NOTE DE CHAPITRE :
Bonjour à tous ! Pour ce chapitre, je vous conseille d'écouter Live Like Legends, de Ruelle. watch?v=J0vKCAWVGKM
Bonne lecture ! :)
Je rêvais. Tout était flou mai je pouvais sentir l'horrible chaleur de début septembre me comprimer les poumons. L'air ondulait sur l'asphalte, le bruit de la circulation londonienne bourdonnait dans mes oreilles. Il n'y avait pas de place pour la tranquillité sur ce trottoir et la journée était à peine entamée que je rêvais déjà de rejoindre mon lit à baldaquin. Albus venait de traverser la route à la suite de ses parents et j'allais emboîter son pas quand je la vis à mes côtés.
Jamais je n'avais eu la chance auparavant – ou bien l'infortune, tout dépendait du point de vue – de voir et rencontrer une créature aussi captivante que Rose Weasley. Je flairais le danger à des kilomètres et alors que je voyais le véhicule débouler et Weasley qui s'apprêtait à le percuter comme si elle voulait l'épouser, mon cœur lui, fit une embardée des plus désagréables. Ma chair se hérissa et mon bras la repoussa rudement, tétanisé par la peur et la colère. Je lui hurlais :
« Fais attention Weasley ! ».
Elle me lança un regard perdu, comme si elle venait de s'éveiller d'un long rêve paisible que la réalité aurait interrompu, ce qui en un sens était probablement le cas. Elle semblait m'en vouloir de lui avoir sauvé la vie et d'avoir osé briser sa bulle de confort et pour cela, j'eus envie de l'étrangler. A la place, je me détournais de sa face atterrée, pressé de mettre le plus de distance entre elle, le danger public, et moi, la force tranquille. Il ne m'avait pas fallu longtemps pour comprendre à quel point la présence de Weasley avait des répercussions toxiques sur mes neurones et ma tension artérielle, principalement perturbée dans la zone sud.
Mon rêve changea et je me retrouvais face à ma mère dans mon salon.
— Mère, aimez-vous père ?
Ma voix était fluette. Une voix d'enfant. Elle me fixa, droite comme un i, dans son éternelle posture stoïque et son regard vide. Je cru voir un frémissement au coin de sa bouche, comme si elle se retenait de faire quelque chose. Mais de faire quoi ?
— Oui, Scorpius.
— On ne dirait pas.
— Je sais. C'est comme ça.
— Pourquoi ?
— Tu comprendras quand tu seras plus grand.
— Mais je suis déjà grand ! J'ai sept ans mère !, s'indigna le petit garçon que j'étais alors.
— Parfois, l'amour rend faible, Scorpius.
— Mère ?
— Oui ?
— Je crois que je comprendrais quand j'aurais huit ans.
Mère esquissa un sourire indulgent.
— Ne montre jamais qui tu es réellement Scorpius.
Mon rêve se mélangea à nouveau dans le brouillard. C'était le soir, il faisait sombre. Le salon était éclairé d'un lourd chandelier.
— Tu es ami avec Potter ?
La voix de père avait claqué. Il me foudroya du regard. Je frémis d'horreur. Mon rêve se changeait en cauchemar.
— Oui.
Il posa brutalement son verre sur la table et quitta la pièce en claquant la porte. Mère ne sursauta même pas, se contentant de me lancer son regard vide habituel.
Vint le cauchemar.
Tout était flou mais je pouvais sentir l'horrible chaleur de début septembre me comprimer les poumons. L'air ondulait sur l'asphalte, le bruit de la circulation londonienne bourdonnait dans mes oreilles. Il n'y avait pas de place pour la tranquillité sur ce trottoir et la journée était à peine entamée que je rêvais déjà de rejoindre mon lit à baldaquin. Albus venait de traverser la route à la suite de ses parents et j'allais emboîter son pas quand je la vis à mes côtés.
Jamais je n'avais eu la chance auparavant – ou bien l'infortune, tout dépendait du point de vue – de voir et rencontrer une créature aussi captivante que Rose Weasley. Je flairais le danger à des kilomètres et alors que je voyais le véhicule débouler et Weasley qui s'apprêtait à le percuter comme si elle voulait l'épouser, mon cœur lui, fit une embardée des plus agréables. Un frisson d'excitation parcouru mon échine et mon bras la poussa rudement vers une mort certaine. Je lui hurlais :
« Cours Weasley ! ».
