NOTE DE CHAPITRE :

Tadaaa ! Pour ce chapitre : je vous recommande d'écouter Sugar par Robin Schulz ft Francesco Yates.

Bonne lecture !


— Pourquoi est-ce que tu es aussi méchant avec moi ?

Malefoy me regarda, sincèrement étonné.

— Tu trouves que je suis méchant ?

— Oui.

— Je ne suis pas méchant.

— C'est aussi ce que dirait quelqu'un de méchant.

— T'es vraiment chiante dans ton genre, tu sais.

— Merci, répondis-je, vexée.

Je me levai pour m'en aller mais il me retint par le bras. Ca commençait à devenir une habitude. Une habitude dont je me serais bien passé.

— Attends, murmura-t-il.

— Fous-moi la paix, Malefoy, conclus-je sèchement.

Je me dégageai de son emprise et m'empressai de ficher le camp, ignorant ses prunelles qui me brûlaient la nuque. J'en avais plus que marre de Malefoy et de ses prétendus réflexes idiots de Prince Charmant. Je n'avais besoin de personne et encore moins de lui.

Le mal de crâne dont j'écopai le lendemain au réveil me convainquit de ne plus jamais boire de ma vie. Les filles devaient penser à peu près la même chose que moi, car la seule chose qu'on entendait dans le dortoir était des plaintes étouffés et des gémissements.

— Le vin des elfes a quelque chose de maléfique, murmura Sasha.

Rachel acquiesça, le regard éteint. J'allais prendre ma douche en rampant. La journée fut atroce. Je détestais les lendemains de soirée. J'avais des courbatures partout, d'immenses cernes s'étalaient sous mes yeux – je ressemblais à mon père ainsi, l'horreur. Marcher, parler, manger et même penser me semblaient compliqués. Tout était difficile. Je ne m'exprimais que par borborygmes. A ma grande surprise, je constatai néanmoins que j'étais l'une des rares à vivre aussi mal ce lendemain de fête.

Peut-être que les autres avaient fait moins d'excès que moi, ou bien ils étaient plus résistants. Après tout, je n'avais pas tant que ça l'habitude de faire la fête, me saouler à mort et me coucher toute habillée. Oui, parce qu'après ma dispute avec Malefoy, je ne gardais presque aucun souvenir de la soirée. Bizarrement, ça ne me préoccupait pas plus que ça. Et quand je m'étais réveillée ce matin en ayant l'impression qu'une armée de lutins s'amusait à cogner contre les parois de mon crâne, j'avais également eu la surprise de constater que j'étais encore habillée : mon loup avait imprimé d'étranges arabesques sur ma joue, j'avais encore mes chaussures et un filet de bave tâchait ma taie d'oreiller.

Pour mon plus grand bonheur, Malefoy semblait s'être décidé à ne plus jamais m'adresser la parole, sauf en cas d'extrême nécessité : on en revenait aux « passe-moi le sel » et « tu peux aller chercher l'infusion d'armoise ? » ce qui m'allait très bien. En cours de Potions, il continuait de m'expliquer ce qu'il faisait mais d'un ton monocorde : ça ressemblait à un monologue, on aurait dit qu'il se parlait à lui-même. C'était assez vexant d'être ignorée de la sorte, mais après tout, c'était moi qui l'avais voulu.

En revanche ceux qui ne m'ignoraient pas, et c'était bien dommage, c'était ma famille. J'avais reçu au cours de la semaine, une avalanche de lettres. Mon frère, Hugo, lui n'en avait eut que deux. Comment faisait-il pour obtenir exactement ce qu'il voulait de nos parents c'était un vrai mystère qu'il refusait de partager avec moi :

— Hugo, tu veux bien me dire comment tu fais pour recevoir aussi peu de courrier ? Je n'en peux plus de lire toutes ces lettres, avais-je demandé entre deux cours, alors que je le croisais dans le couloir du sixième étage.

— Tu n'as qu'à être moins parfaite, les gens ne voudront plus de ton aide, avait-il rétorqué, complètement indifférent.

