Suggestions musicales pour le chapitre.

The Offspring – You're gonna so far kid (Octavia)

Cigarette after sex – Each time you fall in love (Clarke & Lexa)


Il était quasiment onze heures du matin lorsque Octavia pénétra dans la maison de Lexa, deux cafés à emporter de l'Ark dans la main droite et un sachet de cookie dans l'autre. Elle claqua la porte du pied, posa le petit-déjeuner sur la table de la cuisine, et monta les escaliers de bois menant à la chambre de Lexa, sans se préoccuper de leur grincement presque strident. Sans délicatesse, elle ouvrit la porte de chambre de son amie, se rua sur la fenêtre, en ouvrit les volets, et retira sa couette découvrant son corps encore endormie et chassant le chat qui s'y trouvait au pied. La brune se frotta les yeux, râla contre l'agression de la lumière, tenta de se recouvrir… En vain. Octavia était plus que déterminée à recevoir quelques explications quant à la soirée de l'avant-veille, et surtout que Lexa lui confirme ce qu'elle avait crut voir.

Quant à Lexa, elle savait parfaitement pourquoi Octavia lui rendait visite de si bon matin. Oui, pour la Woods, onze heures équivalaient à six heures du matin en unité de temps week-end. Elle la maudissait d'avance pour l'interrogatoire qu'elle allait subir et se maudissait elle-même de lui avoir donner le double des clefs presque dix ans plus tôt.

- O… C'est trop tôt… gémit-elle alors que la cheerleader tirait une nouvelle fois sur sa couette.

- Debout.

- Nooon… pleurnicha-t-elle.

- Arrête de geindre.

- Je ne veux pas…

- Dépêche-toi ou j'ouvre la fenêtre.

- Hmf… Laisse-moi… Grogna la brune en se protégeant les yeux à l'aide de son bras.

- Arrête de faire l'enfant.

- Je n'ai que dix-sept ans… ronchonna la lycéenne.

- Lexa.

- Octavia…

- Je t'ai laissé toute la journée d'hier pour digérer ce que j'ai cru voir, alors maintenant ça suffit.

- Je ne vois pas de quoi tu parles… marmonna Lexa, la tête enfouie dans son oreiller.

- Tu sais très bien de quoi je parle.

- Tu vois mal de loin… Je te rappelle que t'es myope O'…

- Peut-être mais mes yeux fonctionnent encore assez bien pour distinguer une blonde au bonnet C te prendre dans ses bras, et bien plus encore.

Lexa abandonna. De toute manière Octavia ne lâcherait jamais l'affaire, elle le savait, elle avait toujours été comme ça. Alors, d'un mouvement lent, elle se leva en soufflant, enfila un sweat du Polis High School par-dessus son débardeur et sortit nonchalamment de son lit, en passant devant la capitaine des cheerleader qui affichait un air plus que satisfait.

- Désolée pour le réveil Monsieur Badger, s'excusa Octavia auprès du chat avant de suivre sa maîtresse qui descendait déjà les escaliers.

Arrivée dans la cuisine Lexa se saisit de son café, un éternel Machiatto nappé de caramel et de chantilly. Octavia prit le sien, et s'assit sur le plan de travail de la cuisine, attendant que Lexa daigne ouvrir la bouche.

- Tu devrais faire attention à Badger, il devient de plus en plus gros et il ressemble bien plus à un blaireau qu'à un chat, finit-elle par dire face au silence de Lexa qui s'amusait à émietter son cookie, le regard dans le vide et la tête entre ses bras.

- J'imagine que tu n'es pas venue pour me parler du poids de mon chat.

- Je me soucie du poids de ce bon gros Badger, mais c'est vrai que d'autres choses m'intéressent bien plus…

- Comme ?

- Pourquoi tu joues tout le temps à ça Lex' ?

- À quoi ?

- À ça précisément !

- Parce qu'il n'y a rien à dire !

- Tu rigoles ?! Je vous ai vu vous embrasser !

