Suggestions musicales pour le chapitre:

Justin Bieber – 2U (Burning Boat)

Cigarette after sex – Sweet (Clarke & Lexa)


Il faisait déjà nuit lorsque Lexa, Octavia et Lincoln arrivèrent aux abords de la plage à bord du Range Rover de la Blake. Leur conversation avait été animée, comme toujours, Octavia mettant un point d'honneur à ce que Lexa ne se sentent jamais de trop lorsqu'ils étaient tous les trois. Octavia n'était d'ailleurs pas ce genre de fille à rester coller aux baskets de son athlète de petit ami, et Lincoln avait de son côté rapidement compris qu'il ne s'interposerait jamais entre les deux jeunes filles et respectaient leur relation de la meilleure des manières. Ils les avaient surprises plusieurs fois à s'endormir dans les bras l'une de l'autre, surtout après l'épisode Costia, lorsque Lexa passait des nuits à pleurer cette trahison et ce départ soudain. Plusieurs fois, lors de ces nuits, il avait observé Octavia serrer dans ses bras cette sœur qui ne l'était pas vraiment juste à cause de son sang, et lui murmurer tout bas « Lexa, ne pleures plus, c'est finit, et n'oublies jamais que c'est toi et moi, depuis toujours »... Et Lincoln, tel un gentleman avait su s'effacer dans ses moments. Il aimait Octavia et il adorait Lexa. Derrière ses airs plein de nonchalance, il savait que la jeune fille était sensible, sûrement plus que les autres, courageuse, et cela sûrement plus que les autres aussi, notamment depuis que ses parents avaient disparus tragiquement dans un accident d'avion. Depuis ses quinze ans Lexa vivait seule, recevant une fois par semaine la visite d'une assistante sociale, elle avait fait des pieds et des mains pour garder son indépendance et ne pas être placée en foyer. Et aujourd'hui elle vivait comme une adolescente presque normale. Presque. Parfois Lincoln saisissait dans son regard cette tristesse qui la rattrapait.

Le grand métis fut tiré de ses pensées lorsque Octavia serra le frein à main signifiant qu'ils étaient arrivés. Tous les trois descendirent sur la plage où de grands feux avaient été allumé pour l'occasion, alors qu'au loin on pouvait distinguer celui qui allait être le plus important de tous. Ils marchèrent dans cette nuit sombre mais sans nuage, jusqu'au fameux bateau de bois, laissant se mêler le bruit des vagues aux discussions des habitants. Malgré les lumières fauves qui éclairaient la nuit de manière tamisée, il n'était pas aisé de reconnaître leurs amis déjà présents. Pourtant, le regard de Lexa fut immédiatement attiré par une chevelure blonde que les couleurs du feu rendaient d'or. Elle ne pouvait appartenir à personne d'autre que Clarke, pensa Lexa. Son trouble ne passa pas inaperçu aux yeux d'Octavia qui glissa une main encourageante dans son dos et lui souffla à l'oreille :

- Ta petite copine est là…

Lexa n'eut pas le temps de répondre à la provocation, que Clarke comme si elle avait sentit qu'elle était le sujet de conversation, se retourna et avança dans leur direction.

- Même pas besoin d'aller la voir, elle vient à toi d'elle-même, souffla de nouveau Octavia plongeant son amie dans un nouvel instant de gêne.

- O' ! Arrête !

- Hey Lexa ! Les salua Clarke.

La brune qui n'avait pas l'habitude de la côtoyer en dehors du lycée resta silencieuse à cet appel, sa timidité la rattrapant soudainement.

- Hey Clarke ! Nous n'avons pas encore été présenté, je suis Octavia, la sauva la nommée.

La meilleure amie de Lexa, alors tu as beau avoir une tête d'ange et l'aider pour ses devoirs, n'oublies pas qu'au moindre faux pas, je te pète les dents.

Cette Octavia avait l'air drôlement loyale envers Lexa, elle les avait vu plusieurs fois ensembles mais ne comprenait pas pourquoi derrière ce si jolie sourire, la brune lui était si hostile. Alors Clarke tiqua mais ne releva pas se contentant de serrer la main de la brune aux yeux hazel.

- J'ai entendu parler de toi, Octavia Blake c'est ça ? La fameuse capitaine de l'équipe des cheerleader.

- Exactement ! D'ailleurs viens faire un essai quand tu veux… Et voici mon petit-ami Lincoln, le capitaine de l'équipe de foot.

