Suggestions musicales pour le chapitre:

Yodelice – Familiar Fire (Dans la chambre)

Ed Sheeran – How would you feel (Sur le toit)


Lexa mena Clarke jusqu'à sa demeure. Le tout Polis n'était pas encore réveillé lorsqu'elles atteignirent la porte de maison de la brune main dans la main. Clarke ne l'avait pas lâché d'une semelle depuis qu'elles s'étaient retrouvées, comme si elle tenait entre ses doigts sa bouffée d'air et sa raison de vivre. Jusqu'à présent, elle n'avait vécu que pour mourir, enchaînant les missions, espérant que l'une d'elles lui offrirait son repos éternel. Sa vie était trépidante, pleine d'adrénaline, mais elle était aussi morne… Et aujourd'hui tout était différent… Lexa l'avait ouverte telle une boîte de Pandore, laissant s'échapper de son âme tous ses nouveaux sentiments qui ne cessaient de l'envahir. Ces sentiments plaisants qui réchauffaient sa poitrine, la faisaient sourire béatement, et palpiter son coeur. Surtout lorsque Lexa tenait sa main et la caressait délicatement de son pouce en la tirant à l'intérieur.

Clarke entra à petit pas, alors que la brune lui retirait son blouson. Elle ne pouvait s'empêcher de tout analyser : des peintures d'un blanc immaculé, au mobilier de pin clair qui habillait joliment la pièce, en passant par tout ces cadres photos. Lexa retira ses chaussures et avança jusqu'au Pad intelligent qui alluma tous les appareils de la maison au premier son de sa voix. Clarke la suivit, ne sachant pas trop où s'installer dans cette grande maison qui semblait chaleureuse mais vide. Pas l'ombre d'une présence, sauf celle de Lexa.

- Tes parents ne vont rien dire ?

- Mes parents ?

- Vous les Terriens êtes censés avoir des parents, des géniteurs, des créateurs, des gens qui s'occupent de vous… Du moins à chaque fois que je suis venue, les gens de ton âge avaient des parents.

Ses parents… En avait-elle déjà eu ? Clarke avait mis le mot dessus : géniteur. Oui, Lexa considérait qu'elle n'avait jamais eu de parent.

- Les miens sont décédés il y a deux ans. Crash d'avion, lui répondit simplement Lexa comme si cela ne la touchait pas.

- Je suis désolée… Enfin c'est ce qu'on dit généralement.

- Pas de problème, je ne les connaissais pas trop de toute manière…

La blonde plissa les yeux et demanda de manière intriguée :

- Comment ça ?

- Ils étaient très pris par leur boulot… Je ne les voyais qu'une vingtaine de jours par an.

- Et comment tu… ?

- Des nurses se sont occupées de moi, puis moi de moi grâce à l'héritage qu'ils m'ont laissé et qui est correctement géré par je ne sais qui de ma famille qui me file une part pour que je puisse vivre tous les jours, la coupa Lexa.

- Je n'avais jamais entendu ça auparavant…

- Bienvenue en 2037 ! La famille dont les membres mangent ensemble le dimanche midi est devenue une espèce en voie de disparition. Tu veux boire quelque chose ?

- Je ne bois pas.

- Oh ne t'inquiète pas, moi non plus. Je ne commence jamais à picoler à neuf heures du matin et sûrement pas la semaine… De l'eau ? Un café ?

- Non, en réalité je ne bois rien du tout et je ne mange pas non plus, je n'en ai pas besoin, mon corps se régule seul, expliqua Clarke.

Donner autant de détail à quelqu'un, même si Lexa n'était pas la première venue, la rendait un peu nerveuse et presque mal à l'aise, tant elle avait peur d'effrayer la brune. À cet aveu, celle-ci la regarda droit dans les yeux et la fixa quelques secondes sans que Clarke ne puisse entendre la moindre de ses pensées. Elle trouvait ça réellement perturbant de ne pas pouvoir décrypter chacun de ses songes : elle ne pouvait rien anticiper, rien prévoir, elle n'aurait jamais un coup d'avance sur Lexa. Et cette sensation était aussi effrayante qu'excitante.

