D'énormes banderoles intitulées « INTERVENTION » étaient étendues de part et d'autre de la Salle Commune des Poufsouffles. Les élèves qui y pénétraient, ressortaient aussi sec, ne voulant pas se retrouvez nez à nez avec l'organisatrice du projet. Telle une furie, elle passait d'un bout à l'autre de la pièce cherchant à la rendre similaire à un tribunal. Alec, après une inspection inquiétante, se dirigea vers sa sœur ainsi que la nouvelle décoration qu'elle proposait. Quand elle posa les yeux sur lui, un sourire aussi rayonnant que diabolique avait élu domicile sur son visage.

« Alec ! Tu tombes bien ! Aide-moi à fixer cette maudite banderole ! »

Alec réceptionna comme il put la charge qui lui tombait droit dans les bras. Ne sachant pas très bien pourquoi une intervention était nécessaire dans leur groupe.

« Une intervention ? Pour qui ? »

Alec sentait la panique lui prendre les tripes. Il n'était pas bien du tout. Est-ce que ses amis avaient découverts son secret ? Izzy, ne prêta pas attention à son frère, toujours focalisée sur sa décoration agrémentée d'un joli « INTERVENTION » en rouge pétant.

« Bah pour Max, tu sais par rapport à Madzie. »

Soulagement intense.

Alec se mit à respirer de nouveau. Ce n'était pas pour lui qu'Izzy avait viré tous les élèves de la Salle Commune et installé des milliers de banderoles. Son petit frère venait de lui sauver la vie à son insu. Un sourire aux lèvres, il aida sa sœur à fixer les derniers ornements avant que Clary et Jace n'arrivent pour les ultimes préparatifs. Ils s'installèrent tous confortablement dans le canapé, attendant impatiemment la venue de Max…

Quand celui-ci débarqua enfin, il se figea devant le panneau intervention. Comment avaient-ils sus pour lui et Madzie, il n'en avait pas la moindre idée. Il avait caché à la perfection leur relation aux yeux de tous. Devant ce regard interrogateur, Clary se sentit obligée de préciser le pourquoi du comment.

« Ne nous mens pas, on sait que tu es avec Madzie. »

Max essaya de feindre la surprise, de nier en bloc ce que venait de dire son amie. Mais rien ne fonctionnait comme il l'avait espéré, il soupira et dévoila enfin son secret.

« J'aimerais quand même savoir qui de vous quatre l'a su… »

« Moi. » se désigna fièrement Jace. « Dans un couloir […] »

[…]

[…][…]

[…][…][…]

~ Couloir ~

Alec est agrippé soudainement. Il se demande ce qu'il se passe. Il marchait tranquillement dans les couloirs quand quelqu'un s'est sauvagement jeté sur lui. En fait, il a une petite idée de qui il pourrait s'agir. Son professeur de Défense Contre les Forces du Mal par exemple. Il a un sourire aux lèvres. Derrière un pilier central, Magnus est en train de l'embrasser généreusement. Il se détache légèrement, plante ses yeux dans les siens et lui dépose un petit bisou sur le nez. Puis, comme si absolument rien ne s'était passé dans ce couloir, il reprend son chemin en direction de ses quartiers. Alec est toujours adossé contre la colonne. Des milliers de picotements dans le creux de son estomac. Sensation étrange mais non déplaisante d'un baiser volé au milieu de la journée.

[…][…][…]

[…][…]

[…]

Alec dut reprendre la conversation en route. Il n'avait absolument rien écouté, totalement plongé dans un souvenir datant d'il y a quelques jours. Il fallait définitivement qu'il arrête de penser à Magnus la plupart du temps. Cela allait lui jouer des tours et il se retrouverait complètement pris au dépourvu un jour, à prononcer un lapsus révélateur sur leur relation secrète.

« Ce n'est pas juste ! Je ne suis pas trop jeune, personne n'a demandé des comptes à Raphaël quand il sortait avec Izzy ! »

La concernée se leva du canapé, indignée. Max comprit trop tard qu'il avait fait une erreur monumentale en parlant de la relation de sa sœur. Elle tourna autour de lui, tel un vautour cherchant le meilleur angle d'attaque. Son regard était semblable à celui d'un inquisiteur.

« Ne change pas de sujet, surtout pour parler de quelque chose que tu ne maîtrises absolument pas ! Tu sais très bien que ce n'est pas uniquement à cause de son titre de Serpentard que nous la désapprouvons. »

Clary se leva pour remplacer la violence et la colère des propos de sa meilleure amie par un peu plus de tact et de diplomatie.

« Et s'il s'agissait d'une espionne, tu sais bien que c'est la sœur de Valentin et Lydia. »

Alec tiqua. Clary se mordit les lèvres. La phrase était sortie toute seule. Des trois frères et sœurs dont elle venait de parler, Lydia était la pire. Alec et elle avait été meilleurs amis dans le passé. Avant qu'elle ne se serve de son amitié pour gagner honteusement un match de Quidditch opposant les Poufsouffles aux Serpentards. Clary venait tout juste de lui rafraîchir la mémoire et elle s'en voulait.

« Allez, tu sais bien que Madzie sera un portrait craché de Valentin et Lydia… »

Contre toute attente, Alec ne laissait paraître aucune colère ou rancœur sur son visage. A croire qu'il se fichait totalement de tous les problèmes qui avaient été causés et ne voulait que protéger son petit frère.

