Suggestion musicale:
Novo Amor - Cold (Lexa, Clarke, Octavia, Raven, le jardin)
Octavia Blake avait eu la main un peu leste sur le klaxon, attisant la curiosité de tout le voisinage. Qu'est-ce qu'une aussi grosse Range Rover pouvait bien faire dans ce quartier moins aisé de Polis et surtout devant la maison des Reyes ? Personne ne stationnait devant chez les Reyes avec une aussi grosse et belle voiture. Intriguée par le vacarme extérieur, Raven s'approcha de sa fenêtre et en tira les rideaux, scrutant la rue pour y trouver la voiture d'Octavia Blake.
Les événements d'Halloween les avaient certes rapprochés, mais pas au point que les deux jeunes filles deviennent amies. Elles s'entendaient et se toléraient pour le bien de Lexa qui semblait un peu perdue depuis la disparition de Clarke, alors oui, la présence de la Blake dans sa rue la surprenait vraiment.
Raven descendit les escaliers sans grande motivation, de toute manière, elle savait qu'elle n'accorderait que peu de temps à la Blake : elle avait des exercices à finir. Elle enfila une épaisse veste de laine et se rendit jusqu'à la voiture de la cheerleader alors que le froid était déjà en train de la saisir.
– Salut Algèbre, la salua-t-elle en se contentant de baisser la fenêtre.
– Salut tontita*. Tu aurais pu me prévenir que tu passais. * gogole.
– Mon téléphone refuse d'ajouter les numéros de cas soc', il doit y avoir un bug…
– Tu aurais pu venir taper directement à la porte, je crois que ton cerveau bug aussi pour appuyer si fort sur ton klaxon.
– Je préfère mon siège chauffant au froid extérieur… Que veux-tu…
– Pourtant ta doudoune en plume d'oie doit te tenir chaud ? Tu sais que ces oies sont déplumées vivantes, ce qui fait de toi un monstre ?
– Il faut souffrir pour me rendre belle…
Raven souffla de désespoir, elle savait que l'information avait déclenché une sensation désagréable chez la Blake qui jetterait sûrement sa veste dès qu'elle rentrerait chez elle, et pourtant son attitude de pimbêche la poussait à montrer le plus mauvais côté d'elle-même.
– Que nous vaut l'honneur de la présence de la Princesse Octavia Blake dans les bas quartiers de Polis ?
– Prend un sac, pas de beaux vêtements, ne crois pas que je t'invite à un nouvel an, de quoi boire, et laisse toute ta science derrière toi, tu es invitée à une soirée très spéciale chez Woods.
– Si c'est un bizutage pourri… commença Raven pleine de doute.
– Fais-moi confiance Algèbre, tu vas passer la soirée de ta vie… Bon dépêche ! Je me gèle les miches avec la fenêtre ouverte !
– T'es pas possible ! Je me gèle les miches dehors moi !
– C'est bien ce que je dis ! Dépêche-toi !
– Pff… souffla Raven légèrement agacée par l'attitude de la cheerleader.
Lexa s'approcha du salon pour rejoindre Clarke sur le canapé. Elle était surprise que la blonde aime autant regarder la télévision et surtout ces émissions où les gens étaient enfermés dans une maison et filmés toute la journée et toute la nuit. Elle, elle regardait ça uniquement pour se moquer et se rassurer que même si elle n'était pas très ambitieuse, et dénuée d'une intelligence folle, elle était quand même plus futée que ces personnes. Certaines choses n'avaient pas changé en vingt ans… La brune déposa le reste de son petit-déjeuner sur la table et se colla à la blonde. Octavia avait raison, elle était ridicule de porter un pyjama aussi court pour plaire à Clarke…
– Je m'étonne encore que toi Clarke Griffin qui connaît tous les secrets de l'univers, tu te passionnes pour ces bêtises…
– N'oublie pas que j'ai un trou noir de presque cinquante ans… Ce que tu appelles télé-réalité n'existait pas la dernière fois que je suis venue, et je dois avouer que c'est un bon moyen d'étudier l'espèce Terrienne. C'est intéressant de voir pourquoi ils se disputent, se réconcilient, à quoi ils s'intéressent même si ça paraît assez futile à chaque fois… Je crois qu'Octavia pourrait participer.