- Lexa ? L'interpella-t-elle alors que la brune était restée silencieuse, son regard dans le sien, et un sourire

- Tu es la fille la plus cool du monde ! Je ne sais pas faire à manger et je ne me nourris que de soupes lyophilisée et de burger ! Et de crème glacée parfois… Si tu ne manges pas je n'aurais jamais besoin de te satisfaire, et puis t'as du le remarquer, c'est pas la folie niveau restaurant… Bref… Je vais te faire visiter…

Lexa montra à la blonde tous les coins et recoins de ce qui allait être son nouveau refuge, sa base pour terminer la mission.

- Et là, voilà ma chambre si tu as besoin… D'un truc… Demande-moi.

Clarke pénétra dans la pièce au parquet de bois clair. Elle était de taille moyenne et très lumineuse. Les murs bleu et blanc étaient recouverts d'affiches de la NASA, de polaroids et de guirlandes lumineuses. Clarke avança un peu, souriant à l'idée de pénétrer dans l'univers de la brune, ses pensées ne lui parlant pas, elle se saisissait du moindre détail qui lui permettrait de la connaître un peu plus. Ses yeux finirent par se poser sur le bout du lit de la brune et évidemment sur le chat de celle-ci.

C'est mon territoire, humaine.

- Oh mais ne t'inquiète pas je ne pénétrerais pas ici sans y avoir été invitée, dit-elle à voix haute.

Lexa se retourna, plissa les yeux de manière suspicieuse et s'approcha de Badger pour le caresser.

Tu vois humaine, elle n'aime que moi.

- Pour ton info je ne suis pas humaine, du moins pas vraiment.

- Je t'ai dit que je n'avais pas peur de toi Clarke… répondit Lexa tout en continuant de caresser son chat.

- Je sais, et c'est pour ça que je me permettais de discuter avec ton chat.

Surprise, Lexa leva de gros yeux vers elle. Elle devait vraiment être spéciale pour que Clarke arrive à s'immiscer dans le cerveau de son chat et échoue lamentablement lorsqu'il s'agissait du sien.

- D'accord Eliza Delajungle ! Ne me demande pas de t'expliquer qui c'est, je te montrerais les vidéos, juste… Évite d'entrer dans son cerveau, tu risquerais d'y trouver d'horribles images, un peu comme sur une GoPro qui a tourné en soirée.

Clarke acquiesça sans réellement comprendre ce que Lexa lui avait dit. Elle avait beau avoir voyagé à travers les époques, et disposer des outils et machines les plus sophistiquées de tous l'univers sur Coelum, les années 2000 n'étaient pas vraiment son fort.

- Quelle race ?

- Tu es intriguée parce que tu n'en as jamais vu des si gros, n'est-ce pas ?

- Oui, est-ce qu'il a subi des radiations ou ce genre de chose ?

- Non, il est juste… Gros. Pas vrai Monsieur Badger ?! S'exclama Lexa en lui donnant une dernière caresse sur la tête. Viens, je vais te montrer ta chambre.

J'ai gagné humaine, tu ne dormiras jamais ici !

Clarke leva les yeux au ciel, à quoi bon dormir, elle n'en avait pas besoin de toute manière. Elle suivit Lexa qui l'amena dans la pièce se tenant en face de sa chambre. La brune y pénétra, rangea quelques bricoles et arrangea les coussins qui se trouvaient sur le lit.

- Tu peux dormir ici.

- Je ne dors pas.

- Tant mieux, au moins tu pourras me réveiller à l'heure pour les cours… J'ai la fâcheuse habitude de ne pas entendre mon réveil…

- Je peux m'acquitter de cette mission aussi, lui répondit Clarke en souriant.

La mission… Bien sûr il y aurait toujours cette mission qui annonçait leur mort à tous… Lexa qui ne voulait pas y songer pensa que c'était sans doute le revers de la médaille : mourir en ayant eu la chance de connaître l'agent 2038 Klark de Coelum. Ses pensées macabres s'envolèrent à la vitesse de l'éclair lorsqu'elle capta le regard de la blonde. Bleu profond et le fond des iris dansant à un rythme apaisé. Elle savait exactement ce que ça voulait dire.

- Hum, tu veux faire quoi maintenant ? C'est les vacances… Donc.. balbutia Lexa un peu gênée en se tortillant sur place.

