Je vous rappelle que si vous n'êtes pas inscrit sur le site, je ne peux pas répondre à vos reviews. Je viens donc le faire ici.
REVIEW de Fantomette : Je ne sais pas faire d'introduction et je ne comprend pas pourquoi tu n'as pas beaucoup beaucoup beaucoup plus de review (mon dieu c'est abrupte). Tu as un talent fou : tes personnages sont complexes, ton humour fait mouche et ta trame est très intéressante. Et bien-sûr ton écriture de manière générale est clairement fascinante. Je ne commente quasiment jamais, pourtant j'ai lu un certain paquet de fanfic, je fais partie de cette catégorie fantôme qui se fait insulter mais qui assume son silence. Pourquoi sortir des banalités sur chaque chapitre (je sais que c'est motivant, enfin j'imagine) si le plaisir n'est pas suffisamment puissant pour écrire un commentaire irrépressible? Ça te donne une idée plus précise du degré d'intérêt que j'ai pour ton histoire. J'ai hâte de connaître la suite de cet univers à la fois glacial et brûlant dans lequel tu nous plonges. L'inspiration s'envole de mon clavier, je n'ai plus qu'à te remercier du plaisir futur que j'aurais à lire la suite. Amen. Et je précise que tes lemons sont particulièrement sulfureux.
Réponse de l'auteur : Et bien dis donc, quelle review ! Merci pour celle-ci, tu m'as vraiment fait plaisir avec ce petit mot. Je ne sais pas non plus pourquoi je n'ai pas davantage de reviews ici, d'autant plus que je publie sur un autre site où elles montent à 189 haha. ^^ J'imagine que ça dépend de la communauté également. Et de manière générale, j'avais commencé à publier cette histoire sur ce site il y a bail avant de laisser tomber parce que je n'y avais pas assez de retours. Puis de reprendre. Je pense que cette longue pause n'a pas vraiment aidé et hélas, beaucoup de lecteurs jaugent la qualité d'une fic à son nombre de reviews. Je ne sais pas trop quoi ajouter d'autre hormis un immense merci pour tous ces compliments. J'ai relu ta review plusieurs fois tellement elle était belle et je l'ai même envoyée à plusieurs amis pour partager ma joie haha. ^^ J'espère que tu en laisseras d'autre (et je ne parle pas forcément de moi), parce que, comme tu t'en doutes, c'est effectivement SUPER motivant. Même une review négative, quand elle donne des astuces aux auteurs pour s'améliorer, c'est motivant. Ça donne envie de se dépasser je dirais.
Avant de vous laisser lire le chapitre, j'aurais un petit quelque chose à vous dire. J'ai eu une review pour le chapitre précédent et 109 lectures. Vous voyez ce que c'est, que de cuisiner pendant trois heures pour faire un bon petit plat et quand on mange ce petit plat en vingt minutes tellement il est bon ? Et bien, cette fic, j'ai l'impression que c'est un peu pareil. Je mets trois ans à écrire mes chapitres, à les relire, à les faire corriger par trois bêtas pour être certaine de vous proposer le meilleur contenu possible et vous, vous les dégustez en deux secondes et ensuite vous vous barrez sans m'aider à débarrasser la table. Alors qu'on soit bien clair, personne ne me doit aucune review et je ne veux faire culpabiliser personne. Seulement si je voulais simplement que cette fic soit soit lue, et bien je ne la publierais pas. En fait, je me contenterais de la faire lire à mes amis. Si je la publie sur internet, et surtout sur trois sites différents avec lesquels je me fais bien suer au niveau de la mise en page, c'est pour avoir des retours. C'est parce que je cherche à m'améliorer, à donner le meilleur de moi-même. Je passe des heures à écrire ces chapitres et parfois des heures à les publier. Alors voir que je n'ai aucun retour dessus, je vous avoue que ça me donne un peu la haine. Parce que même si cette fic est loin d'être parfaite, je sais qu'elle vaut quelque chose. Et j'aimerais bien que vous me dites ce que, selon vous, elle vaut justement. Comment je pourrais encore l'améliorer. S'il y a des personnages que vous aimez ou pas. A mes yeux, internet est une communauté et ce site en fait parti. Sauf que là, tout ce dont j'ai l'impression, c'est d'être toute seule. Alors, s'il-vous-plaît, montrez-moi que je ne suis pas seule et REVIEWEZ.
Sur ce petit coup de gueule, je vous souhaite une agréable lecture. ^^
Si vous voulez savoir quand est-ce que je publierais le chapitre suivant, je vous invite à faire un tour sur mon profil auteur et à vous abonner à mon compte Instagram ou à aimer ma page Facebook.
Quand j'arrivai dans notre dortoir, j'entendis l'eau de la douche de Rachel couler. Je troquai ma jupe en jean contre un survêtement détendu. D'un geste mécanique, je sortis ma boîte de Chocogrenouilles et la posai au centre de mon lit. Je jetai un coup d'œil morne aux friandises, regrettant un instant qu'il ne se soit pas agit d'un bon Whisky Pur Feu. Ma meilleure amie sortit de la salle de bain au même moment, les cheveux mouillés et vêtue d'un T-shirt si grand qu'il couvrait la moitié de ses cuisses. Elle s'installa en tailleur en face de moi, sur mon lit. Elle tirait une tête de six pieds de long. J'étais certaine de tirer la même. Est-ce que je devais raconter à Rachel ce que j'avais vu ? Est-ce que je devais lui dire que Zabini trompait Donovan, dont Albus était toujours amoureux ? J'étais perdue, confuse et quelque part, enfoui sous un beau vernis de mauvaise foi, je brûlais de rage et de douleur.
— Pourquoi il ne comprend pas ?
