Je m'installai à ma place habituelle chez les Gryffondor, du côté qui me permettait d'observer tout mon saoul la table des Serpentard. Scorpius n'était pas encore là. Je poussai un soupir de frustration et commençai à me servir mon petit-déjeuner. Albus mangeait avec nous ce jour-là, et il semblait encore d'une humeur beaucoup trop joyeuse. Je trouvais sa façon d'être aussi enjoué le matin prodigieusement agaçante.
— Vous avez écrit votre dissertation pour le cours de Défense Contre Les Forces Du Mal ? nous demanda-t-il, à Rachel et moi.
Je m'assombris aussitôt, songeant à ce qui s'était passé dans la bibliothèque lorsque j'avais voulu me consacrer à ce devoir. Rachel bomba le torse. Scorpius n'était toujours pas là. Il avait plutôt intérêt à se grouiller s'il ne voulait pas être en retard en cours.
— Oui. Mais j'ai écrit 20 centimètres de parchemin en trop, j'espère que ça passera quand même, déclara la blonde.
Je roulais des yeux.
— Et toi, Rosie ? me demanda Al.
Je grognai.
— Je crois que ça veut dire "ne me parlez pas de cette maudite matière", traduisit ma meilleure amie avec un petit rire moqueur.
Je bougonnai d'assentiment et Al ricana.
— Je peux te filer un coup de main pour le devoir si tu veux, proposa Rachel.
Je plantai mon regard dans le sien, le détournant de ma focalisation sur une certaine table.
— Merci, mais je ne sais pas si je dois accepter, grommelai-je.
— Pourquoi ? s'étonna Rachel.
— Parce que tu vas finir par t'énerver et tout écrire à ma place. Or, je veux vraiment comprendre l'exercice.
— Tu insinues que je ne suis pas pédagogue ? râla Rachel en faisant semblant de s'insurger.
J'esquissai un maigre sourire avant de prendre une gorgée de jus de citrouille.
— Je n'insinue rien du tout, je le dis très clairement.
Albus gloussa.
— Ceci dit, c'est très gentil de ta part, ajoutai-je.
— De toute fachon, tu n'as pas fi' le devoir ? m'interrogea Al', la bouche pleine.
Je fronçai les sourcils, ne voyant pas où est-ce qu'il voulait en venir.
— Tu n'allais pas à la bibliothèque pour ça hier ? poursuivit-il pour éclairer ma lanterne.
Une ampoule s'alluma quelque part dans mon esprit.
— Ah ! m'exclamai-je avec l'étonnement caractéristique de ceux qui viennent de comprendre qu'un truc simple leur a échappé. Je n'ai pas fini en fait.
Un certain blond avait accaparé toute mon attention. Automatiquement, mes yeux le cherchèrent à nouveau. Mon coeur dégringola dans ma poitrine quand je reconnus cette chevelure or caractéristique. Il était installé à l'autre bout de la Grande Salle, très exactement en face de moi. Je me demandai vaguement s'il avait fait exprès ou si c'était une sorte de curieux hasard. Quand ses prunelles harponnèrent soudain les miennes, alors qu'il relevait la tête de son assiette je compris que cela n'avait rien d'une coïncidence. A côté de lui, Donovan et Zabini semblaient en grande discussion. La pointe de mes oreilles chauffa sous le regard incandescent de Scorpius. Malgré la distance, je devinais le sourire goguenard qui étirait ses lèvres.
Je secouai la tête et décidai de m'occuper de mon petit-déjeuner et de ce que me disaient mes amis.
— Ah bon ? s'étonna Albus. Mais tu y es restée des heures !
Vexée, et encore ailleurs, je répondis un peu sèchement.
— Ce n'est pas de ma faute si je galère autant en DCFM.
— Mais c'est de la tienne si tu refuses qu'on t'aide, nargua Rachel.
Je lui tirai la langue et elle leva les yeux au ciel.
— Au fait Rachel, comment va James ?
Elle s'étouffa avec son jus de citrouille et me fusilla du regard. Albus donna un coup de coude pas du tout discret à Rachel en montrant du menton son frère, attablé avec sa bande un peu plus loin. Rachel piqua un fard monumental. Avec ses cheveux, elle ressemblait à une glace vanille-fraise.
