Bonjour tout le monde. Vous allez bien ?
Me revoilà avec le troisième chapitre. Bon, j'espère que vous avez le moral. Peut être que vous allez en avoir besoin, vu que, comme vous l'avez déjà remarqué, c'est quand même pas mal le bazar dans la vie et dans la tête de Dean.
Encore merci de vous être embarqués dans cette histoire avec moi. J'espère que ce chapitre vous plaira.
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Comme l'autre fois, je me permets de répondre à une personne qui m'a écrit en Guest:
Hello Claire, my first review in English! Thank you very much, I am very happy that you like it. I'm so sorry I can't translate this story for you. But believe me, it's better not, it would be awful considering my level in English. Thanks again for your review.
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Les warnings du jour sont: souvenirs de l'agression de Dean et pensées sombres.
Bonne lecture. ;)
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Chapitre 3:
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- Dean...
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Adossé à la porte d'entrée de sa propre maison, Dean tentait de reprendre son souffle.
Il avait entendu la supplique de Castiel et savait que l'alpha était là, juste derrière sa porte, inquiet pour lui.
Et c'était bien ça le problème. Il ne pouvait pas laisser Castiel entrer dans sa vie, il n'avait pas le droit de lui faire ça.
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Et il ne voulait pas non plus que son voisin sache un jour la vérité. Comment pourrait il encore soutenir son regard ?
Déjà là, pendant une seconde, lorsqu'il lui avait avoué avoir été consentant pour ce qui lui était arrivé, Castiel l'avait regardé comme la pute qu'il était et Dean n'avait pas pu le supporter.
Du moins c'est ce qu'il avait cru percevoir dans les yeux bleus. Peut être seulement le reflet de sa propre culpabilité.
Dean ferma les yeux et soupira de dépit. Il lui en avait déjà beaucoup trop dit, il ne savait vraiment pas ce qui lui avait pris. Encore quelques minutes et il lui aurait tout déballé, et probablement qu'il n'y aurait pas survécu. Le mépris dans les yeux de Castiel l'aurait tué plus surement qu'une balle en plein cœur.
Alors il s'était enfui.
Sous le coup de l'adrénaline qui avait envahi son corps, malgré sa faiblesse il avait réussi à dévaler les escaliers et pratiquement courir jusqu'à sa maison. Et ce n'est que lorsqu'il avait refermé le verrou de sa porte derrière lui qu'il avait senti la douleur de ses blessures se réveiller. Et aussi qu'il s'était rendu compte de sa quasi nudité. Il n'avait même pas senti les cailloux du chemin sous ses pieds.
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Dean souffla lentement, tentant de contenir la douleur qui le submergeait à présent. Mais, ça, il avait l'habitude, il savait comment le gérer. Et il savait aussi qu'il allait trouver à l'étage tout ce dont il avait besoin pour se soigner.
"Il" y veillait toujours.
Et si il y avait bien une chose que Dean n'avait jamais pu comprendre dans sa chienne de vie, c'était bien pourquoi son bourreau prenait la peine de lui envoyer tout le nécessaire, pansements et antibiotiques compris, après chacune de ses séances.
Probablement pour prolonger le jeu en fait.
Parce que sans cela il serait mort depuis longtemps. Il eut un petit rire amer.
Dommage ...
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Dean releva le visage et parcouru des yeux le couloir et l'escalier menant à se chambre. Il détestait ça, imaginer l'alpha dans sa maison n'était rien de moins qu'une nouvelle forme de torture. Il était déjà entré dans sa vie, dans son corps, cela aurait dû être suffisant. Ici, c'était son lieu à lui, son sanctuaire, celui où il avait besoin de se sentir en sécurité.
Il se rassurait en se disant qu'il n'avait jamais senti son odeur chez lui. Alors probablement qu'il envoyait un de ses sous-fifres pour déposer ses cadeaux. Et c'était tant mieux. Il ne voulait pas de lui ici. Jamais.
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Comme un vieillard épuisé, Dean se releva et, à contre cœur, parcourut physiquement le chemin que ses yeux avaient virtuellement emprunté quelques secondes auparavant.
