NDA

Certes, je n'ai pas respecté le délai d'un chapitre par semaine, mais je considère que peu voir personne n'a remarqué, haha ! Le lectorat étant encore restreint. J'espère vraiment pouvoir continuer cette histoire avec des personnes qui seront autant que moi entraînés dans les aventures du Bateau Noir… n'hésitez donc pas à me laisser des commentaires, j'adore ça.

Sur ce, je vous laisse à votre lecture !

J-1 Avant la Capitale Nord

« J'espère pouvoir vous faire changer d'avis quand je serai en face de vous, Monsieur Zackley. Sur ce, passez un bon début de soirée. (…) Bien entendu. A demain matin. »

Levi éteignit calmement la vieille radio. Cela ne l'empêcha pas, la seconde d'après, de donner un coup de pied d'une violence extrême dans le tabouret près de lui, qui valsa dans toute la pièce et traversa la fenêtre en explosant la vitre pourtant épaisse. Il était resté de marbre devant ce piteux spectacle. Un micro morceau de verre vint se loger dans sa joue, créant un sillon de sang parfaitement horizontal. Il sentit le liquide vital coulait sans réagir.

Soudain, on ouvrit la porte de la salle de radio avec fracas. Ces hommes avaient accourus en entendant le bruit de la vitre. Jean en tête, les autres juste derrière. Levi eut l'ombre d'un sourire en constatant la vivacité de son équipage.

Jean s'écria, alarmé par les débris et le sang. « CAPITAINE ! Qu'est-ce qui s'est passé ? Vous êtes blessé ! »

Jean s'approcha du capitaine et se détendit en voyant la plaie peu profonde. Mais son front restait plissé. Les autres hommes aussi étaient perplexes.

« Est-ce que… vous allez bien ? » fut les seuls mots que trouva Jean face au silence de son supérieur.

Levi sortit un mouchoir immaculé de sa poche intérieur, pour le poser délicatement sur sa joue. Ses yeux regardaient Jean de son air le plus condescendant, et il déclara de son éternelle voix monotone :

« Je ne sais pas si je dois être content ou atterré de votre inquiétude. Vous êtes pourtant les mieux placés pour savoir que j'ai survécu à infiniment pire. »

Conny rit nerveusement, une main derrière la nuque. « Haha, on le sait bien capitaine, c'est juste que… on ne comprend pas trop ce qui justifiait le sort de ce tabouret. »

Levi s'assombrit et planta son regard sur Conny. « Décidément, mon équipage commence à se ramollir. Entre l'assistante sociale et le représentant syndical des meubles maltraités, l'équipage le plus sanguinaire des mers nordiques va vite ressemblait à un comité d'entreprise. »

Levi tourna le dos à ses hommes pour regarder la radio d'un air pensif. « Est-ce que je dois vous rappeler que j'ai déjà fait passer des hommes par-dessus bord juste parce que leurs têtes ne me revenaient pas ? »

Conny blêmit. Il le savait très bien. « Non. Des vulgaires prisonniers qui ne méritaient que la mort, de toute façon. »

Levi répliqua, cinglant. « Peu importe. Que ce soit des violeurs ou des foutus meubles, j'ai le caprice de passer sur quelque chose -ou quelqu'un- ma colère. Vous le savez, depuis le temps. Alors, merci, mais je vais bien. Vous pouvez retourner à vos occupations les gars. »

Ils s'exécutèrent. Leur capitaine avait toujours été cynique, mais là un autre sentiment semblait dicter ses paroles. De la rancœur, de la frustration. En tout cas, quelque chose ne collait pas et Jean était resté dans la salle de radio pour en avoir le cœur net en dépit des ordres de Levi.

« Il y a donc bien un problème, capitaine, pour que vous soyez énervé. »

Levi se retourna pour voir le jeune homme qui était resté. Jean Kirstein. Il aimait bien ce petit, il était sans doute l'un des plus loyal. Il s'en voulait même un peu de mentir à son équipage qu'il considérait comme ce qui se rapprocher le plus d'une famille. Vaincu, Levi soupira et s'assit sur le bureau.

« Ces putains de service secret n'en font qu'à leurs têtes. Ils ne veulent pas écouter ma version des faits. »

Jean fronça les sourcils. « Quelle version des faits ? »

Levi leva ses yeux impénétrables dans le regard amende de Jean, qui put malgré tout voir toute l'indignation de son capitaine. « Eren Jaeger est innocent. »

La fin de journée s'était passée correctement pour le bateau noir, à l'exception qu'Eren n'était pas sorti de sa cabine. Il n'arrêtait pas de penser à ce que pouvait bien être l'appel urgent des services secrets, et où est-ce qu'il allait dormir ce soir.