Lexa explosa de rire. Clarke l'avait dit avec tellement d'innocence, et elle avait raison, une part d'Octavia, celle qu'elle laissait voir à tout le monde aurait parfaitement sa place dans ce genre d'émission.
– Pourquoi ris-tu ?
– Parce que tu as entièrement raison, et ta candeur est tout bonnement adorable.
– D'ailleurs… hésita Clarke, j'ai entendu répéter plusieurs fois la même chose tout à l'heure, je crois qu'elle parlait de toi et de moi, c'est quoi une petite-amie ?
Mon dieu, mon dieu, mon dieu, vraiment ?! Pensa Lexa sans que Clarke ne l'entende. Clarke avait quand même fréquenté les Terriens et même si elle ne connaissaient presque rien des relations humaines, elle avait quand même pu observer certaines choses ! Surtout dans les années 1980 où les mœurs étaient assez libérées ! Elle se racla la gorge de gêne, et avait comme l'impression d'expliquer à un enfant la fameuse fabrication des bébés. Mais ce qu'il la gênait réellement c'était sûrement de mettre un mot sur leur relation. Oui, elle ressentait beaucoup de choses pour Clarke, elle était sans aucun doute amoureuse d'elle, elle adorait quand la blonde l'embrassait avec fougue ou lorsqu'elle lui déposait un simple baiser sur la tempe pour lui indiquer qu'elle quittait la maison, elle adorait leur discussion, ses rires, ses regards, chaque moment à ses côtés étaient précieux… Mais que pouvaient-elles pouvait représenter alors que Clarke ne connaissait rien de tout ça… Comment pouvaient-elles être quelque chose alors qu'elle allait mourir ? La réponse n'était-elle pas dans ses propres questions ? Ne devait-elle pas justement profiter du temps qu'il lui restait pour vivre entièrement, sans filtre, sans se cacher derrière sa timidité et la carapace qu'elle s'était forgée ? Si… Bien sûr que si…
– Hum, une petite-amie, c'est quelqu'un à qui tu tiens vraiment beaucoup… commença Lexa, quelqu'un que tu as envie d'avoir à tes côtés toute la journée, qui te manque dès qu'elle n'est pas là, et pour qui ton coeur bat très fort.
– Une nana ?
– Euh…
– Une gonzesse ! assura Clarke, simple évolution de langage, je t'ai dit que j'avais loupé cinquante ans.
– Donc tu sais ce que ça veut dire ?
– Que je suis ta petite-amie ou ta nana et que tu es la mienne, répondit Clarke en haussant les épaules.
Lexa sourit, Clarke ne cesserait jamais de la surprendre, elle était tellement pragmatique… Et ce trait de personnalité lui plaisait énormément, au moins, elle n'hésitait jamais à aller droit au but, les choses étaient simples sans chichi, sans code secret à décrypter.
– Oui, répondit Lexa tout sourire.
– Très bien ! Alors est-ce que je peux faire ce que les petites-amies font ? demanda Clarke avant d'approcher son visage de celui de Lexa.
– Je crois que tu te passais de la permission jusqu'à maintenant… répondit Lexa en se saisissant amoureusement de ses lèvres.
Les mains de la brune se saisirent des poignets de Clarke qui tenait son visage entre ses mains. Ses doigts passèrent sur la blessure qu'elle avait sentie le matin même. Elle devait lui en parler maintenant, avant qu'Octavia ne rentre avec Raven. Délicatement elle quitta les lèvres de Clarke et posa son front contre le sien.
– Excuse-moi si ça devenait encore trop intense… chuchota la blonde.
– Ce n'est pas ça… répondit Lexa sur le même ton en passant délicatement son doigt sur la blessure, Clarke… Comment est-ce que tu t'es fait ça ?
La Coelumie, gênée, s'écarta de la lycéenne sans la regarder dans les yeux. Elle savait que ce moment viendrait et qu'elle ne pourrait pas laisser Lexa dans l'ignorance.
– Clarke ?
Comment devait-elle lui dire ? Est-ce que Lexa comprendrait ? Est-ce qu'elle accepterait sans faire de vague ?
