— Il va falloir qu'on trouve d'autres endroits où faire ça, Weasley.

Je relevai les yeux sur Scorpius, en train de reboutonner sa chemise. Mes genoux tremblaient. Je lissai les plis de ma jupe pour remettre de l'ordre dans ma tenue et me donner une contenance.

— Qu'est-ce que tu reproches aux salles de classe vides ? demandai-je, essayant de prendre un ton détaché.

Scorpius fit les gros yeux et désigna les lieux d'un geste évocateur. D'accord, les salles de classe désaffectées étaient inconfortables mais c'était toujours mieux qu'un mur (merci les articulations, ici au moins, on avait des chaises et des tables) ou n'importe quel endroit de ce château beaucoup trop exposé à la curiosité mal placée de nos camarades.

— Tu n'en as pas assez de coucher dans un nid de poussières ? lança-t-il d'un air supérieur.

Je ricanai moqueusement.

— Pauvre chou, raillai-je.

Il balaya ma remarque d'un geste nonchalant de la main et poursuivit.

— Qu'est-ce que tu penses de la Salle de bains des Préfets ? proposa-t-il.

— Tu veux qu'on risque notre badge pour s'envoyer en l'air ? m'insurgeai-je, atterrée.

Il poussa un soupir agacé.

— On risque déjà notre badge en faisant ça ici, rétorqua-t-il d'un ton sec.

— C'est différent. Personne ne vient jamais ici. Tu sais quel est l'intérêt des salles condamnées Malefoy ? Elles sont condamnées.

— Très bien, répondit-il sèchement. Pourquoi pas mon dortoir alors ?

Je le réprouvai d'un regard.

— Je ne sais pas si ton orgasme a atteint certaines parties de ton cerveau au point de les détériorer Malefoy, mais au cas où tu aurais oublié, nous ne sommes pas dans la même maison.

— Tu n'en as pas marre ? souffla-t-il d'un ton rageur.

— De quoi ? réclamai-je.

— De ruiner toutes mes propositions !

Il s'avança vers moi alors que je remettais ma cravate en place. Il posa ses mains sur mes hanches. Un frisson parcouru mon échine quand il se mit à chuchoter à mon oreille.

— Imagine : toi et moi dans un lit, toute une nuit, sans craindre aucune sonnerie, qu'aucun élève ne nous interrompe. Je pourrais te faire jouir des douzaines de fois avec une opportunité pareille, je m'occuperais de toi…

Il ponctua sa phrase en mordant mon lobe d'oreille. Le volcan situé dans la zone sud de mon anatomie explosa, répandant sa lave brûlante dans toutes les parcelles de mon corps. Mes genoux se remirent à trembler.

— D'accord, dis-je d'une voix rauque.

Je sentis sa joue frémir contre les miennes. Il souriait. La seconde d'après, ses lèvres étaient sur ma bouche, m'embrassant avidement, enflammant la lave dans mes veines. Je répondis à son baiser en entourant sa nuque de mes bras, en rapprochant son corps fiévreux du mien, en gémissant dans sa bouche et en faisant danser ma langue avec la sienne. Puis il recula soudain d'un pas et rompit brutalement cette nouvelle étreinte. Je baissais les yeux sur mes chaussures un peu trop lustrées pour cacher mes joues rouges. Pourquoi est-ce que chacun de ses baisers me mettait dans un tel état d'excitation confuse ?

— Excuse-moi.

— Pour quoi ? demandai-je osant enfin relever les yeux sur lui.

Son visage était de marbre. J'eus envie de le gifler. Ou l'embrasser. Ou peut-être un étrange mélange des deux, je ne savais pas très bien.

— On devrait juste se contenter de coucher ensemble.

Je ne répondis rien et déglutis. Il avait raison. On aurait dû s'en contenter.

— Tu me retrouves à minuit à l'entrée des cachots ? proposa-t-il, l'air imperturbable.

— D'accord, répondis-je sans réfléchir, trop occupée à me demander si j'étais capable de me contenter de "simplement" coucher avec lui.

Il quitta la pièce dans un froissement de cape. La réalité me gifla autant que le froid dont je fus assaillie lorsqu'il déserta les lieux. Ma peau tressaillit sous l'assaut de frissons. J'agitai ma tête pour me remettre les idées en place et me rendis en classe l'esprit ailleurs.

Comment est-ce que Scorpius comptait me faire entrer dans son dortoir ? Quelqu'un allait forcément nous remarquer. Et comment est-ce que j'allais quitter mon propre lit sans que personne ne me voie partir ? Comment allais-je encore mentir à Rachel ? Et si le concierge ou un professeur m'attrapait ? Comment allais-je justifier ma présence ?

Mon cœur se mit à battre un peu plus vite sous l'effet de la panique. En même temps… Le jeu n'en valait-il pas la chandelle ? Et si j'arrivais enfin à jouir ce soir ? Je mordis ma lèvre, imaginant que c'était lui qui tourmentait ma bouche. Ma poitrine se mit à palpiter, mon souffle se fit court, je me tortillai sur ma chaise, pas très à l'aise.

— Rose ?

Je sursautai, interrompue dans ma rêverie et Rachel réprima un ricanement moqueur.

— Ca va ?

Je grognai. Elle m'interrompait dans mon fantasme éveillé pour ça ?!

— Ouais.

Ses yeux pétillèrent de malice.

— A quoi tu pensais ?

Je piquai un fard.

— Oh mon dieu, chuchota-t-elle.

Putain. Elle avait tout compris. J'étais grillée. Je plongeai le nez sur mes pattes de mouches en me cachant derrière un rideau de cheveux.