La question de Rachel brisa le silence qui s'était installé entre nous et interrompit ma réflexion. Je haussai machinalement les épaules et arrachai vigoureusement la tête de mon Chocogrenouille. J'avais peur de me mettre à parler, de trop en dire ou pas assez, de péter un câble et tout détruire autour de moi, de pleurer soudainement. Finalement, je lâchai une pauvre confession que je regrettai immédiatement.
— Je déteste Eglantine Zabini.
Je sentis le regard de la blonde me couver. Je n'osais pas la regarder en face. Comment lui dire ? Comment lui expliquer que je couchais avec Scorpius ? Comment lui justifier mes mensonges ? Pourquoi est-ce que j'avais commencé à mentir ? Après tout, qu'est-ce qui me disait que Scorpius avait tenu parole ? Qu'est-ce qui me disait que Zabini était toujours dans l'ignorance ? J'étais en train de m'impliquer dans trop de trucs différents, trop de secrets, et ça commençait à me bouffer, me ronger comme un acide ou une plante vénéneuse.
— Pourquoi ?
Je revécu la scène. Je revis la métisse poser sa main aux doigts longs et fins sur la joue de Malefoy, je la revis plonger ses yeux en amandes dans ceux du Serpentard, je me souvins d'elle en train de se pencher et de poser ses lèvres pleines sur celles de Scorpius. Je me souvins avoir vu le Préfet fermer les paupières au contact de la jeune femme. Je revécu cette atroce sensation, celle d'avoir été trahie, avant que la jalousie ne jaillisse en moi comme un raz-de-marée. Pétrifiée, j'avais été incapable de remuer un muscle pendant une seconde qui avait duré l'éternité. Puis, toujours sous le choc, j'avais rebroussé chemin. Ni Scorpius, ni Zabini ne m'avaient remarqué.
Le sang bouillonna dans mes veines. Et avec une facilité déconcertante, et un peu inquiétante, je mentis. Encore.
— Déjà, il y a ce truc avec Albus - Rachel hocha vigoureusement la tête, signifiant son assentiment - je veux dire, elle sort avec Luke alors qu'on ne les a jamais vu ensemble avant, puis elle est super belle, elle a des notes exemplaires, s'entend bien avec tout le monde. Elle est trop parfaite cette nana. Je déteste ça. Je déteste me sentir comme un Fizwizbiz collé sous sa chaussure, je déteste avoir cette impression de ne rien savoir à côté d'elle, je déteste qu'il n'y ait jamais un seul pli dans ses vêtements. Je suis certaine qu'elle porte toujours des sous-vêtements accordés.
— Je porte toujours des sous-vêtements accordés, souligna Rachel, qui voulait sûrement pointer le fait que j'étais un peu injuste avec Zabini.
Evidemment, elle ne pouvait pas tout savoir.
— C'est pas pareil, répliquai-je, pleine de mauvaise foi.
Rachel croqua son Chocogrenouille avant qu'il ne fasse son grand saut.
— Humph. Tu ne penses pas que tu la détestes surtout parce que… elle est un peu comme toi ?
— De quoi tu parles ? demandai-je, sentant la moutarde me monter au nez.
Le seul point en commun qu'on avait, c'était de rouler des pelles à un certain Serpentard dans les recoins sombres de l'école. Soudain, je me pétrifiai et mon sang se glaça. Et si elle couchait aussi avec Scorpius ? Je déglutis pour faire redescendre la boule qui était montée dans ma gorge.
— Ne t'énerve pas d'accord ? pria-t-elle d'une voix douce et précautionneuse qui m'horripila.
— Trop tard, rétorquai-je d'un ton sec et en serrant les dents.
— Rose…
— Non, vas-y je t'écoute, ajoutai-je.
Elle souffla. Je décapitai un autre Chocogrenouille avec les dents avant de le mâcher avec hargne.
— Hé bien, tu as peur de la concurrence. Tu es super belle, tu as des notes exemplaires, tu es Préfète et tu t'entends bien avec tout le monde dans ce château.
— Ce n'est pas vrai ! protestai-je, je suis nulle en Sortilèges, et très moyenne en Potions. En plus je galère tout le temps pour faire mes devoirs. Et je ne m'entends pas avec tout le monde dans ce château. Je viens juste de te dire que je détestais Zabini. Et je ne te parle même pas de Malefoy. Je rêve de lui mettre une droite. Ou deux. Ou lui lancer un maléfice, mais ah ! Je suis nulle en maléfices. Tu vois, je suis bien loin d'être aussi parfaite que Sainte Eglantine. Quel prénom de merde d'ailleurs, crachai-je.
La blonde leva les yeux au ciel.
— Tu n'as pas une vision très éclairée de toi-même.
— Je te signale que je me côtoie depuis plus longtemps que toi.
— Et qu'il t'est donc compliqué de prendre du recul, assena-t-elle.
Je la fusillai du regard et orientai la discussion ailleurs, agacée qu'elle analyse si bien mon comportement et effrayée qu'elle puisse comprendre les véritables raisons de ma jalousie.
— Qu'est-ce qui s'est passé avec James ? demandai-je, essayant de comprendre la confrontation qu'ils avaient eue après ce match de Quidditch.
Le visage de Rachel se rembrunit.
— J'ai l'impression qu'il fait tout pour me blesser, confia-t-elle.
Mon cœur se serra. Je fronçai les sourcils et l'invitai à développer.
— Tu te souviens du crapaud que j'ai trouvé dans mon lit la semaine dernière ?
J'acquiesçai, redoutant le pire.
— Et les pages de mon manuel collées en Métamorphose l'autre jour ?
Une fois de plus, je hochai la tête.
— Ah, et mon balais trafiqué ?
— Oui !
