NOTE DE CHAPITRE :

Bonjour à tous, cette note de chapitre est avant tout un avertissement. Mes personnages font preuve d'un humour douteux, et j'espère que vous ne leur en tiendrez pas rigueur. Si vous avez un peu de mal avec certaines blagues... hé bien... Serrez les dents, ça va bien se passer. Bon, et j'insiste, ce n'est vraiment QUE de l'humour, hein. C'est sale, noir, un peu douteux, très graveleux, mais de l'humour avant tout.

Sur ce, bonne lecture, pas encore de musique pour ce chapitre.


— Rachel, je vais te tuer !

Un éclat de rire me répondit. Je sortis de la salle de bain et lançai un regard assassin à ma meilleure amie, les poings sur les hanches. Au bout de six ans de vie commune j'aurais dû m'y habituer mais je devais être quelqu'un de trop optimiste pour ça. Rachel était un cas désespéré, il fallait que je m'y fasse.

— Euh… Je suis désolée ?, minauda-t-elle.

Je ne me laissai pas avoir par sa moue trop mignonne.

— Tu ferais bien oui ! Dorénavant, je prendrais ma douche avant toi : marre de prendre des douches froides dès le réveil.

— C'est pour vivifier tes muscles, railla-t-elle.

— Mes muscles n'ont pas besoin d'être vivifiés Rachel.

— Qu'est-ce que je suis drôle, marmonna-t-elle, l'air faussement ennuyé d'avoir un sens de l'humour.

Je retins un ricanement.

— Je n'ai pas rigolé, lança Sasha, avec qui nous partagions la chambre et qui était en train de faire son lit.

— Chut, fit Rachel.

On se regarda toutes les trois avant d'exploser de rire. Malgré mon apparente mauvaise humeur, j'aimais ce genre de matinée : j'y avais mes repères. C'était mieux que les réveils de ma mère, stressée au possible, mieux que les glapissement angoissés de mon père, bien mieux que les ronflements de mon frère. J'avais vraiment de la chance sur ce dernier point : aucune des filles avec qui je partageais ce dortoir ne ronflait et d'après les rumeurs qui pouvaient circuler dans la tour de Gryffondor, c'était un réel privilège.

Rachel était un peu ma famille de substitution. Non pas que j'en ai vraiment besoin : j'aimais ma famille, énormément. Celle-ci était d'un soutien sans faille quelque soient mes projets. Seulement parfois, la famille, ça fatigue : ce sont ceux qui vous connaissent depuis le plus longtemps qui vous critiquent le plus rapidement et qui surtout n'hésitent pas à vous balancer des jugements pas toujours très justifiés en pleine figure. Je n'aimais pas ce genre de cruauté gratuite. Il y avait assez des autres pour me jauger.

— Merde ! Merde ! Merde !

Laura, notre quatrième colocataire de dortoir venait de traverser ce dernier en piaillant comme une poule affolée. Elle s'arrêta subitement pour nous dévisager. Nous devions avoir un drôle d'air car elle nous observa comme des rats de laboratoire pour qui l'expérience aurait mal tournée.

— Qu'est-ce qui vous arrive ?, demanda-t-elle, suspicieuse.

— Rien, c'est Rachel qui n'est pas drôle, répondit Sasha.

Laura fronça les sourcils et haussa les épaules l'air de se dire qu'elle s'en fichait.

— Et toi, pourquoi tu t'agites comme ça ?, questionnai-je, curieuse comme un pou.

Laura me regarda comme si j'étais quelque chose de dégoutant sur le bout de sa chaussure et ne me répondit pas. Ce qui me donna légèrement envie de la gifler. Elle faisait toujours ça. J'ignorais pourquoi, mais elle semblait me haïr très très fort. Pourtant, je ne lui avais jamais rien fait. Ou alors je ne m'en souvenais pas.

— Rose t'a posé une question, Doll, siffla Rachel, l'air menaçant.

Un frisson courut le long de mes bras. Je pouvais compter sur Rachel pour défendre mon honneur en toutes circonstances. Et personne dans ce château – sauf James peut-être – ne voulait se risquer à provoquer sa colère : elle avait une imagination sans limite dans le domaine des farces, qui pouvaient prendre un tour sinistre lorsqu'il s'agissait de vengeance. Laura pâlit.

— Sarah a oublié son manuel de métamorphose et Jones colle toujours les élèves qui n'ont pas leur manuel.

