Octavia avait regagné sa maison. Comme tous les matins, elle retirait son soin de nuit, enchaînait trois séries de cents abdominaux et deux autres de squat, prenait sa douche, se maquillait, descendait avaler un fruit et un café. Mais ce matin-là, Octavia regarda de manière étrange la pomme qu'elle venait de saisir. Elle était parfaite. Trop parfaite. Ce rouge éclatant et cette peau sans défaut ne pouvait pas être naturels. Leur avait-on mentit durant toutes ses années ? Cette pomme en était-elle vraiment une ? Elle se rappela de sa soirée du nouvel an avec Clarke. La blonde leur avait dit que les apparences étaient trompeuses, que plus rien n'était vrai à force de modification génétique, les goûts, les couleurs, les textures. Rien. Octavia, prise d'un soudain cas de conscience, reposa la pomme, se rua sur son smartphone en pensant qu'il resterait tout de même son plus fidèle ami. Elle tapa quelques mots sur le clavier et passa une commande qui lui aurait semblé plutôt étrange il y avait quelques semaines de ça. Alors qu'elle s'apprêtait à passer la porte d'entrée pour aller chercher Clarke, Lexa et Raven, elle entendit quelque chose frapper bruyamment contre celle-ci. Mon dieu… Quel petit… Elle l'ouvrit rapidement, se saisit du journal enroulé et le renvoya avec force sur celui qui venait de le lancer.
– T'es au courant qu'il ne reste que un million de mètres carrés de la forêt amazonienne et que plus personne lit le journal parce que tout arrive sur la télévision ou nos téléphones ?! lui lança-t-elle.
– Hé mais t'es une grande malade ! lui répondit-il en pédalant un peu plus vite.
Le petit livreur de journaux accéléra sa cadence et ne prit même pas la peine de s'arrêter aux maisons suivantes pour ne pas subir les foudres de la Blake. La fille la plus superficielle de Polis était-elle en train de lui parler de respect de l'environnement ? Décidément certaines choses ne tournaient vraiment plus rond dans cette ville.
Octavia soupira sur le pas de la porte. Elle fit quelques pas vers son superbe Range Rover, s'arrêta net, regarda avec un certain dégoût la carte magnétique dans le creux de sa main, puis se ravisa. Il faisait vraiment trop froid pour aller au lycée en vélo. Promis, dès que la température aura dépassé les dix degrés, et puis chaque chose en son temps, on ne devient pas écolo en deux jours… pensa-t-elle.
Lexa n'habitait qu'à trois minutes de voiture de chez elle. Elle se gara à la hâte devant la blonde et la brune et les invita à monter. Clarke n'avait pas l'air dans son assiette et Octavia savait bien pourquoi : le retour n'allait pas être facile, et elle ne se sentirait jamais à son aise avec ses fesses de « défenseure de mère nature » posées dans un 4x4.
– Tu sais que c'est une des voitures les… commença la blonde.
– Plus polluante du marché ? Oui, je sais. Sauf qu'il fait cinq degré, donc si tu n'es pas heureuse d'avoir tes fesses aux chauds, téléportes-toi.
– O' tu es sûre que ça va ? demanda Lexa, un peu gênée par le ton que venait d'employer son amie.
– Oui ! C'est juste que le livreur de journaux m'a foutu en rogne.
Et puis cette pomme transgénique aussi, et puis tout ce maquillage que je me mets sur la figure, et puis ce café même pas équitable, et puis TOUT en fait ! Sauf que c'est trop dur de bien se comporter alors que la planète est pourrie !
– Ne t'inquiète pas Octavia, tu y arriveras petit à petit… répondit Clarke à la pensée tacite de la cheerleader.
– Clarke, arrête de lire dans mon esprit, sinon je me mets à penser des choses qui t'embarrasseront au point que tu voudras juste te cacher.
Lexa rit de bon coeur. Le fait que Clarke puisse décrypter chacun des songes d'Octavia l'amusait autant que cela l'embarrassait, mais au moins, leur joutes verbales était toujours animées.
