Livre sucré.

Il a 11 ans. C'est sa première rentrée à Poudlard. Il a un foutu trac, qu'il dissimule parfaitement avec son assurance naturelle. Sauf que sa mère le sent. Le remarque. Il n'est pas tout à fait comme d'habitude. Alors elle le prend dans ses bras. Et le serre très fort. Ça y est. Il ne veut plus partir. Il la supplie du regard.

Et puis il se passe quelque chose de magique. Toujours sans rien dire, sa mère sort de son sac à main un livre. Très ancien d'après la couverture. En tout cas c'est ce qu'il se dit. Elle le glisse tranquillement dans le sac de son fils. Toujours avec un sourire aux lèvres. Il la laisse faire.

« Il est très précieux pour moi. C'est mon père qui me l'a offert. »

Il ne sait pas quoi dire. Quoi faire. On vient certainement de lui faire le plus beau cadeau du monde et il est terrorisé. Parce qu'il se demande s'il est assez grand pour comprendre la juste valeur de ce présent. Il s'agit tout de même de toute la vie de sa mère. Il l'a vue tant de fois, le bouquin à la main, à feuilleter dans tous les sens les lignes écrites dessus. Il est toujours posé sur sa table de chevet d'ordinaire. Ou dans son sac. Comme aujourd'hui. Il hésite.

Il a peur de l'abîmer. De le perdre. De se le faire voler.

« N'aie pas peur. Je te le confie. J'ai trouvé quelque chose de bien plus précieux. »

Elle ébouriffe ses cheveux en pagaille. Et il attrape le livre délicatement. Comme s'il s'agissait de l'objet le plus précieux sur Terre. C'est peut-être le cas ?

Il ouvre la première page.

« Poèmes anciens »


Les vacances passèrent bien trop vite pour les Lightwood. Maryse leur avait fait de bons petits plats pendant tout le séjour, et aucun des enfants n'aurait été étonné d'avoir pris plusieurs kilos. C'est le cœur lourd qu'Alec préparait ses affaires pour retourner à Poudlard. Il aurait préféré, et de loin, rester quelques jours de plus.

Arrow, elle, avait hâte de retrouver les collines et rivières aux alentours du château. Elle s'agitait dans sa cage, et Alec pouvait très bien le comprendre.

Quand sa valise fut enfin bouclée, il descendit rejoindre ses frères et sa sœur à l'entrée. Maryse distribuait des câlins par dizaine, triste que ses petits ne puissent pas passer plus de temps avec elle. Elle s'était vraiment donnée pour ce Noël. Ça serait peut-être le dernier qu'elle passerait avec eux quatre. L'année prochaine, ils risqueraient de partir s'installer quelque part et trouver un boulot. Elle ne voulait pas y penser. Pas encore.

« Allez, on va y aller, à bientôt maman ! »

Izzy ramassa ses bagages au sol et sortit la première. Suivi du cortège fraternel. Personne ne disait rien sur le trajet. Personne n'avait envie de parler. C'était souvent comme ça pour leur départ de la maison. Parce que c'était trop triste et surtout parce que tout passait par le regard. Tous les quatre se comprenaient sans parole. Et qui aurait voulu donner un mot à un sentiment aussi sincère ?


Clary les attendait sur le quai. Avec le même voile dans les yeux.

Accolade.

Bisous.

Amour.

La première chose que fit Alec, après avoir posé sa lourde valise sur son lit ainsi que la cage d'Arrow, fut de libérer sa chouette de sa prison et d'attraper son balai. Il prit une paire de gant épais et enroula une écharpe autour de son cou. Il ne fallait absolument pas qu'il retombe malade sinon Clary allait lui passer le savon de sa vie.

La neige craquait sous ses pieds. Le son délicat de ses pas plaisait à Alec qui s'autorisa une petite balade avant de chevaucher son balai. Le calme était doux. Bienfaiteur.

Après avoir passé toutes les fêtes dans le plus affreux des brouhahas, il était tellement agréable de sentir le silence de la nuit. Alec avait terriblement besoin d'être seul. Il avait appris, quelques jours plus tôt, un élément important qui avait remis en question pas mal de chose. Comme par exemple, la colère dont il avait fait preuve envers Magnus. Les propos violents qu'il avait tenus étaient justifiés, mais sa colère un peu moins. Il s'était emporté. Comme jamais il ne l'avait fait auparavant.

Il commença à s'élever dans le ciel, suivant sa chouette dans le vent. Le silence de la nuit était juste parfait. Il se laissa emporter par son souvenir.

C'est Jace qui lui avait annoncé la nouvelle, quelques jours plus tôt, dans la chambre qu'ils occupaient chez leurs parents. Il avait beaucoup hésité avant de lui dire.

« Les autres m'ont conseillé de me taire. »

Il était alors trop tard. Jace en avait beaucoup trop dit. Il n'avait pas raconté la confrontation violente qu'il avait eu avec Magnus avant les vacances. Il avait, encore une fois, feinté d'aller parfaitement bien. C'était Mme Pince qui avait recollé les morceaux d'une histoire qu'Alec n'avait jamais évoqué en sa présence. Et dont il ne lui parlerait jamais. Jace n'avait alors pas compris l'importance de sa révélation.

« Tu sais, le jour où tu as fait un malaise ? »

Alec hocha la tête, se rappelant que sa vision s'était troublée. Sensation très étrange à laquelle il n'était pas habitué, d'ailleurs.

« Eh bien, M. Bane s'est précipité sur toi. Avec une telle rapidité... Peut-être même plus vite que moi ou Clary… Et… Il t'a porté jusqu'à l'infirmerie sans même prendre le temps d'écouter nos conseils ou d'accepter notre aide. »

Alec le regardait fixement, intrigué par les propos de son frère. C'était impossible. Tout simplement impossible. Magnus. Le professeur glacial qui l'avait rejeté ? Lui avait sauvé la vie ? Ou du moins avait tenu tout particulièrement à ce que ce soit lui qui lui vienne en aide ? Alec était tellement sonné qu'il faillit ne pas écouter la suite des évènements.