- Tu peux aussi faire un essai quand tu veux, lui dit le grand métis sur le ton de la plaisanterie.

O'… Ne serre pas les dents quand tu lui parles, elle à l'air hyper sympa…

- Le petit couple parfait en somme, répondit Clarke sans que sa moquerie n'atteigne Octavia qui le prit plutôt comme un compliment.

- En quelques sortes, d'ailleurs j'en connais d'autre qui pourraient former le couple parfait !

A cette remarque, Lexa préféra détourner le regard, laissant Clarke seule avec sa confusion. Il fallait que quelqu'un la sauve de ce moment extrêmement gênant, Octavia ne la lâcherait pas de si tôt… Et cette sauveuse prit soudainement l'allure d'une petite geek hispanique aux lunettes bien trop grande pour elle.

- Hey Raven, s'écria-t-elle en lui attrapant le bras, regardes qui est là ! dit-elle en désignant Clarke.

La petite latina s'approcha un large sourire s'étirant sur ses lèvres. Ce soir-là, elle rencontrait sa nouvelle rock-star. Un peu timide à son tour, elle balbutia lorsque Clarke la salua et qu'elle l'entraîna sur des sujets où elles pourraient converser toutes les deux. Lire dans les pensées des autres était vraiment d'une grande aide lorsqu'il s'agissait de savoir ce qu'il les faisait vibrer, et Clarke avait rapidement compris à quel point Raven vouait une passion à la science.

Totalement exaspérée par l'arrivée de la nouvelle venue, et de peur que les autres pensent qu'elle pouvait traîner avec des geek, Octavia reprit la conversation en main, mettant fin à l'échange entre Clarke et Raven.

- Et si on s'approchait du bateau !

- Volontiers, répondit poliment Clarke, qui ne comprit pas l'attitude changeante de la capitaine des cheerleader.

- Alors Lexa que vas-tu brûler ? Demanda la blonde un peu curieuse.

- Un livre de math, ça me délestera d'un poids immense, je pense.

Le ton que venait de mettre Lexa dans cette plaisanterie la fit rire. Rire. Cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait plus rit. Depuis plus d'une centaine d'années. Et Lexa, grâce à son sarcasme le plus simple la faisait rire. Fière de ce qu'elle venait de provoquer chez la blonde qui avait pour habitude d'afficher son air si froid, elle s'approcha d'elle et lui confia un pan intime de son histoire.

- En fait, je vais brûler des photos…

Clarke aurait aimé que Lexa soit d'une transparence sans faille avec elle, comme tous les autres Terriens. Elle aurait énormément donné pour voir qui se trouvait sur ses photos à ce moment précis et savoir qui ternissait ce regard émeraude d'une lueur triste. Elle ne tarda pas à le savoir lorsque des pensées parasites traversèrent son cerveau.

Devrais-je aller lui parler ? Après tout ce temps ? Peut-être qu'elle me pardonnera…

- Et moi, le passé et mon énorme bêtise… prononça solennellement une jeune femme qui se tenait désormais à leur côté.

Cette voix, Lexa ne la connaissait que trop bien. Elle avait rythmé chacun de ses matins et chacune de ses soirées durant plusieurs mois. Cette voix était le son de mots d'amour soufflés au creux du cou, et de promesses chuchotées à l'oreille. C'était aussi celle de la trahison, celle d'une lame qui avait transpercé son coeur, un soir de bal de promo…

- Costia ? souffla la brune soudainement perdue.

- Lexa… Je…

La lycéenne recula d'un pas, de peur ou de dégoût, elle n'en savait rien. Elle savait juste que la blessure que lui avait infligé la jeune métisse était encore vive même si elle avait essayé de se convaincre du contraire.

- Ne la touche pas, l'avertit Octavia en serrant les dents.

Si je pouvais me la faire celle-là et la jeter dans ce bateau en feu, on serait sûrement moins encombré…

Clarke se tenait entre les trois parties à la dispute. Elle observait Lexa complètement apeurée, Octavia la protégeant de tout son corps et cette Costia, face à elles, pleine d'espérance.

Je suis tellement désolée…

- Lexa, laisse-moi t'expliquer…

- Oh mais je crois que tu n'as rien à expliquer, on a tous bien compris à quel point tu étais tarée, restes loin d'elle.

