Chère Miss Weasley, puisque vous semblez préférer faire exploser des chaudrons plutôt que de simplement les vider de leur contenu, votre retenue consistera à nettoyer tous les chaudrons que des potions ratées ont endommagés. Bien entendu, cette retenue s'effectuera sans l'aide de votre baguette. Je vous attends dans mon bureau à vingt heures.

Paul Gowan,

Professeur émérite de Potions dans l'école de Sorcellerie Poudlard, trois fois détenteur du titre de potionniste anglais, et auteur des Potions cambodgiennes illustrées.

Weasley,

Vingt heures ce soir devant la statue de Gregory Le Hautain. Ne soit pas en retard.

S. Malefoy.

Oh putain. Ca sentait mauvais ça. Très mauvais. Ca sentait l'embrouille à plein nez. L'embrouille qui puait. Je n'avais pas le don d'ubiquité par Merlin. Ma retenue tombait au même moment que mon rendez-vous avec Malefoy. Rendez-vous que j'attendais et appréhendais depuis le matin. Je ne pouvais décemment pas sécher ma retenue. M. Gowan n'était pas connu pour sa patience. Si je n'y allais pas, j'aurais sans doute une autre semaine de retenue et tout cela n'annonçait rien de bon. Je fixai avec hébétude chacun des deux parchemins que je tenais dans mes mains, au bord de la crise de nerf. De toute façon, pour Malefoy c'était un peu mort : j'avais mes règles. Le mieux, et je le savais, c'était d'aller à ma retenue et de reporter mon entrevue avec le blondinet albinos.

Je craignais la réaction de Malefoy néanmoins. Je ne pouvais pas lui envoyer un parchemin pour le prévenir, j'étais déjà en train de dîner et supposée être dans le bureau de mon professeur dans vingt minutes. Et la volière était trop loin. Je ne pouvais pas non plus lui faire passer un message puisque personne ne devait savoir qu'on s'apprêtait à fricoter ensemble. Et puis merde, s'il osait se plaindre que je lui avais posé un lapin, je lui rappellerais que c'était avant tout sa faute si j'étais en retenue pendant deux semaines, et qu'il n'avait qu'à s'y prendre plus tôt pour me donner rendez-vous et surtout, qu'il aurait pu me demander mes disponibilités ! Il n'avait pas à m'imposer ni l'horaire, ni le lieu de la sorte. Ca lui ferait les pieds. Je n'étais pas à sa disposition punaise !

Rassérénée par ma petite minute d'auto-persuasion, je m'autorisai un petit soupir de soulagement. Je jetai un coup d'œil discret à la table des Serpentard, où Albus mangeait ce soir. Au même moment, je croisai le regard acier de Malefoy qui me cloua sur place. J'eus l'impression d'être en apnée, et qu'on cherchait à séparer mon âme de mon corps. C'était sûrement à ça que devait ressembler un baiser de Détraqueur. Une main se posa sur mon avant-bras, je sursautai et rompis le contact visuel, me tournant vers la propriétaire de ladite main. Rachel m'observait, un air soucieux peint sur ses traits.

— Rose ? Tu ne manges pas ? Tu es malade ?

— Hein ? Si si.

Je pris une grande cuillère de porridge pour ponctuer ma déclaration. J'étais cependant encore trop distraite – et stressée – pour accorder à mon repas toute l'importance qu'il méritait. Après avoir mangé, je pris donc tout naturellement la direction des cachots, la mort dans l'âme, pour aller effectuer cette fichue retenue. Rachel me retint.

— Bah Rose, où est-ce que tu vas ?

— J'ai ma retenue ce soir, lui rappelai-je d'une voix sombre.

Son visage s'éclaira et elle m'offrit un sourire compatissant. Je savais qu'elle devinait comme c'était pénible pour moi que ma réputation de Préfète parfaite soit entachée de la sorte. J'avais honte de moi. Mes parents y avaient veillés.

— T'en fais pas, ça va bien se passer, me rassura-t-elle. Parfois, on s'amuse même pendant les retenues !