« Quand il t'a posé sur le lit de l'infirmerie, il t'a bordé et a caressé doucement ta joue. Je pense qu'il ne se rendait pas compte que nous étions encore là, Clary, Izzy et moi… Et puis… »

Et puis ? Et puis, quoi ? Qu'est-ce qui aurait pu être pire que cette attention ? Qu'est ce qui pouvait être pire que de ne pas savoir sur quel pied danser avec Magnus ? Qu'est-ce qui aurait pu être pire que de sentir son cœur battre à nouveau ? Alec le dévisageait. Pour connaître enfin la vérité.

« Et puis il t'a murmuré quelque chose à l'oreille… Un truc du genre : Je t'interdis de mourir ! Tu dois me revenir… »

Alec eut un blocage. Littéralement. Ses joues avaient chauffé et sa poitrine ne cessait de tambouriner. Pourquoi ? Ce n'était pas juste. Il s'était fait rejeter. Comme une vieille patate pourrie. Magnus l'avait ignoré. Rabaissé. Il s'était joué de lui. Plusieurs fois. Et il suffisait de claquer des doigts pour que toute la rancune qu'éprouvait Alec disparaisse ? Non, définitivement. Ce n'était pas juste. Alec n'était pas idiot. Il entrevoyait les intentions de son professeur. Il avait accepté qu'il se soit ri de lui. Mais, il n'arrivait tout simplement pas à faire taire ses pulsions. A fuir son regard. Parce que c'était lui : Magnus, son professeur sexy.

Pire. Alec s'en voulait de lui avoir crié dessus la veille des vacances. Mais sa fierté lui imposait de ne pas aller s'excuser. Après tout, il l'avait mérité. Personne ne mérite d'être traité comme un vulgaire mouchoir.

Une fois que le froid eut commencé à le faire greloter, il redescendit près de la cour extérieure. A sa plus grande joie, une silhouette noire s'approcha doucement. Alec s'avança, presque en courant, vers elle. Il se mit à genoux, ouvrit ses bras et câlina le félin.

Celui-ci ne se débattit pas. Au contraire, il se lova un peu plus dans les bras d'Alec.

« Tu m'as vraiment. Genre VRAIMENT manqué. Tu n'imagines pas quelles vacances pourries j'ai passé. Mmmmmh à part la dinde de Maryse ! Elle était délicieuse. »

Le chat lui répondit par un miaulement adorable. Et Alec commença à le brosser à l'aide de sa main. Il avait dû passer la soirée dehors parce qu'il était, lui aussi, frigorifié. Après quelques caresses, Alec prit le chemin de sa chambre. Accompagné par le petit chat, son regard mordoré braqué sur Alec.

Arrivé au dortoir, il ne croisa aucun de ses amis dans la salle commune. Ils avaient tous dû aller se coucher. Il était quand même 01 : 17. Il grimpa les escaliers dans le plus total des silences.


« Dame en C8. »

Izzy était en pleine partie d'échec version sorcier. Et Max cherchait le meilleur moyen de faire perdre sa sœur. Chose extrêmement compliquée. Les sourcils froncés par la concentration, il piochait dans son assiette de temps en temps.

« Izzy ! Je croyais que t'avais pleins de truc à me raconter ! »

Izzy ne prit même pas le temps de répondre à Simon. Elle leva une main dans sa direction pour lui intimer le silence. Il était hors de question de perdre face à son petit frère. Et puis, elle se voyait mal s'éclipser de la Grande Salle pendant l'heure de pause du midi pour révéler les derniers potins à son meilleur ami. Ce soir. Promis.

« Il ne faudrait pas tarder à reprendre les entraînements de Quidditch. »

Jace avait interrompu les séances à cause du froid et de la neige. Il ne voulait pas que Clary – qui était assez fragile – tombe malade. Mais le match contre Serdaigle approchait dangereusement.

« Je vous préviens, je n'aurais aucune pitié lors du match qui nous opposera. »

Alec éclata de rire.

« C'est moi qui n'aurais aucune pitié. »

Alec et Simon s'affrontaient du regard, amicalement. Deux attrapeurs d'exception allaient s'affronter en fin d'année.

« Peu importe qui gagne, on partage le mérite, ok ? » Clary ne voulait pas envenimer les choses.

« C'est mort ! »

Jace, Alec et Simon avaient parlé en même temps. Ils éclatèrent de rire également.

« TIIIIIIIIIIIIIENS DANS TES DENTS ! J'AI GAGNÉ ! Danse de la victoire. »

Izzy s'était relevé d'un seul coup. La plupart des Poufsouffle la dévisageaient, gênés. Elle ne se priva pas de se trémousser devant son frère, pantois. Le rire se diffusa dans tout le groupe.


Alec n'en revenait pas. Un D ? Un D comme « Désolant » ? Vraiment ?! Ça devait forcément être une erreur. M. Bane ne se permettrait pas de le noter par rapport à leur dispute d'avant les vacances. Ses yeux prenaient la forme de deux points d'interrogations et il ne tenait pas sur sa chaise, impatient que le cours se termine pour savoir pourquoi il avait eu cette note catastrophique. Magnus allait l'entendre. Il avait passé le cours à planter ses yeux dans les siens pour y déceler la réponse à sa question. Sans succès. Magnus avait pris grand soin de ne pas croiser son regard de l'heure.

Frustration.

Enervement.

« Courage, plus que quelques minutes… »

Clary, à côté, passait son temps à l'observer comme pour le soutenir mentalement. Il avait qu'une envie : que son professeur soit jugé pour tous les problèmes qu'il lui avait apporté. Peut-être même qu'il engagerait des gens pour qu'on lui jette des fruits pourris au visage.

Quand les cloches sonnèrent. Il se dressa tel un ressort. Rangea rapidement ses affaires et passa les minutes suivantes à attendre que tout le monde quitte la classe. Quand les élèves eurent enfin quitté le cours, Alec se planta devant Magnus. Droit et fier. Comme un piquet. Qui pouvait céder au moindre regard intense. A la moindre tentative d'approche.

Respiration contrôlée.

« Je peux savoir ce que c'est ? »

Il avait brandi son devoir sur table devant les yeux de Magnus. Sa voix était dure, ou du moins il l'espérait.