Il y eut un bruit horrible et sinistre de mort et d'os brisés. La voiture s'arrêta, mon grand-père Drago était au volant.
— Regarde Scorpius : Weasley est morte ! Tu as aimé ton cadeau d'anniversaire ?
— Oui !
Je me réveillais dans mon baldaquin en sursaut et en sueur. J'eus besoin d'un moment pour retrouver une respiration égale. J'ouvris les rideaux verts de mon lit d'un geste sec. Le jour commençait tout juste à poindre, une lueur rosée éclairait le lac se reflétant à l'infini sur les montagnes et sa neige éternelle.
— Encore un cauchemar, Scorpius ?, me demanda Luke, déjà debout et habillé.
Je hochais la tête en silence, avant de remarquer la tenue de mon meilleur ami.
— Pourquoi tu es déjà habillé ? Est-ce que je suis en retard ?
— Non, je dois juste passer à la bibliothèque pour boucler un devoir de dernière minute. C'était quoi ton cauchemar ?, demanda Luke en attachant sa cape autour du cou.
Je frémis en repensant au corps de Weasley, percuté par la voiture et le bruit atroce que la collision avait produit. Je savais que mon cerveau avait tout imaginé, mais cela ne m'empêcha pas de trouver cela horriblement réaliste. Un goût de sang envahit ma bouche : je m'étais mordu la langue sans faire exprès. Mes cauchemars me laissaient toujours dans un état d'extrême tension.
— Rien d'important, éludais-je.
Je détestais parler de mes rêves et encore plus de mes cauchemars. Ils me montraient sous mon plus mauvais jour, à l'angle de la faiblesse et de l'impuissance. Luke claqua la langue, insatisfait par ma réponse évasive.
— Toi, tu refoules des trucs, m'annonça-t-il d'un air réprobateur. On ne me la fait pas à moi.
— Allez Luke, tu me connais mieux que personne, pour mon bien-être, fais comme si tu me croyais.
Luke ricana, pas dupe pour un sous de ma flatterie : Albus aussi était mon meilleur ami. Nous formions un trio un peu étrange néanmoins.
— On va dire que je vais t'écouter pour aujourd'hui et que je saurais ressortir cette discussion au moment opportun, lança-t-il pragmatique.
— Il n'y a pas à dire, t'es un vrai pote, maugréais-je.
— Et toi, un foutu menteur ! Mais bon, j't'aime quand même.
Je lui lançais un regard noir, Luke parlait sans complexe de ses sentiments et de ses émotions. Tout le temps. Je n'étais vraiment pas à l'aise avec ça et il ne le savait que trop bien.
— Arrête de dire des conneries et allons manger.
— Non je vais à la bibliothèque je te rappelle.
— Ah oui. Tu comptes sauter le petit-déjeuner ?
— Oui.
— Tu veux que je te rapporte un truc à manger ?
Luke sortit un énorme paquet de chocogrenouilles de sa poche.
— Comme tu le vois, j'ai déjà ce qu'il me faut.
J'eus une moue dégoûtée.
— Tu as vraiment une alimentation épouvantable.
Luke se bidonna, et quitta le dortoir en me lançant un geste nonchalant de la main qui voulait sûrement dire « on se voit tout à l'heure ». Je prenais mes affaires de cours et me dirigeais vers la Grande Salle. Puisque Luke ne serait pas là, j'allais prendre mon repas avec Albus. A la table des Gryffondor. Décidément, la journée commençait mal.
Albus était déjà à table quand je m'assis à côté de lui. Certains Gryffondor me jetèrent des regards hostiles : j'étais encore le loup qui entrait dans la bergerie. Je les ignorais.
— Laisse-moi deviner, commença Albus avec un sourire amusé, Luke est à la bibliothèque ?
— Encore et toujours, confirmais-je, résigné.
— Bonjour tout le monde !
