Il savait. C'était évident. Je déglutis péniblement tandis qu'un nœud se formait dans mon ventre, témoin de ma culpabilité. Scorpius était en train de m'assassiner du regard et j'essayai tant bien que mal de soutenir son œillade. Mon souffle était devenu court et même si je savais que je n'avais rien fait de mal je ne parvenais pas à me détacher de cette impression étrange : celle d'avoir été prise sur le fait.
— Je t'ai vue, m'accusa-t-il sans préambule d'une voix dure comme de la pierre.
Une pellicule de sueur commença à se former dans mon dos. Mon cœur battait à tout allure, ma gorge était sèche et nouée alors que mes paumes étaient plus moites que jamais. Il fallait à tout prix que je lui explique que ce n'était pas de ma faute, que je m'étais simplement laissée emporter par mes émotions, que ça ne signifiait rien. J'étais terrifiée à l'idée de perdre cette relation bancale qui nous unissait.
— Scorpius, suppliai-je en m'avançant mais il m'interrompit en levant sa main entre nous, comme une première barrière visible qui s'immisçait et rendait l'ambiance plus pesante et collante.
Je déglutis. J'étais à deux doigts de fondre en larmes. C'était trop d'émotions à gérer d'un coup.
— Non. Cette fois, tu la fermes et tu m'écoutes, Weasley. Tu as mérité cette discussion et tu le sais.
Il était tellement injuste. Je ravalai mes sanglots coincés dans ma gorge pour m'indigner.
— Cette discussion ou ce procès ? lançai-je en tremblant, mais la voix ferme.
— Ta gueule ! hurla-t-il, les traits déformés par la rage et je me tus aussitôt, trop surprise par son éclat pour réagir autrement.
Je n'avais jamais vu Scorpius dans un tel état de fureur et cela m'intimidait quelque peu. J'avais rarement été l'objet d'une telle rancœur.
— Quand je pense que tu t'es permise de me faire une scène parce que Eglantine m'avait embrassé et que toi, tu te permets de te taper Finnigan ! Dans ma maison qui plus est ! Comment as-tu pu faire une chose pareille ? À moi !?
Il marqua une pause et fit les cent pas sous mes yeux. La colère qui émanait de lui me pétrifiait et je le suivais du regard, redoutant ses mots. Agité, ses mouvements étaient secs, saccadés, et il passait sans arrêt ses mains dans ses cheveux comme s'il voulait les arracher de son crâne.
— Quand je pense, reprit-il en me pointant d'un doigt accusateur, quand je pense que je t'ai consolée quand Saddler s'est moqué de toi, que je t'ai dépannée en potion quand tu n'y pigeais rien, que je t'ai même aidée à relâcher la pression et que toi tu me fais un coup pareil…!
Je croisai les bras et je le fusillai du regard en sentant mon sang s'échauffer dans mes veines et courir sous ma peau à toute allure. Il se planta face à moi.
— Comment as-tu pu !? hurla-t-il. Et ne me mens pas ! Pourquoi tu m'as fait ça ?
Je pressai mes lèvres l'une contre l'autre et déglutis, essayant de soutenir son regard sans faiblir. J'étais lentement en train de passer de l'intimidation à la colère. Sa réaction me révoltait. Qu'est-ce qu'il croyait ? Que j'étais sa chose ? La fureur était une émotion qui lui siait parfaitement. Ce qui était étrange quand on connaissait son obsession pour le contrôle. Quand il était énervé, son corps et son visage semblaient reprendre vie. Son masque tombait enfin. Et si Scorpius était attirant avec son masque, il était absolument irrésistible lorsqu'il s'en débarrassait. Une mèche de ses cheveux s'était échappée de sa coiffure et retombait un peu sauvagement sur son front, assombrissant ses prunelles, puit sans fond dans lequel je me plongeais toujours sans la moindre prudence.
— Réponds-moi !
