Bonjour les amis.

Tout d'abord je vous souhaite une très bonne et heureuse année 2019 ! Qu'elle vos apporte tout ce que vous désirez et surtout le bonheur.

Ensuite, un grand merci de vous être lancés sur cette histoire avec moi. Merci merci pour les mises en follow et en favori ! :D

Et un plus grand merci encore à ceux qui m'ont laissé un petit message. Vous êtes adorables et vraiment j'apprécie ! Je suis un peu dans mes petits souliers avec cette fic alors ça me rassure de lire que vous avez déjà aimé ce premier chapitre. Mais bien sûr n'hésitez pas à me le dire aussi si ce n'est pas le cas, je prendrai toute remarque constructive en considération. Encore merci !

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Je n'ai pas pu répondre à deux personnes qui m'ont écrit en guest, alors je le fais ici.

- Mlusine: Merci de tes compliments qui me touchent énormément. Et bien c'était tout le défi de cette fic: parvenir à faire de Dean un oméga sans pour autant trahir ce personnage que j'adore. J'espère de tout cœur y être parvenue. N'hésite pas à me donner tes impressions sur ce sujet, c'est important pour moi. Et merci pour ta review.

- Carmin: Merci merci merci ! Je sais plus où me mettre ! J'essaie de relire autant que je peux mais si jamais malgré ça il reste des fautes, n'hésite pas à me les signaler et je corrigerai. Sinon, je suis très contente que ce premier chapitre t'ait plu. C'est vrai qu'il y a pas mal de questions en suspens, mais ne t'inquiète pas, la fic ne fait que commencer. ;)

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Voila les amis, la question m'a été posée et effectivement je ne l'avais pas précisé, comme vous le constatez, ce sera une parution hebdomadaire. A priori tous les mardis, sauf gros empêchement.

je vous laisse avec le deuxième chapitre, en espérant qu'il vous plaira aussi. Bonne lecture. XD

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Les warnings du jour sont: quelques souvenirs de l'agression de Dean.

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Chapitre 2:

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Comme il l'avait prévu, Castiel n'avait pas fermé l'œil de la nuit. Et cela n'avait rien à voir avec l'inconfort de son vieux fauteuil défoncé, mais plutôt avec les cauchemars que Dean avait fait à plusieurs reprises et qui l'avaient fait gémir dans son sommeil alors que ses phéromones d'oméga en détresse saturaient l'atmosphère de la chambre, rendant Castiel à moitié fou d'angoisse et d'impuissance.

Les premières fois, Castiel avait tenté de réconforter Dean, de l'apaiser, de lui dire que tout était fini, qu'il était en sécurité à présent, mais à chaque fois l'oméga s'était mis à crier dans son inconscience et à se débattre tellement violemment que la douleur de ses blessures l'avait fait émerger du sommeil, perdu et affolé.

Castiel avait fini par renoncer, il avait passé le reste de la nuit à regarder Dean lutter pour repousser un agresseur fantôme, alors que des émotions aussi violentes que contradictoires tempêtaient sous son crâne.

La douleur qu'il ressentait à le voir dans cet état, la rage et l'envie de vengeance qui le prenait à la gorge quand il repensait à l'odeur de cet alpha sur son corps, le besoin quasi irrépressible de veiller sur lui, de le protéger pour que plus jamais aucun mal ne lui soit fait, tout ceci l'avait amené à cette seule et unique conclusion logique: il aimait Dean.

Au fond de lui, il le savait depuis longtemps et pourtant ne l'avait pleinement réalisé que la veille.

Mais plus effrayant, il sentait que l'alpha en lui le considérait déjà comme son oméga, l'autre moitié de lui-même. Son compagnon.

Comment expliquer autrement le comportement possessif et animal qu'il avait eu la veille? Et le fait que malgré les circonstances, il ronronnait littéralement de contentement parce que Dean était actuellement endormi, chez lui, dans son propre lit.

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Et pourtant Castiel faisait tout pour contenir ses émotions. Dean avait été agressé. Il avait été battu, violé. Il n'avait certainement pas besoin de faire face en plus aux sentiments malvenus de son alpha de voisin. D'ailleurs Castiel était bien certain que si Dean prenait conscience de ce qu'il éprouvait pour lui, il perdrait le peu de confiance que l'oméga avait bien voulu lui accorder en le laissant le soigner cette nuit.

