Note d'auteur :

Un immense merci à Kcaraetmoi pour sa review et bonne lecture à tous !


J'attendis un moment que Scorpius commence à me parler et me dise de quoi il retournait. Au lieu de quoi, il me fixait en silence, les poings serrés et le regard perdu dans le vague. Je cru d'abord qu'il avait besoin de rassembler ses idées ou son courage mais voyant qu'il était visiblement incapable de prendre la parole, je décidai de prendre la situation en main.

— Alors ? l'encourageai-je.

— Qu'est-ce que tu veux savoir à propos de mes cauchemars ?

Sa question était polie mais son ton m'indiquait très clairement que je ferais mieux de renoncer à avoir cette discussion avec lui. Cependant, c'était trop tard. Maintenant que j'avais l'opportunité qu'il s'ouvre un minimum à moi, je n'allais pas lâcher le morceau comme ça.

— Tu en fais beaucoup ? m'enquis-je, essayant d'être gentille.

Scorpius soupira.

— Assez fréquemment pour que ce soit handicapant.

Il continuait d'éluder le sujet. C'était agaçant.

— Comment ça ? Tu en fais tous les jours ? Toutes les semaines ? fis-je, dévorée par la curiosité.

— Il n'y pas de rythme constant. Je peux passer trois mois sans en avoir un seul et passer des semaines sans m'en débarrasser.

— De quoi est-ce que tu cauchemardes ?

Cette fois Scorpius me regarda droit dans les yeux et mon cœur rata un battement. J'eu l'impression qu'il cherchait à me parler avec ses prunelles. Je déglutis, soudainement mal à l'aise.

— Ça dépend.

— Ça dépend de quoi ?

— Des mes angoisses du moment.

J'eus un mouvement de recul.

— Qu'est-ce que tu veux dire ? demandai-je, m'efforçant de maîtriser le tremblement de ma voix.

— Je souffre d'anxiété Rose, dit-il en me défiant du regard.

Wah, cette révélation était un peu dure à avaler. Je clignai plusieurs fois des paupières, éberluée. Est-ce qu'il se foutait de moi ?

— T'es sérieux ?

Il leva les yeux au ciel, l'air exaspéré ce qui m'amena à m'interroger sur sa franchise.

— Te moque pas de moi, d'accord ? le priai-je, agacée.

— C'est moi qui te parle de mes problèmes d'anxiété et c'est moi qui serait en train de me moquer de toi ? ironisa-t-il, un drôle de sourire flottant sur ses lèvres.

Il marquait un point.

— C'est juste que c'est difficile de savoir quand est-ce que tu es sérieux ou pas, dévoilai-je, toujours énervée par sa façon d'éluder le sujet.

Peut-être n'était-il finalement pas prêt pour ces révélations. Peut-être avais-je surestimé sa confiance en moi.

— Je suis tout le temps sérieux, Rose, souffla-t-il, irrité.

La façon dont mon prénom roula sur sa langue réchauffa mon bas-ventre.

— Ok.

Je marquai un silence.

— Pourquoi est-ce que tu souffres d'anxiété ? osai-je finalement.

J'étais incapable de lutter contre ma curiosité. Il pinça les lèvres.

— J'imagine que c'est parce que je ne m'autorise pas vraiment à vivre mes émotions.

— Ton masque d'impassibilité ? devinai-je aussitôt.

— Oui.

Il souriait.

— Pourquoi tu souris ?

— "Masque d'impassibilité", me cita-t-il. Je trouve ça amusant.

Génial, il me prenait pour une demeurée maintenant.

— Comment tu appelles ça, toi ? aboyai-je.

— Comment est-ce que tu appelles ton visage ?

Je fronçai les sourcils, confuse.

— Je ne l'appelle pas.

— Voilà, je ne lui donne pas de nom non plus. Cela fait partie de moi.

Je me retins de justesse de ne pas lever les yeux au ciel. C'était tellement ridicule !

— Pourquoi tu t'interdis ça Scorpius ?

— Cela rend les choses plus faciles.

— Mais tes nuits plus difficiles.

— Parfois, souligna-t-il.

— Tu as trouvé des moyens de te débarrasser de tes cauchemars ? Tu as pensé à faire des thérapies ?

— J'ai, disons, trouvé quelques astuces… évoqua-t-il en fuyant mon regard.

Je compris qu'il ne voulait pas m'en parler.

— Lesquelles ? insistai-je.

Je voulais savoir.

— Ça me regarde.