— Rose ?

— Chut, j'écoute le cours.

— De quel cours tu parles ? On est en Histoire de la Magie ! railla-t-elle.

Je soupirai. Elle enfonça son coude dans mes côtes.

— Aïe !

— A qui tu pensais ? reprit-elle.

Ma poitrine explosa. Je chassai l'image de Scorpius qui tentait d'élire domicile dans mon cerveau.

— Personne, éludai-je.

— Roh allez tu peux me dire quand même. Tu sais bien à qui moi je pense en permanence.

— C'est complètement différent. J'ai deviné avant toi à qui tu pensais. En plus tu es amoureuse.

— Et pas toi ?

Je me maudis d'avoir parlé de sentiments.

— Merlin, non !

— Alors quoi ? Tu fantasmes juste ?

— Ca fait un moment que j'ai dépassé ce stade, grommelai-je d'une voix sourde.

Elle eût une moue songeuse avant d'écarquiller brusquement les yeux. Je risquai un regard vers elle, redoutant le pire.

— Par le caleçon de Merlin ! Tu couches avec lui ? s'exclama-t-elle d'une voix triomphante.

— Moins fort !

Heureusement, le reste de la classe semblait somnoler de concert, bercé par la voix du professeur Binns. Rachel croisa les bras et eût une grimace désapprobatrice. Formidable.

— Pourquoi tu ne m'en as pas parlé ? attaqua-t-elle.

— Parce que c'est sans importance, rétorquai-je du tac au tac, un peu agacée qu'elle ait deviné tant sans que je ne lui ai confié quoi que ce soit.

— C'est du sexe, c'est forcément important.

— Pas avec lui.

Les yeux de Rachel s'étrécirent en deux minces fentes de curiosité. Merde. J'en avais trop dit ou trop peu.

— Est-ce que je le connais ?

— Oh mon dieu Rachel, tu n'arrêtes jamais.

— Bah dis-moi aussi ! s'impatienta-t-elle.

— Non.

Une pellicule de sueur collait mes cheveux à mon front. Mes mains étaient si moites que je devais les passer toutes les deux minutes sur les plis de ma jupe pour les sécher. Rachel eut un mouvement de recul et je vis clairement dans son regard que je venais de la blesser.

— Il tient à ce que ça reste entre nous, expliquai-je, penaude.

En réalité, Scorpius et moi n'avions jamais réellement discuté de la confidentialité de nos ébats depuis notre premier baiser. Mais dans la mesure où ceux-ci avaient toujours lieu en secret et que personne dans notre entourage n'était jusque là au courant de quoi que ce soit, il était évident que le secret était de mise.

— Pourquoi ? insista Rachel.

Je claquai la langue contre mon palais.

— Parce que ce n'est pas important, justement.

Ses yeux se plissèrent, pleins de suspicions mais elle sembla lâcher l'affaire. Au lieu de me sentir soulagée, je poussai un soupir las et reportai ma maigre attention sur mes notes alors que la culpabilité gonflait au milieu de mon ventre. Je venais de briser quelque chose entre Rachel et moi. Pour me distraire, je recommençai à imaginer comment Scorpius allait s'occuper de moi ce soir. Et comment je m'occuperai de lui, aussi…

Je refermais les rideaux de mon baldaquin, les paumes plus moites que jamais. Dire que je crevais de trouille était un euphémisme. Pendant une seconde, j'envisageais de rester dans mon lit et de prétendre auprès de Scorpius que je m'étais juste endormie. Il ne me croirait jamais. J'entendais déjà ses railleries. Je passais les heures suivantes dans un stress grandissant. Et si les filles n'étaient pas endormies au moment ou je quitterais le dortoir ? Et si je m'endormais ? Les sueurs froides qui coulaient sur mon dos laissaient sur mes draps une affreuse sensation.

Le temps passa et quand le dortoir ne laissa échapper que les respirations lentes et profondes de mes camarades endormies, je regardai ma montre : c'était l'heure. Je tendis tout de même l'oreille, à l'affût du moindre gémissement dans le dortoir ou de la moindre respiration qui m'aurait indiquée que quelqu'un était encore éveillé. Miraculeusement, tout le monde semblait dormir.

Je quittai le dortoir sans un bruit, descendis les escaliers, traversai la salle commune complètement déserte et franchis le portrait de la Grosse Dame qui essaya de me retenir entre deux bâillements.

— Hé toi ! Reviens là, tu n'es pas autorisée à sortir à cette heure là !

Je rabattis la capuche de mon sweat. Baguette au poing, les sens à l'affut, je guettais l'obscurité dans la crainte que quelqu'un surgisse et me demande ce que moi, Rose Weasley, Préfète et élève émérite, faisait ici et à cette heure ci.

Mais quelque chose de plus important me préoccupait. Oui, j'avais envie de coucher avec Scorpius et j'avais même fantasmé dessus toute la journée ; mais contrairement à d'habitude, ce n'était pas parce que j'étais énervée, stressée ou que j'avais envie d'évacuer cette rage intérieure qui m'habitait parfois. Pour la première fois, ça n'allait pas arriver à cause d'une impulsion soudaine et irrépressible. Or, c'était précisément parce que rien n'était jamais prévu que c'était si salvateur. Et si, avec ce soir, mes moments d'égarements avec Malefoy perdaient de leur saveur ?

