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L'air sifflait aux oreilles de Harley. Elle souriait, à la fois surexcitée et amusée par cette chute impromptue et vertigineuse. L'adrénaline pulsait dans ses veines, remplaçait tout le reste. Elle n'avait pas peur. Cette chute libre, alors qu'elle aurait dû la terrifier, la rendait plus vivante. Elle éclata d'un rire libérateur, follement amusé, en réalisant qu'elle commençait à voir le dessin précis du sol loin en dessous.
Sauter en parachute n'avait jamais fait partie de sa formation d'agente classique, au S.H.I.E.L.D. Gamine, elle avait toujours eu le vertige. Elle se rendait compte, aujourd'hui, que c'était ridicule. L'estomac qui remontait, les tripes qui se contractaient, l'impression de n'avoir rien en dessous de soi sur des dizaines de centaines de mètres, c'était la meilleure chose qui pouvait lui arriver.
Et elle n'avait pas froid. N'était pas en manque d'oxygène, étonnamment, alors qu'elle avait sauté à sept mille mètres. Elle chutait, à chaque instant un peu plus vite. Et elle réalisait que si elle mourait ainsi, elle serait heureuse. Elle jeta un bref coup d'œil à son altimètre. Sourit. Quatre mille mètres. Elle ferma brièvement les yeux, se roula en boule, fit une roulade dans le vide. Rit encore, amusée par le nombre de possibilités, presque infini, qui s'ouvraient devant elle.
Une fois stabilisée, elle se laissa basculer légèrement, pour foncer vers le sol les pieds en avant. Sentit, en tendant les pointes pour plus d'aérodynamisme, qu'elle accélérait encore un peu. Trois mille mètres. Elle sourit. Se cambra à nouveau, pour revenir à l'horizontale, et ainsi ralentir un peu. Perçut soudain une légère vibration, émanant de son poignet, se propager dans l'ensemble de son corps.
Ainsi, Eloïse avait appuyé. Elle avait décidé de l'aider. Probablement pour ne pas avoir de sang sur la conscience, mais malgré tout, elle avait pressé le bouton. Évidemment, il n'y avait pas de mécanisme de blocage du parachute. Si à mille cinq cent mètres, Harley n'avait pas ressenti la vibration, elle aurait détaché l'altimètre à son poignet pour le laisser tomber, et elle aurait ouvert son parachute. Mais maintenant qu'Eloïse avait fait son choix…
Elle s'accorda encore quelques secondes de chute libre. Juste pour le plaisir. Puis, elle tira fermement sur la cordelette qui commandait le déploiement de sa voile.
Le choc faillit lui démettre les épaules, tant elle était mal positionnée. Mais, en sentant qu'elle n'avait rien de cassé, elle ne put que rire. Et, de toute façon, elle aurait ri même si la voile ne s'était pas ouverte.
Harley termina sa chute en dérivant tranquillement jusqu'à la zone d'atterrissage indiquée sur son GPS. Dans son oreillette – qu'elle avait sortie à cinq cent mètres du sol – elle entendait les agents d'H.Y.D.R.A. communiquer entre eux alors qu'ils prenaient position. Dès qu'elle fut à terre, six uniformes noirs l'entourèrent, l'aidèrent à se défaire de son parachute, et la guidèrent vers une petite clairière à l'écart de tout, où trois autres soldats entouraient un homme, armes pointées.
— Aaron, quel plaisir de te voir !
Aaron ne releva pas le sarcasme dans la voix. Il avait trois canons braqués sur sa tête, il ne pouvait pas vraiment se permettre de l'ironie. Mais, voyant qu'il ne risquait pas de réagir, même si elle le provoquait, Harley fit un signe aux soldats.
— Les gars, cool. C'est un ami. N'est-ce pas ?
L'agent du S.H.I.E.L.D. avala sa salive, mais hocha la tête. Il avait accepté de s'embarquer là-dedans. Pour sa sœur. Maintenant, il devait assumer. Peu importe ce qui lui tomberait dessus, sa sœur en valait la peine. Et puis, la blonde, qui avait un jour été son amie, lui faisait peur. Profondément, viscéralement. Il était chamboulé, jusqu'au fin fond de son âme. Il se souvenait qu'Eloïse avait dit que Harleen avait changé… mais il ne se serait jamais attendu à ce que ce soit… ainsi. Cette fine brindille, habillée d'un simple short et d'un T-Shirt trop court, en talons vertigineux et maquillée comme jamais auparavant, ce n'était pas Harleen. C'était cette « autre » elle, qu'Eloïse avait mentionnée. C'était celle qui portait sans hésitation un calibre à la ceinture, elle qui auparavant détestait ça, celle qui mentait et assassinait probablement sans ciller, celle qui jouait maintenant avec une batte de base-ball tachée d'écarlate. Aaron préféra ne pas demander si c'était bien du sang.
Les hommes en noir l'escortèrent jusqu'à une petite colline non loin, qui s'avéra très vite être en réalité une entrée secrète masquée par la mousse et l'herbe. Il fut obligé de descendre les escaliers, uniquement éclairé par les torches des fusils, jusqu'aux entrailles de cette base secrète. Les conditions de son déplacement, son voyage à l'arrière d'un fourgon, bâillonné, en camisole de force, lui revinrent brièvement. Il fit de son mieux pour les chasser, nerveux.
Il était rentré chez lui, comme il l'avait dit à son officier supérieur. Mais, au lieu de rester là, en sécurité, il était ensuite allé au lieu de rendez-vous qu'on lui avait communiqué. Et, dès lors, tout était parti en vrille. Il avait été embarqué de force pour une destination inconnue, fouillé, dépouillé de tous ses biens. Il savait bien que « tout faire pour sauver ma sœur » le condamnait dès le début… mais il avait espéré au moins la revoir. Mais maintenant qu'il était au fond d'une base secrète, sans la moindre idée d'une vague localisation, il abandonnait cet espoir.
Sans espoir, il ne lui resta très vite que la peur. La terreur de se perdre dans un labyrinthe obscur, d'être abandonné, de ne pas survivre, de devenir un cobaye pour une quelconque expérience… Plus les scénarios possibles défilaient dans son esprit, et plus il était terrorisé.
Aussi, lorsque la lumière apparut enfin devant lui, il eut un mouvement de recul, très vite maîtrisé par ses bourreaux qui lui rappelèrent, sans délicatesse, qu'il n'avait pas le choix.