Lentement, une marche après l'autre il avança, s'agrippant à la rampe d'un escalier beaucoup trop ressemblant à celui qu'il venait de dévaler chez Castiel.
Non, ne pas penser à son voisin. Inutile de rajouter une couche supplémentaire de douleur à celle qu'il ressentait déjà.
Il fixa les marches et les compta dans sa tête pour focaliser ses pensées. Une marche. Deux marches. Et merde, peine perdue! Trop semblables. Trop similaire. Il pensa aux deux frères qui avaient fait construire les deux demeures en parallèle et les avaient habitées, côte à côte jusqu'à leur mort. Chacun chez soi mais proches. Comme il aurait pu l'être de Sammy, si la vie avait été moins garce avec eux.
Malgré la douleur, Dean sourit en se raccrochant à l'image de à son frère, son pilier, celui qui lui donnait la force de continuer malgré tout, y compris en cet instant.
Sam avait été plus fort que les épreuves que le destin ou il ne savait quelle divinité sadique et capricieuse avait bien pu mettre devant eux.
Oui, c'est vrai il avait trébuché, mais ce n'était pas de sa faute. Il n'était pas responsable de ce qui était arrivé. Pas vraiment. En tout cas, il n'avait pas à payer toute sa vie pour ça, alors Dean l'avait aidé à se relever. Il n'en tirait aucun orgueil pourtant, il n'avait fait que son boulot. Veiller sur Sammy, l'aider à grandir, à se construire, le garder en sécurité avait toujours défini qui il était. Sa seule véritable utilité en ce monde.
Parce que Sam était celui qui allait faire de grandes choses dans la vie. Il en avait le potentiel et par chance, il était un bêta. Il ne se retrouvait donc pas soumis aux dictats des hormones qui régentaient la vie des alphas et des omégas. La sienne.
Il venait de finir ses études, allait devenir un grand avocat, peut-être même juge un jour qui savait. Il épouserait probablement sa Jessica. Il aurait une belle vie, une famille, peut être même des gosses. Tout ce qu'il méritait.
Et il méritait tout.
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Arrivé en haut de l'escalier Dean s'appuya contre le mur et reprit son souffle, les bras crispés sur ses côtes fracturées. Il attendit un moment que ses poumons en feu acceptent de fonctionner de nouveau, puis se dirigea vers sa chambre. C'est là qu'il trouverait ce qu'il lui avait envoyé, il le savait. Comme à chaque fois.
Dean serra les poings, tendu comme à chacune des intrusions, même par personne interposée, de l'alpha dans sa véritable vie. Mais lorsqu'il poussa la porte, il écarquilla les yeux de surprise puis d'horreur, parce que non, il s'était trompé, vraiment rien n'était comme d'habitude. La pièce était sens dessus dessous, dévastée.
Dean la parcourut du regard, la colère se mêlant rapidement à la stupeur. Les meubles avaient été renversés, les placards ouverts, et ses vêtements déchirés et répandus sur le sol. Pareil pour le contenu des tiroirs arrachés de sa commode. Son matelas avait été retourné, jeté par terre et de profondes lacérations en laissaient voir la garniture.
Le message était on ne peut plus clair: il était en colère, et la prochaine fois ce sont ses entrailles à lui qui pourraient très bien voir le jour.
Et pourtant malgré le carnage environnant, Dean repéra facilement le nécessaire qu'il lui avait malgré tout envoyé. Toujours le même sac médical orange contenant des médicaments et tout ce dont il aurait besoin pour panser ses blessures. Ce qui était inhabituel cependant, c'était le petit mot soigneusement plié et posé au dessus, bien évidence dans une enveloppe blanche qui portait son nom.
Dean s'approcha et la saisit d'une main qu'il détesta voir trembler.
C'était son écriture. Il l'aurait reconnue entre mille, même si il n'avait eu l'occasion de la voir qu'une seule fois, lorsqu'ils avaient signé leur contrat.
La missive ne comportait que quelques mots, mais ils se gravèrent sur ses rétines comme un fer rouge sur sa peau.
"Si tu le laisses encore une fois poser ses mains sur toi, je le tue.
A."