- Alors pourquoi toi tu joues à me réveiller à onze heures du matin pour me demander ce que tu sais déjà ?!

- Parce que je veux, non, j'ai besoin des détails, corrigea-t-elle automatiquement.

- Pfff… soupira Lexa en allant jeter son gobelet avant de se rasseoir à sa place.

- Alors ?

- Rien…

- Rien ? Comment ça rien ? Tu peux faire des phrases ? lui demanda Octavia en roulant des yeux.

- Il n'y a rien eu d'autre… On s'est embrassé puis voilà ! Elle m'a dit que je faisais sûrement une erreur parce que j'étais trop bouleversé par le retour de Costia blablabla…

- Et qu'est-ce que tu lui as répondu ?

- Qu'elle avait sûrement raison et que j'étais désolée, répondit Lexa en haussant les épaules.

Octavia, pleine de dépit, ne put se retenir de se taper vivement la tête à l'aide de la paume de sa main.

- C'est pas vrai… Tu n'es pas une plaie Woods en terme de drague, tu es un véritable fléau.

- Je me suis pris le vent, la tornade du siècle, Katrina mélangée à Harvey en pleine tête ! Que voulais-tu que je réponde ?!

- Que tu ne faisais pas une erreur ! Dis-moi si je me trompe mais tu ne faisais pas une erreur ?

- Nooooon, geignit-elle en cachant son visage dans ses mains.

- Alors quoi ?!

- Je ne sais pas, elle m'a parlé d'un truc, je ne sais plus… Coel… Peu importe, elle a dit que mes yeux y ressemblaient que c'était un compliment et puis je l'ai embrassé, c'était bien, elle ne s'est pas retiré tout de suite, puis je ne sais pas… Elle m'a dit ça… Et moi j'ai flippé… J'ai senti le grain de sable qui me sert d'égo que j'ai s'effriter encore plus…

- Ouais c'est bizarre…

- Oui…

- Lex ?

- Hum ?

- Ça t'atteint vraiment ? Je veux dire, elle te plaît ?

- À qui elle ne plaît pas ?

- J'avoue que même si ce n'est pas ma came…

- Ferme tes yeux O ! la prévint Lexa.

- Okay, elle te plaît vraiment… C'est quoi le plan ?

- Me morfondre devant un dessin animé, puis oublier avec de la glace, je peux partager si tu veux.

Octavia leva les yeux au ciel de dépit, Lexa était une vraie dramaqueen…

- Pour qu'elle te trouve pathétique ?

- Je suis déjà pathétique…

- Arrête de te plaindre bébé… Tu as cours avec elle lundi ?

- Oui mais je ne veux paaaas...

- Tu vas pas rester cacher jusqu'à la fin de l'année.

- Pourquoi pas ?! C'est l'idée du siècle O' ! s'exclama Lexa sur un ton soudainement plus enjoué.

- Stop. Tu vas aller à ton cours avec Sexy Blondie, et tu vas la jouer cool et détachée. Je t'ai dit, je sens des bonnes ondes entre vous, surtout si elle ne s'est pas retirée et qu'elle t'as fait des compliments.

- Humf… pleurnicha Lexa, dépitée.

- Ressaisis-toi ma vieille, Costia est en ville, il faut que tu lui montres que tout va bien pour toi…

- Si tu le dis…


Octavia et Lexa débarquèrent au lycée à neuf heures du matin pour leur premier cours de la journée. Lexa, sachant qu'elle allait devoir confronter Clarke au sujet de leur baiser se sentit soudainement fébrile avant de descendre de la Rover de la Blake.

- Je ne peux pas y aller…

Octavia leva les yeux au ciel face aux pleurnicheries de Lexa et se pencha sur elle pour ouvrir la portière passager.

- Bouges tes fesses de ma caisse.

- O… Tu ne peux pas me faire ça ! Regardes ! J'hyperventile tellement que je suis mal ! S'exclama la lycéenne en saisissant un petit sac en papier avant de souffler dedans.

