Note de l'auteur :
Bonjour à tous ! Je sais que j'ai du retard, et je vous avoue, j'avais un peu oublié que j'avais commencé à publier ici. Mais je suis de retour, pleine de bonne volonté, et surtout, de chapitres écrits. Et vous savez ce que ça veut dire. Pas besoin d'attendre des plombes avant le prochain (enfin ça dépendra aussi de vous, je vous le dis tout de suite enfin j'ai eu la surprise de voir que j'avais eu quelques reviews ici alors je ne suis pas complètement désespérée) !
Certains d'entre vous remarquerons peut-être que j'ai changé de pseudo et de couverture pour la fanfiction. Mais j'en doute. Pour faire court, j'avais envie de changement.
Brefouille, pour ce chapitre, je vais partager avec vous mon nouveau crush musical, Loïc Nottet. Bon, si vous n'êtes pas comme moi et que vous avez la télé chez vous, vous connaissez sûrement déjà. Et comme me l'a fait remarquer Chalusse faut écouter son album les gars, il est trop bien, mais c'est chiant parce qu'il n'y a que deux titres de celui-ci qui sont sur Youtube, donc pour partager avec vous, c'est pas tip top. Et pour ce chapitre : Rhythm Inside.
Vwala, bonne lecture !
En face de moi, Luke Donovan se servit une quatrième part de tarte, qu'il dévora. Je me demandai, une fois de plus où est-ce qu'il pouvait bien stocker toute cette nourriture. Plutôt grand et sec, Luke Donovan semblait être l'allégorie vivante de ce vieil adage qui stipule qu'il ne faut pas se fier aux apparences. Il avait la tête du bon copain, toujours souriant lorsqu'il n'était pas plongé dans un de ses bouquins.
Des yeux noisette, des cheveux bruns, de grandes fossettes, Donovan me donnait l'impression d'être le rigolo de la bande de Malefoy avec son humour pince-sans-rire qui s'accordait magnifiquement bien avec son caractère studieux. Albus m'avait dit qu'il avait l'ambition d'écrire de grands best seller. J'étais sceptique. Cependant, malgré son caractère paisible mais pas trop, Donovan me laissait une étrange impression. Comme s'il cachait quelque chose ou qu'il jouait un rôle.
Parfois, je surprenais un regard, un sourire, un tic nerveux, qui me hurlaient que Donovan n'était pas vraiment celui qu'il laissait croire qu'il était. J'étais certaine qu'il y avait un truc en plus, un truc qu'il ne montrait pas. J'avais cette impression, au fond de moi : on ne savait pas tout. Mais j'étais désormais bien placée pour savoir que nous avions tous nos petits secrets et celui de Donovan ne m'intéressait pas une seule seconde. Ce qui m'intriguait en revanche, c'était qu'Albus semblait déterminé à faire semblant de ne rien à voir.
Et je connaissais Albus par cœur. Au fond de lui, il savait que Donovan cachait un truc, c'était trop évident. C'était juste trop bizarre qu'Albus ne cherchasse pas à en savoir davantage. Il n'était pas du genre à être dans le déni. Je n'avais jamais abordé ouvertement le sujet avec Albus, pourtant.
— Luke, tu peux me donner une part de tarte s'il-te-plaît ? demanda Al à son ami, dont les yeux convoitaient avec avidité ladite part.
— Non, répondit tranquillement Donovan, engloutissant la part en question.
Albus ouvrit des yeux ronds, faussement scandalisé et mit ses mains sur sa poitrine d'un air théâtral.
— N'as-tu donc pas de cœur ? fit mon cousin.
— Mon estomac prend déjà trop de place, rétorqua Donovan sans broncher.
Albus explosa de rire et se résolu à prendre un pancake à la place.
— Rachel n'est pas là ? m'interrogea Albus la bouche pleine.
— Elle pionce, expliquai-je la voix enrouée de fatigue.
