NOTE DE CHAPITRE :
Bonjour !
Je vous recommande d'écouter My arms were always around you par Peter Bradley Adams pour la lecture de ce chapitre qui, je l'espère, vous sera fort agréable !
Après avoir poussé Weasley dans ses retranchements (elle pouvait vraiment être terrible quand elle le voulait) j'avais enfin cessé de rêver d'elle. Trois semaines que je n'avais pas eu une seule nuit de répit, je n'en pouvais plus. J'avais conscience évidemment que le problème ne venait pas directement d'elle. Après tout, elle ne savait pas que je souffrais de troubles du sommeil depuis l'enfance. Elle ignorait également qu'à cause d'elle, je n'arrivais pas à dormir. Seulement moi, je le savais, et je savais aussi depuis ma quatrième année que mes rêves étaient liés à ce que je vivais in real life. J'avais donc décidé de prendre les choses en main.
Les conséquences avaient été dévastatrices pour la rousse : deux semaines de retenues, vingt points en moins pour Gryffondor et une sacrée entaille dans son égo. Oui, j'étais fier de moi. Je dormais enfin comme un bébé. Nul n'avait compris son geste. Rien de plus logique à cela puisque c'était moi qui avait mis le bazar. Personne ne lui avait donc jamais dit que le secret était de ne pas se faire prendre ? Si elle avait eu un minimum de jugeote elle aurait aisément pu éviter la situation. Quelle idée de se jeter sur moi alors que Mr Gowan était là aussi !
Elle n'avait même pas cherché à m'accuser, ce qui m'avait franchement étonné. Je trouvais cela stupide. D'un autre côté ce n'était pas comme si quelqu'un allait la croire. Néanmoins, il me semblait qu'Albus avait quelques soupçons. Comme si la vision de sa cousine se jetant sur moi pour me faire mordre la poussière montrait qu'elle était la réelle victime. A l'évidence, j'avais joué les types incompréhensifs et les petites victimes. Je n'avais jamais été fan de toutes ces expressions familières mais on pouvait le dire : elle avait pété les plombs.
Et quel bonheur de voir Weasley perdre pied dans son petit monde parfait ! Je n'aurais jamais cru que ça m'amuserait autant. Titiller Weasley était devenu un vrai plaisir. Elle réagissait au quart de tour quand on savait s'y prendre. Une remarque sur sa prétendue intégrité, ses valeurs et elle s'enflammait. C'était encore mieux si elle était punie.
Je souris en me remémorant la scène, revoyant les traits de son visage déformés par la rage. Si j'avais eu un doute auparavant ce n'était désormais plus le cas : Weasley me haïssait. Tant mieux. La préfète de Gryffondor s'était ruée sur moi avec passion, comme si elle voulait me défigurer avec ses petites mains. Elle allait avoir besoin de plus d'armes que ses ongles pour m'estropier. Sa baguette par exemple. Et elle osait se prétendre issue d'une grande famille de sorciers.
Bon, c'était vrai, elle venait d'une grande famille de sorciers. Peut-être trop grande d'ailleurs. Parfois, j'avais l'impression que la moitié de cette école avait les Weasley pour élèves. Alors qu'il n'y avait qu'un seul Malefoy. Moi.
Je précise pour les idiots.
Etre un Malefoy ce n'était pas seulement être un Malefoy. Il fallait s'en montrer digne. On me demandait toujours d'être à la hauteur. A la hauteur de quoi, je passais pas mal de temps à me le demander. Mon rang social ? La fortune des Malefoy ? Les succès de l'entreprise familiale ? Je m'efforçais de ne pas trop m'interroger là-dessus. Satisfaire les délires de mes parents était déjà un travail à plein temps. Je leur devais respect et obéissance, ma vie leur appartenait. J'avais bien compris que quand on était un Malefoy, avant de satisfaire nos désirs individuels, il fallait assouvir ceux de la famille. Ce n'était pas très difficile, j'étais d'accord avec eux la plupart du temps.
D'ailleurs, la seule fois où j'avais eu un différend avec eux, surtout avec mon père à vrai dire, c'était quand je m'étais lié d'amitié avec Albus. Avec le recul, je me rends compte à quel point c'était improbable et à quel point être ami avec le Gryffondor m'avait permis de développer mon sens critique et ma volonté d'indépendance.