Albus et moi relevâmes la tête sur une brune de taille moyenne, à l'uniforme impeccable, des grands yeux vert joyeux et un sourire dévoilant une rangée de dents blanches parfaitement alignées. Je reconnus avec horreur Sasha Kirkman, l'illuminée qui pensait dur comme fer que nous étions faits l'un pour l'autre. Elle m'adressa un sourire éblouissant. Albus grogna un « bonjour Sasha », la bouche pleine de pudding. J'eus une moue écœurée.
— Je vous laisse.
Je voulais partir le plus vite et le plus loin possible de cette écervelée avant qu'elle n'ait encore une idée saugrenue visant à faire de nous des pseudos âmes-sœurs.
— On peut savoir où tu vas beau gosse ?, lança Kirkman d'un ton qui se voulait nonchalant. (Etait-il utile de préciser que ça ne l'était pas du tout ? Et « beau gosse » ?! Mais QUI draguait comme ça sérieusement ?).
— Non, lâchais-je d'un ton sec, espérant la décourager de me suivre.
Ma tentative échoua lamentablement : à peine m'étais-je levé qu'elle rassemblait ses propres affaires. Inutile d'être une lumière pour comprendre ses intentions. Son attitude m'horripilait.
— Où est-ce que tu crois aller comme ça, Kirkman ?, l'attaquais-je.
Elle parût troublée par mon agressivité.
— Nulle part.
Pourtant, elle ne se rassit pas. Je n'étais pas réputé pour ma patience et je commençais à m'échauffer sérieusement.
— Si « nulle part » se trouve comme par hasard à trois mètres derrière mois, je te promets que tu vas le regretter Kirkman, j'exécute un maléfice cuisant particulièrement efficace.
Elle blêmit et se rassit en silence. Albus me lança un regard étonné. Je lui fis signe que je lui expliquerais plus tard.
— On se voit en Potion Al, dis-je en guise d'au revoir, mon sac de cours sur l'épaule.
— J'ai mes sélections de Quidditch ce soir, tu viendras me voir ?
— Non.
C'était un mensonge : bien sur que j'allais venir, mais il était hors de question que Kirkman le sache. Cette harceleuse me poussait même à être méchant avec mes amis. Une colère sourde bourdonnait dans mon corps lorsque je vis l'air déçu d'Albus. Comment faire définitivement comprendre à cette fille que ce qu'elle attendait de moi ne se produirait jamais ? Je chassais mes idées noires d'un long soupir, déterminé à passer une bonne journée malgré ce très mauvais départ.
— Désolé Albus, ajoutais-je pour me donner bonne conscience.
Et je partis, tachant d'ignorer le froncement de sourcils de Kirkman et le désappointement de mon meilleur ami.
oOo
Par habitude, j'étais à côté de Luke pour le cours de Potion pour lequel j'étais arrivé beaucoup trop en avance. Tous les élèves étaient dans le cachot, debout devant une paillasse, attendant notre professeur. C'était un cours en commun avec les Gryffondor et donc Albus était là aussi. D'habitude, c'était toujours un amusant de partager un cours avec lui : on ne se voyait pas souvent et on en profitait pour se mettre ensemble. Mais je le soupçonnais de m'en vouloir encore pour tout à l'heure puisque il m'avait lancé une œillade mécontente dès qu'il m'avait aperçu avant de se précipiter aux côtés de Finnigan. Il fallait absolument que je lui explique pour Kirkman.
Enfin, notre professeur, Mr Gowan entra. C'était un grand type, aussi haut que large, toujours rasé de près et dont les yeux pétillaient d'intelligence et de rigueur. Si on m'avait demandé de choisir un seul mot pour le définir, j'aurais choisi « équilibré ». Mr Gowan veillait toujours à ce qu'il n'y jamais deux poids, deux mesures. Je n'appréciais pas sa manière d'envisager les choses car je la trouvais trop éloignée de la réalité : ce professeur m'insupportait souvent par sa suffisance.
— Bonjour à tous !, lança Gowan.
Luke esquissa un sourire : il adorait Gowan et c'était pourquoi j'adorais travailler avec lui en potion, sa dévotion pour l'homme et sa matière m'empêchait de faire les choses stupides que j'aurais eût envie de faire sans ça. Faire exploser des chaudrons par exemple.
— Inutile de vous asseoir, poursuivit Gowan, je vais choisir vos binômes cette année.
