- Hé mais laisse-moi de la place ! S'offusqua Octavia
- Moi d'abord ! Répliqua Raven.
- Non mais vous y croyez ?! Il y a encore quelques semaines de ça tu ne savais même pas ce que c'était du mascara !
- Et toi il n'y a même pas une semaine de ça tu as jeté tout ton maquillage et tes poils mesuraient quasiment un centimètre ! Lincoln était prêt à louer une débroussailleuse.
- Et bien les vieux adages persistent ! Chassez le naturel et il revient au galop ! Laisse-moi redevenir Octavia Blake, la cheerleader aimé et adulé le temps d'une soirée !
- Je savais que je ne pouvais pas vous laisser seules une soirée.
- LEXA ! S'écrièrent les deux autres lycéennes.
- Qu'est-ce que tu fous ici ?! Pas de nouvelle depuis 24h en pleine apocalypse ! Mais heureusement, ils n'ont pas annulé le bas le promo ! Reprit Octavia en agitant ses mains pleine d'excitation.
- Et bien primo, je crois que je vis encore ici et deuxio…
- Pas de deuxio bébé ! Il faut te préparer pour la soirée de l'année !
Décidément Octavia Blake n'avait pas changé, ou alors si. Elle avait changé mais l'apocalypse la rappelait à la réalité : les télévisions ne cessaient de diffuser des images des quatre éléments se déchaînant et alourdissant chaque heure le bilan humain. Octavia Blake avait changé, et elle savait qu'ils allaient tous mourir. Leur petite bourgade de l'Oregon n'était pas encore touchée, mais pour combien de temps encore ? Quelques semaines ? Quelques heures ? Quelques minutes ? Elle n'en savait rien, elle n'était plus maîtresse de sa fin, la seule chose qui l'empêchait d'y penser était de profiter des derniers instants et faire ce qu'elle avait toujours aimé : embêter Lexa et profiter de ses amis. Alors Octavia prit son amie par le bras et la força à s'asseoir face au miroir.
- Octavia, je pense que ce n'est pas trop le moment de faire la fête tu vois…
- Justement ! On va tous crever, autant le faire en dansant et en buvant de l'alcool caché dans le coffre d'une voiture ! Je te jure que la mort sera sûrement plus douce.
- Au fait où est Clarke ? Demanda Raven inquiète de ne pas voir la Coelumnie.
- Vu comme les éléments se déchaînent elle doit tenter de sauver le monde… répondit Octavia.
- Mais quelle beauté ! S'exclama Octavia en contemplant son chef d'oeuvre alors que Raven sifflait.
Lexa était mal à l'aise dans cette longue robe de soirée noire. Elle ne cessait de la réajuster en tirant légèrement dessus, et ne savait ni comment se tenir, ni ce qu'elle devait faire de ses mains. Octavia l'avait obligé à chausser des talons qui ressemblaient bien plus à des échasses qu'à une paire de chaussures. Le maquillage n'était pas en reste. Elle qui était certainement la fille la plus naturelle du lycée avait pour l'occasion les yeux fardés de noir.
- J'avoue que tu es canon ! Si Clarke te vois… En fait il ne vaut mieux pas qu'elle te vois, connaissant sa force sur-humaine on risquerait de mourir dans un incendie.
- D'ailleurs où est Clarke ?! Et Lincoln j'espère qu'ils n'ont pas oublié tout de même ! S'exclama Octavia plus que pressée de se rendre au bal de fin d'année.
La brune au yeux hazel n'eut pas le temps de se poser plus que de question : la sonnerie de la maison de Lexa l'interrompit annonçant l'arrivée de leur chauffeur qui n'était autre que Lincoln.
Octavia, perchée sur ses hauts talons tressauta d'excitation et descendit à toute allure les escaliers sous le regard blasé de Raven et Lexa.
- En tout cas, elle n'a pas oublié comment on marchait et courrait ou dévalait des escaliers avec ces trucs, soupira Raven.
- Octavia restera toujours une reine du lycée, lui répondit Lexa en souriant dans un haussement d'épaule.
En moins de dix secondes, Octavia Blake était à la porte d'entrée, trépignant d'excitation de voir l'homme qu'elle aimait habillé de son plus beau smocking.
Mais lorsqu'elle ouvrit la porte, ce n'est pas Lincoln qu'elle vit en premier. Subjuguée par cette vision de beauté qui venait de l'assaillir, Octavia resta bouche-bée en premier lieu. Quelques secondes de silence passèrent où elle tenta de dire quelque chose, d'esquisser un mouvement, mais rien ne lui vint.
- Je l'ai trouvé sur la route, murmura Lincoln pour sortir sa petite amie de la léthargie.
