— Quelle idée quand même, de tomber amoureuse de mon frère... marmonna Albus.
— Qui est amoureuse de moi ?
Nous nous retournâmes tous les trois vers la porte de la chambre, horrifiés et bouches bées. James se tenait dans l'encadrement, en train de manger un énorme sandwich. Une lueur curieuse allumait son regard. Putain, on était mal. Le jeune homme se gratta l'arrière de la nuque.
— J'étais venu dire à Rose que j'avais été sélectionné par l'équipe de Flaquemare…
Il sembla se rendre compte que sa présence avait lancé un blanc et qu'il venait de faire une boulette. Probablement parce que nous le dévisagions avec insistance. Mon cœur se mit à battre à mille à l'heure quand j'osai observer la réaction de ma meilleure amie, que je redoutais. Elle se pinçait les lèvres et se cachait derrière sa masse blonde, l'air perdu dans la contemplation de ses ongles. Je me sentis mal à l'aise pour elle.
— Qu'est-ce que j'ai encore dit qu'il ne fallait pas ? Pourquoi Rose ne se réjouit pas pour moi ? lança James, l'air un peu perdu. Et pourquoi est-ce que Davis se planque comme ça ?
Je lançai une œillade furibonde à mon cousin et ce dernier recula d'un pas, comme physiquement agressé. Quel idiot franchement ! Ce n'était pas possible d'être aussi crétin ! Comme si j'allais me réjouir pour lui quand il lançait ce genre de bombe !
— Je crois que je vais rentrer, déclara Rachel, la gorge nouée.
Je déglutis. J'avais envie de frapper mon idiot de grand débile de cousin qui, une fois de plus, avait réussi à tout foutre en l'air.
— D'accord, fit Albus, tentant de masquer sa déception.
— Je suis désolée, ajouta Rachel.
— Y'a pas de problème, dit-il.
— Bien sûr que si, y'a un problème. Même qu'il s'appelle James Potter, contrai-je, toujours en train d'assassiner du regard l'intéressé.
Ce dernier fronça les sourcils et croisa les bras.
— Non mais c'est le monde à l'envers là ! s'exclama James. J'arrive avec une super nouvelle et vous faites tous des tronches d'enterrement ! Franchement, j'apprécie. Merci beaucoup. Puis, vous pourriez au moins avoir l'obligeance de me dire qui est amoureuse de moi ! Je suis quand même un minimum concerné, merde !
Je pris une profonde inspiration, m'efforçant de ne pas répondre à sa petite attaque.
— Tu as raison Albus, c'est vraiment une idée de merde, dit Rachel au brun en fuyant les prunelles de James.
— Hé, commençai-je pour rassurer ma meilleure amie, rappelle-toi du couplet "je ne maîtrise pas mes sentiments", Davis.
Elle haussa les épaules, l'air malheureux. Puis, elle s'empara de son sac pour quitter la chambre d'Albus, quand elle constata que James était toujours dans l'encadrement de la porte. Sa haute stature ne permettait pas à la jeune fille de s'échapper.
— Tu es dans le passage Potter, fit Rachel, les yeux rivés sur ses chaussures.
— Pourquoi tu te casses ? dit James, faisant fi de la remarque de la blonde.
— Je viens de le dire. Et tu es dans le passage.
— Je sens que tu as un problème avec moi, Davis. Alors dis-moi ce que c'est maintenant qu'on en finisse. Je n'ai vraiment pas envie de te courir après pour que tu t'expliques encore une fois. Nous ne sommes pas à Poudlard là.
J'échangeai un regard inquiet avec Albus. Bien. Nous étions deux à redouter la catastrophe.
Rachel lâcha un énorme soupir, semblant chercher la force dont elle avait besoin pour affronter le grand brun. Puis, quand ce fut fait, elle releva la tête et plongea enfin ses prunelles dorées dans celles de l'élu de son cœur. Elle serra les poings, comme pour se donner du courage. Alors, je compris ce qui allait se passer. Elle allait le faire. Ça ne respectait pas du tout le plan mais elle allait le faire. Je me pétrifiai et arrêtai de respirer. Une part de moi aurait voulu se trouver n'importe où excepté là mais l'autre part raffolait des potins et se délectait du spectacle avec une espèce d'appréhension solidaire.
— Je n'ai pas de problème avec toi, James.
Le jeune homme sursauta quand la blonde prononça son prénom, mais elle n'y prêta pas attention.
— Tu es le problème. Je suis amoureuse de toi. Et tu n'as pas idée à quel point c'est difficile. Tu es un abruti. Tu ne comprends jamais mes sous-entendus. Tu fais partie de cette équipe de merde, coachée par cette abominable connasse. Je vais devoir passer neuf mois au château sans toi. Et Poudlard sans toi, je ne l'envisage pas. Ça va être horrible. Je sais que tu vas me manquer à chaque moment, je sais que l'affreux et autoritaire capitaine que tu es va me manquer. Que tes farces à la con vont me manquer. Que tes réparties et la façon dont tu me regardes quand j'oublie de porter ma cravate vont me manquer. Alors je pourrais me dire, "c'est génial, ça va être plus facile de l'oublier", mais pas du tout. Parce que tu es le frère de mon meilleur ami et ça, ça veut dire que je vais devoir endurer ta présence et celle de la pouffiasse que tu ramèneras à chacune de ses fêtes, chacun de ses anniversaires. Tu comprends ? Je ne peux juste pas m'en échapper. Maintenant, écarte-toi de ce putain de passage et laisse-moi aller pleurer en paix chez moi !