Je tressaillis et mon cœur se remit à battre si fort dans ma poitrine que j'eus l'impression qu'il allait exploser.
— Ce n'était pas prémédité…, commençai-je à expliquer, toujours fascinée par ses expressions faciales.
Une part de moi était révoltée par ses exigences. Une autre avait envie de tout lui raconter. Une dernière partie, infime, mais déjà trop présente, avait envie de le plaquer contre le mur. Il était magnifique et c'était injuste. Comment étais-je supposée lutter contre ça ?
— Et c'était trop dur de dire non ? rétorqua-t-il aussi vite.
— Je ne voulais pas… Dire non, avouai-je en redoutant sa réaction.
Il eut un rire jaune, sans joie, qui me fit froid dans le dos. Il semblait à deux doigts de prendre ma tête entre ses paumes et de la catapulter au fond de la pièce.
— Tu réalises que c'est pire, n'est-ce pas ? beugla-t-il. Tu n'as pas pensé à l'effet que cela pouvait me faire ? Tu n'as pas pensé à moi ? Aux conséquences ?!
Mes yeux s'étrécirent en deux fentes. Il n'avait tellement pas le droit de me dire ça.
— Tu passes ton temps à dire que je devrais te détester Scorpius, que l'on n'est rien de plus l'un pour l'autre que des passe-temps et des souffre-douleurs respectifs et quand enfin je me comporte en adéquation avec ce que tu me bassines depuis des mois, tu me hurles dessus. Excuse-moi de te le dire, mais ta réaction est disproportionnée !
J'avais fini ma petite tirade en criant et j'eus le sentiment de m'être libérée de ma culpabilité. À présent, seule la colère me gouvernait.
— Tu crois que parce que je porte un masque je suis insensible ?! Tu crois que je ne ressens jamais rien ? Tu crois que tu ne me fais rien ?!
— Tu ne montres rien… Tu ne fais rien… Comment veux-tu que j'imagine autre chose ? fis-je, lasse de son attitude à deux Mornilles.
Je voulais qu'il la ferme et qu'il me prenne sur-le-champs. Pourquoi fallait-il qu'il soit aussi attirant, putain ?
— Mais tu le sais bordel ! Tu le sais que je porte un masque ! Tu me prends pour un monstre sans émotions ou quoi ?!
Il marqua une pause avant de reprendre avec le même ton colérique.
— C'était bien au moins ? Tu as pris ton pied, j'espère. As-tu enfin joui ?
Quoi ?! Il était sérieux, là ?!
— Ça ne te regarde pas, répondis-je d'une voix sourde.
— TU ES À MOI ! hurla-t-il, les traits déformés par la rage et pour la première fois de notre échange, j'eus vraiment envie de le frapper.
Mes ongles s'enfonçèrent violemment sur mes paumes.
— JE NE SUIS À PERSONNE ! répondis-je sur le même ton, révoltée.
Quel bâtard !
— Oh si ! C'était le deal Rose ! Tu es à moi, je suis à toi, fin de l'histoire ! À aucun moment, il n'y a de place pour une troisième personne dans cette équation !
Dans un réflexe, je le giflai. La droite que je lui adminsitrai claqua bruyamment dans l'air. Ses yeux se réduisirent à nouveau en deux fentes orageuses. Il réagit si rapidement que je n'eus pas le temps de remuer un muscle. Sa main froide s'envola pour se retrouver sur mon cou et ses iris plongèrent dans les miens. Le contact de sa peau contre la mienne me donna soudain très chaud.
— C'est la dernière fois que tu me frappes Rose Granger-Weasley, tu m'entends ? cracha-t-il à mon visage et je fus partagée entre l'envie de le frapper à nouveau et celle de m'approcher de lui un peu plus près.
Une vague de désir s'était affalée sur moi et je tentais tant bien que mal de la repousser, me concentrant sur mon ressentiment.
— Je ne suis pas ta chose, Scorpius et je ne le serai jamais, martelai-je à la place. Pour qui tu te prends ?