Des noms d'oiseaux, aussi grossiers les uns que les autres s'échappèrent des pensées d'Octavia, permettant à Clarke d'évaluer à quel point elle pouvait haïr cette jeune et jolie métisse.

- Tu as toujours parlé à sa place Octavia, elle n'a pas besoin de toi.

- Elle n'a pas besoin de toi non plus, et je la protège contrairement à toi qui était prête à la jeter en pâture à un site internet pourquoi ? Un stupide pari ? L'argent ? Le pouvoir ? Tu as détruit sa vie et tu as perdu le droit de l'approcher à ce moment-là.

Elle aurait au moins pu faire ça en UHD+… pensa Raven qui avait vu la vidéo.

- Tu as toujours été jalouse Octavia. Jalouse que Lexa puisse se tourner vers quelqu'un d'autre que toi.

La ferme.

- Tu n'es personne Costia, tu es juste un monstre.

La métisse ne fit pas cas des paroles de la Blake, et chercha Lexa du regard. En un rien de temps elle capta les yeux émeraude de la lycéenne et lui dit.

- Lexa je suis désolée pour tout…

Je regrette tellement… Je ne t'aimais pas assez à l'époque pour me rendre compte du mal que j'allais te faire.

- Tu me manques… J'ai essayé de passer à autre chose, mais je ne peux pas… Pas sans toi.

J'ai failli te voler ta première fois, je le sais, je suis consciente de ma bêtise…

- S'il te plaît Lexa, pardonne-moi…

Après avoir mis à bout chacun de ces segments de réflexion, Clarke comprit ce qui avait bien pu arriver à Lexa : une trahison qu'elle avait subie de la part de la personne qu'elle aimait sans doute le plus au monde. Durant tout l'échange, elle n'avait eu d'yeux que pour les siens, tentant de comprendre ce qu'elle pouvait ressentir à ce moment-là. Elle n'avait pas besoin de lire dans ses pensées pour savoir à quel point elle était bouleversée. Ses yeux parlaient pour elle, ils étaient emplis d'un maelstrom de sentiments, de tristesse, de colère, de dégoût, d'incompréhension.

Malgré la faiblesse qu'elle pouvait afficher devant Costia, ses mots d'excuse semblaient glisser sur elle. Ils tentaient bien de se frayer un chemin jusqu'à son coeur, mais Lexa résistait, elle lui avait fait bien trop de mal. Elle voulut lui dire tant de choses à son tour, à quel point elle l'avait aimé, à quel point elle s'était sentit trahie, à quel point elle l'avait pleuré, , mais à peine eut-elle ouvert la bouche que les mots restèrent coincé dans sa gorge. Comme devenue muette et sous le regard insistant d'Octavia qui priait intérieurement pour que ce qui devait être fait soit fait, Lexa réussit tout de même à se ressaisir le temps de quelques secondes.

- Je ne peux pas… souffla-t-elle de manière presque imperceptible.

Elle l'avait dit. Elle s'était enfin libérée de Costia et de tous les sentiments contraires qu'elle pouvait avoir à son encontre. Elle l'avait détesté pour ce qu'elle lui avait fait et l'avait tout autant détestée d'être partie et de l'avoir laissée seule avec son incompréhension. C'était comme si l'avoir en face d'elle s'excuser aussi faiblement venait de lui prouver à quel point elle ne la méritait pas. Alors pour la première fois de sa vie Lexa sut qu'elle valait mieux qu'elle, que Costia ne pourrait jamais l'aimer à sa juste valeur. Ce n'était pas pour autant que Lexa en devenait insensible. Le coeur battant à tout rompre, totalement chamboulée par cet échange, elle sentit l'air soudainement lui manquer et les larmes lui monter aux yeux. Elle ne voulait pas paraître faible devant Costia, ni devant… Clarke. La blonde était restée là, silencieuse, observant et tentant de saisir chacun des détails de la scène. Le souffle un peu haletant, Lexa décida qu'elle s'était déjà dépassée ce soir-là, et qu'à ce moment précis, elle voulait juste fuir pour être seule. Fuir. C'est ce qu'elle fit.

- Lexa ! L'appela Octavia en tentant de la rattraper par le poignet.

Mais la jeune fille se défit rapidement de cette main ferme qui tentait de la retenir. Cette fois-ci, elle ne voulait pas d'Octavia à ses côtés, il fallait qu'elle apprenne à gérer ses peines seule.

- O', laisse-la… Cette fois-ci elle a besoin de faire le point seule… lui dit délicatement Lincoln en la rattrapant elle-même par le bras.

