Suggestions musicales pour le chapitre:
Patrick Watson – The Great Escape.
Lexa avait passé la journée du 25 décembre à ruminer les événements de la veille. Des flashs du Réveillon assaillaient sans cesse ses pensées, la faisant sourire béatement. Clarke était vivante. Elle l'avait sentie. Elle l'avait vu. Elle l'avait entendu. Elle l'avait presque touché. Elle se sentait revivre. Elle n'était pas folle et Clarke était revenue.
Cette soudaine bonne humeur n'avait pas échappé à Octavia. En pyjama sur le canapé, un chocolat chaud au marshmallow entre les mains, la Blake ne cessait de l'observer sourire, ravie de retrouver un peu de joie de vivre chez son amie.
- Tu as l'air de bonne humeur ce matin…
- Je le suis, répondit Lexa en souriant finement.
- Qu'est-ce qui te rend heureuse ?
- De passer la plus belle journée de Noël depuis longtemps, avoua Lexa.
- Vrai ?
- Vrai, et je suis désolée pour ces dernières semaines… lui assura-t-elle avant de la prendre dans ses bras.
Aujourd'hui, elle avait tout. Et même si ces dernières semaines avec Octavia n'avaient pas été de toute gaieté, elle reconnaissait que sa sœur de coeur ne l'avait jamais laissé tomber, et lui pardonnait presque tout ce qu'elle avait pu dire sur Bill. Elle savait qu'Octavia ne le pensait pas vraiment, mais que la simple idée qu'il ait pu lui pointer une arme dessus la mettait en rage. Elle la protégeait. Toujours. Par n'importe quel moyen. Oui, aujourd'hui, elle avait tout, des amis, une sœur, une famille de substitution et Clarke était de retour en ville.
- C'est toi et moi bébé, toujours, lui répondit Octavia en resserrant son étreinte.
Lexa avait beau avoir repris du poil de la bête, elle avait émis le souhait de rester seule le lendemain, pour se reposer. Octavia, heureuse d'avoir retrouvé sa meilleure amie et son sourire, ne lui en avait pas tenu compte. Elle était seulement passée le soir, elles avaient regardé un film et Octavia était rentrée chez elle.
Ce matin-là, Lexa s'était levée aux aurores, avant même que les premiers rayons du soleil n'illuminent le ciel de Polis. Le ciel qui était encore sombre et nuageux jusqu'à tard durant cette période hivernale, dissimulerait sa silhouette alors qu'elle se rendrait une nouvelle fois à la ferme des Dursley, là où tout avait commencé, là où sa vie avait été bouleversée un soir de septembre. Il ne lui fallut qu'une vingtaine de minutes pour l'atteindre. Elle avait fini par connaître le chemin à force de s'y rendre. Comme à son habitude, elle enjamba la barrière de bois blanc, mis les deux pieds dans la boue, râla, se tapa le pied contre l'un des outils abandonné, passa devant le silo, pénétra dans le champ et avança jusqu'à tomber sur l'immense et parfait cercle de plants brûlés. Lexa ferma les yeux et une légère brise lui caressa le visage. Elle attendit comme cela peut-être trois à cinq minutes, s'enivrant juste de l'odeur des épis mouillés et du chant des premiers oiseaux, lorsque ce qu'elle attendait arriva. Et elle sourit. Elle sourit lorsqu'elle entendit le craquement des feuilles sèches et de la neige sous de léger pas. Clarke était là, mais elle n'allait pas lui donner la satisfaction de lui sauter dans les bras, elle gardait dans un coin de sa tête qu'un soir où elle avait le plus besoin d'elle, elle l'avait abandonné sur le parvis du lycée.
Clarke, bien qu'elle ne pouvait toujours pas entendre les pensées de Lexa, sentit le corps de la jeune fille se tendre. Elle ne pouvait pas lui en vouloir, elles avaient partagé un baiser désespéré et elle avait disparu sans lui donner de nouvelle pendant presque deux mois. Respectueusement, elle ne s'avança pas. Elle resta là, dans son dos, attendant que la lycéenne se décide à faire le premier pas, ce qu'elle ne tarda pas à faire.
