NOTE DE CHAPITRE :
Bonjour !
Pour ce chapitre, je vous suggère d'écouter en boucle Way Down We Go, de Kaleo.
Je me relevai d'un coup dans mon lit, un inquiétant filet de sueur roulant le long de ma nuque. Non non non c'était beaucoup trop tôt. Pourtant, l'humidité entre mes jambes, sous mes fesses et mes crampes dans mon bas-ventre étaient bel et bien là et m'avaient réveillées. Peut-être que je n'avais fait qu'un cauchemar et qu'il ne s'agissait là que de transpiration ? Je n'avais même pas encore glissé un doigt dans ma culotte que je savais que c'était faux. Et quand je vis à la lueur de l'aube mon index ensanglanté, confirmant mes pires craintes, je lâchai un râle plaintif.
J'avais mes règles. Priant pour ne pas voir mon linge tout tâché de sang, je me précipitai hors de mon lit, ouvrant d'un geste brusque les rideaux de mon baldaquin, sans me préoccuper ou non du sommeil de mes camarades. De toute façon, elles dormaient trop. Un large cercle rouge s'étalait au milieu de mon drap. On aurait dit un drapeau japonais. J'arrachai avec colère l'objet du délit, projetant avec hargne mes couvertures sur le sol. Protégé par une alèse, le matelas n'avait – heureusement – rien.
— Rose ? Tout va bien ? Pourquoi tu ne dors pas ?, me demanda Rachel d'une voix engourdie de sommeil, à moitié relevée dans son lit.
Je me retins de justesse de lui hurler dessus qu'il m'arrivait que j'étais une fille et que ça me faisait bien chier, que j'avais mal et que j'avais une scène de crime à nettoyer. Au lieu de quoi, je répondis calmement, prenant sur moi ma colère que je savais plutôt illégitime.
— J'ai mes règles.
Une lueur de compréhension alluma son regard et elle se releva d'un coup, balançant ses pieds hors de son lit. Ses yeux se dirigèrent naturellement vers mes fesses, et constatant l'ampleur des dégâts – je pouvais sentir mon pyjama me coller désagréablement l'arrière train – elle eût une moue compatissante.
— Vas te changer, je vais envoyer tes draps aux elfes.
Je lâchai un long soupir de reconnaissance et me précipitai vers la salle de bain. Rachel était la meilleure amie du monde. Je jetai directement mon bas de pyjama et ma culotte sous la douche avec moi pour les rincer – à l'eau froide, sinon il reste de traces. J'avais super mal au ventre, et le jet d'eau chaude que je me passai sur le ventre ne calma pas vraiment la douleur. J'avais toujours eut des règles très douloureuses (je prenais même des potions pour ça) et surtout très abondantes. Un carnage. Je laissai mes vêtements souillés dans le bac à linge sale, au bon soin des elfes et enfilai mon bas de survêtement complètement effiloché spécial règles. Quand je rejoignis le dortoir, mes draps étaient changés et Rachel s'était rendormie.
Trop angoissée à l'idée de tâcher à nouveau mes draps et complètement paralysée par la douleur je ne parvins pas à m'assoupir. Je fus donc fatiguée, irritée et courbaturée lorsque le réveil de notre dortoir sonna. Ma journée commençait très mal.
— Un Acceptable, Miss Weasley. Vous m'avez habitué à mieux, il va falloir faire mieux que ça si vous tenez à obtenir des ASPICS convenables.
Je récupérai la copie que me tendait cet affreux professeur de Sortilèges – mon premier cours du jour – et fusillai le parchemin des yeux. J'avais travaillé d'arrache-pied tout le week-end sur ce devoir. J'étais sûre que Mr Kay m'avait saquée. Ce n'était pas possible autrement. Et d'où il se permettait de dire que je l'avais habitué à mieux ? C'était le premier devoir que je rendais à ce prof. Je le détestais.