Après avoir fait une sieste toute l'après-midi (qui compensa finalement les heures de sommeil perdues par l'excitation qu'il avait éprouvé par le fait que le capitaine l'enlaçait) il se dit que c'était idiot de penser trouver une solution à ce problème en restant dans cette foutue cabine qui en plus lui donnait la nausée.

Il sortit de la cabine, et trouva avec surprise le début du coucher de soleil. La journée avait filé à une allure hallucinante. Le but étant maintenant de trouver un membre de l'équipage sans croiser Levi. Et bien que le bateau noir fût immense, Eren avait bien peur que cette tache soit forte ardue.

Il marchait, aux aguets, jusqu'au bout du bateau où les marins aimaient à se retrouver pour une pause et boire un coup. Avant d'y arriver, il passa devant une sorte de petit cabanon qu'il n'avait jamais vraiment remarqué. Au sol, des milliers de débris de verre et un peu plus loin, un tabouret renversé sur le pont du bateau. Une bagarre ? Eren ne s'y attarda pas plus. Ce n'était pas ses affaires, et il n'y avait pas de sang, donc pas de quoi s'affoler. Il vivait avec des marins qui fréquentait la pire ordure de l'humanité, alors il n'avait pas de quoi s'affoler pour une vitre cassée.

Il continua son chemin et trouva Jean, assis entre les cordages du mât, en train de faire et défaire des nœuds pensivement. Il semblait plus abattu que jamais. Eren avait pourtant l'habitude de voir le jeune homme en train de se chamailler ou de faire son boulot avec entrain. Et là ce n'était pas le cas. Eren hésita ; il pouvait lui poser la question à lui, mais il avait l'air de vouloir être seul. Finalement, il décida de poursuivre sa route mais la voix du châtain l'apostropha.

« Tu sais, c'est le capitaine Levi qui m'a appris à faire les nœuds du mât. »

Eren s'immobilisa et observa Jean. Il avait l'air d'être perdu dans ses pensées. Mais qu'est-ce qui lui arrive, à lui aussi ? Se demanda le blond en montant les deux escaliers pour s'assoir au côté de Jean. Il passa une mèche derrière son oreille, et affina sa voix.

« Euh, qu'est-ce qui se passe, Jean ? »

Jean regarda à peine le nouvel arrivant. « Enfin, à l'époque il n'était que bras droit du capitaine. C'était Erwin le capitaine. Un bon gars, intelligent comme personne. Il pouvait faire plier n'importe quel de ces stupides politiciens pour améliorer nos conditions et même, contester le sort d'un prisonnier. Foutrement intelligent, j'te l'fais pas dire. »

Jean eut un sourire triste. « Mais, celui qui m'a le plus appris, c'est le capitaine Levi. Il était la force d'Erwin. Oh, il a son caractère, comme maintenant. Mais les moindres conseils qu'il donne sont les plus précieux. Et les nouages du mât, c'est lui qui m'a appris les techniques. Et aujourd'hui, je sais qu'il s'en souvient car il délègue toujours cette tâche à moi et personne d'autre. »

Le châtain leva subitement le visage vers Eren. Il affichait une mine des plus sérieuses. « N'oublie jamais que malgré toute l'antipathie qu'il peut inspirer, le capitaine est… comme un ange gardien. Il nous apprend, nous conseille, et puis un jour il nous laisse nous débrouiller. Tu penses qu'il t'ignore, ou qu'il a juste oublié car il a d'autres chats à fouetter, mais non. Un jour arrive, où il devient capitaine, et il sait très bien où est ta place car c'est lui qui t'a éduqué et il a placé toute sa confiance en toi il y a bien longtemps déjà. »

Eren était sans voix. Il ne comprenait pas pourquoi toutes ces révélations. Il avait un autre Jean en face de lui.