- Non ! Je dois y aller ! Elle a besoin de moi ! Je le sais, protesta-t-elle vivement.

Elle a besoin de moi… Je ne veux pas qu'elle soit triste… Je ne veux pas la laisser seule, elle en a déjà trop bavé…

- Octavia ! Il faut que tu apprennes à la laisser se gérer parfois ! Elle a dix-sept ans ! Ce n'est plus une gamine et tu es peut-être comme sa sœur, mais tu n'es pas sa mère. Elle ne voulait pas que tu la suives. Laisses-lui le temps…

Lexa… Pensa tristement Octavia alors qu'elle voyait la brune s'éloigner plus loin sur la plage. Cette pensée n'échappa pas à Clarke qui comprit à ce moment ce qui pouvait unir les deux brunes. Octavia aimait Lexa et Lexa aimait Octavia, pas du même amour qui unissait la cheerleader au footballeur, mais un amour incommensurable, un amour fraternel. Clarke sentit à quel point le coeur d'Octavia souffrait lorsque celui de Lexa subissait le même sort. Soudainement, quelque chose qu'elle n'avait jamais expérimenté se produit. Elle avait fait bien des voyages sur Terre, et pourtant elle n'avait jamais ressentit un tel sentiment : elle se sentait déroutée, inutile, et une boule venait de gagner sa gorge… Clarke était peinée. Peinée de voir Lexa dans un tel état alors qu'à l'accoutumé, un sourire timide et des yeux rieurs illuminaient son visage.

- Toi ! s'exclama Octavia à l'adresse de Costia.

La voix de la cheerleader qui s'était teintée d'une rancoeur acerbe venait de tirer Clarke de ses songes. Elle la vit avancer d'un pas décidé vers l'ex petite-amie de Lexa, et en un rien de temps elle entendit le bruit d'une main s'aplatir violemment contre un visage, et le silence. Costia accusait le coup, massant la brûlure de sa joue comme si elle allait faire disparaître la preuve de sa culpabilité qui venait de lui éclater sur le visage.

- Pas besoin de jeter des trucs dans un bateau en feu pour se sentir plus légère, et ne t'approches plus jamais d'elle, lança Octavia.

La jeune métisse ne répondit pas au geste, elle savait qu'elle méritait son sort. Elle resta là, la main sur sa joue réalisant que lors d'une stupide soirée elle avait tout perdu. Elle vit pour la dernière fois de sa vie le regard de feu d'Octavia Blake la scruter et comme si d'un simple battement de cils elle était capable de l'envoyer en enfer. Elle les regarda s'éloigner dans la nuit noire, leur silhouette s'évadant à la lueur des flammes.

Clarke profita de ce moment pour s'échapper. Lincoln avait bien prévenu Octavia de laisser Lexa seule. Mais la blonde, ne pouvant toujours pas s'immiscer dans ses pensées, ressentait comme un besoin viscéral de savoir dans quel état se trouvait la lycéenne. Cette sensation aussi était nouvelle pour elle. Elle n'avait jamais ressentit un tel besoin. Elle avait pour habitude d'arriver sur Terre, d'entrer dans les pensées de ceux qu'elle croisait et de les pousser à faire ce qu'elle voulait pour leur bien, pour le bien de leur planète, parfois pour celui de leur galaxie et même de leur univers. Elle avait rattrapé Lexa et l'avait suivit durant quelques minutes. Les feux ardents ne ressemblaient plus qu'à de minuscules points fauves brillants dans la nuit que désormais, seule la pleine lune et les étoiles éclairaient. Le bruit des conversations, des rires, et de la musique n'était plus qu'un lointain écho, et un silence de plomb enrobait la plage si bien que lorsqu'elle s'approcha de Lexa à pas de loup, elle pu l'entendre renifler bruyamment et inspirer de grande bouffée d'air pour se calmer. Lexa n'allait vraiment pas bien. Ne sachant de quelle manière elle devait gérer la situation, pendant un instant elle se demanda s'il n'était pas préférable de faire demi-tour d'appeler Octavia à la rescousse. Finalement, elle se ravisa, elle voulait en apprendre plus, comprendre pourquoi Lexa se mettait dans un tel état, comprendre pourquoi son esprit lui résistait autant. Pour la première fois de sa longue vie, elle qui était née avec la science infuse, avait soif de savoir, soif de la connaître elle et de comprendre ces sentiments et ces sensations qui lui étaient parfaitement étrangères.