La cheerleader soupira bruyamment comme déjà blasée de la journée qu'elle s'apprêtait à vivre aux côtés de sa fidèle acolyte Lexa Woods, puis elle sourit. Elle se rendit compte que chaque jour au côté de Lexa était une aventure, une belle aventure, pleine de rire, de sarcasme et de rebondissement. Elle reconnaissait que leur duo était à première vue mal assortie : elle la cheerleader populaire, riche et belle, et Lexa la solitaire nonchalante, détestée des professeurs, mais Lexa avait ce je ne sais quoi qui la rendait attrayante. Elle était son anti-héroïne par excellence : peureuse, gaffeuse, flegmatique, sans grandes ambitions, et pourtant elle la trouvait belle, dévouée, attendrissante, et drôle. Sauf à cet instant. À cet instant elle était emmerdante avec son sac en papier dans les mains. Octavia perdit immédiatement son sourire attendrit et sortit de la voiture pour en tirer Lexa à son tour. Elle se saisit du papier, le jeta dans la voiture, claqua la portière avec force et lui dit :

- Tu vas survivre à cette journée soldat Woods.

- Tu as beaucoup trop foi en mes capacités, à cet instant j'ai juste envie de me décomposer, devenir une matière visqueuse et disparaître en passant par cette bouche d'égout…

Octavia allait la malmener verbalement une nouvelle fois lorsque son regard se porta plus loin dans le dos de son amie. Elle y vit Clarke, cheveux au vent, son teint de porcelaine et sa silhouette à se damner avancer d'un pas rapide en leur direction. À cette vision, la moue de colère de la cheerleader laissa soudainement place à un sourire crispée.

Je suis sûre qu'elle a les seins refaits…

- Elle est là, l'avertit-elle entre ses dents.

- La bouche d'égout ? Ouais je sais… J'y vais de ce pas d'ailleurs.

- Non ! Cl… souffla-t-elle sans avoir le temps de finir.

- Hey !

À ce simple salut, Lexa se figea et devint livide. Elle sentit les battements de son coeur s'accélérer alors qu'une goutte de sueur froide dévalait sa tempe. Ses yeux qui s'était fait soudainement rond semblaient appeler Octavia à l'aide, alors que la Blake avait l'air de prendre un malin plaisir à sourire de son état.

- Hey Clarke ! Mal-meneuse de coeur !

En entendant la pensée d'Octavia, Clarke se dit qu'elle aurait dû prévoir cette réaction. Octavia, un sourire faux accroché aux lèvres s'était tout de même efforcée de rester amicale et polie, c'était une maman Ours bonne comédienne.

- Ça t'a plu vendredi soir ? reprit Octavia un sourire un peu hypocrite aux lèvres. Je parle de la séance bécotage avec ma meilleure amie que tu as lâchement abandonné, et pas du burning boat, tout le monde s'en fout du burning boat.

C'était une maman Ours sacrément tenace.

- C'était parfait, se contenta de répondre Clarke dans un sourire tout aussi faux.

Elle se fout vraiment de moi…

- Bien ! Je vais vous laisser, je viens de voir Lincoln arriver, on se retrouve en classe !

Les yeux de Lexa se firent encore plus rond qu'il ne l'était, tout comme son teint mat qui s'était soudainement fait blafard. Elle mima discrètement quelques « non » mais Octavia n'en fit qu'à sa tête, lui adressa un petit signe de la main et s'en alla.

Débrouille-toi, je sais que tu vas gérer.

Si Octavia pensait au baiser qu'elles avaient échangé, Clarke en était tout aussi mal à l'aise et préféra jouer la carte de l'oubli et de l'indifférence.

- Tout va bien ?

- Oui pourquoi ? répondit Lexa sur le même ton, tentant de dissimuler sa gêne.

- Tu es vraiment pâle…

- J'ai dû prendre froid au Burning Boat.

