J'avais totalement perdu l'inspiration pour ce fandom et voilà qu'après un énième rewatch, je ne peux m'empêcher d'écrire sur eux. Je ne sais pas s'il y a encore des fans qui traînent par ici mais bon... Merci encore à ceux qui ont laissé une petite review au passage :-)
Chapitre 5: Solitude
Will se réveilla seul le lendemain. Il mit un certain temps avant de se rappeler qu'Hannibal l'avait prévenu de son absence la veille. Il se permit donc de trainer un peu longtemps dans le lit, profitant de tout l'espace pour s'étirer à sa convenance. Sa nuit avait encore été ponctuée de rêves en relation avec le Dragon Rouge mais de façon beaucoup moins érotique qu'il ne l'avait vécue sur le bateau. Il le regretta presque, maintenant qu'il profitait de suffisamment d'intimité pour pouvoir soulager ses désirs refoulés.
La chaleur du soleil tapait déjà sur les carreaux de la chambre malgré l'heure peu avancée. On entendait au loin le bruit des aspirateurs des femmes de chambre, signe qu'une partie des hôtes avaient déjà quitté leur chambre. Will ne trouvait cependant pas la motivation d'en faire autant. Il se sentait étrangement vide, las du simple fait de s'imaginer sortir de l'hôtel. Le gargouillement régulier de son estomac le força tout de même à réagir : quitte à rester allonger à fixer le plafond, autant le faire le ventre plein.
Hannibal avait disparu sans laisser de trace, n'emportant avec lui que le stricte nécessaire. Will fut d'ailleurs surpris de ne retrouver aucune note lui disant de ne rien faire stupide, tournée avec des mots métaphoriques comme seul lui savait le faire.
Il s'habilla de façon légère et ne s'attarda que quelques secondes devant le miroir, rapidement désespéré par son apparence négligée. Pour la première fois depuis la falaise, il était réellement livré à lui-même et avait le libre choix de ses activités. Pourtant, l'idée ne l'emballait pas spécialement. Il aurait peut-être apprécié se prélasser au soleil quelques heures, profitant du calme et de la mer turquoise si son esprit n'avait été pas tourmenté par les récents évènements. Outre l'appréhension qu'il éprouvait face au plan d'Hannibal, c'était le souvenir du docteur Cameron se vidant de son sang qui le hantait le plus. S'ajoutait à cela la mort de Dolarhyde, la vision d'Hannibal hurlant de douleur pendant son opération, la sensation de noyade qui lui avait fait perdre tout espoir… Les éléments ne manquaient pas pour l'empêcher de trouver un minimum de répit. Parmi toutes les choses qui le perturbaient, celle d'avoir possiblement fait le mauvais choix en suivant Hannibal avait besoin d'être traitée au plus vite. Il avait été perdu ces derniers jours, incapable de se concentrer sur ses réelles motivations.
Peut-être que toute l'adrénaline et l'excitation qu'il avait éprouvées en tuant Dolarhyde n'étaient dues qu'à son empathie. Peut-être s'était-il juste projeté l'espace de quelques instants dans l'esprit d'Hannibal, suffisamment pour penser que tout cela était son véritable dessein. Le doute le submergeait.
Il acheta quelques fruits à un marchand ambulant et passa la matinée à errer le long de la côte, non loin de l'endroit où il avait laissé son bateau. Son chapeau et ses lunettes de soleil cachaient en grande partie son visage, le rendant plus à l'aise parmi les touristes. Son téléphone portable était toujours à portée de main, dans le cas où Hannibal chercherait à le joindre. Il tenta cependant de ne pas vérifier l'écran toutes les 5 minutes.
La soirée arriva rapidement et la sensation de solitude s'accentua sans qu'il ne comprenne pourquoi. Lorsqu'il y repensait, il n'avait jamais réellement été seul dans son ancienne vie. Il avait eu ses chiens, certes, mais également des personnes à qui il pouvait se confier un minimum. Jack, Alana, Hannibal… Et dernièrement Molly. Il se laissa vagabonder dans les souvenirs. Le jour de son mariage qui, bien que discret, l'avait marqué à vie. Ce moment où elle l'avait regardé dans les yeux en disant oui, un sourire rayonnant sur le visage. Tout ce que cette femme avait pu apporter dans sa vie après le passage d'Hannibal était loin d'être enterré pour lui. Même si l'envie de l'appeler grandissait de plus en plus, il s'efforça d'oublier l'idée : c'était bien trop risqué pour être réalisable, son téléphone étant probablement sous écoute après l'évasion d'Hannibal.
Il soupira et rentra à l'hôtel, s'attendant à voir Hannibal de retour dans la soirée. Lorsque l'horloge afficha les 23 heures, il se décida à lui envoyer un message, au moins pour s'assurer qu'il était toujours vivant.
« Vous comptez revenir de la soirée ? »
« Pas ce soir, non. Bonne nuit, Will. »
Devant la réponse, il se retourna avec un soupir, en partie soulagé qu'il soit dans la capacité de lui répondre. Passer la nuit seul lui ferait du bien mais il se sentait trop angoissé pour réussir à trouver du vrai repos. Après sa douche, il commença les cent pas dans la pièce en prenant de grandes inspirations dans l'espoir d'éliminer la boule qui s'était formée au niveau de son estomac. Il ne connaissait que trop bien cette sensation de stress qui avait tendance à l'aspirer comme un vortex s'il ne se calmait pas rapidement. Les mains légèrement tremblantes, il fouilla dans un de ses sacs, se rappelant les quelques bouteilles de Whisky grand cru qu'il avait emporté chez le docteur Cameron. La simple apparence luxueuse des bouteilles suffit à le soulager et à titiller ses papilles.