— Tu n'as qu'à lui demander, rétorqua-t-elle. Moi il m'énerve.
— Ouh la menteuseuuuh, roucoula Albus à l'oreille de Rachel.
J'explosai de rire.
— Hey dis donc Albus, au lieu de m'emmerder avec ton idiot de frangin, on peut savoir pourquoi tu ne nous parles jamais de tes amours, à toi ?
— Ah donc tu reconnais que mon idiot de frangin est ton amour ? railla Albus qui ne s'était pas démonté.
Je le sentais pourtant un peu fébrile. Qu'est-ce qu'il cachait ?
— Parce qu'on l'emmerderait avec ça à chaque occasion, répondis-je.
Rachel se renfrogna et croisa les bras sur sa poitrine.
— Ah je vois. Donc je suis la seule qu'on emmerde et c'est normal.
— Ca fait des années qu'on suit ce qui se passe entre James et toi, expliquai-je.
— Il ne se passe rien.
Albus me lança un regard éloquent que j'appuyai également.
— Tu as raison, la tension sexuelle qui règne entre vous deux est sans doute destinée à tous les autres habitants de Poudlard, ironisa Albus.
— Va te faire voir, Al.
Comprenant que le sujet tournait à la dispute complètement débile, j'intervins.
— Vous pensez que Mr Gowan va changer les binômes, maintenant que nous entrons dans le second trimestre ?
Rachel haussa les épaules. Le sujet ne l'intéressait probablement pas.
— J'en connais une qui veut se débarrasser de Scorpius, commenta Albus, l'air de rien.
— Étonnamment, non.
Albus, qui ne s'attendait visiblement pas à une réponse pareille se figea. Il avait l'air d'un idiot ainsi, la gueule ouverte et la fourchette à mi-chemin entre son assiette et sa bouche.
— Sérieux ?
— Il est très bon en potion, il ramène de bonnes notes et il m'explique tout ce qu'il fait. J'ai progressé grâce à lui, dis-je en toute franchise.
Albus papillonna des yeux. Rachel contemplait ses ongles. Elle avait l'air fatigué. Bon, d'accord, peut-être que ça m'irritait tout de même un peu que Scorpius soit aussi bon et pas moi. Sauf que j'étais maligne, je savais en profiter.
— Pourtant à chaque fois que je vous regarde en cours, j'ai l'impression que vous vous apprêtez à vous égorger mutuellement.
— Ce n'est pas parce qu'il est un bon binôme de Potions que ça fait de lui une personne agréable pour autant, maugréai-je. Quoiqu'il en soit, je n'espère pas que Gowan va nous séparer.
— Je me demande si Scorpius pense la même chose que toi.
— C'est vraiment surprenant, je n'aurais jamais pensé que tu puisses un jour t'entendre avec lui, fit Rachel.
— On est pas stupide, on est capable de se mettre d'accord pour un cours, fis-je sidérée.
J'étais étonnée que mes amis considèrent comme surprenant que je puisse être capable de faire des efforts pour m'entendre avec un type que je haïssais pour pouvoir mettre en commun nos connaissances et avoir de meilleures notes. Certes, c'était surtout moi qui bénéficiais de son savoir. Mais après tout ce qu'il m'avait fait subir, je le méritais amplement.
— Je lui demanderais son avis, poursuivit Albus.
Aussitôt la panique me gagna et ne pus m'empêcher de jeter un nouveau coup d'oeil à sa table. Il discutait avec Donovan.
— Pourquoi ?
— Parce que je me demande s'il est sur la même longueur d'onde que toi, fit Albus sur le ton de l'évidence.
Oh Merlin bordel de merde. Je ne voulais pas du tout que Scorpius sache que je puisse parler de notre entente cordiale quoique un peu froide en cours de Potions. Il pourrait très vite s'imaginer que je leur avais déballé tout le reste alors que ce n'était pas le cas. Et si Scorpius se mettait à parler à Albus de notre espèce de relation bizarre ? Comment réagirait Albus ? Je n'avais pas du tout envie que cela se sache. Il fallait que je discute avec Scorpius et qu'on établisse un minimum de limites. Je ne voulais pas que cette histoire dérape sur ma vie, et que je perde le contrôle des évènements sur cette dernière.
