Bonjour tout le monde, voila le chapitre 5. Un chapitre assez long sur lequel j'ai pas mal travaillé, j'espère qu'il vous plaira, même si il risque de vous faire un peu transpirer j'en ai bien peur...

C'est du M, encore cette fois et pour toutes les raisons qui le justifient habituellement... Plus de détails en bas de page pour ceux qui le souhaitent, mais au risque de vous spoiler largement cependant.

Pour moi, ce chapitre arrive sur le podium des chapitres les plus difficiles de cette fic. Pas en première place, mais quand même, vous voila prévenus.

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Avant de vous laisser, je voulais vous remercier encore une fois de me lire et aussi, pour quelques personnes, de me laisser des messages. J'apprécie beaucoup de savoir ce que vous pensez. Alors merci infiniment. :)

Réponse aux review en guest comme d'hab:

Claire, thank you, thank you very much ! If you like strong emotions, then I think you should like this chapter. Or not ... I don't know, but it should not leave you indifferent ... It's up to you to tell me. Thanks again.

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Bonne lecture à tous. ;)

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Chapitre 5 :

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"Il a signé un contrat, il lui appartient."

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La phrase raisonnait dans son esprit comme un écho sans fin et Castiel ne savait plus ce qu'il ressentait.

Assis nonchalamment dans le fauteuil de son bureau son verre de bourbon à la main, Lucifer lui avait expliqué ce qu'il savait de la situation, même si il ne connaissait pas tous les éléments de la transaction qui concernait Dean.

Plutôt étonnant d'ailleurs, quand on considérait le don de l'alpha pour extirper la moindre information de n'importe qui.

Mais est ce que les détails avaient vraiment de l'importance?

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En fait, Lucifer n'avait jamais vu l'oméga lors de soirées dans son club depuis qu'il l'avait racheté, mais il savait que Dean l'avait fréquenté une dizaine d'années auparavant.

- Les plus anciens employés se souviennent très bien de lui, faut dire qu'il avait pas mal de succès. D'après ce qu'ils m'ont dit, il venait de façon irrégulière, genre une fois où deux par mois. Jamais pendant ses chaleurs. Il n'a jamais accepté de se lier avec quiconque malgré les nombreuses offres d'alphas qui lui ont proposé des relations plus sérieuses. Apparemment, son truc, c'était plutôt les coups d'un soir. Désolé, ajouta t'il en voyant le visage de Castiel se crisper davantage et ses poings se fermer, t'es sûr de vouloir que je continue ?

L'alpha hocha la tête, seule réponse qu'il parvint à formuler, les mâchoires trop serrées pour articuler le moindre son.

- Ok. Ils m'ont dit qu'il choisissait en général des alphas de bonne réputation, pas trop hard, et qu'une fois son affaire faite, il repartait rapidement. Si tu veux mon avis, je dirais que comme pas mal d'omégas, il devait probablement rechercher le côté rapide des rencontres et surement aussi la sécurité qu'offre ce genre de club plutôt que réellement le côté SM. Ça t'étonne ? demanda Lucifer devant l'air septique de Castiel. Alors trouve moi un autre endroit où un oméga peut venir s'envoyer en l'air en étant certain que si il accepte de baiser avec un alpha, il ne sera pas ensuite obligé de passer sous tous ses potes. Partout les omégas se font baiser, Castiel, qu'ils soient d'accord ou non. Ici au moins, un mot et tout s'arrête, personne ne se fait violer. On dirait que pour eux, ça fait une différence.

- Et l'alpha ? demanda Castiel d'une voix qui ressemblait plus à un grondement qu'autre chose.

- Il s'appelle Alastair Loke. Il s'était fait une belle réputation à la même époque, mais pas vraiment dans le même genre. Plutôt tout le contraire. On va dire qu'il était plutôt connu pour aimer les pratiques extrêmes, strangulations, jeux de sang, douleurs intenses, brûlures et j'en passe. Mais, toujours d'après les renseignements que j'ai pu glaner, il semblait respectueux des limites de ses partenaires, en tout cas, personne ne s'est jamais plaint.

Lucifer secoua la tête en réponse à la question muette que le visage torturé de Castiel lui hurlait.

- Désolé, mais j'en sais pas beaucoup plus. Tout ce que je peux te dire c'est qu'ils ont tous les deux disparu de la surface du jour au lendemain il y a huit ans environ. Et qu'ensuite le bruit a couru que Dean avait signé un contrat stipulant qu'il appartenait corps et âme à l'alpha, sans possibilité d'y mettre fin à moins qu'Alastair ne le souhaite. Pas de limite, ni dans la durée, ni dans les pratiques, il peut faire de lui tout ce qu'il veut. Un véritable contrat d'esclavage. Plutôt radical comme virage, mais après tout si tout le monde y trouve son compte...