— C'était lui. A chaque fois. Je m'en doutais alors je l'ai confronté juste avant l'entraînement et il m'a confirmé que c'était bien lui. Et tu sais quoi ? Il avait l'air de trouver ça marrant ! Marrant, Rose ! beugla-t-elle comme si elle avait peur que j'aie mal compris. Est-ce qu'il réalise qu'il a mis ma vie en danger ou bien est-ce qu'il s'en fiche simplement ?!
— Tu sais, il n'y a pas si longtemps, tu lui faisais le même genre de farces…
— Les choses ont changé, déclara-t-elle.
— Oui, mais ça, James ne le sait pas.
Elle eut soudain l'air triste.
— Parfois, je ne comprends même pas ce que je lui trouve.
— Honnêtement, je me suis toujours demandée la même chose, la taquinai-je.
Elle ricana et enfonça son poing dans mon épaule.
— Quand il ne fait pas le con, c'est quelqu'un de bien, m'assura-t-elle.
— Parce qu'il lui arrive de ne pas faire le con ? plaisantai-je.
— Tu parles du moment où il a fait les yeux doux à cette pimbêche ? releva-t-elle.
Je ne parlais pas du tout de ça.
— Tu crois vraiment qu'elle lui plaît ? demandai-je.
— Attends, est-ce que tu as vu cette nana ? C'est une bombe ! Même moi je veux lui faire des bébés !
J'éclatai de rire.
— Ah vraiment ? pouffai-je.
— Non peut-être pas. Mais je suis sûre que James en avait envie, dit-elle d'une voix amère.
— Ca m'étonnerait.
— Tu n'as pas vu comment il la regardait. Il est tellement pressé de quitter Poudlard, ses parents et de lancer sa carrière…
— Je n'ai peut-être pas vu comment il la regardait mais j'ai vu comment il te regardait, toi. Et pour rappel, c'est aussi après toi qu'il a couru à la fin du match. Pas Victoria.
Rachel haussa les épaules, désemparée.
— Je suis certaine qu'il sera recruté. Il va partir pour le club de Flaquemare, tomber amoureux de l'autre pouffiasse et oublier toutes les crasses d'amour que je lui ai faites. A cause de lui qui se regarde le nombril, je vais finir seule avec plein de chats et des culottes effilochées que personne ne verra jamais.
— Tu sais, si tu as vraiment peur de le voir partir, tu devrais le retenir.
Elle soupira, lorgnant sur nos emballages de Chocogrenouilles.
— On verra, conclut-elle.
Une heure plus tard, après m'être insurgée avec ma meilleure amie contre la vie, contre les cours et les examens qui arrivaient, contre les mecs qui étaient définitivement trop cons - sauf Albus bien sûr - je me sentais un peu mieux, bien qu'épuisée. J'avais enfin chassé de mon esprit la vision d'horreur que j'avais eu en allant aux toilettes. Je commençai à lire mais tombai finalement de fatigue. Je m'endormis et ne me réveillai qu'au moment du dîner, dans un dortoir désert et plongé dans le noir.
Voir Malefoy et Donovan manger à notre table ne m'étonna pas vraiment mais je fus surprise par le pincement qui me serra le cœur et les larmes qui me montèrent aux yeux. J'étais toujours en colère. Cela dit, contrairement à d'habitude, je n'avais pas du tout envie d'évacuer ma colère en baisant sauvagement avec Malefoy. Je rêvais de lui enfoncer mon poing dans la figure ou les parties et de lui dire des trucs blessants. Ou bien de fondre en sanglots. Entre les deux Serpentard, Albus était assis et remuait sans grande conviction ses haricots. Le voir ainsi agrandit ma peine, Donovan ne semblait pas remarquer sa présence, plongé dans un livre. Rachel était à table également, et elle était apparemment incapable de ne pas regarder James. En me voyant arriver, Albus releva la tête de son assiette.
— Bah alors t'étais où cette aprèm ? Je t'ai cherchée partout !
— Je dormais, répondis-je, sans loucher vers Scorpius.
La fourchette d'Al s'arrêta en l'air, entre son assiette et sa bouche. J'émis un rictus moqueur.
— Un samedi après-midi ? fit-il, incrédule.
— Oui bon ça va hein, soufflai-je, agacée.
Bien que je ne lui accordasse pas la moindre attention, la présence de Malefoy m'irritait. L'absence de Zabini me contrariait encore plus : je ne pouvais pas l'attaquer, lui jeter de regards meurtriers, ou même épier ses réactions. J'en avais marre de croiser Scorpius partout, marre de l'avoir vu fourrer sa langue dans la gorge de Zabini, marre d'avoir autant besoin de nos intermèdes et marre de cette fin d'année qui partait complètement en eau de boudin. Evidemment, Al n'y était pour rien et ne pouvait pas le savoir.
— Quelque chose ne va pas, Rose ? fit Albus, les sourcils plissés par l'inquiétude.
Lorsqu'il me posa cette question, j'envisageai, l'espace d'une seconde, de lui révéler tout ce qui commençait à me peser sur le cœur puis je me retins aussitôt : deux pôles de métal en fusion me fixaient. Je fermai brutalement mon poing, rêvant que je l'envoyais dans son visage aux traits si structurés et que j'avais parcouru du bout des doigts la nuit dernière. "J'ai l'impression que tu es partout autour de moi." Je chassai les souvenirs de cette nuit d'erreurs et déglutis, avant de mentir à mon cousin et meilleur ami les yeux dans les yeux.
— Ca va.
— Elle ment, déclara Scorpius, complètement serein.
J'eus envie de l'étrangler. Albus m'interrogea du regard.
— Je crois pas que mes états d'âmes te regardent Malefoy, le rembarrai-je aussitôt.
