NOTE DE CHAPITRE :

Hello tout le monde ! Je continue de publier à l'heure, vous avez vu ? Franchement, ça mérite bien des chocogrenouilles ça. Ou des lectures. Ou des reviews. Ou les trois.

J'espère que ce chapitre va vous plaire, que vous allez prendre autant de plaisir à le lire que j'en ai eu à l'écrire, et surtout, j'espère que vous allez vous bidonner, ricaner, glousser (rayer mentions inutiles), parce que j'ai mis la dose, ou au moins, j'ai essayé.

Si vous aimez agrémenter votre lecture de musique, je vous conseille d'écouter Stand By Me par Tracy Chapman (important que ce soit elle, hein !) et comme le chapitre est long, d'enchaîner avec Aloha de Møme et Merryn Jeann.

Bonne lecture !


Mr Gowan n'était pas encore arrivé dans le cachot lorsque je m'assis à ma désormais regrettée nouvelle place. Je fus rapidement imitée par Malefoy mais je fis comme s'il n'était pas là. Restreindre les communications au strict nécessaire, écouter le cours, préparer la potion, aller chercher les ingrédients dès que possible (tout prétexte était bon à prendre pour s'éloigner de Malefoy).

Je ne pouvais (en plus) pas m'empêcher de remarquer sa mauvaise humeur, séquelle de l'échange houleux que nous venions d'avoir à table. Peut-être aussi était-ce dû à ce que Albus lui avait mystérieusement dit à l'oreille et qui éveillait mon imagination depuis tout à l'heure. Je lui demandai sans réfléchir :

— Qu'est-ce que t'as dit Albus tout à l'heure ?

Ses épaules se raidirent et il m'ignora. Je fulminai : pourquoi étais-je aussi curieuse par Merlin ? Agacée et frustrée par son mutisme, j'insistai.

— Malefoy, je te parle.

— Dommage pour moi, oui, tu parles, marmonna-t-il, condescendant.

Je le fixai avec des yeux ronds. Il ne manquait pas d'air tiens !

— Vas en enfer Malefoy !, m'énervai-je alors.

— J'y suis déjà, répondit-il, lugubre.

Nous étions supposés préparer un philtre de Mort Vivante. Malefoy ouvrit notre manuel à la page 10 et me lut la liste des ingrédients que je m'empressai d'aller chercher dans l'armoire. Il s'occupait de préparer les ingrédients et je les incorporais au chaudron, dont je remuais le contenu quand nécessaire, tout en surveillant la cuisson.

Je l'observai écraser la fève soporifique de son couteau d'argent (le manuel indiquait clairement qu'il fallait la couper mais je ne discutai pas : il était très doué en potion et je lui faisais bizarrement confiance là-dessus). Malefoy était concentré, ses gestes méthodiques, il m'évoqua le penseur de Rodin. Il dût sentir mon regard sur lui car il me demanda :

— Qu'est-ce que tu regardes ?

— Tu écrases la fève soporifique, notai-je bêtement.

— Cela permet d'extraire davantage de jus, expliqua-t-il.

— Comment tu le sais ?

— Tu poses beaucoup de questions.

— Tu as le droit de répondre.

Il soupira.

— Mon père m'a toujours incité à travailler les potions, dit-il énigmatiquement, l'air amer.

Je compris que je n'aurais pas davantage d'explications et ne poussai pas plus loin. On continua de travailler dans un silence cordial, sauf qu'à compter de cet instant, Malefoy m'expliquait ses démarches lorsqu'il ne respectait pas scrupuleusement les instructions du manuel. Ce dont je lui étais silencieusement reconnaissante. On semblait avoir enfin trouvé un terrain d'entente et le reste du cours se déroula sans anicroches. Notre potion fût parfaite et Malefoy émit un petit sourire de satisfaction quand le professeur nous félicita. Pas moi : il avait quasiment fait tout le travail et j'avais l'habitude depuis toujours de recevoir les louanges de mes professeurs, j'avais fini par m'en lasser. Néanmoins, j'étais contente : je sus que désormais, je n'aurais plus de boule au ventre en allant en cours de Potions.

Je me trompais lourdement.

Mr Gowan annonça la fin du cours et tout le monde emballa ses affaires pour déguerpir au plus vite. J'amorçai un geste pour moi aussi quitter la pièce au plus vite, pressée de mettre le plus de distance entre Malefoy et moi, mais ce dernier me retint par le bras.