L'alpha haussa les épaules d'un air désabusé.

- Je ne sais pas ce que ton Dean en a retiré, mais j'espère que ça valait le coup. En tout cas il a signé, il lui appartient, ajouta t'il en prenant une gorgée de bourbon, sous le regard dévasté de Castiel.

- Dean un être humain, pas un objet, il n'appartient à personne!

- C'est un oméga, Castiel. Ne te fais pas plus naïf que tu ne l'es. Tu sais très bien que ce genre de contrat existe encore. Avant on appelait ça un contrat de vente, du temps où on les échangeait contre deux chèvres ou une vache et qu'on les utilisait juste pour la reproduction. Maintenant on dit "contrat de clamage", ça fait plus civilisé. peut être que là il y a quelques variantes, mais au fond ça reste la même transaction commerciale. Au moins, de nos jours on leur demande leur accord.

Castiel fixa le verre d'alcool encore aux trois quart plein posé sur le bureau devant lui avec l'envie furieuse de l'envoyer percuter le mur. Ou, mieux encore, la tête de son ami pour l'empêcher de proférer de telles insanités. N'importe quoi pour trouver un exutoire à la colère qu'il sentait de nouveau inexorablement monter en lui.

Dean n'appartenait à personne.

Et si il avait dû appartenir à quelqu'un, ça aurait dû être à lui. Lui qui l'aimait, lui qui voulait le protéger. Pas à un espèce d'alpha sadique qui pouvait lui faire subir n'importe quoi.

Castiel sentait tous ses instincts d'alpha rugir, hurler, prêts à se battre pour la possession de SON oméga. Et pourtant Lucifer avait raison. Si Dean avait donné son accord pour un de ces contrats d'un autre âge, alors tout ceci était légal. Parfaitement immoral, mais tout aussi légal, même si ça lui arrachait les tripes et le cœur de le reconnaitre.

Vider l'océan avec une petite cuillère aurait été une tache plus facile, mais il tenta malgré tout de calmer la folie guerrière qui menaçait de submerger son esprit et qui lui ordonnait de tuer pour que cesse cette abomination.

Mais de tuer qui ? Cet alpha, Alastair ? L'idée était véritablement tentante.

Est ce que l'homme avait profité de la faiblesse de Dean? La colère que Castiel ressentait devint rage. Pourtant Dean était tout sauf faible. Castiel l'avait constaté chaque jour en vivant à côté de lui. L'oméga s'assumait complètement, il travaillait, ne dépendait de personne tant matériellement que moralement. Du moins c'est ce qu'il avait toujours cru jusque-là.

Était ce Dean le responsable, alors ? Mais pourquoi ? En tout cas, il ne l'avait pas fait pour le plaisir, si Castiel avait une seule certitude, c'était bien celle là. Malgré ce que Lucifer avait voulu suggérer, il se rappelait parfaitement sa douleur, sa peur et sa honte le soir où il l'avait trouvé dans sa voiture. Rien, ni dans son attitude, ni dans son odeur ne laissait penser que l'oméga avait trouvé le moindre plaisir dans ce qui lui était arrivé. Bien au contraire. Non vraiment, la situation n'était en rien comparable à celle de ce couple dans le club.

Alors, s'était il vendu pour de l'argent ? Il n'aurait pas été le premier oméga à vendre son corps pour une vie plus confortable, mais cela non plus n'avait pas de sens. Il était loin de mener la grande vie, habitait une maison confortable mais modeste, reparait sans cesse sa vieille voiture, travaillait dans un garage.

Castiel serra son crane dans ses mains avec la sensation que sa cervelle allait exploser sous la pression, ce qui aurait de toute façon été moins douloureux que la torture qu'il endurait à cet instant. Parce qu'en fait quelle qu'en soit la raison, la conclusion restait la même.

Son oméga s'était donné à un autre.

Castiel avait l'impression qu'il n'allait pas y survivre.

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- Il a choisi, mon frère.

Castiel releva un visage ravagé vers Lucifer qui s'était levé de son fauteuil et assis à ses côtés sans même qu'il ne s'en aperçoive. L'alpha posa une main amicale sur son épaule alors que Castiel secouait la tête, refusant l'évidence, ses yeux reflétant l'incompréhension qui le torturait.

- Je l'ai soigné, Luc, j'ai vu ses blessures, j'ai senti sa peur. Personne ne peut vouloir une chose pareille. Peut être qu'il n'a pas eu le choix ?

L'alpha haussa les épaules, un air compatissant qui lui était si inhabituel sur le visage.

- Tout est possible, mon ami. Comme je te l'ai déjà dit, eux seuls connaissent les détails de leur accord. Mais qu'est ce que ça change? D'après ce que Gabriel m'a raconté, apparemment il ne veut pas de ton aide.