Clarke avança d'un pas assuré jusqu'à elle, comblant le vide qui les séparait en lui souriant finement. Cela faisait des semaines qu'elle attendaient de retrouver Lexa, son humour, sa timidité, ses yeux émeraude, ses cheveux d'un brun imparfait, ses pommettes hautes, son sourire en coin, sa bouche pulpeuse, sa peau aussi douce que la sienne…

- Juste ça… murmura-t-elle avant de se saisir de ses lèvres dans un tendre baiser.

La sensation de sa bouche contre la sienne était grisante… La pensée de ses lèvres caressant les siennes l'exaltaient, et celle de sa langue trouvant la sienne l'enivrait. Elle avait attendu de longues semaines pour réentendre son coeur battre de cette façon, pour se sentir aussi envoûtée de nouveau. Elle savait que lorsque elle embrassait Lexa, c'était comme si tout son corps flottait, comme si des tonnes de coton l'accueillaient, elle se sentait légère, heureuse, vivante.

- Klark… Attention… souffla de manière lointaine Thélonius, alors que son poignet commençait à la brûler. N'était-elle pas censée résister au feu ?

Mais Clarke occulta cette sensation désagréable. Elle n'avait aucune envie de mettre fin à ce moment, rongée par quelque chose de plus fort, de plus intense, qu'elle ne pouvait toujours pas décrire, une envie d'elle-ne-savait quoi la poussant à approfondir son baiser qui s'était désormais fait plus fiévreux, une chaleur envahissant tout son corps et l'amenant à plaquer légèrement Lexa contre la porte. Clarke savait qu'elle aurait pu littéralement prendre feu si son corps n'avait été composé de matière ne le craignant pas. Son corps normalement plus chaud que celui des Terriens venait de gagner encore quelques degrés, et le changement de température n'échappa à Lexa qui commençait à s'inquiéter de la soudaine réaction de la blonde. Doucement, elle posa ses mains sur le visage de la Coelumie et le recula légèrement pour mettre fin à ce baiser qui n'annonçait rien de bon, du moins pour l'instant.

- Juste ça ? railla Lexa tout bas et en posant son front contre le sien.

- Désolée je… J'ai un peu de mal à me contrôler quand tu es là…

- J'ai cru comprendre que je vous donnais chaud agent 2038, mais… Clarke… Tu ne sais pas ce que tu ressens pour moi, du moins tu ne sais pas ce que ça veut dire… Et… Je veux qu'on aille doucement, pour ton bien et pour le mien… A cause de… murmura Lexa hésitante.

- Costia… la coupa Clarke, quand bien même tu n'as pas à te justifier...

Lexa acquiesça délicatement, ses mains désormais nouées autour de la nuque de la blonde et son front contre le sien.

- Je ne te blesserai jamais Lexa… Et on ira doucement, de toute manière je ne connais rien à ces choses, je ne sais même pas ce qui se passe lorsqu'on ressent tout cela…

Lexa sourit. Elle savait ce qui se passait lorsqu'on ressentait tout cela, mais elle ne l'avait jamais expérimenté, et à en croire ce que disait Clarke, elle non plus, et étrangement cela la rassura. Son corps empli d'une certaine béatitude, elle resserra son étreinte et embrassa Clarke du bout des lèvres comme pour la remercier de la comprendre et de la promesse qu'elle lui avait faite. Pour elle, ses sentiments étaient familiers… Elle n'avait plus mal, le sang circulait à nouveau à travers son coeur de pierre, sa peau s'embrasait au même rythme que son désir augmentait… Comment avait-elle pu ignorer cela, comment avait elle pu s'en éloigner si longtemps : elle tombait amoureuse.

Sexy… pensa Badger en se frottant à leurs jambes.

- Lexa, je crois que ton chat a des pensées étranges…

- Comme ?

- Il vient de dire qu'on était sexy… souffla Clarke amusée.

Lexa soupira, si son chat pensait de telles choses, une personne en était bien responsable.

- Je savais que ce chat était un petit pervers… Octavia l'a tellement dévergondé…

- J'imagine oui… répondit Clarke en souriant.

En voyant ce sourire, Lexa ne pu s'empêcher d'embrasser la blonde une nouvelle fois sur le nez.

Maîtresse tu es mielleuse…

- Il pense que tu es mielleuse.

