Sans un mot, Clarke quitta le salon de Lexa. Seulement vêtue de son short et de son débardeur, elle courut pieds nus dans la fraîcheur matinale jusqu'à atteindre la ferme des Dursley pour y trouver un peu de quiétude et surtout de pas inquiéter ses amis.
- Thélonius ! pensa-t-elle en serrant ses poings.
- Klark.
- Pourquoi ?! Pourquoi as-tu tué tout ces innocents !
- Pour te punir.
Clarke sentit son monde s'effondrer. Pour la première fois de sa longue vie, le souffle lui manqua. Ses épaules s'affaissèrent, son dos se courba jusqu'à ce qu'elle doivent prendre appui sur ses genoux comme si elle portait désormais toute la misère du monde.
Théolonius n'avait eu aucun scrupule à réaliser ce qu'elle craignait le plus : accélérer la fin de l'humanité pour une simple discorde. Les larmes gagnèrent ses yeux bleus jusqu'à finir par couler abondamment le long de ses joues.
- Vois-tu à quel point tu es devenue faible ? Vois-tu toute la douleur que tu ressens ?
- Mais c'est moi Thélonius ! Je suis comme ça ! s'emporta Clarke pleine de rage. Et c'est à cause de toi ! De ton expérience ! Je suis une Terrienne !
- Tu es une Colelumie Klark ! Tu as été élevée comme telle !
- Mais je vis comme eux désormais !
- Si tu tiens un tant soit peu à cette race, si tu ne veux pas qu'il y ait plus de morts inutiles, et si tu veux gagner quelques heures de plus avec elle, termine le travail. La fin arrivera dans deux rotations terriennes.
Les derniers mots de Thélonius lui avaient glacé le sang. Plus que la vie de l'espèce humaine toute entière, l'homme au bouc menaçait d'écourter celle de Lexa. Perdre Lexa plutôt que prévu, perdre Lexa dans deux rotations. Voilà ce qui allait arriver. Désormais c'était certain. Les jours de la brune étaient comptés et leur histoire d'amour allait bientôt connaître la plus terrible des fins.
Ces informations ne cessaient de tournoyer dans sa tête, emportant tout ses songes, créant en elle une tempête intérieure qui ne prendrait sans doute jamais fin. Elle ne pouvait pas laisser Lexa, elle ne pouvait pas vivre sans elle, et rien que la pensée de la voir mourir dans ses bras la dévastait, son coeur lui faisant mal comme s'il avait été poignardé.
Termine le travail, lui avait ordonné Thélonius. Clarke n'avait jamais traîné, et encore moins lorsqu'elle s'était exilée pour échapper à tous les sentiments que Lexa faisait naître en elle. Il ne lui restait qu'un quartier de la ville à arpenter pour trouver les derniers survivants de sa section géographique. Alors, souhaitant profiter de ses derniers instants aux côtés de la brune avant que la fin du monde ne les emporte, Clarke se remit à courir en direction du quartier de Lexa. Il était temps d'achever sa mission.
Même pas essoufflée, elle pénétra en trombe dans la maison alors que les quatre jeunes gens qui étaient restés figés devant la télévision sursautèrent. Aucun d'eux n'eut le temps d'ouvrir la bouche que Clarke figea la scène. Ils étaient tous là à la regarder les yeux dans la vide. Raven les deux mains en l'air allait sûrement lui demander où elle avait bien pu fuir si rapidement, Octavia et Lincoln la regardait avec suspicion, tandis que Lexa… Lexa la regardait de son air amoureux mais triste comprenant parfaitement ce qui était en train de se passer.
