XIV
Harley explosa la vitre d'un coup de batte, chipa le petit sac à main qui lui avait un peu trop littéralement tapé dans l'œil, au nez et à la barbe des caméras. Sourit, alors que Loki, masqué par une illusion, se contentait de rire, et que l'alarme stridente se déclenchait. Il était trois heures du matin, quelques heures à peine les séparaient du lancement de la phase principale de leur plan. Ils avaient décidé de s'amuser encore un peu. Après, le nombre d'humains deviendrait un peu trop limité.
— Comment ça se passe, en fait ? demanda Harley.
— Ceux qui sont touchés par le virus d'abord vont subir une métamorphose rapide. Quelques minutes à peine. Et, de fait, ils seront immunisés contre les radiations. Les autres…
Il haussa les sourcils, ne détaillant pas. Harley sourit. Elle avait réussi à le convaincre. Un peu plus de carnage, un peu moins d'anticipation. Quelques centaines de milliers de morts, ou plus. Ce sera beaucoup plus drôle ! avait-elle plaidé. Sous les suppliques, il avait fini par céder. Un tiers des ogives américaines – soit environ deux mille – répandraient en fait le virus techno-organique des Phalanx. Les autres… décimeraient ce qui restait de la population humaine. Aux quelques deux mille que Harley avait fait kidnapper dans les trois derniers jours.
Avisant une jolie robe dans une vitrine voisine, Harley fit subir à l'étalage le même sort que celui du magasin précédent. Le verre se fendit dans un tintement cristallin, s'éparpilla au sol. Loki avisa deux passants, qui sortaient d'une ruelle voisine. En voyant ce qui semblait être, à distance, un duo de cambrioleurs armés, ils tournèrent les talons sans une hésitation, disparurent à nouveau dans l'ombre de la ruelle d'où ils étaient venus. Loki sourit.
— Tu penses qu'on va avoir de la compagnie ? sourit la jeune femme en attrapant la robe.
Elle la posa droit sur son buste, vit qu'elle n'était absolument pas à la bonne taille, soupira, et la jeta à nouveau parmi les débris. Puis, elle passa son bras autour des épaules de Loki, avec l'impression que rien ne pourrait la rendre plus heureuse qu'elle ne l'était déjà. Elle avait définitivement abandonné les derniers restes de conscience humaine. Elle se sentait totalement elle-même, là où elle était, telle qu'elle était. Démoniaque, violente, monstrueuse pour tout autre que lui. Mais Loki l'appréciait telle qu'elle était maintenant, et cela suffisait à Harley.
Un millier de petites décharges électriques parcoururent le corps de Harley lorsqu'elle sentit la main de Loki se glisser autour de sa taille. Il se tourna vers elle. Tout de suite, elle en oublia de respirer. Face à ces yeux bleu-vert, elle s'oubliait totalement. Incapable de penser à autre chose que leurs lèvres unies, elle se dressa un peu plus haut sur ses stilettos, et l'embrassa.
Cette fois-ci fut différente des autres. Elle le sentit immédiatement. Il était plus froid, plus mesuré. Plus distant. Il pensait à autre chose.
Ce fut grâce à lui, et à cette distance, qu'elle échappa de peu au rayon d'énergie qui fusait vers eux. Loki le vit, fit un simple pas sur le côté, gardant son bras autour de la taille de la jeune femme. Harley sentit la chaleur de l'explosion, dans son dos, qui envoya des éclats de béton dans toutes les directions. Elle ferma les yeux, s'abandonna encore une brève seconde au baiser. Puis se détacha, malgré son corps qui lui hurlait le contraire.
Loki lui rendit un sourire appréciateur, puis se tourna entièrement vers le nouvel arrivant, qu'il connaissait très bien.
— Stark. Quel plaisir.
— Loki. Ce n'est pas partagé. Qu'est-ce que vous avez fait à mon équipe ?
Loki laissa échapper un rire. Il devinait la frustration de l'homme, sous son armure, même s'il ne voyait pas son visage. Dommage.
— Quelle équipe ? s'enquit-il poliment. L'assemblage disparate de monstres que vous appeliez les Avengers ? Pas besoin de vous prendre la tête avec eux. Le soldat est mort, les espions ne sont plus les vôtres. Vous avez déjà perdu.
Il vit presque Tony Stark froncer les sourcils, derrière son masque, alors que sa voix métallisée résonnait :
— Perdu ? Comment ça perdu ? À part vous balader avec votre nouvelle copine, vous n'avez rien fait.
Harley faillit parler. Faillit seulement lui balancer leur plan en plein dans la figure. La poigne ferme, autour de son bras, qui se resserra imperceptiblement durant une fraction de seconde, l'en empêcha. Elle n'eut pas besoin de tourner la tête pour savoir que Loki ne voulait pas qu'Iron Man connaisse les détails. Logique. Elle se tut. Puis, après réflexion, se détacha de l'emprise du dieu, s'avança à pas lents, mesurés, vers l'homme de métal. Lentement, langoureusement, elle s'accouda contre son épaule, fit glisser ses ongles de gel limés en pointe le long du masque doré.
— Tu voudrais savoir, n'est-ce pas… Tu voudrais vraiment ?
Elle sourit, devinant l'hésitation de l'homme. La repousser, loin, ou la laisser s'approcher encore, et éventuellement lui dévoiler quelque chose. Elle lui laissa encore une seconde supplémentaire, sachant parfaitement ce qu'elle voulait, elle. Et, quand il ne se décida pas, elle agit.
Il n'avait pas prévu qu'elle soit si rapide. En un clin d'œil, elle avait échangé sa batte pour le calibre à sa ceinture. Et elle tira, trois fois d'affilée, si vite que même l'arme eut du mal à suivre, droit dans le réacteur au centre de l'armure. La première balle, explosive, fissura le réacteur. La seconde s'enfonça profondément à l'intérieur de l'armure, détruisant les circuits, arrachant câbles et composantes électroniques, s'écrasa contre la dernière barrière métallique en la fracturant. La troisième, à nouveau explosive, éclata à l'intérieur la poitrine de l'homme.
Harley recula. Iron Man resta debout une seconde supplémentaire. Puis, il vacilla, tomba sur ses genoux. S'effondra, face contre terre. Et ne bougea plus.
— Princesse.
Elle pivota, un sourire éclatant aux lèvres.
— Oui ?
Loki n'eut pas le temps de poursuivre. À quelques pas d'eux seulement, le Bifröst s'ouvrit, imprima son motif incandescent dans le béton, se rétracta en laissant un visage plus que connu en face du couple.