Nous étions en première année, en cours de Défense Contre les Forces du Mal et j'étais arrivé en retard (je n'avais pas réussi à trouver la salle de classe). Tout le monde était déjà installé et la seule place vacante, c'était celle à côté de Potter. J'étais sur d'avoir vu un sourire amusé étirer les lèvres notre professeur, Mrs Spinnet. Elle avait d'ailleurs lâché d'un ton badin :
— Potter et Malefoy, hein ? Qui l'eût cru ?
Je ne m'étais pas attardé sur ces mots, bien trop pressé de faire mes preuves en DCFM. Avec les Potions, c'était la matière que j'attendais le plus de découvrir.
Pendant ce tout premier cours, Albus ne m'avait pas décroché un seul mot. Mais j'avais bien vu qu'il n'arrêtait pas de me jeter de fréquents petits coups d'œil qui se voulaient sans doute discrets. Au bout d'un instant, franchement agacé, je lui avais demandé pourquoi est-ce qu'il me regardait comme ça.
— Tu es fan des Canons de Chudley ?, m'avait-il demandé, sans doute en référence au badge épinglé sur ma robe.
— Non, j'épingle ce badge car j'aime l'effet du métal sur mon cœur, avais-je répondu d'un ton lugubre.
Il avait explosé de rire, nous octroyant à tous les deux la première retenue de toute notre scolarité. Mrs Spinnet avait eût l'air beaucoup moins amusée par le fou rire d'Albus, qui n'avait pas été dupe une seconde de mon sarcasme. Albus s'était révélé lui aussi être un fan des Canons. Y'avait pas à dire : le Quidditch, ça rapprochait les gens. Depuis ce jour, Albus était l'un de mes meilleurs amis, avec Luke.
Toujours en première année, quand j'avais demandé à mon père si je pouvais me rendre chez Albus pour le week-end des vacances, il avait tiqué. Pourtant je lui avais déjà parlé de lui dans mes lettres.
— Albus ?, s'était enquit mon père, curieux.
— Oui, Papa, Albus. Tu sais, mon ami de Gryffondor.
Son visage s'était éclairé.
— Ah oui, ton ami de Gryffondor. Quel est son nom de famille déjà ?
Parfois, je détestais que mon père ait une aussi bonne connaissance de la généalogie sorcière. Complètement ignorant du cataclysme qui allait se déclencher, j'avais répondu de la manière la plus naturelle qui soit.
— Potter. Mais on s'en fiche, non ?
Un léger doute avait fait trembler ma voix sur le dernier mot de ma question. Le visage de mon père était passé par tout un panel de couleur. D'un blanc cadavérique, à un rouge sombre, en passant par une délicate teinte verdâtre. Vous avez déjà vu un Malefoy rougir de colère ? Nous sommes plutôt bien fait dans la famille, mais pour le coup c'est vraiment ignoble comme spectacle. On aurait dit une glace fraise-vanille qui se serait apprêtée à prendre feu. Il avait finalement marqué un silence incroyablement long que je n'avais pas osé interrompre, avant de lâcher d'un ton fatigué :
— Tu peux y aller.
Depuis j'avais appris à ne pas parler « d'Albus » à mon père. Aux yeux de ma famille, Albus était « mon ami de Gryffondor ».
Il y avait eut un incident pourtant une fois, lorsque j'avais voulu inviter Albus. Jamais je n'avais vu mon père autant en colère.
— Aucun Potter ne remettra les pieds dans ce manoir, je te le garantis ! Après tout ce que j'ai fait pour toi, Scorpius ? Tu veux ma mort ou quoi ? Ce sera quoi la prochaine fois ? Tu baiseras une Weasley ?!
Ma mère avait hoqueté de stupeur et d'indignation.
— Drago, ne parle pas comme ça !
Je m'étais insurgé à mon tour.
— Et moi, Papa, je n'ai rien fait pour toi peut-être ?!