« C'est un contrôle de Défense Contre les Forces du Mal. La matière que j'enseigne également. »

Il jouait avec sa boucle d'oreille. Fier de sa réplique. Alec tiqua. Pourquoi arrivait-il toujours à tout tourner en dérision ? Pourquoi Alec avait envie de rigoler à sa blague ? Il se mit une baffe intérieurement pour garder son sérieux.

« Magnus, vraiment ! »

« Très bon devoir, je t'ai mis un Effort Exceptionnel. Pas ici. » il désigna le haut de sa feuille « Mais là dans mon carnet de note. » Il lui montra un cahier répertoriant toutes les notes des étudiants qui serait ensuite transmis à Dumbledore pour le bulletin de fin d'année. « Je voulais juste que tu viennes me voir. Il faut qu'on parle. »

Encore une fois. Il avait joué avec lui. Sans aucun scrupule. Et comme à chaque fois, Alec tombait à pied joint dans ses pièges. Pourquoi ? Il n'osa plus prendre la parole. Comment pouvait-il être aussi bête ?

« Je suis désolé. Pour tout. Qu'est-ce que tu dirais de tout reprendre depuis le début ? »

Alec eut un hoquet. Quel début ?

« Comment ça ? »

Magnus eut un sourire carnassier. Il disparut quasi instantanément. Cherchant ses mots, il passait un doigt sur sa lèvre inférieure.

« Enchanté, je m'appelle Magnus Bane et tu es ? »

Alec eut un de ces sourires. De ceux qui illuminent son visage et le rendent si beau. De ceux qui sont sincères et uniques. De ceux dont il ignore le pouvoir d'attraction.

« Alexander Lightwood. »

« Et tu es toujours aussi loquace ? »

Rire.

Il se surprit. Cela faisait assez longtemps qu'il n'avait pas rigolé avec son professeur. Cela lui fit énormément de bien.

« Je dois y aller, professeur. »

Magnus posa une main délicate sur l'épaule de son élève, un sourire aux lèvres. Il lui fit une courbette d'adieu et Alec tourna les talons. Quand il atteignit la porte de la salle de classe, il se retourna à nouveau face au professeur Bane.

« Magnus ? »

Magnus se perdit dans sa contemplation un instant avant de l'écouter réellement.

« Merci. »

Magnus fut pétrifié par cette vision.

Un ange se tenait dans l'encadrement de sa porte.

Et il prit son envol.


Alec était en chemin pour rejoindre le dortoir. Quelques heures plus tôt, il était allé voir Mme Pince. Il s'était d'abord excusé pour son attitude de la dernière fois. Il ne pleurait pas souvent d'ordinaire.

Encore moins devant des amis. Encore moins devant des adultes. Encore moins dans une bibliothèque.

Puis, ils avaient commencé à papoter de tout et de rien. Alec aimait ces moments avec Mme Pince. Il allait toujours la voir seul. Parce que ses amis ne supportaient pas la bibliothécaire. Parce qu'elle était toujours plus froide avec les autres. Il se souvenait des premiers jours passés à la connaître. Cela avait été une catastrophe. Mais le silence d'Alec avait eu raison du cœur carapace de Mme Pince. Et ils étaient devenus, contre toute attente, amis.

Quand il entra dans la salle commune de Poufsouffle, tout le monde était en train de gratter un parchemin. Il avait complétement oublié. Demain, il fallait rendre un devoir à McGonagall pendant le cours de Métamorphose. Quel crétin.

« Clary, tu ne veux pas rédiger mon parchemin également ? »

Il avait au moins eu le mérite d'essayer. Mais les éclairs que lui lançait sa meilleure amie étaient catégoriques. Il soupira. Après avoir grimpé les escaliers, il fouilla pendant plusieurs minutes dans son bureau pour trouver le nécessaire dans la fabrication d'un parchemin à note médiocre. En pleine recherche, un petit miaulement attira son attention. Le chat – il fallait définitivement qu'il lui trouve un nom – était pelotonné sur ce qui ressemblait à un livre. Alec tiqua. Il le reconnut au premier coup d'œil. Le recueil de poème. Il s'agenouilla, enleva délicatement le chat de son lit de substitution et ramassa le bouquin. Malgré sa colère du dernier jour, le livre n'était pas du tout abîmé. Il soupira d'aise et le reposa délicatement sur sa table de chevet, un sourire aux lèvres.

« Quand on est en colère, on fait des choses stupides. »

Il fit plusieurs câlins au chat, prit son matériel du parfait élève et se dirigea vers la sortie de la chambre. Il se tourna juste avant de quitter la pièce.

« Dis, tu ne veux pas venir avec nous en bas ? On va y rester un petit moment et tu seras un peu seul ici. »

Le félin le fixa. Intensément. Son regard mordoré brillait de mille feux. Il se leva, et suivit Alec dans les escaliers.

Alec se posa à côté de sa sœur qui était visiblement très concentrée par son devoir. Le chat grimpa sur les jambes de son soi-disant maître. Et il se mit à ronronner. Izzy n'était finalement pas si concentrée. Elle se tourna en direction des ronronnements et se mit à caresser cette boule de poils beaucoup trop adorable. Le chat la fixait méchamment.

« Je crois que ton ami à quatre pattes ne m'aime pas trop… Définitivement, j'ai beaucoup plus de succès auprès des hommes ! »

Alec laissa échappa un rire. A croire que ce chat supportait uniquement sa présence. Allez savoir pourquoi.

« Allez, aide-moi à trouver la première phrase de mon parchemin au lieu de me faire rire ! Je ne peux pas mettre uniquement « Animagus » »

Izzy prit le temps de finir son propre parchemin avant de venir en aide à son frère. Ils y passèrent toute la soirée. Quand il posa enfin sa plume, Alec soupira. Le résultat n'était pas trop mal. Allait-il devenir un bon élève ? Il n'en avait aucune idée mais un sourire doux s'était peint sur son visage. Il remercia sa sœur qui, après s'être étirée, se leva pour aller se coucher. Alec relut une dernière fois sa copie. A la recherche de fautes ou de coquilles.

