oh, je dirais que c'est diffusion 24 heure sur 24. »

Ils éclatèrent de rire à nouveau puis il y eut un silence. Izzy n'osait pas continuer. Parce qu'elle savait très bien la nouvelle qui restait à annoncer. Elle se permit un regard pour Alec qui était en plein conversation avec Max et se retourna vers son ami.

« Et puis, y a quelque chose de moins drôle. » Toute trace de sourire avait disparu. Ayant retrouvé son sérieux, Simon l'écoutait avec attention.

« Alec s'est fait jeter. Comme une merde. C'est Jace qui nous l'a dit. Alec n'a pas l'air de vouloir en parler. Et il s'applique à faire comme si tout allait bien. »

Izzy avait le regard sombre. Son frère méritait le mieux. Elle allait tuer M Bane. Le dépecer vivant et vendre sa peau à un pervers narcissique.

« Il s'est fait jeter comme de la merde ? Tu parles du type qui a des vues sur lui mais dont-on-ne-doit-pas-connaître-l'identité ? En vrai tu peux tout me dire, il s'agit de qui que je puisse lui péter la gueule ! »

Izzy secoua la tête. Autant amener son frère à l'abattoir que de divulguer l'identité de M Bane. Son expression avait changé du tout au tout. 15 secondes auparavant, elle rayonnait littéralement. Désormais une douleur froide et triste se reflétait dans ses yeux.

« Il n'y a que ça que je ne peux pas te dire. Un jour, promis. Fais-moi juste confiance s'il te plait »

Dans son regard, Simon put lire de la détresse, et il ne se permit pas d'insister. Il lui faisait entièrement confiance et cela lui suffisait. Voyant qu'elle avait les larmes aux yeux, il la prit tendrement dans ses bras, lui caressa doucement les cheveux et lui murmura des paroles amicales et réconfortantes. Elle le sera un peu plus fort et une perle coula le long de sa joue.

Son frère ne méritait pas ça, alors pourquoi continuait-il à sourire ?


Jace était parti en balade avec Clary. Ils voulaient passer un maximum de temps ensemble avant les vacances de Noël. Alec le comprenait parfaitement mais le fait de rester seul dans sa chambre ne l'aidait guère à ne pas ruminer.

Il attrapa son sac, y glissa quelques feuilles et crayons, et ouvrit la porte de la cage d'Arrow. Quand il entrebâilla la fenêtre, sa chouette s'échappa sans vergogne. Il la regarda prendre son envol dans le ciel gris et brumeux, un sourire aux lèvres. Il s'échappa des entrailles du château et prit la direction du terrain de Quidditch.

Arrow voletait au-dessus de lui, se jouant de la brise. Il faillit la rejoindre. Failli. Mais le décor qui se dressait face à lui était à couper le souffle.

Le saule cogneur suivait le rythme irrégulier du vent. Dans un paysage de glace et de brume, l'écorce noirci donnait un contraste des plus surprenants. Ne pouvant détourner le regard d'un tel chef d'œuvre de la nature, Alec prit place sur un rocher afin de pouvoir contempler dans toute sa splendeur le tableau qui s'offrait à lui. Il attrapa des feuilles dans son sac sans lâcher des yeux l'arbre vivant et commença son esquisse.

Il lui fallut 3 heure et 24 minutes pour retranscrire l'émotion qu'il avait ressenti en apercevant le saule cogneur. Ses doigts lui avaient demandés supplice à maintes reprises. Il n'avait jamais cédé. Ses mains étaient maintenant congelées, et il devinait facilement qu'il lui faudrait toute la soirée pour en retrouver l'usage. Mais un sourire était peint sur son visage. Il venait de capturer l'éphémère.

Dans ce monde blanc, une tache noire retenu son attention. Elle se rapprocha de lui dans une grâce propre au félin. Le petit chat du matin. Celui-ci le regarda un petit moment, inspecta le bout de papier noirci par les crayons, puis d'un mouvement habille grimpa sur les jambes de l'étudiant.

« Salut toi, toujours dehors malgré le temps ? »

Il commença à enfoncer ses doigts transis dans sa fourrure. La chaleur de son pelage procura immédiatement réconfort à Alec qui venait tout juste de se rendre compte qu'il était frigorifié.