Ses prunelles parlèrent à sa place "je crois bien que si". Albus, confus, nous dévisageait tour à tour.
— Rose ? appela Albus.
Je m'assis à table, en face de lui.
— Je suis juste fatiguée, ça va.
Je vis Albus regarder Scorpius mais ce dernier, au lieu de renvoyer son regard au brun, ne me lâchait pas des yeux. Embarrassée, je plongeai dans mon assiette en l'ignorant et commençai à me servir à manger. Puis, évidemment, les souvenirs surgirent et je revis Zabini embrasser Malefoy. Soudain écœurée, je repoussai mon plat. Albus, qui avait remarqué mon manège, intervint, l'air soucieux :
— Ecoute Rose, si tu es malade, tu ferais mieux d'aller à l'infirmerie.
— Je ne suis pas malade, déclarai-je, espérant qu'il me fiche la paix.
— Qu'est-ce qui t'arrive alors ?
Je savais qu'il n'aurait pas insisté si je ne l'avais pas autant inquiété. Je devais vraiment avoir une tête affreuse.
— Pas grand chose, éludai-je.
— Raconte quand même, pria-t-il.
— Disons qu'il y a juste ce souvenir que j'essaie de chasser et qui revient sans cesse, dévoilai-je finalement.
Je devinai son air perplexe.
— Pourquoi tu essaies de le chasser ? demanda-t-il doucement après avoir pris le temps de réfléchir.
— Parce que rien que d'y repenser, ça me donne la nausée.
— Mais c'est quoi ce souvenir ? dit-il, dévoré par la curiosité.
— Il t'est déjà arrivé de voir quelque chose que tu n'es pas supposé voir Al ?
Il fronça les sourcils. Malefoy me dévisageait en silence, pensif, son index reposant sur sa bouche. Donovan était toujours plongé dans sa lecture et poussait, de temps à autre, de petits soupirs exaspérés. Je me demandai si c'était son livre qui le mettait dans cet état ou bien l'inquiétude d'Albus à mon égard.
— Après votre entraînement ce matin, Rachel et moi sommes remontées au dortoir. J'ai eu envie d'aller aux toilettes et j'ai donc pris un raccourci, un passage secret en réalité. Mais ce passage secret n'est pas si secret puisque quelqu'un s'y trouvait déjà. Et ce quelqu'un était en train de faire quelque chose qu'il n'était pas supposé faire. Bref. Je n'arrête pas d'y penser et pour être honnête ça me donne envie de vomir. Je t'en parlerais bien en détails, mais je préfère ne pas m'attirer d'ennuis.
Je touillais mes haricots en fuyant le regard de Scorpius qui me brûlait. Impossible qu'il n'ait pas deviné de quoi (et de qui) je parlais. Je me revis, dans ce petit corridor plongé dans l'obscurité, deviner la silhouette de Scorpius et ses cheveux blonds si caractéristiques. Et en face de lui, Zabini en train de chuchoter, Zabini étant tendre, Zabini l'embrasser. Un spasme secoua mon ventre. Je me rappelais avoir fait demi-tour comme si je n'avais rien vu. Je me rappelais avoir été jusqu'au dortoir et avoir prié pour qu'il s'agisse d'un rêve. Je me rappelais ma colère qui avait tout dévoré en moi comme un incendie et les larmes que je n'avais pas osé verser.
— Est-ce que ce quelqu'un a remarqué que tu as vu ce que tu ne devais pas voir ? me demanda Albus, l'air un peu paumé dans mon histoire.
— C'est difficile de remarquer quoi que ce soit quand on ne voit rien, Albus.
J'avais clos la conversation et définitivement perdu Albus. Je lançai un regard vers Scorpius mais il ne me regardait plus. Il poussa simplement un long soupir et passa une main lasse sur son visage, comme pour lisser ses traits. Lorsqu'il ôta sa main de son visage, il portait son célèbre masque. Je levai les yeux au ciel, et commençai à manger, bien que toujours dégoutée par son attitude.
Rachel, qui n'avait rien écouté, bien trop occupée à reluquer James un peu plus loin, sursauta quand quelqu'un m'interpella.
— Rose !
Je vis Arthur arriver vers moi, serrant contre son torse une petite sacoche en cuir. Il souriait à pleines dents et sans trop savoir pourquoi, je répondis à son rictus.
— J'ai un truc à te montrer, annonça-t-il.
— C'est quoi ? demandai-je, intriguée à mort.
— Pas ici, fit-il, l'air malicieux et ignorant complètement les regards curieux d'Albus et Malefoy.
Je jetai un petit coup d'œil à la sacoche d'Arthur, et comprenant de quoi il s'agissait, je bondis sur mes pieds, soudain surexcitée. Peut-être que cette journée n'allait pas être aussi nulle finalement.
— Est-ce que c'est ce que je pense ? m'enquis-je.
Arthur hocha la tête, les fossettes creusées par sa moue satisfaite.
— Ouais. C'est enfin prêt. Je sais que tu as attendu un moment mais…
— Mais tu peux me montrer tout de suite oui, oui y'a pas de problèmes ! le coupai-je.
Il rigola en voyant mon empressement.
— Je vous rejoins plus tard dans la salle commune, dis-je à Albus et Rachel.
— D'accord, fit Al, carrément perplexe à présent.
Arthur me fit signe de le suivre et j'emboitai ses pas, les joues rouges et le cœur battant d'excitation comme un enfant le matin de Noël.
— Depuis quand est-ce que Rose et Arthur sont aussi proches ? entendis-je Albus demander à Rachel.
Mais j'étais trop loin et trop gaie pour entendre la réponse de ma meilleure amie. Arthur me guida jusqu'au parc, où la fraîcheur du soir avait commencé à s'installer. Cependant, l'été approchait, et l'air restait doux et sec. Il étendit sa cape sur l'herbe, au pied d'un hêtre, et m'invita à m'y asseoir.
