Chapitre 4 : Rencontres fortuites
- « Chambre de base, 50 dollars la nuit, salle de bain privée, c'est la meilleure offre que nous avons eu jusqu'à présent. »
- « As-tu remarqué l'état du sol qui donne vers le couloir ? Et regarde les murs, Will, si nous ne sommes pas enterrés vivant d'ici la fin de notre séjour… »
- « Qu'avons-nous dit au sujet des exigences ? On est fauché ! Merci à votre kit d'urgence d'hygiène personnelle, au passage. »
- « Je veux voir l'état de la salle de bain d'abord. »
- « Bon sang Hannibal, on n'a pas le temps pour ces conneries ! Vous voulez qu'on retourne sur le bateau ? Parce que ce n'est pas moi qui ai insisté pour venir ici je vous le rappelle. »
- « Messieurs ? »
La réceptionniste les interrompit dans leurs chuchotements, indiquant qu'il y avait d'autres clients derrière eux.
- « C'est d'accord, nous la prenons », confirma Will avec un sourire forcé en ignorant le soupir d'Hannibal.
- « Je me charge des formalités », intervint ce dernier en s'accoudant au comptoir d'un air faussement décontracté.
Will haussa les épaules, n'ayant aucune envie de lutter. Il avait déjà réussi à convaincre l'autre homme, ce qui n'était déjà pas mal. Il retourna attendre près de leurs affaires. L'hôtel n'était, en soi, pas si minable comparé aux motels dans lesquels il avait eu l'occasion de séjourner durant ses missions. La décoration était inexistante sur les murs teintés de rose et de gris et les meubles étaient présents par pure utilité. Ils n'étaient de toute façon pas là pour s'arrêter sur le confort mais il devait admettre qu'une douche par cette forte chaleur ne lui ferait que le plus grand bien. Il vit Hannibal revenir vers lui avec les clefs de la chambre en main et se chargea de ramasser les sacs.
Lors de leur trajet vers leur chambre, ils eurent l'occasion de croiser d'autres occupants de l'hôtel à l'allure peu commode. Un homme, visiblement dans état second, manqua de leur foncer dedans en marmonnant des mots incompréhensibles et Will put presque sentir Hannibal s'irriter de l'intérieur.
- « J'ai demandé des lits jumeaux mais ils n'en avaient plus de disponible », sembla prévenir Hannibal en s'arrêtant devant une porte à la peinture légèrement écaillée.
Ils ouvrirent la serrure avec une certaine appréhension, qui sembla vite se confirmer pour Hannibal. Outre la taille ridicule de celle-ci, l'odeur de vieille carpette embaumait la pièce et sembla les frapper dès qu'ils mirent les pieds dedans. Un unique lit de taille standard comblait le centre de la pièce, décorée par un tableau minable de voilier et des tables de chevet qui semblaient tomber en ruines. Un climatiseur - de toute évidence rafistolé de nombreuses fois - crachait un air sec et frais en émettant un bruit proche d'un moteur de petit bateau. Des moustiquaires trouées avaient été installés derrières des rideaux aux motifs fleuris dont la propreté laissait clairement à désirer.
Will s'éclaircit la gorge, hésitant entre éclater de rire devant le silence désespéré d'Hannibal ou de lui rappeler qu'il avait insisté pour rester sur le bateau. Il était parti pour la deuxième option lorsqu'un rire s'échappa tout de même de sa gorge, sans qu'il puisse le contrôler. Du coin de l'œil, il pouvait voir le psychiatre tendu devant la vision de leur chambre déplorable.
- « Je te prierais de ne rien dire », fut sa seule réponse avant qu'il ne se dirige vers la salle de bain.
Will haussa les épaules et déposa les sacs sur le sol. Il laisserait Hannibal ruminer en silence, comme il l'avait fait sur le bateau quand il lui avait expliqué le style de vie basique qu'il y menait. Même s'il avait eu un léger sentiment de culpabilité au départ, celui-ci avait totalement disparu quand Hannibal fut de nouveau sur pied. Il entendit les robinets couler dans la pièce d'à côté, suivi d'un bruit de plomberie sifflant dans le mur opposé. Cet hôtel était clairement tout sauf silencieux.
- « Au moins, nous avons de l'eau chaude », dit Hannibal en revenant dans la chambre avec une serviette.
Will resta silence et s'allongea sur le lit, dans l'optique de tester le confort de celui-ci : c'était toujours mieux que la couchette dans laquelle il s'efforçait de rester le plus au bord possible, loin d'Hannibal. Il y arriverait plus facilement ici et aurait même le luxe de pouvoir replier ses jambes, si nécessaire.
- « J'ai vraiment besoin d'une douche, si tu n'as aucun plan en tête… »
- « Faites ce que vous voulez Hannibal, je ne suis pas votre mère », soupira-t-il en déposant son avant-bras sur ses yeux.