Non, Dean ne devrait rien savoir. Jamais.

Castiel devrait maitriser ses pensées, ses sentiments et jusqu'à son corps même, car l'odeur de ses phéromones pouvait le trahir. Mais il pouvait le faire, il était doué pour ça. Surtout si c'était le seul moyen de rester aussi proche de lui que possible. Pour le protéger.

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Castiel regarda un moment la forme étendue sous les couvertures. Dean dormait paisiblement, enfin. Depuis une heure maintenant, il n'avait plus fait de cauchemar.

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L'alpha se leva de son fauteuil et étira en grimaçant ses muscles courbaturés. Une douche lui ferait surement du bien. Et ensuite, il descendrait à la cuisine et préparerait un petit déjeuner digne de ce nom pour Dean qui allait avoir grand besoin de se nourrir correctement pour reprendre des forces et guérir ses blessures.

A son plus grand étonnement Castiel dut littéralement se faire violence pour sortir de la chambre. Son corps rechignait physiquement à s'éloigner de ce lit où gisait l'oméga blessé et endormi, si vulnérable. Il dut faire appel à toute la volonté de son cerveau cartésien pour franchir le pas de la porte alors que ses yeux s'attardaient encore sur Dean pour s'assurer qu'il était bien en sécurité.

Il laissa la porte de la salle de bain légèrement entrouverte, juste histoire d'entendre tout bruit suspect provenant de sa chambre ou du reste de la maison puis commença à retirer les vêtements dans lesquels il avait passé la nuit.

Des traces de sang qu'il n'avait même pas remarquées sur ses manches le firent grincer des dents.

Le sang de Dean.

Sa mâchoire se contracta au souvenir des blessures infligées au corps de l'oméga et à l'odeur de cet alpha sur lui. Castiel leva son bras à son visage et renifla le tissu. En se concentrant, il parvenait à le sentir encore. Il voulait mémoriser cette odeur, l'archiver à tout jamais dans son cerveau pour être certain de le reconnaitre si jamais il croisait ce monstre un jour.

Sans qu'il ne s'en aperçoive, l'alpha serra les poings et un grondement sourd s'échappa de sa gorge. Son sang se mit à battre furieusement dans ses oreilles, sa respiration s'accéléra. Lorsqu'il releva le visage et rencontra son reflet dans le miroir, la colère déformait tellement ses traits qu'il se reconnut à peine. Mais il ne tenta pas de refréner ses pulsions cette fois. Dean n'était pas dans la pièce et la colère qu'il ressentait était juste. Ce monstre méritait de mourir. Non, d'abord il méritait de souffrir autant qu'il avait fait souffrir Dean et ensuite seulement de rendre son dernier souffle pour aller pourrir en enfer pour l'éternité.

Ce n'était pas de la vengeance, c'était la justice.

Et si Dean le voulait, Castiel l'aiderait à le retrouver et à l'empêcher de nuire, définitivement.

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Castiel termina de se déshabiller et entra dans la douche. Il ouvrit le jet dont il régla la température et ne put retenir un gémissement de pur plaisir lorsque l'eau chaude commença à cascader sur ses muscles contractés. Après tant de tension, cela faisait un bien fou!

Castiel commença à se savonner, appréciant les sensations sur sa peau, l'odeur familière du gel douche qui venait enfin se substituer à celle du sang et de la souffrance qui ne voulaient pas quitter ses narines et sa mémoire.

L'alpha leva le visage vers le jet pour recevoir le flot en pleine face. Il passa ses mains sur son front, son visage, tentant de chasser les images et les sensations violentes qui l'assaillaient de nouveau. Depuis la veille, tout était si nouveau, si extrême. Jamais, même au cœur des batailles les plus sanglantes ou des situations les plus dangereuses, il n'avait senti un tel maelström de sentiments le submerger.

Toutes ses émotions, ses sensations étaient exacerbées, plus instinctives, plus animales. Même son corps était plus sensible, vivant... plus réactif.

Castiel baissa des yeux surpris sur son sexe à moitié dressé.

C'était une réaction purement physique liée à la présence dans sa chambre de l'oméga encore si récemment en chaleurs, il le savait très bien, mais malgré tout Castiel en ressentit une mortification phénoménale. Il n'était pas comme eux. Il refusait se laisser guider par ses hormones et de ressembler à tous ces alphas pour qui un oméga n'était rien de plus qu'une odeur alléchante ou un trou chaud et humide où fourrer leur queue qu'il soit consentant ou pas.