Al acquiesça. Malefoy arriva à cet instant et se laisser tomber lourdement entre Albus et Donovan, pile en face de moi. Je me plongeai immédiatement dans la contemplation de mon assiette, pourtant dénuée d'intérêt. Si je l'observai, j'allais encore brûler d'envie de le toucher. Jamais je n'avais eu à lutter autant contre mes désirs. C'était insupportable.
— Tu aurais pu me réveiller, grogna Scorpius à l'intention de Donovan.
— Sûrement pas, pour une fois que tu dormais normalement, répondit tranquillement le Serpentard.
Scorpius avait des difficultés pour dormir ? Voilà qui expliquait sa perpétuelle attitude passive/agressive. Il ignora la remarque de son ami et releva les yeux sur moi. J'eus le malheur de l'imiter – pur hasard – et je croisai son regard. Mon cœur rata un battement. Comme à chaque fois que je le voyais depuis ce qui s'était passé la semaine dernière, je ne pus m'empêcher de repenser à cette fameuse soirée. Un nuage de chaleur éclata dans ma poitrine. Et évidemment, j'eus envie de passer mes mains sur la sienne en attrapant le même plat que lui, ou bien d'effleurer malencontreusement sa cheville avec mon pied. Je résistai. J'avais évité Scorpius toute la semaine.
Ne pas rougir. Ne surtout pas rougir.
Mais comment m'en empêcher ? Je n'avais pas uniquement vécu le moment le plus érotique de ma vie à ce jour, j'avais aussi vécu l'instant le plus intime de celle-ci. Avec Malefoy putain. Une part de moi avait les boules que ce soit lui qui désormais me connaisse aussi bien (du moins sur cet aspect-là), et une autre part de moi était heureuse qu'il s'agisse de Scorpius. Parce que je savais qu'il préférerait se pendre plutôt que d'admettre ce qu'il s'était passé entre nous. Et que jamais il ne me jugerait.
Nous n'en avions pas parlé. Après lui avoir montré comment je me… Non, Rose, ne rougit pas ! Bref, après lui avoir montré comment je me masturbais – voilà, c'est bon, tu l'as dit sans rougir – Malefoy m'avait bouffé du regard. Jamais un regard ne m'avait autant mise mal à l'aise. Ca m'avait complètement pétrifiée. Ca m'avait semblé durer des heures mais à aucun moment je n'avais baissé les yeux. Jusqu'à ce que je me mette à frissonner violement. J'étais encore nue. Alors il m'avait intimé de me rhabiller, avant de détourner le regard, comme s'il ne supportait pas de me voir enfiler mes vêtements. Puis Scorpius avait lâché un simple « à bientôt Rose » et il était parti.
J'étais rentrée au dortoir, complètement bouleversée. J'avais le sentiment inéluctable qu'il venait de se passer quelque chose qui m'avait échappé. Quelque chose d'important. Je voulais absolument trouver une explication à la façon dont il m'avait sondé, l'air impénétrable comme toujours, mais comme s'il voulait résoudre toutes les questions de l'univers à travers la vision de mon corps nu. Moi, j'avais surtout l'impression que son regard m'avait dépouillé de tous mes secrets. Il avait lu en moi. Jamais personne ne m'avait observé avec la même intensité, avec la même franchise. Son regard avait été plus intime que les caresses qu'il avait pu me donner quelques minutes plus tôt et ça me foutait en l'air.
En partageant cet instant avec Malefoy, en le laissant me voir me donner du plaisir de la sorte, je l'avais fait entrer dans mon univers, dans ma tête, dans mon cœur, là où je n'avais moi-même jamais osé aller parce que j'avais bien trop peur de ce que je pourrais y trouver à affronter. Mais lui, il avait vu. Dorénavant, il savait.
Et même si ça m'avait mise atrocement mal à l'aise, cela m'avait également terriblement excitée. Comment un regard avait-il pu me mettre dans un tel état ? C'était à n'y rien comprendre, à me rendre folle. Je n'avais jamais ressenti ça. Je ne reconnaissais même plus la façon dont mon corps pouvait réagir. C'était à croire que lui, il l'avait compris mieux que moi. Ca m'énervait. Scorpius Malefoy débarquait dans ma vie sans prévenir, il y foutait le bordel et il se cassait. S'il s'imaginait que j'allais le laisser faire.