- J'ai d'abord pensé que tu étais Dieu… commença Lexa d'un ton serein sans pour autant la regarder, puis je me suis dit que si j'affirmais que Dieu était une femme, on allait m'enfermer dans un asile, ou une guerre allait éclater, c'était une super mauvaise idée… Puis j'ai pensé que tu étais la version féminine d'Edward Cullen, sûrement à cause de tes chauds-froids incessants… Tu connais ? L'interrogea-t-elle en se tournant vers elle.
Clarke sans ouvrir la bouche et d'un simple signe de la tête lui fit comprendre qu'elle ne savait absolument pas de qui elle parlait.
- Non ? Tant pis… C'était mielleux à mourir, ma mère adorait ce mec… reprit Lexa. J'ai aussi pensé que t'étais Wonder Woman ou que tu étais une voyageuse du temps, type Marty McFly, ou Doctor Who, c'est un truc super vieux, tu dois pas connaître non plus… Puis je me suis dit que tu étais une tarée qui prenait plaisir à me torturer psychologiquement d'un simple regard… Et finalement j'ai pensé que c'était moi qui étais complètement tarée à penser tout ça de toi… Je crois que mes amis voulaient même que je consulte, ils croyaient que j'étais folle… N'empêche que malgré tout ça, j'ai toujours su que tu n'étais pas morte le soir de la fusillade, et qu'au final je ne sais toujours pas qui tu es… Je sais juste que tu ne viens pas d'ici Clarke.
À aucun moment la Coelumie ne l'avait interrompu. Elle savait qu'en revenant à Polis, elle ne pourrait s'empêcher de voir Lexa, c'était un besoin pour elle, et que celle-ci n'hésiterait pas à la confronter pour son silence, et aujourd'hui, elle lui devait bien la vérité. Qu'est-ce que cela pouvait bien changer de toute manière, si elle menait à bien sa mission ?
- Tu n'es pas folle Lexa.
- Ravie de l'entendre de ta bouche…
Les choses n'allaient pas être aisées pour Clarke qui semblait avoir perdu la confiance de la brune. Elle fit un pas de plus vers elle, et plongea son regard dans le sien, peut-être que si elle retentait, elle l'amadouerait…
- Pas avec moi Clarke… Tes yeux me parlent mais ils ne me contrôlent pas…
Elle avait été stupide d'essayer une nouvelle fois… L'esprit de Lexa lui restait entièrement fermé et elle n'avait pas le droit de lui infliger cette violence. Alors, n'écoutant que son coeur qui n'avait cessé de tambouriner aussi fort que cela était permis, elle combla le vide qui se trouvait entre elle et lui saisit délicatement la main. Cette main qui épousait parfaitement la sienne, comme si elle avait été créé pour elle. Lexa frissonna au contact de cette main toujours plus chaude que la normale et se laissa aller à l'étreinte, à quoi bon lutter…
- Je suis désolée de t'avoir abandonné ce soir-là… Il le fallait… murmura Clarke fixant ses doigts se mêler à ceux de la brune.
Lexa déglutit en se remémorant ce souvenir. Les tirs, les flammes, ce dernier baiser, Clarke qui part…
- Pourquoi ? demanda-t-elle la gorge un peu serrée.
- Suis-moi.
Sans aucune hésitation, Lexa resserra un peu plus ses doigts sur ceux de Clarke et la suivit en silence. La blonde la mena près de la petite rivière qui bordait Polis. Elles la longèrent quelques minutes jusqu'à arriver sur la grande plage déserte. Le soleil allait bientôt se lever, ses rayons commençaient tout juste à percer à travers les nuages, teintant le ciel de rose et d'oranger. Clarke invita délicatement Lexa à s'asseoir pour profiter de ce paisible panorama en espérant qu'elle comprendrait ce qu'elle s'apprêtait à lui dire.
- Approches… souffla-t-elle pour la serrer dans ses bras.
Lexa s'exécuta, en se rappelant à quel point elle y avait parfaitement trouvé sa place un soir de septembre alors qu'elles observaient les étoiles.
- Je suis née il y a plus de trois mille ans sur une planète nommée Coelum appartenant au système de l'étoile Alpha Centauri B, à 4,36 millions d'années de la Terre, commença Clarke d'un ton qui se voulait doux et rassurant. À force d'entraînement, je suis devenue l'agent S 2038, ou Klark tout simplement, sans « C » sans « E »… Est-ce que… Est-ce que tu as peur de moi ? Si c'est le cas, je veux que tu saches que nous venons en paix.