Comment son corps pouvait il réagir ainsi alors que Dean était dans un tel état ?

Castiel tourna le mitigeur jusqu'à ce que le jet devienne glacé. Son début d'érection s'éteignit complètement alors que les images du corps supplicié de l'oméga affluaient à présent à sa mémoire. Il termina de se savonner rapidement et se rinça tout aussi vite, puis d'un geste rageur attrapa une serviette... et soupira de consternation lorsqu'il réalisa qu'il n'avait pas pris de vêtements de rechange.

Génial!

Il sortit de la salle de bain, la serviette autour des hanches, et se dirigea vers sa chambre dont il ouvrit la porte avec mille précautions.

Dieu merci Dean dormait toujours. Qu'aurait il bien pu penser en voyant un alpha à moitié nu pénétrer dans sa chambre après ce qui venait de lui arriver ?

Castiel ferma les yeux de dépits devant sa propre stupidité. Il allait devoir faire mieux, beaucoup mieux, si il voulait que Dean continue de lui accorder sa confiance.

Tout aussi précautionneusement, il ouvrit les tiroirs et les placards contenant ses vêtements. Un dernier coup d'œil à l'oméga assoupi et il quitta la pièce, une main tenant fermement sa serviette en place, et ses vêtements de rechange dans l'autre.

Dans le couloir, Castiel s'habilla sitôt la porte passée, soulagé d'être enfin dans une tenue présentable pour le cas où Dean se réveillerait et aurait besoin de lui. Il repassa la tête dans l'embrasure de la porte. Pas un mouvement et pas un bruit. Parfait.

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Dans la cuisine, il lança immédiatement la cafetière puis s'assit à la table en attendant que le breuvage ne passe et qu'il puisse en prendre une tasse afin de lutter contre les effets du manque de sommeil qui lui brouillait les idées.

Malgré lui ses yeux ne cessaient de revenir vers l'escalier tandis que son instinct lui ordonnait de retourner dans sa chambre pour veiller sur son oméga endormi.

Pour veiller sur Dean.

Qui n'était pas du tout son oméga.

Castiel ferma les yeux et soupira de frustration face à son comportement et à l'évidence de sa propre défaite. Impossible de lutter contre la puissance de tels sentiments. Et pourtant il le fallait.

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Vingt minutes et deux tasses de café plus tard, Castiel se sentait un peu plus alerte et s'était lancé dans la réalisation de pancakes. Pour Dean. Il savait qu'il les aimait à l'odeur alléchante qui arrivait parfois jusqu'à sa maison quand l'oméga cuisinait les fenêtres ouvertes.

Il allait retourner la première fournée dans la poêle, lorsque son portable se mit à vibrer et Castiel grogna d'agacement en le sortant de sa poche. Il n'avait pas besoin de regarder l'écran pour savoir qui l'appelait et pourquoi. Il décrocha et porta rapidement l'appareil à son oreille, parlant avant même que son correspondant n'ait pu se présenter.

- Gabriel, je ne vais pas pouvoir venir aujourd'hui, j'ai un petit empêchement.

[... ]

- Non, tout va bien.

[...]

- Je te dis que tout va bien, je n'ai pas besoin que tu viennes. Mais je ne vais pas pouvoir travailler aujourd'hui, et peut être également demain, je ne sais pas encore. Demande à Uriel de me remplacer. Il m'en doit une.

[...]

Castiel leva les yeux au ciel.

- Je ne pense pas que ma présence soit réellement aussi indispensable pour prendre des photos d'un mec qui couche avec sa secrétaire.

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Castiel se pinça l'arête du nez et soupira de dépit alors que son correspondant argumentait toujours. Ce genre de boulot peu reluisant ne lui avait jamais plu, mais depuis qu'ils avaient quitté l'armée, il fallait bien payer les factures.