Une vague de protestation souffla sur la salle, mais le professeur ne se laissa pas démonter et le silence revint rapidement :
— En effet, vous êtes tous ici parce que vous avez validés vos BUSES dans la matière et que vous souhaitez y intensifier vos efforts. Cependant, les ASPICS sont bien plus difficiles et il ne suffira pas seulement de travailler pour avoir les résultats escomptés. Il va falloir vous dépasser. Et rien de tel que le travail en équipe, avec une équipe dont les partenaires se tirent mutuellement vers le haut pour y parvenir.
Gowan claqua ses grosses mains et d'un coup de baguette afficha les nouveaux binômes ainsi constitués au tableau. Je priais pour ne pas me retrouver avec Kirkman. Le ricanement de Luke à mes côtés m'alerta.
— Tu vas bien t'amuser Malefoy.
Je risquais un coup d'œil vers le tableau. Je vis d'abord son nom à elle avant de voir le mien. Je n'étais pas avec Kirkman mais je n'en éprouvais finalement aucun soulagement.
— Le monde se fout de ma gueule, marmonnais-je.
Luke se bidonna. Il pouvait rire, lui il était avec Albus ! Je le regardais prendre ses affaires et rejoindre ce dernier non sans éprouver un pincement de jalousie. J'étais dépité.
Elle prit la place de Luke et s'assit sur sa chaise avant de parler d'un air guindé.
— Malefoy.
— Weasley, répondis-je avec autant de méchanceté que j'en étais capable.
Je ne lui pardonnais toujours pas le coup de la dernière fois. Elle rentra la tête dans les épaules comme un animal blessé. Je n'arrivais même pas à m'en vouloir. D'abord mes cauchemars, ensuite Kirkman qui me harcelait, Albus qui m'en voulait et Weasley qui devenait mon binôme pour les deux ans à venir : malgré toute ma bonne volonté à vouloir mettre un semblant de bonne humeur et d'ondes positives dans cette matinée, celle-ci avait trop mal commencé pour que je poursuive des efforts dans ce sens. Il était évident que j'allais passer une très mauvaise journée, autant m'y faire immédiatement.
Ne parvenant pas à réprimer ma mauvaise humeur, je fus exécrable avec Weasley durant tout le cours, ne manquant pas une seule occasion de lui en faire baver. A ma grande surprise elle encaissa en silence, malgré son évidente envie de m'écraser les pieds. Notre potion fut parfaite, ce dont je m'étonnai. Finalement, peut-être que nous n'étions pas un si mauvais binôme, bien que je m'interdisais de l'admettre à haute voix.
oOo
Albus évoluait dans les airs comme un oiseau. Il était vraiment phénoménal sur un balai, c'était impressionnant. Son frère aîné, James, le capitaine de Gryffondor l'était aussi, mais dans un tout autre genre. James, c'était la force brute, l'agilité : il fendait les airs les sourcils froncés, comme s'il voulait soumettre la loi de l'apesanteur. Et pendant quelques secondes – à chaque fois qu'il volait à vrai dire – on pouvait croire qu'il y était parvenu. Albus, lui était la vitesse : il ne fendait pas le ciel pour atteindre sa cible, à savoir le vif d'or, c'était le ciel tout entier qui s'inclinait à son passage. Si le soleil avait été une personne, je n'aurai pas été surpris de le voir baiser les pieds de mon ami. Cette pensée me fit ricaner.
C'était toujours un plaisir de les regarder voler. Sauf quand c'était ma propre équipe qui les affrontait. Pourtant on adorait ça : on avait le goût du challenge, du défi et eux aussi. Ça n'avait pas été toujours aussi simple cependant. Mon amitié avec Albus était connue de toute l'école et n'avait vraiment pas été bien vue dès les premiers jours. Jusqu'à ce que je me mette à assister aux sélections des Gryffondor et que je fasse une analyse détaillée de leurs points forts et de leurs points faibles à ma maison. Albus ignorait que j'analysais le jeu de toute son équipe à chaque fois que j'assistais à ce genre d'entraînement bien que je le soupçonnais de s'en douter très fortement : une fois il avait lâché, l'air de rien « Fais comme si tu n'avais pas vu Jack tomber de son balai s'il-te-plaît ». J'avais fait comme si, évidemment. Notre amitié passait avant notre amour du Quidditch, avant les délires égoïstes de nos maisons, avant la haine qu'entretenaient nos pères respectifs.