— Weasley attend, j'ai à te parler.

Il était impassible. De quoi diable voulait-il me parler ? Lorsque la classe fut désertée, y compris par le professeur, Malefoy se tourna vers moi et inspira longuement avant de commencer.

— Je suis désolé.

Est-ce que mon imagination me jouait un tour ou Malefoy venait de s'excuser ?

— Tu ne dis rien ?, s'étonna-t-il après un moment.

J'étais trop surprise pour parler : Malefoy était capable de s'excuser ! Ca relevait du scoop quand même.

— Tu es désolé ?, fis-je, interloquée.

— Je viens de te le dire, s'agaça-t-il, perdant patience.

Qu'est-ce qu'il attendait alors ? Ma bénédiction ? Je décidai de le titiller tant c'était trop beau pour être vrai. Je tenais enfin l'opportunité de me venger de son détestable comportement. On ne me pendait pas par les pieds sans le regretter amèrement. Et ce n'était pas parce qu'il avait été cool en cours que j'allais le pardonner aussi facilement.

— Désolé de quoi au juste ?

Malefoy n'aurait pas eut l'air moins surpris si je lui avais annoncé que la Terre était aussi plate que ma poitrine. Il bafouilla. Malefoy bafouillait.

— Et bien, pour la façon dont je t'ai traitée depuis le début de l'année…

— C'est-à-dire ?

Il se massa les tempes après m'avoir lancé un regard noir, en soupirant lourdement, l'air de se demander pourquoi il insistait. A vrai dire, je me le demandai aussi. Mais qu'est-ce qu'il croyait ? Que j'allais lui accorder mon pardon d'un claquement de doigt ? Il pouvait rêver !

— Désolé de t'avoir mal parlé, désolé que tu aies eu l'impression que je regrettais de t'avoir sauvé la vie, désolé de t'avoir suspendue dans les airs..., débita-t-il, probablement pressé de mettre fin à cet échange.

Il avait oublié beaucoup de choses quand même. Il avait aussi cru que je n'avais fait aucun effort pour le débarrasser de Sasha, et m'avait donc indirectement mis dans le viseur de la blonde. Tout ça et l'attitude détestable qu'il avait toujours envers moi et qui m'insupportait. Sans compter que dans mon monde, il ne suffisait pas d'être désolé, il fallait demander pardon.

— Donc, tu es désolé, repris-je.

J'allais défoncer sa patience. Ca ne rata pas.

— Oui, cria-t-il enfin à bout.

— Hé bien je ne te pardonne pas, lâchai-je, savourant cette petite vengeance.

— Quoi ?, s'ulcéra-t-il.

Je pris mes affaires et commençai à partir.

— Ne t'avise pas de quitter cette pièce, Weasley !, s'époumona-t-il alors.

Waouh, il avait du coffre quand même.

— Ou quoi Malefoy ? Je croyais que tu étais désolé.

Il me lança un regard noir que j'ignorai royalement.

— Tu ne croyais quand même pas que ça allait être aussi facile, Malefoy ? Si tu tiens à ce que je te pardonne, prouve-le.

— Compte là-dessus, cracha-t-il, vraiment mécontent.

Je quittai le cachot sans me retourner. L'après-midi commençait très bien ! Quand j'arrivai dans la salle commune, Albus et Rachel me demandèrent où est-ce que j'étais passée. On ne pouvait donc pas vaquer à ses petites vengeances personnelles sans que quelqu'un s'en mêle dans ce château ?

— Malefoy m'a retenue. Il voulait me parler.

Rachel eût l'air très intéressé.

— Qu'est-ce qu'il te voulait ?, demanda Albus.

— S'excuser, pouffai-je. Comme si j'allais le pardonner d'avoir été un tel goujat !

— Tu l'as envoyé balader ?, s'insurgea Albus.

— Evidemment !

Rachel approuva.

— J'aurais pas mieux fait.

Albus était livide.

— Ca va Al ?

— T'as vraiment sale caractère Rose !, s'exclama-t-il.

— J'ai l'impression d'entendre ma mère, ronchonnai-je.

Il me lança une œillade mécontente et baragouina à propos d'un truc qu'il allait devoir régler à cause de moi avant de quitter la Salle Commune.

— Qu'est-ce qui lui prend ?, fit Rachel.