On se défia du regard ce qui me sembla une éternité puis sa paume glissa de mon cou pour se retrouver contre sa hanche. Aussitôt, le contact de son derme contre le mien me manqua et il dû se faire la même réflexion car nous nous jetâmes l'un sur l'autre dans un même élan impossible à réfréner.
Sa bouche pressa tout à coup la mienne avec fureur, comme s'il essayait de me marquer. Prise d'une fièvre soudaine, je l'embrassai avec la même colère, mordant ses lèvres, essayant de le blesser. C'était dingue l'effet qu'il me faisait, presque subversif. Ça aurait dû être illégal de désirer quelqu'un de cette manière. C'était criminel. J'avais envie de le tuer. De lui faire tellement de mal. Je voulais qu'il pleure et crève d'envie pour moi. Je voulais prendre ma revanche sur le pouvoir qu'il exerçait sur moi. Sauf que j'en étais incapable. C'était moi qui le mordais et j'avais l'impression que c'était lui qui me faisait saigner. À l'intérieur. Il me dévastait.
Il mit fin au baiser brutalement et me retourna dans un mouvement sec et rapide qui me fit hoqueter de stupeur, si bien qu'en une seconde je me retrouvai les mains appuyées contre la console à nouveau. Je pouvais très nettement sentir à travers son jean son sexe dur et énervé contre mes fesses. Une vague de désir et de colère s'abattit sur moi en devinant ce qui allait suivre. Je le détestais putain. Pourquoi est-ce que ça m'excitait autant ? Mes paumes se refermèrent rageusement contre les rebords du meuble, faisant crisser mes ongles. Je plantai mes prunelles sur la glace qui nous surplombait. Mon propre reflet m'étonna. La mâchoire contractée, les narines dilatées, les prunelles assassines, je ressemblais à une déesse guerrière sur le point de donner la mort. Pourtant, mon souffle était court, ma peau rouge, mon cœur battant. J'avais l'air redoutable. Je me sentais minable.
— Dépêche-toi, ordonnai-je d'une voix supérieure.
Je voulais en finir au plus vite et disparaître quelque part. En guise de réponse, il tira brutalement sur ma queue de cheval et je n'eus d'autre choix que de pencher la tête en arrière.
— Argh !
— Ta gueule.
J'eu un rire sans joie. C'était la première fois qu'il me parlait comme ça.
— Qu'est-ce que tu vas faire Scorpius ? Quel rôle est-ce que tu cherches encore à jouer ?
Seul le cliquetis de sa ceinture au sol me répondit. Il remonta ma robe au dessus de mes fesses et fit glisser ma culotte dans un geste précipité. Il effleura mon intimité rapidement et nos souffles s'accélérèrent quand il constata que j'étais déjà prête pour lui.
— Alors ? T'es content ? fis-je avec toute la hargne dont j'étais capable.
— On devrait s'engueuler plus souvent, commenta-t-il, irrité et moqueur.
Je relevai la tête et croisai son regard méchant dans le miroir accroché au-dessus de la console à laquelle je me tenais. Ses yeux tranchants épinglèrent les miens dans le miroir. Il me pénétra sans autre forme de procès, ce qui me fit gémir bruyamment. Il entama aussitôt de puissants et profonds va-et-vient qui me firent hurler de plaisir. Ses mains empoignaient mes hanches et il me pilonnait sans arrêt, sans répit, faisant bouger la console grâce à laquelle je conservais tant bien que mal mon équilibre.
C'était du sexe brutal, plein de colère et de rancune et j'eus honte que cela me fasse tant d'effet. Car à chaque à-coups, j'en réclamais davantage. La sensation de son sexe dans le mien, avec cet angle, me transportait. J'avais rarement été aussi excitée. Je sentais à quel point j'étais serrée, humide, pour lui. Je ne pouvais pas m'empêcher de haleter à chaque fois qu'il me pénétrait.