- Seulement avec toi, répondit Lexa en rougissant. Allez viens, on doit trouver un plan pour te réintégrer au lycée sans que ça ne paraisse trop bizarre…

Au départ elle ignorait qu'en revenant à Polis elle pourrait s'attirer des ennuis, puis l'idée avait son chemin quand Lexa lui avait mentionné qu'elle avait été déclarée morte. Mais pour rien au monde elle ne ferait machine arrière.


La nuit était tombée depuis quelques heures sur Polis. Clarke et Lexa se trouvaient sur le toit de la brune et s'adonnaient à l'activité favorite de celle-ci : regarder les étoiles. Allongée sur l'un des transat, Lexa entre ses jambes, emmitouflée dans une grosse couverture, Clarke pensait qu'elle ne voulait être nul part ailleurs en ce moment. Elle était bien ici, à Polis, Lexa à ses côtés. Elle n'avait presque plus cette affreuse sensation d'angoisse due à son traumatisme de 1945, elle avait pourtant passé de bons moments à la fin des années 1980, mais pas assez pour lui faire oublier ces sentiments d'horreur sentiments que Lexa parvenait à remplacer par des choses meilleures. Avec Lexa à ses côtés, elle était apaisée et avait enfin trouvé une certaine paix intérieure. A cette pensée elle resserra son étreinte autour de la brune et déposa un baiser sur ses cheveux à l'odeur enivrante d'un subtil mélange de jasmin et de lilas. Jasmin… Cette senteur la projetait dans le passé, son voyage en Orient où un Maharadjah lui avait soufflé que ces fleurs étaient attachées aux flèches d'amour du Dieu Kama, et qu'elles étaient signes de beauté et de tentation… Le lilas… Innocence, souvenir, nostalgie et premier amour, lui avait confié un parfumeur de la Cour de France… Ces douces odeurs appartenaient à Lexa, et ne cessaient de la renvoyer à ses souvenirs et tout ce qu'elles représentaient. Lexa était tentation, Lexa était beauté, Lexa était innocence, Lexa était… Beaucoup de choses. Peut-être même trop de chose, qui ne cessaient de chambouler son esprit au point de se demander si Lexa n'avait-elle pas existé à une autre époque, si elle ne l'avait pas rencontré sous une autre forme, à un autre endroit. Impossible. La réincarnation preuve de l'égocentrisme des Terriens et de leur incapacité à s'avouer vaincus par une force transcendante, n'avait pas sa place dans la science Coelumie… Et puis si cela avait été le cas, si toutes ses croyances avaient été remises en cause, elle se serait souvenue de son esprit qui ne lui murmurait que le silence… Non, Lexa n'avait jamais existé autre part qu'ici et maintenant, Lexa était unique.

- Je t'entends réfléchir d'ici… chuchota la brune pour ne pas troubler le calme de cette nuit de décembre.

Clarke rit légèrement en massant son poignet qui se faisait de nouveau douloureux à l'endroit où elle portait sa grandidiérite.

- Je pensais à toi… Je ne t'ai même pas demandé comment se passait les cours.

- Klark… Pense à Pandore… Eloigne-toi tant qu'il est encore temps.

Clarke secoua la tête et ignora de nouveau les recommandations de Thélonius pour se concentrer sur Lexa.

- L'avantage de ne pas avoir de parents est que personne ne pose les questions qui fâchent, murmura Lexa les yeux rivés vers le ciel.

- Je vois…

- J'ai dégringolé en physique et en math depuis que tu es partie, finit par avouer la brune, je suis vraiment nulle… Pourrie du cerveau…

« Pourrie du cerveau » ? Elle s'accordait à dire que Lexa n'avait pas l'esprit le plus vif de tout l'univers mais aucun moment elle n'avait pensé que son cerveau était pourrie, ou qu'elle-même était pourrie. La vision que Lexa pouvait avoir d'elle-même la peinait réellement. Elle, elle la voyait comme la plus imparfaite des Terriennes certes, mais aussi comme le plus bel esprit silencieux qu'il lui avait été donné de rencontrer. Il fallait que Lexa croit en elle. Alors, Clarke se décala, obligeant la lycéenne à se lever. Elle s'approcha des bacs de fleurs qui décoraient le toit et y trouva rapidement une graine que le froid avait abîmée. Elle s'en saisit, la plaça dans un pot rempli d'un peu de terre et l'amena à Lexa.