— Je ne pense pas que ce soit nécessaire. Il en a sûrement rien à foutre, commentai-je en espérant dissuader Albus.
Ma remarque ne fit pas du tout mouche.
— Allons, Rosie, tu ne te poses pas la question aussi ? Et puis Scorpius n'est pas aussi insensible que que tu sembles le croire.
— Oh je t'en prie Al', regarde ce pauvre garçon. Je ne l'ai jamais vu sourire, dit Rachel.
Elle ne s'en doutait sûrement pas, mais sa remarque me sauvait la vie.
— C'est sûrement parce que tu ne lui as jamais raconté de blague drôle, rétorqua Albus du tac au tac.
— Toutes mes blagues sont à mourir de rire. Malefoy n'a simplement jamais eu le privilège d'entendre les miennes.
— Toutes tes blagues, tu en es bien certaine ? commençai-je à la railler.
— Hum, oui, vous ne connaissez donc pas la blague des deux saucisses dans le micro-onde ? fit Albus en imitant la voix aiguë de Rachel.
Cette dernière explosa de rire. Rachel racontait toujours cette blague. Elle était toujours la seule à se marrer à la fin.
— La chute est super drôle.
— Elle n'a toujours dérider que toi.
— Ce que je trouve absolument fascinant avec cette blague et toi, c'est que, quelque soit le nombre de fois que tu la racontes, elle te fait toujours glousser, dit Albus en se moquant ouvertement de la blonde.
— Mais ce sont deux saucisses dans un micro-ondes ! s'indigna-t-elle en roulant des yeux, toujours sidérée que cette blague ne nous amuse pas.
— Et elles parlent ! ajouta-t-elle comme s'il s'agissait d'un truc complètement fou.
Albus et moi nous nous regardâmes avant de laisser éclater notre hilarité. Un petit sourire satisfait s'étira sur les lèvres de Rachel.
— Vous voyez, c'est drôle.
On aurait dit qu'elle tentait de nous expliquer à quel point il était capital de s'esclaffer devant cette blague.
Je surpris alors le regard de Scorpius, à l'autre bout de la salle. C'était comme si ses yeux m'avaient appelés et que j'avais automatiquement réagi en tournant la tête vers lui. Cette sensation me prit complètement au dépourvu. J'eus comme l'impression que mon âme quittait mon corps pour mieux observer Malefoy. D'un geste du menton, il m'indiquait l'immense double battant de la Grande Salle. Je compris qu'il voulait que je le rejoigne dehors. Je dissimulais la surprise que sa demande avait fait naître en moi, ainsi que ce petit sentiment de satisfaction qui s'était niché entre mes intestins et trouvai rapidement un prétexte pour fausser compagnie à mes amis. J'avais encore un peu de temps devant moi avant le début des cours.
Lorsque je sortis de la Grande Salle et que j'arrivai dans le Hall du château, je ne vis Scorpius nulle part. Comprenant que ce connard s'était bien payé ma tête, je me dirigeai d'un pas furibond vers mon dortoir, fomentant un plan de vengeance (avec quelque chose de bien pire que de pauvres Niffleurs cette fois), quand un bruit attira mon attention.
Je me pétrifiai et tournai la tête dans tous les sens. Le Hall était plein d'élèves qui s'apprêtaient à aller en cours, mais je ne voyais pas de tête blonde. Une main froide attrapa soudain mon poignet et me tira sur le côté, m'attirant dans une alcôve que je n'avais jamais remarquée auparavant, et dissimulée par une énorme tapisserie qui aurait mérité un bon Récurvite. Sans réelle surprise, je me retrouvais le souffle court contre Scorpius. J'étais obligée de me dévisser la tête pour le regarder dans les yeux tant il était grand.
Son parfum de menthe poivrée me prit aussitôt la gorge et il me fallut un petit moment avant que mes yeux ne s'adaptent à l'obscurité.
— Je te manquais ? raillai-je à l'intention de Scorpius.
Mais ça ne le fit pas du tout rire.
— Bah alors quoi, tu as bouffé du dragon ce matin ?
— Non, répondit-il laconiquement.
Son flegme m'agaça prodigieusement. Je me détachai de sa poigne et croisai les bras sur la poitrine. S'il pensait que j'allais m'intéresser à son cas, il se mettait la baguette dans l'oeil jusqu'au coude.