Rachel avait prononcé cette dernière phrase d'un ton particulièrement dur qui semblait avoir complètement abattu James. Ce dernier déglutit et s'écarta. Elle en profita pour s'échapper. Abasourdi, mon cousin était à court de mots. Il sembla se réveiller lorsqu'il entendit la porte d'entrée de la maison claquer violemment, signe que la jeune fille venait définitivement de quitter les lieux.
— Davis est amoureuse de moi ? fit-il, sous le choc, en nous dévisageant.
Albus et moi hochâmes la tête. J'étais trop choquée pour réagir.
— C'était super gênant, commenta Al'.
— Je ne me sens pas très bien, dit James.
Le sandwich qu'il dévorait quelques instants auparavant tomba au sol et le jeune homme se couvrit la bouche avant de se précipiter vers les toilettes au fond du couloir.
— Ok, alors ça, c'était super gênant, fis-je, écœurée.
— Ah, il est ému, répondit Albus qui s'en allait récupérer le sandwich au sol pour le mettre à la poubelle.
Je me pincai le bras afin de vérifier que je n'étais pas en train de rêver. Je savais que Rachel était du genre solitaire quand elle était contrariée mais ce genre de bouleversement m'inquiétait un peu plus que ceux auxquels elle était habituellement soumise. Je n'aimais pas la laisser seule.
— Oh ta gueule, fit James, qui revenait.
Son teint était toujours un peu verdâtre, mais il avait l'air de s'être remis de ses émotions.
— Je vais essayer de trouver Rachel pour voir comment elle va, annonçai-je en me relevant.
— Non.
Je considérai James. Quelle mouche l'avait piqué ? Est-ce qu'il avait enfin décidé de ne plus être un abruti de premier plan ? Ses traits exprimaient l'ahurissement, comme s'il avait lui-même du mal à se rendre compte que c'était bel et bien lui qui venait de parler. Bon, ce revirement n'était visiblement pas dû à un élan d'intelligence de la part de mon cousin.
— Je vais y aller, déclara-t-il, plus assuré.
— Tu es certain ? m'inquiétai-je.
— Oui. T'inquiète. Je ne vais pas la bouffer.
Non, mais s'il lui disait un mot de travers comme il en avait le secret, moi, j'allais certainement le piétiner.
— James, je t'assure que si tu lui fais la moindre peine, je t'explose les genoux ? C'est clair ? menaça Albus.
Son frère fronça les sourcils.
— Euh, ouais, d'accord.
— Idem, prévins-je.
— Ah, c'est incroyable la confiance que vous avez en moi ! s'indigna le jeune homme. Bon, j'y vais.
Il s'exécuta et dévala les escaliers. Je poussai un long soupir et échangeai un nouveau regard inquiet avec mon meilleur ami.
— Tu crois que c'est une bonne idée de laisser James y aller ? demandai-je alors qu'on entendait ce dernier beugler à sa mère qu'il sortait.
Al' haussa les épaules, indifférent.
— Ce sont leurs histoires. Ils doivent régler ça entre eux.
— Je n'aime pas ça, confessai-je, préoccupée.
— Tu ne peux pas toujours tout contrôler Rose.
Je grognai. Il avait raison évidemment, mais c'était difficile de le reconnaître.
— Il faut qu'on planifie une autre journée avec Rachel, décrétai-je.
Albus fronça les sourcils.
— Tu as déjà oublié la partie où je te dis que tu ne peux pas tout contrôler ?
— Je veux savoir comment ça se sera passé avec James. Si ça se trouve cet imbécile ne saura même pas la retrouver. Ça m'étonnerait que Rachel rentre chez elle. Elle n'aime pas aller à l'orphelinat avant la toute dernière minute.
James s'époumona justement en bas des escaliers à ce moment-là.
— Rose !
Je levai les yeux au ciel et me dirigeai sur le palier en rouspétant dans ma barbe.
— Quoi ? bralliai-je en haut des marches.
— Où est-ce que je dois aller ?
Je me retins très fort d'insulter mon andouille de cousin.
— Essaye Fortarôme !
J'entendis ma tante Ginny maugréer contre nos mauvaises manières. Avec un léger sourire, je retournai dans la chambre d'Albus. Il n'avait pas quitté son lit.
— Ton frère est vraiment idiot, me lamentai-je.
— Tu parles aussi de ton cousin, je te signale.
— Mouais. Bon, et toi ? Des scoops à propos de Donovan ?
Le visage d'Albus s'assombrit.