Qu'est-ce qu'il pouvait être énervant quand il s'y mettait !

— Oh, je vois, le grand Scorpius Malefoy a trop peur de donner ses petites astuces.

C'était de la manipulation pure et dure mais je n'éprouvais pas la moindre honte.

— Je vois clair dans ton jeu, tu sais, dit-il en se retenant manifestement de pouffer de rire.

— Quel jeu ? fis-je d'une voix innocente, masquant mon irritation.

— Tu sais, avec un caractère comme le tien, tu aurais pu aller à Serpentard.

Je me rembrunis et baissai la tête.

— Je sais.

Il fronça les sourcils.

— Le Choixpeau voulait t'y envoyer, pas vrai ?

Je relevai les yeux sur lui, plus surprise que jamais, une sueur froide coulant le long de mon échine.

— Ouais, reconnus-je, terrifiée qu'il ait deviné cette vérité que je n'avais jamais confiée à quiconque.

Il eut un rire jaune, sardonique, qui m'intrigua.

— Pourquoi tu rigoles ?

— Il souhaitait que j'aille à Gryffondor, révéla-t-il alors.

Celle-là, rien ni personne n'aurait pu m'y préparer. Je me mis à sourire aussi. L'ironie de la situation avait inversé les rôles qui nous étaient destinés. Savoir que j'aurais pu être à la place de Malefoy et lui à la mienne remettait tout en perspective. Nous avions peut-être plus en commun que ce que je soupçonnais de prime abord.

Le dernier jour de cette sixième année fut horrible. Albus, Rachel et moi avions passé nos examens de fin d'année. Nous aurions dû être libérés de toute pression. Nous sentir légers. Pourtant, c'était tout le contraire. Albus était rongé par l'ignorance de Donovan. Rachel était malade de voir que l'échéance de sa presque relation avec James touchait à sa fin. Moi ? J'avais la sensation d'être gangrénée par le poison d'une plante vénéneuse. Le mensonge. Aux yeux de mes amis, j'étais supposée être celle qui n'avait aucune excuse pour se lamenter. Pourtant, tout intoxiquait mon existence. À commencer par Scorpius qui n'avait fait que m'éviter depuis qu'il s'était enfin ouvert à moi. Il regrettait de m'avoir fait confiance, c'était évident. À cause de cela, j'avais le sentiment d'avoir menti à mes amis pour quelque chose qui, finalement, n'en valait pas vraiment la peine. Le point positif de tout cela, c'était que notre petit trio n'avait jamais été plus soudé.

— Pourquoi est-ce qu'il a fallu que je tombe amoureux d'un de mes meilleurs amis ? se lamenta Albus d'un air malheureux, la tête enfouie sur le dossier de son fauteuil.

Nous venions d'empaqueter nos affaires, et nous attendions que ce soit l'heure de prendre le Poudlard Express qui nous ramènerait chez nous.

— Ça aurait pu être pire, fit Rachel, le menton entre ses mains.

Le brun haussa un sourcil, suspicieux.

— Tu aurais pu être amoureux de James, expliqua-t-elle.

J'explosai de rire. Al' eut l'air dégoûté.

— Dégueu, commenta-t-il.

— Oh, je ne suis pas d'accord, commença ma meilleure amie avec un sourire coquin.

— Oh oui, Rachel, dis-nous tout. Qu'est-ce que tu aimes le plus chez James ? demandai-je, espiègle.

Mon cousin mima un vomissement. La blonde me lança un clin d'œil. Elle allait en faire des tonnes, j'en étais sûre.

— Il est très drôle, commença-t-elle à énumérer en érigeant son pouce.

— Sa farce favorite fut de mettre des crapauds dans ton lit, rétorqua Albus.

— Il déborde d'assurance, poursuivit-elle en ignorant mon cousin.

— On voit que tu ne l'as jamais croisé quand il a la gastro… enchaîna-t-il, toujours aussi blasé.

— Il est super sexy, ajouta-t-elle avec un sourire en coin.

— Humph, fit le brun.

— Il en a sûrement une grosse.

Je rugissai de rire tandis qu'Al' poussait un cri scandalisé.

— Quoi ?! T'es sérieuse ? T'accordes vraiment de l'importance à la taille de... euh…

Il piqua un fard alors que Rachel le dévisageait d'un air goguenard, se moquant clairement de lui.

— Tiens, d'ailleurs, je me suis toujours demandé… Elle est comment la tienne, Albus ?