Il ne manquait pas de culot, le gamin. Du coup, je le boudais. « Etre moins parfaite », hein ? Je n'étais pas parfaite. J'étais juste très douée pour dissimuler mes bêtises. Bon d'accord, la réplique d'Hugo m'avait flattée. C'était agréable de se sentir aimée malgré tout.

Ma tendre Rosie, m'écrivait ma mère,
Je suis dans mon bureau et je viens d'avoir une pensée pour toi : tu étais supposée m'écrire et je n'ai toujours rien reçu. Tu sais que tu peux emprunter Azylum si jamais tu as un problème avec les hiboux de l'école.
Je t'embrasse,
TA MAMAN QUI T'AIME

Azylum, c'était le hibou d'Hugo. J'avais jamais compris pourquoi il lui avait donné un nom aussi étrange. Dans la famille, on avait tous un animal. J'avais eu un rat, Kity, mais elle était morte l'année dernière. Ca m'avait causé tellement de peine que je refusais de prendre un autre petit compagnon. Et je savais que jamais de la vie Hugo n'accepterait que j'emprunte Azylum : cet idiot pensait que c'était moi qui avais tué Kity. Il ignorait à quel point j'adorais cet animal.

Coucou Rosie,
Comment tu vas, ma fille préférée ? Pour moi, ça baigne, ou presque. On est vraiment débordé à la boutique, c'est fou comme nos produits ont du succès. L'un de nos prototypes – un genre de pâte qui peut exploser et qui fait… Peu importe, attend d'être testé. Mais nos collègues nous détestent tous et ils refusent de continuer à tester les produits. Je crois qu'ils en ont marre d'être recouvert de substances à la consistance discutable un jour sur deux.
Je sais que ton amie Rachel Davis adore faire des farces. Tu crois que tu pourrais lui en parler et voir si elle accepterait de tester le produit ? Bien entendu, si cela lui plaît, je lui offre le premier carton. J'aurais pu en parler à James – histoire que ça ne sorte pas de la famille mais
tante Ginny m'aurait arraché les dents on sait tous les deux que ton amie Rachel fait parti de la famille depuis le temps.
Gros bisous,
Papa

PS : Si tu pouvais garder ça pour toi et ne pas en parler à ta mère, ou même à ta tante, je t'en serais très reconnaissant. On sait à quel point tu es loyale. Elle n'est pas vraiment d'accord avec « l'utilisation d'adolescents qui doivent se concentrer sur leurs études pour faire la promotion de tes produits Ronald » mais je crois qu'elle ne se rend pas compte à quel point ma clientèle est composée de tes camarades : il est tout naturel que c'est à elle que les produits plaisent avant tout !

Rose,
Je crois que ton père a l'intention de faire une bêtise. Quoi qu'il te demande : ne le fait surtout pas et continue de bien travailler à l'école et dis-le moi.
TA MAMAN QUI T'AIME

Salut Rose !
J'espère que tu vas bien et que tu continues à rendre tes parents fiers – si seulement Lily pouvait travailler aussi bien que toi et arrêter de faire des fêtes en douce ! Ta mère m'a dit ce que Ronald avait l'intention de faire : ma chérie, s'il demande à James de faire quoi que ce soit d'interdit par le règlement, peux-tu m'avertir s'il-te-plaît ? Je sais qu'on peut tous compter sur toi.
Amitiés,
Tata Ginny

Bonjour Rose,
Merci pour ta dernière lettre. J'espère que tu te portes bien mais j'imagine que tu as reçu des messages affolés de tout le monde au sujet de ton père. Je n'ai qu'une seule chose à te dire : bon courage ! En ce qui me concerne, tout roule.
Prend soin de toi,
Tonton Harry

PS : Tout le monde m'a demandé de te convaincre de faire « le bon choix ». Alors je t'en conjure, fais le bon choix.

Bonjour Rosie,
As-tu eut l'occasion de lire l'article parut dans
Sciences Magiques sur l'avancée de la théorie de la physique magique quantique ? C'est passionnant. J'attends ton retour.
TA MAMAN QUI T'AIME

Rosie,
Je n'ai toujours pas reçu ta lettre de rentrée. S'il-te-plaît, dis-moi que tout va bien.
TA MAMAN QUI T AIME

PS : je t'ai mis un colis de Chocogrenouilles, je sais que tu adores ça. Ne mange pas tout d'un coup et partages avec tes amis.