— Non. Je n'ai même pas envie de lui adresser la parole. Par contre j'ai parlé avec Scorpius de mon envie de faire une fête pour mon anniversaire et il avait l'air super emballé. Il m'a même proposé de la faire dans son manoir.
— Quoi ? m'insurgeai-je en bondissant.
Il fronça les sourcils et croisa les bras.
— Qu'est-ce qu'il y a encore ? souffla-t-il, exaspéré.
— Comment ça "qu'est-ce qu'il y a encore" ? Si tu fais ton anniversaire dans le manoir du blondinet albinos, comment est-ce que Rachel et moi sommes supposées venir ? m'indignai-je. Et puis tu as toujours fait tes anniversaires au Terrier, je ne vois pas pourquoi cela devrait changer !
— T'as fini ?
Je fis les gros yeux.
— Tu sais, c'est complètement ridicule de dire que Scorpius est un blondinet albinos, enchérit-il d'une voix docte, les albinos sont toujours blonds.
— Je t'emmerde, rétorquai-je du tac au tac.
— Et je ne vois pas en quoi faire mon anniversaire au manoir de Scorpius serait un problème. C'est super grand, bien plus que le Terrier, et il y aurait assez de place pour que tout le monde y dorme. Puis, je suis certain que ça ne posera pas de problèmes à Scorpius que toi et Rachel veniez. Ni même les autres cousins.
— T'es sûr de ça ? sondai-je, méfiante, parce qu'aux dernières nouvelles, ton petit pote albinos nous déteste !
Al poussa un gros soupir.
— Mais non il ne vous déteste pas…
— Mais si ! Tu remarques jamais comme il nous regarde avec son masque impassible de merde, ou les remarques cinglantes qu'il nous lance !
— Je croyais que ça allait mieux entre vous deux depuis que vous faisiez vos potions ensemble.
— Oh ça se passe très bien quand il ne me parle pas en se prenant pour le maître de ce château. Faut constamment qu'il se pavane comme si Poudlard lui appartenait et qu'il soit super mystérieux, c'est énervant ! Et puis à chaque fois que j'ai un truc à lui dire il se barre et quand j'ai tout sauf envie de le voir, monsieur se pointe et dit qu'on a du travail. Il me gonfle ! conclus-je finalement d'une voix agacée.
— Scorpius n'est pas comme ça, coupa calmement Albus en m'examinant par-dessus ses lunettes.
— Oui, bah je me comprends ! rétorquai-je vivement.
— Écoute Rose. J'ai apprécié la proposition de Scorpius et si mes parents sont d'accord, je compte bien faire mon anniversaire à son manoir. Alors prépare-toi à cette idée et arrête un peu tes caprices.
Je croisai les bras et adoptai une moue boudeuse.
— Je te dis qu'il nous déteste, maugréai-je. C'est évident que ça va mal se passer.
— Bon, puisque c'est comme ça… commença Albus.
Il se leva de son lit et se dirigea vers son bureau à la recherche de je-ne-sais-quoi. Je me sentis pâlir.
— Qu'est-ce que tu fais ? demandai-je, une sueur froide coulant le long de mon dos.
— Je vais te prouver que Scorpius n'est pas aussi terrible que ce que tu crois.
— Tu n'as vraiment pas à faire ça, dis-je, tentant de le dissuader.
Ça m'allait très bien, d'accuser le blondinet albinos de tous mes malheurs. Il faisait un coupable parfait.
— Visiblement si, Rose. Comme tu ne peux pas t'empêcher de le critiquer à chaque fois que je l'évoque et que ça me commence vraiment à me courir sur le potiron, je vais te prouver que tu as tort.
Il commença à écrire sur un parchemin et je m'approchai pour lire par-dessus son épaule.
Salut Scorp !
J'espère que tes vacances commencent bien et que tu ne t'embrouilles pas trop avec Zarbini. J'étais en train de discuter de ta proposition (tu sais, faire mon anniversaire chez toi) avec Rose, et évidemment comme vous ne pouvez visiblement pas vous entendre (bande de harpies mal dégrossies) elle essaie de me prouver par A+B que tu es un horrible phénomène qui la déteste au point de refuser qu'elle vienne à mon anniversaire si c'est chez toi. Tu voudrais pas m'aider à lui prouver qu'elle a tort ?
Amitiés,
Al'
— Zarbini ? m'enquis-je dans un froncement de sourcils alors qu'Albus accrochait la missive à son hibou et lui ordonnait de se rendre chez le Serpentard.
— Zabini, répondit-il. Elle passe souvent ses vacances avec Scorpius.
— Ah bon ? Comment ça se fait ?
Il plissa les yeux, comme s'il me suspectait de quelque chose. J'espérais ne pas être trop transparente. Je ne voulais pas paraître trop intéressée par la vie de Malefoy. Après tout, j'avais décidé de me passer de lui et de l'oublier. Plus ou moins.