Il m'avait dévisagé. Je n'avais jamais élevé la voix contre lui avant ça. J'en avais tremblé de colère et pendant un instant j'avais bien cru que mon père allait me gifler. Mais finalement il avait juste posé brutalement son verre sur la table, s'était levé et avait tourné les talons.
Ma mère m'avait adressé un regard sévère que j'avais interprété comme « tu dépasses les bornes, Scorpius ». La décevoir m'avait porté un coup un cœur.
J'avais toujours pensé que j'étais un bon fils. J'étais bien élevé, poli, respectueux. Je faisais ce que mes parents me demandaient – certain auraient été surpris de voir jusqu'où j'allais pour les satisfaire. Ce n'était pas uniquement parce qu'ils étaient mes parents que je faisais ce qu'ils me demandaient sans poser de question. J'adorais ma famille. Après tout ce que mon père avait traversé durant la guerre, j'avais un immense respect pour lui. Il m'avait tout raconté avant que j'entre à Poudlard et nous n'en avions jamais reparlé depuis. J'étais admiratif de sa manière de remonter la pente et de rester digne en toutes circonstances.
Mon père était plein de ressources. Il s'était échiné, bataillant contre de nombreux obstacles mais était parvenu à laver notre nom, à remettre sur pied notre patrimoine, notre richesse. C'était un homme très intelligent dont les affaires étaient fructueuses et j'étais fier d'être son fils. Mon père avait rarement du temps pour moi car il travaillait trop pour ça. Mais il s'arrangeait toujours pour m'écrire une lettre par semaine, et jouer au Quidditch avec moi pendant les vacances. Je ne l'aurais reconnu pour rien au monde, mais je chérissais ces moments et je savais que lui aussi.
Ma mère était complètement différente. En société elle était plutôt douce, voire effacée. J'avais appris récemment qu'en réalité ce n'était qu'un masque qu'elle se forgeait pour faciliter les affaires de mon père. Elle était très bonne actrice, surtout si elle devait jouer la carte de l'indifférence et de l'impassibilité. Si elle le voulait, elle pouvait devenir aussi expressive qu'une porte de prison. J'admirais cette capacité et l'effet qu'elle produisait sur les autres. Mais au manoir, c'était une vraie tigresse. Mon père et moi avions plutôt intérêt à nous tenir à carreaux si on ne voulait pas avoir affaire à elle. Ma mère était très aimante et avait toujours été là pour moi. Elle adorait cuisiner pour mon père et moi, et d'ailleurs je ne connaissais pas meilleure cuisinière qu'elle. Elle m'avait appris à lire, écrire, compter et n'hésitait pas à s'asseoir avec moi pendant des heures pour m'aider à faire mes devoirs de vacances. Cela faisait toujours râler mon père parce qu'il persistait à engager un précepteur pour moi que je continuais d'ignorer.
Mon père et moi on se ressemblait énormément et pas seulement physiquement. On adorait le Quidditch, nous avions la même voix traînante, le même cynisme, on adorait se liguer ensemble contre ma mère quand elle voulait nous faire manger ses affreux cookies au miel (les pâtisseries était la seule chose qu'elle était incapable de cuisiner). Nous étions aussi tenaces l'un que l'autre, intransigeants et intelligents. Contrairement à mon père, je n'avais pas autant de préjugés que lui, ou pire que mon grand-père Lucius. Mon grand-père m'idolâtrait et je l'aimais aussi, mais il ne fallait pas que je parle politique avec lui, où bien il devenait vite insupportable, idem avec ma grand-mère Cissi. Cf mon amitié avec Albus, pour laquelle ils n'étaient au courant de rien et c'était beaucoup mieux comme ça. Mes grands-parents paternels détestaient cordialement les Potter.
Je n'avais pas le même problème avec mes grands-parents maternels puisqu'ils étaient morts avant ma naissance dans des circonstances obscures. Il ne restait à ma mère que sa grande-sœur, ma tante Daphnée donc qui traînait toujours avec son amie Pansy, que je haïssais cordialement. Je prenais toujours un malin plaisir à en faire voir de toutes les couleurs à cette ignoble femme. Ma haine avait ses raisons, je détestais cette femme parce qu'elle n'avait aucune dignité (un comble pour des personnes de notre rang !) et aussi parce qu'elle draguait toujours mon père sans la moindre classe. Immonde. La première fois que j'avais voulu lui faire une crasse, mon père m'avait surpris la main dans le sac. J'avais cru ma dernière heure arrivée et en réalité, il avait juste explosé de rire, m'avait fait un clin d'œil et était reparti en faisant mine de n'avoir rien vu. Je n'en avais pas cru ma chance. Si ça avait été ma mère, nul doute que j'aurais été puni à vie.