Je haussai un sourcil, pas convaincue pour une noise. Mais après tout, Rachel était régulièrement punie, elle en savait bien plus que moi sur le sujet.

— Oui, enfin, surtout si tu fais ta retenue avec quelqu'un en fait, ajouta-t-elle dans un petit rire.

Elle m'embrassa sur la joue et me prit dans ses bras. Rachel était trop tactile et elle oubliait parfois que je ne l'étais pas du tout. Pas. Du. Tout. J'avais arrêté de respirer. En fait, je me retenais de hurler et de fuir en courant : je savais qu'elle le prendrait mal. Au bout de combien de temps je pouvais lui demander d'aller se faire voir sans que cela ne soit trop malpoli ? Finalement, n'y tenant plus, je la repoussai.

— Rachel, ne refais plus jamais ça, dis-je en faisant les gros yeux.

Elle eut un sourire carnassier et s'avança vers moi les bras tendus, les yeux mi-clos et la bouche en cul de poule.

— Rosie chérie, viens embrasser tatie Danielle, clama-t-elle en rigolant.

Je ris à mon tour.

— Arrête ça, sinon je fournis James en farce et attrapes !, la menaçai-je.

Elle s'arrêta immédiatement et me lança un regard exagérément horrifié.

— Tu n'oserais pas faire ça à ta meilleure amie ! Non ? Si… Tu es machiavélique, Rosie.

Je lui tirai la langue, et cette fois-ci, je me dépêchai d'aller dans les cachots avant d'être en retard. J'arrivai donc devant le bureau de Mr Gowan complètement essoufflée et le cœur battant. J'allai frapper contre la porte mais celle-ci s'ouvrit brusquement sur le professeur de Potions au moment où mon poing allait s'abattre.

— Vous avez failli être en retard Mrs Weasley, commença-t-il d'un ton cassant, merci à l'avenir de vous rappeler que les retenues ne sont pas négociables. Vous effectuerez celle-ci avec Mr Finnigan. Donnez-moi votre baguette.

Rougissante et mortifiée, j'obéis. Arthur Finnigan sortit à la suite de Mr Gowan et me fit un clin d'œil. On rejoignit le cachot en silence, sous la surveillance sévère de notre professeur. J'avais l'impression que mes jambes pesaient une tonne et que je me rendais sur ma potence. Arthur, lui, foulait le sol comme s'il effectuait une parade royale. Son assurance m'impressionna et m'insuffla un peu de courage. J'étais une Gryffondor que diable et ce n'était sûrement pas deux petites semaines de retenues à récurer des chaudrons qui allaient m'abattre ! Mon enthousiasme retomba comme un soufflé au fromage quand Mr Gowan nous montra la montagne de chaudrons qu'on devait nettoyer. Puis, il s'en alla en sifflotant.

Je regardai Arthur, sidérée.

— Il s'en va ?, m'étonnai-je.

— C'est ta première retenue, Rose ?, demanda-t-il, très surpris.

Je haussai des épaules d'un air que j'espérai nonchalant.

— Oui, avouai-je un petit peu penaude.

Arthur ne fit aucun commentaire désobligeant et je lui en fus très reconnaissante.

— Gowan ne reste jamais pendant les retenues. Il préfère aller boire son bourbon tranquille dans son bureau, m'expliqua Arthur.

— Donc personne ne nous surveille ?, fis-je incrédule.

Arthur émit un sourire amusé que je ne m'expliquai pas.

— Ne te réjouis pas trop vite, quelqu'un passera plus tard pour vérifier qu'on fait bien notre boulot et nous redonner nos baguettes. Sûrement le concierge ou un préfet.