Bien sur que rien de tout ça n'était sérieux. Bien sur qu'il n'était pas question de sentiments. Mais j'étais touchée dans ma fierté, dans mon orgueil. Scorpius Malefoy, le type que j'exécrais et dont j'étais jalouse depuis des années m'avait mise à poil. Dans tous les sens du terme. Il avait fait une chose que personne n'avait faite avant lui, il m'avait comprise. Et il ne m'avait pas jugée. C'était salvateur et terriblement excitant. Et ma gêne passée, jamais je ne m'étais senti aussi bien.
C'était probablement ce dernier point qui me le rendait aussi irrésistible. Je n'avais pas l'intention de laisser tomber. Pas seulement parce que putain, il se débrouillait super bien au lit, ou même parce que ses œillades avaient le don de m'anéantir. C'était surtout parce qu'après cette soirée, passée mon hébétude, je ne m'étais jamais senti aussi vivante. Tout m'apparaissait désormais avec plus de clarté, le monde semblait plus beau, les couleurs plus vives. J'étais, comme j'aimais à l'appeler, sur mon « petit nuage post-orgasme ». Alors oui, même si nous n'avions pas parlé, on allait remettre ça. J'y veillais. Mais il fallait d'abord que j'arrive à passer au-dessus de ma pudeur.
Scorpius, toujours en face de moi, finit par détourner le regard et se racla la gorge, comme si, lui aussi, avait conscience qu'il s'était passé quelque chose de pas très naturel entre nous. Je déglutis, troublée et décidai de quitter sur-le-champ la table de ma maison. Je n'avais pas la force d'affronter ses pupilles, de voir tout ce qu'il savait de moi. Son regard était trop intense, trop pénible à encaisser. Trop vrai.
J'avais mal au bras. C'était le quatorzième soir que Finnigan et moi nous récurions des chaudrons et mon bras, qui faisait toujours le même geste et était perclus de courbatures. A ce rythme là, je finirais par avoir un bras plus gros que l'autre.
Je m'efforçais de tenir bon, et de me lancer de petits encouragements mentaux. C'était le dernier soir de mes retenues et j'avais hâte que ça se termine. Je n'en pouvais plus, ce travail était ingrat, et contre-productif. Savoir que j'aurais pu le faire en un tour de poignet avec ma baguette plutôt que d'y perdre des heures le rendait encore plus pénible. C'était ma dernière retenue, je le jurais sur Merlin.
L'indignation roula le long de ma gorge. De toute façon, je n'avais pas mérité cette retenue. Même si j'avais fait payer à Scorpius, lui n'avait pas à récurer des chaudrons dégoûtant tous les soirs durant deux semaines. C'était tellement injuste ! La prochaine fois – si toutefois il y avait prochaine fois – je me débrouillerai pour que ce soit lui qui soit puni pour ses conneries, me promis-je en silence.
Penser à Scorpius me ramena au souvenir de notre dernière soirée ensemble et je me senti rougir. Encore. Je n'arrivai toujours pas à comprendre comment un con pareil pouvait me faire un tel effet. Par bonheur, Arthur ne remarqua pas mes oreilles rouges, trop plongé dans son propre récurage de chaudron.
Parce que oui, Scorpius me faisait un effet terrible. Depuis le dernier soir, je ne pouvais pas m'empêcher de l'imaginer nu à chaque fois que je le croisais. Ou encore d'imaginer mille et un stratagèmes pour le toucher. Ou bien d'entendre en pensées les insanités qu'il m'avait murmuré au creux de l'oreille quand… Stop.
Ne. Pas. Penser. A. Malefoy.
Sauf pour l'insulter.
D'accord, Scorpius était canon, il fallait le lui reconnaître. Et il savait très bien se servir de sa langue aussi. « Rah non Rose ne tombe pas de ce piège là ! », hurla ma voix off.