- Tu vois cette graine ? demanda-t-elle à la brune.

Lexa acquiesça se demandant jusqu'où les réflexions philosophiques de Clarke allaient cette fois l'emmener.

- Elle n'est pas très jolie n'est-ce pas ? Un peu pourrie même ?

- Je rêve ou tu es en train de me comparer à une graine qui ressemble plus à une boule de bousier qu'à autre chose ?

Clarke secoua la tête et leva les yeux au ciel, Lexa était rarement capable de rester sérieuse quelques secondes.

- Regarde, avec un peu d'affection, de détermination et de foi…

- La foi ? Tu es tout ce qui a de plus scientifique et tu me parles de foi ? la coupa Lexa qui ne s'était pas rendu compte du phénomène qui se déroulait sous ses yeux.

- La foi n'est pas destinée qu'à un être supérieur que vous appelez Dieu, elle peut aussi être destinée à un projet, à l'humanité, moi j'ai foi en toi... assura Clarke.

À force de concentration, de la petite graine pourrie, Clarke venait de faire naître une jolie pousse de fleur qui laissa Lexa sans voix.

- Parce que d'une mauvaise graine peut naître une très belle fleur, tu vois ? termina-t-elle en souriant et en espérant que Lexa ait compris où elle venait en venir.

Ce n'était qu'une petite fleur, qu'un petit tour de magie ou de science ultra-complexe, qui venaient de montrer à Lexa qu'elle devait avoir confiance en elle et que Clarke serait là pour elle. Les quelques mots de la blonde, si doucement prononcés, venait de lui redonner le sourire et l'envie d'avancer. Lexa se saisit du pot et le posa à terre, lui permettant de prendre Clarke dans ses bras et de l'étreindre aussi fort qu'elle tenait à elle.

- T'es aussi impressionnante qu'Hermione Granger dans les films Harry Potter…

- Je ne connais pas toutes ces références, je n'étais pas là, mais je crois que tu passes un peu trop de temps devant les écrans…

A ce reproche déguisé, Lexa n'eut que l'envie de l'embrasser furtivement. Délicatement elle posa ses lèvres sur les siennes et se retira dans un souffle d'aise et de bien-être.

- Je suis fatiguée…

- Tu devrais aller dormir petite Terrienne, la journée a été riche en émotion…

Lexa la tapa sur l'épaule en plissant les yeux et lui répondit d'un air revanchard :

- Bonne nuit E.T…

- E.T ?

- Laisse tomber… A demain Klark, souffla Lexa.

Lexa venait de prononcer son nom comme seuls les Coelumis le prononçait, faisant claquer la première lettre comme un fouet dans l'air et les dernières comme un doux murmure. Cette douce intention la toucha, puis lui rappela qu'elle était une Coelumie et que Thélonius la surveillait… Une nouvelle fois, elle passa les doigts sur son bracelet qui laissait désormais des traces rouges sur sa peau pourtant si pure, et partit à la suite de Lexa.


Les jours passèrent, la neige continuait de tomber sur Polis empêchant quiconque de mettre le pied dehors, et même si cela avait été possible, Lexa ne l'aurait pas fait. Depuis plusieurs jours, elle ne se contentait que de la présence de Clarke, de ses paroles, de ses regards, de sa chaleur et pour rien au monde elle ne voulait quitter le cocon douillet dans lequel elles s'étaient lovées à l'abri des regards, en oubliant même son téléphone qui ne cessait d'afficher le nom d'Octavia Blake…

Chaque matin, Clarke venait déposer un baiser délicat sur sa tempe pour ne pas la réveiller, et chaque matin elle la voyait partir avant le lever du soleil pour remplir sa mission : trouver les élus. Elle n'était pas sûre de la manière dont l'histoire allait se finir pour elle et ses amis, Clarke étant à la fois un ange de vie et celui qui leur reprendrait, ils allaient sûrement tous mourir… Malgré ces pensées macabres et incertaines, et alors qu'elle la voyait une nouvelle fois s'éloigner dans la rue, elle se dit qu'il y avait bien trois choses dont elle était sûre. La première était que Clarke était une extra-terrestre, la seconde était que son esprit lui était totalement impénétrable et la rendait spéciale à ses yeux, la troisième était qu'elle était éperdument amoureuse d'elle… Clarke lui jeta un dernier regard qui la fit sourire, et elle la vit disparaître à travers l'épais brouillard de ce matin de décembre, sans y voir, une Range Rover plus que reconnaissable.