Bon sang, il pourrait s'endormir ici en quelques minutes, entièrement habillé, tellement il se sentait épuisé. Il ne tarda pas à entendre la douche s'activer et le bruit de rideaux que l'on tire. L'idée d'une douche était clairement tentante après presqu'une semaine sur le bateau à économiser l'eau douce sans savoir combien de temps ils allaient y rester. Il espérait qu'Hannibal ne mettrait pas trop de temps à finir, sinon il s'endormirait facilement pour la nuit. Il avait perdu la notion du temps mais la nuit était déjà tombée quand ils étaient rentrés dans hôtel. Ils ne sortiraient probablement plus de la soirée.
Avec un élan de courage, il se força à se relever pour au moins ranger leurs affaires qui encombraient la chambre déjà petite. Il retira soigneusement le revolver de l'un d'eux, s'assurant qu'il était toujours chargé. Après quelques secondes d'hésitation, il décida de le ranger dans sa table de chevet, histoire de le garder à portée de main. Il profita de ces quelques moments de répits pour entasser tous leurs vêtements sales dans des sacs prévus à cet effet. Rien n'appartenait vraiment Hannibal puisqu'il lui avait prêté la majorité de ses affaires sur le bateau.
Le temps qu'il finisse tout son tri, la douche s'arrêta et la porte de la salle de bain s'entrouvrit. Will jeta brièvement un coup d'œil, ignorant si l'autre homme avait pris la peine de s'habiller entièrement ou s'il était suffisamment à l'aise pour s'afficher partiellement nu. Il fut soulagé de voir qu'il avait remis l'entièreté de ses vêtements et qu'il en avait même profité pour raser sa barbe de quelques jours.
- « Votre pyjama est là-dedans», dit Will en lui indiquant une des étagères.
- « Je te remercie mais je ne planifie pas de dormir tout de suite. »
- « Ha », répondit l'ex-agent, un peu surpris. « Ce n'est pas pour vous décourager mais il n'y a rien grand-chose à faire ici… »
Il parcourut la pièce des yeux, comme pour confirmer ses dires avant de se rendre compte du double sens que pouvait avoir ses paroles.
- « Je n'ai pas l'intention de rester dans cette chambre, Will. »
- « Bien, et où comptez-vous aller ? Il fait nuit et la journée a été relativement difficile pour moi… »
Il eut à peine le temps de finir sa phrase que le psychiatre lui tendit un bout de papier sorti de sa poche.
- « Bahama Night Club ? On dirait un vieux nom de discothèque », commenta-t-il en lisant l'adresse manuscrite.
- « Parce que c'en est une, » répondit Hannibal en se coiffant devant le miroir de l'étagère.
- « Vous voulez qu'on aille en discothèque ? Maintenant ? Vous êtes sérieux ? »
- « Oui. Enfin, je souhaiterais très clairement que tu m'y accompagnes. Après que tu aies changé de vêtements bien sûr », ajouta-t-il en le balayant du regard.
Will secoua la tête, incrédule.
- « Vous savez comment je suis. Ce n'est vraiment pas le genre d'endroit où je souhaite trainer. »
- « Leur bar est branché, d'après les dires de la réceptionniste. La clientèle est autant touristique que locale, chose rare dans cette partie de la ville. »
- « Vous avez l'air bien renseigné, » se méfia Will en sortant des affaires propres du sac.
- « Je le suis, crois-moi. »
- « Et puis-je savoir la raison de cette sortie puisque je doute que vous vouliez passer la nuit sur la piste de danse ? »
Hannibal eut un léger rire.
- « J'ai besoin de prendre quelques renseignements et la vie nocturne semble la plus propice pour ce dont j'ai besoin. »
- « Hannibal, je… » Il déglutit, ne sachant trop comment formuler son malaise. « Il y aura beaucoup de gens. On sera très certainement serrés comme des sardines et vous savez… Je ne suis vraiment pas à l'aise dans ce type d'environnement. Tout à l'heure, je me sentais mal juste en me promenant dans les rues bondées. »
- « Je sais, Will. Mais je présume que nous devons tous les deux nous adapter, à notre façon. Tu as sans doute pu remarquer les efforts inaccoutumés que j'ai moi-même fait », il balaya la pièce du regard pour illustrer ses propos. « Tu n'es pas obligé de rester au beau milieu de la foule, j'ai juste besoin de ta présence… au cas où les choses tourneraient mal. »
- « Qu'est-ce qui pourrait tourner mal ? Vous venez de dire que vous alliez juste prendre des informations. »
- « Le risque que quelqu'un me reconnaisse est toujours présent. »
- « Il n'y a encore aucun avis de recherche international sur vous. Même dans les journaux Américains, je n'ai trouvé la trace d'aucun article sur votre fuite ou sur ce qui s'est passé avec Dolarhyde et le docteur. »
Hannibal fronça les sourcils, vraisemblablement aussi surpris que Will.