« Mais elle n'est pas comme ça, on se rejoint souvent à la bibliothèque […] »

[…]

[…][…]

[…][…][…]

~ Bibliothèque ~

Alec a décidé de passer la journée à la bibliothèque. Il a besoin de calme et pour tout dire, il n'a pas le courage d'affronter le froid à l'extérieur. De toute façon il est captivé par son livre, rien ni personne ne pourrait l'en sortir. Puis un étrange sentiment s'insinue en lui. Il en est certain, on est en train de l'observer. Ses yeux croisent ceux noisettes profonds d'un professeur qu'il apprécie tout particulièrement. Il perd alors le fil de son histoire et n'arrive pas à défaire le lien qui le lie au regard de Magnus. Celui-ci disparaît entre les rayons pour ne réapparaître que quelques mètres plus loin. Un sourire aux lèvres. Alec lève les yeux au ciel, l'air de lui dire : "ton regard n'a aucun impact sur moi". C'est totalement faux. Parce que, ouvert devant lui, un livre est posé. Et Alec n'a pas la moindre idée de quoi il est question dedans. Comme si un simple contact visuel avait eu le pouvoir de le lui faire oublier. Alec sourit. C'est la magie de Magnus.

[…][…][…]

[…][…]

[…]

« … Ridicule. Vous ne la connaissez même pas ! Accordez-lui une chance. Une seule ! Et si vous ne la jugez toujours pas digne d'être ma copine, on en rediscutera ! »

Izzy lâcha un rire ironique et dur. Elle se rapprocha de son petit frère, planta ses yeux dans les siens et scruta son regard. Max sentit la panique monter en lui. Izzy était une des personnes qu'il respectait le plus. Certainement parce que c'était sa grande sœur. Il faillit ajouter quelque chose, ne supportant plus ce faux interrogatoire. Il était tellement mal à l'aise sur ce siège avec, face à lui, un auditoire suspicieux.

Izzy se redressa alors. Soupira un bon coup et laissa tomber le verdict.

« Ok. On lui laisse le bénéfice du doute. Mais pas de bêtise, compris ? »

Max hocha la tête, heureux que le procès soit enfin terminé. Il se leva rapidement et s'étira. Izzy lui passa la main dans les cheveux. Pour les ébouriffer.

« Génial, bon allez je vais la rejoindre. »

Quatre paires d'yeux étaient braquées sur lui. Furieux.

« Ça va ! Je rigolais ! J'ai un parchemin […] »

[…]

[…][…]

[…][…][…]

~ Parchemin ~

Alec gratte un parchemin avidement. Il veut se dépêcher de le terminer. Tant pis, il aura un « Désolant » pour ce devoir de potion, il s'en contrefiche. Le professeur Rogue va encore le réprimander… Pour l'instant, il veut juste être avec un autre professeur. Magnus est en train de bouquiner à côté de lui, sur son lit. Alec ne peut s'empêcher de sourire. Il a pris la mauvaise habitude de faire ses devoirs dans les quartiers de son professeur. Ce n'est pas sa faute. C'est juste que la présence de Magnus est devenue vitale. Même s'ils ne discutent pas ensemble, savoir l'autre dans la même pièce est agréable. Ça y est, le point final du parchemin est tracé. Alec échange son devoir maison contre un livre emprunté la veille à la bibliothèque. Il se jette sur le lit de Magnus afin de réduire la distance entre eux. Avant de commencer la lecture de son bouquin, il glisse un délicat baiser sur la joue de celui-ci.

[…][…][…]

[…][…]

[…]

Alec sortit de ses pensées.

Planté au milieu de la Salle Commune.

Seul.


Alec était assis sur un banc dans la cour extérieure du château. Le premier rayon de soleil du printemps était timide mais réconfortant. Il était tellement agréable de pouvoir enfin profiter librement du dehors. Alec était en train de feuilleter le livre de poèmes anciens. Il aurait tout aussi bien pu ne pas l'emmener avec lui étant donné qu'il le connaissait par cœur désormais. Mais la sensation qu'il avait quand le bouquin était entre ses mains n'avait pas de prix. Quelqu'un s'avança vers lui. Quand il leva la tête en direction de cette personne, il n'en croyait pas ses yeux.

« Hey, ça fait longtemps… Apparemment ton frère sort avec ma sœur. »

Alec regardait, choqué, Lydia s'asseoir à côté de lui sur le banc. Il était incrédule. Pourquoi avait-elle pris la peine de lui parler à nouveau ? Que mijotait-elle ?

« Tu prépares ton prochain mauvais coup ? »

Lydia se mit à rire. A croire qu'Alec venait de faire la blague du siècle.

« T'es bête ! Je peux plus te faire de sale coup, l'année est presque finie… Non, c'est juste que de les voir ensemble ça m'a rendu nostalgique. Il te ressemble un peu, ton frère. Je sais que toute ta bande me déteste et je pense que c'est réciproque. Peut-être que toi aussi tu me détestes mais sait-on jamais, si à l'occaz tu veux venir me parler, je pense que ça me ferait plaisir. Salut, Loup Solitaire. »

Elle se leva sans attendre de réponse, lui fit un signe de la main et commença à s'éloigner. Alec était complétement paumé. Son ex meilleure amie réapparaissait comme une fleur et … Il en était heureux ? Il lança au loin, plus pour lui que pour elle.

« A bientôt, Vipère Vicieuse. »

Elle se retourna, lui tira d'abord la langue avant de lui sourire.