« Sans toi, je serais probablement mort de froid. » il le gratifia avec plusieurs caresses.

« Tu es vraiment mignon toi. J'espère que tu as un abri pour la nuit. Je ne payerai pas pour passer la nuit dehors. A une prochaine »

Il ébouriffa sa crinière d'un geste tendre.

Arrow voyant cette poussée d'affection d'un mauvais œil, se posa sur l'épaule de son maître. La situation peu commune fit éclater de rire Alec. Une chouette, un chat, quel serait le prochain animal qui récupérerai ?

« Aller on y va » murmura-t-il à sa chouette qui était bien décidé à rester sur son perchoir.

Il fit un signe amical au petit chat noir, qui continua à le fixer, assis. Ces yeux mordorés perçant la nuit.


Clary fonça sur Alec, une fois que celui-ci rentra jusqu'au dortoir. Elle lui passa un savon terrible lorsqu'elle remarqua les engelures le long de ses mains. Quand il lui offrit son dessin, toute trace de colère avait disparu de son visage, et elle fondit dans ses bras. Alec sourit, il était si facile de conquérir le cœur de cette jeune femme.

« Tu es le meilleur ! Merci ! Enfin… Je veux dire merci pour tout. » Elle posa sur lui un regard insistant et il comprit qu'elle parlait de la veille. De Jace. Et par conséquent, d'elle également. Alec haussa les épaules.

« J'y suis pour pas grand-chose » comme s'il cherchait à clore cette discussion, il s'assit précipitamment sur le canapé. Les bras servant d'oreiller. Elle le rejoignit et planta un regard franc de le sien.

« Peut-être, mais merci. Tu donnes toujours l'aide mais tu ne veux jamais les éloges. Et moi, mon problème, c'est que j'ai besoin de te les offrir. Alors tu m'écoutes, tu te tais et tu restes fidèle à toi-même. Point barre »

Alec ne peut s'empêcher de sourire. C'est qu'elle avait du caractère cette Clary, il ne fallait pas croire le contraire.

« Tu es sûr que tu ne veux pas fêter Noël avec nous ? Jace serait vraiment heureux. » silence. « JE serais vraiment heureux. »

Elle secoua la tête tristement. Quelques mèches rousses folles barrèrent son visage.

« Je ne peux pas laisser ma mère toute seule. Ce serait vraiment trop triste. »

« C'est vrai… Propose lui de venir ! »

Alec regardait Clary. Dans un espoir fou qu'elle accepterait de venir partager les fêtes avec eux. Il savait pourtant pertinemment qu'elle refuserait.

« Et donner du travail supplémentaire à Maryse ? Qui a déjà 4 enfants bien turbulents. Hors de question. »

« Juste trois. » corrigea Alec, un sourire aux lèvres.

Il posa sa main délicatement sur son épaule, et ses yeux acceptèrent son refus. Il la serra tendrement dans ses bras et ne résista pas à lui ébouriffer sa coiffure impeccable.

« Je suis mort de froid, je vais aller sous la couette. » frissonna-t-il.

« Voilà ce que c'est de faire le malin à dessiner dehors ! » Elle lui tira la langue et Alec tendit sa main, vide, face à elle. Elle le regarda, interloquée.

« Allez. Tu le rends. Tu. Le. Rends. » elle fronça faussement les sourcils. Pris une voix beaucoup trop niaise. Et posa sur ses lèvres un doigt interrogateur.

« Je ne vois pas de quoi tu parles. »

« File moi ce dessin, Clarisse Fairchild. » Elle se leva rapidement pour esquiver l'attaque des guilis potentiel.

« Jamais de la vie. Je préfère encore mourir ! »

Ils se mirent à courir dans toute la salle. S'envoyant le moindre petit objet qu'ils leur tombaient sous la main. Quand Alec l'attrapa enfin, il lui fit subir sa torture favorite. Et une fois encore, à bout de larmes, Clary le supplia d'arrêter ses chatouilles. Ils finirent par exploser de rire tous les deux. Et ils regagnèrent leur chambre respective après des au revoir des plus cordiaux. Alec pu enfin se glissait dans ses draps.

Il n'avait plus froid.