Gabriel avait le chic pour leur décrocher des jobs aussi douteux que lucratifs, mais heureusement ils ne donnaient pas que dans les constats d'adultère ou le gardiennage d'entrepôts. Parfois, il avait encore l'impression d'être utile, comme lorsque son équipe avaient été engagée pour protéger cette jeune actrice oméga menacée par un de ses fans fou furieux qui avait décidé que si elle ne lui appartenait pas à lui, elle n'appartiendrait à personne d'autre. Ils l'avaient arrêté juste à temps alors que ce l'alpha allait la tuer lors d'une rencontre où elle devait signer des autographes. Mais heureusement, Lucifer avait repéré son arme et Castiel avait réussi à pousser la jeune femme hors de la trajectoire de la balle. Il en avait récolté une nouvelle cicatrice sur le biceps, mais une de plus ou de moins... . Il s'en était fallu vraiment de peu que cette petite y laisse la vie. Certains jours, la chance était avec vous, sous la forme d'un garde du corps chanceux ou de l'un de vos frères d'arme qui vous sauvait la peau. D'autres fois...

- Quoi ? Qu'est-ce que tu as dit ?

Castiel avait perdu le fil de la conversation ou plutôt du discours sensé le culpabiliser dont Gabriel l'abreuvait depuis cinq bonnes minutes. Un bruit de pas trainants le fit se retourner et l'alpha se figea, en avisant Dean dans l'encadrement de la porte de la cuisine.

- Gabe, il faut que je te laisse. On se rappelle plus tard.

Castiel raccrocha sans prêter attention aux protestations de son interlocuteur.

Il se retourna complètement vers Dean qui avait visiblement du mal à tenir sur ses jambes et s'appuyait sur le chambranle de la porte.

- Vous ne devriez pas être debout.

L'oméga était pieds nus. Il avait réussi à remettre seul son jean sale et tenait son bras gauche en écharpe avec sa main droite. Le bandage qui lui enserrait toute la poitrine commençait déjà à s'imbiber de sang par endroits.

- Vous allez rouvrir vos blessures. Vous devez rester alité.

Dean jeta un coup d'œil étonné à son propre torse recouvert de pansements puis fixa avec crainte la main de Castiel, levée vers lui en offre d'assistance. Lorsqu'il leva les yeux vers Castiel, son regard semblait tellement perdu que la gorge de l'alpha se serra pour l'homme qui lui faisait face. Dean était si fier d'habitude, si sûr de lui. En tout cas rien à voir avec l'ombre de lui même qui se tenait devant lui en ce moment.

- Je retrouve pas mes clefs.

Sa voix était hésitante tandis que Dean fouillait dans la poche de son jean et contempla un long moment sa main qui en ressortit vide.

- Je... il faut que je rentre chez moi. Je dois rentrer chez moi...

Dans une impulsion Castiel s'approcha d'un pas et Dean trébucha en voulant reculer d'autant. En une seconde Castiel fut à ses côtés, le saisissant par son avant bras valide avant qu'il ne bascule. Il plaqua l'oméga contre son torse mais Dean se crispa de tout son corps et Castiel allégea sa prise avant de parler d'une voix douce.

- Tout va bien. Vos clefs sont juste ici. Regardez.

Il désigna le guéridon de son entrée sur lequel reposait effectivement un trousseau. Le regard de Dean passa de l'alpha à ses clefs plusieurs fois sans paraitre comprendre ce qui arrivait et Castiel se demanda si en plus de tout ce qu'il avait subi, il n'avait pas été drogué. Peut être pour le rendre plus docile.

Ou alors c'était simplement le contre coup de ce qui lui était arrivé.

Ses phéromones jaillirent de tous les pores de sa peau, protectrices, inquiètes, répondant à celles désorientées de l'oméga et Dean le dévisagea, surpris. La peur de l'oméga se mua en interrogation, puis en autre chose que Castiel ne parvint pas à analyser, mais qui lui donna l'envie irrépressible de le serrer davantage, pourtant il se retint.

- Vous pourrez rentrer chez vous dès que vous serez en état. Je vous le promets. Mais pour le moment vous devriez retourner vous coucher. Vous êtes épuisé, vous n'auriez jamais dû vous lever.

Quand le regard vert se ficha dans le bleu, s'étrécit et que les sourcils méfiants se froncèrent, Castiel ne put retenir le léger sourire qui étira ses lèvres. Ca, ça ressemblait déjà plus au Dean qu'il connaissait.

- Vous êtes en sécurité ici, je vous le jure. Je ne suis pas comme eux. Je vous en prie, remontez vous coucher.

L'oméga hésita encore un instant alors que ses idées semblaient enfin un peu s'éclaircir, puis capitula finalement.

