NDA :

Salut ! Alors voici le chapitre de cette semaine, le chapitre 3. Comme je suis consciente que le chapitre deux était vraiment court, j'ai décidé ici de fusionner 2 chapitres en un seul ! Pour que vous puissiez profiter plus longtemps, et remarquer l'évolution de l'histoire et la relation entre nos 2 jeunes protagonistes...

Votre avis est super important, j'espère vraiment pouvoir tout pleins de reviews dans ma boîte mail ! Sa me fait tellement plaisir, et surtout, sa me motive davantage à me perdre corps et âme dans cette histoire !

Ici, on a le point de vue de Levi, puis de Eren, puis un retour à l'omniscient. C'était une petite variante pour connaître mieux leurs ressentis, j'espère que sa restera clair ;)

Bonne lecture ;)

Levi

J'ai toujours détesté la différence.

Avec le recul, je me rend compte que c'était surtout par crainte de ne pas comprendre l'inconnu. Putain, je déteste dire ça. Le problème, c'est que je n'arrive pas à penser à autre chose quand je vois ce gamin androgyne malgré lui, accoudé au bord du bateau. Ses cheveux lumineux volent dans le vent, ses jambes sont interminables. Différent. Différent de tout ce que j'ai pu voir. Complètement inconnu.

Je n'arrive pas à me rassurer en me disant que je le connais mieux que quiconque. J'ai étudié le dossier Jaeger, je suis la personne qui est le mieux renseigné du Nord. Mais… il ne ressemble pas à ces frères et encore moins à son père. Et, bordel, plus je le regarde, et plus je me dis qu'il tient plus d'un ange que d'un homme mafieux.

Il faut que je me reprenne. Finis de tergiverser pour de la merde. Le bateau est calme, mes hommes sont occupés. Bizarrement, ils n'ont pas plus embêtés que ça la « fillette ». Une proposition par ci, une main à peine baladeuse par là… surement pas leurs styles. Trop fine, trop fragile. Mes hommes les aiment épaisses. Je souris, et décide que c'est peut-être le moment d'avoir une discussion avec Eren Jaeger.

Qu'il me prenne pour la pire des ordures à cause du piège que je lui ai tendu, je n'en ai rien à foutre. J'ai l'habitude. Je ne suis pas un héros, je n'ai aucun remord. Alors qu'il pense ce qu'il veut, tant qu'il n'ouvre pas sa bouche pour me manquer de respect, je m'en contre fous.

Le problème, ce sont ces putains de yeux qui ont l'air de contenir toute la douleur du monde quand il me regarde s'accouder à côté de lui.

Je ne perd pas mes moyens. Je ne les perds jamais. Mais j'ai le même effet que la première fois que je l'ai vu ; je me sens désarmé. Alors, après avoir fixé les pupilles les plus expressives du Nord, je décide de détourner le regard vers la mer en face de moi.

« Arrête de faire la victime, petit merdeux. Tes frères t'auraient étranglés si ils voyaient quelle technique tu utilises pour te sortir du pétrin. »

« Mes frères… n'ont pas besoin d'autant pour vouloir m'étrangler. »

Hein ? Qu'est-ce que c'est que cette répartie inattendue ? Et, au moment où je veux lui ordonner de continuer, il ajoute d'un ton tremblant.

« Et… vous allez bien le faire pour eux, non ? Vous… Vous allez me torturer… »

Je ricane. « C'est vrai que j'aime étrangler mes ennemis. Voir la vie qui les quitte grâce à ma force… »

Je le sens ce raidir. C'est vraiment un gamin. Et une tapette. Le cas Jaeger, qui était pourtant limpide au début, s'obscurcit de plus en plus. Mais pourquoi est-ce que je le terrifie ? Je me sens presque obligé de me justifier.

« Tu verrais ta tête… ta famille de timbré faisait des choses bien pire je te rappelle. »

Il serre les poings. Je ne comprend rien.

« Je n'ai jamais fais de mal à une mouche ! »

Je ne comprend rien. Il ne ment pas. Je le saurais. Je reconnais l'odeur de la peur. Bordel, je vais devoir pousser la conversation. Je déteste discuter, surtout avec des condamnés. Mais là, un doute énorme vient se foutre en plein milieu de mon affaire.