Peut-on faire confiance à nouveau à quelqu'un qui nous a trahi par le passé ? Alec n'avait bien évidemment pas la réponse. Mais comme elle le lui avait dit, de toute manière, l'année était presque finie. Il haussa les épaules.

La Vipère Vicieuse ne pouvait plus atteindre le Loup Solitaire.

Parce que le loup n'était plus solitaire.

Alors pourquoi croire que la vipère était encore vicieuse ?


Mardi 24 mars

Défense Contre les Forces du Mal

Taux d'ennui : 84 %

Raisons de ce taux :

- Beau temps à l'extérieur

- Plein de choses à dire à Simon (même s'il est à côté de moi)

- Faim

- Envie de lire un livre

- Soif

- Besoin de m'échapper par la fenêtre, de faire accio Balais et de survoler le château

- blablabla

- [Insérer texte]

Simon était en train de regarder la feuille d'Izzy, un sourire aux lèvres. D'ordinaire, elle écoutait le professeur Bane, en sachant que c'était un des meilleurs enseignants de l'école. Mais allez savoir pourquoi, aujourd'hui dérogeait à la règle. Il attrapa sa liste de « Raisons de ce taux » et rajouta à la fin : Besoin de réfléchir au prochain méfait avec Simon voire avec mes frères et Clary.

Izzy étouffa un rire et reprit possession de sa feuille pour corriger : Besoin de réfléchir au prochain méfait avec mes frères et Clary.

Simon lui lança un coup de coude avant de lui murmurer.

« Moi qui avais un scoop pour toi. »

Izzy réfléchit quelques minutes puis se reprit : Besoin de réfléchir au prochain méfait avec Simon.

« Pardonnée ? »

Simon hocha la tête et se rapprocha plus près de son amie.

« Pardonnée, alors, dis-moi si je me trompe mais le mec qui a jeté Alec en début d'année, ça ne serait pas le professeur Bane? »

Izzy faillit tomber de sa chaise. Comment diable, Simon avait-il fait pour découvrir ceci ? S'était-il rapproché d'Alec sans qu'elle ne s'en rende compte ? Non, ça ne se pouvait pas. Izzy cherchait dans le regard de son ami la réponse à toutes ses interrogations. Elle ne trouva qu'un regard malicieux.

« Ahaha, j'avais raison ! Quand est-ce que tu allais me dire qu'ils étaient ensembles ? »

Izzy eut un hoquet. Alec et son professeur n'étaient pas ense… QUOI !? Izzy aurait loupé un détail aussi important de la vie de son frère ?!

Choquée, elle se leva précipitamment en envoyant sa chaise valser derrière elle, pointa son index sur Magnus et lâcha un puissant et fort « Oh ». Silence. Toute la classe se retourna dans sa direction. Izzy avait un sourire peint sur ses lèvres. Elle avait bien fait de ne pas ranger ses banderoles « Intervention ». Ne se rendant même pas compte qu'elle avait dérangé la classe entière et que celle-ci était encore suspendue à ses lèvres, elle passa la main dans sa crinière, heureuse de sa découverte. Magnus la fixait, interloqué. Sans détourner le regard de son professeur, elle pointait dorénavant son doigt en direction de son frère Alec tout en lançant un regard entendu à son professeur.

« Monsieur, je ne me sens pas très bien, je peux aller à l'infirmerie ? Mon frère m'accompagne. »

Alec sentait la tornade se déchaîner à l'intérieur de sa sœur. Une terrible sentence l'attendait patiemment. Une sentence qui tenait à la réponse de Magnus. Les yeux d'Alec imploraient silencieusement son enseignant. Celui-ci se mit à sourire. Peut-être encore plus diaboliquement qu'Izzy.

« Bien sûr, avec plaisir. »

Faux frère ! Traître !

Il était complètement fichu. Il allait finir brûlé sur un bûcher. Izzy lui attrapa vigoureusement le bras avant de l'extraire de la salle de classe.

L'assaut commença.


Alec cherchait au fond de lui tous les arguments qu'il était capable de répliquer à la colère de sa sœur. Il lui avait caché volontairement sa relation. Il avait dû insister pendant plusieurs heures pour lui assurer qu'il ne s'était plus rien passé après le baiser de la Saint-Valentin. Il avait été des plus convaincants, il ne savait toujours pas par quels moyens. Et maintenant, il allait en payer le prix.

Pourquoi avait-il choisi de masquer la vérité à ses amis ? Après tout, ils savaient tous que leur professeur de Défense Contre les Forces du Mal lui avait toujours plu.

Izzy s'arrêta après plusieurs minutes de marche intensive. Un sourire malsain aux lèvres, un regard rempli de colère et d'un zeste de folie. Sa crinière noire désordonnée rendait le tableau saisissant. Elle disposa ses mains sur ses hanches puis finit par le désigner du doigt tel un parent déçu par son enfant.

« Qu'est-ce que tu croyais ? Qu'on allait te déshériter parce que tu sors avec le professeur le plus canon de l'école ?! »

Alec ne savait plus où se mettre. C'était un véritable procès que sa sœur lui faisait. Il n'arrivait pas à répondre à ses questions. Il bafouillait, baissait la tête, regardait ses chaussures avec un soudain intérêt. Il tenta une percée qui apaisa légèrement les tensions.