- « Cela ne ressemble pas au FBI. Encore moins à Jack Crawford. »
- « Vous oubliez qu'il a préféré m'utiliser comme appât pour vous arrêter plutôt que de débarquer chez vous avec une armée de flics à son dos. Cela ressemble exactement à Jack, il doit avoir un plan derrière la tête. Il doit certainement attendre le bon moment pour ébruiter l'affaire et qui sait, peut-être qu'un filet est à l'instant en train se resserrer sur nous, sans que nous nous en rendions compte. »
Les yeux d'Hannibal semblèrent décrypter le visage de Will, qui fit tout pour rester le plus impassible possible.
- « Quelque chose que je devrais savoir ? »
Will hocha négativement la tête. C'était probablement le meilleur moment pour lui annoncer qu'il avait reçu pour mission de tuer Hannibal lors de cette fameuse nuit. Chose qu'il avait tenté de faire, mais en vain. Leur confiance mutuelle était encore trop fragile pour pouvoir être entaillée avec de tels détails. Il sentait la méfiance d'Hannibal envers lui et même si le sentiment était partagé, ils avançaient côte à côte et devaient garder un minimum d'honnêteté l'un envers l'autre. Will le lui avouerait mais il était encore beaucoup trop tôt pour le faire.
- « Non », répondit le plus jeune. « Je me prépare et nous irons à votre discothèque alors. »
Hannibal sourit.
Ils marchèrent presque une demi-heure dans la ville pour finalement se retrouver devant l'enseigne lumineuse du Bahama Night Club. L'endroit était loin d'être désert : de nombreuses personnes étaient regroupées devant les portes ouvertes de la boîte de nuit. Comme Hannibal lui avait signalé plus tôt, les locaux semblaient relativement présents dans ce quartier et étaient facilement distinguables des touristes d'un point de vue vestimentaires. La plupart des filles étaient accoutrées de robes qui laissaient à peine suggérer la forme de leur corps, tandis que les hommes affichaient leur plus belle chemise. Will passa devant les groupes en baissant les yeux, suivant Hannibal qui se frayait un chemin à travers les gens. Il n'avait fait aucun effort vestimentaire, se contentant de mettre une tenue qu'il s'était procuré quelques heures plus tôt.
Ils entrèrent sans difficultés et bientôt la musique résonna dans ses tympans, lui faisant presque oublier le reste du monde. Le son était rythmé d'airs à consonnance africaine, mixé avec une basse tellement puissante qu'il pouvait sentir le sol vibrer sous ses pieds. Son ventre se crispa lorsqu'il suivit Hannibal dans la salle principale : les gens étaient littéralement entassés les uns sur les autres au centre de la pièce, se déhanchant frénétiquement sur le son du DJ surélevé quelques mètres plus loin. La chaleur de tous ces corps en mouvement rendait l'atmosphère lourde et humide, tellement que Will vint à regretter de ne pas avoir investi dans des vêtements plus légers.
Des tables entouraient la piste de danse en longeant les murs et étaient accompagnées de fauteuils en cuir qui conféraient une ambiance loundge à l'endroit. Le bar était quant à lui entouré d'une marée humaine, tendant des billets aux cinq barmans visiblement débordés par l'affluence. Il ne trouverait certainement pas de place près du bar, comme Hannibal le lui avait suggéré.
- « Je vais devoir te laisser quelques minutes » cria Hannibal dans son oreille pour se faire entendre au-dessus de la musique. « Reste dans les environs et détends-toi, ça ne peut que te faire du bien. »
Will laissa échapper un rire ironique mais Hannibal avait déjà disparu dans la foule pour le remarquer. Comment pouvait-il se détendre alors que c'était probablement le pire endroit sur terre où il pouvait se trouver ? La proximité des gens autour de lui l'étouffait comme un étau qu'on resserre sur un vulgaire bout de métal.
Il chercha des yeux une table libre éloignée un maximum de la foule et constata par la même occasion qu'Hannibal s'était installé, l'air décontracté, dans un des fauteuils entourant la piste de danse. Son regard semblait attiré par quelque chose mais Will ignorait par quoi, étant séparé de lui par un trop grand nombre de personne.
Il remarqua finalement un tabouret vide adossé au mur opposé d'Hannibal et décida de s'y installer histoire de garder un œil sur la situation. Les flashs lumineux des spots entourant la piste l'aidaient à garder les yeux ouverts, sans quoi il aurait probablement somnolé tant la fatigue pesait sur son corps. Il ignorait quelle heure il était et espérait juste qu'Hannibal n'en aurait pas pour très longtemps.