Lexa inspira et expira bruyamment, totalement chamboulée parce qu'elle était en train d'entendre. Elle savait que quelque chose clochait chez Clarke, mais l'entendre de sa bouche rendait les choses plus réelles. Clarke était une extra-terrestre, et pourtant elle n'avait pas peur. Elle ne l'avait jamais terrifiée, même ce soir où elle avait fait usage de ses pouvoirs.
- Tu ne m'effraies pas Clarke… murmura-t-elle, pourquoi tu es partie, pourquoi tu m'as laissé ?
- Le soir de la fusillade, j'ai dû partir car je t'ai révélé une partie de mes dons… Une grosse infraction à notre code, ajouta-t-elle en riant amèrement. C'est à contrecœur que je suis partie Lexa… Je ne voulais pas m'éloigner de toi mais il le fallait. J'ai essayé, j'ai vécu deux mois loin de toi. Et j'ai beau vivre depuis trois mille ans, ces deux mois sans toi m'ont paru durer une éternité… Ne me demande pas pourquoi, je l'ignore encore, je ne peux pas mettre de nom là-dessus… Je sais juste que pour la première fois de ma longue vie, tu me fais ressentir des choses que je n'avais jamais ressentie…
Lexa avait les larmes aux yeux. Elle savait parfaitement ce que Clarke était en train de vivre. Elle le savait car elle l'avait déjà vécue, une fois, et elle le revivait aujourd'hui. Elle se sentait comme Clarke, elle était cependant moins perdue car elle pouvait mettre un nom là-dessus, pourquoi Clarke ne le pouvait pas ? Elle tut cette pensée, elle devait lui laisser du temps.
- Je t'ai vu… En 1988, sur une photo de l'université de Seattle, éclaircit-elle.
Clarke sourit à l'information, Lexa n'avait pas lésiné sur les recherches.
- Tu es déjà venue…
- Pas mal de fois…
- Que s'est-il passé ?
Comment lui avouer ça… Elle inspira fortement, elle ne devait pas lui mentir…
- Des catastrophes...Censées vous faire comprendre à quel point la vie de votre planète ne tient qu'à un fil, avoua la blonde avec courage.
Lexa fronça les sourcils, catastrophes et paix n'étaient pas synonymes pour elle.
- Vous tuez…
Tuer ? Prendre la vie ? Ils ne connaissaient pas. Toutes ces actions, ils les connaissaient sous le nom de « sacrifice pour la préservation »… Jamais ils ne leur avaient dit qu'ils tuaient, et Lexa venait de lui faire ouvrir les yeux sur ce qu'ils s'apprêtaient à faire, mais il le fallait, c'était son devoir.
- Nous vous sauvons, assura Clarke en se voilant la face.
Lexa ne releva pas immédiatement. Après tout qu'avait-elle à dire de plus, qui était-elle pour s'opposer à cette volonté ? Avaient-ils raison, avaient-ils tort ? À cet instant elle savait simplement qu'elle n'était personne. De par ses mots, Clarke venait de la renvoyer à sa condition humaine : elle ne représentait qu'une micro fraction de particule pour l'univers. Elle n'était qu'une fourmi sur l'immensité de la Terre. Elle n'était pas une héroïne et face à ce qui s'apprêtait à arriver, personne ne l'était. Ils devaient apprendre à vivre, profiter de chaque instant avant la fin, et non à tenter de survivre misérablement jusqu'à révéler leur plus bas instinct.
- Et ça marche ? demanda-t-elle simplement.
- Jusqu'à maintenant les sanctions n'ont pas été assez dissuasive. La dernière le sera.
Clarke venait de lui confirmer à demi-mot qu'ils allaient sans doute tous périr. L'idée avait fait son chemin et contrairement à ce que Clarke pensait, Lexa accepta son sort.
- Ça ne t'effraie pas ?
- Ça le devrait ?
- Mes nombreux voyages sur Terre m'ont appris que vous aviez peur de la mort… Au point où certains prolongent le cycle en croyant à la réincarnation. Selon eux, la vie serait plus belle après la mort…
- Ça dépend, après la mort de qui ?