Octavia revint soudainement à elle, remonta ses poings sur ses hanches et dit :
- Ecoutes-moi bien Clarke des étoiles et de l'univers, je t'aime énormément mais j'ai attendu toute ma vie d'être couronnée reine du bal de promo, et jamais, ô grand jamais je ne laisserai ce titre m'échapper. C'est d'ailleurs comme un droit héréditaire, toutes les femmes de ma familles ont été reine, bon ma fille ne le sera pas car on va tous crever dans d'horrible souffrance mais…
Octavia n'eut pas le temps de finir sa phrase que Lexa la bouscula pour retrouver la Coelumnie.
- Tu es venue, murmura-t-elle presque contre la bouche de la blonde.
- Je n'allais pas rater le bal de promo de ma sublime petite-amie, répondit Clarke dans un sourire.
- Parle pour toi Madame qui va voler le titre à Octavia ! Répliqua Lexa.
Lexa ne pouvait ôter ses yeux de ce qui lui semblait être la plus belle des femmes de tout l'univers. Clarke avaient énormément voyager dans le temps et dans l'espace. Elle avait eut pour habitude de côtoyer le faste de toutes les époques et savaient de quelle manière se tenir, de quelle manière se vêtir, comment se parer des plus beaux bijoux. Clarke avait eut trois milles années pour apprendre ce qui était encore compliqué pour une adolescente complexée.
Lexa ne pouvait s'empêcher de penser que sa petite amie ressemblait à l'une de ses déesses grecques. Vêtue de sa robe blanche elle avait l'air de descendre tout droit du ciel et d'apporter avec elle les derniers rayons de soleil qui allaient illuminer la Terre. Si c'était cela la beauté pure, Lexa voulait bien mourir sur le champs avec cette vision.
- Eh oh ! Il reste encore des célibataires ici, je vous demande de les respecter et de ne pas leur cracher vos mièvrerie à la figure, merci beaucoup, allez hop tout le monde en voiture, lança Raven en claquant des doigts.
La fête battait son plein. Les années avaient beau passer, Clarke constatait que les bals de promo restaient identiques d'année en année : la reine du lycée avait été couronnée, les filles mêmes robes à froufrou, les garçons les mêmes smoking, il y avait chaque année le même stand photo souvenir pour immortaliser cette jeunesse qui se rêve éternelle.
L'éternité… Clarke ne voulait pas y penser. Elle avait désormais choisit sa destiné, et rien ne l'empêcherait de l'accomplir. Elle savait ce qui était le mieux pour elle. Elle contemplait Lexa au loin, toujours aussi mal à l'aise dans sa robe. La brune jouait avec ses mains, regardait à droite, à gauche, tentait se mêler à la jeunesse populaire. Clarke pensa que Lexa n'était pas du tout à sa place, et ce constat était criant, mais qu'est-ce qu'elle la trouvait belle… Elle était la seule à voir l'aura que dégageait Lexa Woods. Et encore une fois elle pensa que le sort était injuste : pourquoi eux, jeunesse certes pleine de vie mais complètement superficielle, avaient-ils été choisis et pas Lexa ? Pourquoi sa Lexa n'était-elle pas une élue ? Pourquoi devait-elle mourir pour que elle, puisse reposer en paix à tout jamais ? Elle ne devait pas y penser, elle avait choisit, et son coeur se brisait une nouvelle fois à cette idée.
- Clarke Griffin ? L'interpella une voix masculine.
La Coelumnie se retourna pour faire face à Bellamy Blake. L'homme était vêtu de son uniforme. « Etrange pour un soir de fête » pensa Clarke.
- Officier Blake.
- Je ne vais pas passer par quatre chemins avec vous Mademoiselle Griffin.
- Ouh, puis-je savoir pourquoi vous employer ce ton avec moi officier ?
- Je sais ce que vous êtes ?
- Ah bon ? Demanda Clarke en riant, et qui suis-je ?
Elle pouvait bien se jouer de Bellamy Blake, les minutes étaient désormais comptées, elle savait que même si son secret était révélé, peu lui importait, l'officier Blake l'emporterai avec lui.
- Vous n'êtes pas une personne commune Clarke Griffin. Depuis votre arrivée des choses étranges ont eut lieu, des crops-circles, des amnésies, l'effet que vous avez sur ceux qui vous entoure…
- Avec tout mon respect, vous délirez officier Blake.
- N'oubliez pas que vous vous adresser à un officier de police. Je vais découvrir clairement qui vous êtes Clarke, mais en attendant ne vous approchez plus de ma sœur.
- Très bien officier Blake, répondit la blonde en se moquant totalement de ce que venait de lui dire l'agent.
Dans un dernier regard noir comme les ténèbres, le frère d'Octavia quitta Clarke peu troublé par leur échange. La benjamine de la famille Blake avait assisté de loin à la discussion peu amicale et se pressa de rejoindre la blonde pour tenter de comprendre de ce que pouvait bien lui vouloir son frère.