Sarah était notre cinquième et dernière colocataire. Elle avait une allure de garçon manqué, était très timide et traînait toujours avec Laura. Rachel hocha la tête, l'air de penser aux différents moyens qu'elle avait d'égorger Laura sans se faire prendre. Je me détournai de leur posture offensive, préparant mes affaires de cours. Quand j'eus fini, Laura était repartie et Rachel m'attendait à la porte du dortoir : c'était l'heure d'aller en classe de Métamorphose, cours que nous avions en commun avec les Poufsouffle.

Je perçus immédiatement l'atmosphère effervescente qui régnait dans la classe en m'installant à ma place habituelle, encadrée par Rachel et Albus. Face à l'ambiance générale, Rachel ne dissimula pas un sourire carnassier plutôt inquiétant. Albus, lui, avait les yeux vissés au tableau, dans un état de concentration extrême probablement feint. Mr Jones, notre professeur avait lui aussi remarqué l'inhabituelle tension dans la pièce, puisqu'il siffla de mécontentement en entrant dans la salle. Le silence se fit automatiquement, presque religieux. Personne ne voulait énerver Jones. Ou même le titiller. Personne. Jamais.

Le professeur Jones commença son cours d'une voix monotone et je m'efforçai de prendre des notes avec application. Mais au bout d'environ trois quarts d'heures, je remarquai que j'étais vraiment la seule à être aussi concentrée. Tout le monde dans la classe semblait tendu à l'extrême. Rachel se penchait tout au bord de sa chaise, les doigts agrippés à sa table, le regard un peu fou, comme si elle s'apprêtait à bondir. Fait étonnant : même Albus, ce modèle de la tranquillité semblait être sur des charbons ardents. Il se passait un truc louche, j'en étais certaine. N'y tenant plus, je me tournai vers Rachel et demandai sur un ton de conspiratrice :

— Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi tout le monde est surexcité comme ça ?, chuchotai-je.

— Quelque chose se prépare…, annonça Rachel, dissimulant mal son enthousiasme.

Albus esquissa un sourire taquin.

— Je ne suis pas sûre que tu veuilles savoir, Rosie-la-préfète, lança-t-il l'air de rien.

Mon gyrophare d'alerte intérieur s'activa aussitôt. Un truc interdit se tramait et j'aurais mis ma main à couper que mes meilleurs amis étaient au courant. J'interceptai l'œillade de reproche que Rachel adressa à Albus. Il haussa les épaules, indifférent.

— Rachel, dis-moi ce qui se passe, ordonnai-je.

Rachel sembla lutter pour se taire : elle pinçait les lèvres tellement fort que celles-ci étaient devenues toutes blanches. Mais heureusement pour moi, Rachel était une personne trop honnête pour savoir mentir, ou même retenir un secret.

Rachel, comme le commun des mortels, avait beaucoup de défauts. Par exemple, de par sa maladresse, elle était la pire des entremetteuses. Mais elle ne pouvait pas s'empêcher de fourrer son nez dans les affaires de tout le monde : pas pour y mettre le bazar comme certains le font, non, son but à elle c'était que tout le monde s'entende avec tout le monde. Souvent elle foirait, mais ça n'empêchait pas les gens d'apprécier ses efforts. La seule personne avec qui elle ne s'entendait pas dans ce château c'était James (mais tout le monde savait que c'était parce qu'ils étaient amoureux l'un de l'autre). Elle adorait aussi faire des blagues, à un tel point que je m'étais plusieurs fois demandé si son cas ne relevait pas d'une mystérieuse pathologie.

Et surtout, c'était une grande gueule, d'une franchise sans limite. J'avais remarqué que c'était le cas chez toutes les personnes qui pratiquaient le Quidditch : est-ce que le contact fréquent avec des balles enchantées leur avait supprimé la capacité de s'exprimer calmement ? C'était une question que je me posais souvent sans jamais y trouver de réponse satisfaisante. A cause de ça, elle passait plus de temps en retenue qu'en classe, chose que son frère jumeau, Thomas, un gentil de Serdaigle, déplorait. Il était la seule personne à avoir un minimum de contrôle sur elle, ce qui imposait le respect. Et surtout Rachel était ma meilleure amie. Elle était la sœur que je n'avais jamais eue et je l'adorais.