A la fin du cours, je courus à la bibliothèque, bien décidée à vérifier chacune de mes réponses. Mon devoir méritait bien plus qu'un lamentable Acceptable et j'étais bien déterminée à le prouver à ce troll. Je ne mis pas longtemps à remettre la main sur le livre que j'avais utilisé pour mon devoir. Je m'installai à une table juste à côté et m'attaquai immédiatement à ce problème de taille. Alors que j'étais plongée dans mon ouvrage, un raclement de gorge se fit entendre. Je l'ignorai. Le raclement recommença et lorsque je levai la tête, décidée à faire comprendre à l'imbécile que s'il avait des problèmes de gorge, il ferait mieux de prendre un sirop contre la toux au lieu d'emmerder les travailleurs, je reconnus mon interlocuteur et mes protestations moururent dans ma gorge.
Tout se passa très rapidement. Mon cœur tomba dans mes chaussettes, chargé de plomb avant de revenir super vite à sa place et de se mettre à battre frénétiquement dans ma cage thoracique. Il finit par s'arrêter brusquement avant de reprendre une cadence normale. Ben Saddler s'était assis en face de moi. Ben. Saddler. BEN. SADDLER. Ou plutôt, l'affreux Ben Saddler comme j'aimais à l'appeler dans ma tête. Je pouvais sentir mes oreilles s'échauffer de fureur.
Comment pouvait-il en être autrement ? Ben avait réussi en quelques mois ce que personne d'autre n'avait jamais réussi à me faire dans toute une vie. L'année dernière, Ben et moi étions encore des amis. De très bons amis même. On avait même l'habitude de travailler ensemble à la bibliothèque. Jusqu'à ce que je réalise qu'il se servait de moi pour mettre Rachel dans son lit. Il n'avait pas trop aimé que je m'en rende compte, mais je m'en fichais pas mal. Quand je l'avais envoyé balader, parce que je ne suis pas du genre à me laisser manipuler pour blesser mes amies, il m'avait dit des horreurs, profitant du fait que je m'étais confiée à lui pour me faire le plus de mal possible. Et même si j'avais tout fait pour garder la face, j'avais beaucoup pleuré.
Ce type était affreux et ses mots étaient gravés au fer rouge dans ma mémoire. « De toute façon, Rosie chérie, t'as aucune personnalité. Les seuls trucs bien chez toi, tu les as pris aux autres. T'es cool parce que tu traînes avec Davis, t'es populaire parce que t'es la cousine des Potter, t'es cultivée parce que t'es la fille de la Ministre, et tu ressembles trop à ton père avec tes cheveux roux et tes yeux bleus. Mais sans eux, tu ne vaux rien, sans eux, tu ressembles à rien. Je me demande comment tu as pu croire que je voulais traîner avec toi. »
— Alors, Rosie chérie, on travaille dur ?, me demanda Ben, un air faussement intéressé vissé sur face d'hypocrite de merde.
— Qu'est-ce que tu veux Saddler ?, rétorquai-je d'un ton cassant.
— Oula ! Faut pas t'énerver comme ça Rosie…
— Réponds-moi.
Il poussa un long soupir sans doute très travaillé.
— Ah Rosie, je déplore le temps où nous étions amis…
— C'est bien, continue de déplorer.
Je replongeai le nez dans mon bouquin, bien décidée à l'ignorer. Mais j'étais trop énervée et lui bien trop buté pour me laisser tranquille. Quand Ben avait un truc en tête, il ne le lâchait pas. L'année dernière, après que je l'ai envoyé paître, il m'avait harcelée toute l'année, jusqu'à ce que Rachel et James unissent leur force pour l'humilier en public. Ca l'avait calmé.
— Tu voudrais bien me rendre un service, Rosie ?
— Non.
Une lueur mauvaise alluma son regard. Je sus qu'il allait dire un truc horrible avant même qu'il n'ouvre la bouche.
— De toute façon, Rosie, ce n'est pas comme si j'avais vraiment besoin de toi. J'ai juste besoin de ta mère. Mais tu devais t'en douter non ? Puisque tu n'es rien sans elle. La seule chose que tu fais mieux qu'elle, c'est être encore plus stupide. Quoiqu'il en soit, la seule fois où tu as réussi à te rendre intéressante, c'était quand tu traînais avec moi.