– Je… Enfin, il y a des choses que je ne t'ai pas dites… Nous les Coelumis, nous ne connaissons pas la procréation comme vous les Terriens. Nous sommes entièrement créée par un créateur, un maître, pour réguler la population de notre planète et aussi pour que tous les êtres qui sortent du laboratoire soient les plus parfaits possibles : sans émotions, objectifs, avec une science sans limite, forts, et dotés de capacités psychiques inimaginables.
– De l'eugénisme ? s'étonna Lexa, surprise que la civilisation de Clarke puisse pratiquer une telle méthode.
– Même si je ne peux pas lire en toi, je sais ce que tu penses, je sais ce qu'on t'a appris, j'y étais, j'ai vu, je l'ai vécu et ce n'est pas cette forme d'eugénisme dégénérée et raciste que nous pratiquons…
– Pourtant c'est que vous vous apprêtez à faire avec vos « élus » , un génocide, un choix de qui doit survivre ou non selon des critères plus ou moins fumeux.
Clarke ne répondit, Lexa avait raison. Le Conseil s'apprêtait à commettre un génocide, supprimer tout une partie de la race Terrienne car elle n'était plus digne de vivre selon eux. Clarke ne pouvait rien répondre, elle n'avait aucun argument pour contrer le reproche de Lexa, et elle préféra lâchement éluder ce que la brune venait de lui lancer.
– Enfin bref… reprit-elle, nous sommes reliés à notre maître et notre planète par ce bracelet. Grâce un métal qui vous est inconnu et cette petite pierre, il retranscrit nos constantes sur des machines que tu ne pourrais imaginer même dans tes rêves les plus fous. Et il s'avère que quand je suis avec toi, mes constantes…
– Ne sont pas plaisantes… devina Lexa.
– Oui, Thélonius, mon maître sait que quelque chose d'étrange se passe lorsque je suis avec toi…
– Mais pourtant…
– Je suis censée avoir été créée sans pouvoir ressentir la moindre chose ? Oui.
– Donc tu n'es pas l'être aussi parfait que tu décris Clarke Griffin, mais je crois que je te préfère comme ça, tenta de plaisanter Lexa.
– Ce n'est pas le sentiment de Thélonius.
– C'est lui qui t'a fait ça ? demanda-t-elle la gorge un peu serrée en passant de nouveaux ses doigts sur la blessure.
Clarke acquiesça en baissant les yeux, en se remémorant que pour la première fois en trois mille ans, Thélonius l'avait puni.
– Tu n'es pas libre ? souffla Lexa, une nouvelle fois surprise que ces gens à la soi-disant intelligence supérieur soient de tels barbares.
– Je le croyais jusqu'à présent, sourit tristement la blonde.
– C'est à cause de moi…
– Non. Et puis ne rapportes pas tout à ta petite personne, j'ai fait le choix de ne pas m'éloigner de toi, répliqua froidement Clarke. Je ne suis peut-être pas aussi libre que je l'imaginais, mais j'ai récemment appris ce qu'était le libre-arbitre.
Clarke souffrait pour être avec elle. Elle la choisissait elle, et elle ne pouvait rien faire contre ses souffrances, elle ne pouvait même pas la soulager. Une partie d'elle s'en voulait terriblement et l'autre souriait intérieurement à cette révélation largement déguisée. Clarke acceptait le fait qu'elles représentent quelque chose l'une pour l'autre certes, mais il y avait bien quelque chose de plus dans le coeur de la blonde, quelque chose de si fort qu'elle acceptait de subir le courroux de Thélonius. Son maître… Elle avait envie de le réduire en cendres, même si elle n'était qu'une petite Terrienne insignifiante.
– Très bien ! Alors je vais aller activer le portail par lequel tu es arrivé, me désintégrer pour me régénérer sur ta planète et tuer ce Thélonius, je te jure qu'il va trembler devant moi ! lança-t-elle sur le ton de la plaisanterie et pleine de détermination.
– T'es mignonne quand tu dis ça avec du chocolat sur le nez…
– Je vais te sauver et tu te moques de moi ! s'exclama Lexa avant de reprendre plus calmement, est-ce qu'il va recommencer ?
– Je ne sais pas, je crois qu'il n'est pas content, il ne me contacte plus…
– Tant mieux, maintenant laisses-moi prendre soin de toi.