— Au secours, ajoutai-je, toujours secouée de rires.

Je n'avais pas du tout envie de savoir comment était celle de mon cousin.

— Nan mais ça va pas ! s'offusqua-t-il, outré.

— C'est pour la science Al' ! expliqua la blonde, l'air très sérieux. Comme tu es le frère de James, vous devez sûrement en avoir une similaire. Comme ça, je me prépare mentalement à ce qu'il en ait une petite et que ça brise mon petit cœur.

Il plissa les yeux, écœuré.

— Tu es sérieuse ?

Ma meilleure amie roula des yeux.

— Mais non, gros bêta.

Albus poussa un long soupir de soulagement qui nous fit rigoler. Qu'est-ce qu'il pouvait être naïf parfois.

— Quand vous vous moquez de moi comme ça, je comprends mieux pourquoi je traîne avec Scorpius et Luke.

Rachel lui tira la langue.

— Comme si Malefoy pouvait être aussi drôle que nous, rétorqua la blonde. Donovan, je veux bien, en plus, c'est vrai qu'il est vachement bien foutu…

Albus ouvrit la bouche, choqué.

— Rachel ! T'es pas censée être attirée par quelqu'un d'autre ?

Elle leva les mains en signe d'innocence.

— Hey, j'ai le droit de mater, d'accord. En plus c'est pas non plus comme si James était intéressé par moi ou que j'avais mes chances.

Je fis les gros yeux et Albus se frappa le front avec le plat de la main dans un geste désespéré.

— Hey, arrête de dire n'importe quoi, commença le brun, que moi je me plaigne de l'indifférence de Luke, c'est complètement normal, je suis gay et lui sort avec une fille qui est quand même l'une des plus jolies de cette école, mais toi, tu as toutes tes chances avec James. Tu as juste trop la trouille de te lancer.

Rachel s'apprêtait à répliquer d'un geste enflammé mais je ne lui en laissai pas l'occasion.

— Ça suffit.

Ils me dévisagèrent tous les deux.

— Finis les lamentations. Aujourd'hui, vous passez à l'attaque.

— À l'attaque ? souleva Rachel. Qu'est-ce que tu crois, qu'on va les bouffer ou quoi ?

— On va mettre au point un plan d'action. Et aujourd'hui, vous allez tous les deux déclarer votre flamme, décidai-je en ignorant la blonde.

— Non.

— Impossible.

— Toi, Albus, tu vas dire à Luke que tu es gay. Sans lui avouer que tu es amoureux de lui ce serait déjà une énorme avancée. Et toi, Rachel, tu vas annoncer à James que tu l'aimes, parce qu'au cas où tu aurais oublié, aujourd'hui est ta dernière chance.

— Je ne peux pas me lancer là-dedans, déclara Albus d'une voix sombre.

— Justement Rose ! Je ne verrai plus James d'ici demain. Pourquoi je prendrais la peine de me déclarer alors que, loin de lui, je pourrais facilement l'oublier ?

— Parce qu'il est hors de question que je te vois dans le même état que ces derniers mois durant toute notre septième année, qui est, je le rappelle, l'année des ASPIC. Et puis au moins tu seras fixée.

— Oh pitié, arrête de nous parler de ces foutus examens, supplia Rachel.

— Je ne peux pas faire ça, répéta Albus de la même voix déprimée.

— Tout ira bien les gars, on va mettre un plan au point. En plus, comme c'est le dernier jour, vous n'aurez pas à affronter les conséquences de tout ça demain.

— On sera seuls face à notre conscience qui se foutra de notre gueule. Gé-nial.

— Tu ne comprends pas, Rose, je ne peux pas ! finit par crier Albus.

Je me figeai et fronçai les sourcils. Rachel croisa les bras.

— Si moi je dois le faire, tu dois le faire aussi, Al'.

Albus se passa une main lasse sur ses traits peints par l'angoisse. Peut-être que je lui en demandais trop, après tout. Je me souvins soudain de la photo qu'Arthur avait prise où Albus et Donovan semblaient se disputer.

— Est-ce qu'il y a quelque chose qu'on devrait savoir, Al' ? suggérai-je.

Il souffla comme pour se donner du courage.

— J'ai déjà essayé de dire à Luke ce que je ressentais pour lui.

Wahou. Alors celle-là, je ne m'y attendais vraiment pas. Rachel et moi nous pétrifiâmes. Albus sembla redouter notre réaction mais nous ne dîmes rien.