Je différais de ma famille de par mes humeurs taquines, mon inclinaison à faire des farces, ma propension à aller en retenue comme si j'allais effectuer une promenade de santé. Mon sens de l'amitié aussi (jamais il ne me serait venu à l'idée de critiquer Luke ou Albus dans leur dos par exemple). Et puis il y avait cette rumeur à mon sujet. C'était Weasley qui m'en avait parlé la toute première fois, lors de mon premier voyage dans le Poudlard Express. Celle qui osait prétendre que j'étais le fils de Voldemort.
Les gens étaient vraiment des crétins pour inventer des trucs pareils et ensuite, pour y croire. J'en étais là de mes réflexions sur le monde, la vie, les gens quand la main floue de Luke remua devant mon regard pensif. Je clignai des paupières et me tournai vers mon ami, sourcils froncés.
— T'es dans la lune, Scorpius ?
— Humph.
Mon sommeil avait été tellement profond, j'avais beaucoup de mal à émerger. Je n'étais pas vraiment du matin.
— Hello tout le monde !, s'écria joyeusement Albus en s'installant en face de moi.
Je lui lançai un regard noir. Il faudrait instaurer un périmètre de sécurité autour des gens enjoués dès le petit matin.
— Ca ne va pas Scorpius ?, s'enquit gentiment Albus.
Je devais faire une tête bizarre. Pour ce que j'en savais. Le matin, j'évitais les miroirs, autrement j'arrivais en retard. Bah oui, la beauté, ça a quelque chose de captivant. A côté de moi, Luke lui fit signe de ne pas poser de question en posant son index sur sa bouche. Albus fronça les sourcils mais ne pipa mot. Je replongeai dans mes pensées cotonneuses quand Weasley s'assit à côté d'Albus, un grand sourire vissé sur le visage. Ils avaient englouti un clown pour être aussi joyeux ou quoi ?
— Qu'est-ce que tu fous ici ?, attaquai-je Weasley.
En six ans elle n'avait jamais été invitée à prendre son petit-déjeuner à la table des Serpentard. Elle me regarda comme si j'étais con, avec un air un peu choqué. Je n'avais pas remarqué les sourires en coin d'Albus et de Luke.
— Scorpius, c'est nous qui sommes à la table des Gryffondor, m'informa Luke d'un air taquin.
Un rapide coup d'œil circulaire confirma ses dires. Ah merde. Putain le con. Weasley eût le culot d'émettre un sourire goguenard. J'eus envie de lui enfoncer la tête dans son assiette et j'allais m'exécuter quand des centaines de hiboux entrèrent de la Grande Salle, à grand renfort de piaillement. C'était l'heure du courrier.
Mon hibou, Andromède, me cherchait à la table des Serpentard. Quel imbécile. Je sifflai pour attirer son attention. Il me repéra enfin et lâcha un gros colis dans mon assiette encore pleine de sauce avant de repartir. Ma mère m'avait envoyé une cargaison de petits pâtés. Un élan de gratitude me traversa. Ma mère était géniale. Weasley avait reçu une longue lettre et en la lisant, son visage se rembrunit. Quand elle eût finit de lire, elle me lança un regard foudroyant. Je l'ignorai et attaquai la dégustation de mes petits pâtés.
Je savourai ma dernière bouchée lorsque Kirkman arriva à notre niveau et s'installa à côté de Weasley. L'insupportable blonde me lança un sourire éblouissant. Il brillait tellement que j'en avais mal aux yeux.
— Vous croyez qu'on peut devenir gay en fréquentant des bars gays ?, lâcha Kirkman en guise de bonjour.