Je hochai la tête pour faire signe que je comprenais et, d'un accord tacite, nous nous mîmes silencieusement au travail. C'était un travail physique, salissant, désagréable mais je pris la décision de ne pas m'en plaindre une seule seconde. L'auto-apitoiement, c'était une perte de temps. A la place, je fomentais une revanche digne de ce nom auprès de Malefoy. Après tout, ce n'était pas parce qu'on s'était mis à quoi ? Fricoter ? Pff, on pouvait à peine appeler ça comme ça. Nous n'avions échangé que deux baisers de rien du tout. Bref, ce n'était pas parce qu'on avait trouvé un semblant de terrain d'entente que j'allais pour autant renoncer à lui faire payer ses coups bas.

Je n'oubliais pas que j'étais ici à cause de lui. Que je m'étais pris la soufflante de ma vie, à cause de lui. C'était comme si, depuis qu'il m'avait sauvé la vie, un mois plus tôt, il cherchait à tout prix à contrebalancer ça en me faisant les pires crasses possibles. A croire qu'il regrettait de l'avoir fait. Je chassais immédiatement cette pensée. Malefoy était beaucoup de choses, mais j'étais finalement certaine qu'il n'était pas du genre à être capable de désirer la mort de quelqu'un. Evidemment, ça ne l'empêchait pas d'avoir son côté casse-couilles.

Il pouvait toujours prétendre qu'il n'avait aucune rancune ni aucune animosité à mon égard, ses actes le contredisaient. Il ne s'était pas caché pour avoir fait exploser le chaudron, ni pour me pendre par les pieds, et j'étais certaine que quand mes cheveux avaient soudainement pris feu la semaine dernière, c'était à cause de lui. Idem pour toutes mes chutes inexpliquées ces derniers jours ou bien la teneur particulièrement élevée en sodium de tous mes plats. Ces petites attaques étaient sournoises et portaient sa signature, j'en étais certaine. Je n'avais parlé de mes soupçons à personne. Rachel m'aurait sorti une hypothèse farfelue dégoulinante de guimauve et je craignais un peu la réaction d'Albus : il détestait tellement que Malefoy et Donovan ne s'entendent pas avec nous, j'avais peur d'envenimer la situation en lui confiant mes doutes.

Je pouvais demander à Hagrid s'il avait des Niffleurs pour les introduire dans le dortoir de Malefoy. L'idée me fit sourire. J'imaginais sans peine la réaction horrifiée de Malefoy en découvrant son baldaquin saccagé et tous ses petits trésors dans les poches d'une adorable et diabolique créature. Visiblement mon rictus malveillant interpella Arthur puisqu'il s'interrompit dans son travail pour me dévisager et me donner un coup de coude.

— Pourquoi tu ricanes Rose ? Tu viens de penser à un truc cochon ?

Je fronçai les sourcils.

— Bien sûr que non.

— Alors qu'est-ce qui se passe dans ta jolie petite tête ?

J'ignorai son compliment et me demandai vaguement si je pouvais compter sur Finnigan pour tenir sa langue. Je ne le connaissais pas très bien, mais il pouvait être utile. Pour lui avoir moi-même souvent retiré des points, je savais qu'Arthur prenait plutôt à la légère le règlement de l'école, sans pour autant être un trouble-fête à la hauteur de James ou Rachel. Et entre causeurs de trouble, la règle numéro une n'était-elle pas de ne pas être une balance ? Sans trop y songer plus encore, je me lançai.

— Hum… N'en parle à personne, mais, disons que dans un cas hypothétique où quelqu'un fait délibérément une bêtise et s'arrange pour que tu sois puni à sa place, qu'est-ce que tu ferais pour te venger ?

— Dans un cas purement hypothétique hein ?, me charria-t-il pas dupe pour une noise.

— Assurément, très hypothétique, approuvai-je, tout sourire, en rentrant dans son petit jeu.

Arthur releva la tête et se gratta le menton avec sa main propre (l'autre étant plongée dans un chaudron au contenu d'un verdâtre visqueux) en réfléchissant.

— Je ne sais pas trop en fait, ça dépend jusqu'où la personne est prête à aller dans sa vengeance… ?

— Oh jusqu'au bout, assurément, dis-je avec conviction. Tant que ça ne devient dangereux pour personne.