La luxueuse Range Rover avait gagné les bas quartiers de Polis. Ici les maisons n'étaient pas intelligentes, semblaient coincées dans le début des années 2000, n'offraient qu'un toit d'ardoise et des murs de bois, et cela était en réalité déjà pas mal lorsqu'on s'attardait sur le nombre de personne qui n'avait plus rien au-dessus de la tête à cause des guerres et de la surchauffe climatique. Oui, le temps du réchauffement était dépassé depuis longtemps.
– Et bien dis donc… Jamais un tel carrosse n'était arrivé jusqu'à ma porte, dit Raven en montant dans la voiture.
– Ne prends pas des habitudes de Princesse, dès qu'il fera moins froid ça sera vélo, lui signifia Octavia.
– Mon dieu qu'avez-vous fait à Octavia Blake… soupira Raven.
Le trajet jusqu'au lycée fut silencieux, chacune appréhendant quelque peu le retour de Clarke, les regards que les autres pourraient jeter sur la blonde et la pression qu'elle allait subir. Contre toute attente, leur amie semblait de loin la plus paisible. Alors que Raven ne cessait de souffler, Octavia de taper nerveusement sur le volant et Lexa de se ronger les ongles, la Coelumie arborait un léger sourire, impatiente de retrouver le lycée. Alors que sa petite-amie portait un nouveau doigt à sa bouche pour lui faire subir le même sort que les autres, elle se saisit de sa main et la prit dans la sienne avant de caresser de manière rassurante ses doigts. Elle ne pouvait toujours pas lire dans son esprit mais au vu des pensées incessantes d'Octavia et Raven, il n'était pas difficile de savoir ce qui pouvait bien tracasser la brune.
Dans quoi est-ce qu'on s'est fourrée… Moi ma vie c'était juste les concours de mathématique, de physique et Octavia Blake qui me martyrisait… pensa Raven.
Tout va bien se passer, tout va bien se passer, tout va bien se passer, pas d'angoisse, pas d'angoisse, pas d'angoisse, je reste Octavia Blake, ne cessait de se répéter la cheerleader comme s'il s'agissait mantra censé chasser ses peurs.
Ce bouillonnement de pensées lui donnait la migraine et même le tournis, leur négativité l'atteignait comme jamais, et finalement elle s'estimait chanceuse que rien ne vienne de Lexa. L'âme de la brune devait subir les pires remous émotionnels.
– Les filles tout va bien se passer, voulu les rassurer Clarke.
– On va le voir immédiatement, vu qu'on est arrivée. Sans mauvais jeu de mot, prête pour ton baptême du feu ? lui demanda Octavia.
– Prête, répondit clairement la blonde parfaitement déterminée à se réintégrer.
Elle entremêla ses doigts à ceux de Lexa et porta la main de la brune jusqu'à ces lèvres pour y déposer un baiser encourageant. Elle savait qu'elle n'aurait pas de problème, elle avait l'habitude que les regards se portent sur elle et que les pensées la visent. En revanche, Lexa n'y était pas accoutumée, elle jouissait certes de sa petite popularité, mais elle était devenue plus sauvage depuis la fusillade, craignant le regard des autres et subissant sa propre culpabilité.
– Ensemble ? lui souffla-t-elle, ses lèvres contre sa main, mêlant son regard azur aux émeraudes de Lexa
– Ensemble, lui répondit la lycéenne en souriant.
Ce trop plein d'amour écœura rapidement Octavia et Raven, qui roulèrent des yeux.
– Allez ! s'exclama Octavia pour les presser un peu.
Les filles sortirent de la voiture en prenant une grande inspiration. Il était temps qu'elles entrent dans l'arène telles des lionnes. Octavia était la première et menait sa troupe comme une vrai leadeuse, marchant de son allure féline, et la tête haute. Elle savait que de cette manière personne ne viendrait lui poser de question, elle était sûre d'elle, personne ne demandait des comptes aux gens sûr d'eux.
Bombe le torse Clarke… pensa-t-elle en sachant que la blonde allait pertinemment l'entendre.
Et la Coelumie n'y manqua pas, alors qu'elle voulait se faire discrète, elle releva la tête et imita Octavia, en prenant Lexa par la main. Toutes les quatre fendirent la foule qui se tenait sur le parvis. Les regards se firent curieux, étonnés, plein de surprise, apeurés, tout comme les pensées.
Mais… souffla un élève.
Oh mon dieu… s'écria un autre.