Rose Amanda Weasley,
Si je n'ai pas reçu de lettres de ta part dans les prochaines vingt-quatre heures, je t'envoie une Beuglante qui te fera regretter d'être née.
TA MAMAN QUI T AIME

Coucou Rosie,
Tu me manques et ta mère me rend fou, REPONDS LUI par les glandes de Merlin.
Je t'aime,
Papa

Il m'avait fallu tout mon samedi pour répondre à toutes ces lettres, alors que j'aurais pu employer ma journée à faire quelque chose de bien plus productif. Rattraper mon sommeil en retard par exemple. Entre la fête clandestine et la tonne de devoirs sous laquelle je croulais, j'étais épuisée. Mais je ne tenais pas à recevoir une Beuglante de ma mère : elle pouvait être redoutable quand elle le voulait et j'avais trop de fierté pour laisser ma mère me ridiculiser devant tout Poudlard. Bonjour la crédibilité après ça pour faire respecter le règlement.

Bonjour Maman,

J'espère que tu vas bien et que tu vas arrêter de me harceler (j'ai beaucoup de devoirs et des responsabilités, je ne peux pas te répondre dans la minute, tu devrais le savoir mieux que personne). En fait, tout va bien pour moi, j'attendais simplement d'avoir quelque chose à te raconter. Je ne veux pas emprunter Azylum, parce qu'Hugo est trop chiant avec son piaf et il croit encore que j'ai tué Kity, comme si j'étais capable de faire une chose pareille. A part un paquet de Chocogrenouilles (bien plus gros que le tiens, désolée) et une courte lettre sur le succès de ses affaires, Papa ne m'a rien envoyé du tout, je crois que tu te fais des idées.
J'ai lu l'article dont tu me parles, et c'était passionnant. D'ailleurs j'ai entendu parler d'une conférence à l'Observatoire magique à ce sujet qui doit avoir lieu pendant les vacances de Noël, est-ce qu'on pourra y aller ? S'il-te-plaît dis oui, ça me ferait très plaisir et je sais qu'à toi aussi, tu travailles trop.
Ici, rien ne change, les profs nous assomment de devoirs et commencent déjà à nous bassiner à propos des ASPICS alors que c'est dans un an. Mr Gowan – c'est notre prof de Potions – nous a forcé à travailler avec de nouveaux binômes et je suis avec Scorpius Malefoy, c'est un blond prétentieux de Serpentard, tu sais, celui qui est ami avec Albus. Je ne le supporte pas mais je dois bien avouer qu'il est très fort en Potions et que j'apprends beaucoup de choses avec lui. Tu savais qu'on pouvait extraire bien plus de jus d'une fève soporifique en l'écrasant d'un couteau d'argent ? C'est fascinant.
Je pense à toi aussi – mais pas tout le temps, hein, faut pas pousser – et j'espère que tu ne travailles pas trop. Sois gentille avec Papa, tu sais comme il a besoin de toi. Je t'embrasse,
Rosie

Coucou mon Papa préféré !
Comment tu vas ? J'ai transmis ta lettre à Rachel et elle a eût l'air enchantée. Son sourire cachait quelque chose d'inquiétant si tu veux mon avis. Je crois qu'elle va bientôt t'envoyer un courrier. Evidemment je n'en ai pas parlé à Maman (je lui ai dit que tu m'avais envoyé un gros stock de Chocogrenouilles, alors je te conseille de le faire si jamais elle vérifie), ni à personne d'autre que Rachel. D'ailleurs, tu ferais mieux d'être un peu plus discret, tout le monde m'a envoyé du courrier. En ce qui me concerne, j'ai trop de devoirs et on m'a forcé à travailler avec un type insupportable, mais intelligent.
Tu me manques aussi,
Rosie

PS : Ce n'est pas très difficile de dire que je suis ta « fille préférée », tu n'en as qu'une seule !