Sachant qu'il n'aurait aucune compagnie de la soirée, il s'autorisa à avaler plus de gorgées que de raison. Dans un premier temps, il savoura les parfums boisés marqués de l'alcool : il avait toujours apprécié ce goût particulier qu'il avait découvert en fin d'adolescence, en fouillant dans l'armoire à alcool de son père. Il laissa cependant vite tomber la dégustation, continuant de boire jusqu'à sentir la chaleur de l'ivresse se répandre dans ses membres. C'était bien cette sensation de légèreté qu'il recherchait mais cela ne semblait pas suffisant pour l'aider à trouver le sommeil. Les minutes passèrent, puis les heures. S'emmêlant dans un tourbillon de pensées et de dépravations, son cerveau nappa sa vision d'obscurité, lui permettant finalement de fermer les yeux.
Sa deuxième journée seul ne fut pas bien différente que la précédente, à la seule différence qu'il se réveilla avec un mal de crâne atroce et la bouche pâteuse. Cela ne l'empêcha pas de se lever, déterminer à rendre cette journée plus productive que la veille. Il se mit en tête de trouver un cybercafé, ne tenant plus sa curiosité quant à la gestion de leur fuite par Jack Crawford.
Après avoir demandé les informations à l'accueil, c'est le visage toujours camouflé par son panama et ses lunettes de soleil, qu'il s'installa devant l'ordinateur le plus éloigné des regards indiscrets. Il était en réalité l'un des seuls clients, lui et un vieux monsieur qui semblait galérer à réserver un billet sur internet.
Il hésita quelques instants puis tapa « Hannibal Lecter » dans le moteur de recherche. Les résultats s'affichèrent un à un avec quelques photos du cannibale en personne. Les premiers articles lui sautèrent aux yeux : « Hannibal le cannibale en fuite, le FBI sur l'affaire » « Une nouvelle victime du psychiatre cannibale » ou encore « Les recherches du corps de l'ancien agent du FBI continuent. »
Sa bouche s'ouvrit de surprise à la lecture du dernier titre et il cliqua dessus, sentant son rythme cardiaque monter d'un cran.
« Alors qu'Hannibal Lecter est toujours signalé en fuite du Baltimore State Hospital, de nouveaux groupes de recherche se sont déployés autour des falaises côtières de Virginie. L'espoir de retrouver le corps du tristement célèbre agent Will Graham, lui-même connu pour avoir permis l'arrestation d'un des plus grands criminels de ces 5 dernières années, est toujours d'actualité pour l'équipe du FBI précédemment chargée de l'affaire Tooth fairy. »
Son corps ? Il fit défiler les photos de l'article qui affichaient très clairement des bateaux avec plongeurs à l'endroit même où lui et Hannibal étaient tombés.
« … le docteur Irving Cameron avait en effet été retrouvé assassiné à son domicile, à quelques kilomètres d'une des anciennes demeures d'Hannibal Lecter, l'endroit où a également eu lieu le meurtre de Francis Dolarhyde Le FBI n'a pas tardé à donner la confirmation sur l'identité du tueur, à savoir le le Dr Lecter lui-même. Selon le directeur chargé de l'affaire, les nettes empreintes retrouvées sur l'arme ayant servi à égorger le docteur Cameron sont bien celles du célèbre criminel. Les dernières traces de Will Graham s'arrêtent, quant à elles, au bord de la falaise où les inspections ont repris ce matin au lever du soleil. »
Il cligna des yeux plusieurs fois, une expression d'incompréhension totale sur le visage. Comment cela était-il possible ? C'était lui-même qui avait tué le médecin sur le coup de la légitime défense, comment pouvaient-ils retrouver les empreintes d'Hannibal sur l'arme du crime ? Jack était-il, malgré lui, en train de couvrir son dos ?
Les autres articles ne firent que le lui confirmer les dires du premier : il était bel et bien porté disparu au pied de la falaise. Un avis de recherche avait été lancé pour Hannibal aux Etats-Unis et il ne trouva nulle part son propre nom mentionné dans un de ces avis. Il effaça l'historique de navigation et s'empressa de sortir, les idées encore plus embrouillées que jamais. Il devait parler à Hannibal de la situation.
« Nous devons parler. Urgent. Quand revenez-vous ? »
Il aurait pu l'appeler directement mais il avait trop peur de l'interrompre au mauvais moment. L'absence de leur évasion dans la presse internationale l'avait au début rassuré mais la lecture de ces nombreux articles n'avait que stimulé la nervosité qu'il tentait de gérer ces derniers jours. L'envie d'appeler Molly sur place s'affichait comme étant l'une des options la plus appropriée pour avoir plus d'information malgré la possibilité qu'elle soit sur écoute.
Il quitta précipitamment le cybercafé, n'entendant plus que son propre cœur battre à travers ses tympans. Le monde extérieur semblait avoir disparu et prendre de grandes inspirations ne l'aidait clairement pas à soulager son anxiété.
Il avait besoin d'un verre. Il était relativement tôt pour commencer à se saouler mais il se sentait incapable de rester la journée dans cet état. Il ne sut pas exactement si son subconscient le mena là, mais il se retrouva devant le tout premier bar qu'il avait découvert en arrivant sur l'île. Celui où il avait, notamment, rencontré l'unique personne avec qui il avait eu une discussion, en dehors d'Hannibal.
Son instinct lui cria de partir tout de suite pour éviter toute interaction avec Alisha mais il se ravisa vite en voyant la serveuse accoudée sur une des tables, en pleine conversation avec un de ses collègues. Lui qui avait toujours fuit les interactions sociales sentait le besoin de s'évader de son esprit tourmenté et de porter son attention sur une autre personne que lui-même ou Hannibal.
Will s'assit à une table dans son champ de vision, pour être sûr qu'elle le remarque, chose qui ne tarda à arriver. Contrairement à la dernière fois, c'est avec un certain malaise qu'elle l'accueillit.
- « Vous avez fait votre choix ? » demanda-t-elle en le regardant à peine.
- « Le rhum de la dernière fois était bon », commença-t-il en retenant ses mains de jouer nerveusement avec la carte.