À cet instant, Lexa aurait vraiment aimé que Clarke se saisisse de la perche qu'elle venait de lui tendre et aborde d'elle même le sujet. Mais la blonde n'en fit rien, et l'invita d'un signe de tête à avancer pour leurs cours de la matinée. La journée allait être longue… Très longue.


La journée se déroula comme Lexa l'avait prévue : pleine de tension, sans un regard de Clarke qui s'évertuait à se murer dans un silence profond, et empli des remarque d'Octavia pour qu'elle daigne mettre le sujet sur la table.

Éreintée par ce trop-plein d'émotion et par le travail d'équilibriste qu'elle avait effectué toute la journée afin de déjouer toutes les insinuations graveleuses d'Octavia, s'est presque somnolente et la tête reposant dans ses bras que Clarke retrouva Lexa le soir. La vision de la brune avachie sur la table et attendant patiemment son cours particulier l'attendrit. Si bien que, c'est d'une main bienveillante qu'elle lui pressa l'épaule pour la réveiller sans la brusquer. Elle n'imaginait pas à quel point son coeur s'emballerait à ce contact, emplissant sa poitrine d'une chaleur qu'elle avait de plus en plus de mal à maîtriser, surtout lorsqu'elle croisait le regard émeraude quelque peu endormie de Lexa. Elle devait absolument mettre fin à cela.

- Excuse-moi… Je me suis assoupie, expliqua la brune d'une petite voix.

- J'ai cru comprendre… On peut reporter si tu es trop fatiguée.

- Non ! s'exclama Lexa.

Même si la gêne du vendredi soir ne l'avait pas quitté, elle avait rapidement compris qu'il fallait qu'elle lutte contre sa timidité et qu'elle aborde le fameux sujet. Et puis même… Elle n'avait aucune envie de reporter ce cours, elle adorait voir Clarke lui raconter des histoires, lui expliquer les choses les plus compliquées du monde avec toute la bienveillance de l'univers, lui sourire comme elle ne le faisait rien qu'avec elle…

- Je veux dire… Ça va aller, je vais tenir le coup, se reprit-elle en employant un ton plus calme.

Le cours commença et Lexa remarqua que Clarke y mettait moins d'entrain que lors des fois précédentes, se contentant de lui donner des exercices à résoudre, d'acquiescer ou d'objecter selon les réponses qu'elle lui donnait. La lycéenne pensa que quelque chose était désormais rompue entre elles, du moins s'il y avait déjà quelque chose, pensa Lexa sans que ses songes n'atteignent le cerveau de Clarke. Elle se consola en se disant qu'Octavia avait sûrement tord quant à ses « bonnes ondes » qu'elle avait ressentie entre elle et que de toute manière Clarke était trop bien pour elle.

- On va passer à l'observation des molécules au microscope.

Sans un mot, Lexa se dirigea près des instruments et s'installa sur la chaise haute tandis que Clarke glissait une plaquette sous les lentilles grossissantes.

- Que vois-tu ?

- Une molécule d'eau.

- Et là ?

- De l'hydrogène, de l'oxygène et du carbone.

- Combien de chaque ?

- J'en sais rien, c'est juste un foutu grain de sucre, répondit Lexa légèrement agacée par l'attitude presque glaciale de la blonde.

- On va passer à d'autres observations.

Clarke plaça une nouvelle plaquette et s'éloigna légèrement. Depuis le début du cours, elle réprimait cette folle envie de l'embrasser, ou même de seulement l'approcher. Elle était restée froide et distante espérant que ce phénomène nouveau passerait.

- Je ne vois rien, se plaignit Lexa.