Hésitant totalement sur la manière dont elle devait s'y prendre, elle réfléchit de longues secondes. Ça aussi elle n'en avait pas l'habitude : son cerveau était tellement performant que les idées lui venaient en temps de Planck. Mais cette fois, elle était totalement perdue face à Lexa, elle ne voulait pas la blesser plus qu'elle ne l'était, elle ne voulait pas la brusquer non plus, ni paraître trop curieuse. Lexa avait besoin de sourire, elle la trouvait vraiment très belle lorsqu'elle souriait, et la faire sourire apparu comme le bon comportement à avoir alors à la manière de Lexa, elle lui dit :

- Tu ne comprends rien à la physique, ni aux mathématiques, l'unité « vitesse de la lumière » n'a pour toi été inventée que pour une série du nom de Stargate, et pourtant… Ce n'est pas la première fois que je te vois le nez en l'air à observer les étoiles…

Lexa rit légèrement et essuya de sa manche les quelques larmes qui glissaient le long de ses joues.

- C'est parce que le spectacle est magnifique…

- C'est vrai qu'il l'est… affirma Clarke qui elle aussi aimait regarder le ciel d'en bas, je peux ?

Lexa acquiesça à la demande et l'invita à s'asseoir à ses côtés.

- Je n'avais jamais vu Hercule sous cet angle…

- Hercule ?

- Là regarde, lui montra Clarke en pointant le ciel du doigt.

- Tu sais, au club astronomie je me contente seulement de trouver la Grande et la petite Ours…

- Montre-moi alors…

Lexa se rapprocha de Clarke sans pour autant la toucher et l'invita à suivre la direction de son doigt alors qu'elle traçait des formes imaginaires vers le ciel.

- Pas mal…

Le silence lourd qui enveloppait la plage quelques instants plutôt s'était désormais fait plus plaisant, plus confortable. Pourtant, Lexa avait décidé de le troubler, d'une manière à laquelle Clarke ne s'attendait pas. Lexa de part son esprit impénétrable et sa timidité ne laissait rien voir d'elle, hormis sa phobie pour la science alors lorsque la lycéenne ouvrit légèrement la bouche et inspira une bouffée de courage, Clarke comprit que ce soir-là elle prenait le rôle de l'oreille attentive.

- C'est mon ours… Je veux dire Octavia est mon ours, même si ça n'a rien avoir avec l'histoire de la constellation, derrière ses airs de reine du bal de promo, elle est mon ours, comme une maman ours… On ne s'aimait pas trop pourtant, elle était déjà une pimbêche et moi j'étais un peu garçon manqué… On se disputait pour savoir quel était le meilleur des jeux, la poupée ou le ballon… Mes parents ne faisaient pas beaucoup attention à moi et un jour Octavia s'est chargé de ça… De me donner de l'affection… Lorsqu'ils sont décédés, même si je ne les voyait que très peu, elle a été là jour et nuit pour me consoler… Lorsque… Costia…prononça-t-elle difficilement, m'a trahi, elle était là pour me consoler jour et nuit et la maudissait de tout les noms… Comme une maman ours… Et pourtant elle à mon âge…

- Elle t'aime tu sais ?

- Je sais, et elle sait que je l'aime. Nous n'avons pas besoin de nous le dire, elle n'attend pas que je lui dise et je n'attends pas qu'elle me le prouve, ces mots ne servent à rien entre nous, et ça nous va…

- C'est vrai qu'elle a l'air d'être une belle personne.

- Elle l'est… Et j'aimerais être aussi forte qu'elle, aussi sûre de moi qu'elle l'est, aussi futée et aussi belle qu'elle.

- Tu l'es. A ta manière, mais tu l'es. C'est certain.

- Je ne pense pas… Si j'étais futée, je me serais rendu compte à quel point Costia était une mauvaise personne.

- Pourquoi a-t-elle fait cela ? Pourquoi t'as t-elle fait ça ? Elle t'aimait non ? demanda Clarke pour qui certains sentiments et certaines actions terriennes n'avait aucun sens.

- Pas assez visiblement… Peut-être que le fait de me transformer en actrice porno contre mon gré allait la rendre riche et célèbre… dit Lexa dans un rire jaune. Peut-être pour la gloire, ou pour sa fierté personnelle, montrer qu'elle allait être la première à me toucher, que je lui appartenais… continua-t-elle plus sérieusement.