« Je... Je ne voulais pas vous le cacher. Je me suis juste dit que si vous ne vous doutiez de rien, les autres élèves et profs ne se rendraient jamais compte de notre relation. »

Izzy était encore furieuse, elle se mit à rire puissamment. Elle était froide et dure avec lui. Pourtant il savait pertinemment qu'il l'avait cherché.

« Et bien je ne te félicite pas ! C'est Simon qui l'a découvert ! Je te préviens... »

Alec n'en revenait pas. Ce n'était ni Clary ni Jace ni Max ni même sa sœur qui avait découvert son secret. C'était une tierce personne qui ne le connaissait que depuis quelques mois.

Elle s'était arrêtée quelques secondes en plein milieu d'une phrase pour mettre l'accent sur ses propos. Quand elle reprit, son visage était tout ce qu'il y a de plus sérieux.

« J'espère que tu vas te rattraper auprès de nous. Que tu vas faire en sorte de rester autant avec nous qu'avec ton beau prétendant. Je te laisse, je dois aller à l'infirmerie. En espérant que Pomfreshy' me juge malade ! »

Elle le planta au milieu du couloir. Sans un seul regard envers lui.

Il avait intérêt à faire attention pendant les prochains jours. Izzy avait raison, il avait voulu être discret et finalement c'était Simon qui l'avait découvert. Il traîna des pieds jusqu'à la salle de classe, toqua à la porte et réintégra sa place aussi silencieusement que possible.

Magnus lui lança un coup d'œil semi-inquiet semi-amusé.

Alec le foudroya du regard.

Il l'avait trahi, et Alexander était bien prêt à lui faire la tête au moins jusqu'à la fin de l'heure.


Le vent était encore frais mais le soleil réchauffait sa peau. Alec avait repris l'habitude de passer tout son temps libre à l'extérieur. Sa chouette à ses côtés. A défaut de son balai, il avait aujourd'hui apporté des livres de la bibliothèque et en commença la lecture. Posé sur un banc près du terrain de Quidditch, il entendait les cris d'une équipe qui s'entraînait par cette belle après-midi. Sans un mot, Sunset se hissa jusqu'à ses jambes pour s'y poser confortablement et se mit à ronronner.

D'un geste totalement naturel et en continuant de parcourir les paragraphes de son bouquin, Alec passa sa main dans le pelage de l'animal.

Quelqu'un se plaça face à lui. Alec se mit à tressaillir. Magnus n'avait tout de même pas pris le risque de le voir au beau milieu d'une journée ?! Alors qu'une multitude d'élèves chahutaient sur leur balai à quelques mètres seulement. Il leva les yeux en direction de la personne et tomba dans un regard pétillant de malice.

« Vipère Vicieuse ! Qu'est-ce que tu fais ici ? »

Alec avait lâché son livre, il l'avait rangé machinalement dans son sac. Lydia était restée debout, comme dans l'attente de la bénédiction de son ancien ami. Le sourire qu'il lui offrit lui permit de le rejoindre sur son banc.

« Balade syndicale en période de beau temps. Lecture dans le même cadre que ma balade ? »

Alec sourit de plus belle.

« Exactement. Mais je crois que je vais pas tarder à changer de programme. Balade syndicale en période de beau temps sur balai ? »

Lydia se mit à rire. Un rire franc et sincère. Cela faisait une éternité qu'Alec ne l'avait pas entendue s'exprimer de la sorte. Une boule de nostalgie vint se placer au creux de son estomac. Elle hocha la tête, brandit sa baguette magique et après un accio prononcé dans les règles de l'art, son balai se logea parfaitement dans la paume de sa main.

« Je suis prête. »

Abandonnant Sunset, Alec invoqua son balai également. Arrow poussa un petit cri de joie, heureuse qu'il décide de la rejoindre dans les airs.

Après plusieurs heures de voltige, Alec ressentit un immense bonheur. Voilà bien longtemps qu'ils ne s'étaient pas racontés toute leur vie. Bien sûr, il avait omis de parler de Magnus, la dernière chose qu'il voulait, c'était mettre son professeur dans une situation délicate.

En contrebas, Sunset les regardait avec envie. Il aurait préféré, à cet instant, avoir des ailes.


Dernier cours après une journée éprouvante. Avec le professeur Rogue en plus. Clary se concentrait du mieux qu'elle pouvait. Elle avait envie de lâcher prise, de se tourner vers Jace et de lui déposer un bisou sur la joue. Elle résistait. Parce que le professeur lui aurait lancé un regard mauvais. Malgré ses excellents résultats, il y avait comme une compétition entre eux. Une stupide compétition.

Quand les cloches sonnèrent, elle soupira. C'était enfin le week-end. Jace glissa jusqu'à elle et lui déposa une récompense sucrée sur la joue. Sourire. Ils se dirigèrent tranquillement vers le dortoir main dans la main.

Alec les observa, un sourire aux lèvres. Ils étaient définitivement beaucoup trop mignons.

La voix de Magnus le sortit instantanément de ses pensées.

« Alexander, j'ai besoin de te parler, à propos de ton dernier devoir. »

Alec le fuyait du regard. Il avait promis à ses amis de rester avec eux ce weekend. Il était hors de question qu'il cède à son envie de passer du temps avec son professeur. Il fallait, encore une fois, qu'il le fuit. Le plus tôt serait le mieux.