Dean relut la phrase une seconde fois, puis une troisième, évitant de poser les yeux sur l'initiale car la simple évocation de son nom faisait monter en lui une irrépressible nausée.
Il serra les poings, froissant la feuille qu'il tenait toujours entre les doigts. Sa propre stupidité lui arracha un rire amer, il ne s'était pas attendu à cela et pourtant il aurait dû.
Dean savait bien qu'il le faisait surveiller et évidemment que ce salopard psychopathe n'allait pas tolérer qu'un autre alpha soigne son jouet. Lui seul avait le droit de l'abimer. Et lui seul avait le droit de le réparer.
Il laissa tomber la boule de papier au sol et la regarda rouler au milieu des décombres de ses meubles et de sa vie. Un instant il songea à partir. A faire ses valises, à quitter sa maison et disparaitre, juste pour protéger Castiel qui ne méritait pas de se retrouver entrainé dans toute cette merde juste parce qu'il avait eu le malheur de lui venir en aide.
Mais il savait qu'il ne le laisserait jamais faire. Où qu'il aille, il le retrouverait. Il lui appartenait. Il avait signé un contrat.
En plus, si il s'enfuyait, c'est Sam qui en paierait les conséquences. Et ça, c'était la seule chose que Dean ne pourrait supporter. Il payait le prix fort depuis des années pour que cela n'arrive pas, alors il allait juste continuer.
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Dean avisa la tenue que l'alpha avait fait déposer sur son matelas éventré. Un pantalon à la coupe impeccable, un T-shirt gris col en V et une chemise en soie noire.
Ce connard faisait saccager toutes ses affaires mais lui faisait des cadeaux. Dire qu'il était difficile à comprendre aurait pu être l'euphémisme du siècle si cela n'avait pas été aussi faux. Parce que, tout comme pour les fournitures médicales, Dean savait exactement pourquoi ce salopard lui offrait des vêtements hors de prix.
Impossible de croire que ce soit une preuve tordue et malsaine d'affection, ce monstre ne devait même pas savoir que le mot existait. Non, il tentait simplement de s'immiscer dans sa vie, de la régenter au delà de ce que leur contrat stipulait. Il voulait étendre son emprise sur lui pour que Dean lui appartienne corps et âme à chaque minute, même lorsqu'ils n'étaient pas ensemble. C'était déjà presque le cas d'ailleurs, quand on y réfléchissait. Alors l'oméga s'accrochait comme un damné à la petite part de liberté qui lui restait encore.
Piètre résistance, mais ces vêtements neufs et probablement hors de prix atterriraient dans la poubelle, comme tous ceux qu'il lui avait fait envoyer auparavant. En fait Dean n'acceptait jamais de lui que ce qui lui était indispensable pour se soigner après leurs séances. Déjà parce qu'il ne pouvait faire autrement et aussi parce qu'il estimait normal qu'il répare d'une certaine façon ce qu'il lui faisait subir.
Dean ramassa au sol un vieux t-shirt miraculeusement rescapé du saccage et un pantalon de jogging qui avait atterri en vrac sur le dos de sa chaise de bureau renversée. Il eut un petit rire acre en constatant que ses sous-vêtements étaient les seules pièces de tissus qui n'avaient pas bougé de leur tiroir posé sur le sol. Les sous-fifres qui avaient ravagé sa chambre connaissaient bien leur maitre et nul doute qu'il leur aurait coupé les deux mains, si ils avaient osé toucher à quelque chose d'aussi intime le concernant. Plutôt attentionné de sa part non ?
Muni de ses vêtements froissés mais propres et du sac contenant le nécessaire de soin, Dean se dirigea vers la petite porte de sa salle de bain.
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La séance avait été particulièrement éprouvante cette fois ci. Et Dean savait très bien pourquoi. Stupidité ou inconscience, il avait tenté d'ignorer la convocation qu'il lui avait envoyée. Parce que ses chaleurs arrivaient et qu'il détestait les passer avec lui.