Les épaules de Castiel s'affaissèrent un peu plus alors que Lucifer enfonçait le dernier clou refermant son cercueil. Car encore une fois son ami avait raison. Dean avait été très clair, il ne voulait pas de lui dans sa vie.

- Ca va aller, Cassie, ça va aller.

Lucifer passa un bras amical autour de ses épaules et le serra dans une franche accolade, puis l'incita à se lever.

- Allez viens frangin. On va rejoindre les autres.

Lucifer eut un petit rire et secoua doucement la tête devant le regard hébété de Castiel qui passa sur les différentes vitres du bureau et les salles qu'elles exposaient.

- Non, pas ici, je crois que tu as eu ton compte pour ce soir. Je t'emmène juste prendre un verre chez moi, Gabe et Uriel y sont déjà.

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La vie avait repris un cours étrangement normal. Anormalement normal, même.

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Castiel avait repris ses soirées lectures, ses balades dans la nature. Il s'était même lancé dans un nouveau passe-temps, l'apiculture, qui le fascinait réellement.

Il s'était plongé dedans comme on se noie, avait acheté des dizaines de livres sur le sujet, le meilleur équipement. Il avait pris conseil auprès d'apiculteurs chevronnés qui lui avaient tout enseigné: Comment prendre soin d'un essaim? Comment récolter le miel ? Quelles étaient les différentes variétés, leurs propriétés respectives ?

Puis il avait franchi le cap et récupéré son propre essaim. L'installation de ses ruches à l'arrière de son jardin avait été un grand moment. Depuis Castiel passait des heures à observer les allées et venues des abeilles qui entraient et sortaient en permanence. L'automne s'annonçait déjà et Castiel savait que les ouvrières redoublaient d'effort pour faire face à l'hiver qui approchait. Cette année il ne récolterait pas de miel, la ruche venait d'être installée et la priver du fruit de son travail aurait été la condamner. Mais cela n'avait pas la moindre importance.

Ce n'était pas la production qui l'intéressait, mais simplement le calme et la paix de l'esprit qu'il avait retrouvé en observant ces infatigables travailleuses.

Calme et paix... Du moins à la surface.

Parce qu'il avait beau se répéter qu'il ne fermait toujours pas ses volets le soir pour profiter des derniers beaux couchers de soleil de la saison, qui essayait il réellement de tromper ?

La vérité était que malgré tous ses efforts, il ne parvenait tout simplement pas à s'empêcher de se préoccuper de son voisin. Encore plus qu'auparavant il avait un besoin viscéral de le savoir de retour sain et sauf chez lui. Alors seulement il parvenait à se détendre.

Plus encore, les premiers jours, même si Dean l'avait chassé de chez lui, Castiel avait véritablement dû se faire violence pour ne pas retourner le voir, pour ne pas lui proposer son aide lorsqu'il le voyait peiner pour rentrer ses sacs de courses en se tenant ses cotes encore mal ressoudées, ou lorsqu'il effectuait les mille et une taches que l'entretien d'une maison ou de sa voiture nécessitaient.

Il aurait tellement voulu savoir pourquoi. Aider si il avait pu. En quoi que ce soit. Mais de quel droit se serait il immiscé de force dans la vie de son voisin ? D'autant plus qu'ils s'étaient croisés parfois. Après tout ils vivaient à quelques dizaines de mètres l'un de l'autre, mais l'oméga s'était montré encore plus distant qu'à son habitude. Oublié le petit signe de la main ou de la tête, ou même le simple demi-sourire pour se dire bonjour. Dean le regardait, fronçait les sourcils et rentrait chez lui sans se retourner.

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Au bout de pratiquement un mois, Castiel en avait pris son parti. De toute façon quel autre choix avait il ?

Aussi quand Gabriel l'avait appelé pour lui proposer ce boulot aussi imprévu que lointain, il accepta et embarqua sans poser de question dans le jet privé que leur riche client avait affrété spécialement pour eux. Peu importait de quoi il s'agissait. Il allait passer quelques jours loin de chez lui et par voie de conséquence loin de son voisin qui refusait de quitter son esprit.

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Assis dans un fauteuil confortable, Castiel regardait ses trois coéquipiers savourer les cocktails que le personnel de bord venait de leurs servir. Lucifer étendit les jambes et posa les pieds sur le siège de luxe de la rangée d'en face avec un sourire satisfait.

- Tu nous redis ce qu'on est censé faire pour ce type déjà ?

Uriel ouvrit son ordinateur portable qu'il posa sur la petite table de leur luxueuse salle de réunion volante. Lorsqu'il l'alluma, une photo apparut en plein écran et Gabriel la désigna d'un geste théâtral de la main.