— Ah, donc j'imagine qu'il faut éliminer la torture physique dans ce cas, dit-il, nonchalant.

Il n'était pas sérieux quand même ?

— La torture physique ?!

— Oui. Par exemple, tu arraches les yeux de la personne et tu chies dans les trous.

Choquée, je me pétrifiai. Arthur agita sa main devant mon regard éteint.

— Rose. Rose !, m'interpella-t-il.

Je sortis de ma torpeur et le fixai.

— Je plaisantais tu sais, rigola-t-il en se passant sa main valide dans les cheveux d'un geste nerveux.

Lui peut-être, mais moi, non. Jamais je ne me serais abaissée à faire quelque chose d'aussi… trivial, même en pensée. Finalement, Arthur était nul pour trouver des idées de vengeance. Il sembla se rendre compte de ma déception car il m'adressa un sourire contrit avant de reprendre son récurage de chaudron. Super, j'avais plombé l'ambiance. Un sentiment de malaise me noua les entrailles.

On passa le reste de la retenue dans le silence le plus complet. Puis enfin, vers vingt-trois heures, un préfet de Serdaigle dont j'avais oublié le nom vint nous voir. Il nous remit nos baguettes magiques et nous raccompagna jusqu'au portrait de la Grosse Dame.

Je m'écroulai dans mon lit, morte de fatigue et courbaturée mais l'imagination tournant à plein régime. Rachel me réveilla le lendemain. J'étais tellement engourdie de sommeil que je n'avais pas entendu le réveil du dortoir sonner. Je me traînai avec ma meilleure amie pour aller prendre notre petit déjeuner avant d'entamer cette nouvelle journée de cours.

C'est en voyant qui était attablé en face d'Albus à notre table que les souvenirs de la veille me revinrent en pleine face, à la vitesse d'un boomerang. Aussitôt je me raidi et Rachel, qui avançait derrière moi, me rentra dedans. Elle ne regardait donc jamais où elle mettait les pieds ?

— Rose ?, m'interrogea mon amie.

Je l'ignorai et repris ma marche funèbre, le ventre noué. J'avais fait faux bond à Malefoy et même s'il le méritait, j'avais peur de sa réaction. Je n'étais clairement pas prête à payer les pots cassés. Ca ne rata pas. Quand il me vit m'installer à côté d'Albus, et donc en face de lui (putain mais quelle idée de me mettre en face de lui sérieusement ?), il me fusilla du regard. Je déglutis.

— Salut les filles !, lança joyeusement Albus.

Pourquoi, par Merlin fallait-il qu'Albus soit aussi enjoué le matin ?

— 'jour, marmonnai-je en me servant une tasse de thé et en évitant les prunelles incendiaires de Malefoy.

Plus vite j'aurais mangé, plus vite je pourrais me casser.

— Elle n'a pas beaucoup dormi, j'entendis Rachel expliquer à voix haute. Elle est rentrée super tard hier soir. Je dormais déjà.

Je me tournai vers elle, et ma voix off me souffla que Rachel parlait de moi. Visiblement Albus lui avait posé une question silencieuse puisqu'il me regarda avec compassion. Malefoy, lui, fronça les sourcils, intrigué à mort. D'habitude il dissimulait mieux ce qu'il pensait. Je retins un ricanement moqueur. Il devait brûler de curiosité et se demander pourquoi diable j'avais aussi peu dormi.

— Donovan n'est pas là ?, demanda poliment Rachel.

De toute évidence, elle voulait montrer à Albus qu'elle faisait des efforts. Celui-ci arbora d'ailleurs un sourire triomphant.

— Bibliothèque, expliqua mollement Malefoy, de toute évidence blasé par le comportement de son ami.

— Comment ça s'est passé hier soir Rose ?, m'interrogea Albus sans dissimuler un sourire railleur que j'eus immédiatement envie de lui faire ravaler.

— J'étais avec Arthur Finnigan. C'était dégoûtant.

— Finnigan est pourtant sympathique, je ne vois pas ce qu'il y a de dégoûtant.