— Et bien vas-y, balance ! ordonna finalement Rachel, comme à bout.

— C'était il y a quelques mois. On s'est croisés dans un couloir, et je ne sais pas ce qui m'a pris. J'en avais juste marre j'imagine. Du coup, je lui ai dis que j'avais besoin de lui parler, que j'avais besoin d'en parler à quelqu'un. Il était plutôt calme au début mais quand j'ai commencé à sous-entendre qu'il pouvait être, vous savez, comme moi… Il a pété un câble. Je ne m'étais jamais disputé avec lui comme ça. Ni avec personne d'ailleurs, pas même avec Lily. J'étais à deux doigts de lui jeter un sort, nous confia Albus la mine sombre.

— Et après ? fis-je.

— Le lendemain, il agissait comme si rien ne s'était passé, alors j'ai fait pareil. Une semaine plus tard, il sortait avec Zabini.

Rachel examinait Al', à la fois horrifiée et peinée.

— Et après tu veux que j'aille me déclarer à James ? Mais jamais de la vie !

— Ça n'a rien à voir, nous dîmes en chœur avec Albus.

Elle croisa les bras. Mon cerveau tournait à plein régime.

— Tu as déjà envisagé, Albus, que peut-être, Luke était comme toi, mais qu'il ne parvenait pas à l'assumer ?

— Oui, évidemment, me répondit mon cousin. Mais après la claque que je me suis prise, j'aimerais mieux éviter de m'en prendre d'autres dans la tronche. Je ne sais pas si je pourrais m'en remettre.

Je déglutis.

— Je comprends. Bon, dans ce cas, on va se focaliser sur Rachel. On réfléchira à un autre plan pour toi plus tard Al'.

Il grogna d'assentiment alors que la blonde croisait les bras.

— Non, non et non, Rose. Il en est hors de question !

— Qu'est-ce que tu as à perdre ?

— Euh... ma dignité face à mon ennemi mortel ? suggéra-t-elle en roulant exagérément des yeux.

— Quelle dignité ? plaisanta Al.

Elle poussa un énorme soupir.

— Tu nous remercieras quand tu épouseras James, fis-je, sûre de moi.

Je savais qu'il partageait ses sentiments. Elle tira la langue, comme dégoûtée. Alors, je sus que c'était dans la poche.

Rachel ferma la porte du compartiment d'un geste sec. Nous étions dans le Poudlard Express, en route pour Londres. Cette fois-ci, pas de Malefoy ou de Donovan dans notre cabine et c'était tant mieux. Morose, la blonde se laissa tomber sur la banquette. Je savais qu'elle repensait à James et à tout ce qu'elle n'avait pas tenté. Elle avait bien essayé de lui adresser la parole en ce dernier jour, juste avant de monter dans le train, conformément à notre plan, mais en grand idiot qu'il était, il avait simplement aboyé à l'intention de ma meilleure amie un "Grouille-toi Davis, j'aimerais rentrer chez moi avant l'année prochaine" qui l'avait, bien entendu, coupée dans tout élan.

À côté de Rachel, Albus tirait la même tronche abattue et je devinai qu'il pensait à Donovan, toujours en couple avec Zabini.

Et moi ? J'avais l'image d'un certain blond gravé sur la rétine. Les choses étaient allées très vite. Trop, peut-être. Mais je ne parvenais pas à regretter quoi que ce soit. Je savais enfin pourquoi les cauchemars de Scorpius avaient tellement d'ampleur dans sa vie. J'ignorais encore beaucoup de choses cependant, parce qu'il était quand même resté mystérieux, mais je devinais une grande partie. Avoir compris tout ça avait, en quelque sorte, brisé un mythe. Je me demandais si finalement, je ne préférais pas quand il portait son masque à la con.

J'étais tout de même quelque part soulagée de ne pas le voir de l'été et j'espérais que cette distance physique et mentale me permettrait de me remettre les idées en place. Notre petit jeu semblait être terminé. Tant mieux. Cette année avait été bien trop épuisante et je ne voulais pas que la suivante se déroule de la même manière. Il était temps que j'affronte mes hormones et que j'apprenne à me passer de l'aide de Malefoy. Il ne m'apportait rien de bon. Ce n'était qu'une distraction, un parasite. Je n'avais pas besoin de lui.

— Alors, vous avez prévu quelque chose pour cet été ? lança Al'.

— Comme d'hab, dit Rachel. Bosser chez Weasley, Farces pour sorciers facétieux et me payer plein de glaces sur le Chemin de Traverse avec Thomas. Et vous ?