Je m'étais assis dans les gradins de Serpentard pour voir Albus se faire qualifier une nouvelle année chez les Gryffondor. Il volait tellement bien, son frère n'avait pas hésité plus de quelques secondes avant de se rendre compte qu'il restait un attrapeur hors norme et de le réintégrer dans l'équipe. Lorsque les qualifications se furent achevées, je descendis en trombe des gradins, m'apprêtant à féliciter mon meilleur ami. Il était couvert de boue. Ses yeux s'écarquillèrent d'étonnement quant il me vit.
— Scorpius ?
— Bravo, tu as encore réussi, le félicitais-je, ne masquant pas un air narquois.
Cet imbécile regarda ses pieds, comme embarrassé. Son rejet permanent des compliments m'étonnerait toujours.
— Merci, marmonna-t-il. Mais qu'est-ce que tu fais ici ? Je croyais que tu ne venais pas me voir aux qualifications cette année.
— Ah oui. Désolé, j'ai menti : je ne voulais pas que Kirkman le sache et me poursuive jusqu'ici pour me livrer une analyse plus que douteuse de ton jeu. Depuis plusieurs jours, elle me harcèle : elle prétend que nous sommes faits l'un pour l'autre.
Albus hocha la tête : il comprenait. Pourtant, je ne pus m'empêcher de remarquer qu'il avait l'air préoccupé, comme s'il retournait quelque chose dans sa tête dans tous les sens. Ça ne pouvait pas être l'entraînement : il avait été parfait.
— Tout va bien ?
Il n'était pas dans mes habitudes de m'enquérir de ce genre de choses, je respectais trop l'intimité de mes amis pour ça : si quelque chose n'allait pas, j'attendais d'eux qu'ils viennent m'en parler sans que je fasse le pied de grue pendant des heures devant leur caboche. Mais il y avait quelque chose dans l'expression qu'arborait Albus qui me taraudait.
Albus haussa les épaules, comme indifférent.
— Je t'en parle tout à l'heure, pour l'instant, je rêve d'une douche.
Je souris : je pouvais comprendre cette envie mieux que personne.
— Je t'attends à la sortie des vestiaires.
Il partit en trottinant, je m'assis sur un gros rocher devant la cabane de bois dans laquelle les Gryffondor se débarrassaient de leur crasse. James fut le premier à sortir, accompagné d'une blonde dont le prénom m'échappait en permanence mais que je savais dans ma promotion. Il m'adressa un signe de la main avant de partir pour le château, son sac sur les épaules. La blonde fusillait le dos de James, l'air irrité.
— Tu ne perds rien pour attendre, James !, beugla-t-elle.
Sans se retourner, James lui adressa un doigt d'honneur, levant le poing à hauteur de son épaule. J'explosai de rire. La blonde se retourna sur moi, fulminante.
— Toi, tu feras moins le malin quand Rose se sera occupée de toi !
Je cessais immédiatement de rire. Je me rappelais maintenant où est-ce que je l'avais vue : c'était la meilleure amie de Weasley. Albus sortit à ce moment-là, ne me laissant pas plus longtemps le loisir de me questionner sur cette étrange menace. La blonde était déjà partie.
— On y va ?, lança Albus.
Je me levais de mon rocher. On marcha en silence jusqu'au château. J'attendais qu'il parle de ce qui le préoccupait. Il ne se décida qu'au moment où nous arrivâmes devant les portes de la Grande Salle.
— Qu'est-ce qui se passe avec Rose ?
Je ne compris pas.
— Rose ?
— Oui. Weasley. Tu sais, ma cousine. La fille que tu as martyrisée en potion.
Albus ne cachait pas son mécontentement. Oh. C'était donc ça. Je poussais un long soupir.
— Oui, je vois qui c'est. Elle m'a gonflé, expliquais-je, comme si cela coulait de source.
Je croisais les bras.
— Et qu'est-ce qu'elle t'a fait ?, questionna-t-il, l'air très concerné.