Rachel explosa de rire

— Je parlais des chaudrons Albus. Finnigan est sympa. Il a une imagination…euh, débordante, ajoutai-je en repensant à l'idée qu'il se faisait de la torture physique.

En face de moi, le regard de Malefoy s'était allumé : il venait sans doute de comprendre pourquoi je l'avais laissé en plan. J'eus un rictus mauvais et aussitôt, il redevint aussi fermé qu'une huître. Je perdis immédiatement mon sourire. Malefoy avait le don se renfermer sur lui-même en arborant cet espèce de masque d'impassibilité qui le rendait aussi abordable qu'une porte de prison. Pourquoi est-ce qu'il faisait tout le temps ça sérieux ?

— Maintenant que tu te transformes en petite délinquante, je vais pouvoir faire plein de bêtises sans que tu me menaces ?, me demanda Rachel sur un ton qui ne trompait personne.

Son frère Thomas choisit cet instant pour s'asseoir à côté d'elle, la Gazette du Sorcier sous le bras. Il avait aussi un magazine de magie scientifique dont il marqua la page avant de le ranger dans son cartable. Ma curiosité était piquée. J'étais passionnée de magie scientifique.

— Weasley tu te transformes en délinquante ?, commenta Thomas Davis à mon intention.

— Non, m'indignai-je. Et plutôt que de parler de mon hypothétique basculement du côté obscur, surveille ta sœur, Davis. Elle croit que parce que je me suis prise deux semaines de retenues, ça l'autorise à faire n'importe quoi.

Ma meilleure amie me lança un regard noir auquel je répondis en faisant une grimace. Albus arborait son éternel air d'indifférence narquoise. Oui, l'indifférence peut être narquoise.

— C'est vrai Rachel ?, fit Thomas d'un ton sévère.

Rachel se ratatina sur place et baragouina des explications inintelligibles. Thomas lâcha un soupir peu convaincu et se beurra un toast en silence. L'expression faciale de Rachel me hurlait en plein visage en énorme « TRAITRESSE ». Je m'en fichais, j'étais parvenue à détourner les moqueries de mes amis sur mes retenues.

— Tu lis Sciences Magiques, Davis ?, demanda alors Malefoy à Thomas, faisant probablement référence au magasine que Thomas avait rangé dans son sac quelques minutes plus tôt.

L'intéressé se tourna vers le Serpentard, une lueur un peu folle dans le regard. Rachel se tapa le front avec le plat de sa main.

— Oh putain, c'est parti pour une heure de charabia inintéressant.

Davis ignora royalement sa sœur – je ne l'avais jamais vu faire une chose pareille.

— Oui ! Toi aussi ?, s'exclama-t-il avec enthousiasme.

Depuis quand Thomas Davis était-il aussi fougueux ?

— Vous avez lu l'article sur l'avancée de la théorie de la physique magique quantique de la semaine dernière ?, fis-je à mon tour, avec passion.

— Evidemment, nous répondit Malefoy d'un air las, presque supérieur.

— Il va y avoir une exposition à l'Observatoire magique pendant les vacances de Noël, précisa Thomas.

— Non, c'est une conférence, rectifiai-je. Ma mère a déjà pris nos billets.

— Pourrie gâtée, tacla Malefoy.

Thomas me regarda avec envie, alors que Malefoy semblait juste écœuré. Je savais que les places étaient très chères, limitées et que Thomas avait peu d'argent. Je pouvais sûrement m'arranger avec ma mère pour pouvoir l'inviter. Après tout, elle était Ministre de la Magie, elle se devait aussi d'aider les classes défavorisées à s'en sortir ! Il fallait bien qu'elle montre l'exemple de temps en temps.

— Je t'invite Thomas si tu veux, proposai-je. Ce sera plus sympa de partager ça avec quelqu'un de mon âge. A chaque fois que ma mère se rend dans un lieu public tout le monde l'accapare et elle se met à serrer de tas de poignées de mains.