« Un animagus, ou animagi au pluriel, est un sorcier ayant la capacité de se métamorphoser à volonté en animal qui convient le mieux à sa personnalité, mais il ne peut pas savoir la forme qu'il prendra avant la fin de son apprentissage. Apprendre à être Animagus est très difficile et nécessite plusieurs années d'apprentissage. C'est pour cette raison que le ministère de la Magie surveille de très près les personnes voulant le devenir.

Devenir Animagus est le fruit d'un processus complexe, constitué de dix étapes :

1/ Conservez une feuille de mandragore dans la bouche pendant un mois entier (entre deux pleines lunes). Cette feuille ne doit en aucun cas être avalée ou retirée de la bouche. Si la feuille est extraite de la bouche, le processus doit être repris à zéro.

2/ La pleine lune venue, retirez la feuille et placez-la, baignée de salive, dans ne petit fiole en cristal exposée au clair de lune (si le ciel est nuageux cette nuit-là, il faudra trouver une nouvelle feuille de mandragore et renouveler l'expérience). Ajoutez à la fiole l'un de vos cheveux ainsi qu'une cuillère en argent de rosée recueillie en un lieu qui n'a été ni exposé au soleil ni foulé par l'homme pendant sept jours entiers. Enfin, ajoutez la chrysalide d'un Sphinx tête de mort au mélange et placez-le dans un endroit sombre et calme. Veillez à ne pas le regarder ni le déranger quelque manière que ce soit jusqu'au prochain orage.

3/ En attendant l'orage, suivez les instructions suivantes au lever et au coucher du soleil : Placez l'extrémité de votre baguette magique sur votre cœur et prononcez l'incantation suivante : Amato Animo Animato Animague.

4/ L'arrivée de l'orage peut prendre plusieurs semaines, plusieurs mois, voire plusieurs années. Tout au long de cette période, votre fiole de cristal devra rester au calme et être tenue éloignée des rayons du soleil. Une exposition au soleil provoquera les pires mutations possibles. Résistez à la tentation d'aller voir votre potion tant que l'orage n'aura éclaté. Si vous répétez consciencieusement l'incantation matins et soirs comme indiqué plus haut, vous finirez par percevoir un second battement de cœur lorsque vous pointerez votre baguette sur votre poitrine. Ce battement pourra être plus ou moins intense que le premier. Ne changez rien. Continuez à répéter l'incantation aux heures dites, et ce, quoiqu'il advienne.

5/ Dès l'apparition du premier éclair dans le ciel, rendez-vous sur-le-champ à l'endroit où vous avez caché votre fiole de cristal. Si vous avez respecté scrupuleusement les étapes ci-dessus, vous y trouverez une potion rouge sang.

6/ Rendez-vous aussitôt dans un endroit sûr et suffisamment grand où vous pourrez procéder à votre transformation à l'abri du danger et des regards. Placez l'extrémité de votre baguette magique sur votre cœur et prononcez l'incantation Amato Animo Animato Animagus, puis avalez la potion d'un trait… »

Alec venait de s'endormir sur sa feuille. Heureux.


« C'est bientôt la St Valentin ! »

Izzy adorait cette fête. C'était l'occasion pour elle de relancer son business : Chocolats-pas-chers-mais-vous-allez-quand-même-payer-tarif ! Elle ajoutait toujours dans ses sucreries un peu de philtre d'amour pour pimenter sa soirée – et parce que c'était beaucoup trop drôle également –.

Clary se retourna vers son amie, affalée sur le banc de la Grande Salle, un sourire mesquin aux lèvres.

« Pourquoi, tu veux souhaiter sa fête à Valentine ? »

« Je pensais plutôt vous offrir un de mes chocolats spéciaux St-Val à toi et Jace, pour savoir si le philtre d'amour pourrait avoir un effet inverse. »

Elle lança un puissant « Mwahahaha » et tout le monde se mit à rire. L'année dernière, elle s'était vengée d'une Serdaigle comme ça. Elle avait offert un chocolat à son copain et celui-ci n'avait pas arrêté de suivre sa copine. Le rendant beaucoup trop collant et romantique pour elle. Le lendemain, ils avaient rompu.

Petite victoire de Mademoiselle Poufsouffle.

Qui avait dit qu'on ne pouvait pas s'amuser dans cette maison ?

« Et pourquoi ça ne serait pas toi qui mangerait tes chocolats pour une fois ? »

Izzy parut écœurée. Elle eut un frisson de dégoût.

« Pour devenir aussi mièvre que vous, non merci, je préfère mourir ! »

Elle chahuta son frère. Et une bataille d'injures commença entre eux. Face à face belliqueux. Son regard planté dans le sien.

Bataille visuelle.

Jace finit par baisser les yeux devant sa sœur.

« Perdu, cher frère ! Vous allez devoir tous m'aider pour la distribution des chocolats la semaine prochaine ! »

Izzy avait un large sourire sur son visage. Ainsi qu'un air provocateur.

« Vous ne voulez pas plutôt aller boire un verre à Pré-au-Lard pour la Saint Valentin ? »

Tout le monde se retourna vers Alec, étonnés. C'était Izzy d'ordinaire qui proposait ce genre de soirée.

« Et bien ! Mon frère se dévergonde, allons fêter ça autour d'une bièraubeurre pendant la Saint-Valentin ! »

Izzy prit son frère par les épaules. L'étreignit rapidement. Alec soupira, n'était-ce pas mot pour mot ce qu'il venait de proposer ?

Puis elle attrapa Simon par le col, des étoiles pleins les yeux, l'air de dire : toi aussi tu viens et tu n'as pas le choix. Izzy faisait souvent cet effet. Il était impossible de lui refuser quoique ce soit. D'ailleurs, il aurait été fou d'essayer.


Depuis début janvier, tout était redevenu normal – si vivre dans un château et apprendre la magie était considéré comme normal –. Jace, et sa petite équipe de Quidditch, s'étaient remis aux entraînements. Et malgré la fin de l'hiver, personne ne se plaignait du froid.

La sensation sur un balai ne vous laisse jamais indifférent. Elle vous marque à vie. Elle vous donne des frissons, au point de toujours voler plus haut, toujours découvrir de nouvelles frontières. Arpenter les cieux, c'est comme réapprendre les oiseaux. C'est revoir sa conception du monde. Point par point.