Au réveil, Alec remarqua que quelque chose s'était installé dans son lit pendant la nuit. Quelque chose. Ou quelqu'un. Une petite boule de poil noir, telle une pelote de laine, avait élu domicile sur la couette d'Alec. Il ne réussit pas à se mettre en colère et commença à lustrer le pelage de l'animal à l'aide de sa main. Une petite tête toute endormie se leva. Ses yeux encore bouffis de sommeil était absolument adorable. Alec fondit. Littéralement.

« Alors mon pote, on a pas de quoi se payait un hôtel pour la nuit alors on squatte ? »

Jace se redressa brutalement, ne comprenant pas les propos de son frère. Ni où il se trouvait d'ailleurs. Alec explosa de rire et Jace grinça des dents en découvrant le quiproquo. Il enfouit sa tête sous l'oreiller et essaya de se rendormir malgré le début des cours imminents.

« Comment tu as fait pour rentrer jusqu'ici ? Tu es un petit rusé toi. »

Alec murmurait. Les yeux plongeaient dans ce regard de feu. Il haussa les épaules. Il y avait pire surprise le matin, que de trouver une boule de poil adorable sur son lit. Il se leva délicatement, évita le tas de fringue de Jace au pied du lit et se dirigea vers sa penderie. Quand il se rendit compte que le chat l'observait se déshabiller, un sentiment de mal-être s'empara d'Alec. Il secoua la tête

« Ce n'est qu'un chat, Arrow t'as vu des milliards de fois nu ».

Il vida son placard. Sans grand succès. Il ne trouvait pas ce maudit jean qui disait « Non, je suis resté indifférent à tes mots. » et ce fameux t-shirt qui hurlait « regarde-moi, je ne te regarderais plus jamais. »

Oui dans moins d'une heure, Alec avait cours avec M. Bane et il n'avait absolument pas la moindre idée de comment s'habiller. Il était en colère contre lui-même. Ne pas se rendre compte que Magnus était indifférent à son égard était l'une des pires choses. Ils ne s'étaient pas recroisés depuis la fameuse nuit et Alec avait repoussé en bloc tous ses sentiments.

Jusqu'au dernier moment.

Jusqu'à ce matin.

Résigné, il attrapa des habiles au hasard et quitta la chambre. Il prit la peine de jeter un coussin sur son frère et celui-ci gronda avant de se lever.

Alec se dirigea vers un banc perdu au milieu des couloirs. Le petit chat toujours à ses trousses. Quand il commença à feuilleter sa leçon – il ne voulait pas être pris au dépourvu par son professeur – le chat noir décida de s'en allait. Non pas après avoir quémandé quelques câlins.

Ce chat était une véritable bénédiction pour Alec. Il avait pris sa triste, son chagrin et l'avaient jeté au loin. Mieux que quiconque. Tout ce qu'il espéré, c'était le revoir après les vacances de fin d'année.

Alec se leva et poussa un soupir las. Les cloches n'avaient même pas sonné. Mais préférant éviter au plus son professeur, il prit l'initiative de se rendre en avance à son cours. Décidément, il était le petit élève parfait aujourd'hui, il fallait qu'il en parle à Clary, elle serait tellement fière de lui.

Devant la porte de la salle de cours, un comité surprise l'attendait. Beaucoup d'amour dans le regard. Beaucoup de peine aussi.

« On a pensé que… Tu aurais aimé que nous soyons tous là. »

Alec sourit. Pourquoi ses amis étaient toujours là quand il avait désespérément besoin d'eux.

« Merci. »

Pas besoin d'en dire plus. Ils entrèrent ensemble dans la classe. Alec se retrouva entre Jace et Clary qui s'étaient séparé pour cette dure épreuve. Quand Magnus entra dans la salle, Clary agrippa la main de son meilleur ami sous la table. Et son regard se planta dans le sien. Douleur, peine et incompréhension étaient peintes à l'intérieur. Magnus ne tiqua pas une seule seconde. Et d'un coup tous les espoirs d'Alec s'effondrèrent.

Il s'était imaginé que son professeur reviendrait sur sa décision. Qui le retrouveraient au détour d'un couloir. Plus sexy que jamais. Plus désirable également. Cela n'était pas arrivé. Il s'était refusé d'en parler, d'y penser et de ruminer sa tristesse. Feintant d'aller parfaitement bien. Ce n'était absolument pas le cas. Et ce qui le rendait le plus fou, c'était de voir, dans les yeux de Magnus, qu'il s'était totalement trompé. Peut-être que son professeur n'avait jamais partagé ses sentiments ? Peut-être qu'il avait simplement cédé aux caprices insistant d'Alec sur le terrain de Quidditch en l'embrassant ?