Je me rendis alors compte que j'étais arrivée devant les cachots et eus un moment de panique. Et s'il n'était pas là ? L'espace d'une seconde, tous mes organes s'évaporèrent et j'arrêtai de respirer, comme si le temps s'était arrêté avant de reprendre soudain son cours avec brutalité. Adossé au mur, Scorpius, toujours vêtu de son uniforme, croisait les bras dans une pose nonchalante. Ses yeux vrillaient les miens avec une intensité peu habituelle. Tous mes organes revinrent brusquement à leur place, chargés de plomb. Je déglutis et avançai lentement vers lui tout en réfléchissant à ce que j'allais bien pouvoir lui dire. Etais-je supposée l'embrasser ou simplement lui dire "bonsoir" ? Mon cœur battait si fort dans ma poitrine que je pouvais l'entendre cogner contre les parois de mon crâne, occultant tous les autres sons.

— Je me suis demandé si tu allais venir, avoua Scorpius d'un ton détaché.

Mon cœur rata un battement.

— Je me suis demandé aussi, confessai-je à mon tour.

— Qu'est-ce qui t'a décidé ?

— Pourquoi ça t'intéresse ? rétorquai-je sur la défensive.

— Du calme, tigresse, j'étais juste curieux.

Scorpius s'éloigna du mur sur lequel il était et s'avança vers moi d'une démarche féline et souple. Sans me quitter du regard, il s'empara de ma main gauche et m'attira doucement à lui. J'étais pétrifiée.

— Dis-moi, Weasley, dit-il en remettant une mèche de mes cheveux derrière mon oreille ce qui me fit frissonner de la tête aux pieds, pourquoi est-ce que je te sens aussi tendue ?

Je déglutis. J'aurais voulu hausser les épaules et dissimuler ma nervosité mais j'en étais incapable. Alors je bégayai une réponse stupide.

— Qu'est-ce qu'on est en train de faire, Scorpius ?

Il recula d'un pas, comme si ma question l'avait physiquement percuté.

— De quoi tu parles ?

— Je ne comprends pas pourquoi on s'est donné rendez-vous pour ça.

— Tu n'en as pas envie ?

— Si.

— Alors où est le problème ?

Je rougis sans répondre. Scorpius esquissa un rictus railleur et je le fusillai du regard, bien que consciente qu'avec mes joues cramoisies je ne devais pas être très menaçante. Puis sans un mot, ma paume étant toujours dans la sienne, il m'entraîna dans le dédale glacial des cachots. Arrivé devant un pan de mur de pierre, Scorpius chuchota ce qui devait être un mot de passe et que je n'entendis pas. La pierre s'ouvrit sur ce qui devait être la Salle Commune des Serpentard, heureusement, complètement vide. Je détaillais tout avec attention. La pièce était tout en longueur et baignée d'une étrange lumière verte qui se reflétait sur les murs de pierre et qui conférait au lieu une atmosphère mystique. Après un coup d'œil, je devinais qu'elle se trouvait sous le lac. De gros fauteuils de cuir noir étaient répartis un peu partout.

Remarquant ma curiosité et mon intérêt, Scorpius s'arrêta avec un sourire en coin.

— Je suis désolé, on ne fait pas de cartes postales, plaisanta-t-il.

Je lui lançai une œillade sans émotions.

— Est-ce que tu savais qu'il n'y aurait aucun élève ?

— Je me suis arrangé pour qu'ils dégagent tous dans leur dortoir il y a une heure.

— Comment tu as fait pour les convaincre ?

Il me dévisagea comme si j'étais stupide.

— Je suis aussi Préfet, au cas où tu aurais oublié.

Je levais les yeux au ciel.

— Tu n'as aucune morale.

— Dit-elle alors qu'elle vient d'enfreindre le règlement, rétorqua-t-il sur un ton léger.

Il marquait un point.

— Est-ce que vous pouvez apercevoir le calamar géant d'ici ? ne pus-je m'empêcher de demander.

Scorpius ricana.

— Non.

Je vis qu'il se retenait de rire aux éclats. De toute évidence, il se moquait de moi. Je me renfrognai.

— Quoi ? râlai-je.

— Tu vas t'énerver.

— Dis-moi.

— T'as l'air d'un genre de groupie.

Outrée et offusquée je lui enfonçais mon poing dans l'épaule...Ce qui eût simplement pour effet de le faire rire un peu plus fort.

— Arrête de me faire rire ! On va réveiller tout le monde !

— Arrête d'être aussi con aussi ! Comment tu peux être sûr que tout le monde dort d'ailleurs ? Tu es certain qu'on ne risque rien ?

Il roula des yeux.

— Je ne peux pas être certain pour les autres mais je sais que dans mon dortoir, tout le monde dort.

Il disait ça avec une lueur si malicieuse dans le regard que je le soupçonnai automatiquement d'avoir fait quelque chose d'un peu louche et très certainement réprimandable par le règlement intérieur de l'école. N'avait-il donc aucun principe ?

— Qu'est-ce que tu as fait ?

Il fronça les sourcils.

— A part insonoriser le dortoir et m'assurer que tous les rideaux de baldaquins étaient fermés ? Rien du tout.

Je plissais les yeux, méfiante. Scorpius ignora mon attitude et m'entraîna à sa suite dans son dortoir. A chaque nouvelle foulée, je sentai les battements de mon cœur dans ma poitrine redoubler d'ardeur. Mes sens étaient tant en émoi que je n'arrivais pas à déterminer si c'était dû au stress, à l'excitation ou à l'appréhension de me retrouver dans le lit du Serpentard. Pourtant, compte tenu du nombre de fois où nous avions été intimes, cela n'aurait pas dû m'inquiéter.