- Messieurs, je vous présente Fergus Crowley, alpha, et un des hommes d'affaires les plus riches de la côte Est. Officiellement, il travaille dans l'import-export d'œuvres d'art, mais plus officieusement, je dirais que son business, c'est plutôt le commerce illégal des âmes.

Gabriel se mit à rire devant les mines interrogatives de ses compagnons.

- Je veux dire qu'en dehors de ses activités légales et d'ailleurs déjà très lucratives, ce mec est connu pour pouvoir exaucer n'importe quel souhait si vous pouvez y mettre le prix. Un prix qui ne se chiffre pas forcement en dollars d'ailleurs. En gros, vous faites appel à lui, vous lui appartenez. Et croyez moi, il réclame toujours son dû. D'une façon ou d'une autre. Mais en contrepartie, vous pouvez presque tout lui demander. Vous voulez acheter une ile déserte dans un paradis tropical mais vous rencontrez des problèmes de droit international ? Il connait les gens qui peuvent vous obtenir tous les permis. Vous êtes collectionneur et le dernier Picasso que vous vouliez acheter vient de vous passer sous le nez aux enchères? Idem, y a qu'à demander et il y a fort à parier vous pourrez vous le procurer dans les plus brefs délais et pour beaucoup beaucoup moins cher que votre mise initiale. Votre petite maman a besoin d'une greffe de rein ? ... pas besoin que je continue, vous avez saisi le concept. Ce type a des relations partout et la mainmise sur plus de business que vous ne pouvez l'imaginer. Mais du coup il s'est aussi fait beaucoup d'ennemis.

Gabriel se retourna vers son camarade de gauche.

- Uriel, 2ème photo s'il te plait. Et maintenant je vous présente Kevin Tran. Kevin est l'un des omégas de Mr Crowley.

- UN des omégas ? demanda Castiel. Il en a combien ?

- Pose pas de questions dont t'as pas envie d'avoir la réponse, le rabroua Lucifer, alors qu'Uriel levait déjà quatre doigts. Quatre, putain le veinard !

Gabriel leva un sourcil sarcastique et approbateur, et reprit son exposé.

- Ce kevin a été enlevé avant-hier. Une demande de rançon a été envoyée le lendemain matin. Bien sûr Crowley a refusé de payer.

- Si il a tellement d'argent, il n'a qu'à la payer, cette rançon !

- Mon pauvre petit Cassie. Il y a des fois où je me demande si tu vis dans le même monde que nous. Si il paye, il passera pour un faible. Et tous ses omégas risqueront de se faire enlever à la moindre occasion. Évidemment qu'il a refusé de payer ! Mais le lendemain, ce matin donc, il a reçu ça par la poste.

La troisième photo montrait un doigt sectionné dans une petite boite.

- Les premières analyses ADN ont confirmé qu'il s'agissait bien du doigt de son oméga. Mais son sang a aussi révélé que ledit oméga est enceint. Crowley l'ignorait. Il est prêt à n'importe quoi pour récupérer son oméga. Et c'est là que nous intervenons. Officiellement, son discours reste le même, il ne paiera pas de rançon. Officieusement, il a déjà pris contact avec les ravisseurs et c'est nous qui seront chargés de récupérer l'oméga enceint et de liquider ces enfoirés. Est ce quelqu'un à un problème avec ça ?

Tous les regards convergèrent vers Castiel lorsque Gabriel termina son exposé. L'alpha croisa les bras sur sa poitrine et secoua la tête. Non, il n'avait aucun problème avec l'idée d'éliminer des salopards qui enlevaient des omégas enceints et leur découpait un doigt pour obtenir une rançon.

- Aucun problème. Mais je me demandais juste pourquoi ce gars, avec toutes ses relations et ses ressources avait besoin de faire appel à nous.

- Mais parce que nous sommes les meilleurs, évidemment !

Les sourcils de Gabriel atteignirent de nouveaux angles d'élévation lorsqu'il les releva plusieurs fois rapidement d'un air hautement satisfait.

- Évidemment, commenta Castiel d'un air peu convaincu. Et donc, lequel d'entre vous lui a vendu son âme ?

Le visage de Gabriel parla pour lui.

- Demande pas. Je t'assure que tu veux pas savoir.

Lucifer ricana dans son coin et Uriel enchaina avec la photo suivante.

- Parfait, alors maintenant qu'on sait tous que je vous devrai la première tournée de bière en rentrant, voici quel est le plan. L'échange devrait avoir lieu dans cet entrepôt...

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Sauf que le plan était parti en cacahuète. Et salement même.