- « Je ne retiens pas vraiment toutes les commandes de mes clients. »
Son ton était froid, et il encaissa avec de grands yeux, sans pour autant se laisser démolir.
- « D'accord, je… Ecoutez, je pense qu'il y a eu une incompréhension la dernière fois et… »
- « Je finis mon service dans une heure si vous voulez vraiment parler. Maintenant, je vais me contenter de prendre votre commande, si ça ne vous dérange pas. »
Elle daigna enfin croiser son regard, son ton un peu plus doux que quelques secondes auparavant.
- « Bien, votre meilleur rhum, alors. »
Will la vit lever les yeux au ciel avant de disparaître derrière le bar. Il patienta donc une heure en se ressassant le titre des articles, jetant de temps en temps un coup d'œil à son téléphone dans l'espoir d'une réponse de la part d'Hannibal.
- « Vous voulez rester ici ou marcher un peu ? »
Il releva la tête vers Alisha qui l'attendait les bras croisés, un sourcil levé et l'air impatient.
- « Je… J'aurais aimé reprendre un verre mais on peut marcher. »
Il se leva sans attendre et la suivit dehors. Ils marchèrent quelques minutes en silence, s'éloignant rapidement de la route principale pour se diriger vers un chemin plus désert qui menait vers les plages de sable fin. Il était presque 14h et l'intensité du soleil lui rappelait qu'il avait oublié de mettre de la crème solaire, il essaya donc discrètement de se diriger vers un endroit plus ombragé, n'ayant aucune envie de devenir rouge comme une tomate.
- « Bien alors… Vous vouliez me dire quelque chose ? »
Elle semblait s'être calmée en route, décroisant ses bras pour les laisser pendre d'un air presque désinvolte le long de son corps. Will avait eu le temps de réfléchir à ce qu'il pouvait dire, sans trop en dévoiler. Il n'était plus trop sûr de savoir exactement pourquoi il était venu la retrouver.
- « Nous avons été interrompu la dernière fois et… »
- « Oui. Par votre ami. »
Elle insista étrangement sur le dernier mot.
- « Oui, d'une certaine façon. Je ne suis pas vraiment fan des boites de nuit, pour être honnête. Je l'ai suivi parce que je ne voulais pas rester seul à l'hôtel. »
- « D'accord… Ça tient la route. »
Elle parut tout à coup hésitante, à la limite de l'impatience.
- « Ecoutez, je ne vous connais pas. Je vous ai parlé deux fois et ça peut vous paraitre étrange mais… Je sens que quelque chose vous tracasse. »
- « Vous êtes perspicace », lui répondit-elle. « Soit vous êtes un excellent menteur, soit vous ne vous rendez vraiment pas compte de la situation dans laquelle vous mettez les pieds. »
Il s'arrêta d'un coup sec, totalement surpris par sa réponse. Avait-elle reconnu Hannibal ? L'idée lui tordit les boyaux. Si jamais c'était le cas, il ignorait complètement comment il devrait gérer la situation. Devrait-il tout nier en bloc en espérant qu'elle avale le mensonge ? Devrait-il la menacer pour qu'elle se taise ou – pire – s'assurer qu'elle ne parle plus jamais ?
- « Il y a très certainement un malentendu. »
Elle le toisa de haut en bas puis haussa les épaules.
- « Ok, vous n'avez vraiment aucune idée de ce que vous risquez. »
- « Et pourquoi ne pas me le dire ? »
- « Vous me semblez être quelqu'un d'honnête mais… Je risque gros si je me trompe. »
- « Alisha, écoutez… Je ne sais pas exactement ce que vous avez en tête. Mais je peux vous jurez que vous ne risquez rien avec moi. Quand je vous ai dit que je réparais des bateaux et bien… En réalité je suis un ancien agent de police. Je me suis reconverti vers ma passion après une grave blessure et je veux juste passer du bon temps ici, rien de plus. »
Elle écarquilla les yeux.
- « C'est censé me rassurer ? Vous me mettez dans une situation encore plus délicate ! Un ancien flic, sérieusement ? »
Il ouvrit plusieurs fois la bouche mais aucun son n'en sortit. Décidément, il était très loin de gérer la situation. Il prit une grande inspiration et reprit :
- « Dites-moi ce qui vous inquiète. Pas besoin d'aller dans les détails ou de citer de nom, juste… Au moins me donner un indice… Quelque chose… »
Elle soupira et après quelques secondes d'hésitation, commença d'une voix basse.
- « Votre ami… Quand nous nous sommes revus en soirée, il discutait avec un homme. » Will revisualisa très bien l'homme au bouc. « Au début, je ne savais pas que c'était votre ami donc je ne me suis pas attardée mais sachez-le… L'homme avec qui il discutait est loin d'être n'importe qui. »
- « Le gars avec les tatouages ? »
- « Oui. Vous ignorez vraiment qui il est, n'est-ce pas ? »
Il acquiesça d'un signe de tête, ce qui la poussa à continuer.
- « Sa réputation dans la région n'est plus vraiment à faire. Il s'appelle Dario Fergusson, il n'est pas réellement d'ici, c'est un américain qui a d'abord organisé son petit trafic à Cuba, avant de se faire prendre et de s'exiler ici. »
- « Quel type de trafic ? »
- « Drogue principalement. Certains parlent même d'un trafic d'être humain mais les allégations n'ont jamais été confirmées. »
Tout commençait à s'éclaircir dans l'esprit de Will. Il n'avait pas besoin d'entendre le restant des explications pour faire le lien entre Hannibal et cet homme.
- « Et ce Dario… Est-il… Dangereux ? » demanda-t-il en se doutant de la réponse.