Alors Clarke approcha de Raven, sortit une minuscule seringue de la poche de son short, et injecta un sérum à la couleur bleuâtre dans le cou de la latina. Le génie Reyes, un des esprits les plus prometteurs que la Terre ait porté méritait de survivre. Puis elle approcha d'Octavia, et lui fit subir le même sort. La brune aux yeux hazel par sa force de persuasion et son incroyable talent à mener des troupes serait une formidable leader pour les humains qui allaient perdre tous leur repère. Vint le tour de Lincoln, le patrimoine génétique presque parfait du grand métis venait de lui offrir son droit de survivre à la fin du monde. Enfin, Clarke approcha de Lexa. Lexa n'avait rien, Lexa était la plus imparfaite des Terrienne mais la plus parfaite des femmes à ses yeux. Elle n'avait pas le droit de la sauver, Lexa n'était pas une élue, et elle elle devait mourir… Alors délicatement, elle approcha son visage du sien et le prit en coupe. Et alors que les larmes mouillaient ses lèvres, elle les déposa sur celle de la brune pour lui donner un baiser qui contenait toutes les excuses du monde.
- Pardonne-moi, murmura Clarke contre les lèvres de la brune.
La Coelumie recula de quelques pas, sécha ses larmes et reprit sa place initiale avant de faire de nouveau courir le temps.
- T'étais où ?! S'exclama Raven, la télé annonce 100 000 morts et toi tu prends la poudre d'escampette comme ça ? Il est temps que tu fasse une démo de supergirl pour sauver l'humanité Clarke !
- C'est vrai que c'est une mission pour toi, ajouta Octavia.
Clarke baissa les yeux. Elle n'avait qu'une mission et elle venait de l'accomplir pour enfin trouver son salut après trois milles années de bons et loyaux services.
- Je n'ai pas cette prétention, souffla-t-elle.
- En tout cas moi, ça m'a miné le moral, je crois qu'on va remettre le projet de jardin à plus tard.
- Ouais t'as raison O', admit Raven.
Sur ces derniers mots, les trois amis quittèrent la demeure de Lexa, laissant la blonde et la brune seules. Lexa ne bougea pas, plantant son regard émeraude dans les deux océans de Clarke qui se mirent à tournoyer lentement, et qui voulait lui dire « tout va bien se passer ».
- Pas ça Clarke tu sais que ça ne fonctionne pas avec moi, l'interpella Lexa.
Clarke détourna une nouvelle fois le regard et se mordit l'intérieur de la joue pour ne pas pleurer.
- C'est lui, c'est ça ? Demanda Lexa.
Clarke acquiesça sans même la regarder, la gorge encore plus serrée et les larmes menaçant de dévaler le long de ses joues.
- Il sait ?
- Oui.
- Bien… souffla Lexa en passant la main sur son visage, complètement dépassée par les événements, je crois que…
Clarke n'avait beau ne pas lire dans les pensées de sa petite-amie elle savait parfaitement ce qu'elle allait lui dire et qu'elle risquait de la fuir comme elle l'avait durant ces dernières semaines. Mais Clarke ne pouvait pas l'accepter, il ne leur restait que sept rotation terrienne pour s'aimer, et elle comptait bien lui donner tout l'amour qu'elle avait pour elle durant ces derniers jours. Alors d'un pas, Clarke s'approcha d'elle et l'empêcha de finir en prenant de nouveau son visage entre ses mains.
- Je t'interdis d'y penser.
- Mais…
- Je t'interdis de me quitter.
- Clarke… Tout ces morts…
- Ils devaient mourir Lexa. Il n'aurait pas prit la peine de tuer des élus. Et quand bien même, mon amour pour toi vaut bien plus que la peur de sa rage destructrice. Prends tes affaires, on s'en va.
- Mais demain il y a cours… Et le bal !
- Prépares tes affaires,prends des affaires chaudes et de quoi manger, ordonna de nouveau Clarke.
Devant l'insistance de la blonde, Lexa n'osa pas la contester de nouveau et prépara un sac comme Clarke lui avait demandé.
- Donne-moi ton sac, je vais le porter.
La blonde se saisit du sac et commença à marcher en tête, alors que Lexa trottinait presque à sa suite.
- Clarke on va où ?
- Tu verras.
Les deux filles marchèrent durant quelques heures, s'enfonçant dans les forêts de l'Oregon, empruntant des sentiers escarpés, sautant par dessus des rivières jusqu'à ce que la nuit pointe le bout de son nez, la lune prenant doucement la place du soleil.
