Rien ne m'appartient.
Ce n'était absolument pas prévu qu'il y ait une suite, mais on me l'a réclamée, alors je me suis exécutée. J'espère que ça vous plaira, bonne lecture ! :)
Dix jours avaient passé depuis, sa main allait beaucoup mieux, même si elle gardait une légère rondeur juste au-dessus du poignet. Elle n'avait presque plus mal lorsqu'elle appuyait dessus. Malgré tout, elle continuait de mettre un linge rouge autour ; souvenir de la caresse qu'elle avait reçu pour apaiser la douleur. Souvenir de la dernière soirée qu'elle avait passé avec lui. Ils ne s'étaient pas revus, pas une seule fois, pas même au détour d'un couloir. C'était comme s'il avait disparu et elle devait se contenter du fantôme de ses doigts contre sa chair et du feu de son regard sur elle. Ils auraient pourtant dû se voir, ce soir. Judy aurait dû être en train de préparer le repas, dresser la table, enfiler la soie écarlate de son sous-vêtement préféré... mais elle ne le faisait pas. Comme elle n'avait pas eu de nouvelle, elle en avait conclu que leur dîner était annulé. Et elle ne pouvait s'empêcher de se demander si c'était de sa faute, si elle avait réveillé quelque chose en lui, l'autre fois. Quelque chose qui l'obligerait dorénavant à la fuir. Supporterait-elle de sentir sa présence hanter chaque recoin de Briarcliff sans pour autant jamais le croiser ? Supporterait-elle une vie sans ses rendez-vous avec Timothy Howard ?
Le dos voûté, elle baissa la tête sur ses mains. Elle était assise à l'endroit même où elle l'était dix jours plus tôt. Elle pouvait encore le voir, juste en face d'elle, si près, caresser sa peau. Et la regarder. La regarder comme jamais personne ne la regardait. Un sourire fit trembler les coins de sa bouche ; les papillons dans son estomac étaient de retour. Il n'était peut-être plus là, mais l'amour de Jude, lui, l'était toujours, plus ancré que jamais à ses entrailles. Elle commençait juste à se dire qu'elle pourrait s'en contenter, qu'elle pourrait apprendre à se suffire de cela, lorsque l'objet de ses pensées entra dans la pièce faiblement éclairée - elle ne l'avait pas remarqué jusqu'à présent, mais l'ombre sur le visage de Timothy lui fit prendre conscience du jour qui s'était couché depuis longtemps maintenant. Elle se releva brusquement, sa main meurtrie dissimulée derrière son dos, l'autre appuyée sur la table pour la soutenir. Le plaisir de le voir, mêlée à la surprise, lui colora les pommettes d'un joli rose framboise.
—Bonsoir, Sœur Jude, la salua-t-il simplement, avec un sourire dans sa voix chaude.
—Bonsoir, Monseigneur. Vous ne m'aviez pas prévenue que vous vouliez dîner ce soir. Je n'ai rien préparé. Mais, si vous voulez bien patienter quelques minutes, je peux cuisiner quelque chose de rapide...
—Non, Jude, je ne suis pas là pour dîner, la coupa-t-il en s'avançant au milieu de la pièce.
Elle s'arrêta net alors qu'elle se dirigeait déjà vers les placards. Il s'approcha d'elle, à pas feutrés, et s'empara de son poignet, relevant sa main bandée près de son visage. Il lui suffirait de déplier et tendre ses doigts pour effleurer sa mâchoire, mais elle n'en fit rien.
—Comment va notre grande blessée ?
—Mieux. Merci, Monseigneur.
Il défit le bandage et laissa le morceau de tissu tomber sur le sol. Attentivement, il examina la chair rougie et la porta à ses lèvres. Exactement comme la dernière fois. Sauf que, ce soir, il l'embrassa. Si elle n'y avait pas prêté attention, elle aurait laissé échapper le gémissement qui remonta dans sa gorge. Mais elle s'intima au silence, de peur de rompre ce moment si privilégié. Si intime. Il déposa une myriade de baisers le long de son poignet, descendant jusqu'à son coude, relevant sa manche en même temps que sa bouche s'aventurait toujours plus loin. Jamais elle ne l'avait connu si entreprenant. Cette nouvelle facette de cet homme qu'elle avait cru connaître parfaitement n'était pas pour lui déplaire. Au contraire ; quelque part dans son ventre, son désir se mit à enfler, accélérant sa respiration.
—Pourquoi êtes-vous là, dans ce cas, Monseigneur ? demanda-t-elle d'une voix si basse qu'elle s'entendait à peine elle-même.
Il se recula, sans toutefois lâcher sa main - et son regard, qu'il dévorait littéralement du sien.
—À défaut de ne pas pouvoir connaître votre ancienne vie, j'aimerais connaître celle-ci. J'aimerais la connaître un peu mieux.
Il se pencha vers elle et embrassa sa joue. À quelques centimètres à peine de ses lèvres. Se pouvait-il que ses rêves les plus fous soient en train de se réaliser juste sous ses yeux ? Dans sa poitrine, le cœur de Judy s'enflamma.
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