D'un geste animal, il dégagea le vase de roses qui reposait sur la console et celui-ci vint éclater au sol dans bruit d'éclaboussures et de verre brisé. Sa main se plaqua dans mon dos, ce qui me força à aller sur le meuble. Ses coups de reins s'étaient fait plus brutaux encore et son sexe sortait à présent complètement du mien avant d'y revenir comme un boulet de canon, me mettant au supplice. J'étais à sa merci. Prise au piège entre sa paume qui me retenait et le bois qui pressait mes seins, entre mon désir et ma haine.
Je le détestais d'être le seul à me faire un effet pareil. D'avoir autant de contrôle sur moi. Sur mes humeurs, sur mon plaisir. Il grognait, je gémissais. Nos ébats prirent fin rapidement. Scorpius se retira, continuant à me fuir du regard. Il se rhabilla en vitesse et je fis de même avant de me retourner.
— Regarde-moi, ordonnai-je.
Il obéit et le regard plein d'hostilité qu'il me jeta alors me pétrifia. Même celui qu'il m'avait lancé sur le quai de la voie neuf trois quart au début du mois ne m'avait pas fait autant de mal. Mais alors je sus, je compris à quel point je l'avais blessé et mon attitude me rendit sans voix. J'aurais dû être satisfaite d'avoir enfin obtenu une réaction chez Scorpius, pourtant, je me sentais lamentable.
Voyant que je ne disais rien, il se détourna de moi à nouveau, et quitta simplement la pièce, non sans prendre la peine de claquer la porte, ce qui me fit sursauter.
Il me détestait, c'était évident. J'avais l'impression que quelqu'un avait coulé du béton frais au milieu de mon ventre. Jamais je ne m'étais sentie si pitoyable auparavant, et je n'arrivais pas à déterminer si mon état venait de la colère de Scorpius, ou bien de ma propre culpabilité.
Les membres tremblants, je m'emparai de mon sac à main et m'apprêtais à partir quand quelqu'un entra et referma la porte aussitôt. De toutes les personnes présentes à cette soirée, Eglantine Zabini était la dernière que j'avais envie de voir en cet instant, et pourtant elle se tenait devant moi et respirait péniblement, comme essoufflée. Stupéfaite, je n'osais prendre la parole. Elle sembla alors remarquer ma présence. Elle fronça les sourcils et très rapidement, remit ses cheveux en place et placarda un sourire radieux sur ses lèvres. En une seconde, j'eus l'impression de voir le masque d'impassibilité de Scorpius. Je me serais d'ailleurs fait avoir si je n'avais pas remarqué que ses yeux, eux, ne souriaient pas. On aurait dit que toute la tristesse du monde s'y reflétait.
— Excuse-moi, je ne savais pas que tu étais ici, commença-t-elle, la voix claire.
Je devais avoir une mine épouvantable et je me sentis encore pire en constatant que même lorsqu'elle semblait aller mal, Zabini était vraiment capable de conserver les apparences.
— Je m'en allais, dis-je.
Ma voix me parut étrange, comme si ce n'était pas la mienne. Je ne savais même pas pourquoi je lui disais cela. Elle n'en avait sûrement rien à foutre.
— Tu peux rester si tu veux, proposa-t-elle, polie.
— Non c'est bon. Puis tu as l'air de vouloir être seule.
— Être seule, pas spécialement, être sans Scorpius, oui, confia-t-elle.
Un million de questions traversèrent mes pensées à toute allure.
— Dans ce cas je te rassure, considérant le fait que je sois là il n'y a aucun moyen qu'il mette les pieds ici, répondis-je finalement avec amertume sans prendre le temps de réfléchir.
— Vous vous êtes encore disputés ? s'enquit-elle.