— Aucune idée.

Le fait que Rachel soit de mon côté me rassurait quand même un minimum. Si j'avais eu un semblant de culpabilité, ce n'était désormais plus le cas. Grâce à elle, je me sentais dans mon bon droit. Je n'étais pas trop inquiète quant à la réaction d'Albus : quoi que j'aie fait à ses yeux, je savais qu'il me pardonnerait et qu'il reviendrait vers moi. Nous étions trop proches pour qu'il en fût autrement.

— Bon, et si on se préparait pour cette soirée ?, suggéra Rachel.

La fête clandestine m'était complètement sortie de l'esprit, entre Malefoy qui se transformait en navet et Albus qui devenait bizarre, j'étais passée à autre chose.

— Mais on a des devoirs !, protestai-je. Et on ne doit pas partir avant plusieurs heures, ajoutai-je d'une logique imparable.

— On pourra toujours travailler demain.

— Comme si on allait être en état.

Elle se rangea à mon opinion et sortit ses manuels en boudant. N'y tenant plus, je lui demandai :

— Quoi ?

— Rien. J'espère que tu auras mal à la tête, et des courbatures, et des bleus, et la gueule de bois, et que tu te feras manger par un loup !

J'éclatai de rire.

— Tu veux bien m'aider pour le compte-rendu de potion ?, ajouta-t-elle en minaudant.

— Si t'existais pas, il faudrait t'inventer.

— Oui, je sais, dit-elle, incarnant la modestie. Alors, tu veux bien m'aider ?

— Après que tu m'aie maudite ? Evidemment, j'en meurs d'envie.

— Hé, fit-elle d'un air qui se voulait menaçant, si tu me cherches je m'assois sur toi.

— Quoi ?, glapis-je.

— Excuse-moi j'ai paniqué.

Je riais tellement que j'en avais mal aux maxillaires et que des larmes perlaient à mes yeux. Elle se retint environ trois secondes, les joues gonflées d'air, avant d'exploser elle aussi. On nous regarda bizarrement, ce qui accentua notre fou rire.

Nous nous mîmes réellement au travail après ça, lisant, rédigeant, corrigeant avec application. Au bout d'un moment, n'en pouvant plus, je lâchai ma plume et me pris la tête entre les mains.

— Tu veux faire une pause ?

— Je me demande comment est-ce qu'on va pouvoir survivre à cette année avec tout ce travail.

— On s'en sortira très bien, affirma ma meilleure amie.

— Humph.

— Il est vingt heures. J'ai des fizwizbiz dans le dortoir. On pourrait grignoter et commencer à se préparer pour ce soir.

— Ouais. Tu crois qu'Albus sera revenu pour qu'on parte tous ensemble comme c'était prévu ?

Malgré ma tentative, je n'étais pas vraiment parvenue à masquer l'inquiétude qui faisait trembler ma voix. J'avais peur qu'il m'en veuille. De quoi ? Je n'en avais aucune idée. Mais quelque chose n'allait pas, de ça, j'étais certaine. Rachel haussa les épaules, ce qui ne me rassura pas.

— On verra bien.

Je détestais ce genre de réponses énigmatiques. J'aimais quand les choses étaient claires, limpides. Ca ne laissait pas de place aux quiproquos.

— Alors, ces fizwizbiz, ils viennent ou quoi ?

— J'arrive.

Elle s'exécuta et revint un instant après, les mains chargées de victuailles. Au même moment, Albus passait le portrait de la Grosse Dame. Une pierre tomba dans mon estomac quand je le vis se diriger vers nous.

— Vous n'en avez pas marre de manger des cochonneries ?

Albus avait une façon de considérer la nourriture que je n'avais jamais comprise. Il ne mangeait que des choses qu'il prétendait « saines », dans le respect d'un certain « développement durable ». Il ne mangeait pas de sucreries non plus. Ca rendait les elfes de Poudlard complètement fou. Pour toute réponse, Rachel croqua avec vigueur dans la glace et sourit de contentement quand ses pieds s'élevèrent de quelques centimètres du sol en frémissant. Il haussa les sourcils et s'assit en face moi, là où Rachel s'était tenue un moment plus tôt.

— Rose tu veux bien me prêter tes notes ?

— Dans tes rêves, répondis-je en tirant la langue à mon cousin adoré.