— Leurs parents sont très proches et passent quasiment tout leur temps ensemble alors forcément, Scorpius et Zabini se retrouvent à faire la même chose. Ils se considèrent un peu comme des frères et sœurs, je crois. Mais ils se disputent souvent. D'après Scorpius, Eglantine souffre de pas mal d'insécurités et ça le gonfle de toujours s'en occuper. Cela dit, je pense qu'il ne peut pas vraiment s'en empêcher… dit-il en levant les yeux au ciel.
— Pourquoi tu réagis comme ça ? demandai-je, étonnée qu'Albus, qui prônait la tolérance, n'apprécie pas l'attitude positive de son ami. Si c'était Lily, comment tu te comporterais ?
— J'enfoncerais le clou, évidemment, répondit-il avec un sourire carnassier.
— Pff, menteur. Tu as beau dire que Lily est la pire des emmerdeuses, si elle avait un seul problème tu te précipiterais pour la consoler. Et James pour casser la gueule des fautifs, rigolai-je en imaginant la scène.
— Mouais, mais ça, c'est parce que James et moi sommes les seuls qui avons le droit d'embêter notre chère et adorable petite sœur. Enfin, ça m'étonnerait que Lily ait un jour besoin de nous comme ça. À force de traîner avec Hugo, elle s'est vachement endurcie. Quoique c'est peut-être à cause des blagues que James lui fait.
Je ricanai. C'était la blague de l'année.
— Tu rigoles ? Hugo est un trouillard.
— Ce n'est en tout cas pas ce qu'il dégage auprès de toute la population de Poudlard, commenta mon cousin, l'air de rien.
— Qu'est-ce que tu veux dire ? demandai-je, ne voyant pas où il voulait en venir.
— Tu n'es pas au courant ? s'étonna le brun. Il passe son temps à se foutre de la gueule des première année, à déchirer leur sac ou les faire tomber dans les couloirs.
— Quoi ?! m'exclamai-je, hors de moi.
Pour qui il se prenait ce morveux ?
— Je pensais que tu savais, confessa Al', blasé.
— Si j'avais su, en ma qualité de préfète et grande sœur, je lui aurais déjà fait la peau ! m'indignai-je, outrée par le comportement de mon frère.
— Et pendant ce temps-là, Lily s'amuse à réparer les bêtises de Hugo, expliqua-t-il, indifférent à mon coup d'éclat.
— Tu crois que nos parents savent ?
— Ça m'étonnerait. Lily est la meilleure baratineuse de tous les temps, dit Albus avec l'air dépité. Je suis sûr qu'ils ont tout le monde dans leurs poches.
— Ah, je vais le tuer, marmonnai-je.
— Bonne chance pour ça, lança-t-il ironiquement.
Je changeai de sujet, pour éviter de gaspiller davantage mon énergie sur le cas "Hugo".
— Et du coup, pourquoi est-ce que tu appelles Zabini "Zarbini" ?
Al' haussa les épaules.
— Je n'aime pas beaucoup cette fille, commença mon cousin et je ressentis un élan d'amour pour lui lorsqu'il me confia cela, je ne veux pas l'appeler par son prénom et je ne veux pas vexer Scorpius en l'appelant par son nom de famille. Donc voilà Zarbini.
— Tu es beaucoup trop gentil Albus.
Il eut un petit sourire satisfait et ses joues rosirent.
— Merci.
Son hibou cogna alors à sa fenêtre. Mon cousin lui ouvrit et l'animal entra en poussant un grand hululement. Al' lui donna un peu de Miamhibou après avoir détaché la lettre de sa patte. Puis, il lut la missive à voix haute.
— Cher Al', Eglantine est fidèle à elle-même : chiante.
— Ça ne m'étonne pas, commentai-je en ressentant une certaine satisfaction.
Al' me coula un regard perçant par-dessus ses lunettes. Quand il faisait ça, j'avais le sentiment que ses yeux verts pouvaient lire dans les pensées. C'était très gênant et inconfortable et je le soupçonnais de le savoir pertinemment.
— Mes vacances commencent bien, j'ai déjà attaqué le programme de potions pour l'année prochaine.
— Ah je me sens coupable de ne rien glander quand il dit des trucs comme ça, commenta Albus. Tiens, tu vois, ça te fait un point commun avec lui déjà : vous êtes tous les deux des bêcheurs.
— C'est sûr que maintenant je comprends mieux pourquoi est-ce qu'il a autant de facilités en potions, ce petit rat triche !
Mon cousin haussa un sourcil circonspect et plein de doutes.
— C'est ça, se moqua-t-il, ironique.
Puis il poursuivit sa lecture.
— Ensuite, comment oses-tu me qualifier de harpie mal dégrossie ? Pour Weasley, encore, je comprends mais…
— Quoi ?! m'insurgeai-je, interrompant Albus. Il ne manque pas d'air lui ! C'est bien plus une harpie mal dégrossie que moi !
Al' roula des yeux et ignora mon éclat.
— Je suis ravi de t'aider à prouver que Weasley a tort (comme d'habitude haha, répète-lui ça, ça va l'énerver). Tu peux dire à ta chère cousine que je me fiche bien qu'elle vienne, la maison est assez grande pour qu'on passe toute la soirée sans se croiser.