Son regard vide parcourait le monde sur la piste, s'interrogeant sur l'origine de leur présence ici. De nombreux couples dansaient collés en gardant leur verre en main, entrainés par les rythmiques caribéennes de la musique. Son esprit divagua indirectement vers Molly. Il savait qu'elle aurait aimé voyager sur une île paradisiaque comme celle-ci, profiter de la différence de culture et de l'esprit fêtard de la population. Elle l'avait vaguement évoqué quand ils avaient discuté de leur nuit de noces. Surement par politesse, elle n'avait jamais remis le sujet sur la table, étant consciente de son aversion pour la foule. Il s'en était voulu un peu, pensant qu'elle sacrifiait certains de ses rêves pour ne pas l'angoisser. Parce qu'elle l'aimait, lui et sa façon d'être. Quand il avait proposé un week-end isolé dans une cabane au beau milieu des forêts canadiennes, elle n'avait pas montré une once d'hésitation et avait partagé chaque instant avec lui comme s'il s'agissait de sa propre idée. Mais son empathie avait repris le dessus et malgré ce qu'elle lui avait montré, il n'avait pu s'empêcher d'apercevoir un peu d'amertume. Peut-être que l'idée qu'il s'était fait de son couple n'était pas si idyllique que ça.
Ses pensées furent coupées par l'ombre d'une femme juste en face de lui.
- « Je suis désolée mais nous demandons au moins une consommation par personne pour la soirée », annonça une voix féminine.
Il plissa les yeux pour mieux discerner son visage dans l'obscurité. Il avait déjà vu cette femme plus tôt dans la journée.
- « Hey mais vous êtes l'américain amateur de rhum ! » s'écria-t-elle tandis qu'elle semblait le reconnaitre en même temps que lui.
Cette femme n'était autre que la même serveuse qui s'était occupé de lui quelques heures plus tôt, quand il avait patienté pour reprendre sa commande à la pharmacie. Cette fois-ci, il eut un peu plus le temps de se concentrer sur son apparence. Elle était métisse. De longs cheveux ondulés attaché derrière la tête lui tombaient sur les épaules. Elle n'était pas très mince mais ses formes étaient harmonieuses et attiraient les regards au-delà de son visage rayonnant par nature. Ses yeux en amande lui donnaient un air enfantin mais Will estimait son âge à une bonne trentaine d'année.
Il s'éclaircit la gorge, pris au dépourvu.
- « Oui je… C'est juste. »
Il n'avait aucune envie d'engager la conversation. D'une part, parce qu'il devait garder un œil sur Hannibal qui n'avait toujours pas bougé de son fauteuil, d'une autre parce qu'il était toujours risqué pour eux de se faire reconnaître par une tierce personne.
- « Je travaille à mi-temps dans ces deux bars, quel hasard de vous croiser deux fois dans la même journée. Vous avez apprécié le rhum que je vous ai conseillé alors ? » dit-elle avec un sourire en sortant un feutre pour prendre sa commande.
- « Oui, il était bon. Un peu fort mais bon. » Il lui rendit un sourire poli en évitant son regard.
- « Je peux vous en conseiller un autre, si ça vous tente. »
- « Euh… Pourquoi pas. Je vais prendre ça, alors. » Son sourire s'agrandit et elle disparut aussitôt pour finir le tour de la salle.
Il soupira et se frotta les yeux, sentant la fatigue l'assommer de plus en plus. Il reporta son attention sur Hannibal et constata qu'il était en grande discussion avec un homme assis à côté de lui. Il était grand et son visage émacié entouré d'un bouc mal entretenu ne lui donnait pas l'air d'une personne à qui Hannibal aurait adressé la parole en temps normal. Ses cheveux longs tombaient sur ses épaules et ses bras étaient recouverts de tatouages aux couleurs sombres, le confortant dans son idée. Il voyait les lèvres d'Hannibal bouger à quelques centimètres de l'oreille de l'autre homme, accentuant ses paroles par des gestes presque nonchalants.
Ils furent interrompus par la même serveuse qui venait de prendre sa commande il y a quelques minutes. Will les observa discuter avant que la serveuse ne se retourne vers lui d'un air étonné et acquiesce fermement au psychiatre. Elle se dirigea finalement vers le bar et Hannibal ne manqua pas de croiser le regard de Will d'un air confiant. Will soutint son regard, n'ayant aucune idée de ce qu'il venait de se passer. Il grogna d'impatience, luttant contre l'envie de sortir de cet endroit et de retourner à l'hôtel où il pourrait enfin passer une nuit correcte.
- « Et voilà notre meilleur rhum ! »
Une main tendant un verre apparut dans son champ de vision.
- « Je vous dois ? » demanda-t-il distraitement en fouillant dans sa poche.
- « Ho, ça a déjà été réglé », répondit-elle avec un sourire. « Vous avez l'air d'avoir un admirateur. »
Will discerna de l'amusement dans sa voix.