Je m'admonestai une gifle mentale. Etait-il possible d'en avoir marre de soi-même ? Ce n'était qu'un corps, qu'un physique. Un physique magnifique, il est vrai, mais un physique tout de même. Comment j'avais fait pour mettre autant de temps avant de m'en rendre compte ? Il avait toujours été là, sous mes yeux. C'était une bombe humaine. Il me laissait cette impression pas possible. J'étais vraiment attirée par lui. Comme un papillon de nuit est assoiffé de lumière. Comme si une volonté m'insufflait, me poussait irrémédiablement vers lui. C'était magnétique. A chaque fois que je voyais sa silhouette, sa peau, son visage, j'étais comme poussée en avant, crevant d'envie de toucher et d'embrasser absolument toutes les parties de son corps. Je n'avais jamais ressenti une telle attirance pour qui que ce soit et je ne doutais pas qu'à un moment ou un autre, tout ça allait finir par m'exploser à la gueule.
— Hé Rose ? fit Arthur, toujours en train de nettoyer un chaudron, qui dégageait d'ailleurs une odeur nauséabonde.
— Quoi ?
— Ca te dit qu'on fête la fin de ces foutues semaines de retenue ?
Je me tournai vers Arthur, intriguée et bizarrement enthousiaste à l'idée d'une telle perspective.
— Comment tu veux fêter ça ? lançai-je à la fois suspicieuse et enjouée.
Il me lança un regard en coin, et en jeta un autre par-dessus mon épaule, comme s'il s'assurait qu'on était bien seuls, ce qui ne faisait déjà aucun doute.
— J'ai du Whisky Pur Feu dans ma valise, précisa-t-il sur le ton d'un conspirateur.
Je laissai échapper un ricanement ridicule. J'étais censée retrouver Scorpius, pour parler, après ma retenue. Il m'avait envoyé un hibou deux jours plus tôt.
« Je crois qu'on devrait parler de ce qu'il s'est passé, Weasley. La tour d'Astronomie, vendredi, après ta dernière retenue. Si ça te convient bien sur. S.M. »
Depuis sa lettre (pour peu qu'on puisse appeler cette chose une lettre), j'appréhendai à mort. J'avais peur des mots que Scorpius était capable de me jeter au visage. C'était difficile de savoir ce qu'il pensait de la situation. Il ne laissait jamais rien paraître.
— Tu veux qu'on se mette la tête à l'envers, Arthur ? m'étonnai-je.
— Ouais, dit-il avec un immense sourire.
On aurait dit qu'il n'attendait que ça. J'ignorais qu'Arthur était du genre à se saouler pour se saouler. D'ailleurs, en ce qui me concernait ce n'est pas non plus mon genre. Je buvais uniquement lorsque je faisais la fête. Ce fut pour cela que je me surpris moi-même en répondant :
— D'accord.
Tant pis pour Scorpius, il attendrait. Je n'étais vraiment pas pressée de le voir et l'idée de décompresser avec Arthur avant, dont la présence était vraiment agréable m'enchantait.
Arthur redescendit de son dortoir avec la bouteille tant attendue dans sa main et un immense sourire sur son visage. J'en profitai pour le détailler. De taille moyenne, les cheveux blonds dorés coupés courts et des yeux marron passe-partout, Arthur était un peu le mec banal. Banal mais pas désagréable à mater. Son visage était souligné par les contours de sa mâchoire bien dessinée, et la petite barbe de trois jours qu'il entretenait avec soin lui donnait un air mature et adulte que beaucoup de garçons de Poudlard devaient lui envier.
Beaucoup de gens appréciaient Arthur, c'était le type cool par excellence, populaire et pas prise de tête pour une noise. Même s'il avait une imagination sans bornes et que ses répliques sortaient de nulle part. C'était le premier à organiser des fêtes après nos victoires au Quidditch, le premier à foutre le bordel durant lesdites fêtes (je me souvenais d'une fois particulièrement mémorable où il avait convaincu toute la salle commune de se mettre en sous-vêtements simplement pour – et je citai – « libérer nos chakras ». Et c'était aussi le premier à tout ranger à la fin de la fête et ce, quel que soit son degré d'alcoolémie dans le sang.