Je réalisai à cet instant que je n'avais pas du tout envie de passer ladite soirée à éviter Malefoy. Même si cela était sans doute préférable.
— Frimeur.
— Dis à Weasley d'arrêter de faire son égoïste et de me laisser te gâter pour ton anniversaire. Et que si elle refuse de venir simplement parce que c'est chez moi, j'irai moi-même la chercher.
— Dans le jargon, on appelle ça un kidnapping ! m'exclamai-je alors qu'Albus se bidonnait. Non, mais je rêve ! Ça te fait rire !
— Mais dis-lui aussi que si elle est sage, elle aura une surprise. (C'est comme cela qu'on traite les enfants, à ce que j'ai lu.) Amitiés, Scorpius.
— Tu vois, il t'aime bien, conclut Albus.
— Tu parles, c'est juste pour mieux me torturer. Laisse-moi lui répondre, enchaînai-je en prenant le parchemin des mains d'Albus.
Je m'emparai de sa plume modèle autoencreur et commençai à écrire.
Malefoy,
Viendra un jour où je te ferai bouffer ton chaudron. Toi et tes airs présomptueux, vous ferez alors moins les malins. Oh, et je ne suis pas une harpie mal dégrossie. MOI. Toi et Albus n'êtes pas du tout parvenus à me convaincre que tu étais autre chose qu'un horrible phénomène.
En revanche, même si ça me fait mal de le reconnaître (mais bon, je suis capable de renoncer à ma fierté pour discuter, MOI), tu as raison sur un point, je devrais agir dans l'intérêt d'Albus. Je me comporterai donc correctement lors de son anniversaire, s'il a lieu chez toi. Pas pour toi, ni ta stupide baraque, mais pour mon cousin.
R. Weasley
PS : Le kidnapping est puni par la loi, je serais vraiment curieuse de savoir comment tu t'y prendrais pour prendre en otage la fille de la Ministre ! (Espèce d'idiot).
Je ne laissai pas à Albus le temps de lire ce que j'avais rédigé que j'attachai déjà la lettre à son hibou. Ce dernier me lança un regard noir, fatigué de déjà devoir repartir.
— Est-ce que je dois m'inquiéter ? interrogea Al', méfiant.
— Non, dis-je avec un sourire féroce. Et t'inquiète pas, je viendrai à ton anniversaire. Même si c'est dans le manoir de l'autre imbécile, ajoutai-je en levant les yeux au ciel.
Il brandit son poing en l'air en signe de victoire.
— Yes !
— Mais j'ai quand même une condition, annonçai-je avec un rictus machiavélique.
Il me lança un regard méfiant en se figeant.
— S'il-te-plaît, invite Arthur.
Il roula des yeux.
— Tu manques vraiment pas d'air, tu sais !
— C'est pour ça que tu m'aimes.
— Bon, c'est d'accord. Mais réponds d'abord à ma question.
Je me mis aussitôt sur mes gardes, redoutant la fantaisie qui allait traverser son esprit.
— Est-ce que tu es amoureuse de lui ?
Je pouffai.
— D'Arthur ? Non. On s'est juste beaucoup rapproché. Et ça me ferait plaisir de faire aussi la fête avec lui. En plus, on ne va pas se mentir, Albus. Il est excellent pour mettre l'ambiance.
— Rachel aussi est géniale. Tu te rappelles quand elle a dansé au milieu de la salle commune après notre victoire au Quidditch ?
— Ah, je ne suis pas prête d'oublier ça, t'en fais pas.
Je jetai un coup d'oeil à ma montre.
— Tu crois que ça se passe bien pour elle ?
— Je ne sais pas, avoua le brun. J'espère. James a si longtemps fait l'autruche, c'est difficile de savoir.
— Ça fait des plombes qu'il est parti. Tu crois qu'il l'a retrouvée ou bien il continue à chercher ?
— James n'est pas très patient. À mon avis, il est avec elle, là.
— Prions pour qu'ils ne s'entretuent pas, lançai-je.
Il acquiesça.
Je quittai la maison d'Albus un peu plus tard, en même temps que mes parents qui discutaient dans le salon. Maman renvoya Lily chez elle au moment où on arrivait et je jetai un coup d'œil à mon frère, comme si je le voyais pour la première fois, repensant à ce qu'Albus m'avait confié un peu plus tôt.
Il avait beaucoup grandi et me dépassait d'une bonne tête. Il avait aussi pris en masse, ses épaules étaient bien plus carrées qu'auparavant. Quand est-ce qu'il avait autant changé ? Étais-je à ce point centrée sur mon propre monde pour ne pas avoir remarqué cela plus tôt ? Heureusement, cependant, il n'avait pas encore de barbe. Je n'étais définitivement pas prête pour ce changement là. Durant l'espace d'une seconde, je me demandai s'il avait déjà des poils puis chassai aussitôt cette pensée, dégoûtée.
— Qu'est-ce que tu regardes comme ça ? aboya-t-il à mon intention.