- « Pardon ? »
- « Cet homme », elle indiqua d'un signe de tête – sans surprise – la direction d'Hannibal, « m'a demandé de vous offrir un verre. Vous faites fureur des deux côtés on dirait. »
Il sentit la chaleur lui monter au visage à la suite de ce compliment déguisé.
- « Ça doit être exceptionnel, je n'attire pas trop l'attention d'habitude », dit-il en portant le verre à ses lèvres d'un air gêné.
- « Vraiment ? C'est surprenant, vous êtes plutôt mignon. »
Les doutes qu'il avait eu sur les intentions de la serveuse s'envolèrent en l'espace d'une seconde : elle était très clairement en train de le draguer. S'il ne prenait pas en compte le fait qu'il était – officiellement – encore marié et – surtout - en fuite, il se serait probablement laissé prendre au jeu, la jeune femme ayant définitivement des atouts attirants.
- « Je m'appelle Alisha. » Elle sembla attendre une réponse de sa part.
- « Euh… Max », dit-il en remémorant bêtement le nom d'un de ses chiens qu'il avait donné en pseudo à la pharmacie.
- « Je finis bientôt mon service, je peux vous joindre pour un verre, si vous voulez. »
Dans son champ de vision, il pouvait déceler le regard Hannibal. L'homme au bouc n'était plus avec lui et son expression avait radicalement changé depuis le verre qu'il lui avait offert. La confiance s'était estompée pour laisser place à la suspicion, Will interpréta cela comme un avertissement.
- « En réalité, je suis marié », dit-il en levant sa main pour montrer son alliance et en prenant un air désolé.
- « Votre femme n'a pas l'air d'être dans les parages », répondit-elle en fronçant les sourcils. « Et ce n'est pas parce que je vous propose un verre que j'ai une autre idée derrière la tête. Je vous ai croisé deux fois seul aujourd'hui, j'espérais juste pouvoir partager une conversation qui ne se limite pas en un merci et un au revoir. »
Il ne put s'empêcher d'éprouver de la sympathie pour la jeune femme même si les éclairs que lui lançait Hannibal l'en dissuadait.
- « Je suppose qu'un verre ne fera de mal à personne », dit-il en soupirant.
- « Je vais clôturer mes comptes et je suis à vous dans une minute », dit-elle avant de lui adresser un clin d'œil et de disparaître derrière le bar.
Will s'enfonça dans sa chaise et recouvrit son visage de ses mains. Dans quel embarras venait-il de se mettre ? Si jamais un avis de recherche international était émis à son encontre, cette femme pouvait maintenant le reconnaître sans aucun mal. Même s'il se sentait en partie coupable d'avoir attiré son attention, il en voulait surtout à Hannibal de l'avoir emmené ici contre son gré. Cela faisait presque une heure qu'ils étaient là et la seule chose que Will l'avait vu faire était de discuter avec un homme à l'allure bizarre. Il n'avait définitivement pas besoin d'être présent.
- « Alors… Max, qu'est-ce qui vous amène ici ? »
Alisha s'installa sur le tabouret à côté de lui. Elle avait ôté son badge de serveuse et en avait profité pour se servir un cocktail aux couleurs orangées.
- « Les vacances », répondit-il simplement. Il avait décidé d'en dire le moins possible.
- « Seul ? »
- « Avec un ami. »
- « Votre femme vous laisse partir seul aux Bahamas avec un ami ? » Elle avait l'air surprise.
- « Elle doit s'occuper de son fils », mentit-il. « Vous avez l'air bien intéressée par ma vie privée pour quelqu'un qui n'avait aucune idée derrière la tête. »
Elle ne sembla pas prendre mal sa réflexion.
- « Disons que j'aime directement savoir à qui j'ai affaire. Jeune mâle désireux d'une aventure d'un soir, vieillard à la recherche de réconfort pour quelques jours, bande d'amis venu fêter le début des vacances avec des bouteilles d'alcool… »
- « Et vous me placez dans quelle catégorie ? »
Elle plissa les yeux, le dévisageant comme si elle cherchait à lire en lui.
- « Vous avez l'air inquiet et loin d'être détendu pour quelqu'un en vacances. »
- « Et vous pouvez dire ça juste en m'observant boire un verre de rhum ? » ria-t-il nerveusement.
- « Je peux dire ça parce que depuis tout à l'heure vous jetez des regards à gauche et à droite, presque comme si vous vous sentiez observé. »
- « Et bien visiblement je le suis, ça m'a même valu un verre », plaisanta-t-il en sentant l'angoisse monter devant les propos de la jeune femme.
- « Vous agissez presque comme si vous aviez peur que votre femme vous découvre ici », continua-t-elle, déviant de plus en plus de la réalité, ce qui le rassura.
- « Vous avez probablement raison. Ceci dit, vous possédez certainement un don pour décrypter les intentions des gens », dit-il en avalant une longue gorgée de son rhum.