- Oh… Je… D'accord, répondit Clarke un peu confuse qui n'avait jamais saisit ce détail concernant Lexa.

Un nouveau silence les enveloppa. Clarke avait trouvé Lexa tellement touchante tout au long de l'histoire qu'elle avait décidé de lui livrer. Touchante ? Oui, elle avait senti une certaine chaleur emplir sa poitrine, un sourire mêlé de joie et de tristesse s'afficher sur son visage et cette irrépressible envie de… la prendre dans ses bras ? Jamais elle ne s'était laissée aller à un tel contact avec un Terrien, ni même avec une autre créature de l'univers, et pourtant ce soir-là elle en mourrait d'envie. Et comme si le corps de Lexa avait pris connaissance de cette pensée secrète, la lycéenne se mit à frissonner alors que l'océan s'était mis à souffler une légère brise marine.

- Viens là, lui souffla Clarke qui n'avait pu réprimer son envie.

Un peu choquée et perturbée par la demande de la blonde qui était à l'accoutumée froide et distante, Lexa, le coeur battant hésita quelques secondes.

- Tu as froid Lexa… Ne sois pas stupide.

- Tu as déjà oublié tes habitudes japonaises ? plaisanta la lycéenne en relevant un sourcil.

- Dis merci à l'Oregon…

Lexa finit par s'approcher de Clarke et se blottit dans ses bras sans pour autant trop s'y laisser aller. Sa peau était aussi chaude que la dernière fois, et alors qu'elle avait trouvé ce fait totalement perturbant lorsqu'elle l'avait touché pour la première fois, ce soir, elle trouvait ce contact plus que réconfortant. Lexa tourna de nouveau son regard émeraude vers le ciel, l'éclat de la lune lui donnait une lueur presque translucide, la couleur de la forêt laissant place à celle de l'opaline. A ce moment, Clarke ne put savoir quel était le plus beau spectacle… Le ciel ou Elle… C'était sûrement Elle, surtout lorsqu'elle regardait le ciel, et qu'à cette vision son coeur battait à la déraison.

Que se passe t-il ? Elle alla jusqu'à se demander si son système si fort et si fragile à la fois ne souffrait pas d'un quelconque dysfonctionnement.

- C'est gigantesque et pourtant ça nous rend tellement proche, murmura la lycéenne toujours aussi fascinée par cette immensité.

Clarke tourna la tête pour se plonger une nouvelle fois dans ses yeux couleur opaline. Elle ne sut pas si elle parlait de l'humanité ou si Lexa parlait d'elles. De la Coelumie et de la Terrienne normalement séparée par quatre millions d'années-lumières. Peu lui importait, elle avait raison à ce moment, l'immensité les rapprochait.

- La couleur de tes yeux… On dirait Coelum… murmura-t-elle sans filtre, une nouvelle fois soufflée par tant de beauté.

Lexa tourna la tête et lui sourit, plongeant son regard dans le sien, repassant de l'opaline à l'émeraude, alors que les yeux de Clarke s'étaient teintés d'un bleu profond, à dix mille lieux de celui qu'elle avait pu observer le jour où elle avait débarqué à Polis.

- Je ne sais pas ce qu'est Coelum… souffla-t-elle tout proche des lèvres de la blonde, se sentant un peu honteuse à cet aveu, mais je vais prendre ça pour un compliment.

- Ça l'est…

Lexa pouvait sentir le regard de Clarke passer incessamment de ses yeux à ses lèvres, faisant s'accélérer les battements de son coeur, les amplifiants à la déraison. Il battait si fort qu'elle pensa que Clarke pouvait les sentir. Ce qu'elle ne perçut pas, c'était que Clarke se trouvait dans le même état qu'elle… Sans cela, et dans un geste qu'elle ne se força pas à retenir, la timide Lexa, celle qui avait quasiment oublié ce qu'était les sentiments, passa sa main sur la joue chaude de la blonde et approcha lentement son visage avant d'effleurer puis de se saisir de ses lèvres.