Magnus le tira dans les couloirs contre son gré jusqu'à ses quartiers. Quand ils furent à l'intérieur, l'interrogatoire commença. Décidément les gens avaient la fâcheuse tendance de lui poser mille et une questions ces derniers jours. Les répliques s'enchaînèrent avec vélocité. Le ton monta crescendo tout au long de la conversation.

« Pourquoi tu ne viens plus me voir ? »

« Simon a découvert pour nous. Je ne lui en ai pas parlé. »

« Et ? Ça doit t'empêcher de me voir ? »

« Non, mais ça me fait me poser des questions. Si Simon sait, quelqu'un d'autre est en mesure de le découvrir. »

« Les rares moments que l'on passe ensemble, personne n'est au courant. Tout le monde est persuadé que tu es seul. Pourquoi tu ne viens plus me voir ? »

« S'il-te-plaît, Magnus, je suis déjà dans une situation compliquée avec ma sœur et mes amis. »

« Ça ne devrait pas t'empêcher de venir me voir de temps en temps. »

« Je te demande pardon ?! Si je te manque tant que ça, tu pourrais plutôt passer me voir ! »

« Tu as raison, et je pourrais en profiter pour inviter Albus. Non attend, plutôt Severus ! Et prépare aussi les élèves de Poufsouffles, d'ici quelques jours je débarque dans leur Salle Commune ! C'est ça que tu veux ?! »

« Pourquoi ça serait toujours à moi de faire le premier pas ? Tu peux aussi m'envoyer un message par le biais d'Arrow, histoire que je n'ai pas constamment l'impression de te déranger. »

« Ah oui, et je signe par quoi, Alexander ? « Avec amour, Ton cher professeur de Défense Contre les Forces du Mal, Magnus Bane » ? »

« Juste par M., ça suffirait, abruti ! »

« C'est moi, l'abruti ?! »

« Tu vois très bien ce que je veux dire, ne fais pas la victime ! On pourrait très bien se programmer une sortie en dehors du château. Oh mais attend… C'est encore moi qui propose là, non ? »

« Je ne peux pas me promettre ces choses-là, au cas où tu l'ignores, j'aimerais garder mon poste d'enseignant. Et puis franchement, tu n'es pas du genre à te balader main dans la main ! »

« Qu'est-ce que tu en sais ?! »

« Tu n'es pas comme Jace et Clary, tu ne me feras pas démentir. Mais c'est bon, j'ai compris. Tu as des nouveaux amis. Tu es devenu appréciable. Tu m'oublies. »

« Je t'interdis de parler à ma place, espèce de crétin ! »

« Arrête de m'appeler ainsi. Ou ça sera la dernière chose que tu feras. »

« Alors arrête de te comporter comme l'un d'eux. J'ai le droit de passer du temps avec mes amis si je veux. Si tu veux me voir, trouve des solutions au lieu de réfuter les miennes. En attendant, j'en ai marre de te retrouver uniquement entre ces quatre murs en sachant qu'il fait beau dehors. »

Magnus se tut. Très certainement blessé par les propos de son élève. Encore peut-être plus par les siens. Il avait envie de le couvrir de baiser, de l'attirer dans son lit, d'oublier leur dispute totalement idiote. Il se retint. Il n'avait pas envie de lui montrer à quel point il tenait à lui. Parce que c'était ça en fait. Il ne supportait pas l'idée qu'il passe du temps avec sa nouvelle amie Lydia. Parce que ça ne faisait que quelques jours qu'ils se parlaient et pourtant, Alec lui avait déjà offert son sourire à en faire pâlir le soleil. Et Magnus était paniqué par cette nouvelle amitié naissante.

« Très bien, tu peux t'en aller. Va voir tes amis. »

Il regretta instantanément. Chercha à capter le regard d'Alec. Il voulait qu'il le contredise. Qu'il le rattrape. Qu'il le serre dans ses bras.

Alexander hésita quelques minutes. Réfléchit quelques instants. Il voulait trouver la phrase parfaite. Celle qui ne lui donnerait pas l'impression de mettre fin à leur relation. Il ne la trouvait pas. Ses yeux se remplirent automatiquement de larmes. Son regard implorait Magnus de le retenir. Il lui envoya quatre mots. Pitoyables. Parce qu'il n'arrivait pas à en dire d'autres.

« Bon weekend. A lundi. »

Il resta planté encore quelques secondes comme un piquet. Espérant un ultime mouvement positif de la part de son amant. Puis, désillusionné, il prit la sortie.

En n'ayant pas la moindre idée du pourquoi du comment ils s'étaient engueulés.


Alec était resté au fond de son lit tout le samedi matin. Pourquoi se sentait-il tout le temps piqué à vif quand lui et Magnus avaient des différends ?

C'est Max qui le sortit de son lit avec une proposition des plus intéressantes. Un pique-nique, par ce beau temps avec Madzie, Lydia et lui. Face à cette perspective agréable, Alec lui lança un sourire radieux. La suite se déroula extrêmement vite.

Enfilage de pantalon à l'arrache.

Chaussettes de la vieille.

T-shirt tiré au hasard dans une armoire dégoulinante de fringue.

Chaussures de Jace piquées en toute impunité.

Le temps était parfait à l'extérieur. Pas trop chaud ni trop froid pour une fin de mois de mars. Alexander avait apporté la couette à étendre par terre. Quant aux autres, ils avaient subtilisé de la nourriture des cuisines du château. Les elfes de maison allaient avoir une belle surprise en retournant travailler. Lydia et Madzie se lancèrent dans l'explication des péripéties endurées pour récupérer ce fameux festin.