Décidément les associations d'idées dans le cerveau de cette fille suivaient un cheminement bien particulier. Sa question en plus d'être particulièrement idiote était aussi malvenue qu'un cheveu sur la soupe. Weasley se frappa le front avec le plat de sa main, affligée. Je devais bien avouer que pour une fois, j'avais bien du mal à me retenir de l'imiter.
— Toi t'es vraiment conne dans ton genre, lâcha Luke à mes côtés, dédaigneux.
Kirkman lui lança un regard outré et voyant que personne ne la soutenait dans sa prétendue requête intellectuelle, s'enfonça dans un silence vexé. Albus ne fit aucun commentaire. Bien que surpris par la réponse de Luke et surtout par son attitude méprisante – car il n'était pas dans ses habitudes de traiter les idiots avec mépris – je ne montrai aucune marque d'étonnement. Il fallait que je sois impassible.
Seulement Kirkman dut voir dans mon indifférence une forme de compassion, car elle me supplia du regard. Un regard très difficile à soutenir.
— Ne me regarde pas comme ça, Kirkman, lançai-je méchamment.
C'était épuisant d'être méchant pour décourager les gens.
— Et pourquoi elle ne devrait pas te regarder comme ça Malefoy ? T'es trop bien pour elle, c'est ça ?, m'attaqua Weasley.
Mais de quoi elle se mêlait la rouquine ? Qu'est-ce qu'elle pouvait être agaçante !
— Je t'ai sonné Weasley ?, rétorquai-je.
— Tu pollues mon espace vital, Malefoy !, protesta-t-elle, scandalisée.
— Ah tu ne manques pas d'air, tiens. Comme si tu avais trouvé pertinente la question de ton amie ! Tu n'es qu'une hypocrite, Weasley, répliquai-je.
— Sasha n'est pas mon amie !
L'intéressée rougit de honte, mais je m'en fichais. J'étais en train d'énerver Weasley, et j'en tirais une profonde satisfaction.
— Comme si ça changeait quelque chose, dans tous les cas, je m'en balance !
Un rouquin qui ressemblait à Weasley en plus jeune intervint.
— Parfois, Rose, tu réagis comme une gamine, avait lâché Weasley frère.
Hugo qu'il s'appelait, si mes souvenirs étaient corrects, et ils l'étaient toujours. Je n'en revenais pas que le petit frère m'aidait à tailler la sœur. Décidément, ces Weasley n'avaient aucun honneur, aucune valeur, aucun sens de la famille et c'était tant mieux pour moi.
— Continues comme ça, et je te retire un point, menaça sa sœur.
— Et pour quel motif ?, répondit Weasley frère d'un ton insolent.
— Insubordination.
A la place de Weasley sœur j'aurais giflé son godelureau* de frère. Mais c'était bien plus marrant d'embêter la sœur.
— Tu fais honte au corps des préfets, lâchai-je alors.
Weasley sœur rougit alors que son frère arborait une mine triomphante. Son expression stupéfaite et énervée valait vraiment le détour. Je m'en délectai quand Albus brisa ma rêverie.
— Vous n'en avez pas marre de tous vous chamailler ?
— Tu casses l'ambiance, Albus, plaisanta Luke.
Si Albus venait de casser l'ambiance, Luke, lui, venait de la pulvériser.
— Sérieusement, reprit Albus en ignorant la remarque de Luke. Vous ne pensez jamais à quel point gérer vos petits conflits peut être pénibles pour moi ? Vous ne pourriez pas essayer de vous entendre ?
Weasley se tortilla sur sa chaise, l'air mal à l'aise, ce qui ne l'empêcha pas de me lancer un regard noir. Je ne ressentais bizarrement aucune culpabilité. Oui, je faisais la misère à Weasley, et oui j'aimais ça. Si Albus n'appréciait pas, c'était probablement parce qu'il n'avait jamais essayé d'importuner sa cousine.
— Oui, on pourrait, mais ça ne marcherait jamais, déclarai-je, d'une logique imparable.
— Tu fais vraiment preuve de mauvaise volonté, Scorpius, râla-t-il.
— Et toi de mauvaise foi, Albus. Si nous on peut accepter que tu sois ami avec ta cousine, tu devrais être capable d'accepter qu'on ne l'apprécie pas.