— Étudier, répondis-je. Éviter mes parents.

Rachel m'adressa un regard sévère. Ses parents les avaient abandonnés, elle et Thomas. Du coup, elle se mettait parfois en tête de remplacer les miens. Je soupirai.

— Oui, bon, peut-être pas tout le temps.

— Je pensais à faire une fête pour mes dix-sept ans, annonça Albus.

— Oh ce serait génial Al' ! s'exclama Rachel.

— Ça veut dire que j'inviterai aussi Luke et Scorpius, ajouta-t-il en surveillant notre réaction.

— Fantastique, me renfrognai-je.

N'allais-je donc jamais échapper à ce blond de malheur ?

— C'est bien ce que je pensais, ajouta Albus.

Je croisai les bras.

— Je ferai un effort, promis-je à contrecœur.

— Excusez-moi. Ai-je bien entendu ? ironisa mon cousin. Rose Weasley va faire un effort ?

— Un mot de plus, le binoclard, et je ne ferai rien du tout. Pas même mon cheesecake au citron !

— Je n'ai rien dit, se rétracta aussitôt Al'.

— J'aime mieux ça. Hey, tu pourrais inviter Finnigan aussi ?

— Pourquoi, c'est aussi son anniversaire ? railla Albus avec un grand sourire.

— Nan, mais…

— Tu as un crush sur Arthur, Rose ? demanda Rachel en plissant les yeux.

Horreur, je piquai un fard.

— Non !

— Je trouve qu'elle se défend bien vite… commenta la blonde avec un sourire en coin.

Merlin. Je n'avais pas le béguin pour Arthur.

— C'est avec lui que tu… commença-t-elle mais je la fis taire d'un regard autoritaire.

J'aurais dû me douter qu'elle reviendrait sur cette histoire. Pourquoi est-ce que j'avais laissé échapper devant elle que j'avais un plan cul ? Quelle idiote !

— Non !

— De quoi vous parlez ? fit Albus, complètement perdu.

— Rien du tout.

— Rose a un plan cul.

— Rachel ! m'outrai-je.

Elle ricana. J'étais mortifiée. Elle oubliait parfois qu'Albus n'était pas uniquement mon meilleur ami, c'était aussi mon cousin. Et il y avait des choses dont j'aurais préféré garder ma famille éloignée.

— Quoi ?! s'écria Albus, scandalisé.

— Je n'ai pas de plan cul. J'avais un plan cul, précisai-je en soulignant l'emploi du passé.

Ils plissèrent les yeux, pas du tout convaincus. J'avais les pires meilleurs amis du monde.

— Comment ça ? interrogea Rachel. Vous avez arrêté ?

— Bah, c'est les vacances d'été…

— Vous n'allez pas vous revoir cet été ? Ni l'année prochaine ? Ah, ça veut dire que c'est un septième année ça… N'est-ce pas ?

Je cachai mon visage entre mes mains, dépitée et horrifiée.

— Rachel, arrête ça, ordonnai-je. Je ne te dirai rien de toute façon.

Elle se renfrogna.

— Ah bah elle est belle, la confiance que tu as en nous ! s'exclama-t-elle en me fusillant du regard.

Je soufflai pour me calmer, alors que je commençai à sentir la moutarde me monter au nez.

— Hey, tout le monde se détend, dit Albus. Rose ne veut pas nous dire, c'est son droit. Accepte-le Rachel.

Cette dernière pinça les lèvres et reporta son regard sur le paysage qui défilait. J'adressai une œillade reconnaissante à mon cousin mais ce dernier m'en renvoya une qui voulait clairement dire "on n'en a pas terminé". C'était vraiment une journée de merde.

Nous laissâmes échapper tous les trois la même plainte lorsque le Poudlard Express arriva en voie 9/¾. Albus nous aida à descendre nos valises, puisque nous ne pouvions plus utiliser la magie hors de Poudlard. Encore un autre charmant inconvénient à ces vacances. Quand je débarquai enfin sur le quai, je ne mis pas très longtemps à distinguer, parmi la grosse fumée blanche, ma famille qui m'attendait. Ce n'était pas très difficile, c'était la seule que tout le monde dévisageait.

Les épaules d'Albus tombèrent.

— Comme j'adore être le fils d'Harry Potter, ironisa-t-il.

— Ne m'en parle pas…

— Vous plaignez pas, au moins, vous êtes l'enfant de quelqu'un, nous réprimanda Rachel.