Je déglutis. Oui, on pouvait dire qu'on s'était disputés... violemment… et nus surtout. Malgré moi, le souvenir de ce que nous venions d'échanger me fit serrer les dents. Jamais je n'avais été en colère à ce point après quelqu'un. Il n'était pas seulement venu me voir pour m'engueuler, ou même me faire culpabiliser, non. Il avait immédiatement chercher à se venger, à me faire comprendre tout ce à quoi j'allais devoir renoncer si je foirais encore. Il s'était comporté comme si j'étais sa chose, comme s'il pouvait me contrôler, comme si je lui appartenais. La façon dont je l'avais laissé me baisé n'avait pas dû lui prouver le contraire. Je m'étais trahie.
— On se dispute tout le temps, soupirai-je avec fatalité. Je commence à m'y faire.
On n'avait certainement pas fini de s'engueuler d'ailleurs. Elle alla s'asseoir sur le lit et vit le vase explosé par terre. Le sol était trempé, recouvert d'éclats scintillants et de fleurs en vrac. Des roses. Je retins un rire jaune. La métaphore était trop évidente - et écœurante - pour qu'elle mérite que je m'y attarde.
— Ça devait être une grosse dispute pour que tu en viennes à briser un vase, conclut-elle.
— Quoi ? fis-je, confuse.
Elle montra le bouquet éparpillé sur le parquet.
— Oh ! compris-je alors. Ce n'était pas moi, Malefoy l'a pété comme un grand.
Zabini eut l'air très surprise car elle haussa soudainement les sourcils, brisant son expression faciale contenue si parfaitement.
— Il a perdu son sang-froid à ce point ? s'étonna-t-elle. Tu as vraiment dû le mettre en rogne.
— À vrai dire, c'est lui qui avait commencé, dis-je sèchement.
Je commençai à perdre patience. Je voulais me barrer d'ici. Je priais pour qu'Arthur finisse par se pointer avec le verre qu'il m'avait promis. Du Whisky me ferait le plus grand bien. Mon ventre se serra soudain : est-ce qu'il n'était pas venu parce qu'il avait vu Scorpius entrer dans la chambre ?
Je commençai à avoir mal à la tête. J'avais bien trop d'émotions à gérer.
— Scorpius peut être agaçant, concèda-t-elle.
Sans déconner.
— C'est rien de le dire… Et toi, pourquoi tu l'évites ?
— Je ne préfère pas en parler.
Comme c'était pratique ! Si j'avais su, je ne lui aurais rien raconté à cette grognasse. Zabini avait un point commun avec Malefoy : j'avais envie de frapper quelque chose en sa présence. Je décidais de partir avant de refaire une connerie. Au moment où j'allais franchir la porte, Zabini m'appela.
— Weasley ?
Je me retournai, intriguée.
— Tu ne répares pas le vase ?
Elle était sérieuse, là ?
— Il n'aura qu'à le réparer lui-même, répondis-je, acerbe.
Pendant une seconde, je m'étais prise à penser que peut-être, je pouvais bien m'entendre avec Zabini. Mais je devais me rendre à l'évidence. Hormis ce sentiment horripilant lorsque Malefoy était dans les parages qui nous donnait envie de jeter des sortilèges, elle et moi n'avions rien en commun.
J'arrivai dans le salon toujours blindé de monde avec un étrange sentiment au creux de mon estomac. Je me dégoûtais. Bouleversée, je partis à la recherche d'Arthur, qui ne m'avait toujours pas apporté mon verre de Whisky. Je le trouvai assis sur un fauteuil, un peu à l'écart, son visage reposait dans l'une de ses mains, et l'autre tenait un verre vide. Il avait l'air préoccupé.
Je m'assis en face de lui. Une table basse nous séparait. Et j'eus le sentiment que cette table était soudainement devenue l'image réelle de beaucoup d'autres choses. Des choses qui n'auraient pas dû être entre lui et moi.
— Ça va ?
Il releva son regard sur moi. Sa mine s'assombrit lorsque ses yeux rencontrèrent les miens. J'eus immédiatement un mauvais pressentiment qui me tordit le ventre.