J'avais moi aussi un caractère de feu, que certains auraient qualifiés de volcanique même, bien que, contrairement à Rachel, je ne m'enflammais pas pour n'importe quoi. Je m'indignais surtout face à toutes sortes d'injustices et au non-respect des règles (qu'il s'agisse de bienséance, du règlement de l'école ou même de simple savoir-vivre). C'était probablement pour ça que j'avais écopé, depuis l'année dernière, du badge de préfète. Rôle que je jouais à la perfection et que j'adorais. Mes parents s'étaient étouffés de bonheur en apprenant la nouvelle, ce qui m'avait beaucoup fait rire. Je préférais et de très loin être celle qui donne des ordres plutôt que celle qui les suit. J'étais née pour diriger.

— Rachel…, fis-je avec l'air le plus menaçant dont j'étais capable.

Derrière moi, Albus pouffait dans sa main. L'incapacité de Rachel à garder quoi que ce soit de secret l'avait toujours fait rire.

— D'accord, d'accord, capitula-t-elle enfin. Je vais t'expliquer. Mais tu dois me promettre de ne dénoncer personne et de n'émettre aucun jugement.

— C'est interdit par le règlement de l'école ?

— Oui, affirma Albus, confirmant mes pires craintes.

— C'est illégal ?, m'affolai-je.

Cette histoire commençait à m'inquiéter. Quelque chose qui était défendu par le règlement intérieur et qui mettait des adolescents dans un tel état d'excitation avait de quoi être préoccupant.

— Bien sur que non, s'indigna Rachel.

Je poussai un long soupir : je ne m'étais même pas rendu compte que je retenais ma respiration.

— Ok, je promets de ne dénoncer personne et de n'émettre aucun jugement, renonçai-je alors.

Rachel n'avait heureusement pas anticipé les failles de la promesse qu'elle m'avait fait faire. Si toutefois je jugeais la chose trop dangereuse, je n'hésiterais pas à en parler à un professeur. Sans dénoncer aucun élève ou n'émettre aucun jugement bien sur.

— Il y a une fête clandestine ce soir, murmura Rachel si bas que je faillis ne pas l'entendre.

Je me retins de hurler un « QUOI » tonitruant, consciente de la présence, plus que dangereuse, de notre cher professeur à quelque pas de nous. A la place, j'écarquillai de gros yeux.

— D'où elle sort, cette fête ?

J'étais à moitié mécontente, à moitié excitée par cette nouvelle. Ce qui était étrange parce que je n'avais jamais vraiment été une grande fêtarde.

— Ce sont les Poufsouffle. Ca fait trois ans qu'ils ont instaurés cette tradition. Ils font une première fête en tout début d'année, et une autre à la toute fin. A chaque fois ils choisissent un thème. Il paraît que ces fêtes sont démentielles.

— Comment ça se fait que je n'en ai jamais entendu parler ?

Un évènement aussi énorme me paraissait compliqué à dissimuler.

— Tout le monde dans ce château connaît ton amour du règlement Rose, expliqua doucement Albus.

Je me vexai.

— Il n'y pas que ça, fit Rachel, c'est la première année que les autres maisons sont invitées. Avant, c'était juste un truc entre Poufsouffle.

— Toutes les autres ? Ca fait beaucoup d'élèves. Comment ils espèrent cacher un truc comme ça ?

— Les premières, deuxièmes, troisièmes et quatrièmes années ne sont pas autorisées. Ensuite, il y a un code précis à suivre pour ne pas se faire prendre. On a tous reçu un mot nous disant à quelle heure partir de notre Salle commune et quel itinéraire emprunter.

Je n'avais rien reçu du tout.

— Et pourquoi je n'ai rien reçu ?, m'agaçai-je.

Si ces Poufsouffle de mes deux m'avaient écartée, moi et uniquement moi, je me débrouillerais pour faire de leur vie un enfer. Et je n'hésiterais pas à me servir de mon badge pour ça.

— Tu veux y aller ? s'étonna Rachel.

— Bien sur. Je n'ai pas l'intention de gâcher ce genre d'expérience.

— Montre-lui, dit Albus à Rachel.

— Me montrer quoi ?

Mais Rachel ne se fit pas prier et sortit un morceau de parchemin tout chiffonné de sa poche. Elle le posa sur ma table et fit semblant de se concentrer à nouveau sur les propos de notre cher professeur sur la loi de Gamp en métamorphose élémentaire et ses exceptions.