— Vu comme ça…, reconnut Al.

Thomas surgit soudain à nos côtés.

— Tu es prête ? demanda-t-il en regardant sa sœur.

— Presque, répondit Rachel.

Puis elle se jeta sur Albus et moi et nous étreignit de toutes ses forces. Chaque année depuis leurs onze ans, Thomas et Rachel rejoignaient un orphelinat sorcier, situé sur le Chemin de Traverse. Ils y étaient plutôt heureux, même si, selon Rachel, ce n'était pas non plus le foyer idéal. Étrangement, c'était le seul endroit sur Terre où la blonde ne faisait pas bêtise sur bêtise et où le bon sens dont elle parvenait à faire preuve (sûrement grâce à l'influence de Thomas) leur offrait quelques libertés, comme un couvre-feu assez large ainsi que la possibilité de rentrer par eux-mêmes après que le Poudlard Express soit entré en gare. J'étais très triste que ma meilleure amie n'ait pas, à proprement parler, de soutien parental. Mais je ne pouvais nier que j'enviais son indépendance.

— On s'écrit pendant les vacances d'accord ? Et faites-moi signe si vous êtes de passage sur le Chemin de Traverse.

— Rachel, si tu nous étouffes, on ne pourra pas t'écrire grand-chose, souffla Albus d'une voix étranglée.

— Oh, désolée, dit-elle en nous relâchant. C'est juste que vous allez beaucoup trop me manquer.

Franchement elle exagérait, on trouvait toujours le moyen de se voir durant l'été. Son regard se perdit au loin et se voila. Je me retournai pour savoir ce qui la mettait dans cet état. James était en train d'embrasser sa mère. J'aurais dû m'en douter. Rachel poussa un gros soupir et se força à sourire.

— Et puis, qui sait ? ajouta-t-elle. On trouvera peut-être tous l'amour cet été.

— Ne compte pas trop là-dessus, marmonna Albus, plongé dans sa propre contemplation de Donovan, en train de discuter avec Malefoy.

— Rose ! m'interpella ma mère en agitant sa main au loin.

Je levai les yeux au ciel.

— Pitié, Rachel, échangeons nos places.

Thomas fronça les sourcils.

— Hors de question.

Je tirai la langue et Rachel ricana.

— Allez viens Rose, avant qu'ils nous pondent tous une pendule pour avoir dit au revoir à nos amis… m'entraîna Albus.

— Ah Rose tu m'as tellement manqué ! s'exclama ma mère en me prenant dans ses bras, dont je me dégageai rapidement.

— Maman, arrête de faire ça devant tout le monde !

— Roh, tu es comme ton père, souffla-t-elle.

Ce dernier me fit justement un clin d'œil. Au moins, il y avait quelqu'un ici qui pouvait m'aider avec cette folle.

— Où est Hugo ? m'enquis-je, ne voyant mon frère nulle part.

Il était hors de question que je subisse seule les épanchements de ma mère.

— Albus !

Mon cœur se figea en reconnaissant cette voix. Al' se retourna et tendit les bras pour y accueillir l'étreinte brève de Scorpius.

— On s'écrit d'accord ? lança l'albinos.

À côté d'Albus, Harry grattait sa cicatrice sur son front, l'air pensif. L'amitié Scorpius-Albus était plutôt acceptée dans la famille, mais on ne pouvait pas nier qu'elle installait tout de même un certain malaise. Heureusement que personne ne savait que j'avais couché avec Malefoy. Plusieurs fois.

J'étais d'ailleurs aussi mal à l'aise que mon oncle. Scorpius ne me regardait pas. Il agissait comme si je n'existais pas alors que j'étais pétrifiée par sa présence. Je le dévisageai en silence, espérant provoquer une réaction de sa part.

— Évidemment, répondit Albus avec un grand sourire.

Scorpius hocha la tête et salua rapidement ma famille. Puis, alors qu'il s'en retournait vers ses parents qui l'attendait de pied ferme un peu plus loin, il y eut un moment de flottement. Un instant où le temps s'arrêta, où la fumée de Poudlard Express cessa de partir en volutes blanchâtres, où les rires des enfants et les pleurs des parents se turent. Cet instant ne dura même pas une seconde mais il fut si intense qu'il me donna l'impression de durer une éternité. En une seconde à peine, le regard de Scorpius avait épinglé le mien, et il l'avait crucifié sur l'autel de son indifférence. Le moment fut si bref et si pénible que lorsque je réalisai qu'il était déjà parti, j'en vins à me demander si je n'avais pas rêvé et imaginé tout cela.