Je me levai d'un geste brusque et lui lançai le regard le plus noir dont j'étais capable.
— Tu es tombé bien bas, Ben !
— Oh ? Tu as recommencé à m'appeler par mon prénom, comme c'est gentil !
Je ramassai mes affaires dans des gestes saccadés, pressée de foutre le camp. Ben m'observait en riant à gorge déployée, se félicitant surement de m'avoir, une nouvelle fois, blessée de la sorte. Que faisait donc cette maudite bibliothécaire ?
Lorsque je sortis enfin de la bibliothèque, je m'autorisai enfin à fondre en larmes. De gros sanglots roulèrent le long de ma trachée, me donnant l'impression de suffoquer, comme si une grosse boule était coincée dans ma gorge. J'essuyai mes joues dans un geste rageur. Il était l'heure pour moi d'aller en Métamorphose et c'est donc tout naturellement que j'arrivai dans la cour carrée. Mais quelle ne fut pas ma surprise quand je reconnus, nonchalamment assis sous une arcade en train de croquer dans une pomme bien verte, nul autre que Scorpius Malefoy.
— Merde, il ne manquait plus que ça, lâchai-je d'une voix rendue rauque par mes larmes.
Malefoy me lança un regard étrange, entre la curiosité et une forme de retenue sur laquelle je ne parvins pas à mettre de mots.
— Est-ce que tu pleures ?, demanda-t-il incrédule.
La honte ! Scorpius Malefoy venait de remarquer que je chialais comme une idiote pour une raison idiote. Voilà qui parachevait le bilan de ce début de journée bien merdique en beauté.
— Non.
Ma gorge nouée m'avait trahie. Je faisais une piètre menteuse.
— Si tu pleures !
Son ton sonnait comme une accusation.
— Lâche l'affaire Scorpius, d'accord.
Je n'avais pas remarqué, mais je venais de l'appeler par son prénom pour la première fois.
— Hors de question, dis-moi pourquoi tu pleures, ordonna-t-il, catégorique.
— Non.
— Pourquoi ?
Je répondis sans réfléchir.
— Tu vas te moquer de moi.
— Depuis quand tu te préoccupes de ce que je pense Weasley ?
— Je ne suis juste pas disposée à supporter ta moue suffisante.
— Dis-moi pourquoi tu pleures, je te promets de ne pas me moquer.
Je n'en croyais pas un mot. Pourtant, j'avais vraiment besoin de parler à quelqu'un. Quelqu'un qui serait franc, même si la vérité était moche. Et même si Malefoy avait beaucoup de défauts, j'étais certaine qu'il serait franc.
— Ce n'est pas important.
— Ca doit bien l'être un minimum si ça te met dans cet état.
Je le jaugeai du regard. Etait-il digne de confiance ? Je ne savais pas si c'était à cause de ce très mauvais début de journée, ou bien parce qu'il était la première personne à qui je parlais après l'incident ou bien même en raison de mon instabilité émotionnelle du moment, mais je décidais de lui accorder le bénéfice du doute.
— Ben Saddler m'a dit que je n'étais rien d'autre que la pâle copie de ma mère, en plus ignorante. Il a aussi ajouté que j'étais quelconque et que le seul moment où les gens s'étaient intéressés à moi, c'était quand je le fréquentais. Vas-y tu peux rire, maintenant.
— Je ne rigolerais pas.
Autant de gentillesse de la part du Serpentard, c'était surprenant. Est-ce qu'Albus lui avait raconté ce que Saddler m'avait fait malgré sa promesse de ne rien répéter ?
— Merci.
— Mais tu ne devrais pas accorder la moindre importance à ce que dit Saddler.
— Et pourquoi ça ?
Après tout, avant de devenir cet horrible personnage, Ben Saddler avait été mon ami.
— Et bien, tout d'abord, parce qu'il ressemble à un lamantin atteint de dragoncelle et aussi parce que je suis à peu près certain qu'il n'a eut que trois BUSE, ce qui ne fait pas vraiment de lui une lumière.