« Rachel Davis, Sasha Kirkman, Rose Weasley, Albus Potter

Thème : Carnaval vénitien

Quitter le Hall à 21h37, en direction du hangar à bateaux.

Ne prendre le pont suspendu qu'en cas d'extrême nécessité.

Trois battements. Silence de 4 secondes. Grenouille.

PS : Potter et Weasley étant préfet, nous vous invitons à vous assurer de leur silence. »

— Grenouille ?, demandai-je, dubitative.

— Le mot de passe, expliqua Albus.

— Ils ont dit ça pour tous les préfets ?, me renseignai-je, toujours un peu vexée d'être victime bien malgré moi, de cette étrange forme de discrimination.

— Je crois, oui, répondit Al.

— Mais pourquoi tu ne m'en as pas parlé plus tôt, interrogeai-je Rachel. Tu ne me fais pas confiance ?

La sonnerie retentit à cet instant, ne laissant pas à Rachel le temps de s'expliquer. Je n'avais absolument rien écouté du cours. J'étais sûre qu'elle avait une bonne raison pour justifier cette étrange trahison, mais je ne pouvais pas m'empêcher de me sentir, pour la première fois de ma scolarité, extrêmement seule. Rachel eût un sourire pathétique.

— Je dois aller en Botanique, s'excusa-t-elle, l'air vraiment désolé de ne pas pouvoir m'expliquer maintenant de quoi il retournait.

— On déjeune ensemble ?

— Promis.

Et elle partit. Albus me donna une claque pseudo-consolatrice dans le dos. Je me traînai vers la bibliothèque, morose. Pendant une heure, je commençai mes devoirs pour la semaine, bien trop nombreux à mon goût. L'école avait à peine reprise que nos professeurs nous enterraient sous des tonnes de devoirs. Cependant, je ne travaillais pas aussi bien que je l'eusse voulut, encore préoccupée par l'attitude de Rachel. Albus, lui, était parti retrouver Luke Donovan et Scorpius Malefoy, ses deux amis de Serpentard.

Albus avait deux bandes d'amis dont il faisait intégralement parti : il était important, tout le monde le savait. C'était eux et nous. Il naviguait toujours entre nos deux groupes. Pourtant, ça ne l'empêchait pas d'être très bien intégré à notre petite clique et je ne doutais pas une seconde que ça se passait tout aussi bien du côté Serpentard. Une part de moi (celle dont la curiosité était très mal placée) ne pouvait s'empêcher de se demander ce qu'Albus leur trouvait, sans vraiment vouloir le savoir. J'ignorais comment il en était venu à se lier d'amitié auprès de Donovan et Malefoy, mais quelque part, j'admirais sa capacité à se faire des amis n'importe où et à se fondre dans un groupe, à en devenir un membre essentiel même. Ca n'avait pas été facile pour moi de le voir se lier à eux au tout départ. Je connaissais Albus depuis l'enfance, on avait grandit ensemble et j'avais eu l'impression de le perdre lorsqu'il s'était intéressé à d'autres personnes que moi.

Puis finalement, il nous avait montré que ce n'était pas parce qu'il s'entendait avec d'autres personnes que nous, qu'il cessait de s'entendre avec nous. Il y avait quand même des moments où sa double amitié créait d'inexplicables tensions. Parfois, Albus mangeait à leur table et il était difficile de voir le regard des autres Serpentard sur lui. Et parfois, c'était eux qui mangeaient à notre table. Enfin, c'était souvent Malefoy qui s'incrustait, quand Donovan se planquait à la bibliothèque (j'avais compris que ce genre de choses arrivait souvent). Nous n'étions pas très amicaux non plus envers eux. Un jour, Albus avait explosé à ce sujet, et il nous avait tous montré à quel point il ne fallait pas le mettre en colère. Du coup, on tolérait en silence, en se contentant de regards indifférents. C'était plus facile de faire comme s'ils n'existaient pas. Je préférais ça plutôt que de perdre l'estime de mon cousin.