Clarke prit la main de Lexa et l'encouragea à la suivre, la faisant pénétrer dans une petite clairière abritée sous de grand séquoia. Le lieu était idyllique pour une nuit à deux. Clarke tira un peu plus Lexa, l'amenant sur un petit chemin caillouteux, elle mis la main sur ses yeux et la poussa un peu à avancer.
- Mais qu'est-ce que tu fais ? Demanda Lexa en riant nerveusement.
- ça… souffla Clarke.
La blonde retira ses mains des yeux de Lexa qui les ouvrit délicatement pour se rendre compte qu'elle surplombait une immense vallée au ciel complètement dégagé. Elles étaient montée si haut qu'elle avait l'impression de dominer le monde pour la première fois de sa vie.
- C'est magnifique, souffla Lexa en observant les milliers d'étoiles qui tachetait le ciel de leur luminosité.
- Je n'ai rien à te donner de plus que mon amour, le ciel et les étoiles.
- Et c'est déjà beaucoup… chuchota Lexa complètement bouche-bée par la beauté de ce lieu qu'elle n'avait jamais visité. D'où viens-tu Clarke des étoiles ?
La blonde se rapprocha du corps de la Terrienne pour se coller à son dos. Elle déposa un baiser sur sa joue et pointa le ciel de son doigt.
- De celle-ci.
Lexa était restée assise sur ce bout de roche qui surplombait l'immense vallée. Clarke l'avait laissé profiter du calme, de ce silence apaisant en la laissant se perdre dans les étoiles comme elle aimait le faire depuis le toit de sa maison. En très peu de temps, elle avait fait un feu et à l'aide de la force titanesque de ses bras, elle avait construit en rien de temps un petit abri qui les abriterait durant la nuit. À présent, elle observait le dos de la brune, le nez levé vers le ciel. Sans un bruit, elle vint s'asseoir à côté d'elle et passa son bras autour de ses épaules.
- Tu vas bien ?
Lexa acquiesça et nicha sa tête dans le creux du cou de la blonde avant de souffler après un petit silence :
- Sur Terre on dit que quand les gens meurent ils montent au ciel, tu crois que mes parents brillent aussi ?
- J'en suis sûre, répondit Clarke en embrassant la tempe de la brune.
- J'aurais aimé les connaître un peu plus… Peut-être que ma vie n'aurait pas été la même s'ils avaient été plus là. Peut-être qu'il m'aurait pousser à faire quelque chose de ma vie, et peut-être même que j'aurais été choisie… Mais de toute manière quoi qu'il arrive, et même si certains sont sauvés nous ne sommes toujours rien, juste de la misérable poussière dans tout l'univers… Est-ce qu'on est les seuls à mal se comporter dans tout l'univers ?
- Oui…
- Pourquoi ?
- Parce que certains sont bêtes, d'autres passionnés. Vous vous détruisez parce que vous êtes passionnés par le pouvoir, l'argent, l'amour, la haine… Alors peut-être que nous décidons de votre sort à cause de tout ça, mais au moins vous vivez. Et je suis contente de vivre un peu aussi, de goûter à cette passion.
- Tu te passionnes pour moi Clarke Griffin ? Demanda Lexa, taquine.
- Oh mais bien sûr… Et depuis le jour où je suis entrée dans cette classe et que ton âme n'a pas voulu que je lise en toi, répondit Clarke avant d'embrasser furtivement la brune en riant.
- Alors c'est juste ça ? Tu te passionnes pour moi juste parce que je suis intrigante ? S'offusqua faussement Lexa.
- Et parce que je te trouve drôle, sarcastique, gentille, nonchalente, modeste, intuitive, calme, attentionnée, maladroite…
- ça fait tout de même pas mal de défaut.
- J'ai toujours été habituée à choisir les plus parfait d'entre vous pour les sauver. Et te voilà toi, Lexa Woods, la plus imparfaite des Terrienne que j'ai rencontré… Je n'étais absolument pas préparé à toi, et c'est pour ça que je t'aime.
- Alors je suis une simple découverte parce que tu en avais marre de ces images trop bien léchées ?