Clarke la regarda confuse, s'étonnant de sa réponse. Lexa comprit que Clarke n'était pas du genre à pratiquer le sarcasme. Clarke ne connaissait pas le sarcasme, elle était tout ce qui avait de plus pragmatique.
- Je plaisantais. Pour répondre à ta question, on y passe tous à un moment ou un autre de toute manière, je préfère mourir jeune, fraîche et encore capable de mettre une cuillère dans ma bouche, plutôt que vieille, aigrie et avec des couches…
- Je vois, lui répondit la blonde en souriant.
Clarke trouvait Lexa drôle, et était impressionnée par sa capacité à se moquer de tout, tout le temps, même des choses les plus graves comme l'extinction de son espèce.
- Combien de temps ? demanda la brune alors que le silence avait de nouveau enveloppé la plage.
- Ça sera bientôt la fin.
- C'est pour ça que tu es là ?
- Oui, la Coalition pour la Sauvegarde des Systèmes de l'Univers nous a chargée d'une partie de l'opération.
- Nous aussi on a un truc du même genre, mais c'est un joli nom pour des génocidaires… Qu'est-ce que tu vas déclencher ? Un tsunami ? Des bombes radioactives ? Le fameux Big One ?
- Je ne déclencherai rien, cette mission ne m'appartient pas. Je suis là pour les élus.
- Les élus ?
- Ceux qui survivront.
- Alors vous allez presque tous nous cramer, ou nous rendre malades, ou nous pulvériser pour repartir à zéro ?
- C'est un peu l'idée.
- Génial ! s'exclama ironiquement Lexa.
Bien qu'elle savait qu'elle ne pouvait rien faire contre la volonté de ces extra-terrestres, les moyens pour atteindre la fin ne l'enchantaient pas tant que ça.
- Lexa… Je…
- Non… Mais… Bien que j'accepte l'idée de mourir… De toute façon, on meurt tous un jour, alors maintenant ou plus tard… Mais pourquoi certains auraient le droit de vivre et d'autres non ?!
- Certains sont prêts, ils remplissent les critères pour être capable de recommencer et d'apprendre des erreurs du passé. Nous ne pouvons pas avoir foi en toute l'humanité…
- Donc vous nous punissez pour notre gestion catastrophique de notre planète, et le fait que l'on s'entre-tue joyeusement pour quelques ressources, mais vous êtes prêt à commettre un génocide intergalactique ?
- Tu as oublié la colonisation de Mars, et nous ne commettons pas un génocide, nous sauvons ce qu'il reste de bon.
Clarke venait de soulever un point important, et Lexa pensa que son espèce était préférait soulever des fonds énormes pour bousiller une autre planète plutôt que de sauver la leur. Cette Coalition machin truc avait sûrement raison… Les hommes étaient sans doute la pire espèce de l'univers… Mais bien qu'elle eut rapidement accepté ce qui serait sans doute son pauvre sort, une question lui trottait dans la tête :
- Est-ce que je suis bonne ? demanda-t-elle, le plus sérieusement du monde.
- Bonne ?
- Bonne, pas bonne comme Octavia dit bonne, bonne comme bonne à sauver.
Clarke, mal à l'aise concentra son regard sur l'horizon, et Lexa comprit que son silence était mauvais signe.
- Clarke ? insista-t-elle.
- Je ne sais pas Lexa. Je ne le sais pas encore, parce que ton esprit ne me parle pas…
- D'accord, donc tu reviens à Polis, tu m'avoues qui tu es et ce que tu ressens, pour finalement me voir possiblement cramer ou réduite en cendres ou irradiée sans m'accorder le bénéfice du doute… Sympa !
- Je ne choisis pas. Ce n'est pas mission. Je trouve juste les personnes dont le nom apparaît sur la liste. Je sonde l'âme de ces personnes pour être sûre de faire le bon choix, lui expliqua Clarke.
- Non mais je comprends, s'exclama-t-elle en relevant des mains capitulardes, je ne fais pas le tri, je jette mes clopes sans scrupules dans la rue, je mange de la viande tous les jours, mais ! Pour ma défense, je coupe l'eau quand je me brosse les dents !