Comment est-ce possible… se demanda cette fille aux traits asiatiques.
Clarke Griffin ?! s'exclama un des professeurs.
Elle n'est pas censée être morte ? s'interrogea un élève qui avait vu Clarke repartir dans les flammes.
Octavia tu déconnes… Qu'est-ce que tu fous avec une geek ?! Pensa une des cheerleader.
La petite troupe s'avança jusqu'à Lincoln qui se tenait de dos. Octavia ne l'avait ni vu ni contacté depuis ce matin du 31 décembre, elle aimait son footballeur mais à vrai dire, elle avait eu d'autres chats ou plutôt une extra-terrestre à fouetter. Sentant que tous ceux qui l'entouraient arborait un visage ébahi, Lincoln n'eut d'autres choix que de se retourner pour comprendre ce qui pouvait bien se passer derrière lui. La vision le choqua et le laissa presque sans voix, seuls quelques balbutiements réussirent à franchir ses lèvres, sur lesquelles Octavia déposa un baiser qui voulait dire « ne poses pas de question ».
– C'est une blague ? s'aventura-t-il tout de même à lui demander.
– Absolument pas, soit poli dis bonjour à Clarke… lui répondit-elle comme si tout était normal.
– Bon-Bonjour Clarke… Balbutia-t-il, O' tu peux m'expliquer ?
La cheerleader n'eut pas le temps de lui répondre que Johnson et Smith, deux filles de son équipe se postèrent face à Raven, envahissant l'espace avec force et portant un regard plein de dédain sur la petite hispanique qui se cachait derrière ses épaisses lunettes de vue.
– Tu veux pas retourner jouer avec ta calculette Reyes au lieu de coller aux fesses d'Octavia sans qu'elle ne l'accepte, demanda Smith.
– Mais je… répondit Raven soudainement un peu fébrile.
– Allez, cesses de l'embêter, dégages la geek.
– Du calme les filles, intervint Octavia en s'interposant entre la petite hispanique et les deux cheerleaders.
– T'inquiète pas Octavia tu n'auras pas à faire le sale boulot pour qu'elle comprenne qu'elle n'est pas des nôtres, répondit Smith.
– Les filles elle est avec moi…
– Pff une fille avec de tels cul de bouteille et cette pauvre fille ? On ne savait pas que tu faisais la charité maintenant, pestiféra Johnson en jetant un coup de tête en direction de Lexa et Raven.
Entre les cas-soc' orphelines, les geeks, et les revenants… pensa celle qui l'accompagnait.
Cas-soc' orpheline, geeks, revenants… Si elle était sans aucun doute la revenante et Raven la geek, Lexa était la cas-soc' orpheline, pensa Clarke. Comment cette fille pouvait-elle se permettre de les traiter ainsi ? Un nouveau sentiment méconnu fit son apparition dans l'esprit de Clarke, elle était en colère et prête à tout excès de violence pour défendre celle à qui elle tenait, surtout lorsqu'un voile de tristesse gagnait ses jolis yeux verts de cette manière.
– Qu'est-ce que tu as dit ?! demanda Clarke.
– T'as très bien entendu la blondasse, Miss culs-de-bouteille n'a rien à faire ici.
– J'ai surtout entendu cas-soc' orpheline.
Octavia releva qu'à aucun moment Johnson, qui leur faisait face n'avait prononcé ce mot… Et merde… pensa la Blake qui savait que ce n'était que le début des problèmes.
– Oh mais si j'ai pensé si fort que ça c'est que tu dois le penser aussi ! Octavia je n'ai jamais compris ce que tu foutais avec Lexa… Elle est tellement…
– Peu intéressante, conclut l'autre fille.
– La ferme Echo, elle l'est sûrement plus que toi, tu sais que je ne choisis pas mon entourage au hasard, ne soit pas jalouse pour ça… souffla Octavia
Au même moment, Clarke sentit son sang s'échauffer à la vitesse de l'éclair, une lueur noire gagnant son regard azur, elle sentit ses poings se serrer et une certaine agressivité remplir tout son être.
– Bah quoi ? Ta petite copine est une cas soc' et alors ? ricana une des cheerleader en s'adressant à la blonde.