- « Les Bahamas sont des îles relativement sûres, il y a très peu d'agressions et le taux d'homicide est faible, voire inexistant, vis-à-vis des touristes. Pour ce qui est des locaux… C'est une autre histoire. Parfois les gens disparaissent sans laisser de trace et avec un peu de chance, leurs cadavres sont découverts quelques semaines plus tard sur une autre île. La plupart de ces disparitions sont liées de près ou de loin au trafic de Dario. Tout cela s'est intensifié depuis que d'autres bandes ont tenté de jouer la concurrence… Nassau est une plaque tournante dans le trafic de drogue entre Cuba et les Etats-Unis, tout le monde le sait mais les autorités peinent à agir pour empêcher ça. Il y a tellement d'argent en jeu… »
L'argent. C'était ce dont Hannibal lui avait parlé dès le début.
- « J'ignore complètement la situation de votre pays. Je peux cependant vous jurer que ce qui se passe entre mon ami et ce Dario m'est totalement inconnu. »
- « La plupart des Américains qui contactent Dario de près ou de loin ont pour unique but de renflouer leur stock pour leurs trafics plus locaux. Vous ne semblez pas si bien connaitre votre ami que ça, au final… »
Will secoua la tête de gauche à droite, sachant pertinemment qu'Hannibal ne voulait pas se recycler en trafiquant de drogue. Si les Bahamas étaient la plaque tournante pour le trafic, il n'y avait aucune raison pour que l'argent ne suive pas derrière. Il jeta un regard à son téléphone et, ne voyant toujours aucun message de sa part, continua la discussion avec la métisse. Il évita d'en dévoiler trop, s'attardant sur les détails qu'elle pouvait lui donner sur la criminalité inconnue du pays. Leurs conversations dévièrent d'un sujet à l'autre et Will se surprit même à laisser tomber sa méfiance, laissant échapper quelques rires, chose qui n'était plus arrivée depuis qu'il avait quitté son domicile avec Molly.
En cours de soirée, alors qu'il s'était permis de manger un bout en compagnie de la serveuse, son téléphone vibra pour lui indiquer un message d'Hannibal.
« Je ne peux pas te parler maintenant. Je serais de retour demain soir, passe une bonne nuit. »
Visiblement, le mot urgent que Will lui avait transmis dans son message précédent ne semblait pas avoir frappé l'esprit d'Hannibal. Il pinça les lèvres et remis le téléphone dans sa poche, décidant qu'il ne méritait aucune réponse.
Sa soirée se déroula au calme, à la belle étoile d'un bar fréquenté par quelques couples de touristes. Si les deux-trois verres de rhum qu'il venait d'avaler n'avait pas baissé son attention, il se serait probablement cru en plein rencard tant les regards qu'Alisha lui lançaient étaient lourds de sens. L'ivresse aidant – et surtout, le contexte – il continua d'interpréter leurs conversations comme un échange poli d'idée. Elle était belle, cela dit. Et elle semblait intelligente, deux caractéristiques qui ne laissaient pas insensible. Mais pas comme ça, pas en étant en fuite, pas en étant marié, pas en étant avec Hannibal. Il avala son dernier verre en une traite.
- « Je vais devoir te laisser, j'ai un peu trop bu et je sens que le retour risque d'être difficile. »
Elle gloussa doucement et le prit par le bras pour l'aider à se lever, chose qu'il aurait très bien pu faire seul, son taux d'alcoolémie n'étant pas si élevé que ça. Quoique… Les objets et les gens autour de lui se mirent à tournoyer beaucoup plus vite que prévu.
- « Wow ! » lâcha-t-il, ce qui valut un nouveau rire de la part de la jeune femme.
- « Je peux te raccompagner si tu me donnes le nom de ton hôtel. »
- « Grand… Central… Quelque chose », marmonna-t-il en se tenant à la chaise pour garder son équilibre.
- « Tu n'aurais peut-être pas du boire autant », dit-elle d'un air préoccupé. « En tout cas, toi et ton ami n'avez certainement pas des goûts de luxe, si c'est bien l'hôtel auquel je pense… »
- « Ho que si ! Tu ne connais pas mon ami, il… C'est un poisson né dans le luxe. »
- « Je ne connaissais pas cette expression. »
- « Je ne pense pas que ça en est une, j'ai juste un peu trop bu pour dire quelque chose de sensé », ria-t-il tandis qu'ils continuaient leur route sur le trottoir, évitant maladroitement les autres passants.
Will oublia une grande partie de son trajet. En réalité, il se demanda même s'il ne s'était pas téléporté quand il se retrouva nez à nez avec la porte de leur hôtel miteux. Il était littéralement écroulé sur les épaules d'Alisha qui peinait à le garder droit. D'un air déterminé, il secoua la tête et tenta de reprendre ses esprits. Se saouler dans sa situation était loin d'être raisonnable.
- « Merci de m'avoir raccompagné, je… »
Il s'interrompit face au regard ambré et souriant de la belle femme qui se trouvait juste devant lui. Tout semblait irréaliste : les lumières qui virevoltaient autour de lui comme dans un rêve, l'odeur de l'exotisme qui réveillait ses sens, les voix lointaines des autres résidents qui s'envolaient dans un murmure presque inaudible…
Il ne sut pas exactement si c'est elle qui fit le premier pas ou lui, mais ses lèvres touchèrent légèrement les siennes. Son cerveau mis un certain à comprendre ce qui était vraiment en train de se passer. Elle le désirait. Il s'éloigna d'elle avant que le contact n'aille plus loin, retrouvant soudainement l'équilibre qu'il avait perdu.
- « Je suis désolée… Je… Je pensais que… » bégaya-t-elle en fronçant les sourcils.
- « Je n'ai pas menti en disant que j'étais marié », tenta d'expliquer maladroitement Will en montrant une nouvelle fois son alliance pour confirmer ses dires. « J'ai passé une excellente soirée Alisha, parler avec toi m'a fait beaucoup de bien. »
Ces mots semblèrent tellement stupides qu'ils lui rappelèrent les débuts d'excuse auxquels il avait droit lorsqu'il trouvait enfin le courage d'aborder une fille, dans son adolescence. Il était cependant sincère. L'alcool pouvait lui faire dire des conneries, mais à plusieurs reprises, il avait imaginé le visage de Molly face à lui. L'air compréhensif, sa capacité d'écoute sans le pousser dans l'obligation étaient des qualités qui l'avaient aidé à sortir de la spirale infernale de l'« après-Hannibal ».