« Ecoute gamin, il va falloir éclairer ma lanterne là. Explique toi un peu plus, parce que j'ai l'impression que c'est pas un putain de Jaeger que j'ai arrêté mais la Vierge Marie. »

Il retourne brusquement son visage de mon coté. Surpris, je lui fais face et… ses grands yeux étonnés sont gorgés de larmes. Sa lèvre tremble. Cette fois-ci, il ne me fait pas la comédie de la jeune fille de la baine à ordure. Sa tristesse est sincère, et me prend désagréablement les tripes.

« Oh, capitaine, si vous saviez ! Sa me fait tellement plaisir de voir que vous vous voulez connaitre ma version ! Dieu merci ! Je suis… »

« Je t'arrête tout de suite, gamin. Je veux des explications, pas des aveux. J'en ai rien à foutre de ce que tu penses. »

« Oui, oui ! »

Il hoche la tête, un petit sourire soulagé sur ses lèvres roses. Il n'a visiblement plus l'air de tenir compte du fait que je l'ai trompé en le ramenant dans le bateau noir. Etrangement, sa me soulage, et j'ai envie de me détendre avec lui. Ce mec a vraiment une très mauvaise influence. Il est trop différent de qui j'ai affaire d'habitude. Alors, d'une oreille attentive, j'écoute le début de son récit.

« Comme vous le savez, j'ai 2 grands frères. Cela suffisait amplement à mon père. Il estimait que 2 bouches à nourrir et qui faisaient le sale boulot avec lui était un calcul coût/avantage plutôt rentable. Quand ma mère est tombée enceinte de moi, il était dans une colère noire. La réalité, c'était qu'il se sentait trop vieux pour inculquer à un autre fils toutes les bases du métier. De plus, les Jaeger ont toujours été 2 fils depuis des générations. »

Sa mine s'assombrit. Je suis suspendu à ses lèvres.

« Il ne voulait pas de moi. J'étais une malédiction. J'aurais eu raison de ses forces, et mes frères étaient bien trop bêtes pour m'instruire ou pour me protéger. Ils ne pensaient qu'à eux. Alors, j'étais une proie facile. D'autant plus que j'étais un garçon, donc un danger pour les ennemis. On a espéré que je sois une fille, pour m'envoyer dans une école religieuse et me faire oublier. Mais j'étais un garçon, un cadeau empoisonné.

Mon père a alors mit toute une stratégie pour cacher mon existence. Aujourd'hui, je pense qu'il a mit plus d'énergie à me cacher qu'à me parler. Je suis alors devenue l'assistante de ma mère, le punching ball de mes frères, le bouc émissaire de mon père. Pour le reste du monde, j'étais la famille suédoise qui venait passer les vacances, allergique à la mer. Je ne pouvais sortir que les vacances, ou très tard le soir.

Ma mère a eu beaucoup de mal avec cette situation. Elle acceptait, car évidemment elle n'avait pas son mot à dire. Ses copines, soigneusement choisies par mon père, était au courant de la situation. Ma mère et elles m'imaginaient une autre vie, pleine de strass et de paillette, pour se déculpabiliser surement. La seule chose qu'elle a réussit c'est de me rentrer dans la tête que j'étais une fille. Que ce que j'avais… entre les jambes étaient strictement tabou et que je ne devais en parler à personne. Mais pour autant, c'est la seule personne de ma famille à ne m'avoir jamais témoigné d'animosité. C'est la seule pour qui je m'inquiète, même si je sais qu'au fond, elle n'aurait jamais voulu que j'existe… »

Il pleurait. Le coucher du soleil faisait briller ses larmes et le vent marin rougissait davantage ses lèvres. J'ai horreur des gens qui pleurent, sa m'agace. Mais là… c'était beau. C'était une vision divine. Je priais pour qu'aucun de mes hommes ne me voient contempler ouvertement ce spectacle. En même temps, les morceaux d'un nouveau puzzle s'assemblaient. La réalité était loin de ce que nous avions longuement imaginé sur la famille Jaeger. Décidément, ces connards auront été fourbe jusqu'à la fin. Ils ont au moins le mérite de m'avoir obligé à me triturer les méninges.