Doute.

Trahison.

Alec ferma les yeux. Anéanti. Il fallait qu'il redresse la pente. Il respira un bon coup. Refoula l'entièreté de ses sentiments et se mit à gratter le cours de M. Bane sur son calepin. Clary, à côté de lui, ne tenait pas en place. Le dévisageant constamment pour savoir si tout allait bien, elle oubliait de prendre des notes. Alec se retourna, lui sourit comme il put et désigna la feuille vierge face à elle.

Quand les cloches annoncèrent enfin la fin du calvaire pour Alec, celui-ci senti la pression s'évacuée rapidement de son corps. Il se leva brusquement, commença à ranger ses affaires et ne s'inquiéta pas de voir grandir du noir dans son champ de vision. Devenu aveugle, il commença à perdre l'équilibre. S'appuya comme il put à la table face à lui. Des spasmes violents le secouait. Il entendit d'abord Jace, puis Clary hurlait son nom. Le reste ne voulut pas s'enregistrer dans sa mémoire.


Quand il se réveilla enfin, deux paires d'yeux étaient braqué sur lui. Terrifiante vision qui rendit Alec hilare. Izzy se jeta dans ses bras. Et Simon se contenta d'un « heureux que tu ailles mieux » en se touchant l'arrière du crâne, gêné. Alec réalisa enfin qu'il se trouvait à l'infirmerie.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? » demanda-t-il totalement, déboussolé.

« Ce qui s'est passé c'est que tu es un abruti de frère qui dessine pendant 3 heure à l'extérieur par un temps de -20°C ! Et que tu te poses pas plus de questions sur ton état physique. Monsieur joue les héros sans même manger, ni le soir, ni le matin ! Tu m'étonnes que tu t'écroule comme une merde pendant le cours ! » En l'injuriant de tous les noms, elle lui fourrait des petits gâteaux de force dans sa bouche. Puis elle stoppa son geste, paniquée. « Tu as fait peur à tout le monde, imbécile… »

« Pardon. » répondit-il la bouche encore pleine de biscuit. « Je me sentais très bien ce matin, je te jure ! »

Il réalisa que depuis le matin il n'avait cessé de penser à son stupide professeur et n'avait bien entendu, pas prêté attention à son ventre qui criait famine.

« Quel crétin, j'ai inquiété tout le monde du coup. »

Mme Pomfresh s'approcha de son lit et d'une voix douce demanda à sa sœur et son ami de partir. Alec avait encore besoin de repos.

« Je ne retourne pas en cours cette après-midi ? Je vais beaucoup mieux, je vous assure. »

L'infirmière le regarda d'un mauvais œil.

« Pour nous refaire un malaise ? Certainement pas ! Tachez de vous reposer, Mme Pince vous a apporté de la lecture quand elle a appris votre chute ce matin. »

Alec se mit à sourire. « J'ai vraiment de supers amis. » Il attrapa le livre posait sur la table de chevet et l'ouvrit. Glissée dans la première page se trouvait une lettre rédigée de la main de la bibliothécaire. Alec fut profondément touché par cette attention. Sur ce bout de papier, pas beaucoup de mot mais l'essentiel était là.

« Alexander,

J'ai appris ton malaise.

Remet toi bien et lis ce bouquin.

Petit pépite parmi tant d'autres de la bibliothèque.

Irma Pince,

PS : Quand tu ne peux pas venir à la bibliothèque, c'est la bibliothèque qui vient à toi. »

Une demi-heure avant la fin des cours de la journée, un chat se glissa silencieusement et discrètement dans l'infirmerie. Il contourna précautionneusement Mme Pomfresh et grimpa sur le lit d'Alec. Sans même que celui-ci n'est le temps de réaliser, il se pelotonna sur ses jambes et se mit à ronronner.

Alec releva la tête. Voyant que l'infirmière était occupée ailleurs, il enfouit ses mains dans le poil soyeux de l'animal.