Octavia n'avait pas eu de nouvelles de Lexa depuis le lendemain de Noël. Son amie semblait avoir remonté la pente et souriait de nouveau, et elle ne s'inquiéta pas plus que celle-ci lui demande de la laisser un peu seule. Lexa avait sûrement besoin de se retrouver et de faire le point sur tout ce que Clarke avait pu représenter pour elle, et ce qu'elle ne représentait plus. Un jour, puis deux, puis trois, quatre, cinq, puis six étaient passés sans que Lexa - qui avait certes besoin d'espace – ne daigne répondre à ses messages ou ses appels. Lexa avait comme disparu et la Blake commençait cette fois-ci à s'inquiéter. Elle savait que Lexa n'était pas matinale mais elle savait aussi que si elle ne voulait pas la louper au cas où elle se déciderait à sortir avant onze heures du matin. C'est de cette façon qu'Octavia décida de faire le pied de grue devant la maison de Lexa Woods, dans sa voiture, emmitouflée dans sa doudoune en plume d'oie, et un café à la main. La brune aux yeux hazel porta la boisson à ses lèvres, sirota une gorgée les yeux fixés sur la porte d'entrée et s'étouffa avant de recracher le tout sur son volant.

- Bordel de… souffla Octavia choquée par le manège qui se jouait sous ses yeux.

Une blondinette aux cheveux semblables à des fils d'or, et à la silhouette à l'en faire pâlir de jalousie venait de quitter la maison à grand pas, en se retournant pour jeter un dernier regard et un immense sourire en direction de la fenêtre.

- Mais… Comment c'est possible… Qu'est-ce tu es en train de me faire Lexa…

Sans trop réfléchir, elle attendit que Clarke s'éloigne un peu. Elle descendit de sa voiture et s'élança à la poursuite de cette revenante inattendue. Revenante ? Etait-ce au moins Clarke ? Lexa n'avait-elle pas développé une passion morbide pour les blondes aux yeux bleus afin de se consoler de sa perte ? Oh merde… Et si c'était un clone envoyé par une agence gouvernementale ultra-secrète…

Sa chasse silencieuse la mena jusqu'à la ferme des Dursley. A peine eut-elle posée un pied dans la propriété abandonnée qu'un sentiment de dégoût l'envahie. Elle se rappela le visage de Bill, la tuerie d'Halloween, ce qu'il avait dit à Lexa avant d'essayer de la tuer. Elle chassa rapidement ses pensées… Elle ne pouvait pas faire demi-tour, pas maintenant, pas sans savoir ce qui se tramait entre Lexa et cette fille qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à Clarke.

- Fais chier… râla-t-elle alors qu'elle venait d'atterrir avec ses bottes en daim flambant neuves dans la boue.

Elle pensa que Clarke l'avait peut-être entendue mais elle était trop loin pour cela. Elle se dépêcha d'avancer jusqu'à la grande bâtisse rouge pour se cacher, enjambant avec une certaine agilité les outils et les bottes de paille pourries qui traînaient ça et là. A couvert, elle observa Clarke pénétrer dans le champ de maïs en prenant garde de regarder si personne derrière elle ne la suivait. La blonde disparue et Octavia s'élança à sa suite, bataillant entre les immenses tiges et les épis jusqu'à déboucher sur l'immense cercle brûlé, Clarke devant elle venant d'activer un immense portail digne des plus grands films de science-fiction.

J'y crois pas, réveillez moi de ce rêve trop louche…

A cette pensée, Clarke se retourna et aperçu Octavia se tenant derrière elle, aussi pâle qu'un linge. Elle était vraiment foutue… Elle fit un pas vers la brune prête à l'assommer ou à la manipuler pour lui faire oublier ce qu'elle venait de voir, mais la Blake ne lui en laissa pas le temps.

- Clarke… souffla Octavia avant de s'évanouir.

Il ne manquait plus que ça… pensa la blonde en sachant pertinemment que Thélonius ne manquerait pas de la contacter suite à ce petit incident.


Hey !

Alors j'espère que ce petit début de cohabitation vous a plu ;)

Prochain chapitre: une petite discussion s'impose ^^