Clarke approcha de nouveau et dans un geste qu'elle ne contint pas, elle posa sa main dans le dos de la brune. Son corps dur et froid se détendit légèrement à ce contact comme cela avait été le cas quelques minutes plus tôt. Comment arrive-t-elle à faire ça, se demanda la blondeElle déglutit, tentant de ne pas faire cas de ce qui était en train de se passer et s'approcha de la lunette du microscope, une main toujours dans le dos de Lexa, comme un ancrage dans le bien-être qu'elle éprouvait. Lexa l'observait de manière curieuse. Elle avait été si distante durant tout le cours et la voilà qui la touchait sans que cela ne la gêne. Clarke, et surtout ses chauds-froids incessants allaient la rendre folle. Alors que son visage se trouvait tout près du sien, si près que Clarke pouvait sentir son souffle mentholé contre sa peau, elle se saisit de son regard azur. Et comme elle l'avait pressentit, elle y vit le même phénomène qu'elle avait pu observer trois jours auparavant : les yeux de la blonde s'étaient teintés d'un bleu profond tournoyant calmement, de la même manière que l'écume des vagues bleues, qui venaient s'échouer sur la plage de Polis. L'instant semblait suspendu et la tension presque palpable. Le souffle court, Lexa pensa qu'elle ne pouvait pas continuer comme cela. Se rappelant des leçons de drague d'Octavia, rassemblant tout son courage et les quelques miettes d'égo qui lui restait, c'est le coeur battant jusque dans ses tempes qu'elle trouva le culot de lui dire dans un souffle :

- Je sais que tu as envie de m'embrasser.

À cette révélation, Clarke resta interdite. L'embrasser ? Comme la dernière fois ? Elle en mourrait d'envie. Les sensations que cette expérience lui avait procurées l'avaient rendue addict dès lors que Lexa avait posé ses lèvres sur les siennes. On l'avait embrassé plusieurs fois durant sa longue vie, et elle avait fait de même pour le bien de ses diverses missions, pourtant elle n'avait jamais rien ressentie. Elle avaient toujours considéré ses baisers comme de simple outils à convaincre, jamais elle n'avait ressentie le besoin viscéral de recommencer. Mais le baiser que lui avait donné Lexa avait été bien différent de tous les autres, et ce proche souvenir lui déclencha de nouveaux frissons.

- Tes yeux ne mentent pas Clarke, j'y ai vu la même lueur l'autre soir, sur la plage.

À cette affirmation, elle resta toute aussi muette. Lexa avait vu le doux tourbillon qui avait empli ses iris, preuves d'un maelstrom de sentiments inconnus et pourtant tellement doux et plaisants. Mais elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait pas ressentir de telles choses, elle n'avait pas été créee pour cela. Elle était l'agent S matricule 2038, et elle avait une mission que rien ne devait perturber. Perdue, elle tenta de se ressaisir en posant ses doigts sur la pierre verte aux reflets bleus qui pendait à son bracelet : une grandidiérite que tous les agents Coelumis portaient pour se souvenir de leur créateur et de leur tâche à accomplir. Elle était la meilleure et elle était surtout la fierté de Thélonius. Alors, comme si son maître et créateur avait réussi à infiltrer ses pensées, elle se recula lentement, et désamorça la bombe qui se tenait prête à exploser dans son coeur.

- Il me semblait que nous avions dit que c'était une erreur, dit-elle d'un ton froid.

- Une agréable erreur que tu as envie de réitérer.

Lexa n'allait pas lui rendre la tâche facile. La douce et timide lycéenne qu'elle avait rencontrée une semaine plutôt s'avérait être pleine d'aplomb.

- Je me trompe ? la questionna Lexa, les yeux dans les yeux.

Tu ne te trompes absolument pas… Prise entre son envie irrésistible et son devoir Klark ne savait plus quoi répondre. Elle devait écarter Lexa, mais se refusait à la blesser. Pourtant, elle se devait d'être ferme pour ne plus être tentée, pour ne pas tomber.

- Je pense toujours que le retour de Costia t'a bouleversé et que tu fais un transfert sur moi parce que tu as peur de ce qu'elle pourrait te faire à nouveau et pourtant tu as toujours envie d'être avec elle.