Elle sourit suite à sa réflexion et reprit :
- « Si seulement ça pouvait réellement me servir... Vous travaillez dans quel domaine ? »
- « Je répare des bateaux. »
- « Ouah, un marin. Vous devez en avoir un beau, non ? »
Il ouvrit la bouche pour répondre quand une main à la poigne forte se posa sur son épaule, l'obligeant presque à tourner la tête. Il releva les yeux pour tomber nez à nez avec Hannibal, qui toisait la jeune femme d'un air presque menaçant.
- « Tu as finalement trouvé de quoi t'occuper », dit-il en haussant le ton pour couvrir la musique. Il adressa un sourire faussement amical à Alisha avant de reporter son attention sur Will. « Nous ne devrions pas traîner, l'hôtel est loin et une longue journée nous attend. »
La serveuse ouvrit la bouche d'un air étonné, son regard passant de l'un à l'autre en une fraction de seconde.
- « Ho, j'ignorais que c'était votre ami, je ne me serais jamais permise… » dit-elle d'un air gêné tandis que Will sentait les doigts d'Hannibal se resserrer sur son épaule.
- « Ce n'est rien », la coupa Will avant d'avaler cul sec le restant de son rhum. « Même si la discussion a été courte, ça a été un plaisir. »
Il se leva d'un bond, lui fit poliment un signe de tête et entreprit de suivre la direction de la sortie. Du coin de l'œil, il remarqua le regard méfiant qu'Hannibal lançait à la serveuse visiblement mal à l'aise, avant que celui-ci ne se mette à le suivre d'un pas décidé. Ils se retrouvèrent rapidement tous les deux dehors, enfin libérés du grabuge qui les entourait. L'atmosphère chaud et humide de la boite de nuit avait laissé place à un courant d'air plus frais qui fit presque frissonner Will. Il s'éloigna rapidement de toute personne à proximité, pouvant presque sentir la pression qu'Hannibal exerçait sur lui, juste en le suivant de près.
- « Que lui as-tu dis ? »
Il s'était clairement attendu à cette question mais probablement pas prononcé d'un ton si serein. Il avait pourtant ressenti la menace émaner du psychiatre lorsqu'il avait surpris sa discussion avec Alisha.
- « Je n'ai plus le droit d'adresser la parole à personne maintenant ? » se défendit-il en évitant de croiser le regard de l'autre homme. Il n'avait pas l'intention de se laisser faire, pas après ce qu'Hannibal venait de lui faire endurer.
- « Le droit de parole que tu réserves aux inconnus peut très largement influencer la continuité de nos actions. »
- « Parce que le vôtre non ? Je vous ai vu discuter avec cet homme… M'avez-vous vu pour autant débarquer comme un chien marquant son territoire ? »
- «Cette femme était très clairement intéressée par toi, je suis intervenu uniquement pour te tirer d'une conversation qui aurait pu s'avérer compromettante pour nous. »
- « Bien sûr, parce que vous me pensez incapable d'envoyer balader une fille, c'est ça ? Je suis marié et me laisser draguer est ma dernière préoccupation pour l'instant. »
- « Elle reste une personne potentielle pouvant exposer notre identité. »
Will s'arrêta net, essayant de comprendre où Hannibal voulait en venir.
- « Je sais mentir, croyez-moi. Vous me décevez en me pensant suffisamment naïf pour lui révéler des informations sur notre présence ici. Ce n'est qu'une serveuse, bon sang ! »
Hannibal prit une grande inspiration, décryptant l'air confiant du plus jeune puis hocha la tête avant de reprendre la route. Ils n'échangèrent aucun mot le restant du trajet. Seul le passage ponctuel des voitures interrompait le silence tandis qu'ils s'aventuraient dans les rues plus désertes de la capitale. Lorsqu'ils arrivèrent dans leur chambre - et bien que l'idée de dormir lui semblait la meilleure du siècle – Will se dirigea vers la douche. L'odeur de transpiration et de cigarette lui collait à la peau, sans oublier les restes de sang séché qu'il avait vainement tenté d'éliminer sur le bateau. Une douche lui ferait définitivement du bien et il ne manqua d'ailleurs pas le soulagement sur le visage d'Hannibal quand il le vit rentrer dans la salle de bain.
A peine se plaça-t-il sous le jet d'eau chaud qu'un profond sentiment bien être s'installa lui. Depuis leur chute de la falaise, son quotidien n'avait été que douleurs et inconfort surmonté d'une dose de nervosité dont il se serait bien passé. Ces différents facteurs l'indisposaient également à trouver un sommeil réparateur, chose dont il avait le plus besoin actuellement. Il soupira de plaisir à la sensation d'eau chaude le long de ses muscles endoloris tandis qu'il shampouinait ses cheveux avec un des gels hors de prix qu'Hannibal lui avait demandé d'acheter.