— J'ai cru qu'on ne viendrait jamais à bout de ces chaudrons ! plaisanta Arthur en se laissant tomber à côté de moi, sur un canapé de la Salle Commune.
— Tu m'étonnes, enchéris-je.
Arthur ouvrit la bouteille et me la tendit.
— Les dames d'abord, m'invita-t-il.
— Directement à la bouteille ? m'étonnai-je.
— Tu fais ta prude Weasley ? railla-t-il.
Il s'approcha de mon oreille et y chuchota :
— Je te promets que je me suis lavée les dents ce matin.
J'explosai de rire et bu une grande gorgée. L'alcool me brûla la trachée et une bulle de chaleur roula le long de mon œsophage. Je toussai, ayant bu trop vite.
— Hé doucement Weasley ! Il n'y en aura plus pour moi après, râla Arthur.
— Désolée, longue semaine m'excusai-je.
— Je plaisantai, rigola-t-il. Ce sont les retenues qui t'ont achevée comme ça ? s'enquit-il ensuite d'un ton poli et intéressé.
Je lui redonnai la bouteille et Arthur but au goulot, posant ses lèvres charnues là où les miennes s'étaient trouvées un instant auparavant.
— Les retenues étaient crevantes, je ne te le fais pas dire. Mais non, il ne s'agit pas de ça.
Il me restitua la bouteille et je pris, à nouveau une grande gorgée.
— Tu veux en parler ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.
— Je ne sais pas, confiai-je, perturbée.
— Est-ce que ça a un rapport avec ce fameux Niffleur qu'on a déposé dans le dortoir des Serpentard ? D'ailleurs, à l'occasion, il faudra que tu m'expliques pourquoi on a fait une chose pareille. C'était marrant, je te l'accorde, mais cela a titillé mon imagination.
Je souris à ce souvenir, lorsque Arthur avait changé d'un tour de baguette la couleur de son uniforme en vert et argent avant d'aller terroriser une première année, la menaçant de la chatouiller jusqu'à la mort d'un terrible chatouillatis. Même si le moment le plus drôle de cette après-midi là restait la vision du Niffleur s'en donnant à cœur joie, courant, glissant et bondissant dans le dortoir pour tout saccager. Le fou rire que nous avions eu ensuite faisait dorénavant parti de mon top dix.
— Est-ce que j'ai ta parole que tu ne diras rien ? lui demandai-je, inquiète.
— Rose, est-ce que j'ai déjà trahi ta confiance ? fit-il amusé.
— Le coup du Niffleur ne compte pas, c'est interdit par le règlement, tu aurais autant de problème que moi à en parler.
— Tu as oublié la fois où tu t'es barrée dans les couloirs après la retenue sans me dire où tu allais, conclut-il en s'enfilant une grande rasade.
Je marquai un silence, plongée dans mes doutes, avant de céder à une sorte d'impulsion et de lâcher :
— J'ai couché avec Scorpius Malefoy.
Arthur s'étrangla avec le Whisky Pur Feu. Son visage se colora d'une très jolie teinte violette et finalement, quand l'air circula à nouveau librement dans ses poumons et que son visage eut retrouvé une couleur normale, il reprit.
— Quoi ! Mais comment c'est possible ?
Ce fut mon tour de rougir, et j'arrachai la bouteille des mains d'Arthur, qui manifestement, était encore trop sous le choc pour une prendre une gorgée de courage liquide.
— Il faut vraiment que je te fasse un dessin ? raillai-je mollement.
Ma tentative de plaisanterie tomba complètement à l'eau. Visiblement, Arthur ne rigolait pas du tout.
— Non mais Rose, tu détestes Malefoy. Tout le monde sait que toi et Rachel, vous n'avez jamais accepté l'amitié qu'Albus pouvait entretenir avec lui et Donovan. Tu passes ton temps à l'insulter et à lui lancer des regards noirs, alors oui, je ne peux pas m'empêcher de me demander comment c'est possible que vous ayez couché ensemble !