Il le savait parfaitement d'ailleurs, mais le salopard savait compter et les chaleurs de Dean étaient réglées comme du papier à musique. Lorsqu'il avait vu la limousine venir le cueillir à la sortie du supermarché où il s'était arrêté faire ses courses avant de se retrouver coincé chez lui pour ces trois foutus jours du mois, Dean avait su que les choses allaient mal se passer pour lui.
Et il n'avait pas été déçu.
Il s'était surpassé cette fois là.
Dean ferma les yeux alors que les sensations et les images revenaient malgré lui à sa mémoire. Le souffle puant trop proche de son visage, les yeux brillants de haine et de jouissance devant son impuissance. Et la douleur, Seigneur, la douleur qui le faisait hurler jusque dans son sommeil lorsqu'il sentait encore la lame du rasoir glisser lentement sur sa peau rendue plus sensible encore par ses chaleurs débutantes.
Et cette voix...
- Tu sais ce que je veux entendre Dean ? Tu le sais n'est ce pas ?
Les mains sur sa peau nue s'étaient d'abord faites caressantes et son corps surchauffé l'avaient trahi comme toujours, réagissant malgré lui au toucher et à l'odeur des phéromones alpha. Celle de son lubrifiant avait alors empli la pièce et lorsque l'alpha avait plaqué son corps contre le sien, Dean avait serré les poings et les mâchoires, autant de dégout que pour empêcher un nouveau cri de franchir ses lèvres alors que les ongles de son bourreau rouvraient les blessures encore saignantes de son torse.
- La douleur peut cesser, Dean. Cela ne dépend que de toi.
Dean avait détourné le visage et l'alpha s'était éloigné avec un petit rire.
- Non? Pas encore ? Comme tu voudras. Nous avons tout notre temps, n'est ce pas ?
Mais Dean ne l'écoutait déjà plus. Il n'avait d'yeux que pour le fouet que l'alpha caressait amoureusement entre ses doigts.
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Dean secoua la tête pour se sortir du cauchemar éveillé qui ne voulait pas relâcher son emprise. Il leva les yeux sur le miroir qui surplombait le lavabo de sa salle de bain et évita soigneusement le reflet de son visage. Pas la peine, il savait déjà ce qu'il y verrait.
En serrant les dents, il entrepris de défaire le bandage que Castiel lui avait enroulé autour de la poitrine. L'oméga savait qu'il aurait mieux fait de ne pas y toucher. Il allait avoir du mal à le refaire seul ensuite, mais il avait envie, non besoin, de prendre une douche, d'enlever son odeur maudite qu'il sentait encore imprégnée sur sa peau, même après que Castiel ne l'ait lavé. Et d'ailleurs ne l'avait il pas lavé partout.
Heureusement.
Malgré sa honte, Dean ne put réprimer le sourire attendri qui étira ses lèvres au souvenir de la mine gênée de Castiel quand il avait tenté de se justifier.
Cet alpha n'était vraiment pas comme les autres. En tout cas pas comme lui. C'était... déroutant.
Dean avait bien compris que son voisin éprouvait plus que de la sympathie à son égard. Il avait senti sa confusion, ses émotions et même son excitation la veille quand il l'avait soigné. Et plus encore il était conscient que tout ceci datait de bien avant. Dès le premier jour, en fait Dean avait remarqué que Castiel l'observait plus que de normal, et au début il avait cru qu'il était au service du démon. Envoyé pour le surveiller. Il l'avait d'ailleurs fui comme la peste, alors même si il n'arrivait pas complètement à croire qu'une personne avec une odeur si céleste puisse être son complice. Parce que l'odeur de Castiel était véritablement époustouflante. Il sentait la pluie après l'orage, l'herbe fraichement coupée, la cannelle et le printemps. C'était l'odeur la plus pure, la plus angélique que Dean n'ait jamais sentie et il était heureux de savoir à présent avec la plus absolue certitude que Castiel n'avait rien à voir avec son tortionnaire.
En fait, son voisin l'ignorerait toujours, mais après ces dernières 24 heures, il venait d'être ajouté à la liste très restreinte des personnes que Dean comptait comme faisant partie de sa famille. Alors il le protègerait. Y compris en le tenant éloigné de lui, comme il l'avait exigé.