Voler sur un balai, c'est être libre. Ces quelques mois sans entraînements avaient été un calvaire pour Clary qui n'avait pas pu pratiquer à cause du froid. Elle avait respiré à nouveau – et c'était le cas pour le reste du groupe aussi – quand elle avait enfourché son balai.

Alec avait repris ses petites habitudes.

S'éclipser pour rejoindre la bibliothèque. Dessiner sur un rocher à l'extérieur pendant que sa chouette virevoltait. Lire un bon bouquin à toute heure de la journée.

Partager un moment intime le matin avec Magnus.

Leur relation avait repris cette douce couleur sucrée, et Alec passait ses journées à sourire bêtement. Parce que son professeur était la personne qui le connaissait mieux. Qui le mettait toujours à l'aise. Qui ne s'introduisait pas trop dans sa vie, dans sa solitude. Parce qu'il le regardait vraiment. Parce qu'ils étaient connectés.

Mais Alec savait. Parce que malgré son indifférence. Malgré son désintéressement. Malgré sa solitude. Il aimait jusqu'à la déraison les personnes qui l'entouraient. Magnus y compris. Et il avait terriblement peur que tout s'arrête.

Izzy avait des frissons, elle s'apprêtait à commettre son premier méfait… Sans sa fratrie. Simon était plaqué de l'autre côté de la porte, un verre d'eau à la main. Elle, tenait un sac de farine volé gratuitement dans les cuisines de Poudlard.

Une stupide histoire : une fille de la classe de Simon avait renversé « malencontreusement » de l'eau sur les notes de potion qu'il avait prises depuis le début de l'année. Elle avait plus tard ricané avec ses amies. Tout ça parce que Simon traînait avec des Poufsouffles. Ridicule. Il avait eu le malheur de le dire à Izzy, et un plan diabolique avait germé dans son esprit.

Et voilà qu'ils se retrouvaient, le jour de la photo de classe, respectivement un verre d'eau et un sac de farine à la main, à attendre qu'Eldy passe la porte du couloir.

Le résultat fut un chef-d'œuvre. Eldy reçut en premier lieu de l'eau sur la tête, faisant friser sa chevelure en afro indescriptible, puis la farine devint pâte dans ses cheveux. Izzy prit le temps de planter ses yeux dans les siens, un sourire mesquin aux lèvres, et de balancer un « oupppppssss désolée, j'ai trébuché », avant de partir dans les couloirs, accompagnée de Simon, hilare. Sur la photo de classe des Grynffondors, cette année, il manquerait au moins une personne.


« Rusard va nous tuer, nous dépecer vivant, et utiliser nos peaux dans ses quartiers. Comme tapis. »

Clary frissonnait. Elle était en tête du cortège, bravant le froid pour indiquer la route à suivre. Route que tous connaissaient.

Pour aller à Pré-au-Lard.

« Tu veux dire SI il nous trouve. » corrigea Izzy, un bonnet enfoncé jusqu'aux yeux.

Il était vingt heures trente, mais la nuit était tombée depuis un petit moment.

C'était le 14 février aujourd'hui, et l'équipe avait dû s'éclipser en douce du château – Alec connaissait tous les passages secrets –, le plus dur avait été d'échapper à l'œil attentif de Miss Teigne.

Quand ils arrivèrent au pub « les Trois Balais », chacun était heureux de réchauffer le bout de ses doigts. Ils commandèrent sans attendre une tournée de bièraubeurres.

Cela faisait bientôt trois heures que l'équipe était au pub.

Deux qu'Izzy expliquait l'importance des philtres d'amour le jour de la Saint-Valentin.

Et une heure qu'Alec avait perdu le fil de la conversation, trop occupé à lire l'avenir dans son verre de bièraubeurre. Avenir peu reluisant qui allait se transformer en maux de crane terribles le lendemain et en souvenirs erronés.

« Pas grave. »

Haussement d'épaule.

« Voilà pourquoi, je vais mettre un brevet sur ma théorie et rendre publique mon spécial : Chocolats-pas-chers-mais-vous-allez-quand-même-payer-tarif ! Qui est avec moi ? »

Au grand malheur d'Izzy, plus personne ne l'écoutait. Elle était partie dans un monologue interminable toute seule et c'est également ainsi qu'elle le termina. Elle soupira. Elle allait certainement garder cette idée pour elle et devenir millionnaire par la suite. Elle se promit même de pointer du doigt ses frères et de lancer un rire diabolique à ce moment-là. Ils auraient clairement dû l'écouter.

Simon était en pleine conversation avec le barman pour apprendre la recette de sa fameuse bièraubeurre. Il lui avait révélé qu'il y mettait un ingrédient secret et depuis cet instant Simon n'avait cessé de le harceler pour qu'il le lui dise.

Cause perdue.

Mais l'ivresse de Simon l'empêchait de renoncer à son doux projet.

« … Je ne l'ai pas regardé avec des étoiles dans les yeux, je lui ai juste dit que son nouveau bonnet lui allait bien. Je t'en prie ne me fais pas une scène pour ça, Jace ! Il n'y a pas plus beau mec que toi à Poudlard ! »

Jace se radoucit instantanément, un sourire figé sur son visage. Il bomba le torse, extrêmement fier que sa copine reconnaisse enfin son potentiel. Celle-ci leva les yeux au ciel. Quand Jace était bourré, son côté prétentieux était multiplié par 100. Et c'était peu dire. Elle lui rendit son sourire, soupira fortement pour la forme et leurs lèvres se joignirent.

« Ce que tu peux être bête et attendrissant quand tu veux. Pour ça, je crois que tu mérites bien un Opti… »

Elle se stoppa net. Personne ne s'en était rendu compte. Parce que chacun était beaucoup trop occupé à sa petite affaire.

Mais la bête était lancée.

Inarrêtable.

Inratable.

Un rire sonore et démesuré se fit entendre. Suivi par un monologue incompréhensible.

Puis une paire de jambes prit possession de la table.

Débout, complétement instable, Alec y avait élu domicile. Un sourire totalement ivre peint sur le visage. Il titubait de temps à autre. Izzy se mit à applaudir. Elle appréciait particulièrement quand son frère était comme ça. Pas parce que le lendemain, il ne savait plus où se mettre. Non. Parce que c'était la version la plus hilarante de lui.