Je rigolai.
— Tu sais, ce n'est pas tant parce que c'est lui qui a dit ça – même si ça compte – que ce qu'il a dit. Tu ne sais pas ce que c'est... Ma mère est ministre de la Magie. C'est difficile d'être sa fille. Quoi que je fasse, je suis toujours toujours comparée à elle. Et je sais qu'elle a accompli des choses incroyables : je la respecte et je l'admire pour ça. Mais parfois je voudrais juste qu'on me juge juste pour... moi, celle que je suis vraiment. Les gens ne retiennent que cette partie là. Et je sais que je ne suis pas désirable pour quiconque d'autre qu'un rat de bibliothèque, quelqu'un comme moi, ajoutai-je embarrassée en désignant mon physique affligeant d'un geste de la main.
— Tu ne devrais pas accorder d'importance à ce genre de propos.
— Tu ne sais pas de quoi tu parles.
— Bien sur que si. Je te rappelle que pour la moitié de cette école – et je parle évidemment de la partie dont le quotient intellectuel est négatif – je suis le fils de Voldemort.
— Ca ne remet pas en question ni tes capacités intellectuelles, ni ton physique.
— Je suis tellement parfait ! Il fallait bien qu'ils trouvent quelque chose pour se rassurer.
Malgré moi, j'explosai de rire. J'aurai voulu avoir son assurance.
— Plus sérieusement, reprit-il, ne laisse pas ce genre de critiques t'atteindre. Tout le monde dans ce château, y compris cet idiot de Ben Saddler, sait que tu es une brillante sorcière.
— Tu as oublié de parler de mon physique ingrat.
— Parce que je ne t'ai jamais regardée comme une personne désirable.
— Parce que je ne le suis pas, de toute évidence, dis-je avec amertume.
— Non, parce que tu es la cousine de mon meilleur ami et qu'il m'arrachera la tête si j'envisageai de penser à toi de cette manière, dit Malefoy en roulant des yeux.
— Il n'est pas obligé d'être au courant.
— Quoi ?, lâcha-t-il, complètement incrédule.
Je ne m'attardai pas sur son étonnement et repris l'air de rien.
— Est-ce que tu peux faire, l'espace d'une seconde, comme si j'étais simplement Rose et non pas, Rose-la-progéniture-de-la-ministre ou bien Rose-la-bonne-élève ou encore Rose-la-cousine-d'Albus ? Je voudrais juste savoir à quoi je ressemble sans toutes ces étiquettes.
Malefoy sembla peser mentalement le pour et le contre.
— OK, regarde-moi, se décida-t-il.
J'obéis et rivais mes yeux aux siens. Je n'y avais jamais vraiment fait attention, sans doute parce qu'il s'agissait d'un fait reconnu par toute la population féminine de Poudlard (et qui donc ne méritait pas qu'on s'y attarde), mais Malefoy était vraiment beau. Son regard était toujours intense et il arborait souvent la même expression indéchiffrable qui lui conférait cette aura de mystère que les filles affectionnaient tant. Peut-être était-ce à cause de ses prunelles semblables à Mercure soulignées par d'étonnants longs cils noirs, ou bien à cause de la pâleur de sa peau, voir de sa silhouette athlétique et de ses cheveux blancs qui encadraient parfaitement son visage comme celui d'un mannequin pour une publicité de parfum ; ce qui était certain, c'est que Malefoy n'était pas du genre à laisser indifférent. Plus je le détaillai, plus je prenais la mesure de cette surprenante réalité : je pouvais sentir mes joues irradier comme deux petits soleils, comme toujours lorsque j'étais embarrassée. Et le regard que Malefoy portait sur moi me mettait définitivement mal à l'aise.