Clarke ne comprit pas dans l'immédiat ce qui était en train de se passer, se laissant emporter par un maelstrom d'émotion qu'elle n'avait jamais ressentit auparavant. Pour la première fois de sa vie elle avait chaud et pourtant des frissons parcouraient son corps. Son coeur battait à la déraison et marquait d'imperceptible pause. Un pied dans la réalité, un autre dans l'inconscience joyeuse. Cette volonté que le temps s'accélère pour obtenir plus et la volonté que le temps s'arrête et que ce baiser ne se termine jamais. Elle avait envie de sourire et de pleurer de joie, de peur… Son corps se fit soudainement froid, plus dur. Elle ne comprenait pas ce qu'il lui arrivait, elle ne savait pas ce qu'elle était en train de faire. Elle avait peur. Elle n'était jamais tombée. Et Lexa, son esprit impénétrable, ses yeux qui lui rappelaient tant les lacs de Coelum, sa mâchoire comme ciselée dans les pierres volcaniques de sa planète, et ses lèvres aussi douces que la lumière de son Soleil à elle, la faisait plonger dans des méandres inconnus. Inconnu. Trop inconnu pour elle et malgré le bien-être qu'elle ressentait à cet instant, elle préféra y mettre fin, se retirant délicatement pour ne pas blesser Lexa, ni la brusquer. Elle était si belle et si fragile, elle aurait voulu en prendre soin à sa manière, mais elle n'était pas là pour ça, elle avait une mission à accomplir.

- Lexa… chuchota-t-elle les yeux clos et le souffle légèrement haletant.

- Dis moi…

- Je pense que tu es bouleversée par le retour de Costia, et qu'au fond de toi, tu ne désirais pas ce qui vient de se passer… lui répondit-elle en repassant délicatement une mèche de ses cheveux bruns derrière son oreille.

Surprise et déçue par la réponse de Clarke, Lexa se défit de son étreinte. Elle venait de se prendre une nouvelle gifle. Elle n'était pas amoureuse de la blonde, mais elle ne pouvait plus nier qu'elle ne lui plaisait pas, et que son chaud-froid incessant l'intriguait. Pourtant, et avec toute la distance émotionnelle qu'elle avait prit à mettre entre elle et les autres, elle ne lui montra à aucun moment à quel point la désillusion l'avait gagné.

- Oui, tu as raison… Je ne sais pas ce qui m'a pris… Je suis désolée.

D'un sourire entendu, elles se relevèrent et rejoignirent les autres, alors qu'au loin, Octavia les observait.


Jackson observait le cerveau des agents Coelumis envoyé sur Terre. C'était son travail de veiller sur eux, et de s'assurer qu'il ne leur arrivait rien, qu'il ne manquait de rien. Alors lorsque l'une des zones cérébrales presque inconnue de l'agent S matricule 2038 s'activa, teintant l'image projetée de couleur rouge, Jackson fronça les sourcils d'incompréhension.

- Maître, appela-t-il une pointe d'inquiétude dans la voix.

- Oui Jackson ?

- Il se passe des choses étranges avec le cerveau de l'agent S matricule 2038.

- Klark ?

Il chercha rapidement dans la base de données qui retransmit une image de la jeune femme.

- Exactement.

- Dites moi, dit-il soudainement concerné.

- Venez voir, regardez. Depuis qu'elle est arrivée sur Terre, une zone de son cerveau qui doit pourtant rester inactive ne cesse de… s'activer.

- Laquelle ?

- Une partie de son cerveau reptilien, regardez les tâches. Et ce soir, enfin ce soir sur Terre, cette zone s'est mise à briller un peu plus.

Le maître avala difficilement sa salive et reprit, mal à l'aise :

- Je vois… Tenez-moi immédiatement au courant la prochaine fois que ça arrive.

Thélonius quitta la salle de contrôle, inquiet. Il savait parfaitement ce qui était en train de se passer, il était leur créateur, comme lui-même avait été créé. Crée sans émotion pouvant entraver chacune de leur mission. La peine, la compassion, la peur, l'amour, le plaisir leur étaient inconnus : cette zone de leur cerveau était désactivée dès les premières secondes de leur conception, laissant une plus grande place à leur prouesses scientifiques et psychiques. C'étaient bien les seules choses dont ils avaient besoin pour mener à bien leur mission.

- Klark… souffla-t-il à lui-même alors que son regard était désormais fixé sur le grand panneau de verre le séparant de l'espace, tu es la meilleure des agents… Ressaisis-toi ma belle, les Terriens n'en valent pas la peine…


Hello tout le monde !

Alors ? Oo Ce premier baiser ? Et Clarke qui découvre la vie ahah...

Dans le prochain chapitre : le retour du froid glacial et une question mythologique ^^

Bonne semaine à vous :)