Il profita de l'occasion pour retailler sa barbe, en prenant soin d'éviter la plaie encore lancinante de sa joue. La cicatrisation la rendait de plus en plus voyante mais il évita de trop y poser le regard, peinant à accepter qu'il serait marqué à vie par ces événements. Il se contenta d'enfiler un boxer et un débardeur avant de retourner dans la chambre où il y retrouva Hannibal, déjà allongé sous les draps. Il se sentit suivi du regard mais s'installa à son tour sans afficher de sentiment de gêne. Cela faisait maintenant quelques nuits qu'il partageait son lit avec l'autre homme et même si la situation lui paraissait toujours aussi étrange, il arrivait à oublier l'anxiété dès qu'il fermait les yeux.
- « Attends avant de te coucher, je vais m'occuper de ton bras », l'interrompit Hannibal alors qu'il remontait le drap sur ses épaules.
- « Je prends déjà des antidouleurs. » Will se massa mollement les paupières, n'ayant aucune envie de réitérer une longue session de soin avec Hannibal.
- « Je te vois grimacer dès que tu contractes ton bras et les antidouleurs ne suffisent pas contre ce genre de douleur. Crois-moi, l'huile que je t'ai demandé d'acheter te fera le plus grand bien. »
Avec un soupir, l'ex-agent se laissa convaincre et s'assit sur le rebord du lit, laissant Hannibal l'approcher avec la fameuse bouteille à la main.
- « Tu devrais enlever ton haut, je vais devoir en mettre sur ton épaule vu l'étendue de ton hématome. »
Toujours un peu méfiant et n'ayant pas envie de dépenser d'énergie à lutter, Will s'exécuta et tourna la tête à l'opposé d'Hannibal, las de devoir subir son regard pesant. Il entendit le psychiatre étaler l'huile entre ses mains et sentit quelques secondes plus tard sa main entrer en contact avec son biceps.
- « Faites attention en touchant, ça fait très m… »
Il écarta son bras des mains d'Hannibal, soudain épris d'une douleur vive.
- « Désolé Will, j'ai probablement sous-estimé la pression à appliquer. »
- « Ça c'est sûr, » grogna-t-il en attendant que la douleur diminue. « Contentez-vous d'étaler votre huile que je puisse enfin pouvoir dormir… »
Hannibal replaça ses doigts au même endroit, cette fois-ci tellement délicatement qu'un frisson traversa son échine. Il sentit tout de même la douleur mais elle était largement plus supportable que la première fois. L'odeur que l'huile produisait était agréable : un mélange d'arômes sucré, proche du miel, et à la fois sauvage, ce qui lui rappelait ses escapades à la montagne. Il ferma les yeux, se focalisant sur sa respiration qu'il tenta de garder régulière tandis que les mains d'Hannibal se déplaçaient adroitement sur son bras. Le contact avec l'autre homme n'était en soit pas une nouveauté pour lui. De nombreuses fois, il s'était retrouvé manipulé par ses mains expertes, quitte à en risquer sa vie. Cette fois était différente. Depuis leur chute de la falaise, il s'était forcé à instaurer une certaine distance vis-à-vis d'Hannibal, ne souhaitant pas lui donner satisfaction. Mais plus les jours avaient défilé, moins il avait réussi à tenir cet écart, en venant à partager le même lit que lui.
Cette fois était différente.
Il y avait quelque chose d'indescriptible dans sa façon de le toucher. L'acte aurait pu être banal : déposer une fine pellicule d'huile sur sa peau ne demandait aucune compétence particulière. Mais aucun acte n'avait jamais été banal avec Hannibal. Il arrivait à savourer la moindre interaction avec lui tel un croyant priant un dieu.
Will laissa échapper un grognement lorsqu'une pression décrivit la forme de son trapèze. La sensation n'était pas douloureuse, bien du contraire, elle envoya une vague de bien-être sur l'entièreté de son corps. Cette zone ne faisait clairement plus partie de l'hématome.
- « Qu'est-ce que vous faites ? » demanda-t-il sans pour autant se dégager.
- « Je pensais que c'était évident », répondit calmement Hannibal en repassant ses doigts à l'endroit exact qui lui avait valu une réaction.
- « Vous êtes en train de me masser. »
- « J'ai trouvé tes muscles relativement tendus, ce n'est pas étonnant que tu sois fatigué si tu dors aussi stressé, Will. »
- « Je ne suis pas… Humpf !... Stressé… »
Le pouce du psychiatre était remonté le long de son cou, malaxant la zone où débutait la pousse de ses cheveux. Will voulut l'arrêter mais la sensation était tellement agréable que ses tripes lui hurlaient de le laisser continuer.