— Papa ! Hugo est en train de me faire suer !
Ma mère débarqua dans le hall où nous nous tenions, les poings sur les hanches.
— Vous n'en avez pas marre de vous disputer ? Rose, arrête de geindre un peu. Tu es grande maintenant, alors prends sur toi, et ignore ton frère.
J'ouvris la bouche, scandalisée par cette injustice alors qu'Hugo me jetait un regard vainqueur. Je crevais d'envie de lui enfoncer mon poing dans la figure. Ce qui, considérant sa nouvelle stature, était une très mauvaise idée. Saleté de chouchou.
Je reçus, quelques jours plus tard, un courrier de Rachel dans lequel elle m'invitait à la retrouver sur le Chemin de Traverse pour une glace, et je l'espérais, des potins. Après que James lui ait couru après, j'avais essayé d'écouter Albus : j'avais pris sur moi, et je n'avais pas harcelé ma meilleure amie pour savoir ce qui s'était passé avec le brun. Cela dit je crevais de curiosité et sa lettre tombait à point nommé. J'enchaînai avec une réponse positive et allai annoncer à mon père que je m'absentais.
— Tu rentres pour le dîner d'accord ? Ta mère est là ce soir.
— D'accord, répondis-je plus par soucis de partir au plus vite plutôt que de dire la vérité.
Rachel adorait les glaces de Florian Fortarôme et s'empiffrait de toutes les saveurs chaque été. Aussi, c'était un peu devenu notre QG, notre point de rencontre et il était si naturel de s'y retrouver qu'à chaque fois que nous nous donnions rendez-vous sur le Chemin de Traverse, nous n'avions pas besoin de davantage de détails : nous savions où aller.
Quand j'arrivai, je la vis qui m'attendait, attablée à l'extérieur, laissant les rayons du soleil réchauffer ses épaules dénudées par son T-shirt. Je luttai contre l'envie de bondir jusqu'à son niveau avec un grand sourire. Elle abaissa ses lunettes teintées sur son nez et me lança un regard coquin.
— Tu crois que je ne sais pas ce qui te traverse l'esprit, Weasley ?
Au moins sa moue indiquait quelque chose de positif. Je laissai finalement éclater ma joie et me précipitai à ses côtés.
— Je veux tout savoir, décrétai-je alors.
— Tout ? fit-elle en faisant les gros yeux.
— Oui !
— Je t'ai commandé une glace à la noisette saupoudrée d'éclats de Chocogrenouilles. J'ai demandé une paille orange, parce que je me suis dit que ça irait bien avec tes cheveux.
— Je parlais de James, dis-je en soufflant, exaspérée.
Elle fronça les sourcils et pâlit.
— James ?
— Oui, je te rappelle que la dernière fois que tu l'as vu et que tu m'a vue par la même occasion, tu lui as fait une déclaration enflammée avant de te barrer.
— Oui et bien quoi ? exprima-t-elle méfiante.
Mes mains devinrent moites. Et si j'avais fait une boulette ?
— Rassure-moi, Rachel, il a bien réussi à te trouver ? demandai-je, sentant la panique me gagner.
Elle écarquilla les yeux.
— Rose, de quoi tu parles ?
— Après ta déclaration, James est parti à ta recherche ! criai-je donc.
— Ah bon ? dit-elle d'un air étonné.
Trop étonné. Je fronçai les sourcils, trouvant la situation louche. Puis, constatant ma défiance, Rachel pinça les lèvres très fort, mais ne put se contenir plus longtemps. Elle éclata d'un grand rire cristallin, tandis que je me renfrognai dans mon siège.
— C'est bon, t'as fini de te foutre de ma gueule ? râlai-je.
— Ah mais c'est trop facile aussi Rose ! Tu marches toujours à fond.
Je grognai. Heureusement, ma glace arriva au même moment et je me détendis.
— James a bien fini par me trouver, avoua-t-elle alors, les joues rouges.
— Et donc… ? l'invitai-je avec un mélange de crainte et d'excitation.
Elle remua sa glace et fuit mon regard.
— Tu avais raison.
— Yes ! hurlai-je en brandissant mon poing en l'air, ce qui m'attira quelques regards étonnés de la part des autres clients.
Rachel rougit. Mais quelle satisfaction de savoir, qu'enfin, j'avais eu raison ! J'étais probablement dans la même bulle que ma meilleure amie et cela me réchauffait le cœur.
— Par contre, franchement, tu aurais pu m'écrire une lettre pour me le dire.
— À vrai dire, j'ai du mal à y croire moi-même. J'avais peur qu'en mettant des mots dessus, qu'en en parlant, je réalise que ce n'était en fait qu'un leurre.
— Pourquoi ?
Elle se rembrunit.
— Je sais pas trop, ça fait tellement longtemps que j'attends ça… Puis d'un autre côté ça arrive au dernier moment, et maintenant James est parti pour le club de Flaquemare, et moi je vais retourner à Poudlard. C'est comme si la vie s'acharnait à nous garder éloignés. Je l'aime, vraiment, et je suis sur un petit nuage depuis l'autre jour, même si les effets se dissipent un peu, mais j'ai peur qu'à force de ne pas se voir, tout ça diminue.