— Alors ignorez-vous par Merlin ! C'est insupportable toutes ces piques et cette incessante guerre froide, j'ai l'impression de retourner en première année, s'énerva-t-il.
— Ca non plus, ça ne va pas être possible Albus. Malefoy aime trop faire souffrir les autres…, intervint Weasley.
— …Et Weasley aime trop se venger, la coupai-je.
Albus nous lança un regard furieux et déçu. Il rapporta son attention sur Luke.
— Toi aussi, tu penses la même chose ?
Luke leva les deux mains en signe de reddition.
— Moi je milite pour la paix et l'amour en ce monde. Pour la fin des hypocrites, pour la mort des idées intolérantes, pour une parfaite entente entre sorciers et moldus, pour…
— D'accord !, l'interrompit brusquement Albus.
Ce que je comprenais parfaitement : une fois lancé dans son discours de pacifiste suisse, Luke pouvait parler pendant des heures de trucs très assommants sur la paix internationale. Moi, j'aimais bien quand il y avait du sang et des larmes. Les conflits, c'était mon truc.
— Mais c'est vrai que Scorpius s'acharne souvent sur Granger-Weasley, fit Luke d'un air docte.
Le visage de l'affreuse rouquine s'éclaira d'un grand rictus. Albus paraissait soulagé.
— Tu n'es qu'un traître, Luke, marmonnai-je, boudeur.
— Reconnais que depuis le cours de Potions, tu lui en mets plein la tronche et que c'est assez injuste, continua Luke.
Est-ce que mon meilleur ami s'était décidé à me tailler au profit de ma nouvelle ennemie ? Peut-être que « je lui en mettais plein la tronche » mais en attendant, depuis que je m'en prenais à Weasley, que j'enflammais ses cheveux, que je lui lançais des maléfices de Bloque-Jambes dans les couloirs et évidemment depuis que je m'arrangeais pour que des chaudrons lui explosent au visage et qu'elle soit punie pour ce qu'elle n'avait pas fait, moi, je dormais.
— Tu ne pourrais pas te retenir un peu Scorpius ?, me réprimanda Albus.
Hors contexte, cette question pouvait avoir mille sens différents. Je m'efforçais de rester impassible et de ne pas ricaner.
— Non, soupirai-je d'un ton traînant.
— Mais enfin, qu'est-ce que tu y gagnes Scorpius ?, me demanda finalement Luke.
Ca c'était une vraie question et à voir le visage de Weasley, elle était vraiment intéressée par la réponse. Et il y avait plein de réponses qui auraient fait l'affaire : « du plaisir », « une joie immense », « des réponses à mes questions existentielles », « un sommeil de qualité ». Bref j'aurais pu inventer plein de mensonges (ou plutôt de demi-vérité comme j'aime les appeler) qui auraient très bien fait l'affaire. Au lieu de quoi, je lâchai un mensonge bien pitoyable :
— Rien du tout.
Je quittai la table sur cette réponse, bizarrement pressé d'aller en cours de Divination, en me demandant pourquoi diable je venais de mentir à mes meilleurs amis. Parce que je savais très bien pourquoi je m'acharnais sur Weasley. La vérité, c'était que Weasley était devenue une de ces personnes. Vous savez, le genre de personne qu'on adore détester.
Mais quelques jours plus tard, il y eut un épisode qui me fit complètement revoir ma perception de Weasley. C'était quasiment la fin de la récréation, et je grignotais tranquillement une pomme en dessous d'une arcade de la cour carrée quand Weasley débarqua, les yeux rouges, les cheveux en vrac, l'air bouleversée. Passé son apparente surprise de me trouver là, elle m'agressa directement.
— Merde, il ne manquait plus que ça.
Je compris immédiatement que j'étais le « ça » en question mais j'étais trop ahuri pour y faire attention à ce moment-là. Un autre détail avait attiré mon attention. Les yeux de Weasley brillaient étrangement.
— Est-ce que tu pleures ?, demandai-je, incrédule.
NOTE DE FIN DE CHAPITRE :
*Godelureau : jeune homme qui fait le galant auprès de la gent féminine. D'après Google, équivalent littéraire de morveux.
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