Euh… Rien ?
— Elle m'insupporte.
— Pourquoi ?, insista mon meilleur ami, bien décidé à me faire admettre que j'avais, semble-t-il, dépassé une limite.
— Est-ce qu'elle t'a demandé de venir me parler ?, demandais-je, soupçonneux.
Si c'était ça, j'allais la réduire en charpie.
— Quoi ? Non !
Sa surprise était sincère. Je n'allais pas la réduire en charpie. Une petite partie de moi eût l'air déçue, ce qui m'étonna. Est-ce que j'avais fait de Weasley ma tête de turc ? Ce n'était pourtant pas dans mes habitudes. Je détestais les élèves qui prenaient d'autres élèves pour des souffre-douleurs. « Sauf que Weasley ne sait que trop bien comment se défendre », souffla une voix dans ma tête. « Ca ne veut pas dire que ton attitude ne la blesse pas », répondit une autre voix. Un élan de colère me traversa : mon meilleur ami me prenait la tête pour une emmerdeuse et voilà que j'entendais maintenant des voix. Cette fille n'avait pas bougé un seul doigt et elle arrivait quand même à m'horripiler plus que n'importe qui en un rien de temps. J'étais en train de perdre ce combat.
— Je suis désolé, j'ai peut-être dépassé les bornes, reconnus-je et Albus montra sa satisfaction d'un sourire, mais j'avais mes raisons, poursuivis-je bien décidé à sauver ma peau.
— Quelles raisons ?
Il s'était mis à croiser les bras lui aussi et me regardait l'air railleur.
— La journée avait super mal commencée. Weasley désignée comme mon binôme c'était la goûte d'eau qui fait déborder le vase.
J'aurais aussi pu raconter à Albus comment je lui avais sauvé la vie, comment elle ne m'avait pas remercié, comment je lui avais demandé de me rendre un service et comment elle m'avait envoyé paître. Rien que d'y penser, j'en frissonnais de colère. Pourtant, pour une raison que je ne m'expliquais pas, je préférais garder ces moments pour moi.
— Tu te fous de moi Scorpius ? Tu te lèves du pied gauche et tu fais payer ma cousine pour ça ?
Albus était atterré. J'abattis ma dernière carte.
— J'ai fait un cauchemar.
Le visage d'Albus s'adoucit : il venait de comprendre. Mes amis savaient à quel point mes nuits étaient pénibles et avec quelle force mes cauchemars continuaient de me poursuivre la nuit achevée.
— Je comprends. Mais je ne pense pas que Rose soit responsable de tes cauchemars Scorpius.
En fait, si, elle l'était, mais il était hors de question que je le lui dise.
— Tu devrais aller t'excuser, continua Al, vous n'allez pas pouvoir travailler comme ça pendant deux ans de toute façon, ce n'est pas sain.
— Notre potion était parfaite, dis-je pour le plaisir de le contredire.
Il eût un regard pénétrant. A moins que je ne lui avoue des choses que je ne voulais pas lui avouer, je venais de perdre. Je rageais intérieurement.
— Très bien, capitulais-je, j'irais m'excuser. Mais il est hors de question que je rampe à ses pieds ou quoi que ce soit du genre, le prévins-je.
Il sourit.
— Merci Scorpius, j'apprécie tes efforts et je suis sûre que Rose saura les apprécier également. Tu verras que ça rendra les choses plus simples, elle n'est pas rancunière.
C'était complètement faux : Rose était la personne la plus rancunière que la Terre ait jamais portée. Sauf que je l'ignorais encore au moment où Albus me confiait ceci. Du coup, j'acquiesçais mollement. Je n'avais à présent qu'une envie : changer de sujet et c'est que je fis.
oOo
Le lendemain, alors que je sortais de mon cours de Divination en me demandant comment j'allais m'y prendre pour m'excuser auprès de Weasley, j'entendis justement sa voix de l'autre côté de l'escalier dans lequel je me trouvais et qui donnait sur un couloir.
— Pourquoi tu insistes avec ça, Rachel ?, soupira Weasley, agacée.
Rachel Davis ! Le nom de la blonde qui se disputait avec James la vieille m'était revenu subitement en mémoire.