- « Tu n'as pas à t'excuser, Max. J'ai probablement mal interprété tout ça… J'ai tellement l'habitude de… Les étrangers qui boivent un verre avec moi… D'habitude, ils veulent autre chose. Enfin, je le veux aussi, c'est toujours consentant, » se rattrapa-t-elle en voyant l'étonnement sur le visage de son interlocuteur. « Je ne fais pas souvent ça non plus, je… Je suis un peu maladroite, désolée. J'ai peut-être un peu trop bu aussi… »
Elle lui sourit d'un air embarrassé et recula pour lui laisser récupérer son espace personnel. Will déglutit et hocha la tête sans vouloir poursuivre plus loin la conversation. Plus il restait distant, moins il risquait d'être découvert même s'il avait le sentiment d'avoir déjà été trop loin.
- « Bonne nuit, Alisha », murmura-t-il en lui adressant un signe maladroit de la main.
- « Attends », dit-elle en ouvrant précipitamment son sac. Elle en sortit un feutre et s'avança vers lui pour lui saisir la main. Il se laissa faire tandis qu'elle écrivait maladroitement un numéro de téléphone sur l'intérieur de son poignet. « Au cas où tu t'ennuies demain soir… Pas spécialement pour quelque chose de physique… »
Elle lui adressa un clin d'œil avant de lui tourner le dos et de disparaître dans l'obscurité de la rue adjacente.
La chambre était – sans surprise – vide de toute présence lorsqu'il se décida enfin à y retourner, non sans hésiter à flâner encore un peu dans les jardins déserts de l'hôtel. Il se déshabilla maladroitement, perdu dans ses pensées. Il ne prit même pas la peine de se doucher et s'allongea à sa place dans le lit double. Les draps n'avaient pas été changé et il pouvait reconnaître l'odeur caractéristique du shampoing qu'Hannibal lui avait demandé d'acheter. Elle n'était pas désagréable en soi, un parfum doux d'agrumes et de patchouli, un peu plus prononcé. Elle semblait presque familière.
Comme la veille, la pièce commença à tourner quand il éteignit la lumière. Il vérifia une dernière fois son téléphone, se demandant si Hannibal arriverait à accomplir ce pourquoi il était parti. Ne voyant aucun appel ou message, il déposa l'objet sur la table de chevet et ferma les yeux, espérant ne plus trouver de difficulté à atteindre le sommeil profond.
Will avait pensé au sexe. Il ne pouvait pas nier l'attraction physique qu'il avait éprouvé en passant la soirée avec la serveuse. Il avait pourtant rarement - si pas jamais - été dirigé par ce genre de pulsion dans ses relations, le facteur humain rentrant toujours en considération même lorsqu'il s'adonnait à des relations purement charnelles.
L'alcool ne l'aidait pas à oublier la pression constante dans son abdomen, la douleur de ses blessures, la peur de sa nouvelle vie ou encore le manque de sa famille. Enfin si, il y arrivait temporairement mais le retour à la réalité lorsqu'il reprenait conscience était encore plus violent. Il avait essayé de se toucher, partant à la recherche d'un orgasme qu'il jugeait artificiel. Son corps ne semblait pas avoir approuvé cette prise de décision et sembla lui claquer la porte en visage au dépit de ses caresses ciblées.
Hannibal devait normalement rentrer aujourd'hui, d'après le dernier message qu'il avait envoyé à Will. Ce dernier ne savait pas s'il était impatient ou non de le revoir. Il devait avouer avoir ressenti un vide autrefois, lorsqu'Hannibal avait filé en Europe en le laissant seul dans un bain de sang. Ces souvenirs semblaient maintenant dater d'une éternité. Il n'avait revu Hannibal que quelques fois pendant l'enquête sur le Dragon Rouge et pourtant, il avait la sensation que les trois ans écoulés avant ces événements étaient dérisoires. Comme s'il n'avait jamais vraiment perdu de vue Hannibal. Comme s'il avait toujours été lié à lui, d'une certaine manière.
Will passa, encore une fois, la grande majorité de sa journée dans sa chambre, fixant le plafond en se perdant dans ses pensées et souvenirs. Il se ressassa les images des derniers jours, non-stop. Il tentait vainement de faire le point sur ce qu'il avait ressenti en tuant Dolarhyde. Sur ce qu'il avait ressenti en tuant le docteur. Il se sentait clairement moins affecté que lorsqu'il avait tué Hobbs et cela l'effrayait. Son esprit s'habituait-il à prendre la vie presque sans remords ou son empathie aspirait les fragments d'Hannibal comme étant une nouvelle part de lui ?
L'horloge face à lui indiquait les coups de 20h. Il n'avait rien mangé de la journée, n'importe qui aurait pu en attester en entendant son ventre gronder depuis de longues heures. Pas de signe d'Hannibal. Il jeta un coup d'œil sur son téléphone portable, dans l'espoir d'y voir un nouveau message. Rien. Et s'il lui était arrivé quelque chose ?
Will élimina vite cette pensée angoissante de son esprit en avalant une gorgée de Whisky. Il s'était promis de ne plus boire aujourd'hui vu son état au réveil mais c'était plus fort que lui : il devait oublier. Il grimaça lorsque l'alcool atteignit son estomac vide. Ce n'était sûrement pas une bonne idée de faire ça à jeun mais au moins l'effet serait plus rapide. Son regard se perdit distraitement sur le numéro toujours inscrit sur son poignet. La solitude ne l'avait jamais ennuyé. Pourtant, en cet instant, il ressentait le besoin d'une présence. Il hésita de longues minutes avant de prendre son téléphone et d'entamer un message, oubliant presque le possible retour d'Hannibal.