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Dean retira le dernier pansement sur sa poitrine et se contorsionna pour apercevoir les plaies de son dos. Castiel avait vraiment fait un travail remarquable même si Dean était certain que cela lui vaudrait certainement quelques plaies supplémentaires la prochaine fois. On ne saccageait pas impunément l'œuvre du "maitre", et ce salopard aimait voir les cicatrices qu'il laissait sur son corps. Sa marque. La preuve qu'il lui appartenait, comme il ne manquait pas de le lui rappeler à chaque fois.
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Dean entra dans la douche avec appréhension. Malgré le froid qui le pénétrait jusqu'aux os et qui n'avait rien à voir avec la température de la pièce, il régla celle de l'eau sur à peine tiède car il savait que trop de chaleur allait lui donner l'impression que de la lave en fusion coulait sur ses blessures à vif. Il prit une grande inspiration et avança d'un pas. Effectivement, il dut serrer les mâchoires pour ne pas crier lorsque l'eau entra en contact avec ses plaies. Mais de ça aussi il avait l'habitude. Et cette douleur là, ce feu, était le bienvenu. Une espèce de purification après les souillures qui lui avaient été infligées.
Lentement il souffla, repris une profonde inspiration puis recommença jusqu'à ce que la douleur commence à refluer. Alors seulement il releva le visage, laissant peut être un peu de sel se mêler à l'eau douce qui cascadait sur ses joues.
Lorsque la brulure diminua suffisamment pour qu'il puisse de nouveau bouger, Dean attrapa le savon sur la petite tablette en verre au dessus de sa tête. Gel douche bloqueur de phéromones oméga. Dean ricana amèrement. Comme si un gel douche pouvait suffisamment dissimuler son odeur pour que n'importe quel connard d'alpha en rut puisse se retenir de lui sauter dessus. En tout cas ça ne l'avait jamais dissuadé, lui, pensa t'il alors que sa main droite savonnait à présent doucement mais fermement l'espace entre ses fesses.
Dean s'était attendu à souffrir davantage de cet endroit là vu la façon dont il l'avait pris. Mais cette salope de mère nature avait bien fait les choses. L'intimité des omégas pouvait résister aux assauts des alphas les plus violents, ceux qui prenaient leur pied dans la souffrance qu'ils infligeaient, en particulier lorsque les dits omégas étaient en chaleur et que leur cul secrétait tellement de lubrifiant que tout ce qui y passait glissait sans aucun problème.
Né pour se faire baiser. Sympa comme CV, non ?
Dean secoua la tête pour chasser aussi bien physiquement que mentalement les images et les sensations qui tentaient de s'infiltrer de nouveau sous son crâne.
La seule chose qui le consolait dans tout ce merdier, c'est qu'il ne tomberait pas enceint. Cette fois comme toutes les précédentes, pendant toute la durée de son "séjour" chez lui, il lui avait fait prendre les contraceptifs nécessaires. Des contraceptifs pour omégas. Pratiquement introuvables tellement ils étaient réglementés. Sauf pour un médecin, évidemment.
Une nouvelle vague de nausées le saisit à l'idée de porter l'enfant de cet infâme bâtard.
Mais au moins, sur ce seul point étaient ils d'accord tous les deux. Enfin jusqu'ici. Parce que de plus en plus souvent, le salaud aimait le torturer, en lui caressant le ventre alors qu'il avait encore sa queue profondément enfouie en lui, et lui dire qu'il allait le remplir de sa semence et l'engrosser.
Dean serra les poings et les frotta sur son visage et ses yeux tellement fort qu'il en vit des étoiles. Bordel il fallait qu'il arrête!
Il ne devait pas laisser ce salopard envahir sa tête comme ça. Jusqu'ici, il avait toujours réussi à compartimenter sa vie, à enfermer les moments qu'il passait avec lui dans un recoin tellement enfoui de son esprit qu'ils ne refaisaient surface que dans ses pires cauchemars. Le reste de sa vie lui appartenait, enfin plus ou moins, et il devait la préserver.