Eren ose un coup d'oeil vers moi. Je détourne aussitôt les yeux, et reprend mon masque impassible. Il n'est pas bouleversant au point de me faire perdre mes moyens, ça non. Il est juste différent. Juste différent.

« J'ai bien entendu tout ton blabla, gamin. Garde toutes ces informations pour toi. Je reviendrais vers toi plus tard, il faut que je réfléchisse. »

Il ouvre ses yeux encore davantage si c'est possible, brillants d'espoir.

« Alors vous me croyez ? »

« Tout doux. T'emballe pas. Tu n'as juste pas assez de cran et de jugeote pour inventer toute cette histoire. Et surtout pas à moi. »

Il baisse son regard. Voilà. C'est ça que j'aime. La docilité. L'acceptation. Il sait que j'ai raison. Mais la satisfaction s'évapore dès lors qu'il lève a nouveau la tête, un sourire un peu triste sur le visage.

« Haha vous avez raison ! Je suis incapable de mentir. On lit en moi comme dans un livre ouvert. Maman me le disait déjà… mais je suis quand même content que vous me croyez. Vraiment. Je pensais que vous allez me torturer, puis me… »

« Ferme là, tu me donne la migraine. J'ai déjà trop discuter avec toi. Et si tu continues à me parler de torture, je vais tellement bien m'exécuter que tu ne pourras plus marcher… »

Il rougit. Jusqu'aux oreilles. Visiblement, ma sombre menace ne le fait pas trembler de peur. Il fuit mon regard, à un moment où je veux justement croiser le sien. Agacé, je m'apprête à commencer ma phrase quand je comprend. J'ai un rictus moqueur, mais au fond mon ego déjà surdimensionnée est flatté. Gamin pervers.

« …car je te briserai l'articulation des genoux. Je vais commencer à me poser des questions sur ton compte, espèce de morveux vicieux. Pas d'hormones en ébullition sur mon bateau, peu importe à quel stade de ta puberté tu te situe. »

Il suffoque presque, et j'ai un malin plaisir à voir son visage se décomposer. Il bégaye, mais rien n'a de sens. J'aime le voir gêné… non. J'aime voir l'effet que je lui fais. Sa me plait, plus que sa ne devrait.

La différence est bien dangereuse, elle me déconcentre de mes objectifs. Maintenant et probablement jusqu'à la fin de la soirée, je vais me demander à quel point sa serait plaisant de ne plus pouvoir faire marcher Eren Jaeger…

Eren

J'adore voguer. Je n'arrive pas à totalement détester cette situation. J'ignore où le bateau noir se dirige, j'ignore ce qui m'y attend. Mais je sais que sentir le vent marin gonfler mes poumons me fait un bien fou.

Comment le capitaine se sent-il quand il est en mer ? Quand le vent fouette son visage fin ? Je ne connais même pas son nom. Il est tellement impénétrable… je ne sais jamais à quoi il pense. Je me sens juste minable à côté de lui.

Il a dit qu'il réfléchirait, et je ne sais même pas ce que ça veux dire. Réfléchir à quoi ? Son boulot était de me livrer aux services secrets, point. Il n'a pas l'air d'être du genre à faire plus que ce qu'il ne doit. Encore moins pour un « wanted » comme moi.

Peut-être qu'il a vu ma sincérité… que se passerait-il ensuite ? Je suis condamné. Mon nom est souillé, je n'ai plus aucun avenir nulle part sur les terres du Nord. Une soudaine envie de passer par dessus la barre me vient. Je veux voir ce que sa fait de sauter dans l'eau glacée, et ne plus remonter à la surface. Le vent soudain derrière mon dos m'encourage. La nuit est déjà presque tombée, personne ne prendrait le risque de sauter me récupérer. Bientôt, le ciel et la mer ne feront qu'un même monochrome obscur. Mais en attendant, je veux sauter alors que les couleurs du ciel sont encore violettes. Pour me donner du courage. Pour en finir avec une belle image en tête.