- Apparemment, il n'y a que lui qui ne semble pas sous ton charme, déclara Octavia, mutine.
- C'est ce qu'il me reproche apparemment.
Octavia haussa un sourcil interrogateur.
- Ton frère sait.
- « Savoir » est un grand mot, il m'a déjà parler de ses interrogation à ton sujet… Enfin peu importe de toute manière ça ne compte plus ! Oh ! S'écria soudainement Octavia en redressant un peu sa couronne, écoute ça !
Le groupe s'était mis à jouer une chanson au rythme lent, quelques accords de guitare, de basse et de synthé s'entremêlant alors que la salle s'était faite soudainement sombre.
- Vous dansez encore des slow ? Questionna Clarke.
- Bien évidemment… soupira Octavia. Allez, va retrouver ta belle, et tente de lui retirer le balais qu'elle a dans les fesses pour la faire danser.
Clarke sourit et chercha Lexa du regard. Il fût simple pour elle de la trouver : elle était la seule adosser contre un mur. La blonde avança d'un pas lent jusqu'à elle et lui tendit la main. Lexa sourit. Elle pouvait bien faire cet effort et danser avec sa petite amie, après tout la mort était proche.
Alors Lexa se saisit de cette main en pensant qu'elle souriait pour la dernière fois. Clarke l'emmena au centre de la piste de danse et amena son corps contre le sien. Tout en esquissant quelques pas lent elle accola son front contre celui de la brune. Clarke n'arrivait pas à regarder la Terrienne dans les yeux, pourtant elle savait que dans quelques minutes plus rien ne serait comme avant. Elle voulait plus que tout imprimer cette dernière image de Lexa dans cet environnement, mais elle n'y arrivait pas.
Une larme glissa le long de sa joue et finit sa course sur l'un des doigts de Lexa. Comprenant ce qui allait se passer, le coeur de la brune se serra. C'était ses derniers instant sur Terre. C'était ses derniers instants de vie car elle savait au plus profond d'elle-même que son nom n'avait jamais été sur la liste.
- Ne pleure pas Clarke, murmura-t-elle doucement.
La blonde ne répondit pas, trop concentrée à ne montrer aucune de ses émotions, trop concentrée à dire adieu à ce dont elle avait tant rêvé.
- C'est ce soir ?
Clarke ne répondit toujours pas.
- Nous allons mourir ce soir Klark, tu me le fais sentir, dit Lexa en forçant la Coelumnie à la regarder dans les yeux.
- Ton esprit m'est quasiment impénétrable et pourtant, tu lis en moi comme dans un livre ouvert…
- Tes yeux ne mentent jamais Klark, ils ne m'ont jamais mentis.
Silencieusement, Lexa enfouis sa tête dans le cou de Clarke tandis que la blonde lui caressait les cheveux. Toutes les deux se remémoraient leur premiers moments, leurs premiers mots, les résistances de Lexa, leur premier baiser, les disparitions inexpliqués, leurs premiers battements de coeur, les premiers aveux, leur première fois, les questionnements, les longues nuits à parler sous les étoiles, la plage, la forêt, leur dernière nuit…
- Qu'est-ce que je devrai faire le moment venu ?
- Te laisser aller, ne pas résister, ça se ra douloureux, mais ça ira vite, rassura Clarke.
- Est-ce que tu seras avec moi ? Est-ce que tu pourras me tenir la main ?
- Je serai toujours avec toi.
- Pourquoi a-t-il fallu que je tombe amoureuse de mon bourreau…
- Pourquoi a-t-il fallu qu'après trois mille années de vie je tombe amoureuse de toi… ?
Clarke savait qu'il était commun que des machines à fumée crachent une épaisse brume durant ce genre de soirée. Elle savait aussi que Thélonius avait pensé à la brume toxique. Alors quand celle-ci se déclencha, elle su, et Lexa su aussi que tout était fini, qu'il ne lui restait que quelques minutes à vivre. Alors pendant ses dernières secondes la brune voulu imprimer le visage de Clarke dans ses souvenirs et goûter à ses lèvres une dernière fois avant de mourir.
- Embrasse-moi une dernière fois Clarke, murmura Lexa la gorge nouée.
Clarke s'exécuta. Elle déposa tendrement ses lèvres sur celle de Lexa alors que la brume était en train d'envahir la salle. Pas une quinte de toux, la mort allait être douce, Thélonius leur avait au moins accordé cela, se dit Clarke. Toujours ses lèvres plaquées contre celle de Lexa qui profitait de son dernier baiser, Clarke se saisit d'une seringue au liquide bleuâtre et exécuta sa dernière volonté.