Dean attrapa la poire qui lui servait à se nettoyer à l'intérieur. L'idée d'expulser ce salopard de ses entrailles et de le laisser s'écouler dans les égouts là où était sa véritable place était une maigre consolation, mais on prenait ce que l'on pouvait.
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Après avoir récuré son corps jusque dans les moindres recoins, Dean se senti un peu plus propre. Juste un peu.
Il sortit de la douche et sécha sa peau avec précaution.
Un vertige le saisit et il se rattrapa d'une main contre la faïence glissante de buée. Il n'était pas encore très solide sur ses jambes et jugea plus sage de continuer ses soins assis sur le tabouret en plastique qu'il ramena du coin de la pièce.
Soigner ses blessures de devant ne s'avéra pas trop difficile et il avait l'habitude. Les incisions étaient nettes, longues de cinq centimètres chacune environ, fines et peu profondes. Un peu de pommade cicatrisante et bientôt les traces qu'elles laisseraient s'ajouteraient à toutes celles qu'il avait déjà. Un peu plus, un peu moins.
Dans son dos, ce fut une autre paire de manches. Ses côtes fracturées l'empêchaient de se contorsionner suffisamment pour pouvoir désinfecter et panser correctement les plaies longues et plus profondes que la lanière du fouet avait causé. Dean renonça lorsque la douleur qu'il ressentit manqua de nouveau de lui faire perdre connaissance. Il attrapa seulement une large bande et l'enroula autour de son torse, serrant suffisamment pour maintenir un peu ses côtes cassées. Cela recouvrirait également ses plaies et il faudrait bien que cela fasse l'affaire, parce que de toute façon il ne pouvait pas faire mieux.
Il attendit un moment, jusqu'à ce que les lumières qui dansaient devant ses yeux disparaissent complètement, puis se leva. Fouillant de nouveau dans le sac, il en sortit en grimaçant un tube de pommade, elle aussi cicatrisante mais à usage plus intime. Qu'il ait pensé à ça lui donna la nausée, mais franchement au point où il en était...
D'un geste expert, il en passa une bonne couche sur son anus malmené et en fit pénétrer un peu à l'intérieur. La crème froide apaisa la brulure de ses muqueuses à vif et enfin, Dean put enfiler un caleçon propre, un peu large, un de ces trucs parfaitement informes mais dans lesquels on se sentait bien. Ses affaires à lui. Il en soupira de soulagement.
Enfiler son pantalon de jogging et son T shirt fut un peu plus acrobatique en se tenant ses côtes beaucoup trop sollicitées par tous les efforts qu'il venait de faire, mais il y parvint tout de même.
Enfin, il avisa la dernière boite au fond du sac. Des antalgiques puissants. Encore une fois il se demanda pourquoi ce sadique qui prenait tellement son pied à le faire souffrir, lui offrait de quoi calmer ses douleurs ensuite, mais Dean avait depuis longtemps renoncé à le comprendre. Non pas qu'il en ait jamais eu envie d'ailleurs.
Il avala deux gélules avec une gorgée d'eau prise directement au robinet avec sa main. Lorsqu'il se redressa, il se força cette fois à examiner cliniquement son visage dans le miroir et grimaça. Ses yeux bouffis et les ecchymoses de ses pommettes lui donnaient une allure de boxeur en fin de match. Il allait devoir trouver une sacrée bonne excuse à donner à Bobby ce coup ci.
Merde, Bobby !
Dean avait complètement oublié de prévenir son patron. Il aurait dû aller bosser aujourd'hui et vu tout ce qui s'était passé, il n'avait pas pu téléphoner pour se décommander. Une main tenant ses cotes, il sortit de la salle de bain et chercha son portable dans le capharnaüm environnant. Le petit objet se trouvait par terre, à côté de sa table de nuit renversée. Se baisser pour le ramasser lui arracha un nouveau grognement, mais il parvint tout de même à l'attraper du bout des doigts.
3 messages en absence. Deux de Bobby, justement, et un de Sam.
Dean colla le téléphone à son oreille et ferma les yeux pour s'isoler du carnage de la pièce qui reflétait un peu trop bien celui qu'était devenue sa vie. Il se laissa dériver en écoutant les messages des gens qu'il aimait et qui tenaient à lui.