Comme si une chose aussi insignifiante allait changer le cours des événements… pensa Lexa.
- Il ne s'agit pas que de cela, mais c'est un bon début…
- Juste… J'ai besoin que tu me rassures sur un truc…
- Oui ?
- Dis-moi que cette sale emmerdeuse d'Echo va cramer, elle doit être punie pour tout le slush qu'elle m'a jeté à la figure pendant notre scolarité.
Clarke sourit de nouveau, Lexa ne perdait vraiment pas le Nord.
- Echo comment ?
- Johnson.
- Je n'ai pas vu son nom sur la liste, si ça peut t'aider…
- Cool…
Un nouveau silence, cette fois-ci agréable, les enveloppa. Lexa savait tout, enfin presque tout, et finalement elle ne voulait pas tout savoir, elle voulait juste profiter de ses derniers instants, sans trop ruminer. Alors, elle se blottit un peu plus dans les bras de Clarke, pour profiter de sa chaleur et du lever du soleil. Elle n'avait jamais pris le temps de se rendre sur la plage le matin et d'apprécier ce genre de chose simple que la Terre pouvait lui offrir. Le calme environnant l'amena à repenser à ce qu'elle ressentait, au plus important, à ce qui l'avait peiné durant toutes ces semaines : la soudaine disparition de Clarke.
- Où étais-tu tout ce temps ? murmura-t-elle.
- Tu avais besoin de me voir ?
Est-ce sa façon à elle de me demander à elle si elle m'a manqué ? Sans jamais vraiment se l'avouer Clarke lui avait fait plus que simplement lui manquer. Son absence l'avait fait souffrir. L'école n'avait jamais été son fort et pourtant elle y avait pris goût depuis que Clarke était sa voisine de table. Les sentiments ? Elle s'en cachait et pourtant, elle s'était laissée un peu plus aller avec Clarke. L'amour ? Elle ne voulait plus y penser depuis Costia, et pourtant Clarke la faisait douter. La voir partir, imaginer la perdre lui avait brisé le coeur et plonger dans un profond déni, vouant chacune de ses journées et de ses nuits à trouver une explication plus ou moins rationnelle à sa disparition. L'absence de Clarke l'avait fait souffrir en silence au plus profond d'elle-même. Et elle savait à quel point ce sentiment était le revers de la médaille de quelque chose de plus intense qui l'avait frappé en un rien de temps et dont elle n'osait à peine prononcer le nom.
- Tu ne réponds pas à ma question, répondit-elle pour se protéger.
Clarke n'était pas Costia, pourtant, elle n'allait pas abandonner sa carapace pour autant.
- Un peu de partout dans l'État, je remplissais ma mission.
- D'accord.
- Alors ?
Alors quoi ? Devait-elle lui avouer ? Après tout Clarke l'avait fait, sans y mettre vraiment des mots, mais elle avait tenté… De toute manière, elle allait sans doute mourir, et elle voulait que Clarke sache.
- Tu m'as terriblement manqué, j'avais le besoin viscéral de te voir si tu préfères.
Ces quelques mots eurent pour effet d'accélérer les battements de son coeur, elle savait que Lexa tenait à elle et qu'elle partageait sans doute ce qu'elle ressentait pour elle.
- J'ai eu l'impression d'étouffer sans te voir… Je ne sais pas pourquoi… avoua-t-elle à son tour.
- Clarke, j'ai l'impression que tu ne peux pas mettre de mot sur ce que tu ressens, ce n'est pas grave, ça me va, tant que tu restes là.
- Je reste Lexa, je reste… Je ne sais pas pourquoi, j'ai hâte de retrouver Octavia et Raven.
À cet aveu, la brune mit fin à l'étreinte et lança un regard à Clarke teinté d'horreur et de surprise.
- Tu comptes retourner au lycée ?!
- Oui, j'aimais bien le club de philosophie, répondit Clarke en haussant les épaules.
- Mais Clarke ! Tu ne peux pas disparaître et te repointer comme ça !
- Pourquoi ?
- Parce que tu es morte, enfin déclarée morte, moi je sais que tu es bien vivante, mais les autres… Enfin bref.