Le hibou de mon père vint me voir le soir même, avec un énorme paquet entre ses serres. Il poussa un hululement mécontent et me lança un regard noir quand je détachai le colis et la lettre qui l'accompagnait. Oui, les hiboux sont parfaitement capables d'envoyer des regards noirs.

Coucou MA FILLE PREFEREE,
Qui est donc cet insupportable individu avec qui on t'a forcée à travailler ? Tu es la meilleure. Tu es aussi diaboliquement intelligente. As-tu déjà pensé à travailler dans les affaires ? Tu ferais un malheur, j'en suis certain. Voici ton colis – que dis-je – TA CARGAISON de Chocogrenouilles. Si tu tombes sur la carte de Ptolémée, peux-tu me l'envoyer ? Des années que j'essaye de mettre la main sur cette fichue carte.
Et merci d'avoir répondu à ta mère, je crois qu'elle était vraiment inquiète. Je ne sais pas ce que tu lui as dit, mais elle est adorable depuis que nous avons reçu tes lettres, donc merci.
Je t'embrasse,
Papa

PS : Qu'est-ce qui te fais croire que tu es mon unique fille ? (JE PLAISANTE, NE REPETE SURTOUT PAS CA A TA MERE).

J'éclatai de rire en lisant la réponse de mon père. Je pris le parchemin que je retournai et y griffonnai au dos :

Papa,
Tu es dégoutant ! L'insupportable individu s'appelle Scorpius Malefoy (c'est un ami d'Albus, il est déjà venu au Terrier, tu t'en rappelles ?).
Je t'aime quand même, bisous,
Rosie

Hello Tante Ginny !
Ne t'inquiète pas, James est très sage. Enfin, il passe toujours sa main des ses cheveux pour se donner un semblant d'allure (que s'est-il passé avec ses hormones ? Je ne le reconnais plus !) Et il continue de faire des blagues douteuses mais sinon tout va bien. Merci pour tes compliments.
A très bientôt, baisers,
Rosie

Cher Tonton Harry,
Je me porte bien, même si j'aimerais pouvoir recevoir moins de courrier. Est-ce que ma mère a acheté une plume à papote ? Elle est infatigable. Sinon, je crois que j'ai bel et bien fait « le bon choix ».
Tu me manques énormément, je t'embrasse,
Rose

Je ne reçus aucune autre lettre les trois jours suivants. Avec Rachel nous avions dévoré les Chocogrenouilles que mon père m'avait envoyés en faisant nos devoirs. Albus s'était écarté, le nez retroussé dans une moue dégoutée. Il avait quitté la salle commune une demi-heure et était revenu en geignant « pas possible d'avoir des amis pareils ». Je n'avais pas cherché à comprendre. Peut-être que Donovan et Malefoy passaient eux aussi leur temps à manger des Chocogrenouilles. Cette idée m'avait arrachée un rictus.

Le jeudi matin, lors du petit déjeuner, Thomas Davis, le frère jumeau de Rachel, s'invita à notre table, la Gazette du Sorcier sous le bras. De temps en temps, il venait manger parmi nous, et il apportait toujours le journal. Je m'étais toujours demandé si la façon dont Thomas Davis lisait le journal avec application, tous les jours, ne venait pas du fait qu'il ne recevait jamais de lettres d'aucun proche, comme si c'était un genre de compensation. Lorsque les parents de Rachel et Thomas avaient reçus la visite de Rubeus Hagrid, notre bien-aimé garde-chasse et professeur de Soin aux Créatures Magiques pour leur expliquer que leurs enfants étaient sorciers, ils avaient très mal réagis. Ni Rachel ni Thomas ne les avait revus depuis ce jour-là. En fait, depuis ils passaient leurs étés chez mon Oncle George, pour qui ils travaillaient. J'imaginais sans mal mon oncle s'attacher à des jumeaux, surtout avec l'espièglerie de Rachel. En revanche, la personnalité de Thomas était plus difficile à saisir.