Soutenu par Castiel, il fit lentement machine arrière pour retourner vers l'escalier menant à l'étage. L'alpha dut pratiquement le porter lorsque ses jambes se mirent à trembler du simple effort de monter les quelques marches. Arrivé dans la chambre, Castiel le borda dans son lit presque comme un enfant, l'aidant à se réinstaller confortablement sur l'oreiller. L'oméga était si faible physiquement et pourtant son regard maintenant fixé dans le sien était incroyablement intense.

- Je vais aller vous chercher de quoi manger. Vous ne bougez pas d'ici, d'accord ?

Sans attendre de réponse, il sortit de la chambre et descendit rapidement à la cuisine. Sur un plateau il rassembla en vrac tout ce qu'il avait à disposition, le café, du pain, du beurre et de la confiture, des fruits. Il termina rapidement de faire cuire les pancakes puis remonta hâtivement. Mais lorsqu'il entra, il constata comme il le craignait que Dean s'était déjà rendormi, épuisé par l'effort de sa pseudo tentative de fuite.

Debout dans l'encadrement de la porte, Castiel resta plusieurs minutes à regarder Dean dormir, son plateau garni dans les mains et des émotions contradictoires de nouveau tourbillonnant dans sa tête. Dean l'avait regardé bien en face, dans les yeux. Il l'avait regardé et il lui avait décidé de lui accorder sa confiance.

Castiel sourit.

Oh, bien sûr, il n'était pas naïf, il savait bien que c'était parce que Dean était encore confus et probablement aussi parce qu'il ne s'était pas senti la force de partir.

Mais c'était un début.

Un pas à la fois.

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Dean se réveilla, le corps en feu et l'esprit en panique.

Mais cela lui était arrivé si souvent que dans un réflexe maintenant familier de préservation, il se retint d'ouvrir les yeux ou de faire le moindre mouvement. Peut-être était il encore là.

L'oméga se concentra sur ses autres perceptions. Il sentit des draps moites sous son corps et une couette chaude qui le recouvrait. Si le premier point était habituel, le second, lui, était beaucoup plus surprenant. Jamais il n'avait pris la peine de le recouvrir quand il en avait fini avec lui. En général, il le laissait nu et ensanglanté, souvent encore partiellement attaché là où il avait jugé bon de le torturer.

Dean tenta de bouger imperceptiblement ses bras et constata avec un soulagement immense qu'il n'était plus enchainé. Son épaule gauche était encore douloureuse, mais moins que dans ses souvenirs, lorsque l'articulation avait lâché sous le poids de son propre corps suspendu. Ce salopard adorait tendre les cordes suffisamment pour que ses pieds ne touchent plus le sol que par la pointe de ses orteils et Dean entendait encore son rire sadique lorsqu'il le voyait se tortiller pour soulager un tant soit peu la douleur de ses poignets meurtris par les liens.

Ce rire, Dean l'entendait toutes les nuits dans ses cauchemars.

Tout comme il sentait ses mains sur son corps et la douleur de son rasoir sur sa peau.

Dean retint à grand peine le gémissement qui lui serra la gorge. Il tentait toujours de se retenir de crier lorsqu'il le torturait. L'étendre hurler lui faisait tellement plaisir. Mais il était un expert dans son domaine et Dean savait que c'était une bataille perdue d'avance, la brulure dans sa gorge, bien qu'elle soit la moindre de la liste, était bien là pour le lui rappeler.

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Dean tendit l'oreille mais il n'y avait pas le moindre bruit dans la pièce inconnue dans laquelle il se trouvait. Ce n'était pas la salle de jeu habituelle, ça il en était certain. Mais il lui avait déjà fait le coup. Juste pour le désorienter. Et en plus Dean ne pouvait pas se fier à son odorat qui restait souvent perturbé pendant quelques jours après l'une de ses séances, surtout quand elles avaient lieu pendant ses chaleurs.

Ses chaleurs !

Les souvenirs embrumés des quelques jours passés affluèrent à sa mémoire et la honte que Dean ressentit le submergea. Il aurait pourtant dû y être habitué depuis le temps. Il le faisait toujours venir à lui pendant ses chaleurs. Dean savait que l'alpha aimait plus que tout le voir lutter pour résister à sa nature puis finalement céder quand son corps enfiévré suppliait de se faire pénétrer, alors que son esprit, lui, hurlait pour que ça s'arrête.

Dean déglutit la boule amère qui lui obstruait la gorge.