— Tu es vraiment la première personne à qui je les montre, déclara-t-il.
— C'est parce que je suis la première à te les avoir réclamées, ajoutai-je avec un clin d'œil.
— Ce n'est pas faux, reconnut-il.
Il ouvrit sa sacoche et sortit un paquet de photographies. Sans trop savoir pourquoi, mon cœur se mit à battre plus vite. J'avais l'impression de découvrir un grand secret, quelque chose de caché, comme un trésor. Je me sentais privilégiée de connaître avant qui que ce soit de quoi les photos d'Arthur était faites. Sans surprise, il s'agissait de clichés sorciers. En revanche, je fus un peu choquée de voir qu'ils étaient tous en noir en blanc.
Arthur me tendit le petit paquet et eût un soupir inquiet.
— Relax Arthur, ce n'est que moi.
— C'est bien ce qui m'inquiète ricana-t-il, tentant de masquer sa nervosité.
Je lui tirai la langue et commençai à regarder les photos. La plupart d'entres elles étaient focalisées sur des personnes et il s'agissait souvent de gros plans.
En les examinant d'un peu plus près, je compris ce qu'Arthur avait voulu dire lorsqu'il avait dit que si les gens savaient pour ses photos, ils le harcèleraient. Tous les secrets de l'école étaient exposés. Les poils de mes avant-bras se hérissèrent, je sentis le regard de Finnigan sur moi. Sur le papier glacé, on voyait Terence Boot tricher à un examen, Ben Sadler s'entretenir uniquement avec des élèves qui, on le savait, allaient hériter de grosses fortunes, James et Rachel se jeter des regards furieux et lourds de désir, on voyait même le professeur Gowan regarder avec tendresse l'une de ses élèves. Je jetai un regard incertain à Arthur.
— Je crois que c'est sa nièce, expliqua-t-il.
J'étais ébahie. Non seulement par la portée significative de ses images, mais aussi par leur beauté. De toute évidence, les protagonistes n'avaient jamais remarqué qu'ils étaient photographiés. Absolument toutes les différentes années de Poudlard, toutes les maisons étaient représentées. Y compris l'intérieur des salles communes. Je me souvins alors comment Arthur m'avait aidé à faire entrer un Niffleur dans le dortoir de Scorpius en menaçant un première année. Il était évident qu'il avait l'habitude de ces petits manèges.
— Arthur c'est…
— Très intrusif, je sais. Ma mère me compare tout le temps à un paparazzi, révéla-t-il, gêné.
— J'allais dire incroyable. Tes photos sont très belles. Et mélancoliques. Ca ne te donne pas envie d'intervenir dans la vie des gens ?
— Non. C'est une limite que je m'interdis de franchir. J'aime mes photos parce qu'elles sont sauvages et un peu inattendues. C'est aussi un bon moyen de me rappeler qu'il ne faut pas seulement écouter les gens et les croire sur paroles. Il faut observer, avoir confiance en son instinct.
Je hochai mécaniquement la tête, toujours soufflée par son talent et l'étrangeté de ses clichés. Je constatai alors que sur l'un d'entre eux, Albus et Donovan semblaient se disputer violemment. Les traits d'Albus étaient déformés par la rage, tandis que ceux de Donovan étaient fixés dans une expression lointaine. Cependant, sa mâchoire contractée ne mentait pas sur son véritable état d'esprit. Je me pétrifiai. Albus ne m'avait jamais parlé d'aucune dispute avec son ami. Je savais que je n'étais pas forcément très présente pour lui en ce qui concernait ses amitiés chez Serpentard, mais j'étais tout de même surprise de n'avoir jamais entendu parler de cette histoire. Sur la photo, on pouvait très bien voir Al serrer sa baguette et celle-ci émettre de grosses étincelles. Je fronçai les sourcils, un peu inquiète.
— Est-ce que tu sais ce qui s'est passé ? demandai-je à Arthur, en pointant du doigt la photo.
Il haussa les épaules.
— Non. Je n'étais pas vraiment là quand cette photo a été prise. J'ai installée plusieurs caméras dans le château, je les ai enchantées pour qu'elles se déclenchent lorsque quelqu'un ressent une émotion particulièrement intense.
Je ricanai.
— Tu es déjà tombé sur des trucs salaces ?
Arthur fronça le nez, ce que je trouvais immédiatement assez mignon.
— J'ai quelques clichés de baisers volés, mais rien de vraiment cochon. Et j'évite de poser mes caméras dans les placards à balais ou les dortoirs. Je ne suis pas non plus un pervers.
Un doute me secoua soudain les entrailles.
— Tu n'as pas de photo de Scorpius et moi, rassure-moi ?
Il pâlit. Mon cœur palpita désagréablement.
— Et bien en fait…
Il sortit de sa poche une photo que je n'avais pas vue et me la tendit. Mes mains tremblaient tellement que le cliché m'échappa et tomba sur l'herbe. Je le ramassai et l'examinai. Mon cœur cessa de battre une seule seconde. Sur la photo, Scorpius, assis dans les tribunes de Serpentard pendant un entraînement de Quidditch regardait droit vers l'objectif, l'air si déterminé, que je n'aurais pas été surprise d'apprendre que la caméra avait éclaté lorsqu'elle avait capturé ce moment. A côté de lui, Donovan et Zabini riaient et discutaient. Je me rappelai de ce jour et de ce que j'avais ressenti quand Malefoy m'avait regardé de la sorte. Comme s'il voulait me posséder du regard. Je me souvenais aussi qu'Arthur était avec moi ce jour là.
— Comment se fait-il que je ne t'ai pas vu prendre la photo ?