Le grand blond était toujours d'un calme olympien, peu bavard. Ses yeux d'un bleu vif brillaient d'intelligence et d'un je-ne-sais-quoi sur lequel j'avais toujours eu du mal à mettre des mots. De la sagesse peut-être ? Thomas adorait sa sœur. Il la vénérait littéralement. Personne ne se serait risqué à emmerder la Gryffondor : non pas que Thomas aurait été du genre à se venger. C'est plutôt qu'il dégageait un genre d'aura. Il était magnétique en quelque sorte et tout le monde l'estimait. Personne ne voulait déplaire à Thomas Davis. Fait étrange : malgré son inexplicable popularité, Thomas n'avait qu'un seul ami, âgé d'un an de plus que lui, un certain Julian Hooper, aussi discret que lui. Rachel aimait profondément son frère, mais lui montrait différemment. Elle lui manifestait un genre de respect, presque de la déférence, comme si Thomas était son sauveur ou quelque chose comme ça. D'ailleurs, il était la seule personne que Rachel ne contredisait pas.

Les jumeaux Davis ne parlaient jamais de leurs parents. En six ans, c'était arrivé une seule fois et cette fois m'avait dissuadée – moi ainsi que n'importe quel autre élève sain d'esprit – d'aborder le sujet à vie. Dès les premiers jours, Rachel et James s'étaient détestés (tout ça était fondé sur un pur malentendu si vous voulez mon avis). Une fois, James avait provoqué Rachel en plein milieu de la Grande Salle sur le fait qu'elle ne recevait jamais aucune lettre. Et Rachel avait pété les plombs. Elle lui avait hurlé dessus en pleurant pendant un long quart d'heure avant de lui assener une gifle magistrale. Le regard que lui avait lancé Thomas juste après ça, avait fait pâlir mon cousin. Pour moi, la façon dont James s'appliquait depuis ce jour à toujours se disputer avec Rachel sans jamais, au grand jamais la faire chier sur ses parents était la preuve de son amour pour la blonde.

De temps en temps donc, Thomas venait à notre table et lisait le journal avec Rachel. On voyait bien que c'était un genre de moment privilégié qu'ils partageaient ensemble. Personne ne les dérangeait jamais dans ces moments-là, pas même James. Comme ils n'étaient pas dans la même maison (Thomas était à Serdaigle), Rachel et lui ne se voyait pas tant que ça. Ils étaient tous les deux très proches et on voyait bien qu'ils partageaient une complicité singulière, comme s'ils se comprenaient sans se parler. Il était évident qu'ils avaient vécus des choses qui les avaient rapprochés. Je n'en avais jamais parlé à Rachel. Ce n'était pas à moi de faire le premier pas là-dessus.

Bref, Thomas Davis s'était invité à notre table ce jeudi matin quand je vis la chouette de ma mère y entrer et se poser devant moi. Ca m'avait surprise parce que ce n'était pas l'heure du courrier et qu'il n'était pas dans les habitudes de ma mère de m'envoyer une lettre en dehors des horaires prévus à cet effet. Sa lettre n'en était pas vraiment une. Il s'agissait plutôt d'un mot. Pas même de formule de salutations ou même de traditionnels « TA MAMAN QUI T'AIME ». Jamais ma mère ne m'avait envoyé de courrier de la sorte. Mon alarme intérieure s'activa et je détachai fébrilement le petit papier blanc.

J'espère que tu n'as pas dit à ton père qui était ton partenaire de potion, ou bien tu risques d'avoir des ennuis.

Un sentiment de malaise fit vaciller mon estomac. Franchement, quel était le problème ? Mon père connaissait Scorpius, il l'avait déjà vu à certaines fêtes de familles, c'était un ami d'Albus, il était régulièrement au Terrier. Finalement, je me persuadai que ma mère avait du se faire des idées, elle avait toujours été obsédée par la sécurité. Mon père n'avait jamais fait preuve d'hostilité particulière envers Malefoy, ou même envers Albus. Je ne risquais rien.