Clarke ne put retenir une gifle qui alla s'éclater sur la joue de la fille qui lui faisait face. Le contact avait été fort, ce n'avait pas été une simple gifle, Clarke n'y avait pas mis une force humaine et la cheerleader s'était vite retrouvée à terre. Pas abattue, elle se releva pleine de détermination et frappa la blonde qui ne bougea pas d'un cil. La situation devenait critique et étrange pour tous ceux qui regardait. Il fallait faire diversion, vite, très vite, pour que personne ne se doute de quelque chose. D'un regard entendu, Octavia, Raven et Lexa se jetèrent dans la bataille. On pouvait entendre des cris et des mots d'oiseaux, on pouvait voir des tirages de cheveux et des gifles claquer contre les joues déjà rosies par l'effort, alors que Lincoln observait impuissant le violent spectacle.
Soudain, une voix braillarde et hargneuse se fit entendre et les stoppa dans leur élan :
– WOODS ! REYES ! JOHNSON ! BLAKE ! SMITH ! Et… Griffin ?!
Chacune d'elle releva la tête, les yeux encore emplis de rage et prête à en découdre.
– Dans mon bureau ! TOUT DE SUITE ! les appela la Principale Porter.
Les réprimandes ne cessaient de claquer dans l'air, les poings ne cessaient de taper sur le bureau, alors que les six filles, la tête baissée, ne cessait de sursauter à chaque nouveau grognement de la Principale.
– VOUS CROYEZ QUE JE N'AI QUE CA A FAIRE UN JOUR DE RENTRÉE ?! M'OCCUPEZ DE VOS PETITES DISPUTES DUES A VOS EGO SURDIMENSIONNES?! VOUS ÊTES TOUTES COLLÉES SAMEDI MATIN !
– Mais Mrs Porter je suis déjà…
– COLLER SAMEDI MATIN ?! JE SAIS WOODS ! VOUS SEREZ COLLÉE LE SAMEDI SUIVANT ET BLAKE JE VOUS LAISSE SANCTIONNER VOS FILLES ! s'emporta une nouvelle fois la Principale. DÉGAGEZ DE MON BUREAU !
Les filles se levèrent précipitamment et quittèrent le bureau d'un pas vif. Clarke les imita avec un certain temps de retard. Elle allait à son tour passer la porte lorsque la voix de la Principale l'interpella :
– Sauf vous Griffin, je crois que nous avons des choses à nous dire, continua-t-elle en se radoucissant tout en restant ferme.
La panique gagna Octavia, Raven et Lexa tandis que Johnson et Smtih ricanait joyeusement dans le couloir.
– Ça va aller, souffla-t-elle dans un sourire rassurant avant de fermer la porte.
Curieuses, les trois amies décidèrent de coller leur oreille à la porte ce qui ne manqua pas à Mrs Porter.
– J'AI DIT DÉGAGEZ ! Gronda-t-elle une nouvelle fois, faisant déguerpir les trois filles.
La Principale inspira bruyamment, se concentrant à chasser tout son énervement, et se laissa mollement tomber dans son fauteuil capitonné.
– Griffin… Griffin… Griffin… répéta-t-elle en soupirant et en passant la main dans ses cheveux crépus.
Clarke ne bougeait pas. A vrai dire elle n'en avait rien à faire des réprimandes de la Principale, mais elle restait tout de même surprise que cette femme colérique et blasée ne soit pas si étonnée de la revoir. Fronçant un peu les sourcils et forçant un peu sur ses yeux, elle tenta de lire dans ses pensées, mais rien ne filtra. Bizarre… La première fois elle n'avait pas rencontré un tel obstacle.
– Vous êtes en train de vous dire que c'est étrange que je ne sois pas étonnée de vous revoir après quelques mois d'absence et surtout après avoir disparu dans les flammes.
Clarke ne moufta pas, intriguée par ce que la principale avait à lui dire.
– Et vous êtes aussi en train de vous dire « Bizarre, la première fois que je l'ai rencontré je pouvais lire dans ses pensées ».
A cet aveu Clarke déglutit. Mrs Porter ? Une Coelumie ? Elle ne s'y attendait vraiment pas.
– Je croyais vous avoir dit de ne pas fréquenter Woods.
– Je… tenta-t-elle de se justifier.