Sa question n'en était pas vraiment une. Arthur était davantage outré que curieux. Pourtant, je ressentis le besoin de me justifier, comme si j'essayais, moi aussi, d'expliquer et de comprendre l'incompréhensible.
— L'autre jour, on s'est croisés dans les couloirs. J'étais super mal et quand Malefoy s'en est rendu compte, il a immédiatement cessé de se comporter comme le con qu'il est la plupart du temps. Et puis, je ne sais pas, c'était tellement… instinctif. On s'est embrassé et puis de fil en aiguille…
Arthur m'interrompit d'un geste de la main.
— Ca va, j'ai compris. Je n'aurais jamais cru que tu étais du genre à te laisser guider par tes hormones Rose.
Je lui offris une œillade menaçante et je pris une nouvelle gorgée de Whisky Pur Feu. Qu'est-ce qu'il y avait de mal à se laisser guider par ses hormones ? J'avais l'impression que les mots coulaient tout seuls de ma bouche et que je ne prenais conscience de ce que je disais qu'avec un long temps de retard.
— Je n'ai pas pu m'en empêcher, avouai-je, ma voix devenant de plus en rauque à mesure que les rasades de Whisky inondaient ma gorge.
— T'empêcher de coucher avec Malefoy ou t'empêcher d'aimer ça ?
Je piquai un fard.
— Les deux.
— Et lui ?
— Quoi, lui ?
— Bah vous en avez discutés ?
Je me levai d'un bond du canapé en titubant à moitié. Putain, j'avais complètement oublié notre rendez-vous !
— Euh… Je suis censée le retrouver là, en fait, fis-je, à la fois scandalisée par mon comportement et tellement sereine.
Je savais cependant que le sentiment d'euphorie et de quiétude que je ressentais était signé Whisky Pur Feu. Je savais qu'il s'agissait d'une illusion. Arthur arqua un sourcil moqueur.
— Tu réalises que tu es légèrement alcoolisée, Rose ? me taquina-t-il.
— Très drôle, Arthur. J'ai déjà mis un vent à Scorpius, et crois-moi, me disputer avec lui est la dernière chose dont j'ai envie en ce moment.
— Scorpius hein ? releva Arthur. Coquine. Bon, hé bien rejoins-le dans ce cas. Je note qu'on abandonne encore ce pauvre Finnigan avec sa bouteille de Whisky.
Je pouffai et je jetai un coup d'œil à ladite bouteille à présent presque vide.
— On finira ça à un autre moment Arthur, je te le promets, dis-je en lui rendant la bouteille.
— T'as intérêt ! rétorqua-t-il, le sourire aux lèvres.
J'arrivai péniblement en haut de la tour d'Astronomie. Ces escaliers allaient finir par me tuer. Je songeai vaguement à mon retard. C'était bizarre. Je n'étais d'ordinaire jamais en retard. Peut-être que le contact plus ou moins prolongé avec Malefoy altérait ma perception du temps. Voir sa silhouette se détacher contre la lumière lunaire me rappela immédiatement notre dernier rendez-vous au même endroit. Quand il releva les yeux sur moi, ma poitrine se comprima, l'air me manqua soudainement. Après l'avoir évité toute la semaine, c'était difficile d'affronter son regard. C'était pénible de voir dans ses prunelles qu'il me connaissait aussi bien. Même bourrée, je n'arrivais pas à faire face à ça. Alors, je déglutis péniblement.
Son visage était fermé et n'exprimait rien. Même ses yeux étaient muets. La tension, le silence étaient palpables et me rendaient nerveuse. Une chape de plomb, une barrière infranchissable semblait s'être érigée entre nous. J'avais le sentiment d'avoir été complètement dépassée par les évènements, cruellement rattrapée par l'attirance que j'avais pour lui. Car là, en cet instant, les pieds plantés dans le sol, ses iris cloués aux miens, son corps tout entier soustrait à ma vue, je ne pouvais pas ne pas y faire face. Je n'étais pas seulement attirée par lui. J'en avais besoin.