- C'est totalement faux. Je n'ai absolument pas envie d'être avec la personne qui m'a fait le plus de mal dans ma vie. Clarke… Tu me… fit-elle en s'approchant de nouveau de la Coelumie

- Le cours est terminé Lexa, la coupa soudainement la blonde, dorénavant, tu ne seras plus seule pendant nos cours, Raven a demandé à ce que je l'aide pour quelques travaux.

Elle ne voulait pas entendre plus d'explication, elle ne voulait pas que Lexa s'approche une nouvelle fois d'elle. Elle voulait la tenir la plus éloignée possible. Elle sortit de la salle sans se retourner, elle sentit son corps redevenir froid, et son coeur s'apaiser… Pourtant, une douleur aiguë venait de le gagner. Elle passa la main sur sa poitrine pour y déceler une quelconque gêne, mais elle n'y trouva rien. Sa gorge se fit plus serrée, l'empêchant de respirer avec aise, elle sentit ses yeux s'emplir d'un liquide qui gêna sa vision. Elle ferma les yeux pour le chasser et sentit une goutte d'eau glisser le long de sa joue. Elle avait déjà vu cet étrange phénomène sur beaucoup de Terriens et elle ne comprenait pas pourquoi elle en était victime à son tour. Lexa. La lycéenne lui avait-elle fait cela ? Elle n'en savait rien. Elle continua de déambuler dans le couloir vide et y croisa Raven un grand sourire aux lèvres. La petite hispanique s'approcha et son sourire disparu soudainement lorsqu'elle vit les yeux légèrement rougie de la blonde.

- Clarke ?

- Oui ? répondit la blonde avec difficulté, sa gorge encore nouée.

- Tout va bien ?

- Parfaitement, affirma-t-elle pourtant sans sourire.

- Tu pleures…

Raven s'approcha jusqu'à se tenir tout près d'elle et lui tendit un mouchoir. Heureusement pour elle, elle avait vu les Terriens s'en servir plus d'une fois. Sans grande conviction, elle épongea ses larmes sous le regard intrigué de Raven, qui se demandait ce qui pouvait bien la mettre dans cet état.

- Alors… Pourquoi es-tu triste ? demanda la petite geek d'un ton précautionneux.

- Triste ?

- Tu as une tête affreuse et tu n'as pas l'air de pleurer de joie… Donc tu es triste.

- Je ne sais pas pourquoi je suis… Triste.

Pour la première fois en trois mille ans d'existence, elle comprit ce que pouvait ressentir des millions de Terriens lorsqu'ils étaient… tristes.


Clarke, bouleversée par ce qui s'était passée dans la salle de classe, s'était réfugiée à son endroit d'arrivée. Elle se tenait en tailleur au milieu de cet immense cercle que la porte de téléportation avait dessinée. De là, elle n'était visible pour personne : les plants de maïs tous plus hauts les uns que les autres la protégeait du regard des curieux, et même Billy n'osait plus se rendre dans le champ. Les yeux clos et ne cessant de passer ses doigts sur sa grandidiérite, elle se concentra pour entrer en contact avec Thélonius.

- Klark… souffla-t-il.

- Thélonius.

- Fais-moi un rapport sur l'avancée de ta mission.

- J'ai passé au crible un sixième de la population de la région qui m'a été assignée, j'y ai trouvé quatroze élus de la liste.

- Bien. Néanmoins, j'aimerais te parler de quelque chose…

- Dis-moi.

- Tes scans neurologiques montre quelques anormalités, tout va bien ?

La pierre les reliait. Elle les reliait tous entre eux, accentuant le lien avec leur créateur. Grâce à elle et grâce à une technologie dont elle ne connaissait pas le secret, il pouvait analyser leur cerveau en temps réel : elle ne pouvait rien lui cacher, à moins que…

- Tout va bien, assura-t-elle.

Rien n'allait bien depuis qu'elle avait rencontré Lexa. Elle sentait que beaucoup de choses la dépassaient, que son corps et son cerveau ne lui obéissaient plus aussi bien que ces trois mille dernières années, lui faisant connaître des sensations qu'elle n'avait jamais expérimentée et qu'elle désirait plus que tout vivre encore et encore.