Quand je me met sur la pointe des pieds, la belle image des couleurs violettes se transforment en un visage. Celui du capitaine. J'ai envie de rire. Mon assaillant est celui à qui mon cerveau veut visiblement penser avant le grand saut. Ma conscience est bien superficielle. Peut importe les envies meurtrières qu'a le capitaine envers moi, je ne pense qu'à quel point il est attirant et fort. À quel point je ne me suis jamais sentis autant mal et bien quand il est avec moi.

Foutu syndrome de Stokholm. Et j'appuie mes mains sur la barre pour me propulser. Au moment où je m'apprête à me balancer, une voix plus ou moins familière m'interpelle.

« Hey, tu fous quoi idiote ? On va manger. Le capitaine te dit de ramener ta gueule ! »

C'est Jean, celui qui nous a accueillis sur le port. Je ris, amer. Est-ce que je comptais réellement me jeter à la mer ? Je commence à perdre la tête. Et ce Jean venait de me sauver la vie… qui, tout compte fait, n'allait bientôt plus en être vraiment une.

Eren ne participait pas à l'ambiance arrosée et agitée du dîner de l'équipage qui se faisait sur le pont. Il était en face du capitaine, mais ne l'avait pas regardé une seule fois. Il se contentait de grignoter le repas, les yeux dans le vague.

Levi aussi ne pipait mot. D'habitude, il pouvait dire qu'il appréciait taquiner son équipage le soir, lors du repas. C'était leur petit moment de « joie » dans leurs quotidiens sombre. Mais pas ce soir. Ce soir, une étoile devant lui brillait de mille nuances de tristesse et il n'aimait pas voir ça. Cela l'énervait, l'irritait. Et ces émotions étaient d'autant plus exacerbées par le fait que le blond n'avait pas posé un seul regard sur lui.

« Capitaine, c'est la petite tueuse qui vous fait perdre la langue ?! » ricana Jean qui était en train de perdre un bras de fer avec un collègue grassouillet.

Levi but une gorgée de son vin calmement puis répondit. « Je n'ai pas envie de discuter ce soir alors que j'ai déjà mal à la tête. Vous êtes des migraines. »

« Quoi ? » dit un autre avec des taches de rousseur. « Mal à la tête ? C'est vrai que nous n'avons pas pris le temps de rester sur terre au moins une journée… »

« Oui, on devait juste attraper la fille Jaeger et la ramener au plus vite ! C'était du gâteau ! »

« Ah ouais ! Trop facile ! On pourra plus rapidement se détendre après cette mission… »

Le capitaine plissa les yeux. « Je rectifie ; vous êtes des tumeurs. »

L'équipage riaient de bon cœur, tandis que Levi leva les yeux pour la énième fois afin d'observait Eren devant lui. Il n'avait pas bougé. Mêmes yeux vides, même expression triste… Il voulait voir ses joues rougir et contempler le bleu de ses yeux scandaleux. Heureusement, ses cheveux étincelants brillaient toujours malgré la pénombre de la nuit.

Mais pas un regard vers lui. Levi trouvait cela insultant. Mais l'avouer signifierait qu'il s'abaissait à ce morveux. Il voulait être seul avec lui. D'abord pour lui parler de ce qui visiblement le tracassait, et surtout pour l'avoir rien que pour lui. A ce moment-là, le bras de Marco se pendit autour des épaules d'Eren. Levi se figea instinctivement.

« Décidément, je n'aurais pas pu croire que les Jaeger auraient pu avoir une fille pareille. Elle a quelque chose d'envoutant. N'est-ce pas, capitaine ? »

Eren était presque nez à nez avec le dénommé Marco, un grand brun aux taches de rousseur et à l'air malicieux. Eren rougit aussitôt, n'aimant pas être aussi détaillé et surtout d'aussi près. Levi ayant le spectacle juste sous ses yeux se leva brusquement, faisant renverser le tonneau sur lequel il était assis. Un silence s'abattit soudain sur l'équipage. Marco et Eren tournèrent de concert la tête pour dévisager le capitaine. Levi serra les poings en voyant enfin le regard somptueux de son prisonnier.