Il me fit un clin d'œil.
— Ah Rose, il n'y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir… Tu n'es pas fâchée ?
— Non.
Je l'aurais été si j'avais été sur la photo, mais seul Arthur et moi savions qui Scorpius regardait comme ça et ce n'était pas non plus comme si son regard voulait dire grand chose. J'étais rassurée. On quitta le parc lorsque le soleil commença à se coucher sur le lac et que l'air se rafraichit. On approchait de l'été et les journées étaient plutôt ensoleillées mais la chaleur n'était pas vraiment présente en Ecosse.
— Tu sais, je ne pensais pas que tu étais du genre à épier.
La voix de Malefoy, froide comme le marbre, m'interrompit dans ma lecture. Je m'étais réfugiée dans la Tour d'Astronomie pour lire avec un peu de Whisky, peinant à trouver le sommeil après ma sieste de l'après-midi. Sa silhouette, découpée par la lumière de la lune, le rendait plus impressionnant et lui conférait une aura mystérieuse, renforcée par son ombre, allongée sur le sol jusqu'à mes orteils. Il vint s'asseoir en tailleur à côté de moi et versa du Whisky dans le verre que j'avais emmené.
— A ta santé, Weasley, lança-t-il en levant le verre à mon intention avant de boire dedans.
D'où est-ce qu'il se permettait de faire ça, avec mon verre ? Je le fixai, choquée et énervée, m'efforçant de ne pas repenser à ce que j'avais vu dans la matinée. J'avais l'impression que ça remontait à une éternité.
— J'imagine qu'on est tous les deux déçus dans ce cas. Parce que je ne pensais pas non plus que tu étais du genre à rouler des pelles à la copine de ton meilleur ami. Bien sur j'ai toujours su que tu n'avais aucune morale, mais de là à être forcée de le voir. Si j'avais pu, je me serais arraché les yeux, rétorquai-je d'une voix sèche.
Boum. Et voilà, c'était sorti. J'affrontai Scorpius du regard, le défiant de me mentir. Son visage n'exprimait rien alors que j'étais certaine que le mien était déformé par la haine. J'avais eu le temps de noyer mes larmes dans le Whisky. Scorpius n'aurait pas le plaisir et la satisfaction de me voir chialer. Pas cette fois.
— Tu n'étais pas supposée voir ça, dit-il après un moment.
Sa remarque me fit plus de mal qu'elle n'aurait dû. Qu'est-ce que ça voulait dire ? Qu'il aurait préféré ne jamais avoir à en parler avec moi ? Qu'il allait papillonner à droite et à gauche ? Je luttais pour ne pas lui flanquer une droite.
— Tu n'étais pas supposé faire ça, sifflai-je. Mais tu vois, on n'a pas toujours ce qu'on veut dans la vie, Malefoy.
— Je suis désolé, dit-il sans émotions.
— Je ne veux pas de tes excuses, tu peux te les carrer dans le cul, je m'en fou, aboyai-je.
Quel enfoiré ! Il ne comprenait vraiment rien. C'était auprès de Donovan qu'il aurait dû s'excuser. Une part de moi était tout de même satisfaite qu'il s'excuse auprès de moi avant tout.
— Très bien, alors lâche-moi avec cette histoire et arrête de faire la gueule, déclara-t-il fermement.
Question : combien de coups de pelles dans la face du blondinet albinos seraient nécessaires pour le défigurer à vie ? Un sourire malsain étira mes joues.
— Pourquoi est-ce que ça te tient autant à cœur de toute façon ? reprit-il. Ce n'est pas comme si on s'était promis quoi que ce soit.
Les mots coulèrent de ma bouche sans que je puisse les retenir.
— Je ne sais pas pour toi, Malefoy, mais personnellement, quand je couche avec quelqu'un régulièrement, j'évite de faire la même chose avec tout le château, cinglai-je.
— Je n'ai pas couché avec Eglantine, affirma-t-il avant de boire dans mon verre à nouveau.
Si seulement le meurtre n'était pas puni par la loi !
— Je ne veux pas le savoir, affirmai-je sèchement.
— Bien sûr que si tu veux le savoir. Tu es obsédée par ça depuis ce matin ! Tu crois que je n'ai pas remarqué tes regards fuyants et tes poings serrés ? Ne me prends pas pour un imbécile, cracha-t-il.
— Tu n'y es pas du tout.
— Très bien alors raconte, exigea-t-il.
Il se croyait plus malin que moi. Il se croyait au-dessus de tout avec son stupide masque et ses répliques cinglantes. Il fallait que j'arrête de me faire des idées. Scorpius était un cognard, fin de l'histoire.
— Albus est amoureux de Donovan. Qui, rappelons-le, est en couple avec ta chère et tendre Zabini.
— Je sais, coupa-t-il.
— Et toi, poursuivis-je sans l'écouter, qui est supposé être son ami, t'as tout balayé et fait comme si ça n'avait aucune importance. Pourquoi se préoccuper des sentiments des autres après tout, n'est-ce pas Scorpius ? C'est tellement plus simple d'agir comme un putain de robot sans expression parce qu'on est un grand maniaque du contrôle, assenai-je, cinglante.
Il reposa brutalement le verre sur le sol. Le bruit résonna dans toute la Tour d'Astronomie mais aucun de nous ne s'en préoccupa.
— Attends, c'est moi que tu traites de maniaque du contrôle ? s'indigna-t-il. Tu n'as pas l'impression de te moquer de moi ? Madame-je-fais-tout-pour-être-parfaite-mais-j'ai-quand-même-besoin-de-m'envoyer-en-l'air-avec-mon-soi-disant-pire-ennemi-pour-évacuer-la-pression-que-je-me-mets-toute-seule ?! Mais quelle hypocrite ! Tu ne vaux pas mieux que moi, Rose !