— J'ai pas retrouvé ta dignité donc je ne suis pas revenu, explicita-t-il aussitôt d'un ton amer.
Une gifle m'aurait fait moins d'effet. Je me raidis. Il utilisait mes propres mots contre moi-même. Je ne m'attendais pas à ça.
— Je t'ai dit que j'étais désolée, fis-je à la fois agacée de son attitude et coupable.
— Désolée de quoi Rose ? D'avoir couché avec moi ? D'en avoir eu envie ? De m'avoir traité comme une merde après cela ?
Ses yeux me lançaient des éclairs. Une part de moi voulait se rebeller. L'autre ne pouvait s'empêcher de penser qu'il avait raison.
— Arrête s'il-te-plaît. Tu sais ce que j'ai voulu dire.
— Non, non je ne sais pas Rose. Je ne m'appelle pas Scorpius Malefoy, moi. Les trucs tordus : non merci.
— C'est moi le truc tordu, c'est ça ? me vexai-je aussitôt, blessée par son attitude.
Jamais il ne m'avait dévisagée avec une telle lueur de dégoût dans ses iris auparavant.
— Tu sais ce que j'ai voulu dire, dit-il en me fixant.
Je sentis mes yeux s'humidifier.
— C'est nul ce que tu es en train de faire, Arthur. Je te dis que je suis désolée, j'aurais pas dû te dire ça.
— Donc c'est à cause de ce que tu as dit que tu es désolée ? Pas à cause de ce qui s'est passé ? Tu ne regrettes pas ? s'assura-t-il.
— Non, je regrette pas, je le jure.
Je me sentis rougir. Il était tellement sérieux, j'avais l'impression que ses prunelles liquéfiaient mes organes internes.
— Dans ce cas pourquoi tu as couché avec lui juste après ?
J'ouvris la bouche, choquée. Je le savais, il avait aperçu Scorpius me rejoindre. Il eut un rire jaune.
— Tu sais quoi ? Je n'étais même pas sûr que c'était le cas, commença-t-il à expliquer. Je l'ai vu entrer dans la chambre au moment où je t'amenais ton putain de verre. Je ne savais pas si c'était pour t'embrouiller ou bien coucher avec toi. J'imagine que j'ai ma réponse maintenant, ajouta-t-il, amer.
— T'es jaloux ?
Je n'en croyais pas mes oreilles.
— Non Rose, je ne suis pas jaloux. Par contre, je suis déçu. Même si je sais que tu n'as rien planifié, je ne peux pas me défaire de cette idée : j'ai juste l'impression que tu m'as pris pour un con.
— Quoi ?
J'étais trop incrédule pour me sentir coupable. Il était en train de devenir insultant.
— Est-ce que je peux te poser une question sans avoir peur que tu me mentes ? demanda-t-il soudain en se redressant.
— Évidemment !
Je n'avais pas réfléchi avant de parler. J'aurais dû.
— Pourquoi tu as couché avec lui ?
Je déglutis et fuis son regard. Je pouvais sentir son désarroi mais j'avais trop à faire avec le mien pour m'en préoccuper. Je n'avais pas envie de répondre à sa question. J'en étais incapable. J'étais couverte de honte. Puis qu'est-ce que ça pouvait bien lui faire de toute façon ? Je ne lui avais rien promis !
— C'était pas bien avec moi ? demanda-t-il plus doucement en voyant que je ne répondais pas. Est-ce qu'il y a quelque chose que j'ai mal fait ?
J'enfouis mon visage entre mes mains pour dissimuler le feu qui me montait aux joues. Alors c'était ça ? Il cherchait juste à se rassurer ?
— C'était très bien.
C'était tout ce que j'étais capable d'expliquer. Ce n'était pas que je refusais de parler de Malefoy, seulement les mots étaient incapables de sortir de ma bouche dans un ordre cohérent. Tout était déjà beaucoup trop brouillon dans ma tête.
— Mais ?
— Mais rien. J'en avais juste envie, lâchai-je sans réfléchir.