— Parce que ta réponse ne me satisfait pas. Je sens qu'il se passe un truc louche.
La configuration de l'escalier dans lequel je me trouvais me permettait de les espionner sans qu'elles ne se rendent compte de ma présence – à condition bien sur, qu'elles ne se décident pas subitement à regarder dans ma direction. Davis se tapota le nez, comme pour montrer ses capacités olfactives exceptionnelles concernant les potins sentimentaux de Poudlard. Je fronçai les sourcils. A chaque fois que j'entendais ce genre de propos, c'était toujours dans la bouche d'une fille. Elles semblaient toutes amoureuses de l'amour. Ce devait être épuisant d'être elles. Je m'apprêtais à passer mon chemin (il était hors de question que je m'excuse auprès de Weasley sans avoir d'abord pensé à un plan d'attaque), quand elle prononça mon nom.
— Si tu tiens tant à parler des amours de Malefoy, va donc emmerder ta copine Sasha. Elle se fera une joie de s'imaginer des trucs avec toi, dit-elle d'un ton sec.
Pitié pas cette furie ! Je maudis Weasley en silence tout étant surpris – et étrangement flatté – de leur sujet de conversation.
— Est-ce que tu t'entends parler ?, s'indigna la copine de Weasley.
— Et toi ?, contre-attaqua Weasley. Tu dépasses les bornes, Rachel. Ca fait deux jours que je te demande d'arrêter avec cette histoire et tu me harcèles avec ça. Ne fais pas l'étonnée quand je pète un câble.
— Reconnais que son attitude est bizarre.
— Je me fiche bien de son attitude, mais si ça t'intéresse, va donc lui en parler. Et n'oublies pas d'emmener Sasha avec toi.
— Sasha ne t'a rien fait, arrête de t'en prendre à elle.
Weasley eût un regard féroce. Il y avait de l'eau dans le gaz.
— Elle ne m'a rien fait ?
— C'était juste pour plaisanter…
— Cette connasse a mis du poil à gratter dans mon lit parce qu'elle est persuadé que je veux lui voler son blondinet albinos à la con et tu oses prétendre qu'elle ne m'a rien fait ? Ouvre les yeux Rachel.
« Blondinet albinos ?! » Elle ne manquait pas d'air la rouquine. Un élan d'indignation parcourut ma colonne vertébrale.
— Donc, tu ne ressens absolument rien pour Malefoy ?
— Hormis du dégoût et une profonde irritation ? Rien.
Waouh elle n'y allait pas avec le dos de la cuillère. Bien que Weasley me laissait complètement indifférent, je ne pus pas m'empêcher de me sentir vexé face à ses propos aussi dur. Qu'est-ce que je lui avais fait pour que je l'insupportasse à ce point ? Non pas que ça m'eusse réellement intéressé, mais ça m'agaçait. Weasley ne me connaissait pas et elle se permettait d'avoir des propos durs sur moi. Pourtant, je lui avais sauvé la vie. Elle aurait dû être reconnaissante.
— Mais comment tu peux affirmer qu'il est aussi indifférent que toi ?
— Je le sais.
Weasley avait dit ça avec une telle certitude, une telle conviction, comme si elle détenait la réponse à toutes les questions de l'Univers, que c'en était déroutant. Qu'elle affirme avec autant d'emphase qu'elle me détestait, ça encore je pouvais comprendre (en fait, non, mais je pouvais au moins essayer de l'accepter, après tout, on ne peut pas plaire à tout le monde) mais qu'elle se permette de parler à ma place, d'affirmer à MA place que je la détestais, ça me dépassait. Oui, même si c'était vrai. Un fourmillement parcouru le bout de mes doigts, j'eus envie de frapper quelque chose.
— Mais, enfin Rose, qu'est-ce qui te fais dire une chose pareille ? Tu le connais à peine.
Weasley inspira profondément en fermant les yeux et en se massant les tempes, comme si, elle aussi, se retenait de frapper la personne en face d'elle. Nous partagions finalement peut-être plus de choses que je ne l'eusse admit.
— Ecoutes, je sais très bien que Malefoy n'en a strictement rien à foutre de moi parce qu'il m'a sauvé la vie et qu'à chaque fois que nous sommes forcés de nous adresser la parole il semble regretter de l'avoir fait. C'est évident qu'il aurait finalement préféré me voir morte.