« Bonsoir. Will. »
Le message était froid, mais il voulait juste tâter le terrain. Par curiosité. La réponse ne se fit attendre que quelques secondes.
« Bonsoir :-) Passé une bonne journée ? »
« Dans ma chambre, pas très passionnant. Et toi ? »
« Travail. Tu t'ennuies ? »
« Possible. Quelque chose de prévu de la soirée ? »
« Possible. Envie de me voir ? -) »
L'excitation le gagna soudain tandis qu'il imaginait la jeune femme débarquant dans sa chambre avec la volonté de poursuivre ce qu'ils avaient entreprit la veille. Il hésita un moment.
« Quand tu veux. »
« Je serais là dans une heure. »
Il se mordit la lèvre, à moitié conscient de l'énorme bêtise qu'il était en train de faire. Hannibal devait rentrer ce soir. Il venait d'inviter une femme dans sa chambre alors qu'Hannibal devait rentrer ce soir. Nerveusement, il avala quelques nouvelles gorgées d'alcool alors qu'il observait son reflet dans le miroir, tentant de se rendre présentable. La cicatrice à sa joue avait déjà meilleure allure mais celle à son épaule continuait de suinter, dégageant une odeur pas très agréable. Il se contenta d'apposer une compresse blanche pour camoufler la laideur de la plaie.
L'heure s'écoula sans qu'il s'en rende compte. Il accueillit Alisha à l'entrée de l'hôtel. Il remarqua qu'elle s'était maquillée un peu plus ostantatoirement que les précédentes fois où il l'avait vue. Après avoir jeté des regards aux alentours, pour s'assurer de la réelle absence d'Hannibal, il la fit entrer en l'accompagnant par le bras.
A peine eut-il refermé la porte de la chambre derrière lui que des lèvres délicates se posèrent sur les siennes. Il se tendit un peu, ne pouvant empêcher l'image de Molly d'apparaître dans son esprit. Je suis désolé.
Il mit un certain temps avant de répondre au baiser.
L'affichage écarlate du réveil venait de passer les 2 heures du matin lorsque la porte de la chambre s'ouvrit avec un léger grincement. Une silhouette pénétra prudemment dans la pénombre sans prendre la peine d'allumer la lumière. Le peu d'éclairage disparut quand la porte se referma derrière celle-ci et Will eut du mal à distinguer quelque chose, si ce n'était le bruit des pas étouffé par le vieux tapis de sol.
Will grogna, émergeant d'un état second, probablement le plus avancé depuis qu'il était tombé de cette falaise. Il était assis sur le sol, le dos contre le mur, ses doigts tenant distraitement la bouteille qu'il avait vidée sur la soirée. Il entendit l'air passer à travers les narines d'Hannibal, qu'il savait maintenant à moins d'un mètre de lui.
- « De l'alcool et une femme. Au moins tu ne t'es pas ennuyé, Will. »
Ce dernier cligna des yeux, se sentant définitivement trop saoul pour répondre quelque d'intelligible. La lampe de chevet s'alluma soudain et il détourna la tête, surpris par tant de luminosité. Hannibal ramassa les bouteilles d'alcool avant d'en inspecter les différents pourcentages.
- « Si tu as bu tout ça ce soir, j'ai bien peur que le médecin en moi te fasse la leçon sur l'influence d'une telle quantité d'alcool sur ton foie. »
- « Au moins ce n'est pas la partie de moi que vous mangerez, docteur… »
Hannibal leva des sourcils interrogateurs, n'omettant pas de parcourir des yeux l'homme qui se trouvait à ses pieds. En boxer, les bras entourant ses genoux, le regard vide, Will devait probablement faire pitié à voir. Mais il s'en foutait.
- « Je peux sentir son excitation mais pas la tienne. Trop d'alcool ? »
Un rire s'échappa des lèvres du plus jeune.
- « Depuis quand ma vie sexuelle vous intéresse-t-elle ? »
- « Elle ne m'a jamais intéressée. Appelons juste ça de la curiosité professionnelle. Le corps est étroitement lié à l'esprit. Si une telle fonctionnalité venait à bloquer, cela viendrait très certainement de ton état de conscience, or j'ai besoin de savoir si celui-ci est totalement opérationnel pour ce que nous nous apprêtons à faire.»
Will leva les yeux au ciel.
- « Cherchez pas trop loin. J'étais probablement trop bourré pour réussir à bander, c'est tout… »
Hannibal grimaça discrètement – mais suffisamment pour que Will le remarque – à l'entente de ces mots. Cela le surprendrait toujours, la façon qu'avait le psychiatre de réagir à l'impolitesse alors qu'il tuait des gens à mains nues pour les manger par la suite.
- « Pourquoi l'avoir faite venir ici ? »
- « Je sais pas. »
- « Tu dois savoir. Elle est partie peu de temps avant mon arrivée et tu ignorais à quelle heure je rentrerais. Ce comportement est assimilable à de la provocation. »
- « Vraiment ? » Un silence s'en suivit. « Je me sentais seul, c'est tout… »
Sa voix se cassa tandis qu'il fixait les pieds d'Hannibal, étrangement incapable de l'affronter du regard.
- « Et donc ton sentiment de solitude t'as poussé à mettre en puéril notre nouvelle vie. »
- « Arrêtez. Ne parlez pas de ce foutu pétrin comme étant une nouvelle vie. Et encore moins comme étant notre nouvelle vie. »
Hannibal lui tendit une main pour l'aider à se relever, chose qu'il mit du temps à réaliser. Il la saisit finalement et tenta de se tenir un maximum droit tandis que toute la pièce tournoyait autour de lui. L'instant d'après, il sentit le picotement du pansement arraché au niveau de son épaule et une compresse froide à l'endroit où se trouvait sa plaie. Il était trop concentré à ne pas basculer pour réagir à la douleur.