Ce dernier eut un petit rire sans joie. « Alors tu vois, quand il se confie à moi sur ce qu'il veut faire, ou sur une information ultra importante… même si c'est difficile, je fais comme lui ; je lui fais confiance. Aveuglément. Comme il a fait confiance à l'incapable que j'étais il y a des années. Peu importe où il va, nous le suivrons. »

Eren se reprit. « Jean… je suis désolé mais je ne comprends pas… »

« Le capitaine te fait confiance, Eren. Il est ton ange gardien à toi aussi. Alors peu importe l'impression qu'il te donne, fais lui confiance. Ce sera toujours pour toi. »

Le blond était perdu, mais il était ému de voir Jean s'ouvrir autant sur Levi. Il savait déjà qu'il admirait beaucoup son supérieur, mais tout l'amour qu'il lui portait se concrétisait dans ses paroles là. Il ne savait pas vraiment ce que Jean voulait dire par là, et surtout pourquoi il le disait, mais une chose était sûre ; il voyait ce qu'il voulait dire. Puis, toute l'émotion descendit d'un trait lorsque Jean continua, de son habituelle voix grincheuse.

« Il m'a dit pour toi. T'as des putains de couilles. »

Eren rougit jusqu'aux oreilles. Il était d'abord extrêmement gêné de savoir que Jean savait, mais surtout curieux de savoir comment. Pourquoi Levi s'était confié ? Eren avait un tas de questions qui se bousculaient dans sa tête. Il ne réussit qu'à dire :

« Comment ? »

Jean haussa les épaules, défaitiste. « J'en sais foutre rien moi-même. Il a pété un câble sur la vitre de la salle de radio. Il avait vraiment l'air… tourmenté. Pire que d'habitude. J'ai insisté, et il m'a tout raconté. »

Eren avala de travers sa salive. « T… Tout ? »

« Ouais. Qu'il pense que t'es innocent parce que en fait, t'as toujours été marginalisé par ta famille de taré. Que t'es pas du tout une meuf plate, mais un mec comme tous les énergumènes de ce maudit bateau. »

Eren fut rassuré quant à la notion de « tout ». Bon, il ne lui avait pas parlé de la nuit dernière, ou de sa tentative de suicide, c'est déjà ça. Il se sentit un peu trahi que le capitaine puisse se sentir assez en confiance pour se confier à quelqu'un, mais finalement il comprenait. Tout l'équipage devait être au courant pour son innocence, on ne sait jamais à quel point les services secrets seraient récalcitrant. D'ailleurs, c'était sûrement pour cela que le capitaine s'était énervé dans la salle radio. Casser une vitre. Pour lui. C'était idiot, mais Eren ne pouvait s'empêcher de penser ainsi.

Jean interrompit ses pensées de son ton un peu snob. « Bon, le travesti, ce n'est pas parce que t'as les faveurs du capitaine roi que tu dois te la jouer. Je savais bien au fond qu'un truc clochait avec toi. Il t'avait pris sous son aile alors que d'habitude, les prisonniers, il considère ça comme de la chair fraiche. » Eren frissonna à ses mots. « Mais ne crois pas pouvoir t'approprier le capitaine pour autant. Il avait vraiment l'air mal tout à l'heure, alors si c'est par rapport à toi, tu es prié de régler ça au plus vite ! J'veux rien savoir de plus, entre vous… » Jean ferma fort les yeux. « Sa m'énerve, parce qu'une brindille comme toi le mérite carrément pas, mais… »

Eren ouvrit ses yeux en comprenant où le jeune homme voulait en venir. « Quoi ? N… Non ! C'est pas du tout ce que… enfin, comment est-ce que tu… »

Jean eut un sourire mauvais. « C'est bon, ça ne sert à rien de faire la scandalisée. Oups, le. Enfin bref, je m'en fous. Mais fais-en sorte qu'il aille mieux c'est tout. Tu voulais quelque chose à part ça ? »

Le blond ne savait même plus quoi dire. Oui, à la base il était venu trouver n'importe quel moussaillon qui puisse lui indiquer la chambre la plus correcte des cachots afin de pouvoir y dormir jusqu'à leur arrivée à la capitale. Mais maintenant… Il y avait d'un côté les paroles de Levi, tel un venin lui empoisonnant le cœur. Et de l'autre, les paroles de Jean, qui à force d'années passées au côté du capitaine, l'avait bien cerné. Les 2 facettes du brun n'étaient que les 2 d'une même pièce. Levi était un homme froid, violent, insensible. Mais il reconnaissait la valeur des choses, comme la justice ou le collectif. Et il avait beau être l'homme le plus fier du Nord, il reconnaissait la valeur de chacun de ses hommes et avait tout fait pour qu'ils soient ce qu'ils sont aujourd'hui. Ensemble. Un ange gardien, songea Eren, admiratif.