— Je ne veux pas abuser, Rose, me confia Thomas mais sa phrase jurait avec l'enthousiasme qui brillait dans ses yeux.

— Ne fais pas l'idiot et accepte, rétorqua Rachel.

Thomas sourit et capitula.

— D'accord.

— Et moi ? Je ne suis pas invité ?, s'enflamma Malefoy.

— Non, répondis-je avec humeur.

Et puis quoi encore ? Mais Malefoy ignora ma remarque pour enchaîner directement avec le contenu de l'article en question. Jamais je n'aurais pensé que Malefoy était lui aussi passionné par le sujet. On entama tous les trois un débat animé pour savoir si oui ou non il y avait plus de protons ou bien plus de neutrons dans les atomes magiques. Davis soutenait qu'il y avait plus de protons tandis que Malefoy et moi pensions le contraire. C'était étrange d'être d'accord avec Malefoy et de faire, en quelque sorte, équipe avec lui. Le plus surprenant c'était que nos pensées avaient suivies le même cheminement et que donc nos arguments s'enchaînaient avec une logique imparable. Au bout d'un moment, Thomas s'avoua vaincu et baissa les bras, non sans nous conseiller de relire l'œuvre du Dr Planck avant d'affirmer avec autant de véhémence nos soi-disant contre-vérités.

— Ce n'est pas que je voudrais vous arrêter dans votre petit délire d'intellectuels, mais c'est l'heure d'aller en cours les enfants, nous interrompit Albus, qui, de toute évidence s'étouffait de bonheur de nous voir discuter ensemble sans se sauter à la gorge.

La Grande Salle était effectivement presque vide. On obtempéra tous en silence, en nous adressant des sourires complices – enfin surtout moi et Thomas parce que Malefoy était comme à son habitude, froid et distant. Je commençai ma journée par un double cours de Métamorphose avant le double cours de Potions. Après l'incident qui m'avait valu deux semaines de retenues, je me demandais vaguement si Mr Gowan allait persister à me mettre en binôme avec Malefoy.

« Et si c'était pour ne pas être en binôme avec toi que Malefoy avait fait ce coup bas !? », s'exclama alors ma voix off, déclenchant de désagréables palpitations dans ma poitrine. Non, tout de même pas. Il ne pouvait pas me détester à ce point. Je ne lui avais rien fait, après tout. Putain pourquoi je me prenais la tête avec ça, sérieusement ? Malefoy ne méritait pas mes questions existentielles.

Le cours de Métamorphose fut tellement génial que j'en oubliais toutes mes préoccupations au sujet de Malefoy, bien trop amusée à modifier la structure génétique de la souris en face de moi. A la fin de l'heure, je fus la seule à avoir réussi le sortilège et à avoir récolté autant de points. Un sentiment de fierté me fit bomber le torse, et je rejoignis les cachots d'un pas guilleret.

Ma joie disparut instantanément en entrant dans le cachot. Mr Gowan me lança un regard foudroyant et m'indiqua d'un geste de me rendre à côté de Malefoy, à ma place habituelle. « Bon, si Malefoy voulait t'évincer, c'est râpé, ça lui fera les pieds. », commenta ma voix off. Pour une fois, j'étais d'accord avec elle.

— Je compte sur vous, Miss Weasley, pour ne pas transformer ce cours en scène de crime, me suis-je bien fait comprendre ?

J'acquiesçai piteusement, mais en réalité, je bouillonnai de colère. Il exagérait quand même. Ce n'était qu'un chaudron et hormis l'arcade sourcilière de Malefoy qui arborait à présent une belle cicatrice – il n'y avait pas eut tant de dégâts que ça. Je lançai un regard noir à Malefoy mais il resta imperturbable et commença à prendre des notes, visiblement Gowan avait tellement peur que je fasse des miennes qu'il avait imposé un cours théorique.