Il déclara d'un ton sans appel. « Je dois parler avec la gamine. Pas de beuverie ce soir, demain une longue journée de vogue nous attend. Jean, va vérifier les cordages. Conny, la direction du mât. Quelqu'un pour la vaisselle. Le reste, bonne nuit. »

Eren se leva raide comme un piquet quand il se fit fusiller par le regard le plus gris au monde. Le capitaine voulait parler avec lui. Il entendit Marco ricanait et dire.

« Pas de bêtises, Capitaine, sa risquerait d'être de la pédophilie ! »

Levi épousseta sa chemise. « Finalement, TU seras de corvée de vaisselle. Et tu me feras le plaisir d'astiquer tout le pont du bateau. Je veux que demain le soleil puisse se refléter dessus. »

Marco gémit et les autres le charrièrent. L'expression froide de Levi n'avait toujours pas disparu, et Eren se contenta de le suivre. Il allait surement lui annoncer ce à quoi il avait réfléchi. Le blond était anxieux. C'était tellement étrange ; penser à son avenir ou à sa situation le rendait désormais complètement indifférent. Il s'était résigné sur le fait qu'il n'aurait jamais le nouveau départ tant rêvé. Mais quand il s'agissait du capitaine, il était submergé par un tourbillon d'émotions toutes plus embarrassantes les unes que les autres, le faisant sentir plus vivant que jamais.

Ils étaient allés dans la cabine où il s'était réveillé ce matin avec le mal de mer. La chambre était impeccable, mais assez sombre. Seul une lampe tempête éclairait la pièce. Eren s'assit sur le lit, et Levi posa ses fesses sur le rebord du lavabo, ainsi que ses deux mains. Le plus jeune avait du mal à ne pas regarder le visage du capitaine illuminé par la faible lumière. Cela créer des ombres sur ses traits fins qui rendait son aura encore plus sombre qu'elle ne le paraissait déjà. Mais Eren s'interdisait de trop le regarder. Le simple fait d'être seul avec lui, si proche, le rendait incroyablement mal à l'aise. Il ne pouvait s'empêcher de penser au 2 fois où ses remarques maladroites avaient été interprétées de manière sexuelle.

« Ça te crèverai les yeux de me regarder en face ? »

Eren tressaillit. La remarque était énoncée sur un ton indifférent, mais tranchant. Il serra alors les doigts sur les draps du lit, et leva lentement la tête pour faire face à son interlocuteur.

Levi regretta presque d'avoir insisté. Maintenant, il devait pouvoir garder son sang-froid face à une paire d'yeux qui lui criait le contraire. Mais c'était important. Il allait faire part de sa décision au blond, et il voulait avoir toute son attention. Alors, le brun sortit de sa tête tout ce à quoi Eren l'inspirait, et commença sa tirade avec son habituelle voix grave et monotone.

« Je t'avais dit que je réfléchirais sur ton sort. Et, ô fait surprenant, tu me parais être aussi dangereux qu'un agneau. Je ne te dis pas que tout va être facile. Il va falloir convaincre le boss des services secrets. Il va falloir trouver ce que l'on va faire de toi, et prouver ton innocence. Sa se trouve, on te tuera quand même juste pour que tu gardes le silence. Mais l'injustice, ça me fait chier. J'ai pensé à ce que tu ailles vivre dans les terres du Sud, qu'est-ce que tu en dis ? M'enfin, on verra bien. Nous arriverons à la capitale Nord dans 2 jours, d'ici là tu… »

Levi s'interrompit, yeux écarquillés. Eren sanglotait à chaudes larmes. Il n'avait pas l'air de pouvoir s'arrêter. Un liquide transparent douteux pendait même à son nez. Levi grimaça, agacé, mais surtout frustré de ne pas savoir comment réagir. Il n'était pas du tout habitué à cette situation tellement… différente de son quotidien.