Le lendemain soir, alors que je faisais ma ronde quotidienne après le couvre-feu, à côté de la tour de Gryffondor, j'eus enfin l'occasion de me venger de mon cher frère. J'avais été attirée par du bruit, comme des chuchotements, vers une salle de classe désaffectée du septième étage. Je m'avançai en silence et ouvrit la porte d'un coup sec. Un groupe de cinq élèves, probablement des quatrièmes années était assis sur le sol, en train de comploter. Le bruit que je fis en ouvrant la porte les fit sursauter, ce qui m'amusa. Malgré la pénombre dans laquelle ils étaient plongés, je reconnus instantanément Hugo, mon petit frère de deux ans mon cadet, et ma cousine du même âge, Lily. Hugo et Lily étaient aussi proches qu'Albus et moi. D'ailleurs, Lily était la sœur d'Albus.

Dommage pour lui, Hugo ne me reconnut pas tout de suite et son visage exprima un genre de crainte. Je l'imaginais bien craindre une retenue : ça mettrait nos parents très en colère. Puis finalement, au bout d'un court instant, les muscles de son visage se détendirent : il m'avait identifiée. Quatorze ans qu'on se côtoyait et il n'arrivait pas à me reconnaître dans le noir.

— C'est bon c'est ma sœur, tout ira bien, lâcha-t-il à l'intention de mes amis, sur un ton qui se voulait surement cool et nonchalant.

Cette blague.

— Tu rêves, gamin. Je te retire cinq points et trois à tes amis.

Lily fronça les sourcils marquant son mécontentement, mais contrairement à mon andouille de frère, elle eût l'intelligence de ne pas protester. Je jubilai.

— Quoi ? Mais pourquoi ?

— Tu n'as qu'à être moins ordinaire, fis-je mesquine comme tout, en souvenir de ce qu'il avait osé me refusé la dernière fois.

Nan mais.

— Je suis ton frère ! s'indigna-t-il.

Qu'est-ce qu'il était irritant !

— Bien vu. Dix points.

— Je le dirais à Maman, commença-t-il d'un air qui se voulait menaçant.

Je haussai les sourcils, dédaigneuse. Il savait très bien que jamais ma mère ne le croirait. Héhéhé, ça lui ferait les pieds, à ce sale mioche. La prochaine fois, il me filerait un coup de main. J'avais presque oublié à quel point c'était pratique d'être la chouchoute de la famille. Hugo pesta et entraîna ses amis vers la tour de Gryffondor. Sage décision, morveux. En passant devant moi pour sortir, Lily me lança un regard hargneux. Comme si j'en avais quelque chose à foutre.

Le week-end arriva à toute allure et j'en profitai pour faire mes devoirs et rattraper mon sommeil en retard. Il m'avait fallu presque deux semaines pour récupérer de la fête. Pathétique. J'avais complètement oublié le petit mot de ma mère que j'avais relayé dans un recoin de mon esprit. Malgré la chaleur qui avait régné à Londres début septembre, on arrivait à la fin du mois et les rayons de soleil s'étaient fait plus rares, remplacés par des vents glacés. Les feuilles des arbres commençaient à se teinter de couleurs sombres.

Malefoy avait continué de m'ignorer et conservait la même attitude en cours de Potions, où il baragouinait tout seul, tout en me livrant de précieuses informations, que j'avais commencé à noter dans un petit carnet. Je rechignai à annoter mon manuel, ce qui aurait pourtant été plus pratique. C'était juste une question de principe : je ne pouvais pas écrire dans un livre sans avoir l'impression de commettre un crime atroce, comme un blasphème.

Et puis un jour, sans que je comprenne d'où il sortait sa subite envie de m'adresser à nouveau la parole, il lâcha, alors que nous étions au milieu de la préparation d'une potion :

— Au fait, j'imagine que tu refuses toujours de me pardonner Weasley.

Il faisait surement allusion à son attitude lors de la rentrée scolaire et aux excuses qu'il était venu me réclamer. Peut-être que son comportement était plus acceptable ces derniers jours, mais je n'appréciai pas la manière dont il cherchait à me forcer la main. Ainsi, bien que surprise par sa soudaine déclaration, je rétorquai, du tac au tac :

— Tu imagines bien.