Le dortoir de Scorpius était étonnement bien rangé et baigné de la même lueur verte que sa salle commune. Quelques ronflements s'échappaient des baldaquins. Je devinais immédiatement où le lit de Scorpius se trouvait : c'était le seul vide et avec les rideaux ouverts. Je ne m'attardai pas sur ses draps défaits, trop focalisée sur mes explosions cardiaques. D'un geste souple du poignet, il m'invita à investir son lit, et trop heureuse d'avoir enfin quelque chose un poil concret à faire, je m'y assis en tailleur sans rechigner. Il me rejoignit sans un bruit, ferma les rideaux de son baldaquin, l'insonorisa d'un sort et prit place en face de moi.

Soudain plongé dans le noir et dans un silence des plus total, les battements de mon cœur semblaient résonner plus fort et mes joues chauffaient tellement que j'avais le sentiment qu'elles pouvaient éclairer tout le château. Malgré la pénombre, je savais très exactement quelle position Scorpius avait adopté, et quel sourire avait pris place sur son visage. Le dos contre sa tête de lit, les jambes allongées, les bras croisés derrière la tête et les yeux mi-clos, on aurait pu croire qu'il dormait tant il semblait paisible. Pourtant, son souffle lourd et intense m'apprenait qu'il en était tout autre. Peu à peu, les battements effrénés de mon cœur perdirent leur élan, laissant place à ce léger et familier frétillement dans ma culotte.

— Tu comptes me dévisager comme ça encore longtemps ? lança-t-il, narquois.

Qu'est-ce qu'il pouvait être égocentrique ! Sans répondre, je m'approchai de lui d'un mouvement prédateur, et m'assis à califourchon sur lui. Je l'entendis sourire.

— Ne bouge pas, lui intimai-je.

J'avais quelque chose de très précis en tête.

— D'accord, souffla-t-il dans le silence, l'air toutefois un peu inquiet.

Je fermais les yeux et posai mes mains sur son visage. A l'aveuglette, je découvris ces traits que j'aimais et haïssais avec tant de force. Dont les expressions neutres me rendaient folles, et dont les rares sourires mouillaient ma culotte bien plus qu'ils n'auraient dû. J'espérai tout apprendre de cette physionomie, tout en comprendre. Obéissant, il ne remua pas un muscle. Seul son souffle s'échappait lentement de ses narines pour s'échouer sur la pulpe de mes doigts. Je sentais sous mes mains sa peau tendre et lisse ; piquante, là où sa barbe naissante mordait ses joues. Ses yeux sensibles qui bougaient dans tous les sens sous ses paupières. Je parcourai très lentement ses pommettes du bout des doigts et m'attardai sur sa bouche ferme et pleine, curieusement brûlante, dont j'aimais faire le tour. Les yeux fermés, je m'imaginai les contours de son visage comme en plein jour, comme s'il n'avait jamais revêtu aucun masque d'impassibilité.

— Comment est-ce que tu fais ça ? murmura-t-il bien que nous soyons complètement isolé du monde extérieur.

— Comment est-ce que je fais quoi ?

Poussée par une étrange impulsion, j'avais également chuchoté.

Ca. J'ai l'impression que tu es partout à l'intérieur de moi.

Sa confession m'arracha un rictus et une étrange sensation de chaleur au creux de mon bas-ventre se diffusa comme un parfum d'ambiance dans tous mes membres. Je déglutis et enfonçai mes mains dans ses cheveux, savourant leur texture soyeuse sous mes doigts et la façon dont ils se pliaient à ma volonté.

Scorpius gémit doucement et se pencha en avant vers moi. Sa main vint se caler dans le creux de ma nuque.

— Je t'ai dis de ne pas bouger, déclarai-je un peu déçue.

Il m'ignora et déposa sa bouche sur la mienne dans un geste si doux et si spontané que je fermai les yeux de plaisir et de délectation, comme lorsqu'on savoure un petit chocolat au cœur liquide et que le goût se répand dans tous les recoins de la bouche.

— Je veux te faire jouir, murmura-t-il tout contre mes lèvres, son souffle m'investissant.

Il passa sa langue sur ma bouche entrouverte, qui se languissait déjà de la sienne.

— Je veux que tu cries mon nom, poursuivit-il.

Il caressa mon lobe d'oreille.

— Je veux qu'à chaque fois que tu croises mon regard, tu repenses à la façon dont je te touche.

Il pinça ma nuque.

— Je vais te toucher comme jamais tu n'as été touchée.

Je penchai la tête en arrière pour lui donner un accès entier à ma gorge découverte et vulnérable. Il y glissa lentement sa langue, me faisant soupirer d'aise. Il souffla sur la trace humide et je frissonnai sous l'assaut de ce désir, et cette étrange sensation de chaud-froid qui me dévorait. Ses mains se faufilèrent sous mon sweat que d'un geste souple, il m'ôta. Dans la pénombre, je pouvais voir la lueur de désir qui dansait dans ses yeux quand il vit mes seins piégés dans la dentelle de mon soutien-gorge.

— Tu es magnifique.

Scorpius m'allongea sur le lit et s'installa au-dessus de moi. Sa cravate vint chatouiller mon nombril. Je l'empoignai et l'utilisai pour rapprocher le Serpentard de ma personne. Scorpius comprit le message et commença à déposer une nuée de baisers mouillés le long de ma mâchoire, de mon cou, sur mes clavicules. Je respirai par à-coups lorsque sa langue s'aventura entre mes deux monts de chair. Ses pouces effleurèrent mes tétons et je mordis ma langue pour retenir un gémissement.