« Qu'est-ce qui te prend gamin ? Mais comment est-ce que tu peux pleurer autant ? Hoy, calme-toi ! Bordel, tu vas nous noyer si tu continues ! »

Eren hoqueta un petit rire face à la maladresse du capitaine. Il se sentait juste tellement soulagé d'un poids énorme. Le capitaine était de son côté. Il lui faisait confiance. Pour la première fois de sa vie, on lui faisait confiance. On croyait en lui. Jamais il n'aurait cru un jour se sentir aussi proche du propriétaire du bateau noir. Jamais il n'aurait cru pouvoir ressentir autant d'émotions pour une personne.

« Merci, capitaine, merci… je ne sais comment vous remercier… »

« En arrêtant de chialer comme un nouveau-né. Tu vas me dégueulasser le lit si ça continue. »

Levi soupira, rassuré de voir que le gamin se calmait. Il n'avait jamais ressenti autant de détresse et de reconnaissance émanaient de quelqu'un. C'était assez bouleversant, et Levi détestait se sentir dans cette position. Il était le capitaine le plus froid du Nord, pourquoi est-ce qu'il était autant sensible aux réactions du jeune blond ? Sa l'agaçait. Et en même temps, il était curieux. Cette différence le terrorisait tout autant que progressivement, elle lui donnait envie d'en savoir plus sur lui-même et sur ce mystérieux personnage.

« Vous savez capitaine, j'avais envie de mourir tout à l'heure. Mais maintenant, avec cette nouvelle… j'ai repris goût à exister. »

Levi ricana pour se donner une contenance face à ces paroles mortifiantes. « Tu parles de l'envie de mourir comme une envie de bouffer. Arrête ta comédie, je n'en ai pas besoin. Je m'en contre fous, tu comprends ? Je ne fais pas ça pour toi. Je fais ça parce que je suis contre l'injustice, et tu m'as l'air foutrement innocent. C'est tout. »

Eren avait remarqué une légère rougeur se propageait sur les joues du capitaine quand il détourna les yeux pour parler. Cela avait suffi à le rassurer. Même si le capitaine ne faisait ça que pour ces principes, il voyait à quel point c'était un homme juste. Il aurait pu se contenter de ne pas creuser et le livrer ainsi aux Services Secrets avec comme motif ce simple nom de famille maudit. Mais non. Il avait fait plus que son job.

« Comment vous vous appelez ? » se surprit à demander Eren dans un moment de confort total.

Levi haussa les épaules. « Levi Ackermann. Mais tu n'en as rien à foutre. Pour toi sa sera toujours capitaine. » Il se leva du lavabo, s'épousseta, et croisa ses bras en toisant Eren. « Maintenant que tu as finis de pleurnicher, lève-toi du lit. Je veux dormir. »

Eren ouvrit des yeux étonnés. « Votre lit ? Mais… où est-ce que je… »

« Par terre. Ou avec moi, si tu mets de côté tes pulsions d'ado pré pubère. »

Eren rougit, mais son visage devint complètement cramoisi quand il fut spectateur d'un capitaine qui se déshabillait sous ses yeux. Levi avait déchaussé ses rangers, déboutonnait sa chemise et son treillis, et était en caleçon noir. Il se pencha sur une petite valise sous le lit et enfila un tee-shirt gris. Quand il se releva pour voir qu'Eren n'avait pas bougé d'un pouce, il mit ses mains sur les hanches et fronça les sourcils.

« Qu'est-ce que tu attends pour bouger ton cul ? Va au moins te laver les dents ! »

Eren se leva d'un bond. Il fouilla dans son sac pour trouver sa trousse de toilette, se lava les dents devant le lavabo. Son cœur battait à fond. Il ne pouvait pas être plus gêné. Levi pensait vraiment ce qu'il disait ? Ils allaient dormir ensemble ? C'était à peine croyable. C'était la 1ère fois qu'Eren dormait avec quelqu'un. Et il fallait que cela tombe sur la personne qui lui faisait un effet inexplicable. Et lui, qu'allait-il mettre ? Il n'oserait jamais se déshabiller sous les yeux du capitaine ! C'était impensable ! Et si…

« Je pense que les 3 minutes règlementaires sont écoulées. Déshabille-toi, et viens pioncer. »

Eren cracha, se rinça la bouche et le visage en vitesse, puis se tourna vers le capitaine qui s'était assis sur le lit. Le blond regardait partout ailleurs sauf le corps impeccablement dessiné de Levi.