Il commença à taper violemment du pied sur la table et entama un air breton, un verre à la main. Quand il eut terminé, il fit une courbette qui faillit le mettre à terre et commença son discours.

« Cher ami, chère amie… Hips… Vous n'entendez pas la différence mais il y en a une pourtant… Je suis heureux… d'être ici avec vous… Pour célébrer l'AMOUR. C'est beau, putain ! »

Il s'arrêta quelques instants pour sécher une larme inexistante sur son visage. Il reprit, levant son verre un peu plus haut. Tout le monde se rapprocha instantanément de la table pour éviter que leur ami fasse une chute terrible.

« Qui ne sait pas ici ce que ce salaud m'a fait… Je vais vous le dire moi… Hips, Personne ! C'est pourquoi j'ai pris la décision de lui pardonner ! C'est ça l'AMOUR et c'est beau, putain ! »

Il descendit de la table, en se ramassant brutalement sur le plancher. Puis serra dans ses bras, chacun leur tour, ses amis. Toujours avec un mot gentil à leur attention.

Un mot d'amour.

Parce que.

C'est beau, putain.


Le retour fut vraiment compliqué.

Difficile de porter quelqu'un par ce froid.

Encore plus si cette personne est bourrée.

Davantage si le porteur est lui-même saoul.

Si le groupe avait mis une petite demi-heure pour descendre jusqu'au Pré-au-Lard, cela ne faisait pas loin d'une heure et demi qu'ils étaient sur le chemin du retour. Toujours mi-exaspérés mi-hilares d'entendre Alec raconter toutes les bêtises qui lui passaient par la tête.

« Chuuuuuuut ! On arrive au château, faîtes taire Alec ! »

Alec était avachi sur le dos de Jace. Un sourire béat au visage. Il se laissait totalement entraîner, ne sachant absolument pas où il était ni quelle était sa destination. Il faisait entièrement confiance à son porteur attitré. Il était, encore une fois, en train de serrer dans ses bras son frère Jace. A la limite de l'étrangler. Il lui murmurait des mièvreries aussi écœurantes que ridicules.

Jace était à deux doigts de le frapper violemment mais sa conscience l'en empêchait.

« Jace… »

Alec avait changé de ton, son frère l'écoutait intensément, contre toute attente.

« Et si j'allais voir Magnus ? »

La situation serait en effet très drôle à voir. Jace aurait volontiers assisté à la scène, un verre de jus d'orange à la main. Mais il refusa catégoriquement, ne voulant pas qu'Alec se retrouve vulnérable. Devant la seule personne qu'il n'avait jamais aimée. Ça aurait été tellement cruel. Et Jace ne pouvait absolument pas faire subir cela à son frère.

« Crois-moi, je t'évite une mort lente et douloureuse ! Je vais juste te poser tranquillement sur ton lit, et tu vas faire un gros dodo… N'oublie pas, demain entraînement à 14 h. »

Alec ne répondit pas. Il s'était déjà endormi.


Alec se réveilla dans son lit, encore à moitié bourré et n'ayant pas la moindre idée de comment il avait atterri ici.

Panique.

A côté de lui, Jace dormait profondément. Il se mit à sourire. C'était surement grâce à lui. Dehors la nuit dominait encore le paysage. 3 h 30 du matin. Il n'avait aucune idée de l'heure à laquelle ils étaient rentrés. Et par conséquent, du temps qu'il avait passé à dormir. Il n'avait plus du tout sommeil. Il faudrait qu'il trouve une occupation silencieuse.

Une idée stupide germa dans son esprit.

Mais une idée tout à fait rationnelle dans la tête d'une personne saoule.

Aller voir Magnus.

Ce fut littéralement un miracle.

Un miracle qu'il ne réveille pas Jace.

Un miracle qu'il ne se fasse pas prendre par Miss Teigne et Rusard.

Un miracle qu'il retrouve le chemin jusqu'au quartier de son professeur.

Un miracle que Magnus soit réveillé.

Et Alec lui sourit comme jamais il ne lui avait souri.

Comme quelqu'un de complétement bourré.

Il s'était adossé sur la bordure de la porte dans une position qui se voulait sexy. Échec total. Il lui lança un clin d'œil, lui aussi consternant, avant d'entamer une conversation.

« Salut Magnus, tu viens jamais me voir alors du coup je suis venu ! »

Le tutoiement avait pris naturellement racine. Alec n'était pas assez lucide pour s'en rendre compte. Magnus cependant le remarqua. Il fut d'ailleurs très surpris.

Son élève venait de débarquer, à une heure tout à fait incongrue, en pyjama étoilé et complétement saoul.

« Qu'est-ce que tu fais ici, Alexander ? … Viens, rentre avant qu'un autre professeur te voie ! »

Magnus se prit la tête entre les mains. Il avait fait rentrer, dans ses quartiers, un élève qui était des plus attirants. Il se mordit la lèvre.

Attirant, saoul et vulnérable.

« Magnus… Pourquoi tous les sorciers aiment la magie ? »

Il sortit immédiatement de ses pensées. Le professeur se mit à sourire. Désormais, c'était Alec qui posait les questions ? Il planta les yeux dans les siens pour n'y déceler que du sérieux. Il soupira fortement et s'installa sur son canapé avant de répondre.

« Parce que c'est si beau… Tu ne trouves pas ça incroyable, toi ?

Alec secoua vigoureusement la tête avant de réduire la distance entre eux. Il s'installa à ses côtés, se mit à réfléchir – autant qu'une personne ivre puisse le faire – et répliqua.

« Mmmmmh… Pas vraiment. Il existe beaucoup plus belle magie que ce qu'on nous enseigne à Poudlard ! »

« Ah oui comme quoi ? » répondit Magnus intrigué.

Alec lui lança un sourire éblouissant. De ceux qui l'illumine. Magnus du serrer les mâchoires. Il ne devait pas céder dans ce genre de moment. Il ne devait absolument pas.

« Un jour, je te montrerai… On ne peut pas décrire cette magie-là. Dis, Magnus ? »

Magnus avait dévié son regard. Il avait mis ses bras en position de coussin et fixait dorénavant la fenêtre qui lui faisait face. Il hocha la tête pour l'inviter à continuer.