— Lâche-toi, souffla-t-il contre mon ventre, je veux t'entendre gémir.

J'obéis et laissai échapper un son si rauque et si guttural que je doutais un instant qu'il soit réellement sorti de ma gorge. Enhardi par mon attitude, Scorpius libéra mes seins d'un geste abrupt et lécha ma poitrine, retenant mes poignets entre ses mains. Je n'avais jamais été plus heureuse d'être prisonnière de sa poigne. Alanguie par le désir et par ses caresses, je me tortillai sous lui en gémissant. C'était comme si quelqu'un remuait un chaudron de lave dans mon ventre et que la chaleur de celle-ci se répandait dans mon corps. Ma peau était brûlante sous ses doigts et mon souffle plus court que jamais.

Scorpius était partout, il m'embrassait partout, me léchait partout, comme si j'étais une friandise à son bon vouloir qu'il avait décidé de goûter dans tous les recoins de sa bouche, comme s'il voulait en malmener la saveur. Ses mains se détachèrent de mes poignets pour aller jouer avec mes seins. Il caressait mes mamelons tendus avec une lenteur insupportable. J'étais tellement excitée que je pouvais sentir ma culotte trempée contre mon entre-jambes. A bout de souffle, je le repoussai et repris ma place à califourchon sur lui. J'esquissai un sourire lorsque je sentis son pénis prêt pour moi. Lascivement, je frottai mon bassin contre son sexe. Il émit une complainte rauque qui me rendit folle. Je me penchai pour murmurer dans le creux de son oreille.

— Je veux te sentir en moi.

Sans quitter mes yeux, il glissa une main froide dans ma culotte et enfonça un doigt au plus profond de ma féminité. Je gémis. Enfin… J'étais entière.

— Dis mon nom, ordonna-t-il.

Je compris qu'il ne bougerait pas son doigt tant que je n'aurais pas obéi.

— Scorpius…

Il fit lentement coulisser son doigt.

— Plus fort.

— Scorpius.

Son pouce vint presser mon clitoris.

— Plus fort.

— Scorpius… Ah !

Enfin, il s'activait, jouant avec mon bouton de chair, entamant de longs va-et-vient en moi.

— Tu es si chaude…

Je haletai et l'embrassai à plusieurs reprises, murmurant son nom entre deux baisers, gémissant et ondulant sur son doigt tendu, galvanisée par les salves de désir dont j'étais prise. Scorpius retira son doigt, m'allongea sur son lit et dans un geste précipité, retira mes derniers vêtements. J'étais nue et offerte à ses yeux luisants de désir. Ses mains se baladèrent partout sur mon corps, laissant derrière eux un sillon enflammé et humide, dernier vestige du plaisir qu'il venait de me donner. La respiration sifflante, je me tortillai sous ses imprévisibles caresses, le cœur en émoi, mon sexe palpitant d'impatience. Scorpius semblait se délecter du spectacle que je lui offrais. Sa bouche frémissait mon nom après chaque baiser déposé sur mon épiderme.

Quand il ouvrit mes cuisses, en lécha les contours et plongea sa langue contre ma féminité, j'étais au bord d'une apoplexie dionysiaque. Je lâchais un soupir animal et empoignai les cheveux du blond. Galvanisé, il enhardi ses coups de langues, joignit ses doigts au ballet de sa bouche, sans me laisser un instant de répit. La jouissance coulait sur moi, en moi, déborda de mon corps. Mes membres se mirent à trembler. Ma poitrine se couvrit de sueur. Mon vagin palpitait si fort que j'avais la sensation que c'était le cœur que j'avais entre les cuisses.

A bout, il se releva sur ses coudes et se débarrassa de ses vêtements. La seconde qui suivit, il plongeait son membre dur en moi et je lâchais un long gémissement. Le désir montait en moi à chacun de ses à-coups. Nous soupirâmes de concert, chacun de nos souffles à chaque fois plus pressés, plus lourds. Je me mis à accompagner chacun de ses mouvements, à griffer son dos, empoigner ses cheveux, sentir son haleine qui frôlait ma bouche. Je me raidis quand son corps se fit plus lourd sur le mien. Je tendis les jambes, les écartais, allais à sa rencontre, l'incitais à accélérer la cadence. Mon dos se cambra et Scorpius y cala son bras pour me rapprocher de lui. Il s'enfonça de plus en plus profondément en moi. Nos corps luisant de sueurs glissaient l'un contre l'autre, se rencontraient, se heurtaient, se séparaient.

Contre mon oreille, Scorpius grognait, se débattait et je l'encourageais à continuer, ne jamais s'arrêter, à garder son soldat au garde-à-vous. Pilonnée par le plaisir, je criais de plus en plus fort, jusqu'à ce que finalement Scorpius cède à l'appel de sa jouissance et se laisse aller en moi. J'osais un coup d'oeil dans sa direction mais il fuya mon regard. J'attrapai son menton et le forçai à me rendre mon oeillade. Quand enfin, le mercure de ses yeux fondit dans les miens, je me penchais vers lui et l'embrassais langoureusement.

— Merci.

Malgré l'obscurité, je vis que son visage avait retrouvé sa neutralité habituelle.

— Je t'avais bien dit que le lit était une bonne idée.

— Tu sais Scorpius, tu devrais vraiment garder pour toi toutes les phrases qui commencent par "je te l'avais bien dit". Tu n'as plus douze ans.

Il se gaussa et je levai les yeux au ciel. Poussant un soupir résigné, je me redressai et entrepris de me rhabiller.