- « Je t'entends la nuit, te tourner et te retourner. Et quand tu fermes enfin l'œil, des cauchemars te réveillent avant l'aurore. »
- « Comment voulez-vous que je puisse dormir correctement avec tout ce que nous venons de vivre… Et pour ajouter une couche vous m'emmenez à l'endroit le plus bondé de l'île… »
- « Je m'excuse pour ça. Loin de moi l'idée de t'avoir emmené là-bas pour t'angoisser. »
- « Ouah. Un massage et des excuses, qu'avez-vous fait d'Hannibal Lecter ? »
- « Je vais devoir de m'absenter demain », continua Hannibal en ignorant sa remarque. « Je ne sais pas pour combien de temps exactement mais il est possible que je ne revienne pas avant le surlendemain. »
- « Et… Puis-je savoir où vous allez exactement ? Pour y faire quoi ? Vous semblez oublier qu'on avait un accord en débarquant sur l'île. »
- « Je ne sais pas où exactement. L'homme à qui j'ai adressé la parole tout à l'heure m'a donné un rendez-vous suite auquel je rencontrerais les personnes dont j'ai réellement besoin. »
- « Besoin pour ? Ceux que vous voulez braquer ? Comment pouvez-vous avoir confiance en quelqu'un que vous venez de croiser 5 minutes ? »
- « Je ne peux pas. C'est pour cette raison que je suis incertain quant à l'heure exacte de mon retour. »
Les mains d'Hannibal quittèrent son cou pour redescendre vers l'hématome et étaler le restant d'huile, ce qui fit grimacer Will de douleur.
- « Pourquoi ne pas m'impliquer ? Vous avez insisté pour avoir mon soutien et maintenant que je le propose vous devenez muet comme une tombe. »
- « Notre confiance mutuelle est encore trop fragile pour t'en révéler plus que de raison. »
Will laissa échapper un petit rire pour camoufler son énervement.
- « Bien, continuez vos trucs dans votre coin. Mais ne venez pas criez à l'aide quand vous en aurez besoin. »
Hannibal ne réagit pas à sa menace, restant impassible tandis que ses mains quittèrent finalement sa blessure. Il disparut dans la salle de bain pour essuyer le restant d'huile, laissant le plus jeune seul avec lui-même. Même si le psychiatre était resté confiant jusque-là, Will ne pouvait s'empêcher de ressentir un mauvais pressentiment. Lorsque l'autre homme revint dans la chambre, il reprit la parole :
- « N'oubliez pas que nous avons chacun un téléphone pour communiquer en cas de besoin. Si vous pouviez juste me tenir au courant de la situation, ce serait… apprécié. »
Hannibal répondit d'un hochement de tête avant de se rallonger de son coté du lit. Will en fit de même, ne prenant pas la peine de remettre son débardeur. Bien que la climatisation fonctionnait en émettant un son à réveiller un mort, cela ne semblait pas pour autant diminuer la température de la pièce. Will hésita quelques secondes avant de finalement se lever pour l'éteindre, se sentant incapable de fermer l'œil avec un boucan pareil. Il éteignit également la lumière et ils se retrouvèrent tous les deux plongés dans l'obscurité la plus totale. Au premier abord, le silence sembla complet. Mais plus les minutes passaient, plus ses tympans s'accoutumaient à ce silence, dévoilant d'autres bruits auxquels il n'avait pas réellement fait attention : les bavardages dans les chambres voisines, des portes qui claquent, des chasses d'eau qui se tirent… Il crut même entendre les cris d'une femme, qui semblait visiblement prendre son pied. Tous ces petits détails firent qu'il resta de longues minutes, incapable de s'endormir, malgré le court massage d'Hannibal.
Il ignorait si celui-ci avait déjà trouvé le sommeil. Il pouvait entendre sa respiration à quelques centimètres de lui. Curieux de vérifier, il tourna la tête pour remarquer à travers la faible luminosité de la chambre que celui-ci était tourné vers lui et l'observait d'un air presque captivé.
- « Si vous continuez de me regarder comme ça, je vais vraiment commencer à flipper », murmura-t-il avant de voir un léger sourire s'allonger sur son visage.
- « Je ne peux malheureusement pas dormir sur mon autre côté… avec ma blessure », chuchota-t-il à son tour.
- « On peut échanger nos places si vous voulez… »
- « Non. Je suis bien comme ça. »
Will reporta ses yeux vers le plafond, passant une main dans ses cheveux d'un air nerveux.
- « Tout ça sera bientôt fini. Quand nous aurons l'argent, nous partirons dans un endroit calme, loin de toute cette population", continua-t-il.
- « Et… Où exactement ? »
- « Un endroit avec une rivière. »
Will fronça les sourcils, étonné qu'Hannibal se rappelle encore de ce qu'il avait pu dire des années auparavant, quand ils étaient tous les deux sur le point de quitter la Virginie. Il n'ajouta rien, cette réponse lui apportant suffisamment de satisfaction pour se sentir un peu plus relaxé.
- « Bonne nuit, Hannibal. »
- « Bonne nuit, Will. »
À suivre...