« Dis donc tu vas finir par avoir des problèmes toi si tu me suis de partout. Je vais commencer à croire que je te plais ! »

Ne put s'empêcher d'ajouter Alec, un sourire aux lèvres.

« Qu'est ce qui te plais chez moi ? Mon éternel ennuie ou mon calme religieux ? Peut-être les deux. »

Le chat se mit à bailler. Il était tellement adorable.

« Oui tu as raison, mon éternel ennuie est assez sympathique. Bientôt je partirais de ses murs. »

Le chat se contenta de remuer les oreilles. Il se mit à le caresser doucement. Et de merveilleux petits ronronnements se firent entendre. Alec était aux anges.

« Encore ce chat ? » la voix de Jace le fit sursauter. Il reprit contenance.

« Chut, Mme Pomfresh va me tuer si elle le voit ! »

Jace se plaça devant Alec de telle manière à ce que la propriétaire des lieux ne puisse voir la bête. Il leva les yeux au ciel, qu'est ce qui ne ferait pas pour son frère.

« Comment tu te sens ? » s'enquit-il.

« Beaucoup mieux, merci. Je sens que ça va être plus dur de convaincre Clary. » il soupira. « Elle m'a fait toute une scène hier en voyant l'état de mes mains gelé. »

« Elle ne t'en veux pas, elle était juste morte d'inquiétude. Et ce n'était pas la seule. »

Il avait insisté sur ces derniers mots. Gêné, Alec passa sa main dans ses cheveux. Il ne lui arrivait jamais rien d'ordinaire. Il avait tellement pris l'habitude, quand il était petit, de pouvoir pousser son corps dans ses derniers retranchements, sans jamais tomber malade, qu'il était persuadé que rien ne pouvait lui arriver. Et sans le vouloir, il avait donné soucis à tous ses amis.

« Je sais… Je suis vraiment désolée… ça ne m'arrive jamais, c'est pour ça, j'ai un peu trop tiré sur la corde sans m'en rendre compte. »

Jace hocha la tête, hésita quelques secondes. Ouvrit la bouche. La referma. Il regarda quelques instants le chat. Releva la tête en direction de son frère. Tritura son t-shirt. « Quoi ? » failli balancer Alec. Mais son frère était tellement mal qu'il n'osa insister.

« Je vais y aller. Reviens dans la chambre quand tu veux. »

Jace partit. Sans attendre de retour. Alec resta un instant immobile. Soupira. Passa une main dans ses cheveux et planta son regard dans les yeux mordorés du chat.

« Pourquoi les gens sont-ils incapables de me dire ce qu'ils ressentent vraiment ? Tu penses que je ne suis pas digne de confiance ? »

Le chat détourna le regard, comme si la conversation ne l'intéresser soudain plus.

« Super, même toi tu me snob. »

Il le poussa de ses genoux. Avec amour. Et posa pied à terre. Le carrelage était froid. Il enfila rapidement ses chaussures. Rajouta le livre que lui avait prêter Mme Pince dans son sac et fit le lit du mieux qu'il put. Le chat se faufila entre ses jambes et disparut dans le château. Plus que quelques jours et les vacances lui tendraient les bras.

Plus de cours.

Plus de révision.

Plus de M. Bane.


Alec fut accueilli par des acclamations et des étreintes chaleureuses. Ne voulant pas le brusquer pendant sa convalescence tout le petit monde s'éclipsa pour aller se coucher. Juste Izzy resta près du feu. Elle avait besoin d'être seule. Définitivement seule. La peur qu'elle avait ressentie lorsque son frère s'était effondré lui avait fait comprendre. Comprendre qu'elle l'aimait beaucoup trop. Comprendre qu'elle s'appuyait toujours sur lui. Comprendre qu'elle n'était rien sans lui. Un souvenir lui revient. Un souvenir qui lui peint un sourire sucré sur le visage.

Elle a 6 ans. Et elle est en colère. Une colère noire. Contre son frère, Alec. Rien ne l'émerveille et ça, ça à le don de la rendre digue. Elle ne comprend pas. Parce que, elle, elle sourit à la vie. En voyant une sucette. En serrant sa mère dans ses bras. En lisant une fabuleuse histoire. Et Alec ne sourit pas. C'est là, à ce moment, que sa vie va prendre un autre tournant. Ses yeux s'illuminent. Elle rayonne. Parce qu'elle vient d'avoir une brillante idée.