Octavia venait de se garer devant chez Lexa, Raven a ses côtés. Elle jubilait déjà de voir la réaction de la petite hispanique lorsqu'elle découvrirait que Clarke était vivante. Et même si elle ne faisait que tolérer un peu plus Raven depuis Halloween, elle n'avait pas envie que la geek fasse un malaise en découvrant le phénomène. Prévenante, elle arrêta le moteur de la voiture, se tourna vers elle et commença à l'avertir sérieusement :
– Ce que tu vas voir ce soir, c'est du jamais vu.
– Ne me dis pas qu'on va voir un sourire sur le visage de Lexa… Parce que ça, ça serait vraiment un scoop. Ou alors peut-être que tu vas être sympa avec moi plus de deux minutes et que tu as même décidé de me faire des cookies ! ironisa Raven.
– Rêves pas trop Algèbre, ce que tu vas voir dépasse tout entendement mais pas à ce point non plus, prête ?
– Prête.
Octavia et Raven descendirent de la voiture, et pénétrèrent dans la maison de la Woods, grandement éclairée et dans laquelle se dégageait l'odeur d'un bon repas.
– On est là ! héla Octavia tout en quittant ses chaussures.
Lexa apparue dans l'entrée, un large sourire habillant son visage. Étonnée, Raven la regarda en plissant les yeux, pleine de suspicions.
– Tu souris comme une bécasse ? Là c'est vraiment bizarre, quelqu'un va m'expliquer ce qui se passe ?
– Clarke ? appela Lexa.
A l'entente de ce prénom, les yeux de Raven se plissèrent encore plus. Octavia avait-elle finit par soutenir les impossibles théories de Lexa ?
– Okay… Est-ce que tu ne crois pas qu'il serait temps de contacter ce psy ? souffla Raven à l'adresse d'Octavia.
– Fais-lui confiance Raven.
– Je vois… Est-ce que vous êtes toutes les deux sous l'emprise de substances illicites ?
– Hein ? Mais non ! répondirent en coeur les deux concernées.
– Bonsoir Raven.
Cette voix qui venait de claquer dans son dos la figea. Elle regarda tour à tour Lexa et Octavia, le regard rempli d'effroi. Pas possible. C'est un enregistrement. Les morts ne reviennent que dans cette vieille série. Les fantômes n'existent pas. Même la physique quantique ne pourrait résoudre ce problème. Clarke était morte.
– Je sais que c'est dur à croire Raven, commença la blonde qui avait entendu toutes ses pensées, et que ton esprit a du mal à accepter quelque chose qui semble irrationnelle, mais je suis bien vivante et c'est tout à fait rationnel…
– Lexa… Il va vraiment falloir que tu soignes ton addiction malsaine… Engager le sosie de Clarke pour te tenir compagnie ce n'est vraiment pas… La meilleure des solutions, finit difficilement l'hispanique qui croyait devenir folle.
– Pfff même-moi je me suis posée moins de question… souffla la Blake.
– Normal tontita, tu n'as pas de cerveau. Je nage en plein délire là…
– Raven, je ne suis pas un rêve, ni le sosie de moi-même. Je suis Clarke, et pour me croire il va falloir que tu ouvres ton esprit, et que tu acceptes que tout ce qu'on t'a enseigné jusqu'à maintenant n'est qu'une infime partie de ce qui existe dans notre univers.
– Il y avait de la drogue dans les gâteaux que tu m'as filés sur le chemin ?
– Je t'avais dit que c'était une mauvaise idée… souffla Lexa qui voyait que Raven ne voulait pas y croire.
– Bon, trêve de questionnement. Laissez-moi faire les présentations. Raven voici l'agent Clarke 2038, trois mille et quelques années, lieu de naissance, Coelum à 4,6 millions d'années de notre planète, résistante au feu telle Dany l'imbrûlée, fendeuse de caillou, capable de lire tes plus sombres pensées et plus encore comme le Professeur Xavier, je sais que tu le kiffes… Et accessoirement la petite-amie de Lexa.
– Okay. Laissez-moi quelques minutes… souffla Raven avant de quitter la demeure.