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Message 1. Mercredi 11 Septembre 9h35.
" Dean, c'est Bobby. Ouais, ton patron. Tu te souviens que t'as un boulot quand même ? Parce que si tu veux le garder, t'as intérêt à ramener ton cul au garage et en vitesse. Si tu crois que la bagnole de la vieille Mac Conagal va se réparer toute seule ou que c'est moi qui vais m'y coller, tu te goures salement. Alors ramène tes miches et en vitesse, feignasse !"
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Message 2. Mercredi 11 Septembre 10h28.
" Dean, je sais que tu dois être au boulot mais je pouvais pas attendre une minute de plus pour te l'annoncer. Mec, elle a dit oui. Tu te rends compte, elle a dit oui ! On a pas encore fixé la date, mais quand ça sera fait tu seras le premier à le savoir, promis! Et du coup j'aurais un truc à te demander. Mais je préfèrerais qu'on se parle de vive voix pour ça. Tu me rappelles quand tu as mon message ok ? Oh bon sang, j'en reviens toujours pas, elle à dit OUI !"
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Malgré sa douleur, la joie dans la voix de son frère le fit sourire. L'image d'un enfant d'une dizaine d'années, riant aux éclat, les yeux brillants et les bras levés vers le ciel alors que des pétards de feu d'artifice éclataient au dessus de sa tête, s'imposa à son esprit. C'est encore comme ça qu'il le voyait quand il pensait à lui. Comme le gamin qu'il avait été cette nuit là, probablement la plus belle de sa vie. Il y avait une éternité.
Et là, son frère avait de quoi être heureux. Il allait se marier avec sa Jessica, l'amour de sa vie. Dean se laissa un instant submerger par la vague de chaleur qui apaisa un peu la douleur.
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Message 3. Mercredi 11 Septembre 15h27.
" Dean, c'est encore Bobby. Est ce que tout va bien fils ? Tu m'as pas rappelé ce matin. Mais peut être que tes... enfin tu vois,... peut-être que ça dure plus longtemps que d'habitude. Si c'est ça, c'est ok, hein, même si ça te dispense pas d'attraper ton putain de téléphone et de rappeler pour donner de tes nouvelles ! Si tu ne m'as pas rappelé d'ici ce soir, je débarque chez toi. T'es prévenu ! Alors rappelle moi !"
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Le ton bourru de son patron et ami lui serra la gorge.
Ah, ça, le vieux mécano ne risquait pas de vous prendre dans ses bras pour vous faire un câlin - Dean grimaça à cette simple idée - mais ses coups de pieds au cul avaient tout de déclarations d'affection. Sa façon à lui de dire aux gens qu'il tenait à eux... dans un style un peu rustique. Mais ça lui convenait parfaitement.
Dean fouilla dans le répertoire de son téléphone et rappela son patron qui décrocha à la première sonnerie.
- Mais t'étais passé où, bordel !
Dean éloigna un peu l'appareil de son oreille pour préserver son tympan droit qui bourdonnait encore de cette entrée en matière explosive.
- Bobby...
- Quoi Bobby ? Tu sais plus comment on passe un coup de fil ? Dis moi que t'as pas encore fait la bringue toute la nuit. Parce que je te jure que si tu me sors encore que t'as pas pu te lever parce que t'es sorti faire la fête, je vais tellement te botter le cul que tu ne pourras plus t'assoir pendant une semaine.
Dean eut un petit pincement au cœur en voyant que son presque père, celui qui le connaissait plus que n'importe qui au monde sauf peut être Sammy, gobait sans sourcilier toutes les excuses bidon qu'il inventait pour justifier son état quand il revenait bosser perclus de douleur après ses séances avec lui.
Si il savait.
Mais heureusement non, il ne savait pas. Dean frémit d'horreur et de dégout à cette idée. Personne ne devrait jamais savoir.
- Je suis désolé Bobby. J'ai eu un petit souci.
- J'espère bien que tu es désol...
Un silence se fit instantanément à l'autre bout du fil quand le vieil homme réalisa ce qui venait d'être dit.
- Un souci. Quoi comme soucis? Tout va bien ? Tu as besoin de quelque chose ?