Je commençai à avoir mal à la tête.
— T'avais envie de coucher avec lui… Après avoir couché avec moi ? fit-il en haussant un sourcil, blessé.
Je compris que je venais de faire une erreur.
— Arthur…
— Non, coupa-t-il sèchement.
Il posa brutalement son verre vide sur la table basse qui nous séparait.
— Tu sais quoi, Rose ? Je pourrais être vraiment blessé par ce que tu viens de m'avouer. Mais en fait je suis dégoûté. T'es détraquée.
Ses mots me firent l'effet d'un poignard en plein cœur. Vous savez quel effet ça fait un poignard dans le cœur ? J'eus littéralement la sensation que quelque chose de froid, dur, immuable, perçait ma poitrine, et la déchirait en deux. En un sens c'était le cas. Arthur venait de créer cette première fissure dans ma coquille pas si parfaite. C'est un truc que les gens qu'on aime ont le pouvoir de faire. Frapper où ça fait mal.
Il me planta là, comme une conne et je me retrouvai soudain seule avec ma voix off qui me hurlait de sales trucs à la figure. J'étais trop abîmée pour pleurer et j'avais de toute façon l'impression que je ne pouvais plus rien exprimer. Je m'étais soudainement détachée de mon enveloppe charnelle et je contemplai mollement cette pauvre fille échevelée sur son canapé, amorphe. Elle - non, je - me dirigeai d'un pas mécanique vers le bar où je me servis un verre de Whisky Pur Feu. Que je bus rapidement. Il me brûla la gorge et ne ralluma pas la petite flamme au fond de mes yeux. Alors je m'en servis un deuxième. Peut-être que si je buvais suffisamment, j'allais arriver à oublier qui j'étais…? Après mon troisième verre, enfin, je crois que c'était le troisième, mes paupières commencèrent à se faire lourdes. Puis ce fut le brouillard.
Lorsque je repris conscience, j'étais lamentablement affalée sur un canapé et un goût immonde avait envahi ma bouche. J'avais la tête qui tournait et l'estomac en vrac. C'était comme si mon ventre était malade et que ma tête avait roulé sous le Magicobus. Avec mille précautions, je me relevai et essuyai d'un revers du poignet quelque chose d'humide sur mon menton. De toute évidence, j'avais vomi. Je ne me souvenais de rien. Si je ne souffrais pas autant je me serais sûrement réjouis que cela se soit produit sur le parquet ciré avec soin de Malefoy.
Le manoir était incroyablement silencieux et plongé dans le noir, pourtant j'avais l'impression que quelque chose tambourinait sérieusement entre mes deux oreilles. J'avais rarement expérimenté une gueule de bois aussi sévère avant ce jour-là et je n'avais certainement pas envie de renouveler l'expérience de sitôt. Je me relevai lentement et partis vers la cuisine. J'ignorais si c'était à cause des élans qui traversaient mon crâne ou bien en raison de l'immensité de la demeure mais il me fallut dix bonnes minutes avant de la trouver.
Je ne compris pas tout de suite ce qui m'arrêta au milieu du couloir. La lumière de la cuisine était allumée et des éclats de voix étouffées s'en échappaient. Mon rythme cardiaque accéléra soudain, pressé par l'adrénaline. Les voix étaient familières mais je n'arrivais pas à mettre de nom ou de visage dessus. À pas de loup, je m'avançai jusqu'à l'entrebâillement de la porte et jetai un coup d'œil vers la pièce. Mon cœur s'arrêta de battre une seconde avant de reprendre son rythme à toute allure. À l'intérieur de la cuisine, Scorpius et Eglantine semblaient en pleine dispute. Agacée rien que de voir ces deux personnes, je m'apprêtai à faire demi-tour et aller trouver de l'eau ailleurs lorsque quelque chose me retint. Au milieu du différend qui agitait Malefoy et Zabini, j'entendis soudain mon prénom.