- « Ta plaie s'est bien infectée, tu n'en as pas pris soin depuis que je suis parti ? »
- « J'ai oublié. »
Les yeux à moitié ouverts, il s'attarda sur l'endroit où Hannibal avait été blessé par balle. Des tâches de sang étaient présentes exactement à l'endroit de son opération. Il omit de lui faire la remarque, sachant qu'Hannibal pouvait très bien prendre soin de ses propres blessures.
- « Vous étiez où exactement ? » demanda-t-il plus pour briser le silence que par réel intérêt.
- « J'ai tout fait pour découvrir où nous rendre dans les prochains jours. Pour que l'on puisse pleinement profiter de notre liberté. »
- « Ce n'est pas déjà ce qu'on est sensé faire maintenant ? »
- « Disons que ce sera plus simple avec un peu d'aide financière. »
- « Hannibal Lecter et le luxe. Une grande histoire d'amour. »
Hannibal sourit légèrement malgré son ton ironique.
- « Ne confonds pas le luxe avec la qualité. »
- « Les deux sont étroitement liés, dans notre société. »
- « Je vais te donner quelques antibiotiques pour prévenir l'infection. Je n'aime vraiment pas l'aspect qu'a pris ta plaie », dit Hannibal tandis qu'il terminait son pansement.
Il s'éloigna pour le regarder, comme s'il admirait une œuvre d'art. Will hocha la tête, pensant que sa plaie était le cadet de ses soucis. L'autre homme était toujours face à lui et avait maintenant posé le bout de ses doigts près de ses lèvres, afin de lui faire tourner légèrement la tête. Will comprit après quelques secondes qu'il inspectait seulement son autre plaie au visage.
- « Celle-ci a déjà meilleure allure », commenta-t-il.
- « Ne la tuez pas. S'il vous plait. »
Hannibal ouvrit les yeux d'étonnement devant cette demande sortie de nulle part. Il sembla réfléchir quelques instants puis agita lentement la tête.
- « Tu sais que je ne peux pas. »
- « C'est ma faute ! C'est moi qui l'ai ramenée ici ! Elle ne suspecte rien du tout, c'est juste une serveuse !»
- « J'en suis conscient. Je t'avais toutefois dit de ne pas lui adresser la parole. »
- « Je vous interdis de lui faire du mal », finit par menacer Will, en manquant légèrement d'assurance.
Hannibal sembla prendre sa hausse de ton pour de la défiance, et son visage s'assombrit.
- « Sinon quoi Will ? Tu vas reprendre gentiment ton bateau et retourner manger dans la main de Jack Crawford ? Tu vas reprendre ta vie banale et ennuyeuse, à jouer le rôle de père pour un gosse qui ne te connaîtra jamais vraiment ? Tu comptes encore une fois tourner le dos à ta véritable nature, pour une femme qui réchauffera ton lit à défaut de celui d'un autre ? Peut-être devrais-tu prévenir Molly que tu retournes chez elle parce que j'ai refusé de laisser vivre celle qui l'a remplacée. »
- « Allez vous faire foutre. »
Hannibal avait raison, Will le savait. Il préférait pourtant le blâmer plutôt que de lui donner raison. Il avait beau regretter, ou en tout cas désirer regretter son ancienne vie, plus rien ne serait comme avant. Trois ans auparavant, il avait fait le mauvais choix. Il évitait au maximum d'y penser mais le sentiment d'avoir reçu une seconde chance lors de leur rencontre avec le Dragon Rouge ne le laissait pas indifférent. Trois ans auparavant, son hésitation lui avait coûté Abigail. Il avait appris de cette erreur et il était maintenant auprès de l'homme qui acceptait sa part d'ombre. Il ne pouvait pas faire demi-tour. Il ne voulait pas.
Le manque de réaction d'Hannibal face à sa réponse l'étonna. Le psychiatre retira finalement sa main de son menton pour la poser sur son épaule, fermement. Un contact faisant office de mise en confiance.
Will n'osa pas soutenir son regard, il se sentait bien trop faible. S'il devait écouter son inconscient et éliminer toutes les barrières mentales qu'il avait dressées, il serait probablement sur le sol en train de crier. De rage, de peur ou de désespoir. Peut-être un mélange des trois. Son mal-être ne cessait de creuser le fond de ses entrailles, demandant à s'exprimer, à être entendu. Il redoutait le moment où ses murs ne pourraient plus rien retenir. Comme s'il avait entendu ses pensées, Hannibal reprit la parole, d'un ton presque doux :
- « Tu n'as pas à cacher quoi que ce soit devant moi, Will. »
Ce fut la goutte qui fit déborder le vase. Sa gorge était maintenant bien trop serrée pour qu'il puisse répondre quelque chose. Il se concentra pour maintenir bonne figure devant l'objet de ses tourments, en vain. Les premières larmes lui échappèrent avec un certain soulagement, celui d'enfin laisser transparaitre ce qu'il accumulait depuis des jours. Il soupira pour camoufler un sanglot tandis que la paume d'Hannibal entourait sa nuque, comme pour l'encourager à se laisser aller. C'était trop.
- « Je suis fatigué de tout ça. Tellement fatigué », parvint-il à prononcer avant de fermer brutalement les yeux, laissant d'autres larmes se frayer un chemin jusqu'à sa mâchoire.
- « Je sais. »
- « Non vous ne savez pas, vous ne saurez jamais. »
- « Je peux essayer. »
Ses mots eurent le mérite de lui arracher un sourire. Il ne connaissait que trop bien Hannibal pour savoir qu'il ne se souciait que de lui-même. Et pourtant, il avait envie de croire, au moins cette fois, qu'il était capable d'exprimer un tant soit peu d'émotion envers quelqu'un d'autre. Envers lui, en l'occurrence.