Il semblait prendre très au sérieux ma demande et n'avait pas lâché un mot depuis. Je ne savais pas ce que Malefoy voyait mais j'étais à peu près certaine que s'il continuait de me regarder comme ça, ses yeux allaient avaler les miens. Ne pouvant plus supporter la tension que son regard ancrait dans le mien et qui me donnait l'impression d'avoir le ventre en feu et les jambes chargées de plomb, je finis par détourner le regard, au terme d'un immense effort.
Mais il ne sembla pas être de cet avis, puisqu'il se leva de l'arcade sur laquelle il était assis depuis tout à l'heure et emprisonna aussitôt mon menton entre ses longs doigts froid, et dans un mouvement doux mais ferme, me força à le regarder à nouveau.
— J'ai dis regarde-moi.
— Ca fait dix minutes que tu me dévisages sans rien dire. C'est angoissant.
— Tu ne réalises pas comme c'est difficile de détourner le regard une fois qu'on te regarde vraiment, Weasley.
Sa phrase déclencha un frisson dans l'incendie de mon ventre, je vis ses yeux descendre sur mes lèvres et dans la seconde qui suivait, Scorpius Malefoy m'embrassa.
Ce qui n'aurait du être qu'un simple baiser entre un garçon et une fille prit brusquement des proportions beaucoup plus intenses. Nous n'étions pas prêts pour ça, personne ne pouvait s'attendre à une chose pareille. C'était comme si, soudainement, ma bouche était soudée à la sienne, nos souffles devinrent erratiques, pressant. Le désir bouillonnait dans mon bas-ventre alors qu'il fourrageait sa main dans mes cheveux et que je me rapprochai encore de lui, nouant mes mains autour de sa nuque. Je crus mourir d'envie, écrasée par la chaleur qui s'était emparée de mon corps tout entier quand il fit glisser sa langue sur ma lèvre inférieure. D'un mouvement langoureux, sa langue s'insinua dans ma bouche, léchant la mienne avec avidité. Ses mains descendirent vers mes hanches, quittant mon visage et effleurant mes seins, laissant courir sur ma peau un sillon enflammé. Il agrippa mes fesses fermement, pour me rapprocher encore de lui, j'en frémissais. Ses dents effleurèrent soudain ma bouche et un gémissement m'échappa. Je sentis mes oreilles chauffer. Il sourit contre mes lèvres et mordilla franchement celles-ci. Un pur râle de plaisir sortit de ma gorge. Je n'avais qu'un seul souhait : qu'il se fonde dans mon corps. Je rêvais de sentir sa peau contre la mienne. Mais tout à coup, Malefoy s'éloigna, mettant fin à ce baiser trop ardent, trop surprenant, trop tout. Nous avions tous les deux le souffle court.
— Excuse-moi, je n'aurais pas du faire ça.
Sa déclaration, brutale, me vexa. Comment pouvait-il se montrer si adorable puis la seconde d'après, se comporter comme le dernier des connards ?
— Et pourquoi ça ?, aboyai-je.
J'étais déterminée à ne pas le laisser s'en tirer comme ça. Il venait de se passer quelque chose entre nous et il était hors de question qu'il se casse sans plus d'explications. Je ne comprenais pas ce qui venait de se produire. Est-ce que ça lui avait fait le même effet qu'à moi ? Parce qu'il n'était pas normal que j'ai pu prendre une telle claque au figuré sans que lui ne me l'ai donnée : c'était comme si nos corps s'étaient reconnus. Je savais que je ne pouvais pas avoir inventé ça.
— Parce qu'on ne peut pas reprendre ce qui a été fait.
— Tu voudrais reprendre ça ?
J'étais estomaquée. Et s'il voulait signifier de manière polie que ça n'avait pas été aussi explosif pour lui que pour moi ? Je me senti idiote.
— Non, et c'est le problème. Là, tout ce que je voudrais, c'est… Rah ! Tu es la cousine de mon meilleur ami et je suis... Peu importe, je ne peux pas m'engager dans quoi que ce soit.
— Je ne te demande rien du tout.
J'avais bien compris que Malefoy, pour des raisons qui n'appartenaient qu'à lui et qu'il n'avait manifestement pas envie de partager avec moi, ne pouvait et ne voulait pas s'engager dans une quelconque situation sentimentale et avec qui que ce soit. Mais il ne s'agissait heureusement pas de sentiments.