Non, il ne voulait pas lui faire ce plaisir supplémentaire, il lui avait déjà donné sa vie, son corps, il ne lui ferait pas en plus le cadeau de sa honte. Jamais il ne parviendrait à le briser.

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Malgré ses paupières closes, Dean perçut la lueur d'une lampe que l'on venait d'allumer. Il avait été tellement perdu dans ses souvenirs et ses pensées qu'il n'avait pas entendu l'alpha approcher, et il se tendit instantanément, attendant le coup ou l'entaille sur sa peau qui allait inévitablement survenir.

- Dean, vous êtes réveillé ?

L'oméga tiqua. Cette voix n'était pas celle à laquelle il s'attendait. Il en soupira de soulagement avant de se crisper de nouveau la seconde suivante. Est ce que c'était un piège ? Est ce qu'il avait fait venir un autre alpha ? Il ne l'avait jamais auparavant, il tenait bien trop à la possession exclusive de son jouet. Mais Dean ne pouvait pas en être sûr.

L'alpha se tenait juste à côté de lui, Dean le sentait à présent, tout proche, et l'angoisse monta encore d'un cran.

- Dean, ouvrez les yeux.

Le ton était doux, rassurant, définitivement pas le sien.

Dean fronça les sourcils, l'odeur était plus forte maintenant qu'elle était plus proche, il la connaissait.

Castiel ?

Il tenta d'ouvrir les paupières, mais elles étaient douloureuses et tellement gonflées. Dean se crispa alors que les souvenirs des coups endurés affluaient à sa mémoire. Il lui avait fait payer cher d'avoir tenté de se soustraire à sa convocation, cette fois ci.

Mais lorsqu'il parvint enfin à les entrouvrit, Dean constata que c'était bien son voisin qui se tenait à côté de lui et qui le regardait avec des yeux inquiets.

Un frisson glacé dévala son dos.

Est ce que Castiel travaillait pour lui ?

C'est ce qu'il avait cru au début lorsque l'alpha avait emménagé dans la maison d'à côté. Qu'il agissait sur son ordre, pour le surveiller. Mais au bout de quelques mois, en observant Castiel aller et venir, il avait plus ou moins abandonné l'idée. Et puis il n'arrivait pas à croire qu'un alpha avec une odeur aussi divine puisse également être un monstre. Les mots et même les comportements pouvaient mentir, mais les odeurs, elles, étaient plus difficiles à manipuler.

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Dean focalisa son attention sur l'alpha qui le dévisageait toujours avec inquiétude et les souvenirs de la veille lui revinrent en mémoire les uns après les autres. Il l'avait laissé partir quand il en avait eu enfin terminé. Dean était rentré chez lui comme il avait pu mais n'avait pas réussi à sortir de sa voiture. Castiel l'avait trouvé et lorsque la douleur et l'épuisement lui avaient fait perdre connaissance, il l'avait ramené chez lui pour le soigner.

Quel alpha aurait fait ça ?

Dean se souvenait vaguement de lui avoir parlé à un moment dans une cuisine et écarquilla les yeux quand il se rappela s'être laissé remettre au lit. Comme un gamin. Mais tous ses souvenirs étaient encore tellement confus.

- Cass... Castiel ?

- Oui, Dean, c'est moi. Vous êtes chez moi, vous vous souvenez ? Vous êtes en sécurité ici.

- On est quel jour ?

- Vous avez dormi toute la journée. Nous sommes mercredi soir. Je vous ai trouvé hier soir dans votre voiture.

Dean souleva la couette et grimaça lorsqu'il regarda son corps.

- Vous avez de nombreuses blessures. Mais vous ne vouliez pas aller à l'hôpital. Je vous ai soigné.

Dean reposa la couette et releva un regard fuyant sur Castiel.

- Non, je n'ai pas...

- Merci, le coupa l'oméga d'une petite voix éraillée.

Castiel se racla la gorge, mal à l'aise, et désigna un plateau sur la table de nuit.

- Vous devriez manger un peu. Vous devez être affamé.

Effectivement Dean mourrait de faim mais plus encore de soif. Il tenta de se redresser dans le lit et grimaça en tenant ses côtes fracturées. Castiel s'avança immédiatement mais stoppa son geste quand Dean releva vers lui un regard paniqué.

- Je veux juste aider.

- Vous êtes médecin ou infirmier. Un truc comme ça ?