Il mit une main sur sa poitrine, mimant comme si je venais de lui briser le cœur. J'avais compris qu'il ne nous parlerait pas de ce qu'il était parti faire et qu'il ne me tenait pas rigueur de ce que j'avais pu faire à ses yeux. La pierre qui était dans mon estomac s'évapora et je commençai sérieusement à envisager de passer une très bonne soirée. On s'empiffra avec Rachel sous les remarques moqueuses d'Albus un moment, avant d'aller nous préparer.

— Il vous faut vraiment une heure pour vous faire belle les filles ?, s'étonna Albus.

— Nous sommes toujours belles, Albus.

Rachel sourit énigmatiquement. La salle de bain était complètement monopolisée par Sasha qui chantait à tue-tête. Conséquence : quand elle libéra enfin la pièce – Rachel l'avait mise dehors en réalité – nous n'avions plus autant de temps que ce que nous espérions pour nous préparer. Sasha protesta en tapant contre le battant de la porte en piaillant. Mais se lassa au bout d'un moment. Quand on eût finit de se doucher, se gommer, s'hydrater, se dépoiler (comment ça ce verbe n'existe pas ?), Rachel sortit deux loups de sa valise et m'en tendit un que je m'empressai de fourrer dans ma poche (inutile de le mettre tant que nous n'étions pas sorties du château. On portait toutes les deux la même robe noire qui nous arrivait aux genoux et dont les épaules étaient dénudées. J'avais mis des collants et mes tennis blanches pour agrémenter le tout. Hors de question que je chope des ampoules si je devais ensuite crapahuter dans le parc. Rachel n'eût pas le même réflexe. Cette fille avait vraiment le goût du risque. Je prenais un long gilet noir en plus : nous étions peut-être début septembre, mais on restait en Ecosse.

Petite de nature, des talons la sublimaient sans lui donner l'allure d'une autruche sur des échasses, ses boucles blondes cascadaient harmonieusement dans son dos, ses yeux clairs étaient soulignés d'une rangée de cils noirs et épaissis par le mascara, Rachel était renversante.

— Tu es superbe, Rachel, la complimentai-je.

— Merci. Tu n'es pas mal non plus.

Je me contemplai mollement dans la glace. Mes yeux marrons-verts couleur marécage brillaient d'un étrange éclat, mes cheveux bruns-roux partaient dans tous les sens, ma peau pâle était toute satinée. Mes hanches épousaient les formes de ma robe. Humph. Je n'étais pas trop mal effectivement. Je souris, satisfaite du résultat et ajoutai une touche de blush. Je n'étais pas vraiment du genre à me maquiller, mais le blush, c'était comme une drogue.

On s'en alla rejoindre Albus et Sasha qui nous attendaient dans la salle commune. Albus portait un costume trois pièces. Un. Costume. Trois. Pièces. Une petite voix dans ma tête hurlait « ne juge pas, ne juge pas, ne juge pas ». En vain : je jugeais. Quel adolescent de seize ans portait des costumes trois pièces ? Même pour une soirée. D'autant plus que si on se faisait prendre, ça allait être vraiment difficile à expliquer. « Bonjour je suis somnambule et je dors en costume ? » Tss. Je ne fis aucun commentaire. Il fallait reconnaître qu'il était très beau et que ça lui allait bien. De toute façon avec sa silhouette athlétique, ses yeux verts et ses cheveux noirs, Albus avait tout d'un tombeur. Heureusement qu'il n'en profitait pas pour briser des cœurs.

— Prends garde à ne pas tomber Davis ! Tu tomberais de haut !, vanna James un peu plus loin, occupé à discuter avec un ami à lui dans sa promo.

Rachel lui fit un doigt d'honneur.

— Tant que je ne tombe pas sur toi Potter, je peux me remettre de n'importe quelle chute !, rétorqua-t-elle.

Malgré sa répartie, j'avais remarqué le rosissement de ses joues quand elle avait vu son partenaire de Quidditch. James aussi portait son costume et il avait fière allure. Il remonta ses lunettes sur son nez et passa une main dans sa tignasse brune. Il faisait toujours ça. Ses yeux noisette brillaient d'excitation. A cause de la fête à venir ou de la tenue de Rachel ? Je n'en avais aucune idée, et je n'étais pas certaine de vouloir le savoir.

— On y va ? lança Sasha.