— Dans ce cas…

Ce qui suivit se passa très vite. Malefoy ajouta un liquide verdâtre dans notre chaudron et celui-ci explosa dans un grand bruit, répandant partout une vapeur nauséabonde et des éclats d'étain. Par chance j'avais eu le réflexe de m'abriter des débris sous la paillasse au moment où le récipient éclatait.

— Tu te fous de moi Weasley, je viens de te dire qu'il ne fallait pas que tu mettes de sécrétion de Bandimon si tu ne voulais pas le faire exploser ! Tu l'as fait exprès, m'accusa-t-il brusquement, sans aucune raison.

Evidemment il n'avait pas bougé d'un pouce, son arcade sourcilière était coupé, du sang sombre lui coulait dans les yeux lui donnant l'air un peu fou. Mr Gowan s'approcha, menaçant et je sortis de mon piètre refuge. Il allait me punir, c'était évident. Après ce que Malefoy venait de beugler, ajouté au fait que lui ne s'était pas planqué, il allait obligatoirement passer pour la victime. La déflagration avait rendu tout le monde complètement hagard.

— Si tu ne me pardonnes pas, je vais m'appliquer à faire de ta vie un enfer Weasley, et cela commence dès maintenant. Au moins, avec cela, tu auras une bonne raison de me détester, chuchota-t-il rapidement à mon intention.

Mais il le sortait d'où son raisonnement à deux noises ? S'il pensait qu'il allait m'avoir avec sa duperie, il pouvait se mettre sa baguette où je pensais ! C'est-à-dire dans son œil et jusqu'au coude ! (Bah oui, à quoi vous pensiez bande d'obsédés ?) Imperceptiblement j'étais vraiment déçue de son comportement. Je pensais que nous aurions pu sinon être amis, au moins pouvoir entretenir des relations cordiales, saines, basées sur la tolérance. Mais avec son attitude de troll, il avait tout gâché.

— Tu veux la guerre Malefoy ? Tu l'auras, rétorquai-je, la colère faisant trembler ma voix.

Je détestais le chantage. Je ressentis un pur élan de haine pour Malefoy. Ca faisait longtemps, tiens. Je n'avais jamais eu envie de tuer personne, mais pour la première fois de ma vie, je n'en étais vraiment pas loin. Le regard que me lança Mr Gowan me donna envie de disparaître instantanément de la surface de la planète. Il ne m'était jamais arrivé de perdre l'estime d'un professeur.

— Tout ça c'est de ta faute Malefoy !, hurlai-je, fulminante. Je vais te tuer !

Des regards intrigués se tournèrent vers moi. Rose Weasley qui perd le contrôle, ça n'arrive pas tous les jours, quand même. Je maudis la curiosité mal placée de mes camarades. Mes joues et mes oreilles me brûlaient. De colère ou de honte je n'aurais su le dire.

— Comment osez-vous proférer de telles menaces miss Weasley ? Ce comportement est indigne de vous ! Et cette explosion ? Vous aurez une retenue !

C'était la première fois de toute ma scolarité que j'étais en retenue. Mes parents allaient m'exterminer. Extenuée et complètement à bout, je bouillais tellement de colère et d'indignation que j'en tremblai. Je n'arrivai pas à le croire. C'était impossible. Pour la première fois en seize ans d'existence, j'avais perdu mon sang-froid. A cause de Malefoy. J'allais l'éventrer. Il me regarda avec pitié, ce qui m'énerva encore plus. Je me mis à pleurer. Oui, parce que de manière inexplicable, ma colère semblait reliée à mon canal lacrymal. Conséquence de cette terrible déformation physiologique : à la moindre contrariété, je fondais en larmes. Non seulement ça me faisait perdre en crédibilité (ce qui avait le don de m'énerver encore plus) mais en plus c'était incontrôlable, un véritable cercle vicieux. Dans ces accès de faiblesses, je me détestais.

Ce connard eût un rictus méprisant. Ce fut la goute de potion qui fait déborder le chaudron. Cette fois, je me jetai sur lui toutes griffes dehors.