Scorpius ne parlait pas, ne bougeait pas, il me regardait simplement et malgré les battements erratiques de mon cœur (je venais de grimper de longs escaliers tout de même) j'étais pétrifiée. Une part de moi crevait d'envie de le toucher et l'autre rêvait de se faire la malle. J'étais tiraillée entre ce besoin presque irrépressible de poser mes mains et sur lui et le désir hurlant de foutre le camp. J'avais peur. Peur de ce que son regard pouvait me faire, peur de me voir dans ses yeux, peur d'aimer un peu trop tout ça. Alors, sans réfléchir, ne pouvant plus supporter ce lourd silence, je me mis à parler.
— Alors ?
Scorpius répondit du tac au tac, comme s'il avait décidé depuis le début que c'était à moi qu'il revenait d'entamer cette conversation.
— Alors quoi ?
J'avalai péniblement ma salive, nerveuse.
— Alors, tu es là, je suis là.
— Impressionnant constat, railla-t-il d'un ton sec.
Il avait l'air en colère.
— Est-ce que tu m'en veux ? demandai-je, un peu vexée, un peu blessée, un peu fatiguée.
— Est-ce que tu m'as évité toute la semaine ?
Son ton était dur. Je plissai les yeux.
— Tu es en colère, notai-je.
— Tu es décidément très forte pour déballer des évidences ce soir, tacla-t-il d'un ton dur.
Savoir que Scorpius était en colère après moi me fit mal. Je m'avançai vers lui, brûlant d'envie de le toucher. Mais évidemment, je titubai et menaçai de m'écrouler au sol quand il me rattrapa par le coude. Sa colère semblait décuplée.
— Je ne le crois pas : t'es bourrée, Weasley ? fit-il avec colère.
Je rougis.
— Non ! me défendis-je.
Pitoyablement. Il plissa des yeux.
— Pas de mensonge avec moi, Rose. Jamais. Tu empestes le Whisky Pur Feu ! Putain où est-ce que tu as trouvé du Whisky Pur Feu à Poudlard ?
— Pourquoi, t'en veux ? plaisantai-je.
Mais il me foudroya du regard et passa une main lasse sur son visage.
— Je ne veux pas discuter avec toi si tu es dans cet état là.
— On peut faire autre chose, suggérai-je d'une voix qui ne laissait aucune place à l'imagination.
Malefoy eût une moue écœurée qui entailla vivement mon égo et me refroidit aussitôt.
— Il est hors de question que je te touche si tu n'es pas en état d'en profiter, assena-t-il.
J'étais stupéfaite. Et évidemment, il ne voulait pas parler non plus. Putain il était super chiant quand il s'y mettait. Mais j'étais quand même impressionnée par ses manières de gentleman et je ressentis le besoin de partager avec lui mon impression.
— Wow, t'es peut-être pas si con finalement.
Par Merlin ! Maudite impulsivité d'alcoolique !
— Merci Weasley.
Il n'avait plus l'air en colère. Juste… ennuyé ? Une vague de fatigue s'abattit sur moi, pourtant, je ne bougeai pas et continuai de parler, la langue déliée par le Whisky.
— Je pourrais presque dire que je t'aime bien.
— Tu parles trop quand tu es bourrée, tu sais.
« Il a raison », tacla ma voix off qui s'efforçait tant bien que mal de me bâillonner avant que je ne dise d'autres conneries du même acabit.
— Mes propos te dérangent ? relançai-je sans me préoccuper de ma voix off qui me houspillait sans relâche.
— Oui, avoua-t-il sans gêne.
— Y'a pourtant rien de mal à ça.
Et malgré mon impression de nager sur un nuage de coton – à moins que ce ne soit le nuage de coton qui nageait sur moi ? – j'étais tout à fait sérieuse.
— A « ça » quoi ? releva-t-il, las.
— A ce qu'on soit amis.
— Tu veux qu'on soit amis ?
Son regard me narguait et s'était fait clairement moqueur. Imbécile.