Le lendemain, elle secoue ses parents. C'est décidé, elle veut aller dans un parc d'attraction avec eux et son frère. Ils cèdent enfin à son caprice. Elle est heureuse. Elle demande des barbes à papa. Veut que son frère l'accompagne dans son manège préféré. Réussi à lui décrocher un merveilleux ours en peluche. Elle s'accroche toute la journée aux lèvres d'Alec. Sans résultat. Il ne sourit toujours pas.

Elle ne perd pas son courage, non. C'est une Lightwood. C'est une battante. Elle réitère l'essai. Plusieurs fois. Le parc d'attraction devient l'aquarium. Puis le musée – un peu barbant –. Elle l'emmène ensuite au Zoo. Les animaux font de la peine à Alec : « Parce qu'ils sont enfermés. Personne ne mérite d'être enfermé. » lui dit-il, tristement. « C'est moi qui suis triste. Tu ne m'aimes pas, tu ne me souris jamais » pense-t-elle à ce moment-là.

Un jour elle lâche prise. Elle abandonne. Et ses parents ne s'en plaignent pas. Parce que ça fait du remue-ménage pour Maryse. Elle attend son troisième petit. Mais Izzy s'en fiche. Parce que malgré l'amour de sa mère et de son père, son frère ne la regarde pas. Et ça la tue à petit feu.

Alors elle reste dans la cour de récré avec « ses amis ». Elle fait semblant. Mais à travers la fenêtre de la classe, elle le voit. Seul. En train de dessiner. Et elle se rend compte du fossé qu'il y a entre eux.

C'est à ses 9 ans que se produit le miracle. Elle vient de finir un livre palpitant. Un livre de pirate. Elle en a encore des frissons tout le long du dos. Elle court dans la maison. En parle à sa mère. A son père. Ils ne sont pas aussi enthousiastes qu'elle mais ils font l'effort de l'écouter. Elle est tellement euphorique qu'elle ne remarque pas Alec qui a pris place à côté d'elle. Il lui tire la manche doucement.

« Est-ce que tu peux me le prêter ? »

Elle écarquille les yeux. Elle a peut-être mal entendu. Mais dans le doute, elle lui tend le livre, heureuse que son frère s'intéresse à quelque chose qu'elle aime.

Le lendemain, en ouvrant la porte de sa chambre, elle tombe sur une paire d'yeux qui la regarde avec intérêt. Son frère tient dans sa main, précieusement, le roman qu'elle lui a donné la veille.

« Il était tellement bien que je l'ai fini en une nuit. Merci. »

Et il lui sourit. Comme jamais il lui avait souri. Un sourire franc. Beau. Vrai. Ce genre de sourire qui vous fait tomber à la renverse. Qui vous fait comprendre que plus les choses sont rares plus elles sont précieuses. Elle le capture. Le photographie à jamais dans son esprit. Et elle lui rend. Elle resplendit. Elle est heureuse. Son frère lui a souri.

Et elle n'est pas prête de l'oublier.


Il n'en revenait pas. Il avait obtenu un « Effort Exceptionnel » à un devoir sur table du professeur Rogue. Dernier jour à Poudlard avant les vacances de Noël et Alec venait de recevoir le plus beau cadeau du monde pour les fêtes. Peut-être qu'il plaisait également au professeur Rogue ? Il effaça l'image qui avait surgit dans son esprit d'un autre prof, sexy lui.

Il se dirigea jusqu'à la grande salle pour manger avec ses amis. Ça serait le dernier repas de l'année avec Clary. Simon avait rejoint la table pour l'occasion, à côté d'Izzy qui était occupé à compter le nombre de relations qu'elle avait eu depuis le début de l'année.

« Sept, avec ma dernière en date : Raphaël… Mais l'année prochaine, j'arrête. Je trouve la bonne personne ou rien ! Histoire que je ne finisse pas l'année avec un badge « Chaudière ». »

Personne n'osait blaguer. Parler de relations était un peu tabou avec tout ce qui s'était passé récemment. Clary et Jace. Alec.