— Tu crois ça ? Parce que je n'ai pas trahi mes amis, moi. Et tu sais, je me ficherais complètement de ce que tu fais à ton ami si ça n'affectait pas Albus également.
— Tu lui as dit quoi, à ta chère Davis, quand tu es venue me rejoindre dans mon dortoir ? fit-il, hargneux.
Je restai silencieuse, le fusillant du regard et serrant les dents.
— Tu lui as raconté, à Albus, qu'on couchait ensemble ? surenchérit-il.
Nouveau silence.
— Et après c'est moi qui trahis mes amis… Tu te crois meilleure que tout le monde Rose, mais on sait très bien toi et moi que ce n'est qu'une façade. Il n'y a pas plus artificielle que toi, ajouta-t-il, dédaigneux.
— Parce que tu leur as dit, toi ? Contrattaquai-je, acerbe.
Ce fut son tour de ne rien dire. Un élan de panique me saisit. Est-ce que ses amis savaient ?!
— Est-ce qu'ils savent ?! hurlai-je, à court de patience et redoutant le pire.
— Non.
— Et Zabini ? ne pus-je m'empêcher de demander.
J'avais besoin de savoir.
— Laisse Eglantine en dehors de ça, veux-tu, ordonna-t-il.
Il se fermait à nouveau comme une huître.
— Je voudrais bien, mais faut toujours qu'elle ramène sa fraise, le provoquai-je.
Il me fusilla du regard.
— Elle sait, ou pas ? insistai-je, sentant la colère m'envahir à nouveau.
— Non ! hurla-t-il, à bout.
— Bien, conclus-je.
Je pris une gorgée de Whisky dans le verre qu'il avait posé sur le sol et tentai de me replonger dans ma lecture et de l'ignorer. Evidemment, il ne me laissa pas faire.
— Je sais pourquoi tu réagis comme ça, déclara-t-il d'un air condescendant.
Je lui lançai un regard meurtrier.
— Comme ça quoi ? interrogeai-je d'une voix cassante.
— Ta petite crise de jalousie à propos d'Églantine. Tu tiens à moi.
Je ris jaune. Alors ça, c'était la meilleure. J'enfonçai mes ongles dans mes paumes et le regardai méchamment.
— Je te hais ! crachai-je, hors de moi. Ne me regarde pas comme ça, c'est vrai, je te hais. Je te hais tout entier. Je te hais un peu par habitude et je te hais tellement que je voudrais ne t'avoir jamais rencontré. Je hais ta façon de fouler le sol comme si Poudlard t'appartenait, je hais quand tu m'expliques les Potions comme si j'existais pas, je hais ta blondeur et tes sourires en coin, je hais tes mensonges et ton masque d'impassibilité de merde, je hais quand tu me regardes et même quand tu me fais jouir, je hais quand tu respires et je hais tes soupirs. Je te hais quand t'es là et je te hais quand tu t'en vas. Pour toutes ces raisons et des centaines d'autres, je te hais Scorpius Malefoy, à un point si fort que ta petite imagination de mes couilles ne pourra jamais se figurer ! Alors ne me sors pas ta théorie à deux noises. Ne me dis pas que si je réagis comme ça, c'est parce que je tiens à toi. Car tu sais rien de moi. Tu sais pas qui je suis. Tu sais pas ce que je ressens. Je te hais. Et arrête de sourire comme ça !
J'étais à bout et mon discours n'avait pas arrangé les choses. Un rictus amusé étirait ses lèvres.
— Je souris parce que, outre ta "haine", tu es en colère, expliqua-t-il d'un ton calme, comme si ma tirade n'était qu'une farce.
— Ca t'amuse ? aboyai-je.
— Non, reconnut-il, mais si tu es en colère, ça veut dire que tu ne t'en fou pas ; et ça Rose, si ce n'est pas une preuve d'amour, c'est au moins une preuve d'intérêt.
J'eus envie de le zigouiller. Je n'avais rien à répondre à ça. Alors, à la place, j'engloutis une nouvelle gorgée de Whisky, la gorge sèche d'avoir autant parlé.
— Tu ne devrais pas boire seule.
N'en avait-il jamais marre de donner des ordres et des conseils à la con ?!
— Qu'est-ce que ça peut te faire ? fis-je avant d'engloutir une nouvelle gorgée qui brûla ma gorge et m'arracha quelques larmes.
Il haussa les épaules, comme s'il s'en fichait et que ce n'était au fond qu'une remarque sans intérêt, ce qui bien évidemment, me donna envie de lui briser la nuque. Il prit le verre de mes mains et but à nouveau dedans en me regardant droit dans les yeux.
— Qu'est-ce que tu fiches ici Malefoy ?
J'étais fatiguée de me disputer avec lui, d'avoir l'impression de toujours me battre contre lui et de voir que quoi que je fasse, il ne réagissait jamais.
— Je n'arrivais pas à dormir, confessa-t-il d'un ton lugubre.
— Tes cauchemars ? fis-je sans aucune considération, toujours un peu énervée contre lui.
Scorpius me dévisagea bizarrement, comme s'il essayait de pratiquer la légilimencie sur moi sans aucun sortilège.
— Quoi ?
— Je t'en ai parlé il y a des semaines, je ne pensais pas que tu t'en souviendrais, avoua-t-il.
— J'imagine que je suis douée pour écouter, grommelai-je avec humeur.
Il avala une autre gorgée de Whisky et me tendit la bouteille pour que je l'imite.
— Et toi, qu'est-ce que tu fais ici ?
— J'avais envie de boire, de lire, et d'admirer la lune.
Il fronça les sourcils.
— Pourquoi ? demanda-t-il.
— Pourquoi quoi ?