— J'ai mal dormi, avoua-t-il finalement.
— Et c'est pour ça que tu es aussi aimable qu'une porte de prison ? rétorquai-je à présent de mauvaise humeur également.
— Non, mais c'est pour ça que j'ai envie de faire ça.
J'allais lui demander ce qu'il entendait par "ça" quand ses lèvres s'aplatirent brusquement sur les miennes. Instinctivement, je nouais mes bras autour de sa nuque en fermant les yeux. Scorpius me rapprocha de lui et je me mis sur la pointe des pieds pour réduire à néant le mince espace qui existait encore entre nos deux corps. C'était incroyable que des baisers me mettent dans un tel état.
Tout mon corps entrait en fusion. Sa langue vint chercher la mienne, léchant ma bouche au passage, ce qui me fit gémir. J'adorais quand il faisait ça. La sensation de sa langue glissant sur ma lèvre, souvent suivie de celle de ses dents qui venaient cueillir ma bouche, comme s'il mordillait dans un fruit juteux, me rendait complètement folle de désir.
A travers son baiser, Scorpius faisait passer une frustration que je n'aurais jamais soupçonnée chez lui. Tout était un peu brutal, saccadé, précipité. Nos souffles étaient courts. Il faisait sauter toutes les barrières qu'il avait installé entre nous. Au moins autant excitée que lui, je le poussais brutalement contre le mur, au fond de l'alcôve. Scorpius grogna lorsque ses omoplates se cognèrent contre la pierre froide et tira sur l'arrière de mes cheveux. J'interrompis le baiser pour le fusiller du regard mais il me lança un sourire en coin qui fit fondre tous mes organes.
Choquée, je réalisai que je n'avais jamais vu ce genre de sourire sur ses lèvres. Sans me laisser le temps d'y réfléchir davantage, il m'attira encore à lui et au lieu de reprendre possession de mes lèvres, il se mit à suçoter mon lobe d'oreille.
La sensation était incomparable. Il avait positionné sa main froide autour de mon oreille, son pouce caressant lentement ma joue et le reste de sa paume maintenant mon lobe entre ses lèvres chaudes et humides. C'était comme si on aspirait toute la chaleur de mon corps par ce petit bout de peau, tout en diffusant dans chacun de mes atomes des décharges pures de plaisir, qui arrivaient sur moi comme des vagues. Je me rendis compte que je haletais.
Son autre main était calée au creux de mes reins, et m'attira plus encore contre lui. Je crus que j'allais m'écrouler tant mes jambes étaient chancelantes mais Scorpius me maintenait trop fermement contre son torse dur pour que je tombe. Sa langue vint titiller mon lobe. Mes genoux tremblaient. J'étais obligée de m'agripper à lui pour ne pas m'écraser au sol. Cela le fit ricaner.
— Je te tiens, souffla-t-il contre mon oreille d'un ton rassurant.
J'eus presque envie de fondre en larmes tant sa voix était belle. Ses inflexions chaudes me rendaient toute chose. Ma voix off me hurla de me ressaisir. Ma libido la réduisit immédiatement au silence.
— Je sais, murmurai-je, le visage dans son cou.
Scorpius déposa une myriade de bisous mouillés le long de ma mâchoire, de mon lobe jusqu'à mon menton. Ses mains redescendirent tout le long de mes bras, de mon dos, elles glissèrent sur mes fesses et remontèrent sous ma jupe, pour venir s'échouer sur mes hanches. Je dévisageai le Serpentard et déglutis avec l'impression que quelqu'un avait suspendu le temps. Ses iris gris semblaient avoir été avalés par leur coeur noir. Il avait la bouche entrouverte et son souffle mentholé venait caresser mon visage au rythme de sa respiration lente et profonde. Il était si beau. Son regard, comme du métal en fusion, me tuait, me brûlait la rétine.
Le temps reprit son cours au moment où, sans me quitter des yeux, Scorpius enfonça l'un de ses doigts au plus profond de ma féminité étroite. Surprise par le contact excitant de son index froid je sursautai et lâchai soudain un râle de plaisir. L'autre main de Scorpius s'envola tout de suite pour couvrir ma bouche et étouffer mon gémissement. Ses yeux s'étaient faits narquois. J'avais complètement oublié que de l'autre côté de la tenture, le monde Poudlardien continuait de tourner.