« Ça fait plusieurs jours qu'on les observe… »

« On s'est aperçu qu'ils s'occupaient des chambres pendant que l'on déjeune… »

« Alors du coup, avec Lydia, on est allé fouiner dans le garde-manger pendant que tous les élèves prenaient leur petit-déjeuner. »

« Personne ! A croire que les elfes de maison font confiance à tout le monde. Je soupçonne même Dumbledore de s'approvisionner discrètement pendant leur temps de pause. »

Tout le monde se mit à pouffer. Max compléta.

« Un jour, on laissera un mot à son attention près des sorbets au citron ! »

Madzie lui agrippa affectueusement le bras. Ses yeux brillaient.

« Très bonne idée. »

Max la dévorait littéralement du regard. Il se pencha un peu plus dans sa direction et posa sur ses lèvres un tendre baiser.

« Beurk, épargnez-nous vos mièvreries ! On est quand même en train de manger. »

Pour donner sens à ses propos, Lydia planta ses dents dans une pomme piochée dans le panier en face d'elle. Sa sœur la fusilla du regard, et une bataille, aussi inoffensive que mignonne, débuta. Très vite la nourriture commença à voler entre eux. Deux clans s'étaient clairement formés.

Vipère Vicieuse et Loup Solitaire.

Max et Madzie.

Alec implora grâce auprès de son frère quand celui-ci sortit un plat de purée de pommes de terre. Après plusieurs supplications, Max accepta de faire la trêve. Il s'approcha de son aîné et lui tendit la main comme pour sceller un traité de paix. Quand l'accord fut signé, il déversa l'intégralité du récipient sur la tête d'Alec. La guerre reprit instantanément. L'équipe de la Vipère et du Loup choisirent la stratégie chatouille qui avait jusqu'alors porté ses fruits.

Quand l'assaut fut définitivement fini, la couette était devenue une scène de crime à elle toute seule. De la nourriture s'était étalée sur l'intégrité de celle-ci. Personne n'aurait pu dire quelle était sa couleur originale.

Alec haussa les épaules.

« Je ne te l'ai pas dit, Max, mais c'est ta couverture. »


Lydia était seule dans sa chambre. Elle fixait inlassablement son plafond, persuadée que celui-ci allait lui révéler les secrets des précédents propriétaires de son lit. Elle avait passé une excellente après-midi avec sa sœur et les Lightwood. Le sourire d'Alec lui avait terriblement manqué. C'était incroyable comme quelqu'un d'aussi insensible pouvait illuminer la pièce d'une simple courbure de lèvres. Son meilleur ami. Leur rencontre avait été tellement particulière. Elle s'en souvenait comme si c'était hier. Une après-midi aussi sucrée que celle qu'elle venait de vivre.

Elle a 12 ans. Elle est si seule. Elle est si triste. Elle n'arrive pas à se faire des amis. Parce qu'elle est trop fourbe. Elle est trop malicieuse. Elle aime trop les coup-bas. Alors, les gens la fuient comme la peste. Ils sont méchants avec elle, elle a juste appris à les faire tomber avant elle. Elle ne voit pas le mal. Pourtant, elle les envie. Elle les voit courir par la fenêtre et elle est effondrée de ne pas aller crapahuter dehors par ce beau temps. Un jour, elle prend le risque. Elle enfile ses chaussures, prend un livre qui traîne sur sa table basse et sort de son dortoir sous les regards mauvais des Serpentards. Elle se pose sur la pelouse et commence à feuilleter son bouquin. Au bout de quelques heures, elle referme son livre. Des milliers d'élèves l'ont narguée en chuchotant près d'elle des messes basses lors de sa lecture. Elle sursaute.

« C'est un chouette livre. »

Il la regarde sans dire un mot de plus. Il s'assoit à côté d'elle sans demander son avis. Il se contente d'ouvrir un livre et d'en reprendre la lecture exactement là où il s'est arrêté. Il entend des élèves chuchoter dans son dos puis ricaner exagérément. Il se retourne.

« Vous avez un problème ? »

Silence.

« Non, alors dégagez. »

Son regard est glacial, sans appel. Ils détalent. Il plante enfin son regard dans le sien. Il est vide, inexpressif.

Profond.

« Si tu ne veux pas te faire embêter, ne leur donne pas une raison de le faire. »

Il se lève alors, comme ne trouvant plus d'intérêt à rester ici. Il tourne les talons. Elle le saisit par la manche avant qu'il ne s'en aille vraiment.

« Tu viendras à nouveau lire avec moi ? »

Il hausse les épaules.

« Je suis un loup solitaire. »

« Parfait ! Je suis une Vipère Vicieuse. »

Elle ne peut plus l'oublier. C'est trop tard. Elle en est sûre à 200 %. Parce que, face à elle, on lui offre le sourire le plus éblouissant qu'elle ait pu connaître.


Clary était assise près de la cheminée de la Salle Commune des Poufsouffles, un plaid sur les genoux. Elle était en train de dévorer un livre sur l'histoire des sorciers en Grande Bretagne de 1900 à 2000. Alec avait vu le bouquin prendre la poussière à la bibliothèque et il était persuadé qu'il plairait à sa meilleure amie. Il ne s'était pas trompé. Elle avait donc pris la décision de sacrifier son dimanche après-midi de révision pour une lecture beaucoup plus intéressante, pour elle. Près de Clary, sur la table basse, un paquet de Bertie Crochue avait été sauvagement attaqué. Elle plongea sa main à l'intérieur pour en saisir une poignée qui termina dans le fond de sa gorge.