- Attends, mais ça veut dire que tout le monde croit que je suis…
- Morte. Oui, c'est ce que j'essaye de te dire. Il y a eu un hommage, des grandes photos, des pleurs, des discours, je t'ai même acheté une rose blanche à 25$ !
- Tu m'as acheté une rose ? demanda Clarke d'un air taquin.
- Roooh oui ! C'était stupide en plus vu que je savais que tu n'étais pas morte ! Et puis… Non mais tu ne connais rien des sentiments et pourtant tu as l'air de bien comprendre ce que ça veut dire ! s'exclama Lexa de manière suspicieuse…
- Je me suis déjà rendue à des enterrements ! Et j'ai cru comprendre ce que ça signifiait…
- Enfin bref, Clarke réveille-toi ! Bienvenue sur Terre où aucun humain normalement constitué ne survit à des balles ou un barbecue géant dans un lycée ! T'as peut-être un QI de 400 si ce n'est plus mais t'es quand même pas futée parfois… Mais, continue, je complexe moins comme ça !
Clarke rit de bon coeur. Lexa avait raison, elle avait beaucoup à apprendre, notamment les choses les plus simples de la vie. Elle déposa un baiser sur sa tempe, et pensa que c'était si bon de la retrouver.
- C'est la deuxième fois que je t'entends rire…
- Je n'avais pas rit depuis très très très longtemps, la première fois… Grâce à toi et ton livre de math…
Lexa sourit. Clarke se rappelait de ces instants qui pouvaient paraître insignifiant au possible… Pourtant, ils ne l'étaient pas, et confirmaient seulement à quel point elle s'était attachée à elle quelques mois auparavant.
- Comment allons-nous faire ?
- Pour ?
- Te cacher, et te réintégrer au lycée sans créer un vent de panique du type « Clarke Griffin est revenu d'entre les morts », tu ne peux pas sortir en ville, tout de suite.
- Je ferais attention, puis j'inventerai un joli mensonge.
- Tu peux rester chez moi… Enfin si ça te tente… Ça ne veut rien dire… C'est juste que… Pourquoi est-ce que je parle toujours trop quand tu es là ?
Lexa parlait toujours trop lorsqu'elle était embarrassée, la première fois qu'elle lui avait adressée la parole, Clarke avait trouvé cela agaçant et barbant… Aujourd'hui, elle trouvait cette facette de Lexa plus qu'attachante, et la faisait sourire béatement.
- Je viendrai chez toi… La chambre du motel était vraiment… Et surtout le réceptionniste…
- Les extra-terrestres ont des exigences particulières ? plaisanta Lexa.
- J'entends tout de ses pensées et crois-moi que tu déménagerais vite si tu pouvais les connaître toi aussi… Et puis au moins tu auras ta professeure particulière à la maison, ce n'est pas ce que tu voulais depuis le début ?
Lexa rougit et baissa la tête quelque peu honteuse en se remémorant la fois elle avait maladroitement dit à Clarke qu'elle pouvait venir faire son tutorat chez elle. Déjà à cette époque, elle savait qu'elle avait un faible pour elle.
- J'ai cru que tu ne pouvais pas lire dans mes pensées…
- Ton trouble… C'est la seule chose que j'arrive à peu près à comprendre chez toi… Et on va dire que les pensées d'Octavia m'ont un peu aiguillé…
- Par pitié non… Pas celles d'Octavia… se plaignit Lexa en se cachant les yeux.
- C'est vrai qu'elles sont… Je n'ai pas les mots en fait…
- Comment est-ce possible d'ailleurs que tu ne puisses pas lire en moi ?
- Parce que tu es spéciale Lexa…
De par ce qu'elle lui faisait ressentir, il ne pouvait pas en aller autrement… Oui, Lexa était spéciale, et Clarke le savait au plus profond d'elle-même.
Hey ! (oui je publie un peu en avance... Mais j'ai bien avancé et je n'aime pas vous faire languir inutilement) :D
Retrouvailles un peu tendues au départ, Lexa l'anti-héroïne qui s'en moque un peu de sauver sa peau... Et la mission de Clarke, comment va-t-elle gérer ça ?
Dans le prochain chapitre: le Clexa s'apprivoise et quelqu'un découvre quelque chose ;) Jasmin & lilas.