— Je comprends, mais comme tu dis, ça fait longtemps que vous êtes amoureux l'un de l'autre. Maintenant que vous êtes officiellement ensemble, il n'y a pas de raisons que vos sentiments s'éteignent, au contraire.
Elle haussa les épaules, maussade.
— Bon, et du coup, il t'a embrassé ? repris-je avec un sourire espiègle.
— Moui.
— C'était bien ?
Elle ne répondit rien.
— Si j'en juge par la couleur de tes joues, c'était soit très bien, soit très embarrassant…
— C'était bien, lâcha-t-elle précipitamment.
— Vous êtes allés plus loin… ? ajoutai-je avec un sourire en coin.
— Rose ! s'indigna-t-elle.
— Oh ça va. Quand c'est pour écouter les potins de ma vie sexuelle il y a du monde mais si c'est pour partager les siens, alors là, il n'y a plus personne. En plus, entre ma meilleure amie et mon cousin, je devrais doublement avoir le droit de savoir. Histoire de m'assurer que vous pensez à perpétuer la lignée.
Elle roula des yeux. Je me retins de rire.
— Tu sais bien que je peux pas parler d'un truc que je ne connais pas, bafouilla-t-elle.
— Roh allez, Rachel ! insistai-je.
Elle rosit.
— Vous n'avez vraiment rien tenté ? demandai-je, tentant de dissimuler ma déception.
— Mais non enfin ! Je ne suis pas… Toi.
Je plissai les paupières, blessée.
— Qu'est-ce que ça veut dire, ça "je ne suis pas toi" ? interrogeai-je, une boule dans la gorge.
— Tu sais très bien. Je n'ai jamais fait l'amour, moi. Alors, quand ça arrivera, je veux que ce soit spécial.
— Parce que ma première fois était pas spéciale ? rétorquai-je aussitôt.
— Si… en un sens, dit-elle embarrassée et en évitant mon regard.
— Mais c'était pas avec quelqu'un que j'aimais donc forcément, ça n'avait aucun sens, c'est ça Rachel ? demandai-je.
Je commençai à perdre patience.
— Je ne juge pas, déclara-t-elle.
— Ah ouais ?
— Je m'en fiche que tu aies fait ta première fois avec un quasi inconnu, je m'en fiche que tu étais bourrée, je m'en fiche que c'était court et nul, d'accord, je m'en tape. C'était ton expérience et je sais que tu en as eu d'autres bien plus satisfaisantes. Et c'est génial pour toi. Seulement, tu ne peux pas m'en vouloir parce que je souhaite quelque chose de différent pour moi, d'accord ? Tu n'avais de sentiments pour personne et tu étais pleine d'hormones, tandis que je suis amoureuse depuis longtemps du même garçon. Alors je ne pense pas que je mérite ce genre d'attitude de ta part parce que je fantasme sur un truc romantique pour ma première fois !
Je soufflai. Ma commande arriva au même moment et Rachel prit une grosse cuillère de sa propre glace en me lançant un regard féroce. Je m'étais peut-être énervée pour pas grand-chose.
— Désolée, déglutis-je.
— Ouais, je préfère ça.
— Ne te la pète pas trop Davis, je peux très bien changer d'avis.
Elle leva les yeux au ciel.
— C'est fou ce que tu peux être belliqueuse parfois.
Je lui jetai une œillade meurtrière. Elle pointa sa main vers moi dans un geste accusateur.
— Tu vois !
Je croisai les bras, boudeuse.
— Bon, si je te donne plus d'infos à propos de James et moi, tu arrêtes de rouspéter ?
Je lui lançai aussitôt un sourire éblouissant.
— Je suis tout ouïe.
Elle rit et me raconta alors toute sa journée d'amour. Comment James lui avait annoncé qu'il l'aimait également, comment ils avaient jeté du popcorn sur les gens au cinéma, comment ils avaient discuté et ri. À chacune de ses paroles, je fondais devant son récit. Ce que Rachel vivait donnait envie. Elle venait de me mettre des étoiles dans les yeux, et sans le savoir, de créer un grand vide dans mon cœur. J'étais, malgré moi, en train de tomber amoureuse de l'amour. À la fin de sa narration, un sourire béat et idiot éclairait le visage de ma meilleure amie, et j'avais bien du mal à ne pas arborer le même.
— Est-ce que vous vous êtes écrit depuis ? demandai-je alors qu'elle me disait combien cela lui avait été difficile de dire au revoir à James.
Elle hocha la tête.
— Oui, il m'a envoyé une lettre. Je n'ai toujours pas répondu, confessa-t-elle.
— Ah bon ? Pourquoi ? m'étonnai-je.
— Je ne sais pas quoi dire. C'est dingue, quand on était l'un en face de l'autre, il n'y a pas eu un seul moment de blanc et là c'est le néant.