— Qu'est-ce que tu fais ? m'interrompit la voix inquiète du Serpentard.

— Bah je me rhabille.

— C'est bien ce qui m'inquiète. Tu ne comptes tout de même pas retourner à ton dortoir maintenant, si ?

Je lui lançai un regard entendu, que bien évidemment, il ne pouvait pas voir dans le noir.

— Rose, c'est ridicule.

Il se pencha sur sa table de nuit pour attraper sa montre.

— Il est tard. Tu ne vas pas traverser le château à cette heure là.

— Ça ne t'a pas dérangé quand il s'agissait que je vienne à minuit, rétorquai-je d'un ton dur.

— Ne sois pas ridicule et reste dormir ici. Inutile de risquer une retenue ou une pneumonie pour une nuit de folie.

C'était tout de même bizarre qu'il me propose de rester mais j'étais trop fatiguée et trop repue de contentement pour me disputer avec lui à ce propos.

— D'accord.

Grave erreur, évidemment. Je me réveillai le lendemain matin par des voix de garçons qui ne faisaient rien pour respecter ceux qui tenaient à rester dans les bras de Morphée. Agacée, j'ouvris les yeux, prête à beugler contre ces putois quand je me rappelai soudain avec effroi où est-ce que je me trouvais.

Avec la lumière, je réalisais que je portais le T shirt de Scorpius, enfilé à la va vite au cœur de la nuit, lorsque j'avais eu froid. Je l'avais certainement confondu avec le mien. Le jeune homme était toujours endormi, imperturbable, son torse se soulevant lentement au rythme de sa respiration. Il avait la bouille innocente des enfants. J'esquissais un sourire railleur.

— J'espère que tu ne te moques pas de moi, Weasley.

Je sursautai, surprise.

— Je n'oserais pas.

Scorpius ouvrit un œil et me contempla sous le couvert de ses cils.

— Menteuse.

Il m'attira contre son torse nu, me forçant à me rallonger à ses côtés et m'enlaça. Encore dans les vapes, je me laissai faire. Il avait la peau chaude, veloutée, qui sentait bon la menthe.

— Malefoy ?

Il grogna.

— Comment je vais faire pour sortir de ton dortoir et de ta salle commune sans que personne ne me remarque ?

— On va attendre que tout le monde parte et te trouver un déguisement. Maintenant arrête de parler et rendors-toi.

— Je parle si j'en ai envie.

— Très bien mais laisse-moi dormir.

Je poussai un soupir dépité. Qu'est-ce qu'il pouvait être agaçant parfois ! Rêvant de l'étrangler, je fermai les yeux et pris le parti de me détendre. Je me rendormis rapidement, bercée par l'odeur et la respiration de Malefoy.

Lorsque j'ouvris les yeux, quelques heures plus tard, j'étais seule dans le lit. Avec un mouvement de panique (est-ce qu'il s'était barré en me piégeant dans son dortoir ?) je me relevais d'un bond. La pièce semblait super silencieuse.

— Malefoy ?

— Ah ! Enfin, elle se réveille !

Il ouvrit le rideau du baldaquin d'un geste vif, laissant entrer la lumière qui me brûla les yeux.

— Hé !

Il était habillé et me tendit un uniforme aux couleurs des Serpentard.

— Enfile ça.

J'obéis, ne masquant pas mon dégoût pour cet uniforme.

— Où est-ce que tu l'as eu ?

— Les elfes.

Je le soupçonnais de mentir mais ne m'attardais pas dessus. Est-ce que la provenance de cet uniforme avait vraiment de l'importance ? Non. Ou du moins, elle ne devait pas en avoir. Je dus élargir la jupe d'un sort, ce qui me fit penser que peut-être je mangeais trop de Chocogrenouilles. D'un sortilège rapide, Scorpius changea la couleur de mes cheveux. Difficile de passer inaperçue avec les miens et quelques longues minutes plus tard, j'étais sous ma douche, m'efforçant de ne pas repenser à cette nuit riche en émotions.

Une fois de plus, Rachel m'avait traînée à son entraînement de Quidditch, arguant que si j'avais pu me lever aussi tôt, c'était que je débordais d'énergie (comme elle ne m'avait pas vue me lever — puisqu'en réalité je ne m'étais pas vraiment couchée — j'avais inventé une histoire comme quoi je m'étais simplement levée très tôt pour aller à la bibliothèque). Évidemment, je n'avais pas osé la contredire, bien trop effrayée par ses questions.

J'étais donc dans les gradins, des cernes de trois kilomètres courant sous mes yeux et l'esprit toujours embrumé par ma nuit. A ma droite, Arthur était assis, le menton entre les mains, et les coudes sur les genoux. Lui aussi avait l'air fatigué. Ou concentré.

Sur le terrain, James donnait ses directives aux autres joueurs qui effectuaient consciencieusement leurs tractions sur leur balai au-dessus d'eux. J'eus mal pour les bras de Rachel. James lui-même appliquait les exercices, tout en jetant des coups d'œil fréquents à une blonde sulfureuse qui se trouvait en bordure du terrain.

— C'est qui, elle ? demandai-je à Arthur en montrant du doigt la femme en question.

Il me répondit avec un petit rictus.

— Clara Victoria.

Je fronçai les sourcils. Jamais entendu parler, mais au vu de la tronche de Finnigan, j'aurais dû savoir. Arthur remarqua mon air perplexe et leva les yeux au ciel.

— C'était une grande joueuse de Quidditch. Elle a joué pour l'Espagne et quelques équipes allemandes. Aujourd'hui elle est recruteur pour Flaquemare.