« Alors ? Il te plaît ce bouquin ? »

Clary avait sursauté, tellement concentrée sur sa lecture, elle n'avait pas vu Alec s'avancer jusqu'à elle. Elle lui rendit son sourire.

« Parfaitement. C'est un ami qui me l'a conseillé. »

Alec haussa un sourcil, intrigué.

« Un ami ? »

« Meilleur ! » compléta Clary, ses yeux pétillants. « Viens à côté de moi, je crois qu'on a pas mal de chose à se raconter. »

Alec hocha la tête. Il s'affala sur le canapé, attrapa le paquet de bonbons et en avala quelques-uns au hasard. Il utilisa ses bras en tant qu'oreiller et jeta ses pieds sur la table basse.

« Alors vous êtes sur un petit nuage avec Jace ? »

« Sur un petit nuage rose. » corrigea-t-elle « Je me demande encore pourquoi on a attendu aussi longtemps… »

Alec prit le temps de réfléchir. Il se le demandait aussi parfois. Mais il savait pertinemment que ce n'était pas les mots que voulait entendre son amie, alors il se permit encore quelques secondes de réflexion.

« Il y a des choses qui ne se font qu'avec le temps. Beaucoup à certains moments, moins à d'autres. »

Contrairement à ses attentes, elle se mit à exploser de rire.

« Depuis quand es-tu devenu poète ?! »

« Mais depuis toujours, tu n'as juste jamais remarqué mon potentiel. »

Il avait pris une voix très haut perchée de bourgeois en manque d'amour et il avait peaufiné son personnage aristocrate par des gestes grotesques et disproportionnés, une pensée pour Mme Pince. Clary se mit à applaudir avant de se lover un peu plus dans le canapé.

« Et toi avec ton Homme ? »

Silence. Un flash douloureux lui revint en mémoire. Une dispute. Des cris.

Clary essaya de capter son regard mais un voile sombre l'avait obscurci. Elle se mordit les lèvres. Malgré elle, elle avait, une fois de plus, posé la mauvaise question au mauvais moment. Délicatement, elle mit une main sur son épaule. Il essaya d'esquisser un semblant de sourire.

« On s'est disputés, vendredi. Je lui ai dit des choses horribles. Mais il m'a bien rendu la pareille... »

Clary ne savait absolument pas quoi dire. Elle garda un air serein, espérant que son meilleur ami se sente soutenu.

« De quoi s'agissait-il ? »

« Je n'en ai pas la moindre idée. On s'est disputés pour rien au final. Enfin… Je crois qu'il était question de vous. Je crois qu'il me reprochait de passer trop de temps avec mes amis. Et ça m'a blessé. Parce que ce n'est pas vrai. »

« Outch… Coup bas du professeur… » murmura Clary plus pour elle que pour Alec « Tout ça semble ridicule. Bon… Pour simplifier tout ça, appelons-le Greg ! »

Sans le savoir, Clary avait illuminé le visage d'Alec par sa simple proposition de nom de substitution. Elle reprit tout à fait normalement.

« Je pense que Greg t'aime beaucoup et qu'il ne supporte pas votre relation secrète. Tout clame en lui qu'il veut rendre la chose officielle. »

Une lueur d'espoir pointa dans les yeux de son meilleur ami.

« Tu crois ? »

« J'en suis certaine. Tu te souviens quand Izzy s'est levée précipitamment dans la classe en découvrant votre histoire ? »

« Comment je pourrais oublier ? »

« Réfléchis-y, pourquoi crois-tu que Greg ait accepté de te faire sortir avec elle, alors qu'il savait ce que ta sœur te reprocherait ? »

Alec voyait très bien ce qu'elle voulait dire mais il ne put s'empêcher de répondre.

« Parce qu'il est sadique ? Ok, ok j'ai compris. J'irai le retrouver demain matin. »

Clary secoua la tête, négativement.

« Pourquoi ?! »

« Parce qu'il faut qu'il se remette en question. Et il a besoin de ton indifférence. »


Izzy finissait de lacer ses chaussures de Quidditch. Elle soupira. Elle n'avait pas du tout envie d'aller s'entraîner avec ses frères. Elle aurait juste voulu chahuter avec Simon.

Elle ne savait plus depuis combien de temps elle faisait passer son meilleur ami avant Jace, Alec et Max. Disons simplement qu'elle adorait la complicité naturelle qu'elle partageait avec Simon. Elle attrapa son balai et rejoignit le terrain à moitié endormie. Quand elle entra dans les vestiaires, elle surprit Clary assise sur les genoux de Jace en plein bécotage.

« Oula, y a de l'amour dans l'air ! »

Jace ne manqua pas de la fusiller du regard. Sans prendre le temps de lui répondre, il lui intima, en lui montrant l'extérieur, de partir. Clary avait caché son visage rougi derrière sa chevelure et les épaules de Jace.

« A tout de suite, soyez rapides, ça serait dommage de ne pas pouvoir nous entraîner à cause de vous. »

Elle ne prit même pas la peine d'écouter son frère qui était parti dans une colère noire, trop occupé à se diriger vers le terrain. Elle laissa le vent jouer avec ses cheveux et enfourcha son balai en harmonie avec la brise. Alec et Lydia étaient en train de se renvoyer la balle, pris dans une discussion des plus intenses. Max, lui, contemplait le paysage qui s'offrait à lui, les yeux rêveurs et un sourire niais peint sur le visage.