Retrouver ma chambre fut un vrai plaisir. Auparavant, Hugo et moi étions dans la même, celle qu'il occupait actuellement, car nous n'avions pas assez de place dans la maison. Mais j'avais fini par criser à l'âge de douze ans pour avoir un peu plus d'intimité. Alors, mon père avait engagé des entrepreneurs sorciers et ceux-ci avaient aménagé le grenier pour que j'y aie enfin mon propre espace. Par conséquent, ma chambre était sous les toits et même si elle n'offrait pas une grande liberté de mouvement, c'était avant tout la plus grande, puisqu'elle couvrait toute la surface de la maison. La charpente en bois était apparente à certains endroits et faisait écho au parquet brut, ton sur ton. Je n'avais pas de porte mais un escalier privé qui montait en colimaçon. Du coup, plutôt que de frapper à la rambarde comme des gens civilisés le feraient, ma famille avait plutôt tendance à gueuler aux pieds des escaliers pour me demander s'ils pouvaient entrer. Sauf Hugo, qui lui, s'invitait tout le temps comme un rustre. J'avais hâte d'être majeure pour lui donner une bonne leçon.

J'adorais ma chambre. Elle était spacieuse, et les murs clairs me permettaient de réfléchir et de m'y poser en paix. J'avais un immense velux sur le toit gauche qui laissait entrer un maximum de lumière et qui me permettait de voir les étoiles durant la nuit. Enfin, quand le ciel de Londres était dégagé, ce qui, avec la pollution, restait plutôt rare. Je n'avais pas vraiment de déco sur les murs, simplement quelques photos de Poudlard et de mes amis au-dessus de mon bureau, un fanion Gryffondor au fond de la pièce, au-dessus de ma bibliothèque, quelques bougies flottantes à côté de mon matelas, une ou deux plantes vertes et un grand tapis ocre qui partait du pied de mon double lit jusqu'à mon bureau.

Je poussai un long soupir et commençai à ranger mes affaires dans ma toute petite penderie placée derrière mes escaliers, luttant contre l'envie de m'affaler sur mon lit et d'y lire.

— Rose est-ce que tu veux que je t'aide avec ta valise ? me demanda ma mère qui venait de s'incruster.

— Non, maman, c'est bon.

— Est-ce que tu veux manger quelque chose ? Le trajet a dû être long…

— Pas assez pour que j'oublie le chemin de la cuisine, je te rassure.

— Rose !

— Quoi ? soupirai-je.

— Pourquoi est-ce que tu es aussi ironique avec moi par Merlin ? Je ne t'ai rien fait.

— Je crois que Rose apprécierait juste un moment tranquille, Hermione, intervint mon père, sur la dernière marche de mes escaliers.

Ah, quel héros. Je lui lançai un sourire reconnaissant. Ma mère poussa un soupir et s'en alla offrir ses étouffants services à mon frère en pestant. Mon paternel entra et s'assit sur ma chaise de bureau.

— Elle a raison, tu sais.

Je levai un regard interrogateur sur lui.

— Ta mère ne mérite pas ton insolence, Rose.

— Mais… !

Il me lança un regard qui me coupa la parole. Je pinçai les lèvres. Maudite autorité paternelle.

— Elle travaille beaucoup et elle ne t'a pas vue depuis des mois.

— Parce que toi, tu ne travailles pas beaucoup peut-être ?

— Tu sais très bien ce que je veux dire. Sans ta mère, cette maison tomberait en morceaux. Si tu avais un problème, elle se couperait une jambe pour le résoudre.

Je croisai les bras.

— Parce que toi, non ?

— Oh, moi je te donnerai juste quelques Chocogrenouilles.

Je ris.

— Mais justement Papa. J'ai pas besoin de plus que quelques Chocogrenouilles pour aller mieux. Maman donne trop, tout le temps. Elle est lourde, fis-je exaspérée.

— Laisse-lui du temps, d'accord. Ce n'est pas toujours facile d'élever sa fille. Surtout quand elle commence à avoir des seins…, marmonna-t-il.

— Papa ! m'indignai-je.

Il rigola et évita le coussin que je venais de lui lancer à la figure d'un mouvement souple.

— Bon, je te laisse tranquille. Au fait, on va chez Harry demain. Tu veux venir ?

— On verra.