Malefoy prenait des notes avec soin sur les propriétés de la pierre de lune, recouvrant ses parchemins d'une écriture soignée, penchée, élégante. J'eus une moue piteuse en regardant mes pattes de mouches qui s'étalaient dans leur charabia. Bon, je restais la meilleure de ma promotion, suivie de très près par Rachel qui avait engagé un genre de compétition avec James dès notre première année.

Les deux heures passèrent super lentement et je ne fus pas surprise, à la fin du cours, de voir Malefoy quitter la pièce comme s'il avait la mort aux trousses. Fatiguée, je mis un temps fou à ranger mes affaires. Rachel et Albus, qui m'attendaient, s'impatientaient en roulant les yeux dans ma direction.

— Allez-y sans moi, les gars, lançai-je, je vous rejoins plus tard, les libérai-je.

— C'est maintenant que tu nous le dit ?, râla Rachel.

Je lui adressai mon majeur et elle me fit un clin d'œil. Albus leva les yeux au ciel, probablement fatigué de nos petits délires. Puis ils s'exécutèrent. A peine eussé-je fais un pas en dehors du cachot que mon sac se déchira, répandant tout son contenu au sol. Un sac tout neuf ! Parchemins, livres et bouteille d'encre s'étaient éparpillés dans un joyeux capharnaüm dans un bruit sourd. Dépitée, je me penchai pour tout ramasser. Malefoy surgit devant moi à cet instant, et, prise au dépourvue, je manquai de peu la crise cardiaque.

— Ca va pas de surgir comme ça ? Tu m'as fait une peur bleue !, l'accusai-je.

— Ce n'est tout de même pas de ma faute si tu es aussi peu attentive, rétorqua-t-il calmement.

— C'est toi qui viens de déchirer mon sac ?, fis-je suspicieuse.

C'était tout à fait son genre. Il esquiva la question. C'était donc lui.

— Il faut que je te parle.

— Grand bien te fasse, je n'ai rien à te dire, taclai-je, vraiment agacée par son comportement et esquissant un mouvement pour partir, mes livres sous le bras. Il ne m'avait même pas aidé à ramasser mes affaires, ce cognard.

Il me rattrapa aisément en deux trois grandes enjambées – j'avais oublié qu'il était aussi grand.

— Tant pis pour toi, tu vas quand même m'écouter, ordonna-t-il, autoritaire.

Je haussais les sourcils.

— Tu vas immédiatement arrêter de me parler sur ce ton Malefoy si tu veux que je t'écoute !, protestai-je sèchement.

Il s'empourpra de colère mais ne fit pas la bêtise se surenchérir. Il serra et desserra les poings avant de reprendre.

— Je t'ai longtemps attendu hier soir, commença-t-il d'une voix qui puait/suintait le reproche.

Mais je le coupais immédiatement, la colère faisant vibrer ma voix.

— Je t'arrête tout de suite : je serais volontiers venue au rendez-vous que tu m'as imposé – sans même prendre le temps de me demander si oui ou non j'étais disponible – si je n'avais pas eu une retenue au même moment. Retenue que je ne méritais pas d'ailleurs et qui m'est tombée sur la gueule à cause d'un connard prétentieux qui retourne sa veste toutes les deux minutes ! Alors ne viens surtout pas me faire le moindre reproche, tu l'as mérité, aboyai-je.

— Tu aurais pu me prévenir !, explosa-t-il.

— Et tu aurais pu te dénoncer pour l'explosion de chaudron !, enchéris-je en criant.

— Désolé, lâcha-t-il platement, après s'être massé les tempes, comme s'il voulait faire passer un mal de crâne.

— Tu n'as pas du tout l'air désolé, blâmai-je, agacée. Je ne te comprends vraiment pas Malefoy, un jour tu me fais les pires crasses possibles et le lendemain, tu te mets à me consoler. C'est quoi ton putain de problème ?

— Tu pleurais !, se défendit-il.

Je vis rouge.

— Tu m'as embrassé parce que tu m'as prise en pitié ?, hurlai-je, indignée.

— Non !

— Alors pourquoi, hein ?

— Parce que… Parce que… Rah tu me fais chier, Weasley !