Crowley s'était rendu au rendez-vous comme les ravisseurs l'avaient exigé, seul en apparence, alors qu'en réalité la petite équipe s'était postée à des endroits stratégiques à l'intérieur et l'extérieur de l'entrepôt désaffecté. Au début tout s'était déroulé comme prévu. Sauf que la prise d'otage n'en avait jamais été une, et que les ravisseurs n'avaient jamais eu l'intention de rendre l'oméga. Ce n'était qu'un piège monté de toutes pièces par un des concurrents directs de Crowley afin d'attirer l'alpha à découvert pour l'éliminer.

La voiture était arrivée et des hommes cagoulés en avaient fait sortir un jeune asiatique qui portait un pansement ensanglanté à la main gauche. Crowley était lui aussi sorti de sa limousine, la valise sensée contenir la rançon dans la main, mais rapidement les balles s'étaient mises à fuser de toute part. Uriel avait manœuvré la voiture alors que Gabriel agrippait l'homme d'affaire pour le mettre à l'abri dans le véhicule blindé et ils n'avaient dû leur salut qu'aux talents de sniper de Lucifer qui avait descendu les tireurs avant qu'ils ne les tuent.

Mais l'otage, lui, était hors de la portée de son Barett M-82.

Arrivé subrepticement par derrière alors que le vacarme avait couvert sa progression, d'un geste professionnel Castiel avait brisé la nuque de celui qui retenait l'oméga contre lui et s'en servait comme d'un bouclier, un revolver sur sa tempe. Mais lorsque l'homme s'était effondré au sol, son doigt s'était crispé sur la gâchette et une balle était partie dans sa chute, atteignant Castiel en plein ventre.

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L'alpha baissa les yeux lorsqu'il sentit la brulure d'un tisonnier surchauffé pénétrer ses entrailles et il comprit. Il avait vu assez de blessures par balle dans sa carrière pour savoir que celle qui repeignait actuellement sa chemise en rouge était plutôt mauvaise.

Ses jambes se dérobèrent sous son poids et une vive douleur éclata dans son crane quand celui ci percuta durement le sol. Gabriel se précipita sur lui pour faire pression sur la plaie de son abdomen d'où son sang s'échappait à flot.

- Reste avec moi ! Castiel tu m'entends, je t'interdis de mourir !

La voix de l'alpha était paniquée, mais Castiel ne parvenait pas à s'en émouvoir. Curieusement détaché de tout ce qui se passait autour de lui, il observait les lèvres de son ami bouger frénétiquement alors qu'il hurlait à ses compagnons d'appeler des secours. Il avait envie de lui dire de ne pas s'inquiéter, que tout allait bien se passer. Pourquoi est ce que tout le monde s'affolait ainsi ? Mais la douleur l'empêchait de réfléchir de façon cohérente.

Brusquement les choses semblèrent ralentir, le froid l'engourdit et Castiel n'entendait pratiquement plus rien de ce qui se passait autour de lui. La petite part encore fonctionnelle de son cerveau agonisant comprenait évidemment que c'était ses perceptions qui diminuaient à mesure que ses forces vitales l'abandonnaient. Mais la douleur avait diminué, Castiel aurait pu en soupirer de soulagement si il ne se s'était pas senti si fatigué.

- Regarde moi. T'endors pas, Castiel, je t'en prie ! MAIS ELLE EST Où CETTE AMBULANCE ?!

Parce que Gabriel avait l'air si bouleversé et qu'il le lui demandait, il lutta autant qu'il put pour garder les paupières ouvertes, mais elles étaient si lourdes...

La dernière image que Castiel emporta avant de sombrer fut celle de Crowley, debout à quelques mètres d'eux, qui serrait son oméga dans ses bras en posant tendrement une main sur son ventre.

Et sa dernière pensée fut pour Dean...

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Penser à Castiel en cette seconde était surement la pire chose qui pouvait lui arriver. Et d'ailleurs, Dean ne comprenait vraiment pas comment l'image de son voisin avait pu venir s'imposer à son esprit alors qu'il se retrouvait une nouvelle fois à la merci de son bourreau.

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Parce que si les prunelles qui le fixaient actuellement avec autant de luxure que de dédain étaient également bleues, la lueur de cruauté glaciale qui les habitait éliminait la moindre possibilité de confusion.

- Tu sais ce que je préfère ?

La question était purement rhétorique et Dean le savait parfaitement. Alastair se foutait complètement de ce qu'il pouvait bien avoir à dire. A part dans les moments où il voulait le faire supplier, évidement.

Mais ce soir, apparemment, le salopard avait seulement envie de s'écouter parler. Cela lui arrivait parfois, et cela convenait parfaitement à Dean qui avait appris depuis longtemps que de deux maux, il fallait parfois savoir choisir le moindre.

