VII
— Tu ne veux pas autre chose ? Tu es sûre ?
Harley s'accouda négligemment contre le comptoir, fixa Loki dans les yeux, dédaignant totalement l'autre type. Elle voyait une certaine frustration dans les beaux iris bleu-vert. Même s'il n'était pas en colère contre elle. Oh, non. Elle devinait parfaitement, sans même avoir à regarder sur le côté, ce que ce crétin de vendeur était en train de lorgner. Son décolleté.
— Si je puis me permettre, fit l'homme au même moment, ne voyant pas le dialogue silencieux qui se déroulait pourtant juste sous son nez, c'est un excellent choix. Bois de hêtre, particulièrement solide… vous pratiquez ?
Encore une fois, son regard était bien plus orienté vers la poitrine de la jeune femme que vers l'objet en question.
— On peut dire ça… souffla-t-elle, soufflant une mèche de cheveux loin de son visage.
Elle agrippa un peu plus fermement le manche de la batte. Lui imprima une brusque rotation du poignet, fit pivoter l'ensemble de son corps à la vitesse de l'éclair. Craquement sinistre. Qui, entre les os et le bois, l'avait émis, elle n'en était pas certaine. Mais la batte tint bon, alors que le vendeur reculait d'un pas, sang coulant abondamment de son front. Il ne paraissait tenir sur ses jambes que par miracle.
La jeune femme ne lui laissa pas le temps de se reprendre. Profitant de l'élan accumulé, elle fit un tour complet sur elle-même. Second craquement, bien plus violent. La tête de l'homme explosa sous l'impact, déversant le contenu de la boîte crânienne sur le comptoir de verre.
— Princesse… décidément, tu es surprenante.
Elle lui adressa un sourire éclatant.
— Sa tête ne me revenait pas.
Loki ricana.
— Moi non plus.
Il se rapprocha d'un pas, la prit par la taille, l'attira à lui.
— Tu es mienne. Et mienne seulement.
Elle ne contesta pas. Ne put que frissonner, perdant brièvement la notion du temps lorsqu'il l'embrassa sauvagement. Lorsque leurs lèvres se séparèrent, il sourit, ramena la mèche de cheveux égarée derrière son oreille.
— Prends tout ce qui peut être utile, lui souffla-t-il.
†††
Trois heures plus tard, Harley était allongée en travers du lit de la chambre, la tête reposant sur le torse de Loki. À travers le fin tissu de sa chemise, elle pouvait entendre sa respiration régulière, son pouls stable. Derrière, sur la commode, la télévision diffusait en boucle des images du magasin vidé, des experts s'affairant autour du corps du pauvre vendeur.
Sur le chemin du retour, ils avaient croisé une bonne dizaine de patrouilles, sirènes hurlantes, qui se dirigeaient toutes vers le lieu du crime. Aucune ne s'était arrêtée pour le petit coupé aux allures respectables.
Une fois à l'hôtel, ils avaient dîné ensemble, délaissant les armes dans le coffre du véhicule, et étaient montés s'enfermer dans leur chambre.
— J'ai besoin de toi… souffla la jeune femme d'une voix à peine audible.
Elle ne perçut aucun changement dans ses battements de cœur lorsqu'il répondit :
— Je sais.
Elle aurait pu se sentir blessée qu'il ne dise pas que lui aussi. Mais, pour l'avoir déjà brièvement côtoyé, elle savait que ce n'était pas son genre. Ni de s'attacher, ni de l'admettre si jamais cela arrivait. Elle se contenta d'un sourire lorsqu'elle sentit ses doigts dans ses cheveux. Ferma les yeux, se cala instinctivement sur le rythme stable de sa respiration.
Et, brusquement, il fut sur elle. Ses lèvres sur les siennes, ses mains sous son haut. Si elle avait eu de la résistance, elle aurait fondu comme neige au soleil. Mais elle n'en avait pas. Pas pour lui. Elle était sienne, quoi qu'il décide de faire avec elle.
— Ouvre les yeux.
Elle s'exécuta. Cessa brièvement de respirer en croisant le regard bleu-vert, hypnotique. Il l'embrassa à nouveau, et elle eut l'impression d'être parcourue d'un millier de décharges électriques. Elle se cambra instinctivement. Sentit la robe qui glissait vers sa tête. Ne put exhaler que lorsqu'il libéra brièvement ses lèvres pour virer le vêtement.
Par réflexe, elle s'attaqua elle-même à sa chemise. Bouton après bouton, elle remonta lentement jusqu'à ses épaules. Pendant qu'il enlevait ses manches, elle dégrafa son pantalon. Prit une inspiration haletante lorsque, au lieu d'entremêler leurs souffles à nouveau, il traça un sillon de feu de son cou à son nombril rien qu'en laissant ses lèvres errer sur sa peau. Laissa échapper un gémissement lorsqu'il descendit plus bas encore. Et s'abandonna. Totalement.