— Et si un jour tu le fais ?, protesta-t-il avec colère.
— Ca n'arrivera pas.
Peu importe de quoi il s'agissait, j'étais déterminée à aller jusqu'au bout.
— Mais si ça arrive, justement ?
— T'es vraiment arrogant.
— Répond-moi s'il-te-plaît.
— Il n'y a aucune chance que ça arrive. T'as tous les défauts du monde.
— Hormis celui d'être un mauvais coup.
Je ne retins pas un ricanement. Il eût un regard mauvais.
— Bon, et toi ?, contre-attaquai-je.
— De quoi moi ?, s'étonna-t-il.
— Qu'est-ce qui me garanti que toi tu ne vas rien me demander ?
Malefoy n'aurait pas réagi différemment si je venais de lui annoncer que j'étais en réalité un homme tant il était abasourdi. L'égo de ce type ne connaissait-il donc aucune limite ?
— Aucune chance.
— Tu es vexant.
— Dit celle qui vient de me qualifier de gros con arrogant.
— Tu l'es.
— Oui. Mais je suis à peu près sur et certain que tu seras bientôt très contente de ce que le gros con arrogant va te faire.
Il avait une telle manière de dire les choses ! Je me sentis irradier. Comment de simples mots pouvaient-ils m'exciter à ce point ? Etaient-ce réellement les mots ? Ou le fait que ce soit lui qui me les dise ? Je chassais cette pensée horriblement gênante. Considérer que Malefoy me faisait de l'effet était suffisamment embarrassant comme ça pour en rajouter une couche.
— Donc tu vas finalement le faire, conclus-je, tentant de masquer la joie que me procurait une telle idée.
— Je crois qu'avec ce qui vient de se passer, tant que je ne fais rien, je serais comme un fou.
— Hum.
— Quoi ?
— Tu ne m'as pas demandé si j'étais d'accord.
— Jusque là, j'avais l'impression que tu l'étais, railla-t-il.
— Et si je ne l'étais pas ?
Il avait un peu trop tendance à me prendre pour acquise quand même. Il leva les yeux au ciel et prit mon visage en coupe avant de m'embrasser une nouvelle fois. Une bulle de chaleur explosa dans mon ventre, réchauffant chaque parcelle carrée de ma peau du bout de mes orteils jusqu'au sommet de mon crâne. Cette fois, instinctivement, mes mains agrippèrent ses cheveux, tirant dessus. Ses doigts descendirent sur mes bras, effleurèrent ma taille, empoignèrent ma cape pour me rapprocher de lui. Je passai ma langue sur ses lèvres et je le sentis esquisser un sourire avant d'ouvrir la bouche et de joindre sa langue à la mienne, la caressant avec une insupportable lenteur. Malefoy mit fin au baiser beaucoup trop tôt, mais son front ne quitta pas le mien. J'étais essoufflée.
— Tu vois bien que tu l'es, me nargua-t-il alors.
Son regard m'éblouissait et j'avais peur qu'il s'en rende compte.
— Tu as fait ça uniquement pour me le prouver ?
Je n'avais pas pu empêcher ma voix de trembler.
— Et je recommencerais cent fois s'il le faut.
— Alors je crois que tu as des choses à me prouver.
Il explosa de rire.
— Tu es beaucoup trop gourmande Weasley !
— Et toi trop radin, ronchonnai-je.
Malefoy émit un rictus goguenard.
— Tu es vraiment d'accord avec ce qui se passe ?, me demanda-t-il alors, soudain très sérieux.
— Oui.
— Tu es absolument certaine d'être d'accord avec ça ? Il faudra n'en parler à personne tu sais.
— Je t'ai déjà dit que je l'étais. Mais si toi tu ne l'es pas, c'est le moment de me le faire savoir, rétorquai-je avec aplomb.