Castiel sourit en terminant de caler un oreiller dans le dos de l'oméga méfiant qui épiait chacun de ses gestes, et posa le plateau sur ses genoux.

- Non, rien à voir. J'ai effectivement quelques notions médicales. Mais elles sont assez succinctes. J'étais soldat avant.

Le sourire de Castiel se fana quelque peu.

- On va juste dire que j'ai eu beaucoup d'occasions de nettoyer des plaies ou de remettre en place des articulations disloquées.

Dean ne répondit rien, alors que le visage de Castiel se fermait de plus en plus, mais l'alpha leva la main vers la nourriture et reprit la parole.

- Je vous en prie, vous devez reprendre des forces.

Dean attrapa en premier le verre de jus d'orange qu'il vida d'un seul trait. Dans sa précipitation il avala de travers et dut se tenir les cotes à deux bras pour contenir la douleur déchirante que la toux réveillait.

Sous le regard étonné de Dean, Castiel se leva précipitamment du bord du lit sur lequel il s'était assis.

- Prenez votre temps. Je dois... Je suis juste à côté.

Puis il quitta la chambre rapidement et referma la porte derrière lui.

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wwwwwwwwwwwwwwwwwww

Dieu du ciel, cet oméga allait finir par le tuer !

Adossé à la porte, Castiel tentait de reprendre son souffle. Il avait beau se masser la poitrine de la main la douleur qu'il ressentait refusait de disparaitre. C'était complètement insensé. Lui n'avait pas de côtes fracturées, il n'avait pas de blessures, ni de contusions. Alors pourquoi avait il l'impression de ressentir dans sa chair toutes les douleurs que Dean endurait. Et pas seulement la douleur physique d'ailleurs. Castiel avait ressenti au plus profond de ses tripes sa détresse et sa honte alors que l'oméga se réveillait et là il ressentait sa confusion, sa peur.

Et plus il restait à ses côtés, plus le phénomène empirait.

C'était d'autant plus incompréhensible que comme il venait de le lui apprendre, Castiel était un soldat. Il avait vu des corps déchiquetés sur le champ de bataille. Il avait vu mourir sous ses yeux des hommes qu'il considérait comme des amis, des frères, lui-même avait été blessé et avait failli perdre la vie bon nombre de fois. Souvent il avait souffert dans son âme et dans sa chair avec et pour les hommes qui avaient combattu à ses côtés. Mais jamais il n'avait ressenti un tel déchirement.

Était il possible que tout ce qu'il ressentait ne soit qu'une simple histoire de biologie ? Des phéromones trop bien assorties entre un alpha et un oméga, juste un tour de passe-passe de la nature afin que deux êtres particulièrement compatibles s'unissent pour perpétuer l'espèce ? Cela aurait été presque rassurant de le penser et pourtant tout son être se révulsait à cette idée. Malgré certains aspects de son comportement récent, il n'était pas un animal. Un alpha oui, mais avant tout un être humain capable de réflexion et ayant le contrôle de ses émotions à défaut de ses sentiments.

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Un bruit de vaisselle dans la chambre attira son attention et Castiel décolla son dos de la porte. La main sur la poignée, il prit une profonde inspiration, se maudissant intérieurement de sa propre faiblesse et poussa la porte presque avec appréhension.

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Dean venait de reposer le plateau sur la table de chevet. Il avait mangé et bu tout ce qui s'y trouvait et Castiel ne put retenir l'intense sentiment de satisfaction qui coula en lui à la pensée qu'il avait nourri son oméga.

Dean.

Qu'il avait nourri Dean.

Son voisin blessé.

A qui il venait en aide.

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Dean le regarda entrer avec un air suspicieux.

- Tout va bien ?

Castiel lui sourit.

- Ce serait plutôt à moi de vous poser la question. Comment vous sentez vous ?

Dean haussa les épaules et regretta son geste dans l'instant alors que la douleur se réveillait dans son articulation nouvellement remise en place.

- J'ai déjà vu pire.

- Vraiment ? A moins que vous ne soyez déjà passé sous un train, je ne vois pas comment cela pourrait être le cas.

L'oméga eut un petit rire amer, puis releva le visage vers Castiel, hésitant.

- Si, croyez moi. J'aimerais... enfin, je... je voudrais prendre une douche.

Castiel secoua la tête.

- Il vaudrait mieux éviter de mouiller vos plaies et puis...