Albus jeta un coup d'œil à son montre à gousset et hocha la tête.

— C'est l'heure confirma-t-il.

Mon cœur se mit à battre rapidement, poussé par mon enthousiasme grandissant. Rachel aussi arborait un immense sourire, rien de plus naturel, c'était une vraie fêtarde. Les fêtes, c'était son truc. Moi je préférais les soirées posées avec des amis. Au moins, on pouvait s'entendre parler.

Une poussée d'adrénaline s'empara de moi quand nous fûmes dans le parc, marchant rapidement – et silencieusement – pour nous rendre au Hangar à bateaux. Je dus me retenir de pousser des petits cris excités et de bondir un peu partout. Un coup d'œil vers Rachel m'apprit qu'elle était dans le même état que moi. Elle me fit un immense sourire et resserra ses doigts sur ma main. Oui, on se donnait la main : vous avez déjà marché la nuit dans une étendue de pelouse vallonnée avec des talons de dix centimètres ? Non. Alors voilà, on ne juge pas.

Quand on arriva devant la porte du Hangar, on mit nos masques, et c'est Albus qui s'avança pour frapper trois coups à la porte puis attendre quatre secondes avant de dire « grenouille ». Pendant un court moment, on se sentit tous un peu stupide, jusqu'à ce que la porte s'ouvre sur Barbara Smith, une brune hyperactive de Poufsouffle. Elle portait une robe super classe et un loup très structuré.

— Groupe 36, vous êtes pile à l'heure, marmonna-t-elle en griffonnant sur sa feuille.

Elle nous invita d'un geste à entrer et accueillit le groupe suivant. En découvrant la pièce, j'eus le souffle coupé. Une vague d'admiration pour les Poufsouffle me traversa. Les barques avaient été repoussées contre les murs et une large piste de dance prenait tout le centre de la pièce. Il y avait déjà beaucoup de monde (tous les Poufsouffle étaient là), et ils avaient tous un masque sur le visage. Ca ne m'empêcha pas de reconnaître la plupart des gens autour de moi : quand on côtoie les mêmes gens tous les jours pendant six ans, on finit par les reconnaître dans une foule supposai-je, même si celle-ci était masquée.

La décoration elle-même, était assez impressionnante, le plafond était illuminé par des rangées de lanterne qui luisaient faiblement, des tentures blanches habillaient les murs et des petites tables faisaient le tour de la pièce. The Atomic Sheep, le groupe de musique de Poudlard avait pris place sur une estrade et chantait les tubes du moment. Et derrière un immense bar qui prenait tout un pan de mur, j'eus la surprise de découvrir Arthur Finnigan, un garçon de Gryffondor de notre promotion.

— Je vais saluer les garçons, nous indiqua Albus, en désignant au loin Malefoy et Donovan, en grande discussion avec leur capitaine de Quidditch, Emma Brown.

Donovan semblait sortir de la couverture d'un magasine. Sasha devait penser la même chose car elle lâcha un « wow » très éloquent.

— Tu m'étonnes, confirma Rachel.

— Ils sont hot !, s'exclama-t-elle.

« Ils » ? Kirkman devait avoir de la poussière dans les yeux. Malefoy était d'une banalité affligeante. Je ne commentai pas. On alla se chercher à boire et nous commençâmes à siroter doucement nos boissons au bar, en discutant avec Arthur (il y avait du Whisky Pur Feu ! Comment ils avaient fait pour en faire venir ?).

Rachel ne tenant absolument pas l'alcool, elle se mit très rapidement à sourire bêtement et à rigoler à toutes mes blagues. Je m'éloignai un instant quand je reconnus une chanson que j'adorais pour aller me déhancher. Lorsque je revins, l'alcool commençait à me tourner un peu la tête et Albus était revenu parmi nous. James débarqua, les cheveux dans tous les sens et but d'une traite un shot de je-ne-sais-quoi.

— Punaise, dit James Potter en poussant son frère accoudé au bar. J'ai vraiment besoin d'un verre. Allister vient encore de me draguer. Elle fait toujours ça quand elle est bourrée, c'est affreusement gênant.

— On s'en bat les boobs de tes problèmes, Potter, lâcha Rachel, complètement saoule.

— Wow, souffla Albus, les yeux écarquillés.

Il n'avait probablement jamais vu Rachel saoule. Quelle chance.