L'alpha fit lentement le tour du corps nu suspendu par les poignets à la chaine qui pendait du plafond. Sa main passa lentement sur son dos en sueur en un simulacre de caresse et Dean serra les mâchoires lorsqu' Alastair approcha le visage de son cou pour renifler ce point si sensible et odorant, juste à la jonction de sa nuque et de son épaule. Ce point, où il n'y avait pas si longtemps encore, les alphas mordaient les omégas jusqu'au sang en les nouant lors de leurs chaleurs pour les marquer comme leur propriété.

Étrange qu'un dégénéré tel que lui ne soit pas adepte de telles pratiques, d'ailleurs, encore un paradoxe que Dean n'avait vraiment aucune envie d'explorer. Il ne put cependant s'empêcher de détourner le visage avec une moue dégoutée lorsque l'alpha passa sur sa peau la pointe de sa langue puis se mit à ricaner.

- Oh, Dean, tu vas me faire de la peine.

Il le saisit par les cheveux, et tira violemment sa tête en arrière, toute trace d'amusement envolée sur ses traits durcis.

- Et ce n'est pas ce que tu veux, n'est ce pas ?

L'oméga ferma les yeux et attendit l'entaille ou le coup qui ouvrirait les véritables hostilités. Parce qu'Alastair avait été beaucoup trop doux jusqu'à présent, enfin du moins si l'on pouvait appeler comme ça la trentaine de coups de cravache qu'il venait de lui administrer.

Paradoxalement, ce simulacre tordu de tendresse lorsqu'il le caressait, était le plus difficile à supporter pour Dean. Mais l'oméga n'était pas dupe, la suspension et quelques coups n'étaient même pas des amuses gueule pour l'alpha. Alastair s'amusait avec lui. Comme toujours. Restait juste à savoir de quel jeu il s'agissait.

Probablement qu'il attendait simplement que ses hormones d'oméga en chaleur ne le transforment en la pute suppliante d'être baisée qu'il aimait tant satisfaire.

Habituellement, cette simple idée suffisait à rendre Dean physiquement malade de lui-même. Dans ces moments là, il aurait voulu pouvoir arracher sa propre peau et la chair de ses os, jusqu'à ce qu'il ne reste rien de lui qu'un amas sanglant et informe que même un dégénéré comme Alastair n'aurait pas voulu toucher. Du moins, c'est ce qu'il voulait faire tant qu'il était encore capable d'aligner deux pensées cohérentes. Avant que son corps et sa nature oméga ne s'unissent pour le trahir et le forcer à se soumettre à l'alpha. Son alpha. Celui qui l'avait clamé si y avait si longtemps. Celui qu'il haïssait de toute son âme.

Mais aujourd'hui, ce qui avait été jusque là son pire cauchemar n'arrivait qu'en seconde position sur le podium. Il craignait pire. Parce qu'à présent il avait un secret à préserver.

Alastair s'éloigna de quelques pas, empoigna le bout de la chaine qui le maintenait suspendu et la détacha de son crochet fixé au mur. Pendant quelques secondes l'alpha utilisa sa force supérieure pour le soulever, s'amusant de le voir se tortiller impuissant dans les airs, puis il relâcha brusquement sa prise et Dean chuta au sol lourdement.

- A genoux !

Et merde ! Dean aurait largement préféré la douleur d'un coup de poing ou même du fouet. Mais Alastair le savait parfaitement. Tout comme il savait comment le blesser bien davantage que physiquement.

- J'ai dit... à... genoux.

Alastair n'avait pas haussé le ton. Bien au contraire sa voix s'était faite plus basse, son élocution plus lente et Dean avait parfaitement saisi la menace.

Malgré l'ordre donné, Dean se releva tant bien que mal, les poignets toujours liés ensembles. Ses jambes flageolantes ne le maintenaient debout que par la force de sa seule volonté mais il chevilla son regard à celui de l'alpha et Alastair haussa un sourcil étonné tout autant qu'amusé.

- Tu te rebelles mon tout beau ? Ca faisait bien longtemps que cela ne t'était plus arrivé. Aurais tu oublié à qui tu appartiens ?

Dean savait qu'il jouait un jeu dangereux. Dangereux et stupide en plus. Ses chaleurs étaient en train de débuter. Il aurait bien mieux fait de donner à l'alpha ce qu'il allait obtenir d'une façon ou d'une autre, et tenter de limiter les dégâts. Et surtout éviter de lui donner à réfléchir sur les raisons de son comportement.

Des raisons qui habitaient seulement à vingt mètres de chez lui. Des raisons qui avaient les plus beaux et compatissants yeux bleus de la planète. Mais aussi des raisons auxquelles il aurait justement dû éviter de penser au moment où un putain d'alpha sadique s'apprêtait à le baiser.

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Alastair posa la main sur sa joue et Dean lutta de toutes ses forces contre l'envie de plus en plus irrépressible de s'abandonner à la surprenante caresse. Mais il avait tellement envie d'imaginer une autre main plus chaude que celle de ce serpent venimeux, une main si douce qui l'avait soignée avec tant de précautions.