L'entraînement débuta quelques minutes après et jusqu'à seize heure, Izzy était totalement absorbée par ce qu'elle faisait.

Ce n'est que lorsqu'elle toucha terre qu'elle s'aperçut que Simon était là, à l'attendre. Elle se mit à sourire. Sa journée ne faisait que commencer.


Magnus était posé sur son bureau. En train de corriger des copies de quatrièmes années. Essayant de corriger ces copies. Il avait ressassé la dispute avec Alexander pendant tout le weekend. Ne l'avait pas retrouvé sur le banc, ce matin. N'avait pas réussi à le faire rester après son heure de cours. Plusieurs fois, il avait eu envie d'aller le voir dans son dortoir. Il s'était fait violence. Peut-être qu'Alexander était moins attaché à lui ? Peut-être avait-il envie d'être seul. Il secoua la tête, perdu dans ses pensées. Il avait laissé une goutte d'encre se répandre sur une des copies. Merde. Décidément, cet élève avait beaucoup trop d'emprise sur lui. Il reposa sa plume pour prendre une petite pause. Il aurait bien aimé se poser sur les jambes d'Alec et feuilleter avec lui le livre de poèmes. Il se mit à sourire. De toute façon il le connaissait par cœur. Sans s'en rendre compte, il se lança dans la récitation de sa poésie préférée.

« Je t'aime pour toutes les femmes que je n'ai pas connues

Je t'aime pour tous les temps où je n'ai pas vécu

Pour l'odeur du grand large et l'odeur du pain chaud

Pour la neige qui fond pour les premières fleurs

Pour les animaux purs que l'homme n'effraie pas

Je t'aime pour aimer

Je t'aime pour toutes les femmes que je n'aime pas

Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu

Sans toi je ne vois rien qu'une étendue déserte

Entre autrefois et aujourd'hui

Il y a eu toutes ces morts que j'ai franchies sur de la paille… »

Il se retourna rapidement en direction de la porte, quelqu'un avait pris la suite du poème. Ses yeux se posèrent sur un regard émeraude qu'il affectionnait tout particulièrement. Alexander. Sourire. Dans l'encadrement de la porte, il récita la suite du poème.

« Je n'ai pas pu percer le mur de mon miroir

Il m'a fallu apprendre mot par mot la vie

Comme on oublie

Je t'aime pour ta sagesse qui n'est pas la mienne

Pour la santé

Je t'aime contre tout ce qui n'est qu'illusion

Pour ce cœur immortel que je ne détiens pas

Tu crois être le doute et tu n'es que raison

Tu es le grand soleil qui me monte à la tête

Quand je suis sûr de moi…

Paul Eluard, page 42 »

Le silence se répercuta à l'infini. Regards toujours fixés l'un sur l'autre, il semblait que le temps s'était suspendu. Personne n'osa bouger. Un bonheur sans nom emplissait l'être entier de Magnus. Son élève ne s'était pas contenté de lire le recueil de poèmes qu'il lui avait offert. Il connaissait également par cœur les poésies qu'il avait chéries, chérissait et chérirait toute sa vie. Aucun des deux n'avaient encore esquissé le moindre geste. Puis Alec rentra enfin totalement dans ses quartiers. La gêne s'était peinte sur son visage. Il s'avança légèrement.

« Ecoute, je… je suis désolé pour vendredi soir. »

« Oui, moi aussi. »

« J'ai du mal à me rappeler pourquoi on s'est disputés. »

Alec passa une main dans ses cheveux. Et effectua un autre pas en avant. Magnus compléta. Il balança sa bombe. Sans vraiment d'explication.

« Je suis jaloux. »

La surprise avait élu domicile sur le visage de l'élève. Jaloux ? Alors qu'Alexander n'avait jamais autant aimé ? Pourquoi ? Pour qui ?

« Quoi ? »

« Je voulais pas te le dire. Parce que ça m'a fait terriblement bizarre de me rendre compte que j'étais attaché à toi. Plus que ce que je pensais. »

Ses yeux se mirent à pétiller. Un pas en avant. Un autre. Un dernier. Alec s'arrête un instant devant sa bouche. Il voulait savourer cet instant. Goûter ses lèvres avec application. Il s'empara de sa nuque, se pencha un peu plus et prit possession de sa bouche. Ses mains se baladaient tout d'un coup le long de son corps.

Un t-shirt foulait désormais le sol.

Puis deux.

Un tas de fringue se créait, de plus en plus important, au pied de la chaise du bureau. Puis ils migrèrent ensemble, complètement nus, sur le lit.

La suite ? Elle leur appartenait.


Désolée pour l'attente. Pour ma défense, j'ai mis des plombs à corriger les fautes et ce chapitre attendait tranquillement dans les abimes de mon ordinateur...
Merci pour ton message d'amour Linyv-Lyham-Xilian
, ça m'a beaucoup touchée.

J'ai un peu plus de temps pour écrire alors je pense que je mettrais la suite plus rapidement qu'auparavant (sauf si la correction de mes chapitres m'exaspère et m'empêche de publier... Connerie d'orthographe à la con ! ) Et bien sûr que non, je n'abandonne pas cette fan fiction, j'aime bien trop Magnus et Alec et l'univers d'Harry Potter pour ça ;)

Des bisous !

Synea