— Je ne ferais aucun commentaire, répondit James d'un ton plat.

— Y'a un problème avec mes boobs, Potter ?, s'agaça la blonde.

L'intéressé jeta un coup d'œil à l'objet du délit. Il rougit. Je regardai la scène comme si j'assistai à un match de ping-pong.

— Qu'est-ce que tu regardes comme ça Potter ?, reprit Rachel, belliqueuse.

— R-Rien du t-tout, bégaya James.

— Comment ça, « rien du tout », y'a rien à regarder peut-être ? Est-ce que tu veux que je te fasse la tête au carré, Potter ?

— Non.

— Alors qu'est-ce que tu regardes comme ça ?

— Tes boobs.

— Exactement Potter ! Tu regardes mes boobs. Et regarde : ils applaudissent !

— Oh mon dieu, lâchai-je, à présent sérieusement gênée.

— Laisse dieu en dehors de ça, me répondit Albus en aparté.

— Tous seuls et en rythme !, poursuivit Rachel, infatigable. J'peux te jouer au clair de la lune avec mes boobs !

— Ah bon ?

A présent vraiment embarrassée par le comportement de ma meilleure amie qui bombait le torse et agitait ses lolos dans tous les sens, je demandai à Finnigan derrière le bar de me servir un truc super serré.

— Tu es sûre ?, demanda-t-il, surpris.

Il se prenait pour qui ? Mon père ?

— Oui !

Il obtempéra sans protester davantage – encore heureux, moi aussi j'étais capable de lui faire la tête au carré – et me tendit un verre d'une couleur douteuse que je vidai d'un trait. C'était dégueulasse et la tête me tourna aussitôt. Finnigan me regarda comme s'il venait d'accoucher d'un gremlins, c'est-à-dire très inquiet.

— Tu n'aurais pas dû le boire aussi vite, commenta-t-il.

Je l'ignorai et décidai de me lancer sur la piste mais Malefoy choisit ce moment-là pour ramener sa fraise. Il se planta devant moi comme l'abruti congénital qu'il était et me regarda bizarrement.

— Tu bloques le passage Malefoy, dégage.

— Tu n'as quand même pas l'intention d'aller danser ? Toi ?

— Je vois pas en quoi ça te regarde, répondis-je les poings sur les hanches.

Il ne m'avait jamais vu danser cet imbécile. Il devait être trop occupé à discuter avec Emma Brown tout à l'heure pour m'avoir vu me déhancher. Sans vouloir me vanter : je dansais super bien. Et d'ailleurs, je me sentais super bien. Euphorique même. Il me fit une pichenette et je menaçai de m'écrouler. Je tendis les bras pour conserver l'équilibre.

— T'es un vrai danger public, commenta-t-il, narquois.

— Je t'emmerde, putain !

— Bon, ça suffit.

Il me souleva comme si je ne pesais rien du tout et commença à me trimballer à travers la pièce.

— Repose-moi par terre, beuglai-je comme un animal effrayé.

Il m'ignora royalement et slaloma entre les gens avant d'ouvrir la porte du hangar et de me poser par terre. Je m'assis précipitamment et mis ma tête entre mes genoux, mes bras repliés autour de mes épaules. L'air froid me fit un bien fou et j'inspirai profondément, comme apaisée. J'avais oubliée qui était à côté de moi.

— Tu vas arrêter de faire n'importe quoi maintenant ?

Malefoy pouvait être super autoritaire quand il voulait. Ce qui était très chiant.

— Mais de quoi je me mêle ?

— Je fais mon devoir de citoyen.

— T'es même pas majeur.

Il haussa les sourcils, de toute évidence, il n'était pas prêt pour ma répartie. Pan, prend ça dans les dents, blondinet de mes deux.

— Je te hais, ajoutai-je.

Et je le pensais vraiment. Je n'avais jamais nourri de colère aussi grande pour quelqu'un.

— Oh tu sais ce qu'on dit, la haine est une forme de passion, répondit-il nonchalamment, balayant ma réplique d'un geste de la main.

Mais ça n'avait rien de nonchalant. Je fis alors une chose stupide. Très stupide. Les mots franchirent le seuil de mes lèvres sans que j'aie réfléchi à leur sens et n'aie pris la précaution de les retenir :

— Pourquoi est-ce que tu es aussi méchant avec moi ?

Malefoy me regarda, sincèrement étonné.