Étais-je réellement en train de faire ce que je pensais que j'étais en train de faire ? Etais-je en train de négocier un plan cul avec Scorpius Malefoy ? Mais qu'est-ce que je foutais putain ?!
Le sourire qu'il arbora illumina son visage. Jamais je ne l'avais vu sourire ainsi.
— Tu plaisantes ? Je n'attends que ça !
Outre l'incendie que sa déclaration provoqua dans mon ventre, une flopée de questions défila dans mes pensées. Il semblait bien que j'allais coucher avec Malefoy. Est-ce que ça allait arriver maintenant ? Nous étions en plein milieu du couloir ! Et puis zut : j'avais mes règles ! Comment ça allait arriver ? Est-ce que ça allait se reproduire ? La sonnerie de l'école mit fin à mon questionnement intérieur. Malefoy me regarda d'un air penaud.
— Je pense qu'on va devoir mettre fin aux réjouissances avant leur commencement, dit-il, sinistre.
— On se retrouve après les cours ?, suggérai-je, pleine d'espoir.
J'eus envie de me frapper pour avoir l'air aussi niais.
— On verra, je t'envoie un hibou.
— OK.
Je n'étais pas du tout OK. Je savais que j'allais attendre son hibou toute la sacro-sainte journée et ça me déplaisait que Malefoy me mette dans une position d'attente, de faiblesse. Mais pour une raison obscure, je ne lui en parlais pas. Il y avait au moins un point positif à tout ça : j'avais complètement oublié Ben.
J'arrivai en cours de Métamorphose toujours aussi hébétée, prenant place à côté de Rachel. Cette dernière me parlait mais je ne l'écoutais pas. Au bout d'un moment, voyant que je l'ignorais elle s'enfonça dans sa chaise avec un air renfrogné. J'étais encore complètement sonnée. Je venais d'échanger un baiser avec Scorpius Malefoy. Scorpius Malefoy. Putain de merde. Putain de bordel de merde. Mais qu'est-ce que ça voulait dire ? Le pire c'était même pas le baiser en lui-même. Que ce soit lui qui m'embrasse, ou moi, ou nous deux, ça n'avait eût aucune importance. Ce n'était pas non plus le fait que c'était Scorpius Malefoy, même si, en soit, ça comptait quand même : j'avais embrassé le type qui avait pris un malin plaisir à passer les dernières semaines à me torturer et m'humilier, en matière de dignité, on faisait mieux. Non, le pire ce n'était rien de tout ça. Le pire c'était que j'avais aimé ça.
J'avais même tellement adoré que je n'avais qu'une seule envie : recommencer. C'était en train d'accaparer toutes mes pensées. La façon dont il m'avait touchée, dont ses lèvres s'étaient mouvées sur les miennes, sa manière de passer de la douceur à la brutalité… Heureusement que j'étais sagement assise autrement je me serais écroulée au sol tellement mes jambes tremblaient. Je m'admonestai une gifle mentale.
J'eus honte de moi-même. Qu'est-ce qui me prenait ? Depuis quand étais-je une pauvre petite adolescente complètement guidée par ses hormones ?! J'avais un cerveau, je devais tout de même être capable de m'en servir en toutes circonstances. Un frémissement de colère s'empara de moi. Si Malefoy s'imaginait que j'allais devenir sa petite chose fragile qu'il pouvait baiser à volonté, il rêvait ! Il avait profité de moi pendant un moment de faiblesse.
« C'est même pour ça que tu attends avec impatience qu'il recommence ! », susurra une voix perfide au fin fond de ma conscience. Ca alors : j'avais ma propre voix off ! Je la relayais dans un coin de mon esprit, peu désireuse de m'attarder là-dessus. Le cours s'acheva au même moment, m'offrant la distraction dont j'avais besoin. Je n'avais strictement rien écouté à celui-ci ce qui me paniqua aussitôt : vu comment j'avais ignoré Rachel elle refuserait catégoriquement de me prêter ses notes. J'allais donc déjeuner dans la Grande Salle avec un nœud à l'estomac. J'avais besoin de ces notes pour ne pas échouer à l'examen ! Rachel continuait de me bouder, me suivant en silence tout en me lançant des regards noirs.