Impossible. Impossible. Impossible. Erreur. Erreur. Erreur 503. Cerveau en surchauffe, je répète cerveau en surchauffe. Comment ? Pourquoi ? Mais surtout INVASION EXTRA-TERRESTRE ! Lexa avait raison.
– Je vais aller la voir avant que son cerveau ne disjoncte, souffla Clarke.
La blonde n'eut pas eu le temps de franchir le pas de la porte que Raven réapparu, une lueur de colère dans le regard.
– Je te préviens que si tu viens pour nous réduire en esclavage…
– Nous venons en paix, la coupa froidement Clarke.
– C'est d'un cliché… souffla une nouvelle fois Octavia.
– C'est la première phrase de la Charte du Conseil ! se justifia la Coelumie.
– C'est boooon ?! On peut passer aux choses sérieuses maintenant qu'Algèbre a presque digéré la nouvelle ?
– C'est à dire ?
– Fêter la nouvelle et trouver un plan pour réintégrer Clarke au lycée sans que personne n'ait ta réaction.
– Ils auront tous ma réaction !
– C'est pour ça qu'il nous faut une diversion !
– Sers-moi un verre, on va y réfléchir…
Octavia servit quatre verres de tequila, il n'y avait aucune chance que Clarke échappe à cela, elle était tellement parfaite, que la dévergonder un peu était un challenge pour elle.
– Je ne bois pas.
– Vois ça comme ton Rumspringa Clarke Griffin, on va te montrer comment on s'amuse sur Terre.
– Tu n'es pas obligé… l'avertit tendrement Lexa.
Blake voulait jouer, elle n'allait pas la laisser gagner. Elle ne pouvait pas gagner, les dés étaient de toute manière pipés. Elle était une extra-terrestre, elle ne buvait rien car elle n'en avait pas besoin, et elle savait que l'alcool n'aurait aucun effet sur son corps. Elle était une sur-femme, un être exceptionnel.
– Octavia ne sait pas dans quoi elle se lance… la rassura Clarke dans un sourire.
Quelques heures passèrent, quelques verres se vidèrent, quelques rires éclatèrent, quant au plan, il n'avançait pas. En réalité les filles ne s'étaient pas penchées dessus, profitant de leur soirée de nouvel an comme des jeunes filles normales. Enfin presque, elles passaient leur soirée avec une extra-terrestre, et si Raven avait occulté ce gros détail, certaines questions la démangeaient.
– Doooooooooonc ! S'exclama-t-elle un peu ivre, tu peux lire dans les pensées ?!
– Oui, je sais tout ce que vous pensez, à part Lexa…
– Pourquoi est-elle privilégiée… se plaignit Octavia en se servant un nouveau verre.
– Je crois avoir ma petite idée, mais je ne dirai rien pour le moment, répondit Clarke dans une moue attendrissante.
– Okay mais prouve-le ! Lis dans les pensées de Blake !
– Okay…
Clarke avait l'impression d'être un animal de foire, après tout elle devait bien ça à Raven, lui donner au moins de quoi rendre rationnel l'irrationnel. Elle fixa son regard sur Octavia qui arborait un large sourire et se concentra sur son joli minois.
– Une machine à laver, Lexa et… Moi ? Demanda Clarke plus qu'intriguée par ce qu'elle venait de voir, alors que le rouge lui montait aux joues.
– Octavia ! s'exclama Lexa qui avait très compris à quoi venait de penser la Blake.
– Quoiiii ?! répondit la cheerleader presque innocemment
– Je comprends que Badger soit un pervers né ! s'exclama Lexa.
– Je pensais juste au fait que ça pouvait matcher avec Madame Irma !
– Madame Irma ?
– Laisses tomber Clarke…
– Impressionnant ! Et sinon t'as quoi d'autre comme pouvoir cool ? demanda Raven.
Là, elle avait vraiment l'impression que les choses risquaient d'aller trop loin. Raven ne lui avait rien demander quant à sa mission, et pourtant il fallait qu'elle comprenne qu'elle n'était pas là pour une simple visite expresse, que les choses s'annonçaient bien sombres pour la Terre.
– Venez, leur ordonna-t-elle.