Me le rappeler redoubla mon excitation. Mon sexe se fit plus humide, plus grand. Scorpius n'avait même pas remué le doigt. Je l'implorai du regard et il me fit un petit signe de dénégation qui m'énerva, comme s'il refusait un caprice d'enfant. Je décidai de prendre le contrôle des opérations en entamant moi-même des va-et-vient sur son doigt tendu, en ondulant le bassin. En me voyant faire, Scorpius réprima un rire et introduisit un deuxième doigt glacé entre mes chairs.
Je me serrai contre lui, le maudissant intérieurement. La pulpe de son pouce vint taquiner mon bouton de chair. Je me retrouvais toute frémissante et transpirante entre ses bras, en train de lutter pour ne pas gémir. Je n'aimais pas beaucoup l'idée de réprimer mes râles de plaisir, comme s'ils m'aidaient à jouir.
Finalement un peu agacée de me sentir comme une petite chose fragile dont la satisfaction dépendait des mouvements que Scorpius insufflait ou non à ses doigts en moi, je retirai sa main de sous ma jupe en fuyant ses iris. Je n'osai rencontrer à nouveau ses prunelles que lorsque je me fus mise à genoux devant lui et que j'eus défait la boucle de sa ceinture. Si je me fiais à son regard lubrique et la bosse qui déformait sa braguette, il était super excité. J'esquissais un rictus carnassier tandis qu'il haussait un sourcil dubitatif. Il était temps que je renverse la situation.
L'idée de prendre Scorpius dans ma bouche m'excitait et m'angoissait à la fois. J'avais rarement pratiqué ce genre de… gâterie et je savais que je manquais d'expérience et de confiance en moi. J'ignorais s'il allait aimer. Ce fut avec un grand désir de faire mes preuves et d'être à la hauteur que je fis glisser son pantalon sur ses hanches, avant de libérer son sexe de son caleçon. Savoir que Scorpius me dévisageait la respiration sifflante ne m'aidait pas non plus.
Je posais doucement mes mains sur ses cuisses pour apaiser mes tremblements et je sentis immédiatement les muscles de Scorpius se tendre. Lorsqu'il fit glisser ses mains dans mes cheveux, je me tétanisai. Il me força à relever le menton pour que je le regarde dans les yeux. J'eus la stupéfaction de découvrir sur ses lèvres un sourire franc et sincère.
— Tu n'es pas obligée tu sais, dit-il doucement.
Ca partait très certainement d'un bon sentiment, mais sa déclaration déclencha un feu de rage en moi. Il ne m'en croyait pas capable ou quoi ? Pour le provoquer et le surprendre, je fis lentement glisser ma langue de la base de son sexe jusqu'au gland, sans le quitter des yeux. A ma grande surprise, je me délectai aussitôt de sa réaction, qui fut instantanée. Il avait renversé la tête en arrière contre le mur et fermé les yeux une seconde en se retenant manifestement de gémir.
J'eus envie de rire aux éclats pour me foutre de sa gueule mais me retins, préférant nettement le prendre dans ma bouche. Je fis bien attention à ne pas laisser mes dents entrer au contact de sa chair que je savais sensible — j'avais lu dans un magazine que c'était le dernier truc à faire — et commençai à entamer de lents va-et-vient en montant et redescendant sur son sexe concupiscent. De temps en temps, ma langue venait jouer sur son épiderme. J'étais incrédule par la douceur de ce morceau de chair engorgée. Je salivais énormément. J'aimais ça et j'avais chaud.
L'exercice en lui-même ne m'excitait pas particulièrement. En revanche, les réactions de Scorpius me rendaient complètement folle. Je n'avais qu'une seule envie, l'entendre me supplier de l'achever. Il était à ma merci et cette sensation me faisait planer tout en haut des montagnes de ma libido. Je pouvais sentir ma culotte complètement trempée, déjà mise à mal par le traitement que m'avait infligé les doigts du Serpentard quelques minutes plus tôt.