- Tu sais Klark, commença Thélonius d'un air grave, tu as été en Grèce ?

- Oui.

- As-tu entendu parler de Pandore ?

- Oui.

- Raconte-moi, lui ordonna son maître d'un ton doux mais assuré.

- Dans un temps lointain, les hommes qui vivaient sur Terre ne connaissaient ni la souffrance, ni les maladies, ni le travail pénible, commença Clarke, docile.

- Continues.

- Zeus demanda à Héphaïstos de créer Pandore : il voulait se venger des hommes pour le vol du feu. Pandore fut fabriquée dans de l'argile et de l'eau, chacun des dieux lui donna des qualité et des défaut, dont Hermes qui lui donna la curiosité et l'impudence. Zeus offrit la main de Pandore à Epiméthée, le frère de Prométhée qui lui avait volé le feu. Pandore apporta en cadeau une boîte que Zeus lui avait interdit d'ouvrir. Celle-ci contenait tous les maux de l'humanité : vieillesse, maladie, guerre, famine, misère, folie, mort, vice, tromperie, passion, orgueil et espérance… Epiméthée accepta le cadeau de Zeus alors qu'il avait juré à son frère de ne jamais rien recevoir du Dieu. Pandore céda par la suite à sa curiosité et ouvrit la boîte libérant tous les maux qu'elle contenait. Consciente de sa bêtise, Pandore referma la boite, emprisonnant l'espérance…

- Bien… C'est une belle histoire n'est-ce pas ?

- C'est une triste histoire…

- Bien connue des Terriens. Sais-tu pourquoi ce mythe ne nous atteint pas ?

- Non.

- Parce que nous sommes curieux, beaucoup de choses nous intriguent… Mais nous restons raisonnables. Pandore a libéré la passion. Sais-tu ce qui découle de la passion ?

Clarke ne répondit pas, elle comprenait désormais pourquoi Thélonius lui avait demandé de narrer le mythe de Pandore. La gorge serrée par ce qu'elle s'apprêtait à entendre, elle préféra se taire et le laissa reprendre la parole.

- De la passion découle la joie, l'amour, la luxure, la colère, la tristesse, la peur, le désespoir, l'orgueil, la jalousie. Ce sont des émotions Klark, dont nous, les Coelumis sommes préservés pour accomplir à bien nos missions et trouver le repos éternel.

- Est-ce que certains Coelumis ont déjà ressentit ce genre de chose ?

- Oui.

- Que leur est-il arrivé ?

- Certains ont résisté, d'autres non. Les moins raisonnables n'ont pas pu achever entièrement leur mission, ils ont abandonné leur objectivité et échoué. Aujourd'hui ils errent dans l'espace ou sur Terre, privés du repos éternel.

Klark déglutit à la nouvelle. Privée d'un repos éternel ? Alors que Thélonius lui avait promis que c'était sa dernière mission sur Terre ?

- Comment y résister Thélonius ?

- N'ouvre pas la boîte de Pandore, tiens en toi éloignée Klark.

Sur ces derniers mots aux allures quelque peu mystérieuses, la voix de Thélonius se tût. Clarke ouvrit les yeux et se reconnecta avec la Terre. Le sort réservé à ceux qui avaient succombé lui faisait froid dans le dos. Elle avait tellement œuvré pour son repos qu'elle ne pouvait pas tout gâcher maintenant. Soudain, une question lui traversa l'esprit…

Elle avait bien compris que Lexa était à l'origine de beaucoup de ces nouvelles sensations et émotions qu'elle expérimentait, mais, Lexa était-elle sa boite de Pandore, ou la lycéenne était-elle seulement Pandore ?


Hello tout le monde :D

Alors ? Un pas en avant pour deux pas en arrière ?
Lexa boîte de Pandore ou Pandore tout court ?
Thélonius is the new relou ?

Prochain chapitre: une soirée d'Halloween au Polis High School.

Bonne semaine à tous :D