Levi reproduisait simplement le même schéma avec lui, alors ? Il avait vu son innocence. Il l'avait protégé en cachant son sexe, en le faisant coucher dans un endroit décent, en allant plaider non coupable pour lui. Pourtant, une partie de l'équation lui échapper. Quel était le but de tout ça ? Eren, contrairement à l'équipage, n'avait rien à lui apporter. Il repensa à la nuit dernière en un éclair. Si. Il avait pu être sa bouée de sauvetage, cette nuit-là. Il en était certain. L'étreinte de Levi avait été insistante, désireuse. Et alors, pourquoi le lendemain lui avait-il dit toutes ces choses horribles ? Non, décidément, c'était à n'y rien comprendre pour le jeune esprit d'Eren.

« Abruti » reprit Jean, impatient. « Je t'ai posé une question, il me semble. »

Eren sursauta. « Oh euh… à la base, j'étais venu te demander de me montrer un autre endroit où dormir dans le bateau. »

Jean le regarda comme si c'était un demeuré. « Hein ? Pourquoi ? La chambre d'ami ne te convient pas ? »

Eren avait finalement décidé de rester dans la cabine du capitaine ce soir. Au moins pour avoir des réponses à ses questions. Ensuite, il aviserait. Si il y avait bien une « chambre d'ami » sur ce bateau, alors il la trouverait.

La discussion avec Jean avait été très intéressante. Il en savait déjà un peu plus sur le capitaine, un peu sur le passé. Toute son amertume envers le mystérieux brun s'était un peu dissipée, et la nuit était rapidement tombée. Eren avait demandé à Jean de garder le secret de son identité pour l'instant. Jean avait accepté, mais il avait dit qu'il serait obligé de dire à tous l'équipage qu'il était innocent, car Levi l'avait expressément ordonné. Eren n'y vit aucun inconvénient, au contraire. Ce n'était pas comme si il était traité comme un réel prisonnier depuis le début, mais sa lui permettrait de se sentir plus proche de l'équipe, qui pourra soutenir le capitaine en cas de besoin à leur arrivée à la capitale.

Eren était donc assis sur le lit, les mains moites sur ses cuisses. Il ne savait pas comment il allait aborder Levi. Il se demandait même s'il aurait le courage de le faire. Il était toujours autant embarrassé face à l'aura surdimensionnée du capitaine. Cependant, il s'était dit qu'il ne serait plus aussi pleurnichard. Alors il allait être un homme, et affronter Levi dans les yeux.

Qu'aurait fait maman ? Se demanda Eren au moment où la porte de la chambre s'ouvrit. Il paniqua. Il ne s'attendait pas à ce qu'il vienne aussi tôt ! D'habitude, l'équipage dînait beaucoup plus tard ! Et Eren avait fait exprès de sauter le repas pour pouvoir avoir plus de temps à se préparer à la confrontation.

Il crispa ses mains fort sur sa jupe quand il vit l'homme entrer et s'adosser à la porte, les bras croisés. Il avait les traits creusés par le souci et la contrariété, et cela fit de la peine à Eren. Je suis bien trop gentil, se dit-il, en essayant de reprendre contenance. Il voulut commencer à parler, mais Levi le devança.

« Mes hommes te plaisent particulièrement ou tu es juste un espèce de dévergondé qui se cache sous des airs de sainte ? Entre Marco et Jean, tu ne sais visiblement plus où donner de la tête. »

Comme Eren ne répondit pas, choqué par les paroles du brun, Levi continua de sa voix sans teinte.

« Désolé pour toi, mais je ne pense pas que tu puisses avoir les 2 en même temps dans ton lit. Ces 2 là ne s'entendent pas vrai… »

« COMMENT OSES-TU ME DIRE UNE CHOSE PAREILLE ! » s'égosilla Eren, faisant à peine écarquiller les yeux de Levi. Eren était rouge d'indignation. « Pour qui est-ce que tu te prends, exactement ? Je n'ai même pas à me justifier tellement c'est débile ! Je… ne… aucun des 2 ne m'attire. » Il reprit son souffle et reprit d'un ton qu'il voulut provocateur. « Et puis, puisque tu parles de lit, tu peux m'expliquer pourquoi est-ce que je dors avec toi, alors qu'il y a des chambres autres que les cachots ? »

Levi devint blême un quart de seconde, mais reprit contenance à une vitesse hallucinante. Il ricana.

« Oh, je vois. Vous avez donc déjà planifié une chambre pour faire votre affaire. Jean ne perd pas de temps… c'est donc de ça que vous avez bavassé toute la sainte après-midi ? »

Eren ne répondit pas. Il essayait de comprendre. Comprendre cet acharnement, ce comportement, ce dialogue vide de sens. Il soupira. Ça ne servait à rien de continuer sur cette voie. Il essaya de changer de sujet, mais ses battements de cœur effrénés avaient repris leur course.