Au bout d'un moment, j'empoignai le pénis de Scorpius pour accompagner le va-et-vient de ma bouche et prendre un rythme plus soutenu. Cela sembla le rendre complètement ivre de désir. Je sentis une bulle de chaleur éclater dans ma poitrine lorsqu'il tira légèrement sur mes cheveux. Je compris qu'il ne contrôlait plus vraiment ses mouvements, se laissant complètement emporter par le plaisir que je lui procurais. J'étais très fière. Si son sexe n'avait pas été dans ma bouche et à deux doigts d'éclater, j'aurais eu un grand sourire.
Toujours en le suçant, je le fixai du regard. Ses prunelles étaient plongées dans les miennes. Il se mordait la lèvre inférieure, comme pour s'empêcher de gémir. Ca m'excita. Finalement, il mit fin lui-même aux réjouissances en me détachant de lui. Je me renfrognai, comme vexée. Je venais de perdre le contrôle. A une vitesse fulgurante, Scorpius me remit debout, me retourna de façon à ce que mon dos soit contre son torse, et ma poitrine écrasée contre le mur de pierre et me retira ma culotte en la faisant tout juste glisser sur mes cuisses, sans même prendre la peine de me la retirer complètement. Alors, son sexe plongea en moi, m'arrachant un long soupir de contentement.
— Tu crois que je n'ai pas compris ce que tu cherchais à faire ? susurra-t-il à mon oreille.
Il mordit mon lobe et j'eus un petit rire nerveux. Scorpius commença à s'activer en moi, ses mains agrippées à mes hanches. Impossible de savoir ce qui faisait pulser mon coeur aussi rapidement et ce qui réchauffait la moindre parcelle de mon corps au point de me donner l'impression qu'on m'avait plongée dans une cuve d'eau bouillante. Peut-être la sensation du sexe de Scorpius plongé en moi, me remplissant. Peut-être le coulissement de son chibre entre mes chairs tendres. Peut-être la façon dont il était obligé de plier et tendre les genoux pour me pilonner. Peut-être l'ondulation de son ventre au rythme de ses à-coups. Peut-être le choc répété de nos deux bassins qui se heurtaient. Peut-être la chaleur de ses paumes sur ma peau. Peut-être bien qu'il s'agissait tout simplement des ses doigts qui m'empoignaient avec plus de force à chacun de ses coups de reins, de nos gémissements étouffés ou encore de la sueur de son corps contre le mien.
Toujours était-il qu'avec mes mains ouvertes contre le mur et mes jambes tremblantes à cause de ses assauts pleins de désir, j'étais au bord de la jouissance tant c'était bon. Mais je la contournais, je la sentais à ma portée, proche, sans qu'elle ne veuille venir éclater en moi.
— T'arrête pas, suppliai-je d'une voix rauque.
Le souffle irrégulier de Scorpius s'échouait dans mon cou et caressait mon visage. Un incendie régnait dans mon bas-ventre et brûlait tout sur son passage.
— Tais-toi, rétorqua-t-il, son haleine à la menthe chatouillant mes joues.
— T'es un con, grognai-je.
Il donna un coup de rein plus franc que les autres, clairement provocateur. Excitée et agacée, je hoquetai de stupeur. J'allais le décapiter. Je n'avais jamais été énervée en couchant avec un garçon et je goûtais cette nouvelle émotion avec délectation, sans la moindre prudence. Je compris bien plus tard que c'était ce qu'on appelle la passion.
Je regrettais que le mur face à moi ne m'offre pas la moindre prise à laquelle me raccrocher. Deux petits soleils avaient pris place sur mes joues. A chaque nouvel assaut de Scorpius, je devais me mordre les lèvres pour empêcher mes gémissements de s'échapper. Les soleils sur mes pommettes diffusaient leur chaleur dans tout mon corps. Chacun de mes membres irradiait. Je rayonnais d'un plaisir brut, par salves toujours plus puissantes, toujours plus intenses. J'avais le souffle coupé par le plaisir, la respiration erratique. J'étais bien…
Scorpius souffla dans mon cou. Il venait de finir et je savais que ça signifiait la fin des réjouissances pour moi également. Je repris brusquement à nouveau contact avec la réalité, avec force. J'avais l'impression qu'on venait de m'envoyer droit contre un mur. Ce qui, littéralement, était un peu le cas.