Il sentit Hannibal s'approcher de lui, ce qui le déstabilisa définitivement. Il ignorait s'il devait s'éloigner, s'enfermer dans la salle de bain et attendre que la douleur passe, ou s'il devait rester et se laisser aller à son instinct. Avant même qu'il ait pu délibérer sur une quelconque décision, l'alcool emporta ses derniers remparts et un sanglot traversa sa gorge. Suivi d'un deuxième. Il arrêta de lutter, sentant finalement la main posée sur son épaule descendre le long de son dos pour l'attirer dans une chaleur rassurante. Il se retrouva le front posé contre le creux du cou d'Hannibal, deux bras le maintenant fermement debout.
Hannibal avait toujours été tactile mais c'était la première fois qu'un contact dépassait les quelques secondes. C'était tout ce dont Will avait besoin. Une épaule sur laquelle se reposer, pendant que sa vie foutait le camp sans qu'il puisse agir. Il ne voulait pas que l'autre homme assiste à cette perte de contrôle mais l'apaisement que lui procurait ses larmes était bien trop intense pour qu'il puisse les arrêter. Dieu seul sait qu'il aurait crié, s'ils avaient été tous les deux seuls dans l'hôtel. Il aurait crié pour libérer son ancienne vie, encore bien tapie dans son esprit.
- « Je ne peux pas te promettre que tout s'améliorera sous peu », murmura Hannibal en le berçant légèrement. « Mais je peux promettre de ne te faire regretter aucun de tes choix. »
- « Toujours aussi présomptueux… », trouva la force de répondre Will lorsqu'il retrouva un peu le contrôle de ses pleurs.
Ils restèrent de longues minutes comme ça. Will sanglotant dans les bras d'Hannibal.
Le plus jeune frissonna avant de se rendre compte qu'il était toujours en boxer. Le climatiseur semblait enfin fonctionner plus ou moins efficacement, rendant l'air plus frais de quelques degrés. Ou peut-être était-ce simplement le contraste avec la chaleur d'Hannibal qui lui donnait cette sensation. Maintenant qu'il n'avait plus d'effort à faire pour rester debout, la pièce semblait ne plus tournoyer, faisant temporairement diminuer sa nausée.
- « Nous devrions dormir », suggéra Hannibal en jetant un regard à l'heure avancée du réveil. « Tu dois être dans un état correct pour demain. »
Will acquiesça doucement, n'ayant pas réellement envie de quitter la chaleur dans laquelle il était enveloppé. Il pouvait sentir le pouls d'Hannibal contre son front, assez élevé. Il y a quelques jours, il avait été effrayé par sa proximité avec le psychiatre. Etrangement, les mains de celui-ci sur son dos dénudé n'étaient plus vraiment dérangeantes. Elles étaient rassurantes.
Will s'éloigna finalement, essuyant ses larmes avec le dos de sa main. Il n'osa pas croiser le regard de l'autre homme, se contentant de se glisser sous les draps comme si de rien n'était. Il était encore bien trop ivre pour coordonner correctement ses mouvements.
Il entendit Hannibal se déshabiller et enfiler son pyjama. L'instant d'après, le matelas s'affaissa, signe qu'il n'était plus tout seul dans le lit. Il laissa Hannibal éteindre la lumière et la climatisation fut bientôt la seule source de bruit dans la pièce.
- « Je suppose que je n'ai pas l'alcool joyeux, ces derniers temps… » justifia Will en se rendant peu à peu compte de ce qu'il venait de se passer.
- « Si ce sont des excuses… »
- « Pas vraiment des excuses, non. Plutôt une explication. Je ne suis pas plus brisé qu'avant. Disons juste que les morceaux réparés par Molly ne sont peut-être pas correctement assemblés. »
Sa gorge se resserra et il fut soulagé d'être dans le noir pour qu'Hannibal ne le revoie pas pleurer.
- « Je ne t'ai jamais vu comme quelqu'un de brisé, Will. Surtout pas maintenant. Je te vois en train de te battre contre la part de toi qui refuse qui tu es vraiment. Tu seras magnifique le jour où tu embrasseras ton vrai potentiel. »
- « Et si je voulais garder cette part de moi ? »
- « Pourquoi le voudrais-tu ? »
- « Parce que c'est elle qui m'a poussé à empêcher Dolharhyde de vous tuer, cette nuit-là. Ma part d'ombre… souhaitait vous voir mourir. »
Hannibal ne répondit pas. Il se retourna pour faire face à Will dans l'obscurité. Sa main gauche se fraya un chemin jusqu'à son visage, où il essuya le restant de ses larmes. Will déglutit mais se laissa faire, content d'avoir pu faire cette confession.
- « Alors il est préférable que nous lui fassions une place à table. »
Il fut persuadé d'apercevoir une once de tristesse sur le visage d'Hannibal. Instinctivement, il se reprocha de lui, désireux de ressentir le même contact d'il y a quelques minutes. Comme s'il avait lu en lui, Hannibal se rapprocha également, lui présentant une épaule amicale. Légèrement hésitant, Will déposa finalement la tête contre son torse et, ne voyant aucune résistance de la part de l'autre homme, encercla son abdomen avec son bras en prenant soin d'éviter sa blessure. Les vagues d'ocytocine générée par cette proximité le soulagèrent presqu'instantanément. Il pouvait encore entendre le rythme cardiaque du psychiatre s'accélérer sous lui mais il garda l'information pour lui-même. Après tout, il n'était pas certain que son propre cœur soit aussi calme que ça.
Finalement, pour la première fois depuis longtemps, Will parvint à trouver un sommeil paisible, guidé par la respiration lente et profonde d'Hannibal.
Ouf! J'ai cru que je ne terminerais jamais! N'hésitez pas à donner votre avis ou même à me contacter si vous voulez parler de la série, ca fait toujours plaisir :-) (et s'il y a des gens qui vont à la RDC5, faites moi signe ce sera ma première et je suis aussi stressée qu'impatiente ^^ )