C'était au tour de Castiel d'hésiter. Il ne savait pas comment formuler la fin de sa phrase de la façon la plus diplomatique possible, mais c'était important.

- Et puis, il vaudrait mieux ne pas vous laver complètement, si vous voulez porter plainte. Vous savez, pour les preuves.

Dean le dévisagea comme s'il venait de proférer la pire des absurdités et Castiel savait bien pourquoi l'oméga réagissait ainsi.

- Dean, je peux venir avec vous si vous voulez. Je suis sûr qu'ils vous croiront. Personne ne pensera que vous l'avez cherché. Je peux témoigner de votre état et de ce qui vous est arrivé.

- Il ne m'est rien arrivé.

Les quelques mots que l'oméga venaient de prononcer claquèrent dans l'espace de la chambre comme un coup de fusil.

Le silence se prolongea. Froide détermination pour l'un, stupéfaction pour l'autre.

- Dean, je comprends que vous ayez peur.

- Je n'ai pas peur.

Et pourtant ses phéromones hurlaient le contraire de ce que ses lèvres énonçaient. Douleur, peur, mais aussi frustration et colère.

- Mais vous avez été agressé.

Dean secoua la tête et le coupa d'un ton sans appel.

- Écoutez Castiel, on va mettre les choses au clair, d'accord. Je vous suis reconnaissant, vraiment, pour tout ce que vous avez fait. Vous m'avez amené chez vous, vous m'avez soigné. Peu d'alphas en auraient fait autant pour un oméga. Surtout sans rien demander en retour.

Dean marqua une seconde d'arrêt, comme pour laisser à Castiel le temps de le démentir et de réclamer la rétribution que la plupart des alphas auraient exigé pour leur aide. Mais rien ne vint alors il poursuivit.

- Mais vous ne savez rien de ce qui s'est passé.

- J'ai vu vos blessures. Vous avez été torturé, violé.

- Je n'ai pas été violé.

Dean détourna le regard et lorsqu'il releva les yeux vers Castiel son visage ne reflétait plus qu'impassibilité et froideur.

- J'étais d'accord. Pour tout ce qui s'est passé.

Castiel écarquilla les yeux, choqué.

- D'accord ? Mais qui pourrait être d'accord pour subir ça ?

Sous le regard médusé de l'alpha, les phéromones de l'oméga, mélange de dégoût et de fureur explosèrent subitement dans la pièce. Dean serra les poings et se redressa sur le lit malgré la souffrance qui lui fit serrer les mâchoires.

- Tu ne sais rien de moi, ok, alors je t'interdis de me juger !

Il se plia en deux et tint ses côtes à deux mains alors que son éclat ravivait la douleur de ses fractures.

- Tout ce que je veux, c'est me laver. Je dois sortir de moi ce qu'il a ...

Dean se leva précipitamment. Il faillit trébucher dès qu'il fut sur ses jambes et se retint d'une main contre le mur pour éviter de s'effondrer. Avec un grognement de douleur, il tendit immédiatement l'autre bras devant lui, arrêtant le geste de Castiel qui s'était précipité pour le rattraper. Son regard noir figea l'alpha sur place plus sûrement que n'importe quelle parole.

- Faut que je sorte d'ici ! Je... peux pas...
Ne portant que le caleçon que Castiel ne lui avait pas retiré et les bandages qui enserraient sa poitrine, Dean contourna l'alpha et se précipita vers la porte de la chambre.

Abasourdi, Castiel l'entendit dévaler les escaliers, s'attendant à chaque seconde à entendre le bruit de la chute inévitable de l'oméga dans les marches. Mais le seul son qui lui parvint fut le cliquetis métallique de ses clefs quand Dean attrapa son trousseau au passage. La porte d'entrée claqua contre le mur et ce fut ce son finalement qui le sortit de sa stupeur.

L'alpha se précipita, dévala les marches quatre à quatre et se lança à sa poursuite, mais il était trop tard.

La porte de la maison de Dean claqua juste devant lui et se verrouilla alors qu'il l'atteignait à son tour.

- Dean attendez !

Castiel ne comprenait pas ce qui venait de se produire. Il se plia en deux sans savoir si la douleur qu'il ressentait dans la poitrine était celle de Dean ou la sienne propre, mais il était certain qu'il n'aurait pas plus souffert si il avait fait une crise cardiaque.

Il se laissa glisser au sol et s'assit sur les marches du perron de la maison de son voisin.

- Dean...