Clarke rit de nouveau à la taquinerie de la brune, détacha son bras de ses épaules et plongea son regard dans le sien avant de lui :
- Tu es ma plus belle découverte, tu es celle qui met du mouvement dans ma vie bien trop morne et qui fait qu'elle n'est plus aussi lisse qu'avant. Tu es celle qui me donne le tournis, fait faire l'ascenseur à des organes dont je ne soupçonnais absolument pas l'existence. Tu fais battre mon coeur comme jamais il n'a battu et tu me fait me sentir en vie.
Personne n'avait jamais dit ça à Lexa. Personne ne lui avait jamais témoigner autant d'amour. Aucune personne ne lui avait dit qu'elle aimait telle qu'elle était, avec tout ses défauts. Emue, par la déclaration de Clarke, Lexa sentit une larme couler le long de sa joue. Larme dont Clarke vint stopper la course à l'aide de sa bouche, embrassant tendrement le visage de Lexa qui soupira d'aise.
Animée par une fièvre incontrôlable qui prenait possession de tout son être lorsque Clarke posait ses lèvres sur la moindre partie de son corps, Lexa déposa un baiser sur cette bouche à laquelle elle ne pouvait résister.
Clarke serait le corps nu de Lexa contre le sien. L'air s'était considérablement rafraîchi depuis quelques heures. Froid. L'air était aussi froid que la mort qui guette. Mais Lexa ne ressentait pas cela. Le corps brûlant de Clarke lui faisait oublier que dans une poignée d'heure tout serait finit.
La Coelumnie respirait lentement, déposant de temps à autre des baisers sur le front de la Terrienne. Les derniers baisers, les dernières caresses avant que la mort n'emporte ce qu'elle avait inconsciemment toujours cherché. Était-elle égoïste de penser qu'elle sacrifierait Lexa pour profiter de son repos éternel ? Trois milles années… Trois milles années à servir le bourreau de l'humanité. Clarke se demandait si les choses n'avaient pas changé : elle avait toujours rêvé de son salut, elle le trouverait dans quelques heures, et pourtant n'était-elle pas capable de vivre l'éternité juste pour profiter de quelques années au côté de Lexa ?
Clarke ne savait plus. Surtout, elle ne savait pas comment elle trouverait la force d'achever la vie de Lexa. La Coelumnie, force de la nature et de l'univers était désormais si faible face à cette Terrienne imparfaite. Le dilemme intérieure de la blonde était insupportable : que choisir entre le repos éternel après trois milles années d'une vie morne et sans sentiments, et une poignée d'année où elle se sentirait en vie, où les sensations les plus grisantes du monde envahiraient tout son être, où elle découvrirait ce si beau sourire chaque jour où le soleil se lèverait ?
Clarke ferma les yeux et repensa à toutes ces années, toutes ses rencontres, chacune de ses missions, chacun de ses lieux qu'elle avait visité, chacune des personnes qu'elle avait vu mourir, les visages, les larmes, les cris. Des cheveux bruns se balançant dans le vent vinrent troubler ces sombres pensées. La vision d'une main douce et chaleureuse prenant la sienne, des émeraudes se plongeant dans ses yeux, et le presque souvenir de quelques mots doux chuchotés à son oreille firent sourire la blonde. Mais Clarke pensa aussi à chaque fois où elle avait imaginé à quoi allait ressembler son repos : la douceur, la disparition de la douleur et de l'horreur, une ascension spirituelle vers un univers inconnu où elle serait enfin en paix.
Les images de Lexa et de son repos s'accélérèrent derrière ses paupières closes. La douceur était entrecoupée par les rires et les regards de la Terrienne, et ces instants de bonheur étaient eux-même troubler par les moments de pleine quiétude que fantasmait Clarke depuis sa naissance. Les images s'accélérèrent une dernière fois à une vitesse insoutenable obligeant la Coelumnie à faire un choix mental. L'ultime choix.
Une dernière image se fixa derrière ses paupières. Son choix était fait. Clarke sentit sa gorge se nouer l'empêchant presque de respirer convenablement. Elle sera un peu plus Lexa contre elle comme si la dernière minute de rotation terrienne était en train d'avoir lieu. Une larme glaciale dévala la joue de la Coelumnie : cette dernière image venait de scellé l'avenir.