— Ca va mieux ? demandai-je à Scorpius.
Il me lança un regard noir et commença à se rhabiller en m'ignorant.
— Malefoy je te parle.
Pas de réponse. Je lui donnais un coup de pied dans le tibia.
— Aïe ! Merde Weasley qu'est-ce qui débloque dans ta tête ? beugla-t-il entre ses dents en se tenant la jambe.
Les mecs étaient tous des chochottes.
— Il ne fallait pas m'ignorer.
— Ne compte pas sur moi pour m'épancher sur mes états d'âme, Weasley.
— Dans ce cas, ne compte pas sur moi pour te servir de vide-couilles.
Il me lança une oeillade outrée.
— Je ne te prends pas pour... enfin tu vois quoi.
— Alors arrête de te comporter comme si c'était le cas, rétorquai-je en croisant les bras.
— Très bien, dit-il d'un ton sec, oui, je me sens mieux, c'est bon, tu es contente ?
— Oh mais ton plaisir fait le mien, raillai-je avec un grand sourire.
Il leva les yeux au ciel.
— Génial.
— Maintenant tu vas m'expliquer pourquoi tu t'es jeté sur moi comme la pauvreté sur le monde ?
Il n'aurait pas paru plus ahuri si je lui avais annoncé que je projetais d'adopter des Scroutt à Pétard en Mongolie.
— Coucher avec toi ça… euh…
— Défoule ? Permet de penser à autre chose ? D'oublier ses problèmes ? proposai-je.
— Oui, acquiesça-t-il d'un ton lent après m'avoir dévisagé bizarrement.
— C'est mal dormir qui te donne l'impression que tu es tout vide à l'intérieur ?
Scorpius ne répondit pas, mais il tourna la tête sur le côté, ce qui à mes yeux, voulait clairement dire "oui".
— Tu te sens moins vide ? poursuivis-je alors.
Sa mâchoire se contracta.
— Arrête de me poser des questions, m'ordonna-t-il.
— Pourquoi ?
— Parce que c'est pénible.
— Moi ça me saoule que tu répondes pas.
— Ne te fais pas plus bête que tu ne l'es Rose Weasley. Tu connais très bien les réponses à ces questions.
Je me renfrognai. Scorpius me caressa lentement le bras, par-dessus ma cape, ce qui me fit frissonner. Le geste était à peine érotique. C'était intime et ça me fit rougir. Je ne pensais pas qu'il était du genre tactile.
— Ne refais plus ça, lui demandai-je d'une voix sourde et impérative.
Il fronça les sourcils.
— Ca quoi ?
— Me toucher comme si tu étais… Me toucher comme ça.
Son visage se ferma et pendant une microseconde je me maudis de lui avoir demandé un truc pareil.
— D'accord, acquiesça-t-il alors.
Il s'éloigna de moi, prit ses affaires et quitta l'alcôve sans se retourner, me laissant seule et complètement ahurie. Est-ce qu'il venait vraiment de se tailler, juste comme ça ? Mais pourquoi ? Il m'en voulait pour ce que je lui avais dit ou bien coucher avec quelqu'un le laissait-il aussi indifférent que cela ? C'était quoi son putain de problème à la fin ?
Quelques heures plus tard, le regard rivé au plafond de mon baldaquin, je me surpris à rêver d'une bouteille de Whisky Pur Feu et à la brûlure agréable de l'alcool contre ma gorge.
Petit à petit, la personnalité de Scorpius se dessinait sous mes yeux, je commençai à démêler l'énigme qu'il représentait. D'après Albus, Scorpius avait beaucoup hérité de l'éducation de ses parents. Mais c'était déjà le cas de tout le monde. Comment son tempérament s'était-il adapté à son éducation, c'était surtout la question que je me posais. J'étais excitée d'esquisser ces hypothèses, je sentais que j'étais proche d'une certaine vérité, peut-être même celle que Scorpius s'employait avec tant de force à me dissimuler.
J'étais à l'époque trop jeune pour renier mon amour de la réussite intrinsèquement liée à mon refus de l'échec. Si j'avais été plus mature, plus perspicace, j'aurais compris que découvrir qui était Scorpius Malefoy n'avait absolument rien d'une victoire. Au contraire.