— T'embrasse toujours les meufs qui te font chier ?, raillai-je.

Malefoy prit une profonde inspiration, comme s'il se retenait de frapper quelque chose ou de lancer un sort particulièrement vilain – mon petit doigt me disait que j'étais la source de tant de haine.

— Non. Y'a que toi pour me faire chier comme ça, conclut-il finalement.

Ouah. On ne m'avait jamais dit quelque chose d'aussi blessant. Je sentis les larmes affluer et une boule se former dans ma gorge. Je penchai la tête en arrière pour les retenir. Hors de question que je pleure à nouveau devant lui.

— Qu'est-ce que tu fais ?, s'inquiéta-t-il.

— Rien.

— Ne me dis pas que tu vas encore te mettre à chialer !

Je ne répondis pas. Cette dispute n'avait aucun sens et commençait à vraiment me courir sur le haricot. J'étais fatiguée et en plus, je recommençai à avoir des crampes dans le bas-ventre. Merlin, je détestais être une fille parfois. Je refoulai mon envie de pleurer et le regardai droit dans les yeux. J'étais fière de ne pas avoir versé une seule larme. Malefoy se pétrifia.

— Non, je ne vais pas me remettre à chialer. On sait comment ça finit après.

— Tu crois que je regrette ?, m'interrogea-t-il, consterné.

— Je sais pas, j'arrive pas à te cerner, avouai-je.

Ma déclaration sembla lui faire plaisir puisqu'un immense sourire étira ses lèvres.

— C'est mieux comme ça, répondit-il énigmatique.

Je ne relevai pas. De toute façon, ce n'était pas non plus comme si j'en avais quelque chose à foutre de ses états d'âme. Je voulais juste comprendre pourquoi son humeur était toujours aussi changeante et surtout, surtout, pourquoi il avait décidé de faire de moi sa nouvelle tête de turc. Ou son nouveau plan cul. J'avais un peu de mal à suivre.

A cette pensée, je m'empourprai, ce qu'il remarqua aussitôt.

— Tu rougis ?

— Non, fis-je faisant preuve d'une mauvaise foi plus qu'évidente.

— Si, tu rougis, ajouta-t-il, taquin.

— Non.

— Pourquoi tu rougis ?

— Pour rien.

— Ah ! Tu vois bien que tu rougis, cria-t-il, victorieux.

— Je ne te pensais pas aussi immature, le chambrai-je.

— Et toi aussi pudique, surenchérit-il.

Piqué dans mon orgueil, je lui expliquai.

— Allons-nous reporter euh… le rendez-vous que tu avais prévu ?

— Ah je vois, Madame ne peux pas se passer de mon corps de rêve…, se moqua-t-il avec un sourire narquois.

Je levai les yeux au ciel. J'avais l'impression de découvrir un nouvel aspect de sa personnalité. Visiblement, Malefoy était du genre espiègle. Dommage pour lui je n'étais pas toujours du genre à très bien prendre les farces. Oui, j'étais très susceptible. Je le tenais de mon père ça.

— Ose me dire que tu ne m'as pas attendue un long moment hier soir, rétorquai-je.

Il déchanta immédiatement et perdit son sourire. Je retins un ricanement moqueur.

— Ce soir, après ta retenue ?, proposa-t-il en s'éclaircissant la gorge.

Non ! Pas cette semaine, j'avais mes règles, putain !

— Je serais trop fatiguée, contrai-je.

Ce n'était pas vraiment un mensonge. Le réveil avait vraiment été difficile ce matin, à cause de cette fichue retenue. Pourquoi fallait-il qu'il se montre aussi impatient punaise ? Bordel les mecs et leurs testicules pleins… Bon, d'accord, j'étais probablement aussi impatiente que lui. Mais tout de même !

— Dis-moi Weasley, ce ne serait pas plutôt parce que tu es en période rouge ?, se gaussa-t-il.

Je piquai un fard, vexée comme un pou et tournai les talons. Quel rustre !