Dean rouvrit les yeux. Quand les avait il fermés bordel ? Et lorsqu'il tomba directement dans les prunelles diaboliques, le choc lui coupa littéralement la respiration.

Putain de faiblesse oméga ! Foutues saloperies d'hormones ! Jamais il ne détestait plus sa nature que dans ces moments là.

Le rictus sur les lèvres mauvaises parlait de triomphe et d'asservissement. Alastair savourait déjà sa victoire. Parce que c'était de cela qu'il s'agissait. Bien plus que de sexe ou de la simple envie de faire couler le sang, c'était une bataille de volontés, celles de deux forces contraires qui n'étaient pourtant pas égales, tous deux le savaient parfaitement. Le combat était truqué, perdu d'avance, mais Alastair aimait voir sa proie se débattre, même alors qu'elle savait n'avoir aucune chance de lui échapper.

Et Dean avait combattu au début, enfin il avait essayé, sans aller jusqu'au point où l'alpha aurait mis ses menaces à exécutions et rompu leur contrat. En fait il lui avait tenu tête jusqu'à ce qu'il comprenne la satisfaction qu'il offrait ainsi à l'alpha en luttant. Renoncer avait été un enfer, mais la frustration sur le visage pervers parvenait encore à le faire sourire intérieurement.

Alors pourquoi n'y arrivait il pas ce soir ? Pourquoi ressentait il dans sa poitrine cette rage et cette volonté de résister qui ne l'avait plus animé depuis si longtemps.

Dean ferma de nouveau les yeux, cette fois volontairement. Parce que si c'était vraiment ce à quoi il pensait alors il était baisé et pas seulement au sens littéral. Parce qu'il ne pouvait pas se permettre de tomber amoureux de Castiel. Impossible. Il appartenait déjà à un autre. Il n'était libre ni de ses mouvements, ni même de ce qu'il ressentait.

Et quand bien même l'aurait il été, qui croyait il être ? Son voisin était si exceptionnel, son odeur était tellement pure, merveilleuse...Castiel méritait cent fois, non, mille fois mieux que lui.

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- Intéressant...

La voix mielleuse de l'alpha tout contre son oreille le crispa comme jamais.

- Tu sens si bon, Dean. Tellement, tellement bon.

Alastair se positionna derrière lui et, l'entourant de ses bras pour plaquer son corps contre le sien, fit glisser ses lèvres le long de sa nuque en remontant vers le lobe de son oreille qu'il mordit entre ses dents.

- Pour qui est cet arôme si subtil que tu dégages, oméga ? Ce mélange d'excitation, de désir et de honte ? Pour moi ?

Le rire d'Alastair se fit grinçant. Une main dure vint agripper la nuque de Dean et le jeta au sol. L'oméga dut se retenir sur ses poignets toujours enchainés pour ne pas cogner le visage à terre et se retrouva à quatre pattes. La boule qui obstruait sa gorge manqua de l'étouffer complètement lorsque l'alpha se pencha sur lui et que son haleine fétide souffla dans son oreille les mots qu'il craignait tant d'entendre.

- Je connais tout de toi, Dean, comment peux tu encore espérer me cacher ce que tu penses ? Tu m'appartiens. A moi et à moi seul. Pas à lui, tu m'entends ? Tu es ma chose.

Le sourire de l'alpha se fit véritablement carnassier.

- Et apparemment, je vais devoir te le rappeler.

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Alors seulement l'enfer se déchaina.

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Sept jours. Alastair l'avait gardé une putain de semaine !

Un sinistre record que Dean espérait ne plus jamais égaler.

Mais plus encore que la durée, plus encore que les sévices et les abus endurés, l'alpha avait physiquement implanté en lui une autre terreur qui était venue supplanter toutes les autres. Cette fois ci Alastair lui avait juré de le marquer comme sien à jamais et pas seulement en laissant ses cicatrices dans sa chair.

Pendant toute la durée de ses chaleurs, l'alpha lui avait refusé les pilules contraceptives qu'il lui donnait habituellement pour prévenir toute grossesse.

Dean frissonna d'horreur. Peut être qu'en ce moment même, la semence de ce monstre était en train de s'enraciner en lui.

Il arrêta la voiture sur le bas-côté de la route alors qu'une coulée de lave en fusion remontait de ses entrailles jusque dans sa gorge, ouvrit la portière et n'eut que le temps de se pencher à l'extérieur avant de vomir la bile que son estomac contenait.

Non, ce n'était pas un signe. C'était trop tôt pour savoir. Ce n'était PAS un signe !