« Est-ce que tu penses qu'on pourrait se voir aussi les weekends ? »

Silence.

« …Parce que, j'en viens à préférer les journées de cours aux weekends et c'est tellement bizarre pour moi… »

Silence.

Encore plus marqué.

« Je pense que c'est parce que j'apprécie être en ta compagnie chaque matin, tu comprends ? »

Magnus était toujours immobile.

« Tu m'écoutes ? Moi, je t'écoute toujours... »

Pourquoi avait-il fallu que Magnus l'invite dans sa chambre privée ? Son calme. Sa solitude.

Pourquoi avait-il fallu qu'Alec soit si attirant dans son moment de faiblesse ?

Magnus perdit le contrôle. Il avait lutté contre ses sentiments. C'était plus simple d'ordinaire. Alec était réservé. L'Alec qui se trouvait face à lui avait des étoiles dans les yeux et un sourire des plus parfaits sur son visage.

Magnus fixa la bouche de son élève. Intensément. Hésita pendant quelques secondes puis agrippa la nuque d'Alec. Il planta ses yeux dans les siens pour y déceler de la surprise et du désir puis se pencha pour déposer un baiser tendre sur ses lèvres.

Frisson.

Douceur.

Sucrée.

Alec le repoussa violement. Des larmes aux yeux. Il secoua la tête, sanglotant doucement.

« Non… Ne fais pas ça. Après tu t'en vas. Après je ne te vois plus pendant longtemps. Et c'est effrayant. Et tu fuis. Et je fuis. Et tu m'envoies bouler. Et je te pardonne. Et je suis totalement perdu. Si tu ne veux pas de moi, tant pis. Je veux juste te retrouver sur ce banc. Chaque matin. »

Touché.

Alec continuait à pleurer. Il n'arrivait pas à stopper ce torrent de perles. Magnus le prit tendrement dans ses bras, ému.

« Chut, voilà, je suis là. Je ne vais nulle part… Je te le promets, Alexander… »

Il continuait de lui chuchoter des mots doux à l'oreille toute en le berçant tendrement. Alec finit par s'endormir contre lui. Magnus soupira. Sentant la tentation poindre en lui. Il la chassa, du mieux qu'il put. Alec était vulnérable, il était hors de question de lui faire subir plus de choses. Il le porta jusqu'à son lit, le borda et déposa sur son front un baiser. Priant pour que demain son élève se souvienne d'une partie de leur soirée.

Il attrapa une couette dans son armoire et s'installa le plus confortablement possible sur le canapé. Un sourire aux lèvres.

Alec ne cessait de le surprendre.


Douleur.

Atroce.

Proche d'un décès post-soirée.

Alec se leva péniblement. Il ne reconnaissait pas l'endroit où il se trouvait. Puis des flashbacks de la veille lui revinrent en mémoire. Horreur.

Lui, sur une table en train de chanter.

Lui, sur les épaules de son frère en train de lui faire des déclarations d'amour.

Lui, dans les couloirs du château en train de rejoindre Magnus.

Lui, dans les quartiers de son professeur en train de lui raconter n'importe quoi.

Puis, un bisou.

Puis, des pleurs.

Puis, plus rien.

Noir.

Quel cauchemar !

Heureusement, il était seul à présent. Aucun signe de Magnus dans les environs. Il soupira d'aise. Quand il constata qu'il était en pyjama, il paniqua quelques minutes.

Comment allait-il retourner jusqu'à son dortoir sans attirer l'attention ? Il pensa pendant l'ombre d'une seconde à sa chouette quand un papier sur la table basse de Magnus suscita son intérêt.

« Alexander,

J'avais une course à faire ce matin, je t'ai laissé une potion contre la gueule de bois, si besoin. Tu peux rester aussi longtemps que tu veux. Il y a des vêtements posés sur le canapé aussi.

Bonne journée,

Magnus »

« Merde, merde, merde, merde… Il faut que je parte d'ici ! »

Alec perdait rarement son sang-froid. D'ordinaire rien ne le touchait, il était donc plus facile de garder son calme. Depuis qu'il connaissait Magnus, il lui avait déjà crié dessus et était arrivé en retard à un cours. Chose qui ne se serait pas produite si son professeur n'était pas rentré dans sa vie. Il se mit à sourire. Ça aussi, c'était nouveau, de sourire autant.

Alec soupira, son mal de crâne ne lui permettait pas de réfléchir clairement. Il attrapa la potion sur la table et la but d'un trait. Le poids qui tambourinait depuis son réveil quitta sa tête instantanément. Il soupira d'aise. La bonne nouvelle du jour, c'était qu'il n'allait pas devenir un zombie pour le reste de la journée.

Magnus marquait un point.

Alec attrapa un bout de feuille qui traînait, puis un stylo et commença son message.

« Magnus,

Merci pour la potion et les habits. Je les ramènerai, promis.

A lundi.

Alexander »

Il n'avait pas pu se résoudre à partir sans lui laisser un mot. C'était plus fort que lui.

Il s'habilla tranquillement, sortit discrètement des quartiers de Magnus, et se dirigea vers le dortoir.

Comme si absolument rien ne s'était passé la veille.


« Alors, pas trop la gueule de bois ?! »

On aurait dit qu'Izzy avait préparé le coup et s'était appliquée à prononcer ces quelques mots particulièrement fort. Alec se mit à sourire, la prenant totalement au dépourvu.

« Pas du tout. Vive la potion anti-gueule de bois ! »

Izzy fit les gros yeux. Ce que venait de lui dire Alec n'avait aucun sens. C'était incompréhensible.

Incompréhensible.

« Alec… Cette potion… Il n'y a que les professeurs qui ont le droit d'en avoir… OU ETAIS-TU HIER SOIR ?! »

Alec plaqua rapidement sa main contre la bouche de sa sœur, s'assurant que personne ne les avait entendus. Quand il fut certain qu'Isabelle se tairait, il soupira, enleva lentement sa paume qui retenait prisonnière les lèvres d'Izzy et se jeta sur le canapé.