Hors de question que j'y mette les pieds si Albus n'y était pas. Aussi, quand mon père quitta ma chambre, je me précipitai sur un bout de parchemin et écrivis à mon cousin. Mais au moment où j'allais piquer Azylum, le hibou d'Hugo, ma mère beugla depuis la cuisine.

— Rose ! Tu as du courrier !

Je dévalai les escaliers, espérant qu'il s'agissait d'Al' qui avait anticipé la même chose que moi. J'avais raison.

— Tu viens à peine de quitter Albus qu'il t'écrit déjà, commenta ma mère avec un sourire qui m'exaspéra.

Qu'est-ce que ça pouvait bien lui faire ? Je l'ignorai, pris la lettre d'entre ses mains, et allai dans le salon pour la lire tranquillement.

Rose,

Mon père vient de me dire que tes parents venaient demain. J'ai invité Rachel. Tu nous rejoins ou tu veux commencer tes devoirs de vacances ?

Amitiés,

Al

Je rédigeai une réponse rapide, ignorant la moquerie d'Albus sur mon sérieux scolaire et retournai dans la cuisine où ma mère était occupée à faire du thé.

— Alors ? s'enquit-elle en prenant une gorgée de thé.

— Je viens demain, dis-je platement tout en attachant ma réponse à la patte d'Houra, la chouette des Potter.

Elle sourit.

J'étais déjà chez Albus, en train de discuter avec lui sur son lit, quand Rachel déboula dans sa chambre comme un boulet de canon et se jeta sur nous.

— Ta mère m'a dit que vous étiez ici… Ah vous m'avez trop manqué ! s'exclama-t-elle en nous prenant dans ses bras, nous faisant tomber à la renverse.

Heureusement que le lit était immense.

— On s'est quitté hier, Rachel, fis-je en tentant de m'échapper.

— C'était il y a une éternité.

Al' roula des yeux.

— Elle est folle.

J'acquiesçai alors que la blonde frappait l'arrière du crâne de mon cousin du plat de la main.

— Vous êtes méchants avec moi, se lamenta-t-elle avant de se relever.

— Mais non, on t'aime, dit le brun.

— Quand tu dors, ajoutai-je.

— Hey ! s'indigna-t-elle.

J'éclatai de rire.

— Bon, quoi de neuf depuis hier du coup ? commença Albus en reprenant une place correcte sur son lit.

— Ma mère est super chiante, lançai-je.

— Ah bon ? s'étonna-t-il.

Rachel fit les gros yeux.

— Bah comme d'habitude quoi. Dis tu pars en vacances cette année Al' ?

— Je ne sais pas encore.

— Est-ce que Lily et James sont là ? demanda Rachel, tentant de prendre une moue innocente.

Albus et moi échangeâmes un regard entendu avant de reporter notre attention sur la blonde.

— Non. James est allé chez un de ses potes, désolé.

— Oh je demandais juste comme ça, fit-elle en haussant les épaules.

Elle commença à se ronger les ongles et un voile masqua son regard.

— Oui, d'ailleurs puisque c'était juste "comme ça" tu seras sûrement ravie de savoir que Lily est actuellement chez moi, avec Hugo, dis-je, taquine.

Mais elle ne répondit pas. Son regard s'était perdu au loin, voilé par un nuage de mélancolie. Al' me lança une œillade inquiète. Très bien, aux grands maux, les grands remèdes. Je frappai trois fois dans mes mains sous les yeux de Rachel.

— Hé, réveille-toi Davis !

— Quoi ? grogna-t-elle.

— Rachel, si tu ne veux rien faire pour James, il faut que tu passes à autre chose. Tu ne vas pas perdre ta vie à être triste à chaque fois que tu viens ici, c'est clair ?

Ses iris m'assassinèrent mais je ne me démontai pas.

— Tu crois que c'est aussi simple ? C'est le frère de mon meilleur ami ! Où que j'aille, on y fera toujours allusion. C'est pas comme si je pouvais tourner la page, comme ça, en claquant des doigts. Je ne contrôle pas tout ce que je ressens, Rose !

Sa tirade me fit l'effet d'une gifle.

— Quelle idée quand même, de tomber amoureuse de mon frère... marmonna Albus.

— Qui est amoureuse de moi ?

Nous nous retournâmes tous les trois vers la porte de la chambre d'Albus, horrifiés et bouches bées. James se tenait dans l'encadrement, en train de manger un énorme sandwich. Une lueur curieuse allumait son regard. Putain, on était mal.