— Sérieux ? Ca veut dire qu'elle est là pour voir s'il y a des talents chez les Gryffondor ?

Arthur eut un petit ricanement.

— Cette nana ne se déplacerait jamais si elle n'avait pas déjà en tête une idée du joueur qu'elle veut recruter.

— Oh la vache ! Ils doivent tellement être sous pression ! Tu sais pour qui elle est venue ?

Le blond haussa les épaules.

— Je ne sais pas. On a vraiment de bons joueurs cette année. Je pensais à Rachel au début, mais comme elle n'a pas encore entamé sa septième année, ça ne me semble pas trop crédible. Peut-être James. Ou Jack Sloper.

Voilà qui expliquait pourquoi James semblait sur les nerfs et ne pouvait visiblement pas s'empêcher de dévisager fréquemment Victoria. Ou peut-être était-ce à cause des beaux yeux verts de la jeune femme. Je me plongeai soudain en avant pour mieux observer le terrain. Si James matait quelqu'un d'autre que Rachel, j'allais lui arracher les yeux et les lui faire bouffer.

Toute l'équipe donnait son maximum. Tous les joueurs étaient silencieux au possible et concentré à l'extrême. Finalement, James donna un coup de sifflet, et ils s'élevèrent tous dans le ciel pour entamer des tours de terrain à une vitesse proprement hallucinante. Je suppliais silencieusement pour qu'aucun d'eux ne se blesse. Rachel tournoyait dans les airs avec une telle fureur que lorsqu'elle passait à côté de ses coéquipiers, ceux-ci avaient du mal à tenir sur leur balai. Je vis James la réprimander fermement. En face de lui, Rachel restait droite et fière sur son Nimbus, mais il m'était aisé de deviner qu'à l'intérieur, elle bouillonnait et que James allait passer un très mauvais moment lorsque cette Clara Victoria aurait disparu.

A la fin de l'entrainement, Victoria prononça quelques mots — sûrement d'encouragement — à l'équipe et retourna vers le château en compagnie du professeur Londubat, venu la chercher. Arthur les avait suivi, se fichant bien de voir Rachel ou Albus, que j'attendais devant leur vestiaire.

Je le vis arriver en bavardant gaiement avec ses amis et le spectacle me retourna l'estomac. Fuyant ses deux pôles glacés, je tâchais de l'ignorer et de me concentrer sur mes chaussures d'une banalité affligeante. Je redoutais le moment où je sentirais les prunelles de Scorpius vriller mon dos et où j'entendrai le rire parfait de Zabini retentir autour de moi. Pour autant, ce moment ne vint pas, ce qui curieusement, m'angoissa davantage. Je remuais mes orteils dans mes chaussures vernies et soufflais sur mes doigts pour les réchauffer. J'aurais aimé ne pas être seule, plantée comme une glandue dans l'herbe grasse et gelée à attendre mes amis sans savoir quoi faire.

— Salut, Weasley, me salua poliment Donovan, arrivé à mon niveau.

J'ouvris bêtement la bouche, trop sonnée pour réagir. C'était la première fois en six ans que Donovan me disait bonjour. Il y avait de quoi être choquée. J'entendis le rire piquant de Malefoy.

— T'as perdu ta langue Weasley ? se moqua-t-il.

Je me retournai sur lui, me figeai en voyant son bras enroulé autour des épaules de Zabini, et le tuais du regard, m'efforçant de ne pas repenser à comment sa langue s'était perdue en moi la nuit précédente.

— Va te faire foutre Malefoy, répliquai-je avec hargne.

Pause.

— Et salut, Donovan. Tu attends Albus ? demandai-je aimablement.

Il sourit. Un sourire courtois.

— Qui d'autre ? rétorqua Malefoy, sarcastique.

Ses mots me firent l'effet d'une gifle. Rachel arriva à cet instant, et j'eus un élan d'amour pour elle. James lui courrait après. La blonde m'agrippa le bras.

— Tu es prête à courir ? me lança-t-elle, sans me laisser le temps de répondre, et m'attirant à sa suite d'un pas précipité.

Un peu perdue, je la suivis d'un pas trébuchant, sans un mot ou un regard pour les Serpentard.

— Rachel qu'est-ce qui se passe ?

— Les garçons sont tous des cons, dit-elle pour seule réponse.

Je ne la contredis pas. J'étais bien d'accord là-dessus. Spécialement après la remarque cinglante de Scorpius.

— Davis ! beugla la voix de James dernière nous.

Rachel l'ignora et augmenta l'allure. Je me retournai pour lancer un regard perplexe à mon cousin mais il était trop occupé à fusiller le dos de ma meilleure amie pour me remarquer. Finalement, voyant que Rachel était bien décidée à l'ignorer, il se mit à courir et bien évidemment, nous rattrapa en un rien de temps pour nous faire face.

— Arrête de partir comme ça quand j'essaye de discuter avec toi ! cria-t-il en guise de préambule.

Oh putain ça sentait pas bon du tout ça. Ces derniers jours, la relation James et Rachel avait été particulièrement difficile à suivre. Depuis que la blonde avait prit conscience qu'elle était amoureuse du brun, elle était assez réservée quand il était dans les parages. Et lui, forcément, n'avait rien remarqué de son changement d'attitude et d'humeur. Rachel, d'ordinaire si malicieuse et enjouée, avait développé un nouveau genre de mélancolie agacée. Surtout lorsqu'elle voyait son capitaine parader dans son groupe d'amis, ou bien être au centre de l'attention d'à peu près tout le monde dans ce château. Sans compter ces filles qui pouvaient parfois graviter autour de lui. Elle l'évitait, ne lui parlait plus.