— Je sais pas… c'est fatiguant de toujours se faire la guerre, notai-je.
— C'est parce que t'es super chiante ça.
— Tu ne veux pas qu'on soit amis ? demandai-je d'un ton triste.
Triste ? L'alcool modifiait même mes inflexions vocales. Lamentable, j'aurais mieux fait de lui foutre un vent plutôt que de venir le retrouver en étant autant bourrée. Il avait raison, discuter quand on en a un coup dans le nez était une très mauvaise idée.
— Non.
— Mais qu'est-ce que tu veux qu'on soit alors ? hurlai-je à moitié, les yeux roulant dans mes orbites.
— T'es chiante, me cassa-t-il pour la deuxième fois.
Sa réplique me vexa. Je ne lui demandais tout de même pas la lune ! Pourquoi est-ce qu'il en faisait toute une histoire ? Ce n'était pas comme si je lui demandais de me rouler un patin devant tout le monde. L'idée me rebuta au moment même où je l'évoquai en pensée et je frissonnai.
— Mais explique-toi, à la fin ! beuglai-je en perdant patience.
Il avait décidément le don de me faire sortir de mes gonds en moins de temps qu'il n'en fallait pour prononcer le mot « Quidditch ».
— Tu ne comprends donc rien Weasley ? s'énerva-t-il à son tour. C'est ce que je me tue à te dire : tout ceci est voué à l'échec d'accord ! Peu importe de quoi il s'agit ou non. Ne t'attache pas à moi. Pas comme ça. Jamais.
Son égo ne connaissait vraiment aucune limite. Qu'est-ce qu'il allait s'imaginer encore ? Que j'avais des sentiments pour lui ? Mais pour qui est-ce qu'il me prenait ? Scorpius marqua une pause avant d'ajouter d'un air sombre :
— Le mieux serait encore que tu me détestes.
— Le mieux pour toi ou le mieux pour moi ? rétorquai-je, luttant pour contenir mon indignation.
— Pour nous deux j'espère.
— Comme tu voudras, capitulai-je, toujours énervée. Mais je refuse de prendre part à tes jeux pervers. Ce… euh, ce truc qu'il y a entre nous (il leva un sourcil), c'est fini.
— Très bien, souffla-t-il, imperturbable.
J'avais envie de le secouer dans tous les sens pour son manque de réaction. Il m'énervait. Son air stoïque m'énervait. Sa face impénétrable de robot contrarié m'énervait. Ses silences m'énervaient. Je m'énervais moi-même à être énervée après lui. Il ne méritait pas mon énervement. Il ne méritait rien venant de moi.
J'aurais menti en prétendant que ça ne me gonflait pas de mettre fin à la chose qui m'avait faite me sentir si bien – et si bizarre – ces derniers jours. Pourtant, j'étais résolue à m'y tenir. Je ne cèderais pas. Je ne cèderais plus. De toute évidence, il s'agissait d'une simple erreur de jeunesse, erreur de jugement, erreur de la chair. Et ça ne lui apportait visiblement pas la même plénitude qu'à moi. Inutile de poursuivre l'impensable. J'aurais du me douter que ça ne fonctionnerais jamais.
Toujours dans la pensine, je me tourne vers Nathalie Weiss et j'ajoute d'une voix triste, usée, brisée :
« Mais j'étais faible, et surtout profondément irrationnelle dès qu'il s'agissait de Scorpius Malefoy. Je ne m'en rendais pas encore tout à fait compte, mais j'avais déjà développé cette espèce d'attirance magnétique impossible à refouler pour lui. Il m'était devenu – sans que je ne me l'explique, peut-être parce qu'il n'y avait aucune logique là-dedans – indispensable, un peu à la manière d'un verre de Whisky.
Et vous savez ce qu'on dit à propos des drogues. Il ne faut jamais commencer. Sauf que pour moi, il était déjà trop tard. »
Note de l'auteur :
Merci d'avoir lu et j'espère que cela vous a plu !
Je publie le prochain chapitre dans deux nouvelles reviews.