– Je, je, je… l'imita la Principale, QUOI ? Thélonius ne vous a-t-il pas appris à vous exprimer correctement ?
Thélonius… Bien évidemment qu'elle le connaissait.
– Je n'ai pas pu m'y résoudre. Elle m'intriguait.
– Bien sûr qu'elle vous intrigue… soupira la Principale.
Clarke fronça les sourcils, comment Mrs Porter pouvait être aussi sûre d'elle ?
– Son esprit vous est aussi fermé ?
– Non, je lis en elle comme dans un livre ouvert et parfois ce n'est pas très joli à voir, répondit-elle normalement.
– Alors pourquoi cela ne vous surprend pas qu'elle m'intrigue ?
– Ses pensées vous sont totalement impénétrable n'est-ce pas, agent 2038 ? J'ai immédiatement su qui vous étiez lorsque vous avez débarqué avec votre tête d'ange, tous vos mensonges et votre jolie grandidiérite, monta-t-elle du doigt avant de lui montrer la sienne, déclara-t-elle en éludant sa question.
– Comment ai-je pu lire dans vos pensées ? Pourquoi ne m'avoir rien dit ?
– Parce que je n'avais pas fermé mon esprit, une habitude quand on a passé 4000 ans sur Terre, et surtout parce que je n'avais pas envie de me tracasser avec l'arrivée de quelqu'un de mon espèce, on sait toujours à quel point cela se révèle de mauvaise augure…
– 4000 ans ? Sans rentrer ? demanda Clarke surprise.
– Sans rentrer, acquiesça la Principale.
Clarke jeta un coup d'oeil au bureau de la Principale. Un exemplaire de la Constitution américaine en très mauvais état, une multitude de diplômes encadrés, des objets de collection datant d'un autre âge… Comment avait-elle pu passer à côté de tout cela ?
– Ce qui explique les nombreux objets de collection, et les nombreux diplômes… souffla Clarke après avoir observé la pièce.
– Vous savez bien qu'il faut s'occuper, le temps est long…
– Pourquoi n'êtes-vous jamais rentrée ?
La Principale se leva, fit quelque pas dans son bureau, passant de temps à autre ses doigts sur les quelques babioles qui décoraient son bureau, elle se retourna et lui dit sur le ton de l'indifférence :
– Je n'ai pas pu. J'ai été bannie. Échec de la mission.
– Thélonius ?
– Thélonius.
– Qu'avez-vous fait ?
– J'ai sauvé un humain qui ne devait pas l'être. Je ressentais des choses pour lui, je n'ai pas pu me résoudre à le laisser... Comme vous avec Lexa.
Clarke déglutit une nouvelle fois, c'était la première fois qu'une autre personne que Thélonius s'immisçait dans son esprit.
– Je sais ce que ça fait Klark… dit-elle en prononçant correctement son prénom.
– Pourquoi moi… ? Pourquoi Lexa ? Pourquoi maintenant ?
– Nous sommes les mêmes Klark. Et c'est à Thélonius de vous apporter les réponses.
– Il ne sait pas, répondit la blonde après s'être remémorée sa conversation avec son maître.
– Il ment. Montrez-moi votre poignet Klark.
Elle s'exécuta et tendit sa main à la Principale qui passa ses doigts sous le bracelet pour constater à quel point ses cicatrices étaient semblables aux siennes. Clarke devait être réellement éprise de la lycéenne pour que Thélonius lui inflige de telles blessures.
– Croyez vous qu'il vous infligerait de telles souffrances sans savoir ce qu'il se passe ? Thélonius sait très bien ce qu'il se passe. Pour vous apporter un début de réponse, vous êtes un simple essai qu'il pensait réussit… Et il s'avère que vous êtes un essai raté, tout comme moi.
Un essai raté ? Thélonius lui avait toujours dit qu'elle était la plus parfaite, lui avait-il mentit ?
– Quel est le lien entre votre mission, la mienne, Lexa, vous et moi ?
– Thélonius vous répondra… Tout ce que je peux vous dire, c'est que les deux personnes dont l'esprit nous est impénétrable sont l'incarnation de l'impuissance face aux événements, une sorte de présélection naturelle qui fait qu'ils n'ont aucune chance d'apparaître sur la liste. Ces personnes de par leur résignation ne sont pas des élus.