« Ça va, ça va, je sais j'ai déjà assez honte comme ça… Le pire c'est que vous m'aviez défendu de le faire. Et que je n'ai absolument rien écouté… Comme d'habitude. »

Izzy se rapprocha de lui, s'installa à ses côtés, elle posa ses jambes sur la table basse, cherchant une position confortable pour l'écouter.

« Est-ce que vous avez… »

Elle fit un geste des plus significatifs.

« NON ! Tu es folle ! »

Naturellement, quelques élèves présents dans le dortoir tournèrent la tête dans leur direction. Alec baissa la sienne, confus. Il reprit un ton plus bas.

« On s'est juste embrassés… »

« JUSTE EMBRASSÉS ?! »

De nouveaux regards se braquèrent sur eux. Décidément aucun des deux n'était discret. Ils éclatèrent de rire, se sentant idiot vis-à-vis de la situation.

« En même temps, j'étais bourré… On verra bien lundi ! Pas trop dur le réveil pour Jace, Clary et Simon ? »

Izzy lui raconta qu'elle avait passé la matinée à bondir de lit en lit pour savoir qui avait été le plus affecté par la soirée d'hier. Elle avait conclu que Simon était celui avec le plus beau mal de crâne. Ils continuèrent de parler de tout et de rien quand un petit chat pointa le bout de son nez. Il grimpa habilement sur les jambes d'Alec et commença à ronronner.

« J'ai décidé de l'appeler Sunset ! »

« Mon Dieu… C'est à cause de ses yeux, c'est ça ?! Qu'est-ce que tu es original ! »

Alec poussa amicalement sa sœur pour protester face à son ironie non justifiée. Après avoir tenté quelques attaques de chatouille, il se servit de ses bras comme oreiller, l'air mélancolique.

« Et dire que c'est bientôt la fin de l'année… »

Izzy écarquilla ses yeux, incrédule. Avait-elle un problème d'audition ? Elle avait un doute tout d'un coup. Elle se pinça, déboucha deux fois ses oreilles et se frotta rapidement les yeux avant de demander.

« Attends, c'est bien toujours toi, Alec ? Mon frère qui attend depuis ses 11 ans de partir de Poudlard ?! Ne bouge pas, je vais chercher un médicament contre la fièvre. »

Alec explosa de rire. Il se mit à caresser Sunset, toujours sur ses genoux en train de faire sa toilette. Il était pensif.

« Peut-être que je me rends compte que ce n'est pas si nul… Peut-être qu'on se rend compte du beau uniquement quand on est sur le point de le quitter. Être dans ce joli cadre, avec mes amis, la bibliothèque et le Quidditch. »

« MERDE ! LE QUIDDITCH ! L'ENTRAINEMENT, BOUGE-TOI ALEC. »

Il n'était pas loin de 14 h 30, et Alec et Izzy devinaient très facilement le sermon que leur ferait Jace quand ils arriveraient en retard pour l'échauffement. Ils dévalèrent les escaliers, longèrent avec rapidité les couloirs, déboulèrent sur le terrain de sport complétement essoufflés.

Ni leur fatigue, ni leurs excuses ne parvinrent à apaiser la colère de Jace.

Il était en retard.

Et même une gueule de bois ne pouvait amener le pardon.


Ses jambes s'agitaient sur le banc. Toutes seules. Comme si chaque parcelle de son corps attendait elle aussi Magnus. Regard à droite. Puis à gauche. Il tournait de temps en temps les pages pour se donner un peu de contenance. Il soupira, il s'était réveillé aux aurores ce matin, et n'avait pas réussi à retrouver le sommeil. Il avait d'abord décidé de faire le tour du château afin de trouver un paysage à dessiner puis il avait cédé à son envie déferlante de rejoindre le banc.

Pour s'y retrouver seul.

Il haussa les épaules, c'était bien fait pour lui. Il était beaucoup trop tôt.

L'arbre à côté de lui avait perdu toute ses feuilles. Alec le regarda tristement, le printemps lui manquait. Il avait besoin de voir le vert du décor. Celui des arbres. Celui de la prairie. Celui de ses yeux se reflétant dans le lac.

Il se laissa bercer par le vent glacial. Et finit par somnoler.

Une pression délicate sur son épaule le fit sortir de ses songes.

« Bonjour, Alexander. »

Contact visuel.

Sourire.

« Professeur ! Je… Merci beaucoup pour tout… Je vous rendrai vos habits, promis. »

Magnus le regarda. Profondément. Sans rien dire. Alec se sentait, d'un seul coup, très mal-à-l'aise. D'un geste théâtral, il mit ses mains sur ses hanches, prêt à lui faire la morale.

« Eh bien… Tu me tutoyais hier ! »

Alec déglutit. Péniblement. Il eut un hoquet paniqué. Sans savoir quoi répondre, il hocha la tête pour ne pas rester immobile. Sous l'effet de l'alcool, il avait oublié tout respect des conventio. Confus, il baissa la tête. Il triturait à présent son manteau.

« Est-ce que je peux… Est-ce que ça vous dérangerait… Est-ce que je pourrais envisager de… »

Alec était incapable de terminer sa phrase. Il ne savait pas s'il pouvait se permettre de tutoyer un professeur. C'était assez drôle de le voir se poser ce genre de question alors qu'ils s'étaient déjà embrassés deux fois.

Regardant encore fixement le sol, Magnus vint à son aide. Il s'approcha de son élève, posa une main sur sa tête, l'autre dans son dos et l'attira contre lui. Le cœur d'Alec se mit à battre avec force. Il n'osait plus du tout bouger. Magnus lui chuchota à l'oreille.

« Tu peux me tutoyer. Tu peux venir me voir tous les weekends. Tu peux m'embrasser quand tu le souhaite. Ça te va ? »

Frissons.

Alec ne savait pas quoi répondre. Il serra Magnus un peu plus fort dans ses bras et blotti sa tête dans son cou.

Voilà plusieurs jours que les deux avaient terriblement besoin d'un moment de tendresse. Qu'ils s'étaient contrôlés pour ne pas rendre l'autre mal-à-l'aise. Qu'ils avaient lutté contre leur sentiment. C'est pourquoi, quand leurs lèvres se joignirent enfin, il n'y avait plus de non-dits, de colère, d'alcool, de tension.

C'était juste magique.