— Pourquoi est-ce que tu voulais boire ?
Il plongea son regard dans le mien. Je déglutis.
— J'imagine que je voulais oublier mes problèmes. Mais ils me suivent partout, ajoutai-je en le regardant avec insistance.
— Est-ce que tu parles de moi ?
— Peut-être, éludai-je.
Qu'est-ce qu'il était con. Bien sur que je parlais de lui.
— Quel est le problème, Rose ? Faut qu'on en parle, on ne peut pas toujours s'engueuler et ensuite se sauter dessus pour faire comme si rien ne s'était passé.
Il avait raison.
— Qu'est-ce qui se passe avec Zabini ? demandai-je alors.
— Oh mon dieu, tu ne vas jamais t'en remettre.
Il se foutait de moi ou quoi ?
— Réponds à la question. Tu voulais parler, non ? Et bien vas-y, parle Malefoy.
— Il ne se passe rien, éluda-t-il.
Je le regardai, blasée.
— Je vous ai vu Scorpius ! Ne me mens pas !
— C'était sans importance, d'accord ? s'énerva-t-il. Je la connais depuis qu'on est tout petits. Eglantine est comme une sœur.
— Un peu incestueuse alors, votre relation, commentai-je, m'efforçant de ne pas lui hurler dessus.
— Ecoute, Eglantine et moi, nous avons eu de très bons moments et de très grosses disputes. Contrairement aux apparences, elle n'a pas eu et n'a toujours pas, une vie facile et elle n'a pas énormément confiance en elle. Alors à chaque fois qu'elle croit en quelqu'un en qui elle ne devrait pas, elle en bave. Tu as vu Eglantine m'embrasser parce que je venais de la consoler et qu'elle pensait me devoir quelque chose. Elle s'est juste laissé emporter par l'émotion du moment. Aucune raison d'être jalouse, donc, conclut-il.
— Je ne suis pas jalouse.
— A d'autres.
— Je ne suis pas jalouse.
— J'ai couché avec Barbara Kenstuck.
— Mais putain c'est quoi ton problème ? Tu as besoin de te faire toutes les filles de Poudlard avant les vacances ? bondis-je, hors de moi.
Il éclata de rire et je vis dans ses yeux que je m'étais bien fait avoir.
— Connard, surenchéris-je.
Il se tenait les côtes, toujours secoué par son fou rire. Je le fusillai du regard, hors de moi. Comment osait-il se payer ma tête de la sorte ? Quel enfoiré !
— "Je ne suis pas jalouse, mais vraiment ça me ferait super chier que tu couches avec toutes les filles du château", m'imita-t-il pitoyablement.
— C'est parce que j'ai peur que tu me refiles une saloperie, dis-je, tentant de garder la face.
Je me renfrognai, honteuse d'avoir été percée à jour si facilement. Honteuse de ressentir cette jalousie si peu légitime.
J'engloutis une longue rasade de Whisky et commençai à me lever. Hors de question que je reste ici si c'était pour qu'il se paye ma tête. Mais Scorpius me retint par le bras.
— Tu t'en vas ?
— Pourquoi je resterais ? rétorquai-je d'un ton sec. Tu crois que ça m'amuse d'avoir envie d'assassiner toutes les filles à qui tu peux parler ? C'est pas comme si je contrôlais ça bordel ! C'est pas comme si j'étais légitime à être jalouse ! Comment je suis supposée contrôler mes émotions, hein ?
— Ce n'est pas grave.
— Ah ouais ? fis-je, hargneuse.
— Je serais jaloux aussi si je te voyais avec d'autres, dit-il, posé.
— Mais je te déteste ! Nous ne sommes rien l'un pour l'autre !
— Tu vois, Rose, c'est là que tu as tort. Tu ne ressens donc pas tout cet appel coupable à chaque fois que je te regarde, quand tu me touches, lorsqu'on s'embrasse ?
Il avança son visage vers moi d'un mouvement félin, prédateur. J'étais pétrifiée, mes os étaient glacés, mon souffle coupé. Hormones de merde.
— Au fond de toi, tu sais très bien qui je suis pour toi, Weasley, mais tu préfères te cacher derrière la honte et la culpabilité plutôt que d'y penser, souffla-t-il.
Je déglutis. Les effluves de son haleine mentholée caressaient mes narines, faisant frissonner mon corps et gelant mon âme.
— Tu sais que je suis ton vilain petit secret, Rose, poursuivit-il. Et c'est la peur de voir ce secret dévoilé qui nous rend possessif.
— Je ne te crois pas, dis-je les genoux tremblants.
— Qu'est-ce que tu ne crois pas ?
— Que tu sois possessif à mon égard. Que ce soit ok d'être jaloux.
Il eut un sourire nostalgique.
— Et pourtant, tu n'imagines pas comme je voudrais que Finnigan se prenne une volée de cognards en pleine tronche.
Je me raidis, choquée. Puis je me relevai pour partir. J'en avais marre qu'il lise en moi comme dans un livre ouvert alors que je devais batailler pour lui arracher la moindre confession.
— Ne t'en vas pas…, supplia-t-il. Je suis désolé pour ce que j'ai dit. Et pour m'être moqué de toi.
— Je t'ai déjà dit où est-ce que tu pouvais te carrer tes excuses. Je veux autre chose.
— Un cunni ? Tu n'as pas vraiment besoin de marchander pour ça, tu sais…, commença-t-il avec un sourire coquin.
Quel idiot.
— Parle-moi de tes cauchemars, exigeai-je.
Il devint livide et déglutit. Une éternité s'écoula durant laquelle nous nous affrontâmes du regard.
— D'accord, céda-t-il finalement.
Mon cœur bondit hors de ma poitrine. Enfin, je le tenais.