Curieusement, elle semblait au bord des larmes. J'étais abasourdi. Abasourdi et indigné. Comment pouvait-elle s'imaginer que j'étais suffisamment horrible pour souhaiter sa mort ? D'accord, je n'étais pas un enfant de chœur, mais de là à penser que j'étais capable de désirer la mort de quelqu'un, la marge était énorme.
— Malefoy t'as sauvé la vie ?, lâcha, incrédule, la copine de Weasley.
Evidement, elle n'avait retenu que le passage qui l'arrangeait. Comme c'était pratique. Weasley semblait être à deux doigts de gifler son amie. Ou de fondre en larmes. Ou les deux. Cette fille était beaucoup trop sensible.
— Est-ce que tu écoutes ce que je te dis ?, s'énerva Weasley.
J'hésitais à me montrer. Il était évident que je n'aurais pas dû être ici, ni surprendre cette conversation. Mais rester dans l'ombre et faire des machinations ce n'était clairement pas mon genre. Et puis, ce que la rouquine venait de lâcher à mon propos, me décrivant clairement comme un monstre me foutait vraiment en rogne. Je ne pouvais pas la laisser penser ça de moi. Il y avait trop de gens dans ce château qui me pensaient aussi con que feu mon grand-père et cela me mettait hors de moi.
Finalement, mes pas me guidèrent d'eux-mêmes hors de ma cachette, m'exposant à la vue des deux Gryffondor. La copine de Weasley me vit en premier et ouvrit la bouche, surprise et probablement embarrassée. En voyant la réaction de son amie, Weasley se tourna vers moi et pâlit incroyablement vite en me reconnaissant. Je m'approchai d'elles, déterminé, suffisamment proche pour qu'elles se sentent mal à l'aise mais assez loin pour ne pas qu'elles s'imaginent encore plus de choses. Je vis clairement Weasley déglutir et savourait en silence ma victoire.
— Wahoo.
Ma voix claqua dans l'air, sèche. Weasley se tritura les mains, clairement mal à l'aise. Tant mieux. Sa copine la consulta du regard, l'air inquiet.
— Tu as vraiment une haute opinion de moi, Weasley, repris-je.
— Tu serais prêt à nier ce que tu viens d'entendre ?, rétorqua-t-elle, semblant reprendre confiance en elle, une lueur de défi dans les yeux.
— Non.
Je m'approchais pour lui murmurer à l'oreille « Ca te ferait trop plaisir » avant de reculer pour observer la réaction de mes paroles sur elle. Mais Weasley fit une chose à laquelle je ne m'attendais vraiment pas. Sa main claqua sur ma joue, piquante, sans que je n'aie eu le temps de comprendre ce qui m'arrivait. Sa copine étouffa une exclamation choquée en se couvrant la bouche de ses deux mains, laissant tomber ses manuels au sol. La gifle avait résonné dans tout le couloir.
— Tu n'aurais pas dû faire ça, décrétais-je, une colère sourde s'emparant de moi.
— C'est marrant, j'ai l'impression que c'est ce que tu ne cesses de te répéter depuis trois jours, répliqua-t-elle en croisant les bras.
— Excuse-toi, exigeais-je.
La réponse fusa.
— Non.
Je sortis rapidement ma baguette : « Levicorpus ». Weasley brailla en s'élevant vers le ciel contre son gré, ses poings agitant furieusement l'air. Son amie, manifestement scandalisée, semblait figée. Je ne réprimais pas un sourire moqueur.
— Excuse-toi, Weasley.
— Va en enfer !, beugla-t-elle depuis le plafond.
— Puisque c'est comme ça…
Je haussais les épaules en signe d'indifférence, et abandonnais là les deux Gryffondor, non sans préciser à Weasley que si elle voulait redescendre, elle n'avait qu'à se débrouiller.
Mais je pouvais hausser les épaules autant de fois que je le voulais pour faire croire que j'étais indifférent aux frasques de l'insupportable rouquine, je n'étais pas stupide. Son attitude, mes cauchemars et même mes pensées… elle me poursuivait partout et en permanence. Sauf que je détestais ça.