— Si tu ne savais pas que James était amoureux de toi, qu'est-ce que tu lui dirais ?
— Je l'insulterais, très probablement, s'amusa la blonde. Je lui ferais la liste des prochaines farces que j'ai planifié pour lui.
Je ris.
— Ouais, nan, ne fais pas ça. Peut-être que tu peux juste lui raconter tes journées, ce que tu ressens, suggérai-je.
— Je suis sûre qu'il s'en tape.
— Bien, c'est marrant que tu dises ça, parce que moi je suis sûre qu'il se demande ce qu'il a fait de mal, comme tu ne réponds pas à sa lettre !
Elle écarquilla les yeux.
— Tu crois ? Oh mon dieu c'est horrible ! Je ne peux pas le laisser penser ça !
— Non effectivement, tu pourras toujours le faire plus tard dans la journée.
— Oui, je vais faire ça, dit-elle, l'esprit déjà ailleurs.
Que Merlin maudisse les amoureux et leur satanée mélancolie ! Qu'est-ce qui se passait dans leur tête ? Elle était si bien que ça la lune dans laquelle ils étaient du matin au soir ?
— Enfin bref, ça n'a rien à voir, mais tu sais quelle est la dernière en date d'Albus ? dis-je pour changer de sujet et parce qu'il fallait absolument que je partage mon sentiment d'injustice.
— Raconte.
— Malefoy l'a invité à faire son anniversaire dans son manoir. Et cette andouille s'est mis en tête d'accepter ! Il a prévu d'en parler à ses parents et tout.
— Mais non !
— Tu vois tous les trucs que tu loupes, à être amoureuse !
— Il est hors de question que j'y mette les pieds, énonça Rachel d'un air dégoûté. Il veut nous évincer Malefoy ou quoi ?
— Ouais, c'est aussi ce que j'ai dit à Albus. Et tu sais ce qu'il a fait ? Il a écrit à Malefoy pour lui demander de me convaincre.
Elle haussa un sourcil.
— Sérieux ? Et alors ? Ça a marché ?
Je fronçai le nez, dépitée.
— Je vais avoir besoin d'un acolyte, Rachel, décrétai-je.
— Putain Rose t'abuses ! T'es bien plus douée que moi pour ne pas te laisser amadouer d'habitude !
— Malefoy avait de très bons arguments ! me défendis-je.
— Du genre lesquels ?
Je pensais à la surprise qu'il m'avait promise et que je soupçonnais (ou bien espérais ?) ne pas être très catholique.
— Des trucs de riches. Que c'était une chance pour Albus et qu'on respectait pas ses choix, que c'était pas cool bla bla bla. Puis il a aussi menacer de me kidnapper aussi…
Repenser au discours moralisateur du Serpentard me hérissa le poil des avant-bras.
— Je vois, grogna-t-elle. Et bien j'imagine qu'on va devoir se coltiner Malefoy cet été également…
C'est ainsi que nous nous retrouvâmes sous le porche d'un immense manoir, à la fin du mois de juillet, tous vêtus de tenues de soirée. Albus avait passé son plus beau costume trois pièces, Rachel portait une jolie robe d'été toute blanche qui lui donnait un air virginal et j'avais enfilé une robe T-shirt un peu décolletée. Albus s'avança avec un grand sourire vers la porte et utilisa le heurtoir en forme de serpent (quel cliché !). Trois grands coups résonnèrent contre les parois de mon crâne et me firent sursauter. Rachel et moi échangeâmes un regard méfiant. Nous faisions cela pour Albus, et uniquement pour lui. Je commençai à me demander si venir ici n'était pas une erreur. Même si je savais que j'étais là pour mon cousin, la présence de Scorpius serait partout autour de moi. Chose qui m'effrayait et m'excitait à la fois. Puis le Serpentard vint nous ouvrir, heureux comme un paon d'étaler sa richesse et ses biens. Dans sa chemise bleu nuit, il avait l'air d'un roi. Il nous invita à entrer d'un geste.
Il était peut-être prétentieux, mais il n'avait pas menti : son manoir était immense et il avait décoré les lieux pour l'occasion. Un frisson d'impatience courut sur mon échine lorsqu'après avoir vaguement examiné, je croisai le regard du blond. Peut-être étais-je finalement un peu de mauvaise foi, lorsque j'affirmais que je n'étais pas ici par gaîté de coeur. Après tout, même si la soirée se révélait être un fiasco, je pourrais au moins en retirer un avantage : ce soir, si je dévisageais Malefoy de manière appuyée, tout le monde s'en ficherait, parce qu'ils auraient tous les yeux rivés sur Albus et pas sur la préfète parfaite.
Je soupire et les prunelles du Docteur Weiss me brûlent la nuque.
— Pourquoi est-ce que je vous sens aussi tendue, miss Weasley ?
Je déglutis alors qu'une boule se forme dans mon ventre.
— Parce que je suis vraiment partie en couilles ce soir-là, expliqué-je en lui montrant mon moi d'avant pénétrer dans la manoir de Malefoy.