- Non, non. Enfin je veux dire oui, tout va bien. Tu avais raison, mes chaleurs se sont prolongées plus que d'habitude.
Il entendit Bobby se racler la gorge et sourit au malaise que le vieil homme ressentait toujours à l'évocation de cette partie-là de la vie de son presque fils. Il était un bêta lui aussi, tout comme Sam. Tout ceci les dépassait complétement et les embarrassait énormément. Mais Dean savait qu'il devrait trouver mieux comme excuse si il voulait justifier les bleus et les coupures sur son visage.
- Et puis, comme un con, je suis tombé dans mes escaliers en descendant me chercher à boire à la cuisine. J'ai dévalé les marches et je me suis vautré. Si tu voyais comment j'me suis arrangé !
A l'autre bout du fil, un silence prolongé répondit au faux enthousiasme dont il avait voulu faire preuve pour mieux convaincre.
- C'est bizarre le nombre de fois où ça t'es arrivé quand même.
La voix de Bobby s'était faite suspicieuse et Dean se passa la main dans les cheveux. Et merde, il avait déjà donné la même excuse la dernière fois! Il fallait qu'il se montre plus prudent.
Il se força à prendre un ton décontracté et eut un petit rire forcé.
- Ouais, t'as raison. Faudrait vraiment que j'envisage d'habiter dans une maison en rez de chaussé.
Nouveau silence au bout du fil et sa gorge se serra.
- T'es toujours là, Bobby ?
- Ouais ouais, je suis là. T'es sûr que ça va? Tu veux pas que je vienne ?
Dean ouvrit les yeux et contempla le désordre autour de lui, son matelas éventré, les meubles renversés.
- Non, non, tout va bien, je t'assure. Cet escalier est un adversaire coriace et je ressemble un peu à Mike Tyson, mais à part ça, ça va. Aucun souci, je t'assure.
Dean hésita un moment.
- Par contre, je sais que c'est abusé parce qu'on a du boulot et tout ça, mais ça m'aurait bien arrangé de prendre un jour ou deux de congé en plus. Juste le temps de me remettre, tu vois. Mais si tu peux pas...
- Bien sûr, fils. Prends tout le temps qu'il te faut.
- Merci Bobby... Bon... je vais devoir te laisser maintenant... Je suis un peu crevé.
- Dean, tu me le dirais si tu avais un problème n'est-ce pas ?
La boule dans sa gorge grossit encore, l'empêchant pratiquement de répondre.
- Bien sûr, Bobby. Tu me connais. Je suis un livre ouvert.
Le vieil homme grogna une réponse inintelligible, puis la ligne se coupa et Dean posa son téléphone contre son front comme s'il pouvait absorber une partie de la douleur qui lui vrillait les tripes.
Si tu savais, Bobby.
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Dean contempla le désordre autour de lui une nouvelle fois, il ne se sentait vraiment pas la force de ranger tout ça.
La douleur dans ses cotes avait régressé grâce aux antidouleurs, mais celle dans sa tête le laissait vidé, à bout de force et d'énergie.
Il sortit juste de sa chambre, descendit à la cuisine et jeta dans le micro-ondes le reste de pizza que son frigo contenait lorsque son odorat lui confirma qu'il devait être encore à peu près consommable. Une bière dans la main et son assiette dans l'autre, il s'effondra dans son vieux canapé, alluma la télé et se força à garder son attention focalisée sur le programme débile qui défilait devant ses yeux.
La bière ne lui fut pas d'un grand réconfort, alors il se servit quelque chose de plus fort, juste un verre, et enfin il se sentit partir. Ses pensées s'apaisèrent, ses douleurs aussi d'ailleurs. Il ne s'aperçut même pas qu'il s'endormait.
Une seconde, l'idée qu'il était stupide de dormir ainsi à moitié recroquevillé lorsqu'on avait des côtes cassées traversa son esprit embrumé, mais il était trop tard pour qu'il s'en préoccupe véritablement.
Au diable les conséquences, il assumerait demain.
Oui, demain, il tenterait de remettre un peu d'ordre dans sa vie...
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