Albus était la gentillesse incarnée. C'était le type le plus ouvert d'esprit que je connaissais, celui auprès de qui tout le monde venait chercher un conseil. Tout le monde voulait être son ami et en un sens, tout le monde l'était. Il était loyal, toujours prompt à pardonner : une qualité qui m'avait toujours impressionnée car j'en étais personnellement incapable. Lorsqu'on perdait ma confiance, c'était définitif. Mais ce merveilleux tableau était parfois gâché par son obscur manque de confiance en lui. Albus croyait en tout le monde mais était bizarrement persuadé que personne ne croyait en lui. Il devenait aveugle dès qu'il s'agissait de lui-même alors qu'il n'y avait pas plus clairvoyant que lui lorsqu'il s'agissait des autres. Son manque de confiance en lui rendait Rachel complètement folle, là où ça avait plutôt tendance à m'attrister. J'avais vu Albus être toujours comparé à son frère, et en souffrir en silence. Il n'était pas du genre à se plaindre. Je l'admirais depuis l'enfance. Il ne me croyait jamais quand je lui disais, ce qui m'exaspérait. Souvent, on évitait donc cet important sujet, parce qu'il fâchait, et qu'on était bien incapable d'être fâché l'un contre l'autre.

Je jetai un coup d'œil suspicieux sur le travail que j'avais effectué. Ce n'était pas très glorieux, mais en une heure, j'avais quand même réussi à avancer un minimum. Je remballai mes affaires et allai en cours d'Histoire de la Magie, où j'allais retrouver Albus et Rachel. Rachel était déjà là quand j'arrivais. Elle m'adressa un sourire constipé. Je m'assis en silence à côté d'elle, prenant l'air le plus triste dont j'étais capable.

— Je suis désolée, commença-t-elle à toute allure. Vraiment désolée Rose. Ce n'est pas parce que je ne te fais pas confiance que je ne t'en ai pas parlé, c'est juste que je sais combien c'est difficile pour toi de ne pas respecter les règles et je ne voulais pas te mettre en face d'un dilemme.

— Donc tu t'es débrouillée pour que je n'aie pas le choix. Malin.

— Sois compréhensive, Rose, dit doucement Albus qui venait d'arriver.

Je me renfrognai et poussai un long soupir.

— D'accord, passons à autre chose.

Et c'est ce qu'on fit.

— Est-ce que tu préfères avoir quarante-sept noix de coco coincées entre les dents, ou bien donner naissance à un Sylvester Stallone adulte par l'anus ?, questionna alors Rachel.

On jouait toujours à « tu préfères » en cours d'Histoire de la Magie. Pour des raisons évidentes : ce cours était impossible à suivre, et il fallait bien s'occuper. En deuxième année, j'avais fait l'acquisition d'une merveilleuse plume à papote qui prenait le cours à ma place. Je partageais les notes ainsi prises avec Rachel et nous n'avions jamais raté un seul examen. Albus ne jouait jamais en revanche : il prenait des notes. Avec Rachel, nous le soupçonnions d'aimer ce cours. Oui, c'était assez inquiétant.

— Les noix de coco sans aucune hésitation, répondis-je.

— Tu préfères avoir des poils pubiens à la place des dents ou des dents à la place des poils pubiens ?, reprit-elle.

— Je n'ai pas de poils pubiens.

— On s'en fiche, ce n'est pas le jeu. Ah mais attends. (Elle prit un air intéressé). C'est super étrange quand même… Tu es née comme ça ?

— En fait oui. Attends une minute : parce que toi, tu es née avec des poils pubiens ?, fis-je, étonnée.

La sonnerie retentit. L'heure était passée plus vite que ce à quoi je m'attendais.

— Tu ne le sauras jamais.

— Oh mon dieu !, fis-je faussement horrifiée. Tu es née avec des poils !

J'avais dû parler un peu fort parce que tout le monde se retourna sur moi en me jetant des regards surpris. Bah quoi ? Pourquoi est-ce que les gens paniquaient à chaque fois qu'on parlait de poils ?

C'était l'heure de la pause déjeuner. Donovan et Malefoy devaient manger avec nous, ou plutôt avec Albus. Quand il nous l'annonça, mon estomac se tordit. Rachel resta impassible : elle s'en fichait. Mais pas moi : depuis que Malefoy m'avait suspendue par un pied au plafond, je lui vouais une haine féroce. Chose assez inhabituelle car je n'étais pas vraiment du genre colérique. Mais passez donc une demi heure suspendue dans les airs par votre pied jusqu'à ce que votre professeur de Sortilège – cet affreux bonhomme – daigne vous venir en aide (non sans avoir commenté auparavant « cessez donc de faire votre intéressante, Weasley, personne n'aime ça ») et vous verrez bien si vous n'avez pas envie de noyer l'abruti qui vous a mis dans une telle position.

Une fois assis à table, les deux Serpentard ne mirent pas longtemps à nous rejoindre. Dommage pour moi.