Le nœud que j'avais à l'estomac se resserra quand je vis Albus se diriger vers nous, escorté de Malefoy et Donovan. Merlin. Merlin. Merlin. Comment réagir ? Est-ce qu'il allait faire comme s'il ne s'était rien passé ? C'était stupide que je me pose la question. Je connaissais très bien la réponse. Ma voix off choisit ce moment pour sortir de sa cachette « la véritable question, c'est est-ce que tu veux qu'il fasse comme s'il ne s'est rien passé ? ». J'eus soudain une idée pour récupérer mes notes et je me frappai le front avec le plat de ma main tellement c'était évident. Ce baiser m'empêchait de réfléchir convenablement, c'était horripilant.
— Albus est-ce que tu pourrais me passer tes notes de Métamorphoses s'il-te-plaît ?
Albus et Rachel m'observèrent la bouche grande ouverte, choqués. Bah quoi ?
— Qu'est-ce qu'il y a ?, fis-je inquiète.
Si Al n'avait pas pris le cours en notes, j'allais vraiment être dans la merde pour les examens de fin d'année.
— Tu n'as pas suivi le cours Rose ?, nota Albus, décidément très surpris.
— Toi ?, surenchérit Rachel tout aussi outrée.
J'eus le malheur de croiser la figure de Malefoy au même moment. Il arborait un sourire victorieux que j'eus immédiatement envie de lui faire ravaler. Mais au lieu de lui lancer un regard assassin, je rougis.
Putain la honte !
— Qu'est-ce qui t'arrive, Rose ? T'avais l'air vachement préoccupée pendant le cours, mais quand même, de là à ce que tu ne prennes aucune note…, dit Rachel d'un ton soucieux.
Et moi qui pensais qu'elle m'en voudrait à mort de l'avoir ignorée ! Finalement je me demandais si je n'aurais pas préféré qu'elle me boude. En face de moi, Malefoy me vrillait du regard, visiblement très intéressé par ce que j'allais répondre à mes amis.
— Il se passe rien du tout, t'inquiète, coupai-je.
— Rose…, commença Albus l'air de dire « on ne me la fait pas à moi ».
Je l'interrompis tout de suite.
— Ecoute Albus, ne me pose pas de question et je n'aurais pas à te mentir ok ?
Malefoy haussa un sourcil intrigué mais ne fit aucune remarque. Encore heureux. Donovan lui, ignorait totalement le drame qui se déroulait sous ses yeux, bien trop occupé à dévorer son assiette.
— Donc il y a bien quelque chose, conclut Albus.
— Est-ce que tu voudras bien me passer tes notes s'il-te-plaît ?
Al poussa un long soupir et plongea sa main dans son sac avant d'un sortir un paquet de parchemins. Au moment où j'allais avidement m'en emparer, il ramena les feuilles vers lui, les soustrayant à ma prise. Je fronçai les sourcils. Qu'est-ce qu'il voulait encore ? Mon bras retomba mollement contre mon flanc.
— S'il se passe un truc grave, tu nous en parlerais, n'est-ce pas Rose ?
— Evidemment.
— Tu promets ?
— Oui, promis.
Et en regardant Malefoy droit dans les yeux, j'ajoutai :
— Mais ne t'inquiète pas, j'ai la situation sous contrôle.
Malefoy me rendit mon regard avec un sourire narquois. Je pouvais presque lire dans ses yeux « je t'attends Weasley ». Une chose était sure : Malefoy ne perdait rien pour attendre et j'étais bien déterminée à le lui montrer.
Car moi aussi, je l'attendais. Sauf que je n'étais pas très patiente.
NOTE DE FIN DE CHAPITRE :
Je dois vous avouer que pour certains passages, j'ai eus beaucoup de mal à écrire ce chapitre... Toujours est-il que pour des raisons relativement évidentes, j'attends avec beaucoup d'appréhension vos retours sur ce chapitre. J'espère ne pas vous avoir déçus, des bisous !