« Eh bien, je… comment dire… c'est la première fois que je… enfin… »

Levi soupira. « Arrête avec tes idées perverses. Si tu dors avec moi, c'est seulement parce que les autres couches de ce bateau sont celles des cachots. Et crois-moi, je ne pense pas que tu veuilles infliger ça à ton dos et à ta conscience. »

Comme Eren continuait de jouer nerveusement avec ses doigts, Levi prit une moue vexée.

« A moins que tu ne préfères dormir avec uns de mes hommes… »

A son soulagement, Eren réagit enfin, les traits paniqués.

« Non ! C'est bon… j'ai bien compris. Merci de penser à moi. »

« Et merci de penser à moi en te dépêchant de te déshabiller et d'aller dormir. Je veux me brosser les dents aussi. »

Eren s'écria, les joues rouges. « Alors retourne toi ! »

Levi eut un rictus face à cette familiarité. Évidemment que le petit était gêné. Il dirait même que sur une échelle de 1 à 10, il avait atteint 120. Sa l'amusait un peu. Sa le divertissait. C'était une petite vengeance du fait qu'il ne l'ai pas regardé une seule fois pendant le diner. Et puis, il n'était franchement pas contre un strip-tease de cet être si sublime.

Quand il se rendit compte de ses pensées, Levi se figea. Il était clairement en train d'essayer de séduire Eren. Il ne se reconnaissait pas. La différence du jeune blond faisait ressortir en lui non seulement un sentiment de faiblesse, car il ne s'était jamais sentit autant réceptif à des émotions. Mais aussi une sorte de besoin de faire ressentir des choses à ce garçon qui le fascinait. Lui qui avait le cœur le plus glacial du Nord, lui qui n'avait jamais voulu de relations sérieuses. Lui qui haïssait les Jaeger, le voilà qui se surprenait à en désirer un.

Eren avait profité de ce visible moment d'égarement du capitaine pour enfiler un bas de jogging et un tee-shirt blanc à la hâte. Il ne savait pas à quoi il pouvait penser, mais son esprit était bien absent. Cela faisait bizarre de voir le capitaine, lui toujours si serein, avoir l'air autant perdu. Mais le blond n'y pensa plus ; après tout, il ne pouvait pas connaitre toutes les facettes de cet homme si mystérieux. Personne ne le pouvait. Il prit alors son courage à 2 mains -moites- et alla se poster devant Levi qui était toujours assis sur le lit.

« Capitaine, j'ai fini. »

Levi eut un sursaut à peine visible, et se leva tranquillement. Son masque impassible était revenu. Il était le maître du contrôle après tout. Pas même cet ovni ne pourrait lui retirer ça. Et puis, après réflexion, qui avait-il de mal à s'amuser un peu avec les émotions de cet adolescent ? C'était juste une légère attirance, rien de plus. Après tout, cela faisait une paye qu'il ne s'était pas envoyé en l'air. Tout ça devait être due à son manque. Rien de plus, rien de moins.

Enfin, c'était ce que Levi avait fini par essayer de se faire croire. Il ne pouvait pas mettre cela que sur le compte de la différence du jeune homme. Il détourna alors Eren, et partit se brosser rapidement les dents, l'esprit faussement plus léger. Eren se coucha dans le lit, de dos, et le cœur battant.

Levi après s'être rincé la bouche, sentit la fatigue des dernières 24 heures s'abattre sur lui comme la foudre. Il se dirigea comme un somnambule éteindre la lampe tempête, puis vers le lit. Il essayait, dans sa profonde fatigue, d'essayer de deviner la silhouette d'Eren qu'il n'avait pas pu voir se déshabiller. Sous l'influence de l'épuisement, il s'allongea sur le côté et leva sa main d'un geste las, traçant une ligne imaginaire de l'index sur l'épaule d'Eren en murmurant :

« J'espère que tu ne voudras plus mourir, Eren Jaeger… »