A cet aveu, Clarke sentit son sang se glacer, et des centaines de milliers de poignards transpercer son coeur. Il n'y avait aucune chance que Lexa survive.
– Vous espériez qu'elle y soit, que ce n'était qu'une question de temps ?
Clarke avala difficilement sa salive et acquiesça tête baissée, comme brisée par la nouvelle.
– Votre dilemme moral est encore plus flagrant maintenant que vous savez qu'elle va mourir.
Cette fois-ci il n'y avait plus d'espoir, il n'y avait plus d'attente, la suite des événements était certaine. Comment choisir ? Comment faire face à ce conflit existentiel ? Lexa était tout pour elle, mais elle voulait enfin se reposer… Pourquoi Thélonius la punissait de la sorte ? Pourquoi devait-elle faire ce choix ?
– Klark… 4000 ans c'est long, surtout quand on pense à l'éternité qu'il y a derrière… Je suis fatiguée de me réinventer tous les vingt ans… L'errance n'est pas une vie, pensez-y…
– Vous regretter de l'avoir sauvé ?
– Des jours oui, des jours non… soupira la Principale avant d'écourter la conversation, je parie que Blake va venir me demander quelques choses même si je viens de lui passer un énorme savon.
– Je crois oui…
– Bien retournez en cours, je vous laisse inventer une histoire à votre guise, et les convaincre en leur faisant accepter l'inacceptable grâce à vos facultés psychologiques inhumaines… Nous sommes doués pour ça. Et Klark… Quelque soit votre décision, mesurez-là et prenez soin de vous.
– J'y tacherai…
Clarke quitta le bureau le regard dans le vide. Le big bang qui venait de naître dans son cerveau l'empêchait de réfléchir correctement à ce qu'elle devait faire. Elle étouffait, suffoquait, sa gorge se serrait et ces yeux verts la hantaient. Elle devait respirer, maintenant. Elle courut jusqu'aux toilettes pour s'isoler. Elle ferma la porte à clef et se laissa glisser contre le mur en ne retenant aucune de ses larmes.
Tout son corps lui faisait mal, elle avait l'impression que son coeur était brisé en mille morceaux, les mots de la Principale résonnaient dans sa tête de manière dégoûtante et effroyable. Elle avait bien remarqué que Lexa n'allait pas se battre pour sa survie, elle le lui avait dit qu'elle accepterait son sort. Lexa n'était pas impuissante pour elle, au contraire, elle était une force de la nature capable d'accepter l'ordre transcendant et de subir les conséquences des erreurs du passé. Lexa, son humour plein de sarcasme, sa timidité, ses soupirs, leur matinée devant la télévision, ses réflexions philosophiques bas de gamme, sa résignation, ses râleries, ses petits complexes, sa gentillesse, sa tendresse, sa bienveillance, la chaleur de son corps, son fin sourire, ses joues légèrement rosées lorsqu'elle se tenait près d'elle, ses grands yeux verts qui lui faisait ressentir tellement de choses lorsqu'elle y plongeait, son rire discret qu'elle adorait surprendre, ses baisers qui enflammaient son coeur.
Lexa était parfaite à ses yeux, et l'injustice de sa mort lui donnait envie de tout briser dans la pièce. Il fallait qu'elle se contienne… Il fallait qu'elle se ressaisisse… Et surtout qu'elle pense à tout ce que lui avait dit la Principale Porter : désormais, tout était concret, mourir et ne laisser aucune chance à Lexa, vivre éternellement et sauver la femme qui la faisait se sentir en vie.
Clarke sécha ses larmes et tenta de faire le vide, il était bientôt l'heure du déjeuner. Elle ne voulait pas que ses amies et sa petite-amie la voit dans cet état. Même si Lexa avait accepté son sort, elle ne voulait pas l'inquiéter et lui retirer tout espoir. L'image de son sourire lui vint et fit soudainement taire toutes ses douloureuses pensées… Pour l'instant, elle devait profiter du temps qu'il lui restait à ses côtés, remettant sa décision à plus tard, lorsqu'elle serait prête à faire son choix.
Et voilà quelques révélations qui font sans doute un peu de mal à votre petit coeur...
A la semaine prochaine :)
Prochain chapitre: Tu seras une cheerleader.