« Capitaine… c'est n'importe quoi. Vous savez, je suis perdu. Si vous essayez de me faire passer un message, alors je ne le comprends pas. Dites-moi les choses directement. Parce que… tout ça… toute cette violence de votre part… je… » Eren sentit ses joues s'inondaient de larmes. Il se cacha le visage dans ses mains. « Oh, zut, j'avais promis de ne plus pleurer… S'il vous plait, expliquez-moi. »

Levi contemplait son ovni à sa guise, l'autre ne pouvant vraiment le voir avec toutes ses larmes. Ce spectacle, comme il s'y attendait, lui fendait le cœur. Encore plus en sachant que c'était de sa faute. Il n'aurait donc pas tenu une journée sa distance avec le garçon ? Était-il à ce point accro ? Accro au point que sa le rende fou de le voir aussi proche de Jean, de Marco, ou peu importe qui d'autres que lui. Au point de vouloir le serrer dans ses bras, comme il avait pu le faire cette nuit, et s'endormir dans l'odeur sucrée qui lui faisait oublier tous ses soucis.

Levi était énervé contre lui-même, mais il se rappela soudain les paroles que Jean avait eu dans la salle radio, avant de le quitter. « Vous savez capitaine, vous avez peut-être un masque imperturbable, mais quand il s'agit de ce gamin, on lit en vous comme dans un livre ouvert. Enfin, si je peux me permettre. » Levi était déjà contaminé par ce blond aux allures d'ange, et pour l'instant, il ne savait pas comment faire pour s'en détacher. Mais le pire, c'était qu'il ne voulait pas vraiment s'en détacher. Il aimait ça. Et c'était ça qui lui faisait peur… non, qui le terrifiait. Mais ça, impossible de le dire au gosse. Du moins pas maintenant.

Alors, Levi se sentit lui aussi gêné, et chercha ses mots pour se faire pardonner.

« Oy, gamin, arrête de chialer… Sa m'énerve. »

Eren cessa aussitôt, scrutant son capitaine avec une toute nouvelle attention. Levi n'en fut que plus gêné.

« Ecoute… je n'aurais peut-être pas du te dire toutes ces conneries. Mais c'est comme ça. Je ne dirais pas que c'est plus fort que moi, ok ? Je jouerai plus au con. Mais pour l'amour de Dieu, ne pleurniche plus. Te voir comme ça… me fait vraiment sortir de mes gonds. »

Eren essaya de rire entre ses larmes. « Au point de défoncer une vitre avec un tabouret. »

« D'accord, alors je ne peux visiblement plus faire confiance à mon propre équipage sur le secret professionnel. » Cette fois-ci, Eren rit franchement, et Levi automatiquement se détendit.

« Bien sûre que tu peux leurs faire confiance, et tu le sais. C'est bien pour ça que tu t'ai confié à Jean sur mon sujet. Et tu as bien fait. C'est des gens… biens. »

« Je ne sais pas si bien est le meilleur mot pour nous qualifier mais… tu as raison. Et, blondinet… »

Levi fuyait son regard, et Eren était tout ouïe. « … Si je lui ai tout dit… c'est pour toi. Pour que tu puisses avoir une chance de t'en sortir. Si l'équipage est au courant pour cette injustice, je les connais, je t'assure, ils seront prêts à se battre à mes côtés pour te… »

« Je sais, Levi, je sais. »

Eden mit sa main sur la bouche en se rendant compte de son appellation. Avec un rictus, Levi s'approcha dangereusement du blond, pour se mettre à sa hauteur. Eren se leva du lit, confus.

« Oh, capitaine, je suis désolé je… »

« Dis donc toi, » commença le brun faussement agacé, « Je n'ai déjà rien dis pour les tutoiements ponctuels, mais de là à prononcer mon prénom, il y a un monde… »

Levi saisit la nuque d'Eren pour l'approcher de lui. Il posa son front contre celui du blond. Le temps se suspendit.

« J'suis loin d'être parfait, morveux. Je ne te promet pas de ne plus être aussi pitoyable… mais j'essaierai. Parce que… »

Eden avait l'impression qu'il allait défaillir d'une seconde à l'autre, si la main ferme sur sa nuque ne le soutenait pas. Et soudain, la réponse à toutes ses interrogations tomba.

« Parce que t'es différent. »

FIN CHAPITRE SIX