Les trois Terriennes suivirent sans broncher, s'habillant chaudement pour résister au froid de l'hiver, et la bouteille de tequila déjà bien entamée les réconfortant un peu. Leur pas craquèrent dans la fine couche de neige qui recouvrait le jardin de la Woods. Il ne neigeait plus beaucoup à cette époque, les habituels mètres du premier millénaire avaient progressivement laissé place à quelques ridicules centimètres.
– Prenez-vous la main.
Les filles s'exécutèrent, Octavia tenant celle de Lexa, Lexa celle de Clarke, Clarke celle de Raven, et Raven celle d'Octavia.
– Ça doit te faire tout drôle de tenir la main de quelqu'un d'intelligent tontita.
– Tu dois te sentir honorée de tenir la main de la future reine du lycée, répondit Octavia un grand sourire aux lèvres.
Même si Octavia et Raven avaient des personnalités se trouvant à mille années-lumière l'une de l'autre, chacune d'elles reconnaissaient que leurs joutes verbales étaient aussi animées qu'à mourir de rire, et qu'au final, leur égo mit de côté, elles pourraient faire plus que de simplement se tolérer.
– Okay, fermez les yeux…
– Wow Wow doucement ! S'exclama Octavia, on va pas invoquer l'esprit de ne sais quoi rassurez-moi ? C'est so New-Age, et puis ça finit toujours mal ces histoires.
– Esprit es-tu là, Esprit es-tu là, Espr… commença à réciter Raven.
– La ferme Algèbre.
– Je veux juste vous faire conscience du monde qui vous entoure, de votre monde, fermez les yeux, faites le vide, ne vous lâchez pas la main, concentrez vous…
Peu à peu le silence se fit. Les filles forcèrent un peu plus sur leurs paupières pour garder leur concentration. Soudain, le bourdonnement de quelques insectes se fit plus distinct, le clapotis de l'eau plus clair, et était-ce une chouette qu'elles entendaient hululer ? Comment cette brise si légère pouvait-elle faire autant de bruit ? Et ces craquements ? Était-ce le bruit du bois qui rompait sous les pattes d'un quelconque rongeur ?
Lexa respirait à plein poumons, elle n'avait jamais entendu tout ça, elle ne s'en était jamais rendue compte. Comment des choses qui lui paraissaient aussi insignifiante pouvaient-elles la bouleverser à ce point. Bouleversée était le mot, surtout lorsqu'elle sentait sa gorge se serrer de cette manière et une larme couler le long de sa joue. Comment avait-elle pu passer à côté de tout cela ? Pourquoi comprenait-elle maintenant à quel point la vie était précieuse surtout lorsque les doigts de chaud de Clarke s'entremêlaient avec force aux siens ?
- Respire Lexa… souffla tendrement la blonde qui avait perçut les quelques tremblements de la lycéenne.
La Terrienne emplit ses poumons d'une nouvelle bouffée d'air. Elle aurait aimé qu'elle soit pure, mais elle était loin de l'être. Elle était seulement chargée de particules fatales, de poussières dangereuses, et de molécules mortelles. C'était de leur faute. A ses parents, ses grand-parents, ses arrières-grands parents, et aussi à elle… Un peu. Elle avait aussi participé à la décadence de ce monde, dans une moindre mesure, mais elle en était tout aussi responsable. A quoi servait-il de se battre désormais, alors que tout était foutu, alors que son arrêt de mort avait été signé par une civilisation qui vivait à 4,6 millions d'années de sa planète ? Avaient-ils raison ? Avaient-ils tort? Devaient-ils leur laisser une dernière chance ? Clarke avait déjà répondu : ils les avaient déjà trop avertis par le passé et leur heure avait sonné. Clarke… pensa-t-elle en inspirant de nouveau. Cette fois-ci la bouffée d'air ne lui brûla pas la gorge même si elle était identique à la précédente… Mais lorsqu'elle pensait à Clarke, les choses semblaient soudainement moins sombres, moins cruelles, moins destructrice. Clarke était sa bouffée d'air pur, celle qui lui évitait de vivre en apnée dans ce monde à l'aube de l'apocalypse, son salut à elle.
– Ta fonction amplificateur d'ambiance est juste géniale… souffla Raven les yeux fermés, c'est le meilleur cours de science de ma vie…
– Alors ma mission est en bonne voie pour être accomplie… mentit Clarke.