C'était juste tout son être qui se révulsait à l'idée de porter l'enfant du démon. Et pourtant, si tel était le cas, il n'aurait aucun choix. Parce qu'Alastair ne le laisserait jamais avorter. Et que de toute façon même si l'avortement n'avait pas été aussi dangereux qu'illégal dans son cas, d'ici peu sa nature d'oméga lui rendrait cette idée tout simplement insupportable.

Jamais aucun oméga ne mettait volontairement fin à une grossesse, jamais, fut elle le résultat d'un viol. La nature les avait ainsi programmés qu'ils cherchaient à protéger leur progéniture. Toujours. A tout prix.

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Dean referma la porte de l'impala et leva les yeux vers le ciel sombre et étoilé, implorant une divinité en laquelle il ne croyait pas de ne pas laisser une telle monstruosité advenir. Si ce n'était pas pour lui, qu'IL le fasse au moins pour la pauvre créature qui sortirait de son ventre. Qui voudrait naitre d'un alpha démoniaque et d'un oméga damné?

Dean posa la main sur son abdomen encore plat, et secoua la tête de désespoir. Depuis quand espérait il qu'un être supérieur lui vienne en aide ?

Il soupira longuement et referma la portière.

Un dernier coup d'œil aux étoiles juste au cas où, puis il reprit la route qui le ramenait vers sa maison.

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Arrivé devant chez lui, l'oméga resta un long moment à écouter le ronronnement du moteur de son impala. Ce son avait toujours été si apaisant pour lui, et il ne savait pas si il en avait eu davantage besoin un autre jour que celui ci.

Malgré tout, il coupa finalement le contact et ferma les yeux. Rejetant la tête en arrière, il se laissa glisser sur le siège comme il aurait tellement voulu le faire dans les bras aimants de sa mère.

Il regarda avec appréhension la porte de sa maison. Il n'avait pas envie de rentrer chez lui. Il n'avait pas envie de monter son escalier et de trouver sur son lit le sac de fournitures médicales que ce malade y avait forcément fait déposer comme chaque fois. Il voulait juste rester ici, dans cette voiture qui avait toujours représenté pour lui tellement plus qu'un simple moyen de locomotion.

Malgré sa douleur, Dean sourit en se remémorant la voix grave de son père qui lui avait raconté l'histoire de l'impala, un des rares moments père fils dont Dean se souvenait et qu'il chérissait plus que tout. Ce jour là, John lui avait raconté, pourquoi et comment il avait choisi cette voiture, sur les conseils d'un jeune inconnu qui avait su lui en faire découvrir la beauté. Mary et lui n'étaient même pas encore mariés à l'époque. Elle l'avait envoyé chez le concessionnaire pour leur acheter le mini van qui allait leur permettre de partir sur les routes et d'échapper à sa famille qui n'approuvait pas leur union. Mais John était revenu avec l'impala. Et Mary l'avait immédiatement adorée.

Parfois Dean regardait le siège arrière avec l'idée un peu dérangeante mais qui le faisait sourire malgré tout que cette voiture avait plus que contribué à sa venue au monde.

Mais leur histoire commune ne s'était pas arrêtée à sa seule conception. Beaucoup plus tard, l'impala avait été son véritable foyer, lorsque leur père les avait trainés, Sam et lui, aux quatre coins du pays pour traquer le salopard qui s'était introduit chez eux en pleine nuit et avait tué sa femme adorée avant de mettre le feu à leur maison. Plus tard encore, après que sa nature d'oméga ne se soit manifestée, sa Chevrolet avait été la seule à le comprendre et lui apporter un peu de répit, lorsqu'ils partaient, juste elle et lui, roulant quelques heures le temps d'oublier leur père alcoolique et ce petit frère qui avait trop besoin de lui.

Cette voiture avait souvent été son seul refuge, son foyer, sa seule véritable amie.

Et là c'est ce dont il avait le plus besoin.

Il jeta un coup d'œil à la maison de Castiel dont les fenêtres ne laissaient filtrer aucune lueur. Dommage. Même si il ne serait pas allé le trouver, un signe de sa présence, même lointaine, lui aurait fait du bien.

Dean se recroquevilla sur le siège avant, un bras enserrant son cœur et son corps meurtris et il s'endormit là, l'autre main couvrant son crâne pour tenter de ne plus entendre la voix honnie d'Alastair qui, il en était certain, allait le poursuivre même ici, jusque dans ses cauchemars.

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Warning du jour ( attention spoiler ++ ) :

- révélations sur le passé de Dean et réaction de Castiel.

- Blessure grave d'un personnage principal

- Nouvelle séance de Dean aux mains d'Alastair ( le plus gros des tortures sexuelles est suggéré plutôt que décrit mais quand même)

- Possibilité de grossesse non désirée et désespoir.

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Tout va bien? Allez courage, vous connaissez le dicton: après la pluie ...