De son côté, on aurait dit qu'il s'investissait deux fois plus dans ses farces, parfois de mauvais goûts et pas particulièrement sympathiques, comme si à travers elles il cherchait à attirer l'attention de Rachel. Il n'avait pas encore compris qu'il n'avait pas besoin de l'emmerder pour attirer son attention. Manifestement, il était déjà partout dans sa tête et dans son cœur. Pourquoi aurait-elle été aussi mélancolique autrement ?

— Pourquoi je resterais James ? beugla-t-elle en retour, les poings sur les hanches, les cheveux complètement en pétard. Je n'ai pas envie de parler avec toi et je n'ai pas non plus envie de te voir !

— Hé bien ce n'est pas mon cas !

— Ah vraiment ! Et bien vas-y parle ! Je me demande ce que tu as bien l'intention de me dire de plus que toutes les horreurs que tu as pu me balancer à la gueule ces derniers jours !

— Si tu fais allusion à ce que je t'ai dis sur le terrain...

— Ce n'est pas seulement ça James, l'interrompit-elle, c'est tout, et tout le temps ! Ce sont tes farces à la con, tes remarques que tu penses désopilantes et qui me font l'effet d'un poignard en plein cœur. Tu es sympa et cool avec tout le monde dans ce château excepté moi. Qu'est-ce que je t'ai fait pour mériter un tel traitement de ta part, hein ?

La voix de ma meilleure amie s'en alla dans les aigus quand elle lâcha le dernier mot. Ses yeux brillaient de larmes. Décontenancé, James la fixait en déglutissant, probablement paralysé.

— Tu n'as rien à répondre ? attaqua-t-elle, les membres tremblants.

J'eus un élan de compassion pour James.

— Je suis désolé…

— Tu es désolé ? C'est tout ce que tu as à dire ? Tu étais pourtant bien inspiré là-haut, quand il s'agissait d'impressionner ta stupide recruteuse !

James se passa une main lasse sur le visage. A présent, la voix de Rachel tremblait, et son visage était baigné de larmes. Je crevais d'envie de la prendre dans mes bras et de l'éloigner de James mais je sentais au fond de moi, qu'ils avaient tous les deux besoin de cette discussion. Alors, je me dandinais en silence, m'efforçant de ne pas écouter cette conversation plutôt privée, ce qui était assez difficile compte tenu des hurlements des protagonistes.

— Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? s'impatienta James. Ton comportement était dangereux, et tu le sais ! Je reconnais que je n'aurais pas dû te parler comme ça, mais n'agis pas non plus comme si tout était de me faute !

— Comment je devrais me comporter alors ? Tu es celui qui est en train de faire de ma vie un enfer !

— Et de quoi est-ce que tu m'accuses exactement ? Essayer de garder mon équipe en vie ? Aboya James, hors de lui.

— Faire le branquignol pour attirer l'attention de Victoria, te servir de moi comme d'un punching ball, passer ton temps à m'humilier et espérer qu'on soit toujours amis ! hurla Rachel.

— Je n'essayais pas d'attirer l'attention de Victoria ! beugla James.

Les yeux de Rachel lancèrent des éclairs sous le couvert de ses larmes.

— Tu es un terrible menteur, James. Comme si, en plus, tu avais besoin de ça pour être recruté… ou aller dans son lit..., dit-elle en reniflant.

— On ne sait pas si je vais être recruté, rétorqua James d'une voix ferme. On ne sait même pas si elle était là pour moi. Ça pourrait tout aussi bien être pour toi.

— Ne sois pas ridicule, tu sais très bien que j'ai encore ma septième année à faire à Poudlard.

— Toi, ne sois pas ridicule.

— De toute façon, ça ne change rien, lâcha Rachel d'une voix sourde.

— Mais par les glandes de Merlin, pourquoi ? souffla James d'un ton exaspéré.

— Tu finiras quand même par te barrer à la fin, trancha-t-elle la mine sombre en fuyant son regard.

Je vis la pomme d'Adam de James descendre et remonter le long de sa gorge. Sans lui laisser cette fois, le temps de répondre, Rachel tourna les talons et se dirigea vers la tour de Gryffondor. Je lançais à mon cousin un regard désolé avant d'emboiter le pas de ma meilleure amie.

— Ca va aller ? lui demandai-je au bout d'un moment.

Elle haussa les épaules, plongée dans ses pensées. J'informais Rachel que j'avais besoin d'aller aux toilettes et lui dis que je la rejoindrais plus tard dans notre dortoir. Elle acquiesça mollement et partit en reniflant. Je décidais de prendre un passage secret que Malefoy m'avait fait découvrir quelques jours plus tôt et franchis l'un des portraits du deuxième étage. Je n'eus cependant pas l'occasion d'aller bien loin, bien trop pétrifiée par le spectacle qui se jouait sous mes yeux horrifiés.

C'était la première fois de ma vie que j'étais jalouse. Ce qui se produisit dans mon cœur me stupéfia autant que la vision des deux Serpentard dans cette position. Mes mains se mirent à trembler, ma mâchoire se contracta, mon sang bouillonna dans mes veines. Jamais auparavant je n'avais ressenti un tel élan de haine pour Églantine Zabini ou pour quiconque. J'aurais voulu qu'elle meure, qu'elle disparaisse, qu'elle n'ait jamais existé. J'aurais voulu ne jamais la voir embrasser Scorpius.