– Ta mission est de nous donner une leçon de science grandeur nature pour qu'on se rende compte de ce qu'on a ?!
– Exactement…
Lexa la regarda intriguée, pourquoi n'avouait-elle pas à ses deux amies ce qui s'apprêtait à arriver ? Rapidement elle comprit. Beaucoup de personne n'aurait pas la même réaction qu'elle et l'annonce d'une telle nouvelle risquerait de créer un vent panique.
– Et si tu manques à ta mission ? Parce que, je ne veux pas te faire peur, mais tu vas rencontrer des sacrés-con d'écolo et climato-sceptiques, genre Octavia !
La Blake roula des yeux. Elle ne montrait que peu ses émotions et pourtant aujourd'hui, elle se sentait réellement concernée.
– Si je ne remplie pas ma mission, je serais condamnée à errer éternellement.
– L'immortalité, c'est plus un cadeau qu'une condamnation ? Interrogea Octavia.
– Détrompe-toi… J'ai déjà vécu plus de trois mille années et je t'avoue que je n'aspire qu'à me reposer éternellement.
– Pourquoi ?! Qui ne reverrait pas d'être immortelle ?!
– L'immortalité c'est l'enfer. Je suis fatiguée de voir la violence humaine, la bêtise dont vous avez preuve durant trois mille ans… Et être immortel ça veut dire ne pas avoir peur de la mort, or que sommes-nous si nous n'en avons plus peur ? Nous repoussons à demain ce que nous voulions faire le jour même car le temps ne manque plus, il ne manque plus pour s'accomplir ou dire à quel point nous tenons aux gens… continua-t-elle en regardant Lexa, nous ne vivons plus lorsque nous sommes immortels, nous assistons juste à la vie des autres. Je sais que vous cherchez à le devenir, vous le tentez depuis des années, vous pensez que ça ferait de vous des héros… Et pourtant, lorsque la nymphe Calypso offrit à Ulysse de vivre éternellement, il refusa pour retourner auprès des siens et vivre intensément sa vie de mortel. Même les héros savent à quel point l'immortalité est une malédiction.
Les filles restèrent bouche-bée, impressionnée par la réflexion de Clarke, après tout, elle n'avait pas forcément tort et elle venait de réduire en poussière leur rêve de Terrien, tandis que Lexa avait le coeur lourd.
- Okay Socrate, si on trouve pas de solution pour te réintégrer au lycée je veux bien que tu fasses mes devoirs de philo ! s'exclama Octavia pour détendre l'atmosphère.
La cheerleader avait beau tenté de plaisanter, Lexa avait le coeur lourd. Sa sensation de bien-être venait de soudainement s'envoler. Clarke allait mourir. Clarke voulait mourir. Et son repos éternel avait pour origine la destruction de la majeure partie de l'espèce Terrienne. Par sa mort à Elle. Elle n'était pas sur la liste, et elle ne savait rien de qui concernait Raven, Octavia et même Lincoln. Clarke devait la sacrifier pour atteindre son but, elle devait sacrifier ce qu'elles avaient pour ne pas vivre éternellement… Son coeur se serra à cette pensée. Puis elle s'imagina la douleur qu'elle pourrait ressentir si Clarke mourrait devant elle. Elle détestait cette image. Elle détestait le fait de la voir possiblement souffrir. Peut-être que Clarke ressentait la même chose, peut-être qu'elle ne voulait pas vivre éternellement avec le souvenir de sa mort… Elle n'en savait rien, elle ne savait plus. Elle était juste certaine que Clarke portait un lourd fardeau : mourir en ayant vécu intensément ou vivre éternellement en ne remplissant pas sa mission. La blonde semblait avoir choisi et Lexa devait se résigner à accepter le fait que la personne dont elle était amoureuse serait celle qui mettrait fin à ses jours.
Hey tout le monde, je sais pas pourquoi mais j'ai l'impression que ça fait une éternité que je n'ai pas posté Oo (peut-être parce que cette histoire fonctionne moins bien que Galway Girl sûrement...)
J'espère que le chapitre vous a plu, notamment le méli-mélo de pensées de Lexa à la fin ^^
Prochain chapitre: mi Clexa tout fluffy, mi avancée du plan ^^