« Je la passerai sous contrôle, si une telle personne existe. Il faudra qu'elle te mérite par contre. »

Simon posa une main sur l'épaule d'Izzy. Elle lui sourit en retour. Il lui avait promis, un peu plus tôt dans la semaine de contrôler ces futures relations amoureuses et il avait carte blanche pour choisir ou virer n'importe quelle personne qui ne jugerait pas digne de son amie. Et Izzy lui faisait entièrement confiance.

« Est-ce qu'on pourrait parler de cette énigme qui le restera longtemps je pense… »

Alec était en train d'afficher à l'ensemble de ses amis la note qu'il avait obtenu lors du cours de potion.

« Tu es surpris ?! Je te remercie… C'est grâce à mon dur labeur que ta tête de linotte a retenu quelques connaissances en potion ! »

Personne n'osa contredire Clary, même si personne n'était d'accord avec elle. Alec avait été certainement touché par la grâce divine. Ou alors Rogue s'était définitivement trompé de copie en écrivant la note. Et un très bon élève devait être en pleurs devant un « Désolant », immérité.

« Je pense que tu as les Dieux de ton côté »

Izzy renchérit sur son frère.

« Ou que tu étais malade ce jour-là, et que la fièvre t'as fait faire des miracles. »

« Et si Clary avait eu pitié de tes misérables notes et avait écrit ton nom à la place du sien sur sa copie ? »

Tout le monde se tourna vers la concernée qui s'évertua à secouer la tête. Au bout de quelques minutes, elle prit une expression théâtrale.

« Vous plaisantez ?! Je ne me contente que d'Optimal ! »

Ils éclatèrent de rire.

Peu importe quelles hypothèses étaient la bonne, Alec avait eu un « Effort Exceptionnel » et cela lui suffisait, il pouvait mourir heureux.


Quand le dernier cours, de la dernière après-midi, du dernier jour avant les vacances prit fin, Alec se dirigea rapidement vers la bibliothèque. Il avait deux trois bouquins à rendre et voulait en emprunter pour les vacances. Et puis cela faisait un moment qu'il n'avait pas vu Mme Pince, ses expressions exagérées lui manquait terriblement. Ainsi que ses conseils de lecture.

Précieux.

Justes.

Au détour d'un couloir, il fut happé par son regard. Il se figea dans son élan. Incapable de bouger. Comment réagir ? Comment ne pas lui dire toutes les émotions qu'il ressentait ? Prêtes à déborder, d'un instant à l'autre.

Magnus lui saisit le bras. Planta ses yeux plus profondément encore. Comme si c'était possible.

« Est-ce que je peux te parler ? Un peu plus… seul à seul ? »

Alec ne comprenait rien mais il hocha la tête. Incapable de s'éloigner de son attraction. Ils s'enfuyaient ensemble dans les couloirs. Pendant plusieurs minutes. Jusqu'à ce que plus personne ne puisse les voir. Magnus prit la parole.

« Ecoute… Je m'en veux pour ce que je t'ai dit, l'autre jour. Je… On oublie tout. Je veux essayer. »

Magnus avait l'air gêné. Honteux. Mais il avait aussi cette confiance. Cette confiance qui voulait dire : « je sais que tu vas craquer, je sais que je t'attire. » Et cette confiance fut pour Alec une alerte rouge de niveau 10. Et la tempête se déchaîna. Un raz de marée verbal qu'Alec ne se connaissait pas. Rendant chaque phrase, piquante et violente et laissant Magnus tel un naufragé.

« Je vous demande pardon ?! Vous me faites des avances une bonne partie de l'année, puis vous m'embrassez. Pour me jeter juste après ? Qu'est-ce que vous vous imaginez ? Que je vais rampez à vos pieds par la suite ? »

« Je pensais que… »

« Taisez-vous ! Si vous avez si peur de vous engager, ne le faites pas ! ça ne serait pas une grande perte de toute façon. Maintenant, qu'on soit bien clair. Vous n'êtes, pour moi, plus qu'un ramassis de défauts. Je ne veux plus jamais avoir à faire à vous. »

Alec se tourna tel un ouragan après anéantissement de ville. Plus il s'éloignait, plus sa marche se changeait en course. Il arriva devant la bibliothèque. L'ouvrit totalement dévasté. Et s'effondra en larmes devant Mme Pince.

Pour ne s'arrêter que quelques minutes plus tard.

Et dire qu'il avait attendu avec impatience les vacances de Noël.