— Albus, tu viens ce soir ?, fit Donovan apparemment d'excellente humeur en se servant une énorme plâtrée de pâtes, la recouvrant abondement de sauce tomate.

Grand et sec comme il l'était, je me demandai où est-ce qu'il pouvait stocker toute cette nourriture. Il n'arrêtait pas de sautiller, comme surexcité. L'image étrange d'un moustique sous stéroïdes remplaça son visage et j'étouffais un gloussement.

— On vient tous, répondit Albus, en nous désignant du pouce, Rachel et moi.

De temps en temps, Albus tentait de nous inclure dans les conversations. Comme si on allait se mélanger. Nous étions trop différents pour être amis.

— Même elle ?, s'étonna Malefoy en me montrant du doigt.

Mais quelle grossièreté !

Elle t'entend tu sais, répondis-je, acide.

Albus nous lança un regard assassin avant de confirmer calmement.

— Oui, Rose sera là aussi. Et elle s'en fait une joie, n'est-ce pas, Rose ?

— Ouais, répondis-je de mauvaise grâce.

Rachel contempla sa fourchette en réfléchissant.

— Hum… Combien de coquillettes peuvent rentrer dans ton nez ?, me demanda-t-elle, tout à fait sérieuse.

J'hallucinai.

— Excuse-moi, je mettais mon bras dans un enfant, tu disais ?, répondit Donovan, sortant de sa léthargie.

— Ecœurant Luke. Tu devrais savoir qu'on ne joue pas avec la nourriture, fit Malefoy.

J'étais trop étonnée par cet échange improbable pour réagir. Est-ce que c'était la fête à venir qui les mettait tous dans un tel état ? Albus, lui, se bidonna tellement fort que toute la table le dévisagea. Il fallait reconnaître que son rire était singulier. On aurait dit un phoque asthmatique en train de mourir. On l'entendait plus souvent qu'on ne le voulait : Albus était très bon public. Rachel était déjà passée à autre chose. Sa question ne devait pas vraiment attendre de réponse supposai-je en silence.

Malefoy me lança une œillade moqueuse. Je pouvais presque lire dans ses pensées. « T'es trop coincée pour rire avec nous Weasley. Tu ne comprends rien à notre humour pas vrai ? Tu nous trouves immatures, n'est-ce pas ? » La réponse était claire : OUI.

— Comment ça s'annonce avec Kirkman, au fait, Scorpius ?, demanda Albus.

— Bien mieux depuis que je l'ai menacée de l'envoyer à l'infirmerie si elle s'acharnait.

Rachel lui lança un regard noir que Malefoy ignora. J'étais certaine qu'elle songeait à verser l'intégralité de la salière dans son assiette. En tout cas, moi j'y pensais.

— Non mais quel connard.

— Un problème, Davis ?, releva Malefoy.

— C'est toi le problème, répliqua Rachel.

— Si ton amie m'avait aidé, je n'aurais pas eu besoin de recourir à de telles extrémités.

— On croit rêver, lâchai-je à voix basse.

— Figure-toi qu'elle l'a fait, sale con !, s'impatienta ma meilleure amie.

— Et bien elle a dû s'y prendre comme un manche.

— Ca suffit, coupa Albus et tout le monde se tut.

Rachel fulminait, ce dont je lui étais très reconnaissante. Il était certain que maintenant, elle allait arrêter de croire que Malefoy voulait me mettre dans son lit. J'esquissai donc un petit sourire satisfait. En me voyant faire, elle se détendit.

— On devrait y aller, remarqua Donovan, le temps d'arriver aux cachots…

— Tu as raison, confirma Albus après avoir consulté sa montre.

Tout le monde se leva, encore un peu tendus par l'échange qui venait d'avoir lieu. Du coin de l'œil, je vis Albus retenir Malefoy par la manche et lui chuchoter quelque chose à l'oreille. Je me demandai de quoi il pouvait bien s'agir. En tout cas, d'après la tête que fit le Serpentard quand Al eût finit de parler, ça ne devait pas être plaisant à entendre. Tant mieux : tout ce qui pouvait contrarier Malefoy me faisait plaisir.

Je n'avais pas pensé au traditionnel cours de Potion qui suivait et que nous avions tous ensemble. Dans lequel j'étais obligée de coopérer avec Malefoy. Un Malefoy de mauvaise humeur et qui me détestait. Merveilleux.